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Anne Fulda reçoit Sophie Avon pour son livre «Les filles» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Sophie Avon.
00:02Alors on vous connaît, vous avez déjà écrit plusieurs romans parmi lesquels
00:06Le vent se lève, Une femme remarquable, Le goût du bonheur.
00:09Et là vous venez de publier un nouveau livre qui s'appelle Les filles,
00:14qui est paru au Mercure de France.
00:16Et c'est un très joli livre qui est tendre et délicat,
00:19qui est doux et amère, une chronique douce amère de la vie de deux jeunes amis
00:24durant leurs années de lycée.
00:26Ça a un petit goût de diabolomante littéraire à la fois léger et plus grave qu'il en a l'air.
00:36Alors on est en 1970 à Bordeaux.
00:40On retrouve Nina et Camille, deux petites filles, enfin deux filles qui ont 10 et 11 ans.
00:46Elles rentrent au lycée en sixième, ce qui n'est pas rien
00:50quand on vient d'école en général de taille plus réduite.
00:53Alors Camille est longue et brune, Nina est blonde et fluette.
00:57Vous écrivez, le hasard les a placées ensemble dans la même sixième, elles respirent.
01:01Alors vous posez le décor dès la première page.
01:04On va suivre le quotidien de ces deux jeunes filles,
01:08leur évolution, leurs années de l'histoire.
01:10Et alors vous nous faites revivre ces années de lycée
01:13que certains ont connues avec les réfectoires, les pions, les salles de gym, l'aumônerie.
01:24Une ambiance très particulière.
01:26Pourquoi avez-vous choisi cette période de la vie tout particulièrement,
01:30de raconter cette période de la vie ?
01:32Alors on ne sait jamais trop pourquoi on se met à tout à coup se dire
01:35tiens je vais écrire ça, chaque livre a sa petite histoire, sa genèse.
01:40Là je pense que sans doute, c'est maintenant que je me le dis,
01:43je devais avoir envie de renouer avec quelque chose d'innocent.
01:47J'avais envie peut-être de fraîcheur, j'avais envie de plonger.
01:49Mes livres sont plutôt d'une veine assez mélancolique.
01:52Et tout à coup je me suis dit tiens cette période de mon passé,
01:56je ne l'ai pas tellement explorée à travers mes livres,
01:58même si j'ai toujours un masque, je dis rarement je,
02:01je pisse quand même dans ma vie.
02:02Et donc je me suis dit au fond cet âge qui peut être douloureux,
02:07qui peut être parfois effectivement mélancolique,
02:09il y a aussi beaucoup de choses un peu innocentes, candides à raconter.
02:15Et cette candeur, cette fraîcheur dont je devais avoir besoin
02:18au moment où je me suis mise à l'écrire,
02:21tout à coup m'ont plu, j'ai écrit avec beaucoup de joie,
02:26alors que parfois pour s'y mettre c'est un peu difficile.
02:29Là c'est venu tout seul et je me suis tout de suite dit
02:31que j'allais prendre des personnages que j'avais déjà suivis
02:34dans un livre précédent.
02:36D'une certaine manière c'est un préquel,
02:37c'est deux femmes dont j'avais raconté un petit peu
02:42l'histoire d'amitié quand elles ont 25 ans
02:44dans un livre précédent qui s'appelait La petite famille.
02:46Et là je me suis dit tiens si je racontais la jeunesse de leur amitié
02:50quand elles sont petites.
02:51Elles rentrent en 6e, elles ont 10-11 ans et c'est parti.
02:54Et alors elles deviennent amies, comme on devient amies à cet âge-là.
02:58De tout son cœur.
02:59De tout son cœur.
03:00Vous dites sœur de sang, d'ailleurs à un moment dans le livre
03:03vous racontez comment elles tentent de sceller cette amitié
03:07par un pacte physique de sang et qu'il y en a une qui est blessée.
03:14Ce qui les refroidit un petit peu parce que l'entaille est plus profonde
03:18qu'elles ne le pensaient.
03:21Alors vous écrivez joliment, elle ne reste pas longtemps fâchée
03:24entre ces deux-là, le sentiment à une vigueur de jeune animal.
03:27Parce qu'effectivement l'amitié dans ces années-là,
03:30elle se caractérise par des extrêmes.
03:34En fait, on a des fous rires énormes.
03:37Les fous rires sont d'ailleurs symboliques et symptomatiques.
03:42Elles ont aussi des moments où elles se gavent de nourriture.
03:46Elles sont dans une forme d'excès.
03:48Et elles ont toutes les deux en commun le désir de s'émanciper
03:53de leur famille.
03:55De s'émanciper.
03:56Tout en y étant attachées.
03:56Oui, et ce n'est d'ailleurs pas dans ces années-là spécialement.
03:59Je pense que ça c'est assez universel.
04:01Aujourd'hui, je connais des ados qui ont le même,
04:04même goût des excès, même sans s'en rendre compte.
04:07Il y a une sorte, à la fois, de vitalité, de voracité,
04:11de désir de s'approprier les choses, la vie.
04:16Et ce que j'ai découvert en écrivant,
04:18peut-être d'appréhension à l'avenir,
04:22mais dont elles n'ont pas conscience.
04:23Mais qui est là ?
04:24Et je voulais essayer de mêler les deux,
04:26montrer qu'en effet, on rigole parce que c'est un âge
04:28où on est insouciant.
04:30Et puis à côté de ça,
04:31encore une fois, on a envie de grandir,
04:33on a envie de s'émanciper,
04:34et en même temps, on a envie de câlin.
04:35Enfin, on est encore à cet âge...
04:37Tout le monde connaît ça.
04:38Cet âge où on bascule entre de l'enfance à l'adolescence.
04:41Et en même temps, avec ce vertige,
04:42que ça représente de grandir.
04:45Ce n'était pas facile à montrer
04:47tout en gardant un ton, une tonalité légère,
04:52comme vous l'avez dit.
04:52Je voulais qu'il y ait de la gravité, bien sûr,
04:54mais je voulais aussi que ce soit drôle.
04:55Parce qu'elles font vraiment n'importe quoi.
04:58Enfin, elles font quand même des bêtises.
04:59On peut dire qu'elles font des bêtises.
05:01C'est un peu les 400 coups de ces jeunes filles.
05:03Oui, elles font des bêtises.
05:04Et ce qui est amusant,
05:04c'est qu'on voit les préoccupations
05:05qui aussi évoluent au fil des années
05:07et au fil des classes qu'elles traversent les unes à les autres.
05:12Oui, parce qu'elles ont 10 ans au début
05:13et elles ont 17 ans.
05:15Et puis, on voit ce qui peut paraître mineur
05:18pour des adultes,
05:19prendre des proportions énormes pour elles.
05:22Ça peut être, par exemple,
05:23vous raconter une scène
05:24où l'une des deux, je ne sais plus laquelle,
05:26se cache parce qu'il y a le garçon
05:29qu'elle aime bien, qui n'a pas rage
05:30et elle a des chaussettes qu'elle trouve monstrueuses.
05:32Donc, elle ne bouge pas de la place
05:34où elle est assise.
05:35Ou à un autre moment,
05:37je crois que c'est encore Nina,
05:38qui a un manteau pied de poule blanc et noir
05:41dont sa mère l'a affublée
05:43qu'elle trouve absolument monstrueux.
05:44Donc, elle fait en sorte de l'abîmer
05:46pour ne pas la voir.
05:47Elle décide de le déchirer carrément
05:48avec sa copine.
05:49Voilà, avec sa copine.
05:50Et pour se faire offrir,
05:52elle se fait offrir par son père
05:53un Duffelcoat bleu marine
05:54qui est pour elle une sorte d'événement
05:57incroyable, d'accomplissement.
05:59Et des petites choses comme ça
06:01qui prennent des proportions incroyables.
06:03Même l'orientation,
06:04les profs aussi ont une importance.
06:06le fait d'être,
06:07tout d'un coup,
06:08elles ont l'impression d'être
06:09un peu les moutons noirs
06:12d'une surveillante
06:13qui, effectivement...
06:14Elles le sont, je pense.
06:15Elles le sont, d'ailleurs.
06:17Ça les préoccupe, en fait.
06:18Elles jouent les grandes gueules.
06:21Mais moi, j'ai le culte
06:22des petites choses, de toute façon.
06:23Parce que je pense que même
06:24à cet âge-là,
06:25vous avez raison,
06:26c'est fondamental.
06:27Et puis, on a une vie
06:29qui n'est pas encore tissée
06:29de souvenirs,
06:30qui n'est pas encore faite
06:31de beaucoup de choses.
06:31Donc, on s'accroche
06:32à des petites choses.
06:33Mais j'ai le culte des détails
06:35et des petites choses.
06:35Parce que je pense
06:36que nos vies,
06:37même d'adultes,
06:38sont cernées,
06:41sont tissées
06:42par ces petites choses.
06:44Et j'aime bien m'y attacher.
06:45Parce que je pense
06:46qu'à partir de l'infiniment petit,
06:48on arrive à dire,
06:50non pas des grandes choses,
06:51mais à montrer des choses
06:51très partagées, finalement.
06:54C'est l'étoffe de nos vies,
06:55de la réalité,
06:57ces petites choses.
06:58Et puis, il y a aussi
06:58une vision des adultes,
07:01notamment ceux qui sont au lycée,
07:03des surveillants
07:04qui sont un peu déformés.
07:06C'est-à-dire que c'est un autre monde.
07:07Et il y a ce passage
07:08où vous décrivez,
07:09parce que Camille est folle de piano
07:11et Nina va devenir aussi
07:13cette surveillante
07:15qu'elle trouvait ridicule,
07:16vaguement ridicule
07:17et impressionnante,
07:19Louis XIV,
07:20et qui va,
07:21un jour qu'elle les entend
07:22jouer au piano
07:23alors qu'elles n'ont pas le droit
07:24dans une salle du lycée,
07:25venir leur jouer
07:27une sonate de...
07:29Non, pas une sonate.
07:30Oui, c'est une sonate de Beethoven.
07:32Et c'est un moment merveilleux.
07:34Et finalement,
07:34elles se rendent compte
07:35qu'il est inattendu
07:36que cette femme
07:37qu'elle trouvait horrible,
07:38finalement,
07:39a des côtés assez extraordinaires.
07:41C'est-à-dire le rapport
07:41aussi aux adultes.
07:42Ça, ça m'intéressait aussi,
07:44étant devenue adulte,
07:46de me pencher là-dessus.
07:47Parce que c'est des souvenirs,
07:48mais c'est aussi des choses
07:49que je peux analyser aujourd'hui.
07:51Elles découvrent finalement
07:52des adultes
07:52autres que leurs parents.
07:54Elles découvrent les parents
07:55des amis,
07:56et puis elles découvrent leurs profs.
07:57Et puis Nina et Camille,
07:58elles adorent leurs profs
07:59dans l'ensemble.
08:00Même les plus,
08:01les moins sympathiques,
08:02elles les aiment.
08:03Bon, il n'y a que cette surveillante
08:04qui, effectivement,
08:05ces surveillantes
08:06qui ne sont pas très,
08:07très sympathiques
08:07et dont elles ont le sentiment
08:09qu'elles les persécutent.
08:10Elles ont un sentiment
08:11d'injustice
08:12qui est assez répandu
08:14à cet âge
08:14et c'est normal.
08:15Elles sont victimes
08:16d'injustice, je pense.
08:17Mais parce qu'il y a
08:18des injustices
08:19et elles l'apprennent
08:19à leur dépense
08:20à ce moment-là.
08:21Mais le rapport
08:21avec les adultes
08:22est important
08:23parce que c'est quand même
08:24un roman d'apprentissage
08:26et elles apprennent
08:26et notamment Nina,
08:29elle apprend à aimer,
08:30elle apprend à aimer
08:32sa copine d'abord
08:32et puis à aimer
08:33après les garçons
08:34éventuellement.
08:35Et c'est vraiment
08:36une période
08:36où on apprend tout
08:37à la fois.
08:38Toutes choses.
08:39Avec un filigrane
08:40et on terminera là-dessus,
08:42est-ce qu'il prouve
08:42que l'adolescence
08:43est une forme
08:43de cristallisation
08:44de la vie future,
08:45une forme d'angoisse ?
08:47Vous écrivez joliment
08:49alors qu'elles se remplissent
08:51pour ne pas laisser place
08:52à autre chose,
08:53une chose qu'elles ne savent pas
08:54nommer,
08:54une dissolution intérieure,
08:55un élan morbide,
08:56l'angoisse tout simplement
08:57de ne pas être
08:58à la hauteur de la vie
08:59qu'elles espèrent.
09:00Ben oui,
09:01c'est ce vertige
09:01dont on parlait tout à l'heure.
09:03Elles savent,
09:03elles ont envie
09:04de bouffer la vie
09:05et en même temps,
09:06tapis au fond d'elles,
09:07il y a cette espèce
09:07d'angoisse
09:09de ce qui les attend
09:10qu'elles ont envie
09:10de découvrir
09:11mais qui leur fait un peu peur.
09:13En tout cas,
09:14merci Sophie.
09:15Merci à vous.
09:15Je vous conseille vraiment
09:16de lire ce livre,
09:18ça s'appelle Les Filles,
09:19c'est publié au Mercure de France
09:20et c'est vraiment
09:22un très joli livre,
09:22écriture délicate.
09:24Merci.
09:24Merci.
09:25Merci.
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