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  • il y a 9 heures
Rhétorique opposant « producteurs » et « parasites », menace sur les droits des femmes et des minorités, déni des réalités vécues dans les outre-mer et complicité grandissante de la droite traditionnelle : parlementaires et intellectuels démontrent, en direct de l'Agora de la Fête de l'Humanité, pourquoi le RN n'a rien d'un rempart pour les classes populaires et appellent à une mobilisation sans faille.

Discussion avec :
- Dieynaba Diop : députée PS des Yvelines,
- Jean-Victor Castor : député GDR de Guyane,
- Juliette Grange : philosophe et universitaire, spécialiste des néoconservatismes et de l'extrême droite,
- Michel Feher : philosophe et essayiste, auteur de "Producteurs et parasites".

Animé par Florent Le Du, journaliste à l'Humanité.

Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite

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00:00 Libération de la parole raciste et discriminations réelles
00:07:31 Les outre-mer face à l'abandon de l'État et au vote RN
00:12:31 Néovirilisme, réseaux sociaux et offensive réactionnaire
00:18:08 La fin du tripartisme et la réalité de l'union des droites
00:24:15 Gagner face au RN : l'exemple d'une circonscription rurale
00:28:51 Tutelle administrative et déni de souveraineté en Guyane
00:37:02 Anti-écologie et réarmement productiviste de l'extrême droite

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Transcription
00:00On va donc s'intéresser au programme du Rassemblement National et plus largement s'il arrive au pouvoir,
00:09parce qu'il faut se préparer aussi à cette hypothèse, aux conséquences que pourrait avoir le projet de l'extrême
00:15droite,
00:16son projet vis-à-vis des étrangers, des personnes racisées, LGBT, handicapées, mais aussi des femmes et des plus précaires.
00:24Le RN est un parti raciste, on l'a encore vu ces derniers jours à Carcassonne, mais est-ce que
00:29son programme l'est également ?
00:31Il prétend défendre les femmes, les droits des homosexuels, les travailleurs, mais qu'en est-il vraiment ?
00:37Pour y répondre, on accueille deux parlementaires, la députée socialiste des Yvelines Dienabadiop et Jean-Victor Castor,
00:45député de Guyane et membre du groupe de la gauche démocrate et républicaine, et deux philosophes, Juliette Grange,
00:52où vous avez notamment publié sur le sujet les livres Extrême Tension à droite, les néo-conservateurs également,
01:01et Michel Feher, vous avez publié en 2024 le livre Producteur et Parasite,
01:08dans lequel vous expliquez que le RN a réussi à massivement attirer un électorat,
01:14en sortant de la lutte des classes pour diffuser une autre opposition entre ceux qui travaillent et ceux qui ne
01:21bossent pas.
01:22Ma première question, c'est est-ce que c'est une manière de tromper les travailleurs, en particulier les plus
01:28modestes ?
01:29Et est-ce que ceux-ci seront des victimes de la politique que mettrait en place le RN,
01:34au même titre que ceux qui sont présentés comme des parasites ?
01:39Merci d'abord, merci pour cette invitation.
01:43Je crois qu'il faut se garder d'une chose, c'est de penser que les gens votent RN par
01:50erreur,
01:52c'est-à-dire qu'ils votent par colère, qu'ils votent par dépit,
01:56mais qu'au fond, ce sont, comme on disait pendant un temps, des fâchés pas fâchaux.
02:04Je pense, et c'est d'autant plus net que le Front puis le RN dit les mêmes choses depuis
02:11plusieurs décennies,
02:12les gens savent ce qu'ils font quand ils votent pour le RN.
02:18Et par conséquent, je ne crois pas que ce soit une bonne manière de les combattre
02:24que de penser que, en fait, tout ça est un malentendu.
02:29Ce n'est pas un malentendu, c'est parfaitement bien entendu.
02:34Et, pire encore, je dirais,
02:41on pourrait croire qu'une fois que l'extrême droite arrive au pouvoir,
02:49et qu'effectivement, il mène une politique antisociale
02:54en plus d'une politique xénophobe, raciste, homophobe, transphobe, et j'en passe,
02:59que les gens seraient déçus, qu'ils se dirent
03:02« Ah non, ce n'est pas pour ça que j'ai voté, ça ne m'apporte rien »
03:06et qu'ils se détourneraient du RN à ce moment-là.
03:10Donald Trump, Javier Milley et bien d'autres sont la preuve du contraire.
03:17Se battre contre le RN, c'est rassembler et galvaniser
03:23toutes celles et tous ceux que le programme du RN rebute,
03:28voire plus profondément répugne.
03:33C'est ça qui doit être notre tâche, c'est ça qui doit être notre travail.
03:38Penser que les électeurs du RN sont des gens de gauche qui s'ignorent,
03:44c'est une erreur qu'il ne faut pas commettre.
03:52Je suis resté dans votre livre, vous dites qu'il y a les parasites.
03:57Je voulais vous poser une question à Diana Badiop.
03:59Derrière la figure du parasite que vous décrivez,
04:03il y a aussi celle de l'immigré qui profiterait de la production des travailleurs.
04:11Les héritiers de l'immigration, évidemment, sont aussi pointés du doigt.
04:15Vous avez notamment dénoncé à plusieurs reprises l'instrumentalisation de faits divers
04:20pour monter les citoyens les uns contre les autres.
04:23Si le RN arrive au pouvoir, est-ce que vous voyez les conséquences concrètes
04:28que s'est mise en opposition, ces stigmatisations permanentes
04:31pourraient avoir sur la société française, sur les personnes racisées et sur les travailleurs ?
04:37Bonjour à toutes et à tous. Merci pour cette invitation.
04:42Je crois qu'on a eu une sorte d'échantillon en 2024,
04:46lorsque, au moment des élections législatives,
04:50certains pensaient que, de toute façon, le RN aurait une majorité
04:55et que, du coup, Jordan Bardella serait à Matignon.
05:00Je vous renvoie à ce que ça a pu libérer de paroles racistes
05:04et d'actes racistes à ce moment-là.
05:07Et c'est vrai que le problème que certains préfèrent ignorer
05:13en disant, comme l'a rappelé M. Fer,
05:16que finalement, ils ne sont pas si méchants que ça,
05:18eh bien, je crois que la vidéo que nous avons eue des policiers de Carcassonne
05:26nous dit très profondément ce que celles et ceux qui adhèrent
05:31au RN pensent, parce que c'est quand même 6 heures
05:35d'une logorée verbale qui est absolument ignoble.
05:38Et moi, je dis simplement que ça, ce n'est qu'un tout petit bout.
05:43Et le problème, c'est que, pour nombre de nos concitoyens,
05:46c'est du quotidien, c'est-à-dire que vous êtes discriminés
05:50pour l'emploi, vous êtes discriminés pour le logement,
05:53vous êtes discriminés lorsque même vous allez dans du service public,
05:57puisque là, en l'occurrence, il s'agit de policiers.
06:01Je l'ai rappelé dans une interview, en étant députée,
06:06j'ai été discriminée pour pouvoir trouver un logement
06:08à proximité de l'Assemblée nationale.
06:12Donc, imaginez ce que vivent celles et ceux qui me ressemblent,
06:16lorsqu'ils vont, justement, déposer une demande de logement.
06:20Et je le vivais déjà il y a 20 ans, c'est toujours le cas aujourd'hui.
06:25Et ce qui est dommageable, c'est que le Rassemblement national
06:29n'a pas cessé de prospérer.
06:33Et c'est la raison pour laquelle, je reprends ce que vous disiez,
06:36seule l'union de toutes celles et tous ceux qui combattent
06:40le racisme, le fascisme et toutes les formes de discrimination
06:45parviendra à venir à bout de cette idéologie mortifère
06:49qui, en plus, a le soutien, c'est-à-dire qu'elle se diffuse
06:53grâce à des médias comme ceux de Bolloré et autres.
07:02En 2024, on l'a bien vu, une libération de la parole raciste
07:06comme si elle était autorisée par les scores qu'avait fait
07:10le Rassemblement national, aux Européennes notamment,
07:12puis aux législatives.
07:15Mais on imagine que s'il l'emporte en 2027, ce sera encore pire.
07:20Jean-Victor Castor, je voulais vous poser la question
07:21sur le programme lui-même, le projet du RN.
07:24Est-ce qu'en lui-même, ce projet, est-ce qu'il est raciste ?
07:28Est-ce qu'on peut le qualifier ainsi ?
07:31Bonjour à tout le monde.
07:32Je suis député de la Guyane.
07:34J'ai envie de vous dire d'abord qu'en Guyane,
07:37comme dans beaucoup de territoires dits d'outre-mer,
07:40lors des dernières élections présidentielles,
07:44c'est M. Mélenchon qui est passé au premier tour
07:48avec plus de 50%.
07:50Comme il n'a pas été qualifié, c'est Mme Marine Le Pen.
07:54Qui est passé très largement avec plus de 50%.
07:58Et aux législatives de 2022,
08:03on a deux députés, le collègue Riemann et moi-même,
08:06qui sommes fondamentalement des antiracistes.
08:09Nous combattons le RN du début jusqu'à la fin.
08:14Même en tant que militants syndicalistes,
08:16nous avons fait ça pendant plus de 40 ans.
08:18Donc, on pourrait penser que l'électorat est versatile,
08:22et j'ai envie de prendre un peu le contre-pied
08:23de ce qui vient d'être dit tout à l'heure.
08:25Comment on peut...
08:26Où est la cohérence, en fait, de ce vote
08:28dans les dix outre-mer ?
08:30Mais j'ai envie d'introduire une autre notion.
08:33Une notion qui nous rend responsables tous ici.
08:36C'est-à-dire qu'on peut toujours critiquer
08:37le RN, mais nous, militants,
08:41organisations qui se disent de gauche,
08:44comment abandonnons-nous la question du droit des peuples
08:46à disposer d'eux-mêmes ?
08:48Parce que les territoires dits d'outre-mer,
08:49ce sont des colonies.
08:51Ce sont encore des colonies.
08:54Et beaucoup de candidats de gauche
08:56ont du mal à régler cette question-là.
08:58La promesse de l'égalité sociale,
09:01les peuples des territoires dits d'outre-mer,
09:04c'est une grande promesse
09:06qui date depuis la départementalisation.
09:09Et en fait, il faut étudier de façon précise
09:13le comportement électoral dans nos pays
09:16et différencier ce comportement électoral
09:18par rapport au comportement électoral
09:20qu'il peut y avoir ici.
09:22Alors, le programme du Rassemblement national,
09:24évidemment, ce sont des gens
09:25qui sont profondément racistes.
09:28Évidemment, évidemment qu'il faut continuer
09:30à les combattre.
09:31Moi, j'habite en Guyane.
09:32Je suis résident de la Guyane.
09:33Je suis né en Guyane.
09:34Eh bien, figurez-vous que nous avons
09:36une population dite émigrée
09:38qui représente près de 70% de la population.
09:41de toute origine.
09:43Il y a 41 langues parlées chez nous.
09:46Et pour autant, je ne sais pas combien de temps
09:48ça va durer, mais le Rassemblement national,
09:51hormis le vote de Marine Le Pen au second tour,
09:53aux élections législatives, ils font 10%.
09:56Voilà.
09:57C'est...
09:58On les combat quand il y a en phase 2 des gens
10:01qui ont la conviction que ces positions-là
10:04ne sont pas justes et qu'on l'assume totalement
10:06sans dériver, sans déraper.
10:08Eh bien, je pense qu'on peut avoir gain de cause
10:10et réussir à trouver l'adhésion des électeurs.
10:14Et puis, le dernier point que je voulais aborder
10:16sur cette question-là.
10:17Moi, je pense qu'y compris ici,
10:19il y a de vrais sujets.
10:21Je disais tout à l'heure de façon anecdotique,
10:23comment on peut faire si on est aussi divisé ?
10:27Regardez-vous circuler sur ce site
10:28le nombre de petites organisations politiques,
10:31des groupuscules, etc.
10:33Mais si la gauche n'est pas unie,
10:35si elle n'est pas en position de force,
10:38en capacité de se rassembler,
10:41mais il n'y a rien qui va se passer.
10:43C'est-à-dire que la nature est la horreur du vide.
10:46Si vous ne compensez pas,
10:47parce que les électeurs, ils sont intelligents aussi,
10:49s'ils voient que les gens sont divisés,
10:52ils vont se dire que ça ne sert à rien.
10:54Voilà.
10:55Par contre, et je crois qu'il y avait eu un sursuit en 2024,
10:58si les gens ont le sentiment
10:59qu'il y a un programme politique,
11:01qu'il y a une capacité à s'unir
11:03et à porter des choses qui sont justes
11:05et qui sont vraies pour eux,
11:06je pense qu'on peut,
11:08je ne vais pas dire totalement,
11:09mais en tous les cas,
11:10être en position de gagner dans tous les domaines.
11:13Donc les francs politiques,
11:15il faut les assumer,
11:16il faut avoir des slogans qui sont forts,
11:18qui tiennent la route,
11:19et surtout qui tiennent la route
11:21par rapport à la réalité de la vie des gens.
11:23Et j'ai envie de vous dire que chez nous,
11:24la question des droits des peuples
11:26a disposé d'eux-mêmes.
11:27On parle de diversité,
11:28de spécificité, etc.
11:29Tu parlais de ta couleur,
11:31mais ce n'est pas simplement une question de couleur.
11:33C'est une question aussi de rapport,
11:34d'une puissance administrante.
11:36Chez nous, dans nos pays,
11:38quand vous avez un préfet,
11:4090 voire 95% des directeurs
11:43des administrations déconcentrés de l'État,
11:45ce sont des personnes qui sont blanches.
11:49Donc cette question-là,
11:51est une question que l'on doit aborder.
11:53Et je répondrai tout à l'heure à ta deuxième question,
11:55je suppose.
11:56Qu'est-ce qui risque de se passer
11:58si le Rassemblement national arrive au pouvoir ?
12:00Et je donnerai quelques détails là-dessus.
12:02On reviendra, je voudrais
12:03qu'on aborde une autre thématique avec vous,
12:07Juliette Grand.
12:08Je vous avais écrit sur le néo-virilisme
12:10et les mouvements d'extrême droite.
12:12Je voulais déjà que vous nous expliquiez
12:13en quelques mots de quoi il s'agit.
12:16Et est-ce que l'influence
12:17d'une extrême droite masculiniste
12:19qu'on voit de plus en plus présente,
12:22notamment sur les réseaux sociaux,
12:23mais pas seulement,
12:24est-ce qu'elle peut avoir des conséquences
12:26pour les droits des femmes
12:27et pour les personnes LGBT
12:28si l'extrême droite arrive au pouvoir ?
12:31Oui, bonsoir, bonjour à toutes et à tous.
12:35Alors, je pense que l'extrême droite,
12:37c'est un peu comme un gâteau bavoirois,
12:39c'est-à-dire qu'il y a différentes couches.
12:41Alors, vous avez la couche nationale,
12:43le programme du RN de Marine Le Pen,
12:47un peu dédiabolisé.
12:49Si on le regarde de près,
12:50on est quand même un peu effrayé,
12:51mais c'est quelque chose qui,
12:53comme les cravates des députés RN
12:55et comme le discours assez lénifiant
12:58de Marine Le Pen le laissent entendre,
13:00quelque chose qui pourrait être admissible
13:02dans notre espace politique au niveau national.
13:05Vous avez une seconde couche
13:07qui sont les groupes locaux,
13:08les militants,
13:10les groupes spécialisés,
13:12les groupes professionnels,
13:14comme on l'a vu avec ce truc pirate de Carcassonne,
13:20c'est-à-dire que vous avez la société elle-même,
13:23mais toute une série de groupes,
13:25dont des étudiants militants,
13:27des syndicalistes, etc.
13:28Et puis, vous avez les réseaux sociaux
13:30qui sont quelque chose de majeur
13:34dans la montée de l'extrême droite.
13:35On s'est demandé pourquoi Jordan Bardella
13:38avait dans le public des 18-25 ans
13:42une somme, un pourcentage
13:44qui dépasse 50% de sympathisants,
13:47parce qu'en fait, l'extrême droite a su,
13:51contrairement aux partis de gauche
13:53ou aux progressistes,
13:54qui utilisent aussi les réseaux sociaux,
13:56mais moins bien, a su utiliser ces réseaux sociaux
14:00de manière extrêmement pertinente.
14:02Récemment, l'IA,
14:04il y a un très grand nombre de militants,
14:06parfois qui ne sont pas très nombreux,
14:08mais qui travaillent jour et nuit
14:09pour convaincre.
14:10Ça circule, il y a des mots d'ordre,
14:13c'est viral,
14:14et c'est comme ça qu'on est,
14:15puisqu'il y a une question sur le néo-virilisme.
14:18Vous dites, notre société n'est pas néo-viriliste.
14:21Nous avons beaucoup progressé dans l'égalité hommes-femmes
14:24ces 30 dernières années.
14:26À l'université où je travaille,
14:28c'est clair, il y avait vraiment 10% de femmes
14:30dans les postes élevés,
14:32il y en a maintenant 30 ou 35%.
14:34C'est plus laborieux pour elles,
14:35mais nous avons beaucoup progressé.
14:38Notre société elle-même est beaucoup plus tolérante
14:41du point de vue des mœurs,
14:43y compris dans nos campagnes,
14:44très loin des villes ou des classes aisées et instruites.
14:47Donc on a l'impression d'un progrès,
14:49mais regardez les réseaux sociaux.
14:52Et donc, dans les réseaux sociaux,
14:54quelque chose qu'on peut appeler le néo-virilisme est apparu.
14:57Alors c'est apparu de la manière suivante,
14:59je résume très vite,
15:00des très jeunes gens,
15:03des 12 ans, parfois 11, parfois au CM2,
15:07mais ça va jusqu'à 18, 20 ans,
15:10se posent leurs problèmes de leur identité.
15:12Ils sont souvent un petit peu marginalisés dans les études.
15:16Il n'y a pas de modèle paternel, peut-être,
15:19ou des difficultés.
15:20Donc ils vont sur les réseaux sociaux,
15:22d'abord pour avoir un coaching de séduction,
15:25des choses concernant la musculation.
15:27Ensuite, ils entrent dans une idéologie.
15:30Le féminisme, c'est pas bien.
15:32Les filles ne veulent pas se laisser séduire.
15:35Elles sont un petit peu dans la suprématie.
15:40Si nous sommes persécutés en fait par le féminisme dans la société,
15:44ça ne va pas nous donner une chance de vie,
15:46on ne va pas pouvoir former de couple.
15:48Et puis progressivement, on va vers des engagements plus nets.
15:52Il y a des réseaux de convictions
15:54qui amènent ces jeunes gens à entrer dans des groupes politiques.
15:58Et donc le néo-virilisme progresse,
16:02bien que nous ne le voyons pas,
16:04parce que nous sommes en général plutôt égalitaristes,
16:07plutôt progressistes, plutôt féministes.
16:10Mais ce néo-virilisme est très puissant et très présent.
16:14C'est une série de mots d'ordre, de représentations.
16:17Aller dans les bars de villages, aller dans certains clubs,
16:20interroger des collégiens, lambda,
16:23vous verrez que ces mots d'ordre étonnants sont présents.
16:26Donc si l'ERN ou un autre parti triomphe au niveau du haut du gâteau,
16:36il est clair qu'il y aura un public de sympathisants
16:38pour essayer de réduire évidemment les droits des personnes d'origine étrangère,
16:44ne plus pratiquer la discrimination positive, bien sûr,
16:48et surtout revenir sur l'égalité homme-femme,
16:51revenir peut-être sur l'avortement,
16:54revenir sur les lois de la politique de la vie et de la famille,
16:57parce qu'il y a ce courant très puissant chez des très jeunes.
17:01C'est très étonnant.
17:03C'est vraiment un objet de chagrin pour moi,
17:07parce que je pense que la jeunesse devrait être progressiste.
17:09Mais de fait,
17:12les extrêmes droites ont réussi cette opération-là.
17:16Et comme vous le dites, il ne faut pas penser que...
17:21Il ne faut pas penser que parce que ce n'est pas écrit noir sur blanc
17:24sur le site internet du RN,
17:26qu'il n'y aura pas une influence de ces réseaux-là
17:30sur ce que le RN mettra en place,
17:32le RN qui devra donner des gages aussi à ses soutiens.
17:36Dans son projet, on l'a dit assez brièvement,
17:39mais c'est aussi un projet antisocial,
17:41on le voit par ses votes à l'Assemblée,
17:43on le voit par son projet aussi
17:45de mettre en place une cure d'austérité
17:48à 125 milliards d'euros.
17:50Michel Feher,
17:52sur ces risques en général,
17:54je vous pose une question qui est peut-être un peu large,
17:57mais est-ce que le projet du RN est d'abord
17:59un projet d'oppression et d'oppression plurielle ?
18:03Là, c'est facile, on peut dire oui.
18:04Oui, mais je pense qu'on est à un moment de bascule important.
18:12Je pense, nous sommes tous, selon des modalités diverses,
18:18mobilisés ou appelons à nous mobiliser contre l'extrême droite,
18:23mais je pense que ce n'est plus le moment dans lequel nous sommes.
18:29Nous vivons dans une illusion,
18:32qui n'a pas été toujours une illusion,
18:34mais qui l'est devenue,
18:35que le champ politique est divisé en trois.
18:38C'est-à-dire qu'il y a la gauche,
18:42gauche de gauche,
18:43ce qui reste encore de gauche,
18:44il y a un bloc central
18:47et il y a l'extrême droite.
18:49C'est effectivement ce que,
18:51en particulier Emmanuel Macron,
18:53a réussi à faire passer comme prisme,
18:55avec cette idée que seul le bloc central
18:58devait et pouvait gouverner,
18:59puisqu'il faisait front contre les extrêmes.
19:03Les extrêmes.
19:05Ça a marché et puis ça a cessé de marcher,
19:07comme la cote de popularité du président le montre.
19:11Mais on est passé dans autre chose.
19:13Et cette autre chose,
19:14c'est qu'on est revenu à un mode binaire.
19:18Le champ politique n'est plus divisé en trois,
19:21mais divisé en deux.
19:22Ce qui nous pend au nez demain,
19:25ce n'est pas seulement la victoire du Rassemblement national,
19:30c'est l'union des droites.
19:32Cette union des droites,
19:33elle existe dans les programmes,
19:35elle existe dans les votes.
19:37La seule chose qui l'empêche de se réaliser pleinement,
19:40c'est un obstacle rhétorique.
19:42Pour l'extrême droite,
19:44qui a fait son branding,
19:48si je puis dire,
19:49en expliquant qu'il était le parti contre le système,
19:52c'est difficile de s'allier avec la moitié du système.
19:55Pour les centristes qui se sont construits
19:58en disant qu'ils étaient le rempart contre les extrêmes,
20:01c'est embêtant de s'allier avec un des deux extrêmes.
20:04Mais ce n'est plus qu'un obstacle rhétorique
20:06qui est en train de fondre.
20:08L'union des droites est déjà au pouvoir en Italie,
20:11elle est ensemble en Espagne
20:13et se prépare à prendre le pouvoir l'année prochaine.
20:16Le fameux mur de feu allemand
20:18est en train de fondre comme neige au soleil.
20:20Plusieurs pays d'Europe déjà
20:22ont une union des droites qui est là.
20:25Et ça, ça veut dire qu'on est entré
20:26dans un autre moment.
20:28Un autre moment où c'est la gauche,
20:31où l'union des droites
20:32et l'union des droites alignées
20:34sur le programme de l'extrême droite.
20:36Donc il faut penser dans ces termes
20:39parce que c'est notre dernière chance
20:41de pouvoir y penser.
20:49Je voulais revenir avec vous, Juliette Grand,
20:52sur cette notion de projet d'oppression.
20:55Et vous demandez,
20:57est-ce qu'il faut aller plus loin
20:59que la simple lecture de son programme
21:01pour vraiment appréhender les dangers
21:05qui pourraient peser sur les minorités
21:07comme sur les plus modestes ?
21:10Oui, bien sûr.
21:11Mais de fait,
21:12le programme lui-même
21:13est déjà assez significatif.
21:14L'idée d'un référendum
21:16pour justement mettre en place
21:18éventuellement la préférence nationale.
21:21Il y a un livre assez intéressant,
21:23mais je ne vais pas faire de publicité
21:24pour mon collègue
21:25qui dit
21:26« Les 100 premiers jours de Marine Le Pen ».
21:28Mais on peut mettre très vite
21:29en place un référendum,
21:31très vite changer la Constitution
21:33et très vite avoir une loi discriminante,
21:37extrêmement efficace
21:38pour justement traiter différemment
21:41les personnes d'origine étrangère.
21:44Je ne sais pas dans quelle proportion
21:46ni comment elles seraient définies.
21:49Et donc, déjà le programme,
21:51si on l'étudie de près,
21:52alors c'est très euphémisé quand même.
21:54Il y a des euphémisations,
21:56c'est-à-dire qu'on ne dit pas franchement
21:58« On va avoir une politique du logement
22:01absolument discriminante »,
22:03mais au travers de manières
22:04de s'exprimer un petit peu neutres,
22:06on le voit tout à fait bien.
22:08Donc, de fait,
22:11et d'ailleurs ils sont totalement au taquet,
22:13ils sont prêts à gouverner
22:14et prêts à mettre en place
22:15un certain nombre d'idées
22:16qui sont toutes prêtes.
22:19Alors ce qui me frappe, par ailleurs,
22:21c'est, pour aller un peu dans le sens
22:23de l'union des droites,
22:24c'est la porosité de tous les partis,
22:27y compris le centre,
22:28aux idées d'extrême droite.
22:29Autrement dit, moi,
22:31quand j'ai commencé à étudier l'extrême droite
22:32il y a maintenant plusieurs décennies,
22:34c'était quand même restreint
22:36à des milieux très particuliers.
22:38Aujourd'hui, M. Retailleau,
22:40même Édouard Philippe
22:42et parfois l'univers de la Macronie,
22:44a le même vocabulaire,
22:46les mêmes idées
22:46et parfois les mêmes projets
22:48que l'extrême droite.
22:49Donc l'extrême droite,
22:50d'un point de vue idéologique,
22:52a gagné quelque chose.
22:53Donc c'est à nous,
22:54c'est à vous,
22:55et je pense que c'est là
22:56qu'il faut travailler.
22:57Moi, je fais de mon mieux,
22:59mais je ne suis qu'un petit auteur
23:00et une universitaire.
23:02C'est à nous de fournir
23:03un autre argumentaire,
23:05d'aller contre...
23:06Ça s'étend comme une tâche d'huile.
23:08Vous avez des ministres
23:09de la Macronie
23:10qui vous sortent
23:11des argumentaires
23:12absolument proches
23:14de ceux du RN.
23:16Donc je pense qu'on va préférer
23:17l'original à la copie.
23:19autrement dit,
23:21tous ces gens-là
23:21travaillent au succès du RN
23:24ou en tout cas au succès
23:25des extrêmes droites.
23:32Vous avez parlé
23:33de la préférence nationale.
23:35Il y a un sondage
23:36qui est paru en janvier
23:37et qui montre
23:38que la préférence nationale,
23:40si la question est posée
23:41très basiquement comme ça,
23:43elle est approuvée
23:43par 70% des sondés.
23:46Je voulais vous poser
23:47une question,
23:48Diana Badiop.
23:49Vous avez remporté
23:50les dernières législatives,
23:52parlons,
23:53dans votre circonscription,
23:54dans les Yvelines,
23:54face à un candidat RN
23:56qui était donné favori.
23:58Ça s'est joué d'ailleurs
23:59à peu de choses.
24:00Est-ce que dans votre campagne,
24:01vous avez réussi
24:02à démontrer
24:03ces dangers-là,
24:05les dangers
24:05que porte le projet
24:07Le Péniste
24:08et qu'on vient de rappeler
24:09notamment sur cette question
24:10aussi de la préférence nationale.
24:12Comment on déconstruit ça ?
24:15Effectivement,
24:16je l'ai emporté
24:18au second tour
24:19dans une circonscription
24:20qui avait été découpée
24:22par Charles Pasqua
24:23en 1986.
24:24pour son ami
24:25Henri Cuc
24:26et sur laquelle
24:27je suis la première
24:30députée
24:31à être de gauche.
24:32Mais il faut être très clair,
24:35ça a été possible
24:37parce qu'on a fait
24:38l'union de la gauche.
24:39C'est parce qu'on avait
24:40le nouveau front populaire
24:41que j'ai gagné
24:43cette circonscription.
24:49Il y a deux éléments
24:50qui ont joué en ma faveur.
24:51La première,
24:52c'est qu'effectivement,
24:53dans les 87 communes
24:55que compose
24:56ma circonscription,
24:57beaucoup de toutes
24:58petites villes,
24:59de la ruralité,
25:00des villages,
25:01et on y est allé
25:03de 6h du matin
25:04à 2h
25:05pour aller rencontrer
25:06celles et ceux
25:07qui votent
25:08sereines.
25:10Et quand on a discuté
25:12avec eux,
25:13c'était d'abord
25:15problème de sécurité,
25:17d'accès aux soins,
25:19l'absence des services
25:20publics,
25:20et ça,
25:21c'est fondamental.
25:22C'est-à-dire que
25:23quand les gens se sentent
25:24abandonnés
25:24par la puissance publique,
25:27eh bien,
25:27il y a ce réflexe
25:30d'aller voter
25:31pour le Rassemblement
25:32national
25:33qui fait du populisme
25:34et qui leur dit
25:34vous voyez,
25:35ils vous ont abandonnés,
25:36nous,
25:37on va apporter des solutions.
25:38L'autre chose,
25:39c'est que
25:39le fait d'avoir
25:40une candidature unique
25:42a permis
25:43à des gens
25:43qui d'habitude
25:45ne votent pas
25:47dans les quartiers
25:49populaires,
25:50etc.,
25:50on a eu
25:51un taux de participation
25:52qui a été historique.
25:54Et donc,
25:55c'est la combinaison
25:56de ces deux facteurs
25:57qui font qu'à la fin,
25:58je l'emporte
25:58avec à peu près
26:0053,97% des voix
26:02dans une circonscription
26:03où tout le monde disait
26:04qu'en fait,
26:05finalement,
26:06il était donné gagnant.
26:08Moi,
26:08je crois qu'il faut
26:09retenir deux choses.
26:10La première,
26:11c'est qu'il faut toujours
26:13aller à la rencontre
26:15de celles et ceux
26:15qui se sentent
26:16les oublier
26:17et en fait,
26:18les déclasser
26:19parce qu'on le voit
26:21là où nos services
26:22publics reculent,
26:23là où vous n'avez
26:23plus de médecin traitant,
26:25là où vous devez
26:26faire des kilomètres
26:28pour pouvoir vous soigner,
26:30lorsque vous avez
26:32des établissements scolaires
26:33qui ne répondent pas
26:34à la demande,
26:36eh bien,
26:36tout ça,
26:37ce sont des facteurs
26:38qui favorisent
26:40l'extrême droite.
26:41Et je reviens juste
26:42sur la fusion des droites.
26:44Je pense que mon collègue député
26:46ne me démentira pas.
26:47La fusion des droites,
26:48elle existe déjà
26:49à l'Assemblée.
26:50Allez regarder les votes
26:52qui ont eu lieu.
26:53Lorsque,
26:54comme un seul homme,
26:55toute l'extrême droite,
26:57avec le centre,
26:58avec LR,
26:59vote pour cette loi scélérate
27:01de la présomption d'innocence
27:02des forces de l'ordre,
27:05eh bien,
27:05moi,
27:05je suis désolée,
27:06eh bien,
27:06ça,
27:07ça doit nous alerter.
27:09Ça doit nous alerter.
27:10Seule la gauche
27:11a résisté.
27:13Jusqu'au centre,
27:14ils ont voté
27:15cette loi scélérate.
27:17Lorsque vous remettez
27:18en cause
27:18le droit du sol
27:19à Mayotte,
27:20vous ouvrez
27:21la boîte de Pandore
27:22pour remettre en cause
27:25le fait que nous sommes
27:27aussi des Françaises
27:28et des Français
27:29au même titre
27:30que les autres.
27:31Donc,
27:32on va être très clair,
27:33la fusion des droites,
27:34elle est déjà présente.
27:35Lorsque vous avez
27:36un Bruno Rotaillot,
27:37même un Laurent Wauquiez,
27:39regardez les propositions
27:40de loi
27:40lors de leurs journées
27:41parlementaires
27:42qui leur sont dédiées,
27:43ils vont même plus loin
27:45que l'extrême droite.
27:46Ils vont plus loin
27:47que l'extrême droite.
27:47Donc,
27:48ce n'est pas un hasard,
27:50c'est une idéologie
27:51qu'ils défendent
27:52et moi,
27:53je le redis,
27:54notre seul ennemi,
27:55c'est l'extrême droite
27:55et seule la gauche
27:57est en capacité
27:58de lui faire échec
27:59et donc,
27:59c'est notre responsabilité
28:01à toutes et tous
28:02de faire en sorte
28:03qu'en 2027,
28:05eh bien,
28:05l'extrême droite
28:06n'arrive pas au pouvoir
28:07et en tout cas,
28:08je pense que ça doit être
28:09notre seule priorité.
28:11Applaudissements
28:18Jean-Victor Castor,
28:20le Rassemblement National,
28:22l'anciennement Front National
28:23est né et agrandi
28:25dans les années 70
28:26en accent son discours
28:28sur la nostalgie
28:29de l'Algérie française.
28:31Est-ce que le RN
28:32encore aujourd'hui,
28:3350 ans plus tard,
28:34a encore une...
28:35Est-ce qu'on peut parler
28:36d'une matrice coloniale,
28:38colonialiste
28:39au sein du RN
28:40et vous l'abordiez déjà
28:42un petit peu tout à l'heure,
28:43mais quelles seraient
28:43les conséquences
28:44de son arrivée au pouvoir
28:46pour les Guyanais
28:47et plus largement
28:48pour tous les ultramarins ?
28:51Alors,
28:52je vais prendre
28:52une précaution d'usage.
28:57On va dire
28:58le paradigme
29:01de la tutelle,
29:02que ce soit des personnes
29:03de gauche ou de droite,
29:04d'ailleurs,
29:06c'est toujours
29:06le complexe de supériorité
29:08dans nos territoires.
29:10Donc moi,
29:11j'ai envie de dire,
29:11comme je l'ai dit
29:12tout à l'heure,
29:12la gauche doit aussi
29:14balayer devant sa porte
29:16parce que dans nos pays,
29:18c'est comme ça
29:19qu'on vit les choses.
29:21J'ai écouté une partie
29:21du débat tout à l'heure
29:22sur la sécurité civile
29:26et en fait,
29:27je me disais,
29:28mais on est dans
29:29un autre monde en fait
29:30parce qu'on disait
29:31des interventions
29:32à 10, 15 minutes,
29:3320 minutes
29:34pour les pompiers.
29:35Voilà.
29:36Et on parlait
29:37de la vie des gens,
29:37la vie de nous tous ici.
29:39Il faut savoir
29:40que par exemple,
29:41chez moi,
29:43il y a des zones
29:44en Guyane
29:45où vous allez attendre
29:463, 4 jours en fait
29:49parce que c'est comme ça,
29:50parce qu'il n'y a pas de route,
29:52parce qu'il n'y a pas de train,
29:54parce que quand il y a
29:55de la sécheresse,
29:56eh bien,
29:57la puissance administrante
29:59a abandonné
30:0040 000 personnes
30:01pendant 4 mois
30:02sans moyen
30:03de communication.
30:05et que pour aller
30:06à la capitale,
30:07il fallait prendre
30:08un petit avion
30:08dans le pays voisin
30:10au Suriname,
30:11arriver dans sa capitale
30:12à 200 km,
30:13reprendre la route,
30:15arriver à la frontière,
30:16traverser
30:16et ensuite arriver
30:17à faire à peu près
30:18600 km.
30:20Ou alors,
30:21ce sont des évacuations
30:22sanitaires.
30:24Mais il faut attendre.
30:26Il faut attendre
30:26que l'avion soit là,
30:27il faut attendre
30:28que l'hélicoptère soit là.
30:29Et même quand vous arrivez
30:30à Cayenne,
30:31là où il y a
30:31le plus grand plateau technique,
30:32il n'est pas suffisant
30:33parce qu'il n'y a pas
30:34suffisamment de médecins,
30:35il n'y a pas suffisamment
30:36de spécialistes.
30:38Nous avons 150 médecins
30:40aujourd'hui en Guyane
30:42pour une population
30:43de 300 000 habitants.
30:44Je parle au niveau
30:45des cabinets
30:46de la médecine civile.
30:48150 médecins.
30:49Dans 3-4 ans,
30:51il y a 50% d'entre eux
30:53qui partiront à la retraite.
30:55Ça fait 4 ans
30:55que je suis député,
30:56ça fait 4 ans
30:57que j'interpelle tout le monde.
30:59On s'en fout.
31:01Ils sont en Guyane.
31:03Voilà.
31:04Mais ce que j'ai envie
31:05de vous dire,
31:06parce que tu parlais tout à l'heure
31:07du Rassemblement national
31:09à l'Assemblée nationale.
31:10Le Rassemblement national
31:12s'est emparé
31:12de la question
31:13des territoires
31:14dits d'outre-mer.
31:15Vous savez ce qu'ils font ?
31:17Ils écoutent
31:17ce que les peuples disent
31:18dans ces territoires,
31:20hormis la question
31:21de la décolonisation,
31:22hormis la question
31:22du droit des peuples
31:23à disposer de même.
31:24Sur toutes les questions
31:25d'aspiration basique,
31:27les besoins primaires,
31:28ils sont là,
31:29ils votent,
31:29et parfois même
31:30ils votent,
31:31ils vont plus loin
31:32même que la gauche.
31:34C'est pour ça
31:35qu'on peut toujours
31:36s'intéresser
31:37au Rassemblement national.
31:38Mais si on ne fait pas
31:39notre propre autocritique,
31:41qu'est-ce que nous faisons
31:42nous-mêmes ?
31:42Je parle par rapport
31:43à nos territoires.
31:44Il y a un vrai débat.
31:45Alors, la conséquence,
31:46c'est quoi ?
31:47La conséquence,
31:48c'est qu'effectivement,
31:49il ne faut pas être dupe
31:50de ce discours
31:50du Rassemblement national.
31:52Il ne faut pas être dupe
31:53quand on est à l'Assemblée nationale
31:54des votes qu'ils font.
31:56Parce que qu'est-ce
31:57qui va se passer ?
31:58Une fois que,
31:59si jamais ils sont au pouvoir,
32:00si on ne se mobilise pas,
32:02il faut se rappeler,
32:03mais ça,
32:03ce n'est pas que pour l'outre-mer,
32:04pour les dix pays
32:05territoires d'outre-mer,
32:06c'est pour tout le monde.
32:07Ce n'est pas simplement
32:08des ministres
32:09qui vont être nommés
32:09et qui seront fascistes.
32:12Ce seront des préfets
32:13qui vont être nommés
32:14par ce gouvernement.
32:15Ce seront, là aussi,
32:17des directeurs de la DGTM,
32:19des directeurs de la DIREN,
32:20des directeurs
32:21de toutes les administrations
32:22et tous les citoyens,
32:24quel que soit l'endroit
32:25où ils seront,
32:26ils seront confrontés
32:26à des gens
32:27qui auront été recrutés
32:28sur la base
32:29d'une idéologie fasciste.
32:31Et la conséquence,
32:32elle sera terrible.
32:33Terrible pour tout le monde,
32:35mais encore plus terrible
32:36pour nous.
32:37Et cette union des droites
32:39dont vous parlez,
32:41mais elle part d'un principe.
32:42Vous savez,
32:43quand M. Retailleau dit
32:44« Moi, la décolonisation
32:46ou la colonisation,
32:47est-ce que c'est un crime
32:48contre l'humanité ? »
32:49Non, non, pas du tout.
32:51Les bienfaits de la colonisation.
32:52Mais il me semble que
32:54M. Edouard Philippe
32:55a dit la même chose.
32:56Il a dit que
32:57la colonisation,
32:58non, pas du tout.
33:00Ce n'est pas un crime.
33:02Donc quand vous avez
33:03des personnes
33:04qui ont ce niveau-là,
33:06parce que c'est un positionnement,
33:08ce ne sont pas des personnes bêtes,
33:10elles choisissent
33:10d'avoir ces postures-là.
33:12Elles ne sont pas
33:14étiquetées RN,
33:15mais c'est la position du RN.
33:18C'est la position du RN.
33:20Et donc,
33:21oui, moi,
33:22je crains pour nos populations,
33:23je crains pour nos peuples
33:24des territoires dits d'outre-mer.
33:26Parce que ça va être terrible.
33:28Et on doit réussir
33:29à les convaincre
33:29parce qu'effectivement,
33:31il y a une petite chanson,
33:32comme je vous ai expliqué
33:33tout à l'heure.
33:34les gens en ont ras-le-bol
33:35de tout le monde.
33:36Le dégagisme.
33:38Ça peut arriver,
33:39malheureusement.
33:40Même si,
33:41pour l'instant,
33:41on a créé une digue,
33:43on les combat,
33:44mais on voit déjà
33:45dans certains territoires
33:46d'outre-mer,
33:47il y a eu, par exemple,
33:47à La Réunion,
33:48un député RN.
33:50Et ça peut arriver
33:51partout.
33:52À Mayotte.
33:53Et à Mayotte aussi.
33:54Donc,
33:55le sujet,
33:56il est vraiment grave
33:57et la mobilisation
33:58que nous devons tous avoir,
33:59elle est vraiment importante.
34:00Mais moi,
34:01je préfère vous dire,
34:02puisque je pense
34:02qu'il y a beaucoup
34:03de militants ici,
34:03de partis,
34:05de syndicats,
34:05d'associations,
34:06si on est de gauche,
34:07on doit respecter
34:09un principe,
34:09c'est que chaque peuple
34:10a le droit
34:11de disposer de lui-même.
34:12Et il faut tenir compte
34:13de nos aspirations
34:15et de nos responsabilités
34:16que nous voulons
34:17assumer nous-mêmes.
34:19Je vais vous donner
34:20un dernier exemple.
34:21Il y a trois ans ici,
34:22j'étais ici,
34:23à cette tribune,
34:24et j'ai fait un discours
34:25de dix minutes
34:26sur une question fondamentale
34:28qui concerne mon pays,
34:29la Guyane.
34:31Il y a une ordonnance
34:32qui date des années 1820,
34:34une ordonnance royale,
34:36qui a considéré
34:37que la France,
34:37quand elle est arrivée
34:38chez nous,
34:39il n'y avait personne
34:40et que les terres
34:41étaient en friche
34:43et qu'à ce titre-là,
34:45l'État
34:45était propriétaire
34:47de toutes les terres
34:48de Guyane.
34:49C'est-à-dire que
34:50les préfets
34:51décident
34:52à qui ils vont
34:53attribuer
34:54des parcelles de terre.
34:56Alors imaginez
34:57que les peuples autochtones
34:58qui sont encore
34:58vivants chez nous,
34:59il y a six nations autochtones.
35:02Il a fallu un mouvement
35:03avec 40 000 personnes
35:04dans les rues de Guyane
35:05en 2017
35:06pour obtenir
35:07ce qu'on appelle
35:08les accords de Guyane.
35:10En 2017,
35:11dans les accords de Guyane,
35:12journal officiel,
35:13il est précisé
35:14que l'État
35:15doit restituer
35:16400 000 hectares
35:17aux peuples autochtones,
35:1820 000 hectares
35:19aux agriculteurs
35:20et 250 000 hectares
35:22aux collectivités territoriales.
35:24Vous voulez que je vous donne
35:25le bilan dix ans après,
35:27presque dix ans après,
35:28et bien les peuples autochtones,
35:30il n'y a pas un mètre carré
35:31qui a été restitué.
35:32Pas un mètre carré !
35:37Et les collectivités territoriales,
35:39c'est à peu près
35:39150 000 hectares
35:40et même pour les agriculteurs,
35:41avec tout le discours
35:42qu'on a sur la sécurité,
35:43sur la souveraineté alimentaire,
35:45et bien il y a à peine
35:46500 hectares
35:47qui ont été restitués
35:48sur 20 000.
35:49Ça, c'est la réalité.
35:50C'est le vécu des gens.
35:52Et c'est parce que justement
35:53la parole publique,
35:55la puissance publique,
35:56quand elle s'exprime,
35:57quand elle s'engage,
35:58quand elle signe des accords,
36:00quand c'est au journal officiel
36:01et que ce n'est pas respecté,
36:03et bien les gens
36:04s'orientent ailleurs.
36:12Merci.
36:13Je voulais aborder une dernière thématique
36:16avec vous, Juliette Grange,
36:18sur l'écologie.
36:20Il y a quelques années,
36:21vous vous étiez intéressé
36:22à la vision du RN,
36:24de l'écologie,
36:24qui tentait à ce moment-là
36:26de développer
36:27une espèce de programme
36:29basé sur,
36:29si je résume,
36:30sur le localisme,
36:31le solutionnisme,
36:33qui est évidemment
36:34très, très loin
36:35de répondre aux enjeux,
36:37mais qui semblait rompre
36:38un tout petit peu
36:38avec une vision
36:39climato-sceptique.
36:41Depuis,
36:41on a le sentiment,
36:42dans les discours
36:43et dans les votes,
36:44d'un retour
36:46du climato-scepticisme
36:50au RN.
36:51Est-ce que c'est le cas ?
36:52Est-ce que,
36:53pour l'environnement,
36:55le RN au pouvoir
36:56serait un vrai danger,
36:56plus que les autres parties
36:58et ceux qui sont au gouvernement
36:59depuis une dizaine d'années,
37:00notamment ?
37:01Je pense que les extrêmes droites
37:03au niveau international,
37:05une de leurs grandes motivations,
37:08c'est d'aller contre
37:10tout aménagement
37:12qui viendrait de l'écologie,
37:14contre la fiscalisation,
37:16mais contre toute règle
37:16qui limiterait
37:17l'exploitation de l'environnement,
37:19qui limiterait le droit
37:21de l'extractivisme,
37:23des mines, etc.
37:25C'est pour ça que
37:27la Heritage Foundation
37:29et des grandes fondations,
37:31des grandes entreprises
37:31aux Etats-Unis
37:32ont soutenu Trump
37:33et le soutiennent.
37:35Dans d'autres pays,
37:36c'est la même chose.
37:37En France,
37:37c'est un peu moins net,
37:38c'est surtout au travers
37:40du parti d'Éric Zemmour
37:41et de Marion Maréchal,
37:43c'est-à-dire une autre
37:44extrême droite que le RN,
37:46qu'en fait,
37:46c'est thématique,
37:47favorable à la grande industrie,
37:49favorable à l'industrie chimique,
37:51favorable à une agriculture
37:54hyper chimique
37:55avec tous les engrais
37:56et sans aucune réglementation.
37:58Ça, c'est le fond de la question.
38:00C'est-à-dire,
38:01si l'extrême droite
38:03est encouragée
38:04par un certain nombre
38:05de milieux économiques,
38:06comme on le voit,
38:07c'est très probablement
38:08parce que les réglementations
38:10venues du réchauffement climatique
38:14et de l'écologie
38:17pourraient limiter les profits.
38:18Et donc,
38:20il n'en est pas question.
38:22Donc, Marine Le Pen
38:22a beaucoup développé
38:24le thème de l'écologie punitive
38:27contre les malheureuses...
38:31Enfin, pour le nucléaire,
38:33contre toute règle.
38:35Il y a des syndicats relais
38:36qui limiteraient dans l'agriculture
38:38l'utilisation de toute la chimie
38:41dont on peut disposer
38:43pour revenir sur les lois déjà existantes.
38:46Donc, il y a un fond très clair
38:48de réactionnarisme
38:50avec des résultats très concrets
38:52et très rapides
38:53si le RN passe,
38:55qui est complètement anti-écologiste.
38:57Alors, par ailleurs,
38:58il y a une écologie d'extrême droite
39:00au sens où il y a un certain localisme,
39:03il y aura un espace naturel
39:04des peuples,
39:06des villages
39:08qui nous conférait
39:10une certaine identité,
39:11soit locale, soit régionale,
39:13soit nationale.
39:14Donc, il y aura une appartenance
39:16identitaire, naturelle,
39:17entre guillemets.
39:18Il y aura aussi une naturalité
39:19de la famille
39:20et de nos affections.
39:21Il y aura une naturalité
39:22des rapports entre les hommes
39:23et les femmes.
39:24Il y aura aussi une naturalité
39:26des mœurs sexuelles
39:27avec l'idée qu'il y a quand même
39:29des pratiques contre nature.
39:31Il y aura une naturalité
39:33de la régulation des naissances,
39:34que sais-je.
39:35Donc, le terme de nature,
39:37alors c'est plutôt dans les blogs,
39:38c'est plutôt dans des parties
39:39de programmes qui sont
39:41quand même un peu marginaux
39:42par rapport au programme national
39:44des futurs présidentielles,
39:45mais on voit très bien
39:46que la thématique écologiste,
39:49entre guillemets,
39:49au sens large,
39:50est quand même très présente
39:51dans les extrêmes droites.
39:53Et pour l'écologiste que je suis,
39:55c'est très, très inquiétant.
40:00Dernière chose.
40:02Très rapidement,
40:03on va devoir conclure,
40:04Michel Fer.
40:05Très rapidement,
40:06il y a une dernière question
40:07que je voulais vous poser
40:07en rapport à votre dernier livre,
40:10« Redevenir juif »,
40:11dans lequel, si je résume,
40:13vous défendez la culture
40:14et la condition des juifs diasporiques,
40:17par opposition au gouvernement israélien
40:20et sa dérive identitaire,
40:22son chantage aussi à l'antisémitisme.
40:24En France,
40:25le Rassemblement national
40:26est quasiment le dernier parti
40:28à apporter un soutien inconditionnel
40:30au gouvernement israélien.
40:32Qu'est-ce qui se cache derrière cette posture ?
40:35On ne voit pas pourquoi
40:37il ne le ferait pas.
40:38Ce que fait le gouvernement israélien,
40:41non seulement à Gaza,
40:43mais en Cisjordanie,
40:45mais au sud Liban,
40:47c'est ce que le Rassemblement national
40:49rêverait de faire
40:50avec les minorités racisées en France.
40:52Il est le modèle absolu.
40:54Mais je dirais plus généralement,
40:58pour reprendre ce que vous disiez tout à l'heure,
41:01effectivement,
41:03une valeur fondamentale de la gauche,
41:05c'est ce droit des peuples
41:06à disposer d'eux-mêmes.
41:08Et ça, c'est un droit
41:09qui doit être respecté en Palestine,
41:12c'est un droit qui doit être respecté au Soudan,
41:15c'est un droit qui doit être respecté en Ukraine.
41:18Tant qu'on n'aura pas la solidarité
41:20avec tous les peuples
41:22qui sont massacrés, opprimés,
41:25et que le principe du droit des peuples
41:29à disposer d'eux-mêmes
41:30ne fera pas des solidarités transversales,
41:33je crois que la gauche
41:35ne retrouvera pas l'internationalisme
41:37dont elle a besoin pour renaître.
41:41Merci beaucoup.
41:43Merci beaucoup à tous les quatre.
41:45Et pour continuer à décrypter le programme
41:49et le projet du Rassemblement national
41:51et aussi avoir des arguments
41:53quand on va se retrouver entre collègues en famille,
41:56lisez l'humanité,
41:57on va continuer à documenter ça.
42:00Abonnez-vous et bonne fête à tous.
42:02Merci beaucoup.
42:05Sous-titrage Société Radio-Canada
42:07Sous-titrage Société Radio-Canada
42:10Sous-titrage Société Radio-Canada
42:10Sous-titrage Société Radio-Canada
42:14Sous-titrage Société Radio-Canada
42:15Sous-titrage Société Radio-Canada
42:16...

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