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  • il y a 8 heures
Ce mois-ci, Benjamin et Kath de @bolchegeek sont un peu embêtés pour leur chronique d'actualité politique et culturelle…

Le sujet était ÉVIDENT : le festival de Cannes. Tout y était, ça allait s’écrire tout seul : revenir sur ses racines profondément politiques et antifascistes, parler des interventions politiques qui ont émaillé son histoire, des prises de position (ou du refus de prendre position) des personnalités du cinéma et de la culture. Et puis ils se sont souvenus… qu’ils avaient déjà abordé TOUS ces enjeux dans une vidéo pour l’Huma il y a… deux ans : https://youtu.be/Q04_sRtSjEo

Mais pas de panique, c'est l'occasion pour le duo d'analyser ce qui a changé en deux ans et ce qui s’est joué dans la séquence. Entre-temps il y a eu une dissolution où on l’a échappé belle et on se retrouve à moins d’un an d’une élection présidentielle à haut risque face à une possible arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

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Transcription
00:01De quoi vous nous parlez ce soir ?
00:02Alors écoutez, on doit vous avouer qu'on est un peu embêté pour la chronique de ce mois-ci.
00:09Comme on est censé y parler de l'actualité politique et culturelle,
00:13sujet tout indiqué c'était évidemment toutes les polémiques qui ont secoué le festival de Cannes.
00:19Tout y était, ça allait s'écrire tout seul, j'aurais même pas eu besoin, ça allait s'écrire tout
00:23seul.
00:24Revenir sur ses racines profondément politiques et antifascistes, comme l'a fait d'ailleurs récemment Mélenchon,
00:29parler des interventions politiques qui ont émaillé son histoire,
00:32plus généralement des prises de position ou des refus de prise de position des personnalités du cinéma et de la
00:38culture.
00:38Et puis on s'est souvenu, on s'est souvenu qu'on avait déjà abordé tous ces enjeux dans une
00:43vidéo pour l'Huma,
00:45il y a deux ans, qu'on avait parlé du pouvoir de mobilisation des travailleuses et des travailleurs du cinéma
00:50encore un an avant,
00:52et du poids de Canal+, et des ingérences de Bolloré sur les productions financées par le groupe, un an
00:56après.
00:57Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est ça, la malédiction de Cassandre, du matérialisme
01:01dialectique.
01:02On voit tout venir en avance. Donc plutôt que de se répéter, on va juste repasser ces vidéos magnéto.
01:08Non, je déconne, on va en profiter pour analyser ce qui a changé depuis et ce qui s'est joué
01:12quand même dans la séquence,
01:13puisque une des différences, c'est qu'entre-temps, on a eu une dissolution, où on l'a échappé belle,
01:18et on se retrouve à moins d'un an d'une élection présidentielle à haut risque.
01:23Bref, que le sentiment d'urgence face à une possible arrivée de l'extrême droite au pouvoir est plus fort
01:27que jamais.
01:28Du coup, c'est intéressant d'observer certaines trajectoires.
01:31Et oui. Vous avez, j'imagine, toutes et tous, vu la danse du ventre de l'équipe du film sur
01:36Jean Moulin,
01:37après une question sur l'extrême droite, celle qui a valu à son interprète principal le surnom de Gilles,
01:42le lâche.
01:44Alors certes, on pourrait lui accorder que la question du journaliste de PDH était, comme il a dit, un peu
01:49orientée,
01:50et peut-être qu'elle leur donnait une bonne excuse en allant carrément chercher d'une manière, un tantinet forceuse,
01:56un soutien à Jean-Luc Mélenchon.
01:58Sauf que, ils s'en sont vus poser d'autres moins orientés des questions,
02:02autant que puissent l'être des questions à propos d'un film sur une des grandes figures de la résistance
02:07dans un contexte de montée de l'extrême droite.
02:09Ce film parle de résistance. Selon vous, quel acte de résistance est nécessaire aujourd'hui ?
02:13A être fidèle à ses idées, c'est déjà pas mal.
02:16Je pense que le film, Jean Moulin, s'inscrit dans une résistance qu'il ne faut pas oublier,
02:21parce que c'est la résistance du passé qui nous permet de résister au présent.
02:24Je crois que Jean Moulin, à son niveau, a essayé de faire autant que possible pour avoir la meilleure version
02:32de lui-même.
02:32Et je crois qu'à chaque génération, on doit raconter les grandes histoires de personnes finalement normales
02:39qui se transcendent et qui deviennent extraordinaires.
02:43Qu'est-ce que ce film peut apprendre à la nouvelle génération ?
02:46Il y a deux formes d'humanité, celle qui cherche la lumière et celle qui cherche l'obscurité.
02:50Et dans la mesure du possible, il faut se battre pour aller vers la lumière, la démocratie, la liberté.
02:55Donc à quoi ?
02:56Alors là, on peut être qu'il faut sur la table, attention.
02:59Attention, donc apparemment, ce qu'il faut retenir de Jean Moulin, c'est qu'il a su être la meilleure
03:04version de lui-même.
03:04La résistance, au fond, c'est du développement personnel, à travers un peu de torture et de mise à mort.
03:11Une résistance qu'il ne faut pas oublier, c'est vrai, ça a été dit.
03:14Bon, par contre, tout le monde semble avoir oublié la résistance à quoi ?
03:17Enfin, si, celle de la lumière contre l'ombre, ok.
03:21Ok, mais même en parlant de Star Wars, normalement, tu dois pouvoir dire que le côté obscur, c'est...
03:27L'extrême droite, les nazis.
03:29Le fascisme, les nazis, ce que vous voulez.
03:31On aura rarement vu un jeu du ni oui ni non livré à un tel niveau olympique.
03:36On croirait vraiment que l'équipe du film, elle a fait un pari, en mode, le premier qui dit extrême
03:41droite, il a un gage.
03:43On rigole, on rigole jaune, mais en fait, ça existe pour devrer ce genre de choses.
03:46Tenez, justement, Star Wars.
03:48Eh bien, on a appris récemment que si la promotion de la série Andorre était aussi apolitique par rapport au
03:53contenu de la série,
03:55eh bien, c'est que son créateur, Tony Gilroy, s'est vu purement et simplement interdire par son financeur, Disney,
04:00en l'occurrence, d'employer deux mots, génocide et...
04:04Extrême droite.
04:06Nazisme, fascisme, on a échangé.
04:09Et ce genre de contraintes matérielles propres à ces industries, il faut en tenir compte pour comprendre ce qui se
04:15joue dans les prises de position de leurs acteurs.
04:18Ce ne sont pas seulement des postures morales prises dans le vide, ce sont tout à fait concrètement, par exemple,
04:22des cinéastes débutants qui ont un court-métrage en attente de financement,
04:25des agents qui disent à leur poulain, s'il te plaît, ne me fais pas ça maintenant, je t'ai
04:29enfin dégoté un premier rôle,
04:31des techniciens et techniciennes qui ne seront plus appelés alors qu'ils viennent de, je ne sais pas, signer un
04:36prêt immobilier, par exemple.
04:37Comme ce sont aussi des artistes de premier plan à la tête de projets aux enjeux économiques énormes.
04:43On peut, par exemple, tout à fait imaginer que l'équipe du film, qui lui a été mieux reçue, n
04:48'en pense pas moins,
04:49mais qu'il préfère ne pas se mouiller publiquement et laisser leurs œuvres parler pour eux.
04:53Alors, le hic, avec cette position courante chez les articles, c'est que si vous essayez de...
04:59Pardon, c'est que si ce que vous essayez de défendre à travers votre film, c'est la liberté et
05:04la démocratie,
05:05comme on vient de l'entendre dans l'extrait, par exemple, mais que concrètement, vous vous sentez vous-même pas
05:09libre de vous exprimer,
05:11il y a peut-être un problème, quand même.
05:13Étant donné la performance saluée de Lelouch, on imagine qu'il a pris à cœur cette figure de résistant.
05:19Mais comme, s'il le dit, pour l'incarner, l'important, c'est de rester fidèle à ses idées,
05:24on aurait bien aimé qu'il s'applique cette morale à lui-même.
05:27Alors, quand même, c'est ce qu'il a depuis, peut-être un peu tardivement, certes,
05:31tenté dans sa réaction publique à la polémique, en dénonçant cette fois, quand même, explicitement l'extrême droite,
05:36et en rappelant ses engagements passés, puisqu'effectivement, au moment des législatives,
05:40il avait signé une tribune du monde de la culture, alertant sur les risques pour elle d'une arrivée de
05:45l'extrême droite au pouvoir.
05:47Et cette nouvelle édition du Festival de Cannes, alors que la menace se fait à nouveau pressante,
05:51aura montré que le ton a changé, et aura ironiquement donné raison à cette tribune.
05:56Elle aura révélé que le risque que représente l'extrême droite au pouvoir, pour la culture, ne se joue pas
06:01qu'à l'Elysée,
06:02il se joue aussi dans sa prise de contrôle directe, privée, par le Capital, en l'occurrence avec le cas
06:07Bolloré.
06:08Vous l'avez vu aussi, la croisette a été le théâtre d'une pétition alertant sur ce danger,
06:13signée par nettement moins de grands noms quand même,
06:15et auquel le groupe Canal s'est empressé de donner, là encore raison, en annonçant la transformer en liste noire.
06:21On avait fait une chronique d'ailleurs sur la liste noire également, et le macartiste, on a étouffé.
06:25Décidément, on fait plein de croix.
06:26Ah mais un croix, c'est fou.
06:27Très visionnaire.
06:27Très très visionnaire.
06:29Malheureusement.
06:30Malheureusement, voilà. Oui, désolé, on aurait peut-être fait dire d'autres trucs, je ne sais pas.
06:33Et provoquant l'embarras de ces mêmes acteurs du milieu,
06:36qui auraient préféré continuer à faire vivre la magie du cinéma, sans qu'on les force à prendre partie.
06:41Je pense qu'il y a une réaction un petit peu épidermique de Canal,
06:45dans cette pétition qui ne met pas assez en relief le fait que Canal,
06:54pour ceux qui font du cinéma, ont les mêmes interlocuteurs depuis 15, 20 ans.
06:59Laurent Acide, Maxime Sarda.
07:00Exactement, exactement.
07:02Il y a une grande diversité dans ce que produit Canal+.
07:04Par contre, je pense qu'il y a une forme d'injustice ressentie de la part de Canal+.
07:10Par contre, je pense qu'on est dans un pays où chacun a le droit de s'exprimer,
07:14notamment de signer des pétitions.
07:15Donc, c'est deux injustices qui s'additionnent.
07:19Donc, effectivement, c'est un gâchis.
07:21Je te vois rire.
07:22Bonjour.
07:23Je vais parler comme ça dans toutes mes chroniques.
07:29En tout cas, ça, c'est révélateur d'un effet pervers de cette mainmise de l'extrême droite sur la
07:33culture,
07:34un domaine qui lui est presque organiquement hostile et auquel elle le rend bien.
07:38Une relation résumée par la célèbre formule
07:40« Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver »
07:44ou, pour être plus précise, « j'enlève le cran de sûreté de mon browning ».
07:48D'ailleurs, figurez-vous que cette citation, souvent attribuée à des hauts dignitaires nazis,
07:52vient en fait d'une pièce de théâtre, écrite donc par quelqu'un du monde de la culture,
07:57l'auteur Hans Jost, j'imagine, de prononciation.
08:00« Jouer en l'honneur de l'anniversaire de Donald Trump ».
08:07Ah non !
08:07Plus tôt, plus tôt, plus tôt, plus tôt !
08:10Pétain, pétain !
08:12Adolf Hitler !
08:13Le boss du tout.
08:14Vraiment, on essaye d'avoir une continuité dans les devinettes.
08:18Fascisme, fascisme, Adolf Hitler.
08:19C'est toujours aussi mauvais, par contre.
08:22Mais ce que cherche actuellement à imposer l'extrême droite avec ses puissants leviers,
08:26c'est pas forcer une culture qui, au fond, l'apprécie pas trop à chanter ses louanges,
08:30c'est faire planer au-dessus d'elle une épée de Damoclès,
08:33ne menaçant de tomber que si elle se laisse aller à l'attaquer frontalement.
08:37Et c'est ce qu'on a observé avec l'éviction de l'éditeur historique de Grasset,
08:41réveillant brutalement des centaines d'autrices et d'auteurs
08:43qui, jusque-là, ne se sentaient pas menacés par la prise de contrôle du même Bolloré sur le monde de
08:48l'édition.
08:49Pourtant, heureusement, cette accélération ne va pas unanimement dans le sens d'une chape de plomb.
08:54À votre avis, qui a récemment déclaré, ouvrez les guillemets,
08:58« Nous sommes des citoyens, nous ne pouvions pas simplement rester là,
09:01nous dire que tout allait bien se passer et allait jouer.
09:04Il faut combattre cette idée selon laquelle on devrait se contenter de jouer et de se taire.
09:09Nous ne sommes pas déconnectés du monde,
09:10nous ne sommes pas déconnectés de ce qui se passe dans notre pays. »
09:14Kylian Mbappé.
09:15Eh oui, toi tu l'avais.
09:16Eh oui, évidemment, Majda.
09:17Ce n'était pas le domaine du cinéma, c'était une personnalité du domaine du sport.
09:21Kylian Mbappé, dont le changement de ton a été remarqué,
09:24alors que lors des législatives anticipées, il avait fait une sortie renvoyant dos à dos les extrêmes.
09:30Le voilà qui s'attire les foudres de l'extrême droite par une déclaration
09:33dont les stars des autres domaines pourraient s'inspirer.
09:35Je cite là encore la suite.
09:37« Les gens pensent parfois que parce qu'on a de l'argent, parce qu'on est célèbre,
09:40ce genre de problème ne nous touche pas.
09:42Mais moi, ça me touche.
09:43Je sais ce que ça signifie et quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays
09:47lorsque des gens comme eux arrivent aux commandes. »
09:49L'Espagne, ça lui fait du bien.
09:50Oui, je me suis dit exactement la même chose.
09:53Alors, à l'approche de la présidentielle,
09:55on peut faire l'hypothèse qu'on va observer une multiplication de ces deux types de trajectoires.
10:00D'un côté, l'urgence va forcer certains à sortir du bois
10:04et enfin se positionner clairement.
10:06Et à l'inverse, la situation risque d'en pousser d'autres
10:09à mettre en sourdine leurs engagements ou leurs postures
10:12dans la perspective d'un danger qui devient trop réel.
10:15Et au fond, c'est ça qui semble gêner une partie du milieu culturel.
10:19Pour qui c'est devenu matériellement moins confortable
10:23parce que ce qui va être en revanche beaucoup, beaucoup plus difficile,
10:26voire impossible à tenir, c'est l'entre-deux.
10:29« Je vais vous faire une confidence, j'aurais adoré être résistant.
10:33Mais ça demande un niveau d'âme qui n'est pas du tout à ma portée.
10:39Faire sauter des trains, réclamer le départ de la Gestapo.
10:43Mais moi, je n'ai pas l'énergie pour tout ça.
10:46Là, j'ai un bel appart à Vichy, j'ai une belle bagnole.
10:49Il y a des nazis qui viennent à mes spectacles, je suis ami avec leurs femmes.
10:54Je ne vais pas commencer à couper leurs lignes de téléphone en criant nos passaranes.
10:59Tiens, j'ai déjeuné avec Jean Moulin l'autre jour.
11:02On a des désaccords politiques, mais on est tous les deux fans de La Fontaine,
11:05donc ça nous rapproche.
11:08C'est quoi cet ovni ?
11:10Très bonne imitation, en tout cas.
11:11Très bonne imitation, et puis assez dans le ton du sujet.
11:15Peut-être meilleur film sur la collaboration que beaucoup qui ont été faits récemment.
11:19Mais prenons un autre humoriste, prenons Alain Chabat, qu'on aime tous, évidemment,
11:23et qui n'a jamais été très sympa avec l'extrême droite, ça on peut lui reconnaître.
11:26Il a dénoncé, je cite,
11:28« Le coup de pression à deux balles de canal, tout en déplorant, et ça c'est révélateur,
11:33de, et je cite là encore, devoir choisir en permanence,
11:36et de se sentir coincé entre Bolloré et Pigasse, entre le RN et LFI. »
11:42Alors Alain, au fond, on comprend, c'est tout de suite vachement moins simple.
11:47Mais voilà, t'as raison, on somme bien sûr.
11:51Nous sommes effectivement coincés entre le fascisme et l'antifascisme.
11:55Et on va devoir faire un choix, toi comme nous.
11:59Et certaines et certains de tes collègues l'ont déjà fait.
12:01Des centaines ont rejoint la pétition depuis, y compris des soutiens à l'international.
12:05Alors, c'est vrai, là on parle d'artistes étrangers avec une situation différente
12:09qui n'est pas soumise aux mêmes contraintes qui pèsent sur les gens de l'industrie française.
12:13Mais on pourrait rétorquer qu'ailleurs, ça ne les empêche pas d'assumer les conséquences de leur soutien,
12:17par exemple à la Palestine, comme dans le cas de Ravier Bardem ou Marc Ruffalo,
12:21qui décidément est aussi intenable que son personnage de Hulk.
12:25Surtout, on fera remarquer que des Français comme Swan Arlo,
12:27que l'Humain a reçu récemment, ou Juliette Binoche,
12:30mais aussi des artistes moins protégés,
12:31ont déjà fait preuve d'un courage d'autant plus louable
12:34qu'il manque cruellement de soutien dans la profession.
12:36Alors, il y avait aussi Jean-Pascal Zaddy,
12:39mais il n'est pas très clair, accusé depuis d'avoir fait volte-face.
12:43Si c'est le cas, ça veut quand même dire que la bolosphère l'a balancé dans sa propre presse
12:47pour l'humilier publiquement malgré ses excuses en privé.
12:51Et si ce n'est pas ça qui s'est passé,
12:52Jean-Pascal n'hésite pas à réagir et pas seulement en DM.
12:56Bon, aussi, on avait Adèle Haenel.
12:58Alors bon, elle, elle est carrément allée à la révolution permanente.
13:00Et Blanche Gardin, de toute façon, elle,
13:02elle avait déjà payé le coût concret de ses engagements pour la Palestine,
13:06justement, alors, tant qu'à faire, elle peut signer toutes les pétitions.
13:08Je ne me suis jamais dit que ça allait m'arriver ce qui m'arrive là.
13:14Parce que là, il y a vraiment des vraies conséquences,
13:19des vraies conséquences sur ma vie matérielle.
13:21Qui durent jusqu'à aujourd'hui ?
13:22Ah bah oui, oui.
13:23C'est-à-dire que les propositions ne sont pas revenues, concrètement ?
13:25Les propositions ne sont pas revenues,
13:26et puis, à force de ne plus avoir de revenus, en fait,
13:32voilà, il y a des conséquences, quand même.
13:35Oui.
13:35Oui, bah oui.
13:37Mais c'est-à-dire que tu prends les yaourts les moins chers ?
13:40Oui, il n'y a pas que ça.
13:41Oui, je dois quitter mon appartement, par exemple,
13:44des choses comme ça.
13:44Enfin, oui, c'est des conséquences réelles.
13:47Attends, tu dois quitter ton appartement ?
13:49Je dois quitter mon appartement.
13:50Parce que tu ne peux plus payer ton loyer.
13:53Le prix des yaourts, donc.
13:56Petite échelle de valeur.
13:57Alors, un autre film sur l'occupation a fait parler de lui à Cannes.
14:01Notre salut d'Emmanuel Marr, signataire également de la pétition.
14:05Un film inspiré de l'histoire de son propre arrière-grand-père Colabo,
14:08un film qualifié par les inrocs d'antithèse de Les Rayons et les Ombres,
14:12à qui il avait été reproché de dépolitiser la question.
14:15Film largement applaudi à sa projection,
14:18que son réalisateur a quant à lui ponctué d'un lapidaire mais lourd de sens,
14:21plus jamais ça.
14:24Et c'est peut-être notre gars sur Ken Loach,
14:27sur qui on peut toujours compter pour être l'honneur du festival,
14:30qui a le mieux parlé de la situation.
14:52Heureusement qu'il est là.
14:54Et ok, on comprend bien les contraintes qui pèsent sur le monde de la culture
14:59face au poids de l'extrême droite.
15:00C'est précisément pour ça qu'une partie d'entre eux appelle à se mobiliser dès maintenant.
15:05Et auquel la présidente du syndicat des producteurs indépendants,
15:08Marie Masmonteil, reproche, je cite,
15:11« de crier avant d'avoir mal ».
15:12Contrairement, on imagine, aux autrices et auteurs de Grasset,
15:15qui, eux, ont bien attendu d'avoir mal avant de crier.
15:19Alors, vu l'urgence de la situation,
15:21on ignore à quel moment il paraîtra raisonnable d'exiger
15:24des personnalités de la culture de prendre position,
15:26même si ça leur coûte.
15:28Parce qu'autant, c'est vrai,
15:29c'est difficile d'endosser au cinéma un rôle aussi important que celui de Jean Moulin.
15:34Et ça, tout le monde a l'air de le reconnaître,
15:36que Gilles Lelouch l'a réussi avec brio.
15:38En revanche, ce qui reste plus difficile encore,
15:41c'est de se montrer à la hauteur,
15:42dans la réalité d'un personnage comme Jean Moulin.
15:45Sur lequel, si on fait des films aujourd'hui,
15:47c'est parce que lorsqu'il l'a fallu,
15:49il a réagi.
15:51Avant d'avoir mal.
15:55Merci beaucoup à tous les deux pour ce qu'il y a.
15:57Mais de rien.
15:58Est-ce que vous avez vu la vidéo de Dominique Faroudia ?
16:01Non, mais il maintient son soutien à Canal.
16:04J'ai vu, justement, il a répondu à Chabat.
16:06Ah oui, et qu'ils ont fait une grosse connerie,
16:07parce qu'il y a quelqu'un qui en parle dans le chat de Dominique Faroudia.
16:09Quand tu la regardes,
16:11t'as les yeux,
16:12tu t'es dit « Ouah, alors toi, tu vas encore plus loin que tous les autres. »
16:15J'ai pas vu, il dit quoi ?
16:17Non, mais que vraiment,
16:18ils ont fait une grosse connerie
16:19en détruisant le canal
16:21et que c'était normal que Saada ait mal
16:24et que c'était dur.
16:27Petit caprice d'un petit chef.
16:28Vraiment, tu vois la vidéo,
16:29tu te dis « Mais attends, de qui il parle ? »
16:31« De quoi il parle ? »
16:47Et en tout cas, ça a donné l'occasion aux gens
16:48peut-être d'aller revoir toutes les vidéos
16:49que vous avez citées au début,
16:51puisque vous êtes si visionnaire apparemment,
16:53vous avez déjà tout compris avant tout le monde.
16:54On invite vraiment, sans rigoler,
16:56le chat à aller regarder tout ça.
16:58Mais pardon, excuse-moi, je te comprends.
17:00Puisque vous êtes visionnaire
17:01et que vous avez vu avant tout le monde,
17:02du coup, quand est-ce que le milieu de la culture
17:03va s'engager ?
17:05Ah bah, c'est toute la question.
17:06Dans les prochains mois,
17:07il va falloir nous faire une prédiction maintenant.
17:08Mais premier degré, je pense qu'en fait,
17:10ça commence justement.
17:11C'est qu'il y en a beaucoup
17:13que ça va forcer à sortir du bois.
17:16Alors que bon, ils n'ont pas envie.
17:17Ce n'est pas très confortable.
17:18Je pense qu'il y en a qui vont encore plus
17:19fermer leur gueule que d'habitude.
17:21Effectivement, ça, je le maintiens.
17:22Mais je pense vraiment qu'on va avoir...
17:24Et c'est lié à la discussion que vous avez eue tout à l'heure.
17:27Plus sur les influenceurs et les influenceuses.
17:28Je pense que ça va être pareil.
17:29Enfin voilà, je parle en mon nom.
17:30Mais on va voir ça beaucoup plus
17:32à l'approche de la présidentielle, c'est sûr.
17:34Et dans l'autre de tour.
17:34Vous avez parlé du NFP
17:36avec Philippe Poutou en première partie.
17:38Vous avez parlé des influenceurs.
17:39C'est qu'à ces moments-là,
17:41et on l'a déjà vécu,
17:42on va le revivre en pire,
17:46une partie de la population
17:47estime qu'on est en droit d'attendre
17:49un positionnement,
17:50qu'on est même en droit de l'exiger.
17:52Et c'est vraiment ce qu'on dit dans la chronique.
17:54C'est que là, il y a un double chemin
17:55qui va se faire.
17:56Ceux qui vont choisir le confort
17:57de leur situation matérielle actuelle
17:59et la sécurité,
18:00pour plein de raisons,
18:02qui sont discutables,
18:03mais qui existent,
18:03qui sont des raisons en partie matérielles,
18:06et donc politiques.
18:08Et puis,
18:09ceux qui vont prendre leur courage à demain
18:10et qui vont dire
18:11« Bah ouais, mais à un moment donné,
18:12si on n'arrête pas la machine... »
18:15Voilà.
18:16Mais non, c'est juste entre l'ombre et la lumière.
18:18C'est vrai.
18:19Il a raison, c'est vrai,
18:20c'est l'ombre contre la lumière.
18:21Mais par contre, il faut dire
18:22« C'est qui l'ombre, c'est qui la lumière. »
18:24Merci beaucoup à tous les deux
18:26pour cette chronique.
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