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  • il y a 17 heures
C’est le rendez-vous incontournable de la bande dessinée. Chaque année, fin janvier, plusieurs dizaines de milliers de professionnels et d’amoureux du genre s’y retrouvent. Boycottée par les autrices et auteurs de BD et sans participation des éditeurs, du fait de sa gestion par 9ᵉ Art +, l’édition 2026 du festival d’Angoulême, qui devait se tenir du 28 janvier au 1ᵉʳ février, n’aura pas lieu.

À l’origine de ce bouleversement, des révélations de notre journaliste Lucie Servin, parues au début de l’année 2025 dans L’Humanité magazine, sur les dérives d’un événement de plus en plus assujetti aux logiques commerciales. Management toxique, sexisme, relégation des artistes au second plan, polémiques sur les auteurs mis à l’honneur… Au cours de l’année écoulée, les colères se sont cristallisées contre une direction qui aura tenté jusqu’au bout de se maintenir en place, quitte à mettre le festival en péril. On vous raconte.

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Transcription
00:00C'est le rendez-vous incontournable de la bande dessinée.
00:03Chaque année, fin janvier, plusieurs dizaines de milliers de professionnels et d'amoureux du genre s'y retrouvent.
00:092026 pourtant, le festival d'Angoulême n'aura pas lieu.
00:12Du moins, rien ne sera comme avant.
00:14L'événement traverse la plus grande crise de son histoire.
00:17Après un an de mobilisation et d'appels massifs au boycott,
00:21les organisateurs ont dû se résoudre à annuler sa 53e édition,
00:25une première depuis sa création, année Covid acceptée.
00:28A l'origine de ce bouleversement, des révélations parues au début de l'année 2025 dans l'Humanité Magazine,
00:34sur les dérives d'un événement de plus en plus assujetti aux logiques commerciales.
00:39Management toxique, sexisme, relégation des artistes au second plan,
00:43polémiques sur les autrices et les auteurs mis à l'honneur.
00:46Au cours de l'année écoulée, les colères se sont cristallisées
00:48contre une direction qui aura tenté jusqu'au bout de se maintenir en place.
00:52Quitte à mettre le festival en péril.
00:59Le Festival international de la Bande dessinée d'Angoulême, le FIBD,
01:03c'est l'un des plus grands rendez-vous au monde dédiés au 9e art.
01:06Une référence symbolique et économique majeure pour le milieu de la BD.
01:10Cet événement, détenu historiquement par l'association du FIBD,
01:14est géré et organisé depuis 2007 par une société prestataire, 9e Art+.
01:19Son fondateur et dirigeant, Franck Bondoux, est également délégué général du festival.
01:24Depuis plusieurs années, ce contrat de gestion exclusif
01:27et l'organisation interne du festival d'Angoulême soulèvent des interrogations.
01:31En 2021, le festival s'était retrouvé épinglé par un rapport
01:35de la Chambre régionale des Comptes de Nouvelle-Aquitaine.
01:37Celle-ci pointait une opacité financière
01:40et le rôle trouble joué par Partnership Consulting,
01:43une autre société détenue par Franck Bondoux, en charge des partenariats.
01:48Une situation préoccupante dans la mesure où les subventions publiques
01:52représentent près de la moitié du budget du festival.
01:54Pour l'édition 2025, c'était plus de 3 millions d'euros
01:57qui avaient été versés par l'État et les collectivités territoriales.
02:01En novembre 2024, une polémique éclate.
02:04Le délégué général annonce un nouveau partenariat principal du festival
02:08avec le géant de la restauration rapide, QUIC.
02:11Une décision dénoncée par plusieurs élus d'Angoulême
02:13et d'autres collectivités territoriales
02:15participant au financement du festival.
02:17Elle symbolise surtout un virage de l'événement
02:20vers le business et le marketing
02:21au détriment de la création artistique.
02:24Franck Bondoux s'en est défendu à plusieurs reprises,
02:26mais les faits sont là.
02:27Si le FIBD demeure un lieu de référence pour les créateurs,
02:30il est perçu d'abord comme une marque par sa direction.
02:33Malgré un budget en nette hausse,
02:356,5 millions en 2023 contre 4,7 millions en 2019,
02:39et le coût très élevé des billets,
02:4160 euros pour un pass de 4 jours en 2025,
02:44contre seulement 45 l'année précédente.
02:46Le festival s'est appauvri avec les années.
02:49Franck Bondoux, dans les colonnes de l'UMA,
02:50annonçait même un déficit de 250 000 euros
02:53pour l'édition 2024.
02:54Moins d'expositions,
02:55une programmation dictée par les partenariats
02:57avec les éditeurs,
02:58dans une visée promotionnelle
03:00sans véritable ligne éditoriale.
03:01Au festival d'Angoulême,
03:038 directeurs et directrices artistiques
03:04se sont succédés en 5 ans.
03:06Une valse qui en dit long sur les conditions de travail
03:08et la politique managériale de 9e Art+.
03:10Dans l'Humanité Magazine, en janvier 2025,
03:13d'anciens salariés témoignent
03:14d'un cadre de travail toxique
03:16où il règne le mal-être.
03:18Une ex-directrice de la communication en burn-out
03:20a fini par démissionner.
03:22Une responsable des réseaux sociaux
03:23explique avoir subi des atteintes à la vie privée
03:26et multiplié les arrêts de travail.
03:27Des souffrances contestées par le délégué général.
03:30Franck Bondoux n'hésitera pas à nommer sa fille
03:33directrice du développement du festival.
03:34Comme son père, à partir de 2022,
03:37celle-ci remplit ses fonctions par le biais d'une entreprise
03:39qu'elle a créée, Mentalo.
03:41Ces champs d'intervention sont très vastes.
03:43Ils vont de la communication,
03:44des partenariats médias à la nomination des jurys.
03:47Dans cet environnement singulier
03:48où les équipes sont souvent livrées à elles-mêmes,
03:51les répercussions humaines peuvent être dramatiques.
03:54Dans l'Humanité Magazine,
03:55une ancienne responsable de la communication du festival
03:57témoigne d'un viol qu'elle aurait subi
04:00lors de l'édition 2024
04:01et du calvaire vécu par la suite dans son travail.
04:04Au cours d'une soirée organisée par le festival,
04:06la jeune femme,
04:07qui témoigne d'abord sous le nom de Chloé,
04:09pense avoir été droguée par un prestataire vidéo
04:11et se réveille nue le lendemain
04:13dans un appartement inconnu.
04:14L'homme lui explique alors qu'ils ont couché ensemble,
04:17ce dont elle ne garde aucun souvenir.
04:19Elle raconte avoir alerté sa responsable,
04:21qui se serait contentée de l'inviter
04:22à prendre la pilule du lendemain
04:24et à retourner à son poste.
04:26Quant à Franck Bondoux,
04:27il estime que le festival ne saurait être tenu responsable,
04:30les faits s'étant déroulés hors des horaires de travail.
04:33Il la licencie pour faute grave,
04:35au motif que la jeune femme serait apparue
04:37à plusieurs reprises,
04:38fortement alcoolisée,
04:39et qu'elle aurait eu un comportement incompatible
04:42avec l'image de l'entreprise.
04:43Je l'ai appelée pour annoncer ce qui m'était arrivé.
04:46Il m'a aussi posé des questions.
04:48Il me demandait si j'avais dragué cet homme-là,
04:53comment j'étais habillée.
04:55Je me suis dit que c'est vraiment la double peine
04:57parce que non seulement il y a ce viol,
04:59mais en plus, je suis punie pour.
05:02Malgré une plainte pour viol déposée à Paris
05:04le 12 février 2024,
05:06ce n'est qu'en avril 2025
05:08qu'une information judiciaire est finalement ouverte
05:11par le parquet d'Angoulême
05:12à la suite d'une nouvelle plainte
05:14avec constitution de parti civil.
05:15L'ex-salarié poursuit également
05:17son ancien employeur 9e Art Plus
05:19au Prud'homme pour licenciement abusif.
05:21Ce n'est pas la première fois
05:22que la direction du festival d'Angoulême
05:24s'illustre sur le terrain du sexisme.
05:26En 2016, aucune femme ne figurait
05:29dans la sélection de 30 auteurs
05:30en lice pour le Grand Prix.
05:32Une erreur symbolique pour Franck Bondou,
05:34mais cet épisode avait donné lieu
05:36à la fondation d'un collectif
05:37des créatrices de BD contre le sexisme.
05:39Sept ans plus tard, en 2023,
05:41le festival annonçait une exposition
05:43consacrée au dessinateur Bastien Vivès,
05:45accusé par plusieurs associations
05:46d'avoir réalisé des dessins
05:48à caractère pédopornographique.
05:50Une pétition avait alors réuni plus de 100 000 signatures
05:53et obtenu sa déprogrammation.
05:55C'est une colère de plusieurs années
05:56qui se cristallise autour de l'affaire Chloé.
05:58Elle débouche en avril 2025
06:00sur un appel au boycott de l'édition suivante
06:02du festival, publié dans l'Humanité.
06:05La pétition, lancée par le syndicat
06:07STA CNTSO et le collectif MeToo BD,
06:10est signée par plusieurs collectifs et syndicats,
06:12en tout plus de 2500 auteurs,
06:15autrices et professionnels.
06:16Toutes et tous mettent en cause
06:17le contrat liant l'association maire du festival
06:20à la société 9e Art Plus de Franck Bondoux,
06:23en passe d'être reconduit
06:24pour 10 années supplémentaires.
06:26Parmi les signataires,
06:27l'autrice Anouk Ricard,
06:29Grand Prix 2025,
06:30qui témoigne du désarroi des artistes
06:32face aux dérives mercantiles du festival
06:34et de leur colère face aux mauvais traitements.
06:36Dans un monde de la BD très précarisé
06:38et ultra concurrentiel,
06:40la mobilisation est inédite.
06:42En parallèle,
06:43nombreux s'inquiètent d'une reconduction
06:44du contrat du prestataire,
06:46voire d'une fusion entre l'association maire
06:48et l'entreprise privée,
06:50ce qui enterrinerait l'acquisition définitive
06:52de l'événement par Franck Bondoux.
06:54Le ministère de la Culture s'y oppose
06:55et de nombreux éditeurs
06:57réclament une mise en concurrence
06:58pour la gestion du festival.
07:00Un appel à projets fantoches
07:01et quelques combines plus tard,
07:03en novembre 2025,
07:049e Art Plus est reconduit,
07:05ce qui va raviver la colère.
07:07En première ligne de cette lutte,
07:08les autrices.
07:09Dans un manifeste,
07:10publié dans l'Humanité mi-novembre,
07:13285 d'entre elles réaffirment avec force
07:15leur volonté d'un « girl coat » du festival.
07:17L'occasion aussi de dénoncer,
07:19derrière l'affaire Chloé
07:20et le management autoritaire du festival,
07:22la réalité d'un milieu structuré
07:24par la domination masculine
07:26et les violences sexistes et sexuelles.
07:27Le « girl coat » se structure
07:29et devient la collective « girl's coat »
07:32avec le « x » de l'inclusivité.
07:34Une charte détermine les valeurs
07:35et revendications à défendre
07:37pour la refonte du festival.
07:38Face à ce mouvement d'ampleur,
07:39les financeurs publics imposent la mise à l'écart
07:42de 9e Art Plus à partir de 2027,
07:44malgré de nouvelles tentatives
07:46de la présidente de l'association,
07:48Delphine Groux et de Franck Bondoux,
07:49de s'accrocher au rideau.
07:51Cette fois,
07:51un véritable appel à projet se prépare,
07:53avec la participation des syndicats d'auteurs
07:55et d'autrices
07:56et des deux syndicats de l'édition
07:57et des acteurs publics.
07:59Ils sont réunis au sein de l'association
08:00pour le développement de la BDA Angoulême,
08:02la DBDA.
08:03L'association historique du FIBD
08:05est, quant à elle, écartée.
08:07L'édition 2026 du festival,
08:09toujours organisée par 9e Art Plus
08:11et sous la menace d'un boycott,
08:12est finalement annulée début décembre.
08:14Face au désastre pour le territoire local,
08:16fin janvier 2026,
08:18aux dates où le festival aurait dû se dérouler,
08:20la mairie d'Angoulême décide de soutenir
08:22financièrement un grand off
08:24en redistribuant les subventions
08:25allouées au festival officiel,
08:27aux artistes et associations locales.
08:29L'annulation du festival est aussi une opportunité
08:32pour les artistes de s'emparer
08:33enfin du rendez-vous.
08:35Toulouse, Lyon, Tournons-sur-Rhône,
08:37Nantes, Mons, Strasbourg, Bruxelles,
08:39Marseille, Angoulême, Paris, Montpellier,
08:41à l'initiative des autrices du mouvement Girls Cut,
08:44des fêtes interconnectées de la BD
08:46auront lieu au même moment
08:48dans plusieurs villes de France,
08:50de Belgique et même à Barcelone.
08:51Un réseau d'événements autonomes
08:53pour célébrer la bande dessinée
08:54en portant des revendications féministes
08:56et remettre les artistes,
08:58leurs conditions de travail
08:59et de rémunération au cœur de l'événement.
09:01Un appel à projet a été ouvert
09:03pour désigner un nouveau prestataire en avril
09:05et rendre possible la tenue d'un festival
09:07en janvier 2027.
09:09Une chose est sûre,
09:10les auteurs et autrices de bande dessinée
09:12à l'origine d'une mobilisation historique
09:14ces derniers mois
09:15ont bien l'intention de se réapproprier
09:17ce rendez-vous majeur
09:18pour célébrer leur art.

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