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  • il y a 9 heures
Le 17 mai, en plein festival de Cannes, le PDG du groupe Canal+, a placé sur liste noire plus de 600 professionnels du cinéma. Leur faute ? Avoir signé quelques jours plus tôt une tribune dénonçant l’emprise grandissante de Vincent Bolloré sur le secteur.

Déjà à la tête de Canal+, premier financeur privé du cinéma français, le milliardaire d’extrême droite est en passe d’acquérir les cinémas UGC. De la production à la distribution, il serait ainsi présent à toutes les étapes de la création et de la diffusion des films. Cette mainmise sur l’industrie cinématographique n’est que l’une des facettes de sa vaste offensive idéologique.

On pense avant tout aux plateaux de C-News, mais son influence s’étend bien au-delà de la seule sphère médiatique. Films, séries, livres, salles de spectacle, plateformes, boutiques, salles de cinéma, musique… En dix ans, Vincent Bolloré a patiemment tissé sa toile pour être présent partout dans nos vies et nos imaginaires. Décryptage avec Caroline Constant.

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Transcription
00:00Je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition.
00:03Le 17 mai, en plein festival de Cannes, le PDG du groupe Canal+,
00:07a placé sur liste noire plus de 600 professionnels du cinéma.
00:11Leur faute ? Avoir signé quelques jours plus tôt une tribune
00:13dénonçant l'emprise grandissante de Vincent Bolloré sur le secteur.
00:17Déjà à la tête de Canal+, premier financeur privé du cinéma français,
00:21le milliardaire d'extrême droite est en passe d'acquérir les cinémas UGC.
00:24De la production à la distribution, il serait ainsi présent
00:26à toutes les étapes de la création et de la diffusion des films.
00:30Cette main mise sur l'industrie cinématographique
00:32n'est que l'une des facettes de sa vaste offensive idéologique.
00:35On pense avant tout au plateau de CNews où s'enchaînent impunément
00:38depuis plusieurs années les pires outrances racistes et réactionnaires.
00:41Une chanteuse énorme malienne.
00:43Mais son influence s'étend bien au-delà de la seule sphère médiatique.
00:46Films, séries, livres, salles de spectacle, plateformes, boutiques, salles de cinéma, musique.
00:50En dix ans, Vincent Bolloré a patiemment tissé sa toile
00:53pour être présent partout, dans nos vies et nos imaginaires.
01:04Ces dix dernières années, Vincent Bolloré s'est surtout illustré
01:07par plusieurs acquisitions de médias
01:09et des interventions brutales sur leur ligne éditoriale.
01:12Tout commence en 2014 avec la prise de contrôle de Vivendi
01:15et de ses principales filiales, Universal Music, Canal+, Avas, Hachette.
01:19Le groupe Bolloré, aujourd'hui valorisé à 5,3 milliards d'euros,
01:23se ressentent vers des activités dites de communication.
01:26Elle représente désormais la quasi-totalité de ses effectifs et de son chiffre d'affaires.
01:31Sa première cible, la chaîne Canal+, où les émissions phares d'humour politique
01:35et le journalisme d'investigation sont progressivement éjectées de l'antenne.
01:39Mais le tournant le plus sensible est celui de la chaîne ITV, propriété du groupe.
01:42En 2015, Vincent Bolloré écarte la directrice générale de la chaîne et celle de la rédaction.
01:48Un an plus tard, en octobre 2016, il impose à l'antenne l'un de ses proches, Jean-Marc Morandini.
01:53L'animateur avait été mis en examen un mois plus tôt pour corruption de mineurs aggravés.
01:58La rédaction se met en grève pour protester contre cette nomination
02:01et exiger plus largement des garanties sur l'indépendance de la rédaction.
02:05Le conflit dure 31 jours, du jamais vu dans l'audiovisuel depuis 1968.
02:09Les trois quarts des journalistes finissent par démissionner.
02:12Jean-Marc Morandini, lui, est maintenu à l'antenne.
02:14Il le sera de nouveau en 2026 après ses condamnations définitives
02:18pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel.
02:21Début 2017, Vincent Bolloré a donc le champ libre
02:24pour imposer une nouvelle ligne éditoriale à la chaîne d'information.
02:27Rebaptisée CNews, celle-ci se fait rapidement le porte-voix des idées d'extrême-droite.
02:31Manquement au pluralisme, à la déontologie journalistique, propos racistes, incitations à la haine.
02:36Au total, depuis 2019, CNews a écopé de plusieurs dizaines de rappels à l'ordre
02:40et de sanctions du gendarme de l'audiovisuel, le CSA devenu l'ARCOM en 2022.
02:45Des mises en garde et amendes tardives qui n'ont montré aucun effet dissuasif.
02:49Si sa chaîne sœur C8 se voit retirer sa fréquence TNT en 2024,
02:53CNews conserve la sienne dans une année record en termes de sanctions reçues.
02:56Entre temps, Vincent Bolloré renforce sa mainmise dans les médias.
02:59En 2023, il place le directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, Geoffroy Lejeune, à la tête de celle du
03:05journal du dimanche.
03:06Cette nomination entraîne une grève de la rédaction dont l'ampleur rappelle celle des journalistes dits télé 7 ans plus
03:11tôt.
03:11Elle aboutit une fois encore au départ de la majorité des journalistes.
03:15En 2024, le milliardaire accroît son influence sur la ligne éditoriale de la station de radio Europe 1,
03:20filiale du groupe Lagardère acquis quelques années plus tôt.
03:22Lors des élections législatives anticipées de juin et juillet 2024,
03:26la radio se livre à une véritable entreprise de dénigrement de la gauche
03:29avec une surreprésentation de la droite et l'extrême droite parmi les invités.
03:33Mais le périmètre d'influence de Vincent Bolloré s'avère bien plus vaste.
03:36En plus des chaînes de télévision et de radio déjà acquises,
03:39le groupe est à la tête d'une dizaine de titres de la presse écrite.
03:42Vient ensuite le monde de l'édition où, à côté des maisons possédées,
03:45on retrouve les dictionnaires Larousse et même des éditeurs de manuels scolaires et universitaires,
03:50Hattier, Hachette, Armand Collin.
03:51Plusieurs syndicats d'enseignants ont déjà alerté sur le risque d'une intervention
03:55dans les lignes éditoriales et les angles adoptés vis-à-vis des programmes.
03:58Le milliardaire possède également plusieurs salles de spectacle,
04:01des activités dans le lomen musical via Universal Music Group
04:04et surtout dans la production cinématographique avec Canal+.
04:10Bolloré n'interviendrait que très peu dans ces derniers secteurs.
04:12Pourtant, ce modèle qu'il a imposé dans ses titres de presse,
04:15acquisition, limogèges, mis au pas éditorial,
04:17il a déjà commencé à le reproduire dans le monde de la culture.
04:20Ces derniers mois, l'industriel breton a avancé ses pions dans le domaine de l'édition.
04:24Après avoir fait de Fayard l'un des fers de lance de son offensive culturelle,
04:27il limoge en avril 2026 le directeur des éditions Grasset, Olivier Nora.
04:32Conséquence, près de 200 auteurs claquent la porte.
04:34Dans une lettre, ils disent
04:35qu'elle refuse d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme partout dans la culture
04:40et les médias.
04:41La prochaine cible semble toute désignée, c'est le secteur du cinéma qui se trouve sous l'emprise de son
04:46bastodonde, Canal+.
04:47Par un accord de financement, Canal+, est historiquement lié aux organisations professionnelles du secteur.
04:52D'un côté, le groupe s'engage à investir un certain montant dans la production cinématographique.
04:57De l'autre, elle dispose d'une fenêtre avantageuse dans la chronologie des médias et peut diffuser des films 6
05:02mois après leur sortie en salle,
05:04contre 22 pour les chaînes de télévision gratuites.
05:06En 2025, la chaîne a ainsi préfinancé 104 films pour un apport total de 135 millions d'euros,
05:12contre 59 millions d'euros pour France Télévisions et 37 millions d'euros pour le groupe TF1.
05:17C'est dans ce contexte que les cinéataires de la Tribune à Cannes ont exprimé leur inquiétude face à la
05:22mainmise grandissante du milliardaire sur le secteur.
05:24Une influence qui laisse planer, à moyen terme, la menace d'une censure économique des films.
05:29D'autant que Canal+, est en passe de devenir l'actionnaire majoritaire du groupe UGC, troisième exploitant français avec
05:3555 cinémas.
05:36La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d'agir
05:41le moment venu.
05:42Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
05:44Le démantèlement du CNC et de l'audiovisuel public fait partie du programme du RN.
05:49Voulons-nous prendre le risque que demain ne soit plus financé que des films de propagande au service d'une
05:53idéologie ?
05:55La suite leur donne raison.
05:56Quelques jours après la parution de la Tribune, Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+, annonce son
06:02intention de placer les cinéataires de la Tribune sur liste noire.
06:05« J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre
06:09l'indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix. »
06:14Ses propos mettent en évidence l'emprise de Canal+, sur toute l'industrie, alors que le financement des films
06:19s'avère de plus en plus ardu.
06:20Le risque de devoir se plier à des injonctions grandissantes de la chaîne sous la menace de voir son projet
06:25censuré ne semble plus si lointain.
06:27Et il y a des précédents. En 2022, le Canard Enchaîné révèle que le scénario de la série Paris Police
06:321905 a dû être renvoyé en écriture avant sa mise en production.
06:36La cause ? Une évocation, au cours de la saison, de la loi de séparation de l'Église et de
06:40l'État promulguée en 1905.
06:42Quelques années plus tôt, Vincent Bolloré avait déjà fait annuler le préachat du film « Grâce à Dieu » de
06:46François Ozon,
06:47qui se penchait sur l'affaire Préna et les victimes d'abus sexuels au sein de l'Église catholique.
06:51Autre témoignage, celui du réalisateur Christophe Honoré dans le magazine « Trois couleurs » en 2025.
06:56Vincent Bolloré siégeait au comité de validation des films de Canal+.
06:59Il y avait deux films proposés, dont le mien, et « En guerre » de Stéphane Brisé sur un syndicaliste.
07:04Vincent Bolloré avait dit « Pas de PD, pas de syndicaliste ».
07:07Résultat, les deux films ont été éjectés du financement principal de Canal+.
07:11Tout un programme !
07:12Suite aux menaces de Maxime Saada à Cannes, le soutien aux frondeurs s'est élargi et la tribune s'exporte
07:17désormais à l'étranger.
07:18La Ligue des droits de l'Homme et la CGT Spectacle ont aussi assigné Canal+, en justice pour obtenir
07:23l'annulation de cette décision.
07:24Les deux organisations disent examiner la possibilité d'un recours devant la Commission européenne pour sanctionner l'abus de dépendance
07:30économique de Canal+,
07:31qui s'inscrit dans un schéma de concentration réactionnaire de tous les vecteurs de la culture élaborés par Vincent Bolloré.
07:37Le risque de censure que fait planer cette dépendance à un milliardaire d'extrême-droite ne constitue en rien un
07:42cas isolé.
07:43Il est le symptôme d'une logique ultra-libérale de concentration des médias et de démantèlement du service public audiovisuel
07:49que viennent encourager le récent rapport parlementaire à l'oncle, largement soutenu par les partis de droite et d'extrême
07:54-droite.
07:54Rien d'étonnant dans le fait que les coupes budgétaires et les fermetures de chaînes publiques envisagées soient plébécitées par
07:59la télévision Bolloré elle-même.
08:00C'est la même logique qui est à l'œuvre dans le programme du Rassemblement national. Celui-ci prévoit la
08:05suppression du CNC et de son système de financement public des films,
08:09pourtant vertueux et envié dans le monde entier. S'attaquer à l'exception culturelle pour lui préférer une logique de
08:14rentabilité.
08:14Vous voyez, il ne faut pas non plus habiller de l'exception culturelle, plus le fait de toucher un gros
08:18billet et, comme disait une grande œuvre culturelle que vous connaissez bien,
08:22touche pas au Grisby. Nous, on va toucher au Grisby et on considère que l'argent des Françaises et des
08:26Français, il doit être bien utilisé.
08:27Et ce n'est pas parce qu'on dit, c'est l'exception culturelle qu'on a le droit de
08:30se payer sur la bête.
08:31C'est le monde que l'Empire de Bolloré est en train d'esquisser. Un monde sans garde-fous, où
08:35les journalistes comme les artistes doivent obtempérer,
08:37au risque de se voir blacklistés. Il faut s'attaquer sérieusement à ce système de prédation et proposer des alternatives
08:43publiques de financement
08:44pour faire vivre la création, la diversité culturelle et plus largement le pluralisme dans notre pays.

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