- il y a 9 heures
Prise à partie en terrasse samedi dernier à Caen, avec trois amies, Tesnim, 17 ans, militante du Mouvement des jeunes communistes, refuse de porter plainte, épuisée par des agressions racistes quotidiennes. Un renoncement loin d’être isolé : 97 % des victimes d’atteintes racistes ne saisissent pas la justice. Emma Fourreau, eurodéputée LFI, alerte sur la banalisation des idées d'extrême droite dans la cité normande et sur ses dramatiques conséquences.
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NewsTranscription
00:01Samedi 8 août, à Caen, Tesnim, 17 ans et fondatrice de la JC, a été victime d'une agression raciste
00:07avec trois copines alors qu'elle sirotait simplement un verre en terrasse.
00:10Elle filme la scène, comme on va vous le montrer.
00:19Ces jeunes musulmanes racisés subissent une agression raciste alors qu'elles sirotent leurs boissons sur la terrasse d'un bar
00:25du centre-ville de Caen.
00:26Le procureur de la République a été saisi par la députée européenne LFI Emma Fourreau.
00:31On revient sur les faits.
00:34Voilà donc, ce qui s'est passé, c'est qu'une dame vient une première fois, marmonne des choses incompréhensibles
00:40envers Tesnim et ses amis,
00:42puis revient une seconde fois et les insulte, les traite de sale arabe de merde, de salope et de sale
00:47pute.
00:48Emma Fourreau, vous êtes eurodéputée LFI, vous êtes également de la circonscription de Caen.
00:55Vous avez tout de suite saisi le procureur de la République au titre de l'article 40.
01:00Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
01:03Oui, déjà parce que Tesnim m'a tout de suite raconté ce qu'il s'était passé, puis elle m
01:06'a montré la vidéo.
01:08Et donc, quand on est une élue, c'est une obligation de signaler des faits qui sont susceptibles de constituer
01:13soit un crime, soit un délit.
01:14On le rappelle, les injures racistes sont des délits, c'est interdit par la loi.
01:18Et c'est extrêmement important pour moi d'accompagner la parole des victimes quand elles se libèrent,
01:22parce que la plupart du temps, quand on est victime de racisme, on ne dit rien.
01:26Là même, avec une vidéo, les gens arrivent à contester ce qui s'est passé.
01:30Donc, on voit à quel point la libération de la parole est très difficile dans un contexte raciste,
01:35parce qu'on a une banalisation du racisme en France.
01:37Et donc, en tant qu'élue, c'est important d'accompagner la parole de ceux qui osent témoigner.
01:42Oui, parce que Tesnim elle-même n'a pas encore porté plainte.
01:45Ce qu'elle dit, en fait, c'est que ça ne servira à rien,
01:47qu'elle, tous les jours, elle est victime d'actes, d'insultes, d'agressions racistes.
01:52Et qu'en fait, si elle portait plainte à chaque fois, elle irait tous les jours au commissariat.
01:56Surtout, ce qui est important de noter, c'est que ce n'est pas un acte isolé
01:58dans la mesure où la violence d'extrême droite est vraiment en augmentation à Caen ces derniers temps.
02:04Tom, tu en sais quelque chose, puisque tu allais faire un reportage là-bas.
02:07Tu peux nous en dire un peu plus ?
02:09Oui, tout à fait. Donc moi, de mon côté, j'avais pu faire un reportage
02:12dont je vais vous montrer très rapidement le titre.
02:17Donc déjà là, l'article que tu as rédigé, qui a été publié hier,
02:21à partir de la vidéo publiée par Tesnim et de son agression,
02:25et donc les réactions sur lesquelles on va revenir, notamment du maire en place à Caen.
02:30Et donc là, mon reportage qui avait été publié en mai,
02:33qui revenait justement sur les suites du canon français.
02:37Donc cet événement centré, on va dire, autour d'une vision fantasmée de la France,
02:46réactionnaire ou l'essentiel du menu, en tout cas,
02:49et la communication autour du menu, de la nourriture qui est vendue sur place et autour du port.
02:53Donc avec toute cette vision raciste, civilisationnelle, propre à l'extrême droite.
03:01Et suite à laquelle, donc événement qui a eu lieu samedi 18 avril,
03:05et suite auquel des participants sont arrivés dans les rues de la ville
03:11pour justement proférer des insultes racistes, sexistes,
03:19faire réaliser de la violence, des saluts nazis en pleine ville.
03:24Et justement, Emma Fourreau, donc, pour revenir aussi plus largement sur la présence de l'extrême droite à Caen,
03:31l'épisode, ce dernier épisode, donc avec l'agression raciste de Tesnim et de ses amis en terrasse,
03:38donc s'inscrit dans une hausse et en tout cas dans une répétition de ce type de violence.
03:43L'épisode du canon français était un épisode de très grande ampleur de violence,
03:47mais c'est pas le seul et c'est pas aussi le début de la présence de l'extrême droite
03:51à Caen.
03:52Est-ce que peut-être pour venir aussi sur un niveau plus général et plus large sur la situation de
03:58Caen,
03:59pourquoi est-ce que selon vous le profil de Caen en tant que ville est un terreau qui intéresse particulièrement
04:06l'extrême droite ?
04:08On a un peu cette idée que Caen serait une ville justement très modérée, de centre droit.
04:13Le maire vit encore dans cette réalité-là qui n'est plus.
04:16Et on voit pourtant effectivement, comme vous l'avez rappelé,
04:19que les agrétions racistes, transphobes aussi, misogynes se multiplient à Caen avec des groupuscules d'extrême droite
04:25qui sévissent sur les campus, qui ont déjà aussi attaqué un bar associatif,
04:29le seul à Caen comme étant identifié de gauche donc par un groupe de hooligans d'extrême droite.
04:34Il y a eu effectivement l'épisode du canon français où à la fois, oui, il y avait des personnes
04:38qui ne venaient pas de Caen,
04:39mais aussi des personnes qui venaient de Caen qui ont semé la terreur dans la ville.
04:42Donc on voit que c'est une réalité maintenant et qu'ils essayent de s'appuyer à la fois dans
04:46le milieu étudiant,
04:46mais aussi plus largement, comme je le disais, dans un groupe de supporters de foot,
04:50donc on voit qu'il y a des ramifications un peu partout,
04:52que les violences explosent et que c'est aussi une réalité qu'on retrouve évidemment en France
04:56et avec en corrélation la montée en puissance du Rassemblement national,
05:00parce qu'on le rappelle que proférer des discours racistes augmente ensuite concrètement la violence dans les rues,
05:06augmente la libération de la parole raciste, les deux vont de pair.
05:09On ne peut pas séparer le parti qui serait dans les institutions propres sur lui,
05:14qu'est le Rassemblement national, et les groupuscules violents, les deux sont liés.
05:17Et donc on voit aussi que le RN à Caen implante de plus en plus et de plus en plus
05:21présent sur les marchés,
05:22alors qu'avant il se faisait jeter des marchés.
05:24Donc on voit que les deux mouvements marchent dans le même sens.
05:26– Et aussi ce qui est très curieux, et ça Emma, c'est ce que vous dites,
05:30c'est que le maire d'hiver droite Aristide Olivier a une réaction en fait complètement laxiste,
05:36ou plutôt une non-réaction vis-à-vis de toutes ces agressions.
05:39D'ailleurs Tesnim, le 18 avril, lors de la tenue du banquet du canon français,
05:44avait été victime d'une agression, ça c'est toi aussi qui le racontais.
05:47C'était une vingtaine d'hommes, c'est ça qui lui proférait des menaces d'agressions sexuelles, etc.
05:55Et toi, pardon, vous Emma, vous aviez à ce moment-là, je crois, alerté en conseil municipal,
06:03et le maire était resté de marbre.
06:06– Ouais, c'était complètement fou, parce que déjà en amont du banquet du canon français,
06:11on avait averti, en s'appuyant sur les précédents qui avaient eu lieu ailleurs en France,
06:14sur le fait qu'il risquait d'y avoir des violences en ville,
06:17sur le fait qu'il risquait d'y avoir tout simplement pendant le canon français
06:20des choses totalement illégales, comme des saluts nazis parce que ça avait été constaté avant,
06:24en expliquant ce qu'était le profil de ce terrain, le profil des fondateurs du canon français,
06:28donc pour montrer que c'était idéologiquement marqué.
06:30Là, évidemment, c'était moquerie, ça a été pris totalement à la légère,
06:33rien n'a été fait ni pour l'interdire, mais même pas pour sécuriser le jour même,
06:37parce qu'on parle de 4000 personnes sous alcool, et avec une obédience d'extrême droite.
06:41Donc on voit que c'est un cocktail qui est explosif à 100%, et il n'a rien fait,
06:46il n'y avait pas la police municipale, alors que normalement il envoie toujours la police municipale
06:49les jeudis soirs parce qu'il y a beaucoup de consommation d'alcool, et là il n'y avait rien.
06:52Et surtout, en conseil municipal après, quand on lui a demandé de s'excuser auprès,
06:58à la fois évidemment des habitants qui ont été victimes de toutes ces violences,
07:01quand on lui a demandé de s'excuser auprès aussi du personnel des bars,
07:05qui ont dit que c'était la pire nuit, le pire service de leur vie,
07:08il a refusé de s'excuser, il a minimisé tout ce qui s'est passé,
07:12il a évidemment rejeté toute responsabilité venant de la mairie,
07:15alors qu'il est quand même maire de Caen, que c'était dans un équipement municipal
07:18avec une délégation de services publics, donc tout montrait qu'il était responsable de la situation,
07:23et il a dit mais je ne suis pas la justice,
07:25sauf qu'en fait on lui demande pas de se substituer à la justice,
07:27mais par contre de protéger les habitants en amont et pendant, et s'excuser après,
07:30ça évidemment rien n'a été fait, et il nie le caractère racistes de tout ce qui s'est passé,
07:34en disant que la France Insoumise serait excessive,
07:36alors que c'est pas la France Insoumise qui témoigne,
07:38c'est les habitants qui ont été jetés en pâture dans les rues de Caen
07:41par des centaines de personnes avec des bérets et qui ont semé la terreur en ville.
07:44D'ailleurs, une dizaine de restaurants, bars en tout cas, de Caen,
07:51avaient justement suite aux événements poste qu'en français,
07:55rédigé une lettre et signé une lettre commune qui avait été envoyée à Aristide Olivier.
07:59A l'époque où le reportage diffusé par l'Humanité a été publié,
08:05plusieurs des gérants, tenanciers de bars interrogés,
08:09expliquaient n'avoir pas eu de réaction, de réponse de la mairie.
08:12Est-ce que depuis cet épisode d'avril dernier,
08:17est-ce que vous, de votre côté, vous avez eu des retours sur cet aspect-là ?
08:22Est-ce que des tenanciers de bars, des restaurants, en tout cas des habitants locaux,
08:26vous ont fait part peut-être de réactions,
08:28ou alors de communications de la part de la mairie sur ce point-là ?
08:31Non, on n'a vu aucun retour officiel.
08:33Et même le maire de Caen, quand il a évoqué le sujet de cette lettre,
08:37il la mettait un peu en cause en disant qu'elle arrivait un peu tard,
08:40que c'était bizarre.
08:40Enfin, on voit déjà qu'il n'accordait pas beaucoup de crédit à cette lettre,
08:44alors que quand c'est signé par de nombreux patrons de bars,
08:47ça veut quand même dire quelque chose.
08:48Et quand j'avais fait le tour des bars,
08:49vraiment les témoignages étaient unanimes sur le fait que c'était horrible comme soirée,
08:53et que c'était teinté de remarques racistes et sexistes.
08:55Donc c'est vraiment une réalité qu'on ne peut pas nier tellement les témoignages sont massifs,
08:59et le maire de Caen arrive quand même à nier la situation et à se déresponsabiliser de ça.
09:04Et en plus, au-delà de cet événement, Emma, ce que vous me racontiez hier,
09:10c'est que vous, vous avez l'habitude d'aller tracter sur les marchés avec Tesnim,
09:14et vous aviez aussi déjà entendu en pleine journée de la part de gens pour le coup non alcoolisés,
09:20enfin voilà, sur un marché le matin, des gens proféraient aussi des insultes racistes envers Tesnim.
09:28Oui, c'est quotidien, et c'est même ce qu'elle nous disait là,
09:31c'est que si cette fois-ci elle avait diffusé la vidéo, c'est parce qu'il y a eu
09:34le crachat,
09:34et que ça pour elle c'était l'agression physique volontaire de trop,
09:37mais que les commentaires racistes c'est quotidien,
09:40effectivement quand je tracte avec elle je le vois,
09:41et c'est une réalité évidemment que moi je ne vis jamais,
09:44et donc le fait d'être avec elle et de voir ce qu'elle se prend,
09:47alors qu'on rappelle quand même que c'est une jeune femme de 17 ans qui milite,
09:49donc quand on voit la violence qu'elle se prend,
09:51et qu'on sait que c'est la même chose en fait pour toutes les personnes racisées en France,
09:54c'est vrai que c'est terrible, et quand on regarde les chiffres,
09:56on n'a que 4% des personnes victimes de violences racistes qui portent plainte.
10:00Donc on voit bien que c'est une réalité qui est sous-documentée,
10:02parce que les personnes n'osent pas porter plainte,
10:04et comme disait Tesnim, même en portant plate,
10:06elles se disent que ça ne va pas aboutir,
10:08donc effectivement on voit que c'est une réalité qui n'est pas assez prise au sérieux,
10:12qui n'est absolument pas prise au sérieux par le maire de Caen,
10:14des gens qui ne qualifient même pas ce qui s'est passé d'agression raciste.
10:17Le mot raciste n'apparaît dans...
10:19Il a fait quand même plusieurs slides de poste pour dire c'est abject, c'est violent,
10:22mais le mot raciste n'existe pas,
10:24donc on voit qu'il essaie de gommer la réalité centrale de ce que Tesnim vient de vivre.
10:28Voilà, donc là on vous montre la réponse d'Aristide Olivier,
10:31le maire d'Hiver droite de Caen.
10:34Donc voilier, bon au début il s'excuse un peu,
10:37enfin il dit voilà, on a vu circuler cette vidéo choquante
10:40où deux jeunes femmes voilées sont insultées à la terrasse d'un café.
10:43Puis, mais cette vidéo ne raconte pas toute l'histoire.
10:46Alors qu'est-ce qu'il veut nous dire ?
10:48Bah là il est justement en train d'amener la suite,
10:51qui est la seule chose qui l'intéresse,
10:52parce qu'il dit vite fait, ah c'est grave mais...
10:54Donc on voit qu'en fait ce qu'il a pas aimé ne compte pas,
10:56et c'est pour justement appuyer le profil psychiatrique de la personne,
11:01et donc en fait pour nier totalement le fait que si cette femme a ses propos,
11:06c'est parce qu'il y a un climat raciste dans le pays,
11:07et qu'elle soit responsable ou non de ses paroles,
11:09déjà ce ne sont pas aux élus de le déterminer,
11:12c'est ensuite aux autorités compétentes, à la justice, au personnel médical,
11:16mais nous, notre rôle en tant qu'élus,
11:18c'est justement de faire ce signalement article 40 au procureur de la République,
11:21parce que ce sont des actes racistes, on le rappelle,
11:22il y a quand même eu des propos comme « retourne dans ton pays »,
11:25« sale arabe de merde », donc c'est très clairement raciste,
11:28et donc ça il n'est pas capable de le dire,
11:30et justement il essaye de changer de sujet,
11:34instrumentaliser la question psychiatrique,
11:35alors qu'en tant que maire il n'a rien fait sur le sujet,
11:39notamment il y a un projet controversé de Trapp qui coupe le PSM en deux,
11:42et qui du coup fragilise la structure,
11:45et fait en sorte que les travaux en plus évidemment nuiraient grandement
11:48à des patients qui n'ont pas franchement besoin de ça,
11:51donc on voit qu'il instrumentalise, y compris la question psychiatrique,
11:54pour à la fois me taper dessus, ce qui est absolument ridicule,
11:57enfin vraiment j'ai vu ça, je me suis dit mais qu'est-ce qu'il fait,
12:01c'est juste pour s'en prendre à une élue d'opposition gratuitement,
12:03et pour nier la question raciste,
12:05et c'est intéressant de voir qui le soutient,
12:07parce qu'il est le responsable local du Rassemblement national,
12:10qui a fait un poste pour dire « merci monsieur le maire »,
12:12et qui a repartagé toute la publication du maire,
12:14et c'est pas la première fois, on a régulièrement le Rassemblement national
12:17qui fait le service après-vente du maire,
12:18et donc il devrait se poser des questions,
12:20le maire de Caen s'il n'est pas raciste, s'il n'est pas d'extrême droite,
12:22sur pourquoi est-ce qu'il est en permanence soutenu par l'extrême droite,
12:26dans sa gestion du banquet du canon français,
12:28là dans cette agression raciste, il est toujours soutenu par l'extrême droite,
12:31ce qui pose franchement question.
12:32Et il y a vraiment aussi une question qui se pose,
12:34comme tu le disais, enfin comme vous le disiez pardon,
12:38le maire de Caen soulève le fait qu'effectivement,
12:40donc cette dame aurait peut-être des problèmes psychiatriques,
12:45psychologiques, elle serait connue pour cela,
12:48il faut quand même noter que c'est pas parce qu'on a des problèmes psychiatriques
12:52qu'on a forcément une abolition totale de son discernement,
12:56ça se trouve à ce moment-là, elle avait son discernement,
12:58ou bien il était partiel, enfin pour l'instant personne ne peut le dire,
13:01donc il faut aussi faire un tout petit peu attention avec cette étiquette
13:05de maladie psychiatrique qui ne la rendrait pas responsable de ses actes,
13:12d'autant que Tesnim, ce qu'elle dit, c'est que voilà, en plus,
13:15si elle profère aussi ses injures racistes, c'est parce qu'elle les a entendus ailleurs.
13:20Et comme vous le souleviez, il y a aussi cette question
13:23de l'établissement public de santé mentale de Caen,
13:25donc l'hôpital psychiatrique pour le dire plus simplement,
13:29voilà, qui est aussi en grande souffrance,
13:31et ça c'est la question aussi de la psychiatrie,
13:34de la santé mentale aujourd'hui en France.
13:37Alors le maire de Caen, Aristide Olivier, on l'a eu au téléphone,
13:40parce que voilà, sentant la polémique monter, il s'est quand même senti un petit peu bête.
13:44Donc il a tenu à rappeler que vraiment, effectivement, ce qui s'était passé,
13:47c'était tout à fait anormal, que c'était inadmissible,
13:51enfin voilà, il a un peu réparé les pots cassés post-polémique,
13:54mais il a aussi tenu à rappeler qu'attention, c'était quand même un fait isolé,
13:58et que Caen, c'était une ville modérée, où normalement, voilà,
14:03tout allait quand même plutôt bien,
14:05et que TESNIM et toutes les personnes racisées victimes d'actes racistes,
14:10il fallait qu'elles portent plainte.
14:11Et donc, comme vous le disiez, et ça c'est un truc super important,
14:15c'est que les personnes racisées en général ne portent pas plainte.
14:18C'est la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme
14:22qui a montré dans une étude datant de 2025
14:25que 97% des personnes victimes d'atteintes racistes,
14:30donc d'injures notamment, ne portent pas plainte.
14:32Et il y a un chiffre encore plus ahurissant,
14:34c'est 28% des personnes qui, pour le coup,
14:37ont essayé d'entrer dans un commissariat,
14:39ont essayé de déposer plainte ou une main courante,
14:42et se sont heurtés à un refus de la part des policiers.
14:44Parce qu'en fait, il y a cette culture policière
14:49vis-à-vis de laquelle, forcément, on est un peu défiant
14:52quand on a l'habitude de se faire interpeller au faciès, etc.
14:56Voilà, on n'a pas spontanément l'idée d'aller dans un commissariat.
15:00Ça, qu'est-ce que vous en pensez, Emma ?
15:03Déjà, c'est très courant de la part de la droite
15:05d'essayer d'isoler ce qui se passe
15:07pour pas en faire quelque chose de systémique,
15:09et en disant, mais la solution individuelle, c'est de porter plainte,
15:12alors que, comme vous l'avez rappelé,
15:13il y a énormément d'obstacles à cela.
15:16Et donc, c'est ce qu'ils faisaient aussi pendant le canon français,
15:18en disant, mais les victimes n'ont qu'à porter plainte.
15:20Déjà, nous, on avait demandé à ce que la mairie
15:21se porte partie civile, à chaque fois qu'il y avait une plainte
15:24d'ordre sexiste, raciste, homophobe,
15:27ils n'ont jamais donné suite à cette proposition,
15:29ce que nous, on porte dans notre programme,
15:31et y compris, on porte dans le programme la création
15:33d'un office municipal de lutte contre toutes les discriminations,
15:36justement, avec des permanences juridiques,
15:37avec un accompagnement pour accompagner les victimes,
15:39parce que c'est un parcours qui est très difficile
15:41et qui est très décourageant,
15:43et qui se heurte à une structure avec une police
15:45qui, aujourd'hui, évidemment, a des biais racistes,
15:48on le voit dans son comportement quotidien,
15:49on le voit dans la réception des plaintes,
15:51on a des problèmes similaires avec les plaintes d'ordre
15:53de violences sexistes et sexuelles,
15:55donc on ne peut pas ramener cette question
15:57à une solution individuelle qui serait de porter plainte.
16:00Ça, ce n'est pas possible.
16:00Quand on a un problème systémique,
16:01ça ne peut pas être la plainte individuelle,
16:03et donc c'est, encore une fois,
16:04essayer de responsabiliser les victimes elles-mêmes,
16:06alors que c'est tout un système qui est coupable,
16:08avec des politiques qui accompagnent ce racisme ambiant,
16:12et on le voit bien, le maire n'avait rien en termes de politique structurelle contre le racisme,
16:16il ne nomme jamais le racisme, il va parler de vivre ensemble,
16:19mais sans jamais nommer ce qui casse le vivre ensemble aujourd'hui,
16:22notamment le racisme.
16:24Justement là aussi où le maire de Caen insiste sur cette image d'une ville modérée,
16:30tranquille, qui fait face à des cas isolés, des cas individuels,
16:36en tout cas dans la manière dont il peut justifier sa vision de ce qui s'est passé avec Tesnim.
16:42Mais dans un autre côté aussi, quand on s'intéresse à la situation politique concrète à Caen,
16:46on voit que Caen, malgré sa topographie de ville moyenne, moyenne-grande,
16:54et électoralement, on va dire qu'il peut être assez modéré, centriste, de droite,
17:00enfin voilà, même s'il y a une pluralité, mais au niveau de l'extrême-droite
17:03et au niveau aussi des groupuscules d'extrême-droite,
17:05on remarque très rapidement que Caen accueille une galaxie de mouvances,
17:11de némésis à la cocarde, en passant donc par le Rassemblement international,
17:14et notamment les mouvements de jeunesse du Rassemblement national,
17:17qui sont très actifs sur les réseaux sociaux,
17:19qui ont des représentants qui se personnifient énormément,
17:22qui se mettent beaucoup en scène et qui peuvent être très présents aussi,
17:25de plus en plus présents dans la rue.
17:28Vous avez parlé aussi du club de foot rapidement, du club de foot de Caen,
17:32dont certains supporters affichent de plus en plus
17:36et sont de plus en plus vocaux et virulents sur leur appartenance à l'extrême-droite.
17:42Vous avez aussi rapidement parlé de l'attaque d'un bar associatif dans le centre-ville.
17:49Lors de ma venue à Caen, et par la suite on a continué à discuter avec certains tenanciers de bars,
17:54et certains m'ont expliqué par exemple que des membres,
17:57enfin des participants à l'attaque qui avait eu lieu notamment fin mars sur bars associatifs,
18:02le BTKC, certains des membres de l'attaque avaient été reconnus lors de contrôles à Paris,
18:09lors du week-end du C9M.
18:11Donc on voit aussi que, outre l'aspect local de l'extrême-droite à Caen,
18:17on voit qu'il y a aussi des connexions qui se créent,
18:19qui se maintiennent avec Paris, avec d'autres villes aux alentours,
18:24ou même peut-être avec un niveau européen, au niveau idéologique et du discours.
18:31Pour vous justement, en quoi est-ce que les pouvoirs publics, la mairie,
18:36ne prennent peut-être pas assez en compte justement cette pluralité de l'extrême-droite,
18:41cette réalité concrète avec une multiplication donc des groupuscules,
18:45de la communication, de la présence dans les rues.
18:49Et justement, pour vous, comment est-ce qu'on pourrait y remédier ?
18:52Qu'est-ce qui manque justement pour remédier à cette présence,
18:55à cette expansion toujours plus virulente de l'extrême-droite ?
18:59Il faudrait effectivement que le maire de Caen retire ses œillères,
19:02qu'il arrête de se bercer d'un passé centriste de Caen,
19:06et qu'il réalise que la violence d'extrême-droite, elle est réelle, concrète,
19:10et qu'elle frappe y compris la ville de Caen.
19:12Il y a effectivement la proximité avec Paris, c'est à deux heures de train,
19:14et puis il y a aussi des groupes locaux qui sont implantés ici,
19:17et qui déroulent leur agenda politique raciste,
19:20avec effectivement une mairie qui ne fait absolument rien,
19:23voire même qui lutte contre la gauche qui essaye de dénoncer,
19:28de se mobiliser contre l'extrême-droite.
19:29Et on le voit bien, quand Jordan Bardella est venu faire sa dédicace à Caen,
19:32il y avait énormément, énormément, énormément de monde,
19:35et ça devrait être un déclic pour la droite qui se dit républicaine, modérée,
19:39si elle est vraiment antiraciste,
19:40elle devrait prendre la température réelle de ce qui se passe à Caen,
19:43et mener des politiques qui sont ouvertement progressistes,
19:48qui sont antiracistes, qui sont féministes, etc.
19:52Et il ne fait pas du tout ça, il reste vraiment dans une politique très classique de droite,
19:56et qui en fait laisse libre cours à l'extrême-droite.
19:59Et encore une fois, je le rappelais,
20:01mais le responsable du Rassemblement national local,
20:03il vient au conseil municipal applaudir les discours du maire.
20:06Donc je ne comprends même pas comment le maire ne veut pas prendre ses distances avec l'extrême-droite,
20:10à moins que ça lui aille très bien cette situation.
20:12Mais on voit aujourd'hui que la droite encourage l'extrême-droite,
20:15qui a une porosité très forte.
20:16On le voit au niveau national, qui a déroulé le tapis rouge au Rassemblement national,
20:19c'est la politique austéritaire d'Emmanuel Macron,
20:21c'est même sa politique raciste quand on voit le permis de tuer qui est passé.
20:24Donc on voit bien aujourd'hui qu'il y a une continuité entre la droite et l'extrême-droite,
20:28et que finalement, c'est pour l'instant la gauche qui arrive à lutter,
20:34qui arrive à se mobiliser, à dénoncer, et surtout à ne pas banaliser,
20:37parce qu'en fait la pente elle est tellement rapide, tellement glissante,
20:40que si on laisse des agressions se faire, comme là le maire de Caen quand il fait un poste,
20:44non pas pour soutenir la victime, mais pour tout de suite essayer de trouver des excuses,
20:48et pour dire finalement c'est très isolé, c'est pas raciste, c'est juste abject, nanana,
20:52mais en fait ça plus ça plus ça, ça fait qu'on tombe complètement dans ce climat raciste,
20:58et y compris le fait que lui ait fait un poste de cette nature-là,
21:01ça a libéré encore plus les commentaires racistes qui disaient merci le maire de Caen,
21:05puis qui déroulaient des propos extrêmement racistes,
21:10et donc voilà, on voit bien qu'aujourd'hui il est aussi responsable de ça,
21:13parce que quand on ne met pas de barrière,
21:16quand on met pas de bâton dans les roues à l'extrême-droite,
21:17elle se sent pousser des ailes et elle va de plus en plus loin,
21:19donc elle se dit ok le canon français c'est passé,
21:21bah super, bah je vais continuer, c'est que c'est ok,
21:23c'est qu'il n'y a aucune répression,
21:24c'est qu'il n'y a ni de répression policière sur l'extrême-droite,
21:27ni de répression en matière judiciaire,
21:29ni de répression politique avec une communication ferme,
21:32et donc finalement il y a aussi une responsabilité morale
21:34de la part du maire de Caen aujourd'hui dans la situation,
21:36parce qu'il n'y a aucun contre-message qui est envoyé face à l'extrême-droite.
21:41Exactement, en fait l'exemple Canet nous interroge,
21:44est-ce que finalement ce qui vient de se passer
21:47préfigure une union des droites,
21:49ou du moins une permissivité de la droite
21:51vis-à-vis du rassemblement national d'ici les élections de 2027 ?
21:56Écoutez, merci beaucoup Emma Fourreau d'être venue répondre à nos questions
22:00et discuter de ce sujet très douloureux.
22:03Merci beaucoup.