00:00Bienvenue à l'heure des livres, Stéphanie Désor.
00:03Alors, on vous connaît, on vous connaît, vous avez déjà écrit beaucoup de livres liés à des destins de personnes,
00:10de rois, de reines,
00:11souvent ce qui se passait dans l'univers anglo-saxon, sauf l'avant-dernier qui était consacré à Gianni Agnelli.
00:18Oui, j'ai fait une petite incursion en Italie qui m'a fait un bien fou, un peu de soleil,
00:24mais vous savez, l'Angleterre me manque.
00:27Et vous y êtes revenu encore pour ce dernier livre qui s'appelle Philippe, le dernier prince, qui est paru
00:32chez Albin Michel et qui est comme toujours un délice de lecture.
00:36Alors, vous vous êtes attaché à raconter la vie de ce prince consort, quelle vilaine expression d'ailleurs, l'époux
00:43d'Elisabeth II,
00:45et souvent avec votre plume habituelle, votre marque de fabrique, plume virevoltante.
00:50Alors, ce prince, effectivement, on le connaît mal, on l'a toujours vu à côté, on ne pourra pas derrière,
00:57comme il le dit lui-même, la reine Elisabeth II.
01:00C'est justement parce qu'on ne connaît que son visage et finalement on le connaît très peu que vous
01:05êtes intéressée à lui ?
01:06Absolument. Il y avait toujours ce visage assez beau, avec des traits fins et je me suis demandé qui y
01:14avait-il derrière.
01:15J'ai vu The Crown comme tout le monde, j'ai été fascinée par ces jeunes années et j'ai
01:20décidé de plonger dedans.
01:22Et là, je me suis rendu compte qu'il avait une enfance, mais incroyable, une enfance romanesque.
01:27Quand vous êtes arrachée à votre pays, non, mais même au-delà de ça, romanesque, vous êtes arrachée à votre
01:35pays, vous avez 18 mois, on vous colle dans une caisse d'orange,
01:39vous traversez les mers pour arriver dans un pays que vous ne connaissez pas, la France, élevée en France, chez
01:46sa tante Marie Bonaparte, mais enfin, c'est un roman.
01:50Alors, élevée en France, chez sa tante Marie Bonaparte, avec un père qu'il appelle le petit viking et qui
01:57lui dit
01:57« Philippe, n'oublie jamais ton sang danois, même si ta terre est grecque. »
02:02Ah oui, alors la double ascendance de Philippe de Grèce, qui a effectivement une famille totalement danoise
02:10et un jour, on met de façon, enfin, l'Europe met de façon aléatoire un roi danois sur le trône
02:17de Grèce, mais la Grèce ne voudra jamais de ces rois-là.
02:20Et ce que j'ai aussi essayé de raconter, c'est que Philippe, son grand-père, son père, ses oncles,
02:27ses cousins, ont essayé de régner sur la Grèce,
02:31mais la Grèce les a toujours rejetés.
02:33Donc un jour, il y en a un qui se fait assassiner, un autre jour, il y en a un
02:36qui se fait mordre par un singe et qui en mourra.
02:39Il y a des rois qui sont déposés, aucun d'entre eux n'arrivera à tenir le trône de Grèce.
02:45Et l'exil, l'exil pour une romancière, c'est un sujet fascinant.
02:50Alors il a connu donc effectivement l'exil, donc une enfance assez rude, ils l'ont marqué, qui ont forgé
02:56son caractère finalement.
02:58Ah tout à fait, une enfance rude, puisqu'il est séparé de sa mère, qui est envoyée dans une clinique
03:04pour soigner une maladie dont on ose prononcer le nom.
03:07Le père, lui, disparaît à Montecarles avec une cocotte.
03:12Les sœurs se marient en Allemagne à une époque où justement, on ne veut surtout avoir aucune acquaintance avec l
03:18'Allemagne.
03:19Et Philippe, tout jeune, va se retrouver, aller de pensionnat en pensionnat.
03:24Toute sa vie, il va chercher un mentor.
03:26Et la chance qu'il aura, c'est de rencontrer ses mentors.
03:30Alors il y aura cet Allemand extraordinaire qui s'appelle Kurt Hahn et qui fonde une école, Salem, en Allemagne,
03:37où l'on élève les enfants à la dure.
03:40Sauf que nous sommes en 1933 et quand on s'appelle Kurt Hahn et qu'on est juif, ça ne
03:45plaît pas à tout le monde.
03:47Et Kurt Hahn partira avec ses élèves en Écosse et fondra ce pensionnat, Gordon Town, qui sera vraiment la base
03:55de l'éducation de Philippe.
03:58Alors après, vous citez les mentors, mais il y a son oncle.
04:01Ah, il y a deux oncles.
04:05Il y a l'oncle Georgie Mountbatten, qu'il adore, qui mourra d'un cancer assez jeune et ça sera
04:13un vrai, encore un nouveau déchirement dans le cœur déjà brisé de Philippe.
04:18Et il y aura celui qu'on connaît, Lord Mountbatten, surnommé Dickie, qui est, pas retort, mais qui aime à
04:27placer ses pions.
04:28Voilà.
04:29Alors, parmi les pions qu'il aime à placer, il y a aussi son neveu.
04:33Parce que finalement, à vous lire entre les lignes, cette rencontre avec Elisabeth, celle qui deviendra Elisabeth II, elle est
04:43un peu poussée par son nom ?
04:44Alors, elle est un peu poussée, je l'avoue, et Philippe se laisse pousser.
04:49Et en fait, il va tomber sous le charme de cette jeune femme, qui n'est à l'époque que
04:54Lilibeth,
04:55et en fait, qui est folle amoureuse de lui depuis longtemps, parce que dans ces familles-là, on se croise,
05:01dans les mariages, les communions, etc.
05:02Elle est tombée folle amoureuse de lui à 8 ans, elle l'a retrouvée à 13 ans, elle a décidé
05:08un jour qu'elle l'épouserait, ça serait lui et aucun autre.
05:12Et pour ce garçon qui a 5 ans de plus qu'elle, qui a connu une vie d'exil, qui
05:17n'avait pas de mère, pas de père, plus de sœur,
05:20tout d'un coup, il est submergé par un amour d'une profondeur, d'une pureté, et il n'y
05:27résistera pas.
05:28Et ce moment-là est assez magnifique, parce que vrai, et j'allais dire qu'il subit cet amour.
05:38Non, il ne le subit pas, il l'accepte, il s'en nourrit, et je pense que ce qui a
05:42uni ces deux êtres,
05:44et en tout cas, malgré quelques écarts, ce que j'ai voulu montrer, c'est que l'amour fou entre
05:50ces deux êtres
05:51a quand même eu une importance, une grande importance pour l'Angleterre.
05:55Alors pourtant, vous le dites, le statut de prince-consort, c'est un drôle de statut, c'est comme première
06:03dame.
06:04En fait, d'ailleurs, vous commencez par la première scène avec Jackie Kennedy.
06:08Oui, oui, ça c'est mon petit clin d'œil.
06:09Il leur fait votre petit clin d'œil à la famille Kennedy, au livre que vous aviez écrit sur les
06:16deux sœurs.
06:18Et donc, elle est en voyage privé, Jackie Kennedy, et Philippe lui dit, à un moment, cette phrase,
06:24« Vous êtes comme moi, princesse, trois pas en arrière toujours, c'est là que se cache le vrai pouvoir.
06:28»
06:28Mais en réalité, il n'y en a pas vraiment de pouvoir.
06:32Jacques Larenne n'en a pas énormément non plus.
06:35Non. En fait, ce qui est très difficile, c'est que Philippe va se heurter au protocole.
06:40Et le protocole royal est quelque chose qui est extrêmement lourd, qui est profond,
06:46qui allie l'honneur au devoir, et ça va être très difficile pour lui.
06:52Maintenant, c'est un garçon intelligent, et pour toucher à l'actualité, si vous voulez,
06:58rebondir sur son petit-fils Harry, Harry n'a pas su agir, Harry et Meghan n'ont pas su agir
07:04avec le protocole.
07:05Philippe va se battre, mais Philippe va arriver à trouver sa place, malgré ce protocole.
07:10Et j'ai toute une partie de mon livre qui s'appelle « Le roi de cœur », où je
07:15montre que finalement,
07:16il va arriver à être plus fort, que tous les obstacles, il va les transformer pour faire naître quelque chose
07:22de très important,
07:24qui est aller vers une modernisation de la monarchie.
07:27Alors, vous écrivez quand même que derrière le face de Westminster se cache une vérité plus difficile,
07:34qu'en fait, devenir l'époux d'une reine, c'est renoncer à tout, et renoncer à soi.
07:38Ah mais complètement !
07:39Donc, c'est pas rien !
07:39Complètement ! Philippe, il y avait une chose qui était importante dans sa vie, c'était la marine.
07:43Quand vous êtes marin, moi j'ai eu un fils qui était dans la marine,
07:48quand vous êtes marin, c'est quelque chose qui est plus fort que tout.
07:51Il a dû renoncer à cela. Il a dû renoncer à son nom.
07:55Les enfants ne portent pas le nom de Maud Batten.
07:58Il a dû renoncer à sa religion, il a dû renoncer à sa couronne grecque, il a dû renoncer à
08:04tout.
08:05Et d'ailleurs, à un moment, il va dire à Elisabeth, mais enfin, qu'est-ce que je suis ?
08:09Une foutue amibe ! Je suis la seule personne au monde dont les enfants ne portent pas le nom.
08:15Qui suis-je ? Qui suis-je ?
08:17Quand il était jeune, on lui demandait comment il s'appelait, il disait Philippe.
08:20Juste Philippe.
08:22D'autant que ses oncles ont dû changer de nom, parce que c'est vrai qu'avoir un nom allemand...
08:26Oui. Alors, en 1917, il y a une germanophobie qui s'explique en Angleterre.
08:35Et les Battenbergs, notamment le grand-père du prince Philippe, doivent changer de nom.
08:41Et l'on passe de Battenberg à Maud Batten.
08:44Alors, juste dernière question rapidement, quelle image gardez-vous de lui ?
08:49En fait, aimez-vous le plus de lui ? Qu'est-ce qui vous plaît chez lui ?
08:53Alors, ce qui me plaît chez lui, c'est que c'est un...
08:57Je l'appelle le dernier prince, parce qu'en fait, il a régné sur rien.
09:01Mais pourtant, c'est un prince.
09:04Il avait le panache, il avait la flamboyance.
09:07On s'en souvient comme un prince, à une époque où ça ne veut plus rien dire, la monarchie.
09:12Plus rien aujourd'hui.
09:13Et pourtant, il est le prince.
09:17Et il reste cette espèce de magie à travers lui, à travers la reine.
09:22Bien sûr, magie qui est en train de disparaître de plus en plus.
09:26En tout cas, si vous voulez découvrir ce personnage qui est très attachant, finalement,
09:31je vous conseille vraiment de lire ce livre.
09:32Ça se lit très facilement, comme toujours, avec beaucoup de bonheur.
09:36Ça s'appelle Philippe, le dernier prince.
09:37C'est paru Chalbin Michel.
09:39Merci beaucoup, Stéphanie Desor.
09:40Merci.
09:46Merci.