- il y a 16 heures
Congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives : 90 ans après la victoire de 1936, comment le Front populaire continue-t-il d'inspirer les luttes et les projets de la gauche contemporaine ?
En direct de l'Agora de la Fête de l'Humanité, Ludivine Bantigny, Guillaume Roubaud-Quashie, Antoine Léaument et Clémentine Autain débattent des enseignements du passé face aux défis actuels : la menace d'un retour de l'extrême droite, les périmètres d'alliance, le rôle décisif du mouvement social face aux institutions et les ruptures économiques nécessaires pour 2027.
Animé par Rachel Garrat-Valcarcel.
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00:00 Du Front populaire au Nouveau Front Populaire
00:06:21 L'obstacle des institutions et le piège de la présidentielle
00:17:00 L'écologie au cœur du rassemblement populaire
00:19:41 Les leçons critiques de l'histoire
00:28:33 Radicalité et culture de gouvernement face aux puissances d'argent
00:38:33 Quelles mesures phares et ruptures structurelles pour 2027 ?
En direct de l'Agora de la Fête de l'Humanité, Ludivine Bantigny, Guillaume Roubaud-Quashie, Antoine Léaument et Clémentine Autain débattent des enseignements du passé face aux défis actuels : la menace d'un retour de l'extrême droite, les périmètres d'alliance, le rôle décisif du mouvement social face aux institutions et les ruptures économiques nécessaires pour 2027.
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00:38:33 Quelles mesures phares et ruptures structurelles pour 2027 ?
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NewsTranscription
00:01Il y a donc un peu plus de 90 ans, la gauche unie obtenait une de ses plus belles victoires
00:07en France.
00:08Il y a 90 ans, les partis communistes, socialistes, radicals, rassemblés dans le Front Populaire,
00:12ont reputé une nette majorité aux élections législatives.
00:17Grâce aux grèves qui devaient succéder à ce succès en juin 38, les droits sociaux font un bond énorme.
00:24Liberté syndicale, hausse majeure des salaires et en particulier des petits salaires,
00:28semaines de 40 heures. Il y a 90 ans, quasiment jour pour jour, les travailleurs et travailleuses
00:35revenaient de leur tout premier congé payé. Ce sont les deux premières semaines de congé payé
00:39qui ont été obtenues de haute lutte quelques semaines plus tôt.
00:43Vous le voyez un petit peu partout sur la fête, il y a des hommages, des expositions sur le Front
00:49Populaire.
00:50Ici même, vous pouvez admirer des photos à la Gora qui rappellent ces moments du printemps
00:56et de l'été 36, c'est particulièrement émouvant.
00:58Et là, on a été plutôt mis dans l'ambiance par la chorale populaire de Paris, évidemment.
01:05À quelques mois d'élection, plus que majeure, évidemment, souvenir y donne envie.
01:09Mais comment le Front Populaire inspire encore les partis de gauche aujourd'hui ?
01:14Pour tenter de répondre à cette question, nous sommes 5 personnalités ce soir à la Gora.
01:23D'abord, Guillaume Roubault-Kouachi, bonsoir.
01:27Vous êtes directeur de la maison Aragon Triolet, membre de la direction du Parti communiste et historien,
01:34ce qui ne gâche rien pour un débat comme celui-là.
01:37Chloé Ridel, vous êtes eurodéputée socialiste et vous étiez notamment chargée de la coordination
01:43du nouveau projet socialiste publié avant l'été.
01:46Antoine Léaumant, vous êtes député de la France insoumise de l'Essonne.
01:51Vous jouez ici, j'allais dire, vous jouiez à domicile, mais je ne pensais pas si bien dire.
01:58Nous sommes Marine Tondelier, malheureusement excusée et remplacée par Jean-Baptiste Pejon.
02:03Vous êtes conseiller régional d'Ile-de-France, les écologistes et membres de la direction des écologistes chargés des élections.
02:10C'est bien ça, des élections de 2027.
02:13Et puis enfin, nous avons une historienne qui n'est pas une responsable politique de premier plan,
02:20Ludivine Bantini, qui a aussi son petit fan club.
02:27Vous avez publié il y a quelques mois la Bourse ou la vie, le front populaire histoire pour aujourd'hui,
02:32aux éditions La Découverte.
02:37Je n'ai pas ramené le livre, mais Antoine Léaumant sait faire de la communication.
02:43Nous sommes cinq, nous avons une heure.
02:45Je vous demanderai de faire des réponses plutôt courtes, même si je sais que c'est très frustrant.
02:49Justement, pour y aller directement et mettre les pieds dans le plat,
02:52évidemment, la référence au Front populaire, elle est évidente ces dernières années,
02:56puisque la dernière Union de la gauche, elle s'est appelée le nouveau Front populaire en 2024.
03:00Mais pour y aller directement, Ludivine Bantini, est-ce que ce nouveau Front populaire,
03:05il avait vraiment quelque chose de commun avec le Front populaire de 1936 ?
03:11Oui, bonjour à toutes et à tous.
03:12Je suis heureuse de participer à ce débat, honorée aussi,
03:15mais surtout, oui, déterminée, faire en sorte qu'il soit utile pour aujourd'hui.
03:21Ce n'est pas juste un fétichisme du passé, ce n'est pas juste pour retourner en arrière,
03:25mais c'est vraiment pour que ça nous soit précieux, que ça nous donne de l'énergie,
03:28avec aussi beaucoup de lucidité.
03:30C'est ça qui me paraît important, c'est de ne pas avoir uniquement des mythologies en tête sur cette
03:36histoire,
03:37mais qu'on en tire vraiment des conséquences pratiques, stratégiques, de projets,
03:43avec de la force et aussi de la joie, parce qu'il y a eu beaucoup de joie sous le
03:47Front populaire.
03:48Oui, les points communs, c'est qu'il y avait à l'époque, comme aujourd'hui, une grave crise du
03:54capitalisme,
03:55qui faisait aussi la démonstration de ces contradictions terribles,
03:59parce qu'à l'époque, dans les années 30, il y avait une crise de surproduction,
04:04alors du coup, une partie des grandes entreprises détruisaient des marchandises, des denrées alimentaires,
04:11alors que d'un autre côté, il y avait des gens qui se couchaient le ventre vide.
04:14Donc, à gauche, dans les partis qui, à l'époque, dans les organisations, les syndicats,
04:20le peuple de gauche, parce que ça allait bien au-delà des partis politiques,
04:23le peuple de gauche, c'est un peu comme aujourd'hui, c'est vous toutes et vous tous,
04:26c'est-à-dire des organisations syndicales, politiques, associatives, des coopératives,
04:32des ligues, comme la Ligue des droits humains, désormais.
04:35Et c'était ça, la force, c'était d'avoir un projet émancipateur, de justice,
04:40et se tenir à ce programme.
04:41Donc ça, je pense qu'on l'a retrouvé en 2024 dans cette décision d'être unitaire dans cette perspective.
04:48Et bien sûr, on ne comprend pas le Fonds populaire de l'époque si on n'a pas en tête
04:51sa puissance antifasciste.
04:53Parce que ce peuple de gauche qui s'est soulevé dès 1934 en s'organisant dans des comités, des collectifs,
05:01toutes sortes de mouvements, des manifestations, des rassemblements,
05:04et interpellant les organisations politiques et syndicales pour qu'elles s'unissent.
05:09Alors que franchement, même si on déplore aujourd'hui le niveau de division des gauches,
05:15à l'époque, si ça peut nous rassurer, le niveau d'hostilité entre les différents partis de gauche était encore
05:22bien plus élevé aujourd'hui.
05:24Voilà.
05:24Donc il faut bien l'avoir en tête pour peut-être se donner là aussi de la force.
05:28Et justement, il y a eu une puissance de l'auto-organisation populaire par tous ces collectifs
05:34que, me semble-t-il, il faut reproduire aujourd'hui.
05:36Et qui, pour aller dans le sens de votre question, Rachel, et je m'arrêterai peut-être là sur le
05:40premier point,
05:41c'est ce qui s'est passé aussi en 2024.
05:43C'est-à-dire que, en fait, tous autant que nous sommes, nous ne nous disons pas
05:48on attend un sauveur suprême ou même on attend que la gauche gagne, on veut que la gauche gagne.
05:53Mais on ne se le dit pas passivement en se disant, si la gauche gagne, on va les laisser faire.
05:57Et c'est ce qui s'est passé en 1934-1936, c'est qu'au-delà de ces comités,
06:02ce qui s'est passé en mai, en juin 1936 et dans les semaines et les mois qui ont suivi,
06:07c'est que cette auto-organisation ouvrière populaire, elle s'est poursuivie.
06:11Elle s'est poursuivie dans des grèves, elle s'est poursuivie dans des comités de lutte
06:15en se disant, ce n'est pas parce que la gauche arrive au pouvoir
06:17qu'on se contente de la laisser faire. On garde notre capacité d'agir.
06:21On va revenir évidemment sur ça.
06:24Mais je veux d'abord quand même insister sur le front antifasciste.
06:28Le front populaire, il se crée après la manifestation des ligues de 1934.
06:33Donc la menace d'une prise de pouvoir imminente par l'extrême droite,
06:36on peut dire qu'aujourd'hui, on est dans une situation comme ça.
06:39Peut-être, Guillaume Roubou-Kouachi, j'ai l'impression que les mêmes raisons
06:45ne produisent pas les mêmes effets au niveau unitaire ces derniers temps.
06:49Comment ça s'explique ?
06:51Ce n'est pas facile de répondre à cette question.
06:53Il n'y a pas de question facile ici.
06:55Les mêmes causes produisent-elles les mêmes effets ?
06:57En tout cas, ce qui est certain, c'est que la période dans laquelle on vit,
06:59elle est évidemment une période où on est confronté d'une manière peut-être inédite
07:04par sa gravité et son intensité à quelque chose comme le risque d'un retour de l'extrême droite au
07:10pouvoir.
07:11Je dis un retour parce qu'en ce moment, on nous invente l'idée selon laquelle
07:14le Rassemblement national, évidemment, et l'extrême droite, ça n'a rien à voir.
07:19Elle ne s'inscrit pas dans une histoire.
07:20L'extrême droite a une histoire dans notre pays.
07:23Et si l'extrême droite gagnait les élections, ce serait un retour au pouvoir
07:27parce qu'ils l'ont déjà exercé.
07:28C'était en 1940 et 1944, on le sait bien.
07:31Alors maintenant, la question est, parmi les éléments qui font la différence,
07:34ici, je vais faire le parallèle avec la question de 2024.
07:382024, c'est intéressant.
07:39Qu'est-ce que c'est ?
07:40C'est des élections législatives.
07:42J'ai un point intéressant à noter quand même.
07:44Ça veut dire que des élections législatives, ça veut dire que vous avez toute une série,
07:48vous avez une pluralité de candidats.
07:50Il faut d'ailleurs rappeler qu'au moment du Front populaire, il y a d'ailleurs
07:52plusieurs candidats au premier tour lors de ces élections législatives.
07:55Je le dis comme ça, par ailleurs.
07:58Parce que sinon, on ne comprendrait pas d'ailleurs...
07:59Il y a un autre mode de scrutin aussi.
08:01Non, c'était un scrutin d'arrondissement aussi.
08:02Mais on pouvait se qualifier beaucoup plus facilement.
08:05Enfin bon, on ne va pas rentrer dans les détails de chiffres.
08:06En tout cas, ce qui est certain, c'est que c'est d'ailleurs ce qui a permis que la
08:10seule
08:10force qui est montée au moment du Front populaire, vraiment, c'est le Parti communiste
08:13qui passe de 10 députés à plus de 110 députés.
08:16Et c'est aussi parce qu'il y a plusieurs candidats.
08:18Sinon, ça n'aurait pas pu être le cas.
08:19Là, on est confronté à une situation qui est évidemment difficile, une situation
08:23contre laquelle au Parti communiste, on s'est battu depuis le départ, qui est celle
08:26de l'élection d'un président de la République au suffrage universel direct.
08:30C'est une crapulerie, cette histoire-là.
08:33Il faut être très clair.
08:34L'idée qu'un homme, la rencontre entre un homme et un peuple, un homme qui concentre
08:39tous les pouvoirs, ça n'a aucun sens.
08:41Il est évident que si on veut changer les choses, il faut le faire de manière collective.
08:44Et évidemment, de ce point de vue-là, il y a un piège de l'élection présidentielle,
08:47c'est absolument certain, et qui ne nous aide pas, évidemment, par rapport à la question
08:51qui est posée.
08:51Antoine Léaumant, c'est plus difficile de faire un Front populaire dans des institutions
08:57présidentielles ?
08:58Présidentielle.
08:59Oui.
08:59Déjà, merci beaucoup pour l'invitation et l'invitation à mettre en débat ce qui
09:05fait partie d'une histoire commune, je pense, pour nous tous.
09:08Je pense que si vous demandiez à l'ensemble des personnes ici présentes s'ils feront
09:12populaire, ça veut dire quelque chose pour nous.
09:14La réponse est oui.
09:15Alors après, on a peut-être des analyses qui peuvent être un peu différentes.
09:19Effectivement, le mode de scrutin de l'élection législative, que ce soit aujourd'hui ou que
09:23ce soit à l'époque, il permet ce qu'on a appelé à l'époque les désistements au
09:30second tour, puisque à l'époque du Front populaire de 1936, ce qui se produit, c'est
09:34qu'il y a des désistements au second tour sur la base d'un programme commun qui était
09:39assez minimal.
09:40Et en réalité, la plupart des conquêtes sociales obtenues par le Front populaire ne
09:44sont pas inscrites dans le programme, sont obtenues par la lutte.
09:47Par exemple, les deux semaines de congés payés n'étaient pas dans le programme du
09:51Front populaire.
09:52Donc, on voit bien qu'on peut très bien avoir des programmes qui sont super.
09:56S'il n'y a pas d'action populaire pour essayer de les mettre en œuvre et de les
10:00mettre en œuvre parfois même en allant peut-être un peu plus loin que les programmes,
10:03eh bien, il peut y avoir quelque chose qui manque.
10:05Ensuite, ce mode de scrutin législatif, il est vrai aux élections législatives
10:10de 2024, il a permis qu'on reproduise ce nouveau Front populaire.
10:14Mais je voudrais quand même ne pas oublier les étapes précédentes qui ont permis que
10:20ce Front populaire existe en 2024.
10:23C'est qu'en 2022, il y avait eu une élection présidentielle dans laquelle Jean-Luc Mélenchon
10:28avait fait 22% des voix.
10:30C'est en 2022 que, fort de ce score, nous avons été dans une démarche qui était de
10:36tendre la main.
10:37Et on aurait pu faire totalement différemment.
10:39On aurait pu se dire « Ah non, on va y arriver tout seul, je ne sais pas quoi, on
10:42est
10:42trop fort, etc. »
10:43Ça n'a pas été notre logique.
10:45Et je redis, pour essayer de prendre des éléments qui sont actuels aussi, ça n'est
10:50pas non plus notre logique aujourd'hui.
10:52Ce n'est pas nous qui disons « Nous ne voulons de personne, partez, on ne veut pas de vous
10:56».
10:56C'est l'inverse.
10:57On n'arrête pas de dire « Venez nous aider, venez faire avec nous, faisons ensemble ».
11:03Donc, il y a un enjeu et un danger qui est face à nous, qui est la possibilité, et je
11:09suis
11:09d'accord, la possibilité d'un retour du fascisme.
11:13Et la pente fasciste est prise dans un certain nombre d'endroits, particulièrement dans
11:16le monde médiatique.
11:18Et quand on voit cette pente, il y a des gens qui la dévalent.
11:21Quand j'entends Mme Berger dire que le grand remplacement est un objet de débat, non, c'est
11:27un objet raciste, point barre.
11:28Et quand on est ministre en charge de la lutte contre les discriminations, c'est ça qu'il
11:32faut dire.
11:33La pente fasciste est là.
11:35La question est de savoir comment on y résiste.
11:38Et on résiste à la pente fasciste en ne laissant pas un seul centimètre à nos adversaires,
11:42c'est-à-dire, en contestant sur tous les points le monde qu'ils essayent de nous vendre.
11:47Non, ils n'ont pas raison de dire que l'immigration ne serait pas une chance pour la France.
11:51C'est l'inverse.
11:52L'immigration est une chance pour la France.
11:54Et il faut l'affirmer aussi fermement que cela.
11:57Ne jamais barguigner.
11:59Quand nos compatriotes musulmanes sont mis en cause parce qu'elles portent le voile,
12:03il faut dire que l'unité du peuple passe par la défense des libertés publiques.
12:08Et c'est comme cela, je pense.
12:09En traçant une ligne, un cap, en ayant un programme qui puisse rassembler non pas les
12:15partis politiques, parce qu'il ne s'agit pas de cela, et vous l'avez très bien dit,
12:19pas seulement de cela, en rassemblant le peuple, en faisant en sorte que ceux qui veulent une
12:24vie différente puissent se mettre ensemble, quelle que soit la décision des organisations
12:28politiques qui par ailleurs peuvent commettre des erreurs.
12:32Et tous ici, sans doute, nous en avons déjà commises.
12:35Donc moi, si j'ai une chose à vous dire, puisqu'on est à la fête de l'Huma, faites
12:40en sorte
12:40qu'il soit possible, à la fin, que nous soyons tous ensemble, parce que c'est la condition
12:45de la victoire.
12:46Et je ne parle pas seulement des organisations politiques, je parle des associations, je parle
12:51des syndicats, et je parle de toutes celles et ceux qui en ont par-dessus la tête du système
12:55capitaliste.
12:58Chloé Rydel, en 1936, ce front antifasciste, on l'a dit, c'était les socialistes, les
13:04communistes, c'était aussi les radicaux, qui était un parti qui allait même jusqu'au
13:09centre-droite, je passe sous le contrôle des historiens sur la scène.
13:13Est-ce que ça veut dire qu'un vrai front antifasciste, demain en France, il doit dépasser
13:18les frontières de la gauche ?
13:20On verra, en tout cas, ça doit partir de la gauche.
13:23C'est notre héritage.
13:24Et vous faites d'autant mieux de poser ce débat sur ce que le Front populaire a à
13:29nous apprendre aujourd'hui, que l'extrême droite, elle est aux portes du pouvoir.
13:33Et moi, je crois que cette expérience du Front populaire, qui a duré très peu de
13:36temps, en réalité, un an, un an et demi dans l'histoire française, mais dont on
13:39parle encore aujourd'hui, a beaucoup de choses à nous apprendre.
13:42Antoine, tu viens de le dire à l'instant.
13:44Moi, je pense qu'il y a quatre grandes leçons qu'on peut retenir pour qu'on conduise la
13:49gauche à la victoire et qu'on mène ce front antifasciste au gouvernement.
13:53La première des choses qu'avait réussi à faire le Front populaire, c'est une union
13:56des gauches exemplaire, sans volonté d'hégémonie des uns sur les autres.
14:01Je me permets de te répondre cela, cher Antoine.
14:05Une union de la gauche exemplaire où les socialistes arrivés devant, pour la première
14:11fois d'ailleurs, sont allés au gouvernement et où les communistes ont dit on ne va pas,
14:16on ne participe pas au gouvernement, mais on soutient très bien chacun à sa place.
14:21La deuxième chose qui me semble importante de retenir du Front populaire, c'est la
14:25conjonction effectivement de cette mobilisation syndicale incroyable et d'une gauche qui est
14:30au gouvernement et prête à l'entendre.
14:32Aujourd'hui, on a un mouvement syndical qui est affaibli par le tournant qu'a pris le
14:37capitalisme des salariés qui sont de plus en plus atomisés dans leurs entreprises, laissés
14:42seuls, les indépendants aussi. Donc on a besoin de reconstruire un Front syndical digne
14:47de ce nom et il ne suffira pas de demander aux gens d'aller se syndiquer.
14:51Oui, c'est bien, mais il faut forcer les entreprises à investir dans les syndicats avec par exemple
14:57le chèque syndical. Qu'est-ce que c'est ? C'est obliger les entreprises à donner un chèque
15:02à chacun de leurs salariés pour qu'ils le dépensent dans un des syndicats de leur choix.
15:07Ça, ça conférera une forme d'indépendance financière aux syndicats dont nous avons besoin.
15:11Et c'est aussi en imposant, et c'est dans le projet socialiste que j'ai coordonné, la
15:16moitié de représentants des salariés au conseil d'administration de toutes les entreprises.
15:21C'est en faisant la démocratie en entreprise qu'on redonnera de la vigueur au Front syndical
15:25et qu'on pourra retrouver cette force-là.
15:28Voilà. La troisième chose qui a fait la force pour moi du Front populaire, c'était
15:34des mesures emblématiques, des mesures sociales pour le travail.
15:39On va y venir.
15:40On l'a dit, mais oui, mais aujourd'hui, quelles sont nos mesures emblématiques ?
15:43Tu en as cité quelques-unes, Antoine. Mais il faut qu'on arrive avec ce même type de
15:47programme qu'on répète tous inlassablement et qu'on reprenne en cœur.
15:50Le SMIC à 1 700 euros net, la taxe Zuckmann, la loi intégrale contre les violences sexistes
15:56et sexuelles, un grand plan pour la santé environnementale pour faire en sorte que notre
16:00environnement ne soit plus saturé de pollution. Il faut qu'on prenne des mesures emblématiques
16:05qui fassent débat et qui nous réunissent toutes et tous. Et puis enfin, je terminerai
16:10là-dessus, une des choses qui pour moi a fait le Front populaire et la chorale que nous
16:15avons écoutée jusqu'avant a donné à le voir. C'était une forme de joie et
16:20de bonheur dans la lutte. Vraiment. Et pour ça, les communistes avaient apporté
16:26beaucoup avec des chansons. Il y avait une chanson du Front populaire qui s'appelait
16:30« Allons au devant de la vie », de la vie, la vraie, pleine, libre, entière. Et la
16:35devise « Pain, paix, liberté », cette espèce de projection dans ce que nous voulons construire
16:42de grand et pas simplement un front antifasciste, mais aussi comment est-ce qu'on va prendre
16:47notre vie et reprendre le contrôle sur notre vie à travers la question de la liberté qui,
16:53pour moi, est très importante et que nous devons reprendre à la droite et à l'extrême-droite
16:57qui l'ont défiguré depuis si longtemps.
17:00Jean-Baptiste Pejon, ce front antifasciste, est-ce que la gauche, ça suffira ? Est-ce qu'il
17:05va falloir aller au-delà pour battre les fascistes, l'extrême-droite en 2027, comme en 1936 ?
17:11Jean-Baptiste Pejon, ce front antifasciste, est-ce que la gauche, ça suffira ? Est-ce qu'il va falloir
17:18aller au-delà pour battre les fascistes, l'extrême-droite en 2027 ? Comme en 1936 ?
17:27C'était pain, paix et liberté et il y avait notamment le pain avec l'office du blé qui s
17:31'est monté pour une juste rémunération des agriculteurs. Nous, c'est ce qui a fait le cœur, si vous voulez,
17:36de l'écologie politique dans les années 70, puisque notre premier candidat à la présidentielle, René Dumont, était agronome et
17:42on s'est construit sur ces valeurs-là. Donc pour nous, effectivement, c'est central et c'est aujourd'hui
17:45ce qui reste dans l'héritage.
17:47Maintenant, moi, je pense, je suis convaincu, notamment, je suis un défenseur de l'union et d'ailleurs, aujourd'hui,
17:50notre slogan chez les écologistes, c'est l'écologie et l'union et on ne peut pas avoir une victoire
17:58sans programme de rupture et on ne peut pas avoir de programme de rupture en dehors de la gauche.
18:02Et pour moi, ça, c'est assez clair. Aujourd'hui, on a une question effectivement à se poser, c'est
18:10quels ont été les enseignements de 1936 qui ne se sont pas faits que sur des questions programmatiques,
18:15mais qui ont dû se solidifier au fur et à mesure du temps et surtout qui se sont faits avec
18:19l'appui de la société civile organisée. Parce que ça a été dit, si la victoire a été faite en
18:24mai 1936,
18:25c'est seulement en juin avec des fortes mobilisations et 2 millions de personnes dans la rue qu'on a
18:30pu obtenir de grandes avancées sociales. Donc demain, il n'y aura pas en réalité d'avancée pour la gauche
18:36sans conquête sociale par le corps intermédiaire.
18:39Et donc, c'est pour ça, il faut se syndiquer, il faut compter sur nos syndicats, il faut unir les
18:42syndicats et il faut faire des luttes intersyndicales.
18:45Moi, j'y crois très fortement et chez les écologistes, c'est central. Et puis aujourd'hui, on va pouvoir
18:49effectivement travailler à l'union.
18:51Mais pour travailler à l'union, il faut un programme commun. On y a travaillé déjà en 2022, 2024 et
18:56je pense qu'on peut encore s'entendre.
18:58Il y a évidemment des choses sur lesquelles on ne s'entend pas, mais c'est aussi comment est-ce
19:01qu'on peut gouverner ensemble?
19:02Comment est-ce qu'on peut construire une assemblée nationale ensemble? Et tout ça sont des étapes qui ne se
19:06travaillent pas au dernier moment ou alors qui ne se travaillent pas à la rage, j'ai envie de dire,
19:11mais qui doivent se construire solidement.
19:13Parce qu'une des erreurs d'ailleurs du Front populaire, c'est qu'en fait, en 1937, il tombe et
19:18il tombe aussi parce qu'il est fragile.
19:19Donc ne reproduisons pas cette erreur, on y tiendra. Donc travaillons à une source solide et je pense qu'on
19:24peut y arriver.
19:24Et enfin, j'aimerais dire justement cette première chose. Je pense que la force de la gauche et des parties
19:30de gauche, ce n'est pas de penser toutes et tous pareils,
19:32mais c'est d'être en capacité dans les grands moments de l'histoire à faire un bout de chemin
19:36ensemble et à savoir avancer dans le même sens quand l'histoire nous y oblige.
19:39Et je pense qu'on peut y arriver.
19:42Ludivine Bantini, ce front antifasciste, en fait, il commence avant en 1936. C'est une société qui se met en
19:49mouvement dès 1934, 1935.
19:52Vous pouvez nous décrire un petit peu cette société qui se met en mouvement à ce moment-là ?
19:57Je vais revenir un petit peu, compris sur ce qui a été dit par les unes et les autres, parce
20:01que c'est une discussion et encore une fois, pas seulement pour le plaisir de l'histoire,
20:05mais pour ce qu'elle peut nous apporter aujourd'hui. Par rapport à ce que tu disais, Chloé, en fait,
20:10il ne faut pas non plus s'imaginer qu'au début des années 30, la syndicalisation aurait été très forte.
20:16C'est l'image qu'on en a a posteriori, mais là aussi, peut-être pour nous rassurer sur notre
20:21situation à nous.
20:23À l'époque, le taux de syndicalisation, en 1935, il est plus bas que celui d'aujourd'hui.
20:28Et donc, la syndicalisation, elle s'est faite justement par cet élan, par ce mouvement. Il y a eu un
20:33énorme progrès de la syndicalisation, de l'engagement politique, syndical, associatif,
20:38mais par aidant le mouvement, justement, par aidant ce soulèvement populaire qu'a été ce moment où, comme j'ai
20:44essayé de le dire tout à l'heure, il y a plein de collectifs partout qui se sont mobilisés.
20:48Ça, c'est une chose très importante parce que sinon, c'est vrai qu'on est un peu écrasé. On
20:51se dit « Ah ouais, mais à l'époque, ils étaient très forts, ils avaient des organisations très puissantes ».
20:56Donc, voilà, ça, c'est une première petite nuance, mais surtout, non pas pour le plaisir de polémiquer, pas du
21:01tout sur des points précis, mais pour se dire « Voilà, ça nous renforce aussi ».
21:06Deuxièmement, par rapport à ce que tu disais également sur le fait que c'était une unité impeccable, le Front
21:13populaire, en 1936,
21:15quand on regarde les archives de Léon Blum, on peut en douter parce que, et ça, là encore, qu'est
21:20-ce qu'on en tire pour aujourd'hui ?
21:21Le Parti radical, Rachel, que vous évoquiez, le Parti radical avec lequel se sont alliés les socialistes et les communistes,
21:31il était divers dans sa composition.
21:33Il y avait différentes factions.
21:34Il y avait différentes ailes, mais il faut quand même se rappeler que les dirigeants du Parti radical, avant le
21:44Front populaire, ils gouvernaient avec la droite.
21:47Le chef du Parti radical, il s'appelait Edouard Heriot, il gouvernait dans une formation commune avec Pierre Laval, de
21:56Sinistre mémoire plus tard,
21:58puisque c'était le principal ministre de Pétain, et avec Philippe Pétain lui-même.
22:02Donc, en fait, Léon Blum, d'ailleurs, il disait, mais il y a une partie de ces radicaux, là, qui
22:07se disent Front populaire,
22:09mais ce sont des radicaux douteux.
22:11Ce sont des radicaux qui ne vont pas véritablement faire une alliance sincère sur un projet émancipateur.
22:17Parce que le Parti radical, il n'était absolument pas anticapitaliste.
22:20Il disait, l'économie de marché, c'est très bien, il ne faut pas toucher aux rapports sociaux de production.
22:24Il n'était pas non plus du tout féministe, il disait, il ne faut absolument pas de droit pour les
22:29femmes,
22:29et en particulier, pas de droit de vote des femmes.
22:32Il était contre les grèves, considérer que les grèves, les luttes sociales, ce qu'on disait, la lutte de classe,
22:38c'était un désordre.
22:40Donc, en fait, qu'est-ce que ça nous dit aujourd'hui ?
22:42C'est s'interroger sur le périmètre de l'alliance.
22:45Il faut faire une alliance de gauche, une unité, comme sur le Front populaire.
22:49Mais là, il y avait un vice de forme dès le départ, parce qu'une aile importante du Parti radical,
22:56comme le disait d'ailleurs Léon Blum en l'analysant dans ses brouillons,
22:59était prête à se retourner et à mettre un coup de poignard dans le dos de ses alliés Front populaire,
23:04à la première grève venue, et c'est ce qui s'est passé.
23:07Et c'est aussi pour ça qu'il y a eu une obstruction totale contre le gouvernement de Léon Blum
23:12par ces mêmes radicaux.
23:13Donc, si vous voyez un petit peu ce que je veux dire, je ne vais pas le dire franchement, politiquement,
23:19c'est à chacun et chacune de tirer les conclusions,
23:21mais c'est, en fait, par exemple, on ne s'allie pas avec la droite, même quand elle se dit
23:25de gauche.
23:28Pour revenir quand même sur le Front antifasciste.
23:31Une dernière petite chose.
23:34Une dernière... Donc, on ne s'allie pas avec la droite, même quand elle se dit de gauche,
23:38et qu'elle mène une politique de droite quand elle est au pouvoir.
23:40Et la dernière chose, c'est sur les conventions collectives.
23:42C'est très important, ce qui a été rappelé, notamment par Chloé ou par Antoine.
23:46Les conventions collectives, c'est énorme, parce que c'est une réforme,
23:51j'aurais pu dire une réforme révolutionnaire,
23:54parce que ça vient briser les contrats individuels de travail.
23:58Ça veut dire que ça renforce les travailleuses et les travailleurs,
24:01concrètement, face à leurs employeurs.
24:03Ça leur donne un bras de fer beaucoup plus favorable,
24:07plutôt que les contrats individuels comme ça,
24:09qui subordonnaient les gens à la puissance patronale.
24:14Mais je rappelle quand même, je suis désolée, je ne suis pas responsable politique,
24:17mais j'en fais de la politique, parce que la politique appartient à tout le monde.
24:22C'est ce que disaient les gens du Front populaire, justement.
24:25Lors des 80 ans du Front populaire, en 2016, il y a eu une loi,
24:30une contre-réforme qui s'appelait la loi travail.
24:32C'était symbolique, c'était 80 ans après les conventions collectives.
24:37Ça venait casser ça, ça venait casser les conventions collectives.
24:41Ça venait briser l'idée que c'est à l'échelle des branches,
24:45à l'échelle des branches professionnelles, qu'on a de la force et qu'on est solidaires.
24:48Ça venait ramener à l'échelle individuelle et au niveau des boîtes le rapport avec le patronat.
24:54Et donc, en fait, on ne peut pas gouverner avec un tel programme.
24:57Ce n'est pas possible.
24:58Je voudrais quand même revenir sur la question de la mise en mouvement de la société,
25:06parce qu'évidemment, on retient les trois parties,
25:08mais c'est bien autre chose, le Front populaire.
25:11Guillaume Roubault-Kouachi, le Parti communiste,
25:13il a une longue histoire de lien avec le mouvement syndical.
25:16Comment est-ce qu'en 2026-2027, c'est possible de remettre la société en mouvement
25:22sur un projet politique fort de rupture ?
25:25Il y a quand même plusieurs questions à se poser.
25:28D'abord, quel est l'état de la situation française d'un point de vue idéologique ?
25:32Il y a deux lectures.
25:33Soit on se dit que la gauche a perdu la bataille des idées,
25:36et en gros, il faut faire le dos rond, et plus tard, peut-être, les choses repartiront.
25:41Soit on considère que, si je prends un exemple, comme celui, par exemple, de la bataille des retraites,
25:46il y a eu une offensive idéologique générale permanente pour consister à nous faire avaler cette réforme des retraites.
25:52Et malgré tout cela, il y a une majorité absolue dans le peuple, parmi les organisations syndicales,
25:58qui disent « Non, nous sommes toujours opposés à la réforme des retraites ».
26:01Et ça, qu'est-ce que ça dit ?
26:04Ça dit donc que la bataille idéologique, elle n'est pas perdue dans notre pays.
26:08Ça veut dire que la majorité du peuple de France, elle n'est pas aujourd'hui ralliée définitivement,
26:12et totalement et complètement à l'extrême droite.
26:14Alors, ça veut donc dire que si aujourd'hui, dans les enquêtes d'opinion,
26:18on nous dit que la gauche, c'est entre 25 et 35 %,
26:21ça veut dire que c'est notre faute.
26:24Ça veut dire que ce n'est pas les Français et les Françaises qui seraient douces de droite.
26:28Ça veut dire que ce qu'ils entendent de la gauche, visiblement,
26:31alors qu'ils savent résister, quand on leur dit « Il faut travailler jusqu'à 67 ans »
26:35ou comme l'on dit chez les macronistes en ce moment, peut-être bien jusqu'à 70 ans.
26:39Vous avez vu, c'est le commissaire au plan qui nous explique ça en ce moment.
26:42Eh bien ça, les Français et les Françaises, ils savent comprendre comment dire qu'il faut résister contre ça.
26:47Mais pour l'instant, ils n'arrivent pas à être une majorité à se dire que du côté de la
26:51gauche,
26:51il y a quelque chose qui est intéressant.
26:53Alors, ça nous pose à tous une responsabilité,
26:55et je crois qu'on peut sortir de ça en étant à l'écoute des revendications, des aspirations,
27:00et en les poussant, en les écoutant et en nourrissant.
27:03C'est comme ça qu'on pourra aller, parce que le Front populaire, c'est effectivement ça.
27:05C'est être à l'écoute la plus immédiate des aspirations des Françaises et des Français.
27:10Les Françaises et les Français, je devrais plutôt dire du peuple de France,
27:12parce que dans les années 30, évidemment, vous savez qu'ils avaient chassé
27:16beaucoup d'immigrés, mais ils en restaient encore et il fallait les rassembler.
27:19Et aujourd'hui, évidemment, quand on dit les Françaises et les Français,
27:22il faut entendre bien sûr aussi toutes les personnes qui travaillent dans notre pays
27:25et qui n'ont pas toujours de papier et qui nous faut rassembler,
27:28indépendamment de considérations électorales.
27:29Enfin, le Front populaire, qu'est-ce que c'est ?
27:31C'est un travail pour construire une conscience de classe,
27:36parce que la xénophobie, ce n'est pas une nouveauté de la part de l'extrême droite d'aujourd'hui.
27:39C'est une constante dans ce que propose l'extrême droite.
27:43Il y a toujours l'idée, oui, la lutte est vaine, ça ne sert à rien, restez chez vous,
27:47vous ne pourrez rien gagner par la lutte collective.
27:50Mais par contre, si on vire des étrangers, peut-être que là,
27:53votre ressort à vous pourra s'améliorer, puisqu'on aura diminué le nombre de mangeurs
27:56autour de l'assiette.
27:58Je crois qu'aujourd'hui, le Front populaire, qu'est-ce qu'il nous dit ?
28:01Il nous dit que quand les Françaises et les Français, les étrangères et les étrangers,
28:05quand les personnes qui vivent sur cette terre se disent,
28:08« On peut changer les choses, on va s'organiser pour obtenir des choses »,
28:11eh bien, ils peuvent obtenir des choses considérables.
28:13Et c'est sur la base d'un espoir effectif qu'on pourra créer des mobilisations.
28:18Je pense que c'est ça le grand message du Front populaire,
28:20c'est quand les Français, les Françaises, les travailleurs étrangers et étrangères de ce peuple
28:25décident de s'organiser pour reprendre en main leur destin,
28:28alors ils peuvent écrire de grandes pages de l'histoire de France.
28:33Chloé Rydel, quand vous avez présenté le projet socialiste,
28:37vous avez dit que c'était une gauche radicale de gouvernement.
28:40Est-ce que cette gauche radicale de gouvernement,
28:41elle s'accommode d'une pression syndicale qui...
28:45Ben oui, met la pression au gouvernement pour non seulement répondre aux exigences du programme,
28:50mais même aller plus loin, comme en 1936 ?
28:53Pour moi, Léon Blum, c'était une gauche radicale de gouvernement.
28:56Tout à l'heure, quelqu'un a retracé l'historique...
28:59Non, mais je vous amène quand même cette année.
29:02Non, mais ce que je veux dire, c'est que souvent on dit,
29:04Léon Blum a fait les congés payés, a fait les 40 heures,
29:08a fait les conventions collectives,
29:11parce que les mobilisations syndicales l'y ont poussé.
29:14Mais la vérité, c'est que Léon Blum arrive au pouvoir le 4 juin
29:18et que les accords de Matignon sont signés le 7 et le 8 juin,
29:22trois jours plus tard seulement.
29:24Les mobilisations syndicales avaient eu lieu tout le mois de mai,
29:28portées précisément par la victoire du Front populaire au début du mois de mai.
29:31Et donc, là, je te rejoins.
29:34Parfois, ce qui manque, c'est la sensation qu'on peut gagner, qu'on peut y arriver.
29:38Aujourd'hui, on a la tête dans le seau,
29:40parce qu'on nous explique que l'extrême droite a gagné les esprits.
29:44Elle est omniprésente dans les médias.
29:47Et parfois, à la gauche, nous, on se couvre un peu la tête de cendre.
29:50On se dit « Ah, mais si on n'arrive pas, c'est juste à cause de nous ».
29:54Mais il faut voir ce qu'on a aussi en face de nous.
29:57On a des extrêmes droites qui sont financées par des milliardaires
30:00et par une oligarchie économique de plus en plus.
30:03Et donc, on a du mal à lutter, nous, contre ça,
30:06parce qu'on a peu de milliardaires de gauche.
30:08Il y en a un qui vient apparemment juste après ce débat.
30:12Mais on n'en a pas beaucoup.
30:14Donc, ne désespérons pas.
30:16Je crois que tu as tout à fait raison.
30:19Quand on s'organise et qu'on soulève un espoir populaire,
30:23qu'on arrive à le réveiller dans la société, on peut gagner.
30:27Mais moi, je crois, encore une fois,
30:30qu'il faut aussi faire la démonstration qu'on est capable de gouverner.
30:35C'est pour ça que je parle de gauche radicale de gouvernement.
30:37Qu'est-ce que c'est ?
30:38C'est une radicalité d'ambition dans la transformation qu'on veut pour notre société,
30:44sur le plan social, sur le plan démocratique, sur le plan écologique.
30:47Mais c'est une méthode qui reste démocratique,
30:50c'est-à-dire qui va chercher à dialoguer, à construire du compromis.
30:54Ce n'est pas un gros mot.
30:54C'est comme ça qu'on a obtenu les conquêtes sociales à travers l'histoire.
30:58Et je crois que la gauche, qui apporte des victoires pour les gens,
31:02c'est celle qui marche sur ses deux jambes,
31:03la radicalité et aussi la culture de gouvernement et de la réforme.
31:08Jean-Baptiste Pejon, pour mettre en mouvement la société,
31:12il suffit de se dire que c'est possible, comme dit Chloé Rydel ?
31:16Il ne suffit pas de se dire que c'est possible, mais en tout cas, il faut y travailler.
31:19Nous, aujourd'hui, notre rôle, c'est de proposer une offre politique
31:22qui, à la fois, respecte la ligne qu'on veut construire,
31:25le projet qu'on souhaite avoir pour nos concitoyens,
31:27et de susciter de l'espoir,
31:29et effectivement, ensuite, de porter une action publique de transformation.
31:33Après, les mouvements sociaux, à eux de s'organiser.
31:35Nous, on y participe. D'ailleurs, on a beaucoup participé, évidemment,
31:38dans tous les mouvements écologiques, dans toutes les marches climat,
31:40dans tous ces mouvements-là.
31:41Nous, écologistes, notre cœur de projet, c'est évidemment de mettre l'écologie au centre.
31:45Et d'ailleurs, on s'en félicite et on le loue,
31:48le fait qu'aujourd'hui, à gauche, c'est vraiment quelque chose qui est intégré
31:51dans beaucoup de programmes.
31:52Et je pense que c'est une très bonne chose,
31:53et c'est aussi une façon d'avancer la possibilité de travailler ensemble.
31:58Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut qu'on accompagne
32:00cette société civile organisée.
32:01Elle peut s'y organiser, mais par contre, je suis d'accord que c'est la responsabilité
32:05des partis politiques de proposer une offre politique et de rupture
32:08et en capacité de gagner.
32:10Mais par contre, on doit juste être là, dans l'accompagnement,
32:12et pas faire à la place des mouvements sociaux
32:14et de la société civile organisée, qui doit aussi nous rappeler à l'ordre
32:17et nous dire, regardez aujourd'hui ce que vous faites de bien ou de pas bien.
32:20Et d'ailleurs, je pense qu'il y a des signaux qui ont déjà été envoyés
32:22à certaines époques de l'histoire, notamment quand la gauche gouvernait,
32:25pour dire, regardez, là, ça ne va pas,
32:27et donc il faut réajuster.
32:28Et je pense que c'est ça le rôle qu'on a aujourd'hui.
32:30Et j'aimerais dire que moi, ce qui me suscite de l'espoir aujourd'hui,
32:33c'est notre capacité à tous se parler,
32:35notre capacité, il faut que ça continue,
32:37à toutes et tous se respecter, à bien se parler,
32:40parce qu'en fait, ce qui va faire qu'on pourra transformer
32:43et peut-être gagner l'année prochaine,
32:45ça sera aussi tout ce qu'on va construire dans cette séquence présidentielle.
32:48Et peu importe qu'il y ait des campagnes autonomes
32:50ou d'union au premier tour,
32:51ce qu'il faudra, c'est qu'on soit en capacité d'aller dépasser
32:54ces 40, 50 % au deuxième tour de l'élection présidentielle.
32:57Et je pense qu'il y a une possibilité que ça arrive,
32:59mais pour ça, on doit d'abord nous s'entendre côté parti politique
33:02et que la société civile organisée, évidemment, se mobilise
33:05pour nous rappeler à l'ordre de mettez-vous en marche,
33:08mettez-vous en mouvement pour faire en sorte qu'on puisse gagner.
33:10Et je pense qu'il y a un chemin.
33:12Antoine Léomand, c'est la question de cette pression
33:16mise sur le gouvernement, même après l'élection,
33:18c'est un truc qui revient beaucoup dans le discours des insoumis,
33:21je ne me trompe pas.
33:22Oui, oui.
33:23Pourquoi c'est important que ça ne s'arrête pas à l'élection ?
33:27Parce que regarder dans l'histoire,
33:31et y compris dans l'histoire des gouvernements de gauche,
33:33c'est aussi se rappeler que parfois,
33:36quand des gouvernements de gauche arrivent au pouvoir,
33:39y compris d'ailleurs le Front populaire,
33:41et c'est ce que je trouve très intéressant dans ton livre,
33:46en fait, il est assez critique de l'expérience Front populaire
33:49en disant, quand ils arrivent au pouvoir, il y a plein de problèmes qui sont posés,
33:53on décide des trucs, mais le patronat ne respecte pas ce qui est mis en place,
33:57il y a des grèves, mais le gouvernement commence à dire,
34:00en fait, il faudrait qu'on arrête la grève,
34:02parce que sinon, on ne va pas avoir l'air sérieux,
34:03on ne va pas avoir l'air rassurant.
34:06Bon, moi, je vous dis,
34:09je vous dis, oui, d'accord, il y a une question de compromis,
34:11mais il y a d'abord une question de rapport de force,
34:13et le rapport de force, il commence dans le peuple,
34:16et il commence par l'action populaire,
34:18et il commence vis-à-vis des possédants,
34:21parce que, pardon, mais on n'obtient jamais rien
34:23sans rapport de force dans ce pays,
34:25c'est pas, genre...
34:25C'est pas antinomique.
34:26Non, c'est pas antinomique.
34:27Mais ce qu'on essaye de dire, nous, en disant,
34:30ben, je vais...
34:32Il faut être parfaitement honnête.
34:33Nous, on ne ment pas sur ce qu'on essaye de faire.
34:35On n'essaye pas...
34:35Je parle pour les Insoumis, spécifiquement dans notre stratégie.
34:38On n'a jamais dit qu'on essayait de faire
34:40une avant-garde révolutionnaire, éclairée, etc.
34:43On a toujours dit, on essaye de faire un peuple révolutionnaire.
34:46Ce qui est assez...
34:47D'ailleurs, j'ai une super citation
34:49qui vient de Marceau-Pivert,
34:51que j'ai découvert dans le livre de Ludivine,
34:53et que je veux vous lire.
34:54Marceau-Pivert, qui était donc un socialiste.
34:56Le rôle d'un parti révolutionnaire
34:58n'est pas de rassurer la bourgeoisie inquiète,
35:01mais au contraire,
35:02de contribuer à sa démoralisation
35:04et d'accentuer la désagrégation
35:06dans laquelle elle se débat.
35:07Eh bien, je suis d'accord avec Marceau-Pivert.
35:10Je suis d'accord.
35:11On n'est pas là pour rassurer les bourgeois.
35:13On n'est pas là.
35:14Et c'est ça, la question, à mon avis, centrale
35:18qui est posée,
35:18et les différences de stratégie.
35:20Il y a beaucoup de gens
35:20qui se disent,
35:22ah là là, mais vous comprenez,
35:23si jamais on fait peur,
35:25alors on ne va jamais réussir à gouverner.
35:27Ben, regardez Léon Blum.
35:29Léon Blum, il faisait super peur.
35:30Il avait des campagnes antisémites tous les matins.
35:33Il avait des campagnes en disant
35:35que c'était un agent de l'étranger sans arrêt.
35:37Il y avait sans arrêt des campagnes de diabolisation de Léon Blum
35:40à tel point que c'était à l'intérieur du programme commun du Front Populaire
35:44que de dire qu'il fallait supprimer les trusts
35:47et lutter contre la diffamation
35:49et ce qu'on appellerait aujourd'hui la désinformation.
35:52C'était dans le programme tellement ils en avaient soupé.
35:55Alors franchement, quand on voit la situation dans laquelle on est,
35:58on voit bien qu'il y a une partie de la gauche
36:01et en particulier des antifascistes qui sont diabolisés
36:04et je veux leur apporter tout mon soutien.
36:06Parce qu'on ne construit pas des digues antifascistes
36:11sans apporter son soutien à ceux qui mènent la lutte
36:14et parfois de manière très dure.
36:17Donc nous ce qu'on essaye de faire et ce qu'on essaye de dire
36:19c'est qu'on regarde autre part pour étudier la société
36:25on regarde autre part que dans la sphère médiatique
36:27ou même dans la sphère sondagière
36:29même si on est allé regarder quand même comment ils faisaient
36:32pour se rendre compte qu'ils faisaient n'importe quoi
36:34et on essaye de comprendre à partir
36:36voilà, qu'est-ce qu'on ressent, qu'est-ce qu'on voit.
36:39Bah moi, autour de moi en ce moment je vois des gens qui disaient
36:41plus jamais la France insoumise, plus jamais la gauche, pas confiance, etc.
36:45qui disent allez on y va, on va les aider, on va essayer de faire tous ensemble
36:48parce qu'on peut y arriver.
36:49Mais c'est ça en fait qu'il s'agit de réussir à entraîner.
36:52Et il y a des points d'appui dans la sociologie
36:55je vous le dis, moi je ne suis pas inquiet sur la propagation
36:59des idées de la droite et de l'extrême droite.
37:01Bien sûr que si, elles se propagent dans la superstructure médiatique.
37:05Bien sûr que si, il y a une violence raciste
37:07qui s'exprime de plus en plus dans la société
37:10et dont les personnes racisées font de plus en plus les frais.
37:14Mais dans le même temps, il y a une jeune génération
37:16qui est particulièrement ancrée à gauche, très progressiste
37:20et particulièrement révolutionnaire, bien plus que je ne le suis,
37:23moi-même sans doute.
37:25Et cette génération, cette génération, elle est en train,
37:31tous les jours, elle va voir ses parents, ses grands-parents,
37:34ses amis de l'école, etc.
37:36et a dit, alors, alors, t'as vu, t'as regardé ça, t'as suivi ce qui s'est passé
37:40?
37:41C'est comme ça aussi que s'est fait la progression des idées du Front populaire en 1936.
37:46Parce que dans l'action, dans la rencontre qu'on peut faire dans la lutte,
37:50eh bien, on peut faire progresser des idées.
37:53Moi je vois là, il y a des...
37:54Il recommence à circuler des appels à sortir les gilets jaunes le 17 octobre.
37:59J'ai vu ça, sur les réseaux sociaux.
38:02J'en sais rien de ce qui va se passer.
38:03Je n'en sais rien de ce qui va se passer.
38:05Mais une chose est sûre, c'est que si des gens entrent dans la lutte,
38:09eh bien, le devoir de celles et ceux qui savent qu'on peut aussi trancher dans les élections
38:14des questions qui sont posées, c'est d'être dans ces luttes,
38:17d'être aux côtés de celles et ceux qui luttent,
38:19de venir en appui, d'être en soutien,
38:21parce que dans ces moments-là, on peut aussi faire peuple tous ensemble
38:24et casser toutes les idées racistes qui empêchent l'unité populaire.
38:32Je vous demanderai d'être un petit peu plus court dans vos réponses à l'avenir.
38:38On l'a dit, vous l'avez dit plusieurs fois,
38:40les grandes mesures qui nous viennent à l'esprit
38:42quand on parle du Fonds populaire, les 40 heures, les congés payés,
38:44elles n'étaient pas dans le programme effectif
38:47qui était très large, très flou.
38:51Mais en 2024, on s'est demandé aussi où elles étaient.
38:54ces grandes propositions dans le programme du nouveau Fonds populaire
38:58dans une première version.
38:59Il y avait une sixième semaine de congés payés,
39:02il y avait quelques nationalisations.
39:04Et c'est le PS qui a plutôt mis un frein là-dessus, Chloé Rydel.
39:08En 2027, s'il vous plaît, s'il vous plaît,
39:15quelles peuvent être les grandes propositions
39:17qui peuvent être aussi fortes que les congés payés,
39:20les 40 heures ou les conventions conductives,
39:22comme on en a discuté.
39:24J'en ai cité quelques-unes tout à l'heure dans mon premier propos.
39:27Je pense qu'effectivement, la force du Fonds populaire,
39:30mais ça a été le cas à chaque fois que la gauche est arrivée
39:32au gouvernement, les socialistes au Fonds populaire,
39:35les socialistes avec Mitterrand et même pendant Jospin,
39:39on arrivait en étant clair...
39:42Je ne le mentionne pas.
39:44Je ne sais pas si ça ne t'aura pas échappé.
39:48A chaque fois, on arrivait au pouvoir en étant clair sur ce qu'on allait y faire
39:52et avec des mesures phares et emblématiques.
39:56Le Fonds populaire, on l'a dit, congé payé semaines de 40 heures de travail,
40:00mais il y avait aussi, par exemple, la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans.
40:04Il y avait la démocratisation de l'accès à la culture avec Léo Lagrange.
40:08Quelles peuvent être les 35 heures de cette année ?
40:10Et donc, moi, je pense que c'est l'augmentation des salaires.
40:14Le SMIC a 1 700 euros net.
40:16Je pense que c'est la taxe Zuckmann.
40:18Je pense que c'est la sortie des énergies fossiles.
40:21Je pense que c'est un grand plan de santé environnementale
40:24pour éradiquer tous les pifaces, les polluants,
40:26tout ce qui sature notre environnement et qui tue notre santé à petit feu.
40:30Je pense que c'est aussi l'indépendance de l'IGPN,
40:34l'inspection générale de la police nationale,
40:36la reconnaissance de la colonisation comme un crime contre l'humanité.
40:40Tout ça, ce sont des mesures que je trouve, moi, fortes,
40:43qui peuvent parler à la majorité du peuple de gauche.
40:46On peut y rajouter une grande mesure,
40:49une loi anti-concentration dans les médias
40:52et dans le secteur de la culture
40:53pour empêcher qu'elle tombe dans les mains des milliardaires.
40:57Ça, ça peut nous réunir largement.
41:00Et il ne s'agit pas, parce que, pardon,
41:02mais des coupables, on peut en trouver partout.
41:04Je peux refaire l'historique depuis la NUPES.
41:06On ne va pas s'en sortir, les amis.
41:08Et moi, je ne vais pas utiliser le peu de temps-parole que j'ai
41:10pour nourrir la guerre des gauches.
41:12Je veux plutôt essayer d'être constructive
41:14et de mettre sur la table des grandes mesures,
41:17mettons-les à débat,
41:18qui peuvent nous réunir,
41:19qui sont dans la discussion et dans le débat public,
41:22qui sont dans le monde associatif,
41:24culturel, syndical, à gauche,
41:26et que nous devons nous engager à porter au pouvoir
41:30si on y arrive.
41:31Mais pour ça, il faut être un peu plus intelligent,
41:34je crois, c'est mon opinion,
41:35et arriver à construire une union de la gauche
41:38qui soit respectueuse de chacun.
41:40Voilà.
41:42Jean-Baptiste Pejon,
41:43le progrès social en 2027,
41:45il doit se nicher où, d'après les écolos ?
41:48Il y a énormément de choses.
41:49Vous savez, notamment sur la question...
41:51Je vais en prendre, puisque j'ai commencé par là,
41:53donc je vais aller là-dessus.
41:54Sur la question de l'agriculture,
41:55aujourd'hui, on a vraiment un problème.
41:57Vous savez, aujourd'hui, par exemple,
41:58en Seine-et-Marne, avec les canicules de cet été,
42:00on annonce peut-être 20% de maraîchers
42:01qui vont fermer à cause des canicules extraordinaires qu'on a.
42:04On a un gros problème sur les aides au bio,
42:06sur la juste rémunération des agriculteurs,
42:07sur la souveraineté alimentaire,
42:08et là-dessus, on peut se retrouver à gauche.
42:10Et ça, évidemment, c'est un enjeu fondamental
42:12sur la prévention de nos ressources,
42:14sur aujourd'hui l'interruption de l'exploitation
42:16sur les limites planétaires,
42:18sur, évidemment, aussi les conquêtes sociales
42:20qu'on doit avoir,
42:21retour sur la réforme des retraites,
42:22évidemment, avec retour sur la réforme BORN,
42:24retour à 60 ans, évidemment,
42:26pour les métiers les plus pénibles,
42:27les travaux de nuit,
42:28sur l'augmentation du SMIC et tous les salaires.
42:30Donc il y en a énormément.
42:32Et je pense qu'on pourra se retrouver sur tous ces enjeux.
42:34Et de toute façon, il faudra se retrouver.
42:35Parce que, je l'ai dit,
42:37il y a un chemin, évidemment,
42:38et on en parle aujourd'hui,
42:39on a envoyé un courrier cet été,
42:41évidemment, au partenaire de gauche
42:42pour se parler et pour voir
42:43s'il y avait un chemin encore pour l'Union,
42:45pour la présidentielle, au premier et au second tour,
42:47mais aussi pour la législative.
42:48Et tout ça, on doit le mettre carte sur table.
42:50Et je pense qu'on va être en capacité
42:51d'aller chercher ces progrès sociaux.
42:52J'en ai cité quelques-uns,
42:54mais je pense que la question,
42:55notamment des ressources,
42:57de l'eau, de l'air non pollué,
42:59tout ça, c'est des questions
43:00qui vont devoir être centrales
43:01pour notre avenir en commun,
43:03pour la justice sociale,
43:04pour la transition écologique.
43:06Et puis, au-delà de ça,
43:06évidemment, derrière,
43:07viendront la question des collectivités.
43:09Parce que je pense qu'en 2028,
43:11derrière cette vague présidentielle,
43:12il faudra aussi aller se battre,
43:13évidemment, si on gagne,
43:15mais évidemment,
43:15si l'extrême droite gagne aussi,
43:17pour les départementales,
43:18pour les régionales,
43:18autour de programmes communs.
43:20J'aimerais dire un mot,
43:20parce que moi, je suis conseiller régional
43:22en Ile-de-France,
43:23on subit la politique de Valérie Pécresse
43:25avec la privatisation des transports,
43:26avec la déshumanisation.
43:28J'étais encore sur un piqué de grève
43:29de la CGT,
43:30avec cette mise en concurrence
43:32qui vient complètement tuer
43:33le service public,
43:34on le vit aussi avec la SNCF.
43:36Et bien ça, aujourd'hui,
43:36c'est des choses qu'il faut interrompre,
43:38stop à la mise en concurrence,
43:39stop à cette privatisation
43:40à marche forcée.
43:41Et il faut remettre du public
43:43la reprise en main du secteur public.
43:45Je pense que ça sera un des acquis,
43:46un des points à mettre au cœur de 2027.
43:50Antoine Léomans,
43:50c'est quoi les 40 heures,
43:52les congés payés de 2027 ?
43:56Bon, nous, on maintient
43:59la sixième semaine de congés payés
44:01dans les objectifs de notre programme,
44:02déjà pour commencer.
44:04Non, mais il y a des choses qui peuvent...
44:08Bon, la sixième semaine de congés payés
44:10et retour à la retraite à 60 ans.
44:13Et il faut...
44:18On pourrait faire la liste, en fait,
44:19de toutes les propositions et je peux...
44:21Mais nous n'avons pas le temps.
44:22Voilà.
44:22Je pourrais faire la...
44:23Je pense que l'enjeu principal
44:25n'est pas tant les mesures elles-mêmes.
44:28C'est est-ce que c'est possible ou pas ?
44:31Et c'est dans cette question-là
44:33que tout est concentré.
44:33Il y a des objets aussi
44:34qui peuvent amener à...
44:36Oui, bien sûr.
44:36Mais par exemple,
44:36le SMIC à 1 700 euros,
44:38qui est une de nos propositions,
44:40le SMIC à 1 700 euros,
44:41c'est en même temps
44:42des cotisations
44:43qui rentrent davantage
44:44dans les caisses de l'État.
44:45Ils n'arrêtent pas de nous dire
44:46que ce n'est pas possible
44:47de financer machin, etc.,
44:48la retraite, mon Dieu,
44:49la catastrophe, blabla.
44:51Les seuls trucs dont ils parlent jamais,
44:53c'est comment on lutte contre le chômage,
44:55comment on augmente les salaires.
44:56Parce que c'est précisément ça
44:57qui fait rentrer le plus de cotisations
44:59dans les caisses de l'État.
45:00Et par ailleurs,
45:00et là, on peut dire vraiment merci
45:02au travail qui a été réalisé
45:03par Fabien Guay au Sénat,
45:06sénateur communiste,
45:07avec le travail sur les 211 milliards d'euros
45:10qui partent aux entreprises
45:12sans contrepartie.
45:13Parce que franchement,
45:15ils n'arrêtent pas de nous dire
45:16qu'il n'y a pas d'argent,
45:17mais en réalité,
45:17quand il a fallu en trouver pour l'armement,
45:19ils en ont trouvé.
45:20Bon.
45:21Donc, peut-être qu'on pourrait s'interroger
45:23sur l'argent qui ne rentre plus
45:26dans les caisses de l'État,
45:27et notamment tout ce qui est passé désormais
45:28par le financement par la TVA,
45:30et chaque fois que vous entendez
45:32quelqu'un dire
45:32« Il faut rapprocher le brut du net »,
45:35méfiez-vous.
45:37Méfiez-vous parce que ça veut dire
45:38que c'est quelqu'un
45:39qui vous fait la poche gauche
45:41pour vous la remettre dans la poche droite.
45:43Donc, dès que vous entendez
45:44quelqu'un dire ça,
45:45vous dites « Non, non, non ».
45:46Moi, je l'ai fait sur un plateau télé
45:47avec Mme Lavalette une fois,
45:48elle ne savait pas quoi dire.
45:49Il dit « Non, non, non,
45:50le brut, vous l'augmentez ou pas ».
45:51Demandez aux gens
45:52et demandez à ceux qui veulent voter
45:54pour d'autres personnes que la gauche,
45:56demandez-leur
45:57s'ils pensent que leur salaire brut
45:59va augmenter et s'il va y avoir...
46:01Parce que c'est quoi
46:01l'augmentation du salaire brut ?
46:02C'est l'augmentation du partage
46:04entre le travail et le capital.
46:06C'est ça ce que ça veut dire,
46:07l'augmentation du salaire.
46:09Donc voilà, c'est sur ça
46:10qu'on essaye de travailler
46:10et je m'arrête là pour faire court.
46:12Merci.
46:13Guillaume Roubaud-Kouachi,
46:15pour les communistes en 2027,
46:17je n'ai plus de micro.
46:19Pour les communistes en 2027,
46:21c'est quoi les objets
46:22qui peuvent faire front populaire
46:24dans la société ?
46:26En tout cas, ce qui est certain,
46:27c'est que parmi les questions
46:28qui sont fondamentales,
46:29et je pense que la conscience
46:31de ça a grandi lors de l'été
46:32qu'on vient de traverser,
46:34c'est l'enjeu climatique
46:35et environnemental.
46:36Je crois que cette conscience,
46:37elle a grandi parce qu'on a tous vécu,
46:39alors pas tous,
46:39parce qu'évidemment,
46:41les très riches sont climatisés,
46:43tout va bien.
46:44On a peut-être des millions
46:45et des millions à vivre ça
46:46et à comprendre,
46:47peut-être encore plus nettement,
46:48l'enjeu écologique.
46:50Et aujourd'hui, face à ça,
46:51il faut y répondre vraiment
46:52et ce n'est pas juste par des formules,
46:54trois tweets et demi.
46:55Si on veut vraiment répondre
46:56aux questions écologiques,
46:58il y a des choix budgétaires
47:00massifs à faire.
47:01Et nous, au Parti communiste,
47:02on a développé,
47:03on a mis des interveneurs,
47:04on a fait un travail énorme
47:05pour développer un plan climat
47:07en printemps 2050.
47:08C'est très sérieux et très important.
47:10Il y a des revirements
47:11et des réorientations fondamentales à faire.
47:13Tout le monde est d'accord sur un plateau,
47:14mais dès qu'on va aller sur le fond
47:15et des choses concrètes,
47:17vous verrez bien que là,
47:17il y a des choix,
47:18il y a des choix de classe
47:18qui doivent être faits.
47:19C'est la première chose.
47:20La deuxième chose,
47:21c'est qu'une des leçons
47:23quand même du Front populaire,
47:24malgré tout,
47:24et des différentes expériences de gauche,
47:26c'est qu'il faut aussi
47:27se donner les moyens
47:28d'une politique de gauche
47:29qui réussisse
47:30par de l'instant nombre de mesures.
47:31Ça veut dire quoi ?
47:32Ça veut dire qu'il faut toucher
47:33aux structures économiques
47:35fondamentales et profondes.
47:36Et de ce point de vue,
47:37le programme du Front populaire,
47:39il a plein d'autres qualités.
47:41Mais c'est vrai
47:41que quand on est venu proposer
47:43ce que nous proposons aujourd'hui,
47:44depuis longtemps,
47:45c'est-à-dire
47:45comment voulez-vous changer les choses
47:48pour le peuple
47:48sans nationaliser
47:50plusieurs banques dans ce pays ?
47:51C'est impossible !
47:53Donc nous nous disons
47:54qu'il faut nationaliser
47:57plusieurs banques dans ce pays
47:58et pas juste changer le propriétaire,
48:00mais pour qu'elles servent
48:01au développement de l'emploi,
48:03au développement de l'environnement,
48:04pour l'égalité homme-femme,
48:05qu'elles modulent les prêts.
48:06Il y a un enjeu important là-dessus.
48:08Troisième chose, évidemment,
48:09c'est que dans les nationalisations,
48:11il y a aussi un truc important.
48:12Si on veut développer
48:13une politique énergétique
48:14qui tienne la route,
48:15ça veut dire que les profits de guerre
48:17qui sont faits par Total,
48:19parce que M. Trump
48:21a déclenché la guerre
48:23contre l'Iran,
48:25eh bien ces profits de guerre,
48:26plusieurs dizaines de milliards d'euros,
48:28et vous vous faites inquiéter
48:29en permanence
48:30dans les pompes à essence,
48:31il faut mettre un terme à tout cela,
48:33il faut nationaliser Total également
48:36et reconstituer un grand pôle d'énergie.
48:38Et je finis par un élément,
48:41il faut donner plus de pouvoir
48:43aux travailleuses et aux travailleurs.
48:45Les macronistes,
48:46c'est les rois de l'esbrouf,
48:47nous, nous savons,
48:48nous savons faire,
48:49nous sommes les technocrates,
48:50les Mozart,
48:51tout ce qu'on veut,
48:51on sait tout,
48:52nous, nous ne croyons pas à cela.
48:54Nous savons que les travailleuses
48:55et les travailleurs,
48:56elles ont une connaissance
48:57de ce dont on a besoin dans ce pays,
48:58et il faut leur donner les moyens
49:00d'être entendus
49:00et d'être écoutés
49:02parce que le monde ira mieux
49:03quand on écoutera moins
49:04les actionnaires
49:05et les technocrates
49:05et davantage les travailleurs
49:07et les travailleuses.
49:09Je vais donner le mot de la fin
49:10à Ludivine Bantini.
49:14Antoine Léomand l'a dit
49:15un peu plus tôt,
49:15c'est vrai que dans votre livre,
49:16donc La Bourse ou la vie
49:17que vous avez publié au printemps,
49:19vous êtes critique,
49:20très critique
49:20par rapport au Front populaire,
49:23ce qui n'est pas tout à fait nouveau,
49:24c'est un débat qui existe
49:26dans la gauche
49:26depuis presque 90 ans.
49:29Je vais finir encore
49:30par une question provoquante.
49:31On s'est demandé depuis le début
49:33si on devait s'inspirer
49:34du Front populaire,
49:34mais est-ce qu'il est inspirant
49:36ce Front populaire
49:37vu le bilan que vous en faites ?
49:38Non, mais je ne suis pas...
49:39En fait, c'est l'histoire
49:40qui est critique.
49:41Moi, j'ai passé 4 ans de ma vie
49:42dans les sources,
49:44dans les archives de cette époque,
49:45notamment, encore une fois,
49:46pour apporter une petite pierre
49:47à ce qui peut nous être utile aujourd'hui.
49:49Donc, je vais reprendre
49:50en quelques aspects,
49:51quelques axes.
49:52Très rapidement, je rassure Rachel,
49:54ce qui a été dit
49:54par les unes et les autres.
49:56D'abord, par rapport
49:56à ce que disait Jean-Baptiste,
49:57que tu disais sur...
49:58Voilà, il y a la société civile
50:00et puis il y a
50:00les organisations politiques.
50:02Je rappelle que, par exemple,
50:03le 12 février 1934,
50:06la CGT a appelé
50:07à une grève générale antifasciste.
50:09Et ça, c'était énorme.
50:11C'était la première fois
50:12qu'un syndicat,
50:13parce qu'il ne voulait pas
50:14trop faire de politique,
50:15mais il s'est dit
50:15la politique, c'est nous aussi,
50:17en fait,
50:18et il faut absolument
50:18qu'on se mobilise contre le fascisme
50:19par la grève.
50:20Il y a eu 6 millions de personnes
50:22qui se sont mis en grève
50:23le 12 février 1934.
50:24Ça, c'est la première chose.
50:25C'est la force de la mobilisation.
50:27Et moi, c'est vrai,
50:27je commence à avoir des doutes
50:29sur l'idée que, voilà,
50:30il y a le terrain des syndicats,
50:31il faut leur laisser,
50:33le terrain des politiques, etc.
50:34En fait, justement,
50:35ce qui s'est passé
50:35entre 1934 et 1936,
50:37comme on l'a dit
50:37à plusieurs reprises,
50:38c'était toutes nos forces,
50:40en fait, toutes nos forces.
50:41Et il ne faut pas se diviser
50:42en disant, voilà,
50:43on cloisonne nos terrains.
50:45On a besoin vraiment
50:46de se fédérer,
50:47comme le disaient
50:47les hommes et les femmes
50:48de la commune.
50:49Ça, c'est la première chose.
50:50La deuxième chose,
50:51c'est que par rapport
50:51à Blum, notamment,
50:53et aujourd'hui,
50:53donc, des responsables politiques,
50:56il faut se rappeler
50:56que Blum, par exemple,
50:57il était contre les 40 heures.
50:58Et il l'a dit encore
50:59en juin 1936,
51:00il était contre,
51:01il disait,
51:01c'est pas le moment.
51:02Et en fait,
51:02ce qu'il a imposé les 40 heures,
51:04encore une fois,
51:04c'est le mouvement social.
51:06Blum, sur la question
51:07de la politique fiscale,
51:08il disait, en fait,
51:09il faut rassurer les capitalistes.
51:11Il disait,
51:12j'assume de mener
51:13une politique libérale
51:15et orthodoxe
51:15sur le plan économique.
51:16« Je ne veux pas taxer les plus riches,
51:19je ne veux pas taxer les profits,
51:21les dividendes, etc. »
51:22Il l'assumait.
51:23Et j'ai lu ses archives,
51:24vraiment,
51:24il disait,
51:24il faut les faire revenir en France,
51:26etc.
51:27Parce qu'au-dessus de la gauche
51:29et de la droite,
51:29il y a les intérêts du pays.
51:31Sauf que les capitalistes,
51:32ils n'ont pas réinvesti
51:33dans l'économie française
51:34à cette époque,
51:35ce qu'ils ne voulaient pas
51:35entendre parler
51:36d'une France sous la gauche.
51:38Et par ailleurs,
51:40en fait,
51:40vous savez,
51:41il y a la formule
51:42des internationalistes,
51:43les prolétaires n'ont pas de patrie,
51:45mais les capitalistes non plus
51:46n'ont pas de patrie.
51:47Et c'est ce que Blum
51:48a vraiment compris plus tard.
51:50Et du coup,
51:52c'est un petit peu difficile
51:54de l'admettre aujourd'hui.
51:56Il faut se rappeler ça quand même.
51:57Et du coup,
51:57en effet,
51:58je pense que le programme,
51:59je ne vais pas revenir
52:00sur les mesures
52:00qui ont été évoquées,
52:02mais de véritables programmes
52:03émancipatrices
52:04tels qu'ils ont été proposés
52:05dans le grand mouvement,
52:06dans le grand élan social
52:08du Front populaire,
52:09c'est à mon avis
52:10deux piliers majeurs.
52:12C'est d'une part
52:14la redistribution des richesses,
52:15d'une manière ou d'une autre,
52:17par la politique fiscale,
52:18par la politique économique,
52:19c'est la redistribution des richesses,
52:21parce qu'il n'y a pas
52:21d'autre solution
52:22pour la justice sociale.
52:23Et d'autre part,
52:24c'est ce qu'on appelle
52:25de plus en plus
52:25les communs.
52:26Voilà, les communs.
52:27Tu parlais à l'instant,
52:28Guillaume,
52:30de renationalisation,
52:31mais c'est très important
52:32que ça passe par plein
52:33d'autres éléments.
52:34Étendre la sécurité sociale,
52:36ça, c'est un commun.
52:37C'est un commun qui est un trésor.
52:38C'est vraiment notre trésor.
52:39Et donc, il faut aller
52:40dans ce sens
52:41le plus loin possible.
52:43Merci beaucoup
52:44Ludivine Bantini,
52:46Guillaume Roubault-Kouachi,
52:47Chloé Rydel,
52:48Antoine Léaumant,
52:49Jean-Baptiste Pejon.
52:49Sous-titrage Société Radio-Canada