- il y a 4 heures
La grand-messe de la BD, qui se tenait du 29 janvier au 2 février, a encore attiré des dizaines de milliers d’amateurs. Virage commercial, partenariat controversé, management toxique… En coulisse, l’ambiance est moins rose. Voici ce que la journaliste Lucie Servin a découvert au fil de plusieurs mois d’enquête, un article à retrouver sur le site de l'Humanité : https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/bande-dessinee/gros-sous-et-mal-etre-enquete-sur-un-festival-dangouleme-en-pleine-derive
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NewsTranscription
00:00Et donc dans cette enquête, on va aborder plusieurs points, je voulais commencer par le plus important.
00:06Tu abordes le management toxique et notamment cette accusation d'agression sexuelle, de violence sexuelle.
00:12Comment est-ce que tu découvres ça ? Comment est-ce que tu traites ça ? Comment ça se passe
00:19?
00:19Comment je découvre ça, c'est que déjà il y a quelque chose de...
00:23Les gens qui travaillent pour le festival d'Angoulême, c'est des gens pour partie, je les connais, mais je
00:28les connais.
00:28Mais pas tous, mais j'en connais un certain nombre.
00:31Et si vous voulez, c'est aussi des phénomènes qui sont rapportés et qui s'inscrivent aussi au bout d
00:39'un moment dans la répétition et dans la durée.
00:41C'est-à-dire qu'au début, quand une directrice de communication, par exemple, fait un malaise en plein milieu
00:48du festival en 2019,
00:51c'est public, tout le monde est au courant, on la voit partir à l'hôpital.
00:54Donc voilà, c'est ce genre de choses.
00:56Donc on discute et puis après, on discute avec les gens, ne serait-ce que pour essayer de comprendre comment
01:03ça se passe.
01:04Et ce malaise, cette souffrance au travail, elle ressort d'un certain nombre de témoignages.
01:13Et elle fait surface par le nombre et elle fait aussi surface par l'anonymat.
01:20C'est-à-dire que je n'ai pas eu l'impression, et c'est ce que j'ai vu
01:25aussi au festival, je n'ai pas fait de révélation.
01:28Tout le monde sait, mais tout le monde sait et personne ne veut, entre guillemets, porter le malaise global.
01:35Et effectivement, il y a cette histoire avec la responsable de communication, cette personne, il y a un tel turnover
01:45des équipes,
01:46que c'est une personne qui n'était pas identifiée dans le milieu.
01:49Parce qu'en fait, elle est restée, elle a travaillé, ils ne l'ont licenciée même pas six mois.
01:54Donc du coup, elle n'a même pas le droit au chômage.
01:56Elle a commencé au mois d'avril, mai ?
01:58Au octobre, et elle est licenciée au mois de mars.
02:03Donc ça fait cinq mois et demi.
02:05Et comme c'est quelqu'un qui était assez jeune, qui travaillait avant au Japon,
02:10personne dans le milieu ne la connaissait en réalité.
02:14Et c'est pour ça, je pense, que cette histoire avait été placée complètement sous le tapis, en dehors des
02:20radars,
02:20puisqu'elle était non seulement isolée par son entreprise, mais isolée des autres personnes du milieu à qui elle aurait
02:28pu en parler.
02:28On va rappeler un petit peu l'effet.
02:31Oui, pardon.
02:31C'était... On va passer directement sur celui-là.
02:34Chloé, une ancienne responsable de la communication, a saisi les prud'hommes pour contester son licenciement pour faute grave,
02:39son tort, avoir signalé un viol dont elle aurait été victime lors de la précédente édition du Festival d'Angoulême.
02:44Et du coup, cette actualité, elle fait l'actualité aussi parce que ça remet en lumière la soumission chimique.
02:53Parce que cette jeune femme ne se souvient de rien du tout,
02:55si ce n'est d'avoir bu un verre et de s'être réveillée nue dans un appartement qu'elle
02:58ne connaissait pas.
03:01Ça, c'est quelque chose que tu révèles ou c'est quelque chose que tout le monde est au courant
03:05comme tu le dis ?
03:05Non, justement, je le révèle.
03:07Et bon, je le révèle aussi parce qu'il faut dire qu'il y a un passif.
03:12Le Festival d'Angoulême, là, on prend le volet des violences sexistes et sexuelles.
03:20On va voir les autres choses après.
03:21C'est important de commencer.
03:22Non, c'est très important.
03:24Ce que je révèle, c'est qu'il y a eu toute une question avec Chloé, justement,
03:31pour savoir pourquoi elle voulait porter elle-même ce témoignage dans la presse.
03:38Je ne l'ai pas piégée. Elle a tout à fait conscience des conséquences,
03:44mais elle avait justement envie que ça se sache parce que de sortir de son isolement.
03:50Il faut savoir aussi qu'ensuite, en matière de femmes, le Festival d'Angoulême a quand même un passif.
03:57Il y a en 2016 l'absence de femmes dans la liste du Grand Prix qui avait quand même à
04:05alerter et amener la création du collectif BD Égalité
04:09pour mettre sur le devant de la scène la question de la place des femmes au Festival d'Angoulême et
04:18dans la BD plus généralement.
04:20Il y a eu ensuite toutes les polémiques qui étaient liées à la décision du Festival d'exposer l'œuvre
04:29de Bastien Vivès en 2022.
04:32En dehors même de la question de l'annulation, des libertés d'expression, etc.,
04:37c'est des voyants qui avaient été allumés, on va dire, pour le Festival,
04:41pour alerter sur ces questions qui dépassent bien le Festival d'Angoulême,
04:46qui sont les questions sociétales, des violences sexistes et sexuelles, etc.
04:52Et derrière cette histoire de Chloé, on le répète,
04:56elle dit avoir subi un viol, elle n'accuse pas évidemment le Festival d'Angoulême de l'avoir violée,
05:02ce n'est pas du tout le problème.
05:04La question c'est comment on recueille la parole de cette femme,
05:07comment on l'aide, comment on essaye aussi de comprendre psychologiquement ce que c'est
05:11que de se réveiller sans avoir de souvenirs.
05:15C'est-à-dire que le lendemain, le lendemain matin,
05:18Chloé, elle arrive dans l'open space de son entreprise et elle en parle,
05:23elle dit « il s'est passé un truc, je ne peux pas le croire,
05:27il m'a dit qu'on avait couché ensemble, je n'ai aucun souvenir,
05:30mais ce n'est pas possible, il doit m'avoir menti, etc. »
05:34C'est à ce moment-là que là, d'un point de vue de société,
05:36et pas que le Festival d'Angoulême, il faut entendre ce que disent ces jeunes femmes
05:41et comprendre que non, ce n'est pas possible, il y a un problème là,
05:44il faut aller voir un médecin, il faut aller voir des associations
05:48qui sont spécialisées dans ce genre de problème pour se faire aider
05:53et même au niveau du management, il y a des formations pour recueillir ces paroles
05:59et savoir à quoi on a affaire.
06:01– Et comment ça s'est passé pour Chloé quand elle en a parlé ?
06:03– Alors Chloé dit que voilà, là je ne fais que rapporter ce qu'elle m'a raconté,
06:13ce qu'elle raconte c'est que à ce moment-là, tout le monde est un peu démuni,
06:19ne sait pas trop quoi lui dire, il faut savoir qu'on est le samedi,
06:22c'est la journée la plus active, c'est le week-end du Festival,
06:26et donc elle a ce qu'on dit responsable RH, qui est juste la supérieure hiérarchique,
06:33dont elle dit très bien que c'est une femme adorable, très gentille,
06:38mais qui lui conseille comme une maman vieille école,
06:42« Ma fille va prendre la pilule du lendemain et puis déjà on part au plus pressé ».
06:49Et c'est vrai que ce n'était pas la décision à prendre,
06:53ou en tout cas, ne serait-ce que cette responsable aurait dû avertir immédiatement la personne au-dessus.
07:00Enfin il y a eu, à mon avis, et ça ce n'est pas à moi de juger,
07:04encore une fois je ne suis pas en tribunal, mais il y a un dysfonctionnement.
07:07– Et donc elle va ensuite être virée,
07:12le médecin va lui accorder du temps pour se remettre de toutes ces étapes-là,
07:18elle va prendre des vacances, 15 jours, et quand elle va revenir,
07:21Bondou, le directeur, va la licencier.
07:25– Elle la licencie, oui, pour faute grave,
07:29comme dans le courrier de licenciement,
07:32c'est pour comportement inadmissible, sans qu'il soit vraiment détaillé,
07:35d'ailleurs il n'y a pas d'exemple de comportement inadmissible qu'elle aurait eu,
07:39et pour avoir été alcoolisée à plusieurs reprises pendant les soirées du festival.
07:45Alors je dis alcoolisée à plusieurs reprises,
07:48mais encore une fois on n'est pas là pour faire le procès des prud'hommes
07:51qui aura lieu après.
07:52Il faut savoir qu'alcoolisée dans un festival,
07:57au moment d'une soirée qui est elle-même organisée par le festival,
08:01et où donc il y a de la consommation d'alcool,
08:06ce n'est pas pareil que quelqu'un qui boirait sa vodka à son bureau dans son travail.
08:12Je veux dire, on est dans un contexte où l'alcool est lui-même festif, mondain,
08:19et dans un contexte de soirée.
08:21– Ce n'est pas censé légitimer un quelconque licenciement en tout cas ?
08:24– Non, il se trouve que l'ébriété au travail peut être, à mon avis,
08:28après je ne suis pas juriste, mais peut être une cause de faute au travail.
08:32Après, là pour le coup, en tant que journaliste,
08:37et ça, c'était très important même pour moi personnellement de faire ce papier,
08:42parce que c'est un papier qui remue forcément,
08:46où on prend position, où on a toujours cette envie de rester objective,
08:51dans le cadre légal aussi,
08:54de la présomption d'innocence vis-à-vis de la personne,
08:57de l'agresseur présumé, etc.
08:59Mais c'est vrai que, moi, c'est une affaire qui m'a mise en colère,
09:05qui m'a beaucoup émue, qui m'a bouleversée,
09:08et j'essaye vis-à-vis de ce cas-là de garder le plus la tête froide
09:14pour rester dans ma place de journaliste,
09:18qui est de rapporter des faits.
09:20– Elle n'a pas choqué uniquement toi ?
09:21– Non.
09:21– Il y a aussi un bandou gate qui a été lancé ?
09:25– Il y a eu un bandou gate, et il y a eu aussi une affaire absolument hallucinante
09:29au festival d'Angoulême,
09:30puisqu'il y a au niveau du stand de la bulle New York,
09:35qui est le pavillon où sont installés les éditeurs alternatifs,
09:42il y a un stand qui était offert gracieusement par le pôle Magélis,
09:46qui est le pôle qui s'occupe du développement de l'image en Charente,
09:52qui avait payé un stand à des auteurs locaux.
09:56Et ils avaient mis une pancarte où ils disaient
09:59« Chloé, nous te croyons, abat les VSS dans le festival d'Angoulême ».
10:05Et ils ont reçu un mail venant d'un cadre de la communication du pôle Magélis,
10:10en leur demandant de retirer immédiatement cette pancarte,
10:13sous prétexte qu'on leur prêtait le stand, on leur payait le stand,
10:18mais qu'ils n'étaient pas là pour faire des tribunes d'opinion politique.
10:23Et alors ça, ça a rendu furieux tout le monde,
10:27parce que la question des VSS, des violences sexuelles et sexistes,
10:32c'est pas une question politique, c'est pas une question d'opinion.
10:35On n'est pas pour ou contre la violence, les violences sexistes et sexuelles.
10:41Et donc du coup, il y a eu un mouvement,
10:44une impression de milliers d'affiches de Chloé, on te croit.
10:48Et tous les stands des éditeurs alternatifs ont affiché ces affiches,
10:52qui se sont ensuite retrouvées dans toute la ville,
10:55et même chez des stands des plus gros éditeurs dans l'autre bulle.
10:59Et donc en fait, envahit la ville de Tapissé, de Chloé, on te croit.
11:04Ah oui, d'accord.
11:05Et il y a eu une réponse de la direction ?
11:08Du coup, elle ne pouvait pas taire cette parole-là ?
11:11C'était compliqué ?
11:11Alors, bon, le palais Paul Majely, ça c'est un petit truc anecdotique
11:15qui a mis encore une fois le feu.
11:17Mais après, Franck Mondoux a refusé de répondre jusqu'à la fin du festival,
11:24et sa première réponse, il l'a fait paraître dans une interview qu'il donne aux Parisiens,
11:31dans laquelle il se défend en disant
11:34« Non, le licenciement n'a rien à voir avec... »
11:37« Enfin, il faut dissocier les deux. »
11:40L'entreprise n'était pas au courant du viol,
11:45et ça s'est passé en dehors, dans un cadre privé,
11:49en dehors même de la soirée, puisque ça s'est passé chez l'agresseur présumé.
11:55Donc, le festival déplore ce qui serait arrivé à Chloé,
12:03mais conteste toute responsabilité,
12:08et surtout conteste que ce viol soit lié à son licenciement.
12:14Ce qui est problématique, mais...
12:16C'est très politique comme réponse.
12:19Et surtout que ça a été commis par un collègue ou un...
12:23C'est quelqu'un de ce cercle-là ?
12:24C'est un prestataire, et c'est un prestataire.
12:26Et là, encore une fois, sur la question des mots,
12:30pour respecter la présomption d'innocence,
12:32il faut rester extrêmement flou sur cette personne
12:35pour pas qu'elle puisse éventuellement se reconnaître.
12:39Donc, ça c'était le gros point de l'enquête,
12:41mais c'est pas le seul, évidemment.
12:44Quand on parle du festival d'Angoulême,
12:46on parle aussi...
12:47Enfin, tu as beaucoup parlé de management toxique.
12:49Comment il se matérialise, ce management toxique ?
12:52Le management toxique, en fait, moi, ce que j'ai fait dans mon enquête,
12:54c'est que je n'ai fait que relier, en fait,
12:56un certain nombre de dysfonctionnements
12:59pour essayer de comprendre comment ça s'articule.
13:03Et le management toxique,
13:06enfin, mettre des mots comme ça, c'est un peu des mots chocs,
13:09ça c'est des mots clés, etc.
13:11Je voudrais dire d'abord, comment a commencé peut-être cette enquête ?
13:15C'est moi, moi-même,
13:18c'est-à-dire les pressions qu'exerce ce festival sur des journalistes.
13:23C'est-à-dire que j'ai été...
13:25On était à la conférence de presse,
13:27et en fait, cette conférence de presse a annoncé un nouveau partenariat,
13:31qui est le partenariat avec QUIC.
13:33Là, on est en quel mois ?
13:34Le 21 novembre.
13:35OK.
13:36Mais sachant que tout ça, on connaît,
13:38on sait que c'est le bazar,
13:42on voit bien que la direction artistique,
13:44c'est vraiment fluctuant,
13:46on a quand même eu sept directeurs artistiques,
13:48alors on ne sait pas si c'est des directeurs
13:49ou ils sont des membres de l'ADA.
13:51Enfin, tout ça est un peu flou,
13:53et on connaît les gens compétents,
13:55mais on voit qu'il reste six mois,
13:57et puis ils jettent l'éponge, donc voilà.
13:59On arrive à cette conférence de presse,
14:01la grande annonce de cette conférence de presse,
14:02c'était QUIC devient le partenaire principal du Festival d'Angoulême.
14:06On nous présente ça avec des éléments de langage,
14:10oui, pour faire un festival plus grand public,
14:14aller vers les jeunes.
14:15Faire des menus liquideux.
14:17Voilà.
14:17Alors ça, ça vient après,
14:18c'est-à-dire que d'abord, c'est les jeunes,
14:20c'est associer ça à des missions
14:22de comment rendre les livres attractifs
14:26vis-à-vis des jeunes publics.
14:28On nous cite une étude du CNL
14:30pour montrer comment les jeunes lisent moins
14:33ou comment les amener à la lecture, etc.
14:36Et QUIC pourrait aider.
14:36QUIC pourrait aider.
14:37À ce moment-là, le PDG de QUIC monte sur la scène,
14:41nous fait un PowerPoint qui a duré 10 minutes,
14:44allez, 6, j'exagère un petit peu,
14:46et avec ces images pour nous montrer toute l'implication de QUIC en faveur de la BD.
14:53Et bon, moi, c'est vrai que quand on m'a annoncé ça,
14:56j'ai eu un premier réflexe qui est l'éclat de rire,
15:00c'est comme une espèce de...
15:02Et puis j'ai pris des photos
15:03et j'ai mis juste un post sur Facebook
15:07en disant, voilà, la blague,
15:09QUIC devient le partenaire principal du festival d'Angoulême.
15:14Il faut savoir, voilà,
15:16et quand je suis sortie de cette conférence de presse,
15:18où on ne peut pas, en fait, poser de questions,
15:19mais il y a un cocktail après où on va poser des questions...
15:23C'est une conférence de presse où on ne pose pas de questions ?
15:25On ne pose pas de questions.
15:25En fait, ça, c'est plutôt,
15:28on pourrait appeler ça la présentation de communication du festival.
15:31Enfin, ils appellent ça conférence de presse,
15:33mais ça n'en est pas une.
15:34On sort pour le cocktail
15:35et là, quand je vais demander...
15:37Pour poser une question à propos de la programmation artistique,
15:40on me dit, non, Lucie, je ne peux pas te parler.
15:43Je dis, c'est à cause de QUIC, on me dit oui.
15:45Et j'ai affaire à une personne en face de moi
15:47qui a l'air terrorisée à l'idée de parler.
15:50C'est la première fois que tu ressens ça, cette omerta-là ?
15:55Cette omerta, non, je ne l'ai pas...
15:56Je ne suis pas le premier média, par exemple.
16:01En parlant avec des journalistes,
16:02il y a eu déjà des journalistes qui se sont fait ostraciser dans le passé.
16:09Il y a eu des partenariats qui ont été rompus,
16:11notamment avec Libération, avec Télérama,
16:14et je crois le point,
16:15après des articles critiques qui ont été faits sur le festival.
16:19Et donc voilà.
16:20Donc tout ça, ça montre, si vous voulez,
16:22une absence de dialogue,
16:24et puis cette manière d'être,
16:26c'est ce que dit un des directeurs artistiques,
16:28on est soit contre, soit avec le festival.
16:31Et moi, ça, ça m'a un peu...
16:36Ben...
16:36Voilà, menée à réfléchir sur qu'est-ce que je fais.
16:39C'est plus possible, en fait,
16:40de ne pas avoir un espace
16:42où on peut critiquer librement
16:44et parler, etc.
16:45Et c'est comme ça que je suis allée voir les personnes,
16:49et c'est aussi pour ça que les personnes
16:51ne veulent pas parler à visage ouvert.
16:54Enfin, il faut quand même comprendre
16:56que ça peut paraître une faiblesse,
16:59entre guillemets, de l'enquête,
17:01mais ça participe de gens qu'on peur,
17:04parce qu'on est dans des milieux très précaires.
17:08Oui, les milieux culturels, oui.
17:09Des baisses de budget drastiques, là, on en parle.
17:12Oui, oui, oui.
17:12Justement, justement.
17:13Et notamment, par rapport à ce contexte de coupe budgétaire,
17:18c'est-à-dire qu'on se retrouve avec des festivals
17:21fragilisés sur toute la France,
17:23et après, finalement, la promotion de ces grosses machines,
17:28car le festival d'Angoulême,
17:31forcément, la question de ce définancement public se pose,
17:34mais c'est quand même un festival
17:36qui est subventionné à hauteur de 3 millions d'euros
17:39par définancement public,
17:42collectivité territoriale en prime.
17:44Et donc, voilà.
17:45Et donc, le partenariat QUIC, c'est un point de départ,
17:49mais c'est un point de départ qui, d'emblée,
17:51va me conduire à réfléchir sur 3 volets,
17:55qui sont le volet humain,
17:56c'est-à-dire comment se fait-ce que quelqu'un puisse même oser
17:59dire à une journaliste
18:02« Non, pas bien, je te tape sur les doigts
18:04parce que tu as critiqué notre partenariat ».
18:08Le partenariat, c'est aussi la question d'images
18:11et la question de financement privé, d'accord,
18:15mais qu'est-ce que ça veut dire une enseigne
18:17de restauration rapide telle que QUIC
18:20pour des festivals subventionnés
18:23avec des collectivités qui sont impliquées
18:25dans des missions pour lutter contre la malbouffe
18:27dans les écoles, avec des promotions,
18:30surtout la ville d'Angoulême
18:31qui a en plus toute une politique
18:34vis-à-vis des producteurs locaux, etc.
18:37Donc, il y a cette question d'images citoyennes
18:42du choix de cette marque.
18:44Il y a aussi la question artistique,
18:46c'est-à-dire qu'à partir du moment
18:47où on met un sponsor comme QUIC,
18:51où sont les auteurs dans le festival d'Angoulême ?
18:55Et il y a aussi cette question financière
18:57puisque, comme je l'ai dit,
18:58le partenariat, c'est aussi la question
19:01de comment est structuré le festival d'Angoulême
19:03vis-à-vis de cette société tierce
19:07qui s'occupe des partenariats.
19:09Et là, on touche directement
19:10à la question de la gestion
19:12et du fonctionnement financier
19:13et commercial du festival.
19:15Et donc, ça, c'est le point de départ.
19:18Tu découvres plein de choses, finalement,
19:20en discutant avec plein de gens.
19:21Je discute plein de choses
19:22et puis surtout, je voudrais dire aussi,
19:23parce que ça, c'est un truc
19:24que j'ai vu dans le milieu,
19:26c'est-à-dire qu'on est tellement
19:27à la tête dans le guidon,
19:30on est passionné par ce qu'on fait.
19:32C'est ça, il y a un truc de métier passion aussi.
19:33Du coup, on a tendance à accepter
19:35des choses qui, normalement, ne le sont pas.
19:37Voilà.
19:37Et on accepte les choses
19:39qu'on n'accepte pas
19:40et puis, enfin, qu'on ne devrait pas accepter
19:42ou en tout cas, se poser et réfléchir.
19:44Et surtout, on est toujours
19:45dans une espèce de course en avant.
19:47Et c'est aussi le problème
19:48de festivals comme Angoulême.
19:50C'est-à-dire que c'est des...
19:51Là, on découvre qu'en fait,
19:54sur l'exercice de l'an dernier,
19:55avec des comptes qui n'ont pas encore été déposés,
19:58parce que, bon, j'ai un détail annexe,
20:00mais Franck Bondoux a fait une dérogation
20:02de demande de délai pour ses comptes
20:03de cette année.
20:04Donc, on n'a pas les chiffres
20:05des bilans comptables de 2023-2024.
20:08Mais lui-même nous annonce
20:09un déficit de 250 000 euros.
20:11Donc, on comprend que quelque part,
20:13il y a un vrai enjeu
20:14sur l'édition qui arrive,
20:15parce qu'il faut gagner de l'argent.
20:19Là, pour l'instant,
20:20il le rembourse avec ses fonds propres.
20:22Mais s'il réaligne en 2025
20:26un nouveau déficit,
20:27là, il sera en déficit
20:29avec des problématiques
20:31qui sont toutes les entreprises
20:33qui annoncent un déficit.
20:34Et donc là,
20:35sa nouvelle communication
20:37et de nous dire que tout s'est tellement
20:38bien passé à cette édition
20:40que très certainement,
20:41le déficit sera comblé.
20:43En fait, on n'en sait rien.
20:44Enfin, ça, on le saura dans six mois.
20:46Lui, le saura peut-être
20:48parce qu'il aura des retours
20:49un peu de son festival.
20:52Mais techniquement,
20:54et les financeurs publics
20:55et les observateurs
20:56de ce que nous, on peut voir
20:57sur les bilans comptables,
20:58on ne saura que le 31 janvier 2026.
21:02Et ce partenariat avec Quick,
21:04l'année dernière,
21:04ils étaient partenaires avec quelque chose ?
21:06Ou c'est la première fois qu'ils...
21:07Les partenariats,
21:09il y a toujours eu un partenariat.
21:10Donc, avant, c'était Raja,
21:13une entreprise d'éco-fauves.
21:15Enfin, il y a eu toujours...
21:16Les partenariats, c'est toujours...
21:18Oui, oui, c'est logique.
21:18Il y a eu Soda Stream aussi,
21:19à un moment donné,
21:20où c'était l'année où,
21:21d'ailleurs, c'était tardi,
21:24le président...
21:25Enfin, qui était grand prix,
21:27donc le président du jury.
21:28Enfin, voilà.
21:30Et ça avait fait aussi de la bronca.
21:32Enfin, voilà, les partenariats,
21:34ça va, ça vient.
21:35Le problème des partenariats,
21:36c'est que c'est une opacité totale.
21:38Et quand on demande à M. Bondoux
21:42le montant de ce partenariat,
21:44il faut savoir que dans un partenariat,
21:47il y a à la fois le chèque
21:48que va amener Quick au festival,
21:51il y a aussi ce que ce partenariat
21:54coûte au festival,
21:56en com', en installation, etc.
21:59Donc, c'est assez complexe, un partenariat.
22:02Mais ça, quand on demande comment c'est fait,
22:04on nous répond secret des affaires.
22:07« Vous voulez... »
22:08Enfin, voilà.
22:10« Je suis dans la légalité.
22:11Il faudrait une loi pour me forcer
22:13à donner le montant de ce partenariat. »
22:15Ça, c'est la parole de Bondoux ?
22:16Oui.
22:16Qui dit ça ?
22:17Oui.
22:18Et ensuite, et même à la conférence de presse
22:20de dimanche dernier,
22:21au moment de la clôture du festival...
22:22Là, on va poser des questions sur celle-là.
22:24À cette conférence de clôture, oui.
22:26C'était uniquement des questions.
22:29Mais justement, sur le montant du partenariat,
22:31donc, M. Bondoux répond en citant les lois, en fait,
22:38du sponsoring.
22:39Mais par exemple, quand je demande à Xavier Bonnefond,
22:43le maire de la ville d'Angoulême,
22:45qui subventionne à hauteur de 500 000 euros le festival,
22:50avec une agglomération qui subventionne aussi à 500 000 euros,
22:53donc ça fait quand même un million des subventions,
22:55lui, quand je lui demande « Et vous, M. Bonnefond,
22:58est-ce que vous êtes au courant du montant de ce partenariat ? »
23:01Il me dit « Non ».
23:02C'est-à-dire qu'il y a le problème d'Angoulême,
23:05c'est qu'on est devant une opacité.
23:08Une opacité qui a elle-même été mise sur le devant de la table
23:13par un rapport de la Chambre régionale des comptes en 2021,
23:16qui dénonce la complexité des montages autour des sociétés.
23:21Le fait que ces partenariats sont aussi gérés par partnership,
23:25donc une société tierce qui ne reçoit pas les subventions,
23:28donc sur lesquelles le contrôle public ne peut pas s'exercer.
23:31Voilà.
23:32Et donc, du coup, il y a un certain nombre de choses
23:37qu'on ne peut pas savoir et qu'on n'est pas en...
23:41Enfin, que la puissance publique n'est pas...
23:43Enfin, même les financeurs publics ne sont pas en droit de demander.
23:46OK.
23:46Parce qu'il y a différentes sociétés.
23:48Et un autre de ces enjeux du partenariat,
23:52de ces partenariats privés,
23:54c'est qu'en fonction de...
23:56C'est vraiment sur des pourcentages de financement de budget global.
23:59Si, quand on a un financement public qui est au-delà de la moitié,
24:05il y a des contrôles qui sont plus conséquents.
24:07Donc, faire amener des sociétés, amener des financements privés
24:10et rester en dessous des 50% de financement global du festival,
24:15permet aussi d'esquiver un certain nombre de comptes à rendre par les financements publics.
24:21Garder les secrets.
24:22OK, d'accord.
24:23OK.
24:24Ah oui, donc, tout le volet...
24:26Je trouve ça dingue, tous ces montages financiers.
24:28Oui, et c'est pour ça que là, il y a une partie de l'enquête qui doit être poursuivie,
24:33puisqu'il y a la question de la dénonciation de ce contrat.
24:36Parce qu'après l'enquête de l'humanité,
24:38ça a quand même créé un espèce d'espoir.
24:41Et en tout cas, un mouvement de révolte parmi les acteurs qui font le festival
24:46et qui en ont franchement ras-le-bol, parce qu'en fait, c'est ça.
24:49Moi, mon enquête, c'était juste une espèce de manière de mettre les pieds dans le plat
24:53et de rendre en compte d'un ras-le-bol global du milieu.
24:58Et c'est pas pour rien que la première réaction à cette enquête,
25:01c'est les syndicats des éditeurs.
25:03C'est le SEA qui a commencé, donc le syndicat des éditeurs alternatifs.
25:07Ça représente à peu près entre 40 et 50 structures indépendantes de l'édition.
25:11On fait un communiqué très clair en disant
25:12« On veut la dénonciation de ce contrat et on veut l'ouverture d'un appel d'offres ».
25:17Voilà, donc, première chose, parce que, voilà.
25:20Là-dessus, donc ça, c'était le lundi.
25:24L'enquête est parue le jeudi 23.
25:26Donc, le lundi suivant, le communiqué du SEA.
25:30Le mercredi, le communiqué du SNE.
25:33Ah, donc c'est monté très vite.
25:34Ouais, syndicat national de l'édition.
25:36Donc là, on est chez les gros éditeurs, groupe BD, Gallimard,
25:42Médias Participation, enfin voilà, Gléna, Delcourt,
25:45tous ces groupes qui, eux aussi, ont demandé un appel d'offres en bonnet du forme.
25:51Donc, il y a une espèce d'éclatement, de colère,
25:54avec des gens d'intérêt très très diffus,
25:56qui demandent une transparence, en fait.
25:58Ils en ont marre de… voilà, ils veulent une transparence.
26:03Ils ne sont pas contre Franck Bondoux.
26:06Ils veulent juste un changement de gouvernance et un appel à plus de transparence.
26:10Là-dessus, les auteurs ont embrayé, à travers la manif en ligne,
26:14mais aussi à travers des tribunes de certains des syndicats,
26:18des syndicats collectifs d'auteurs, le SNAC, la Ligue des auteurs.
26:21Et ce qui est dingue, c'est que M. Bondoux,
26:26quand on lui demande, dans le Parisien, dans son droit de réponse,
26:29quand on lui demande, bon alors, monsieur, vous êtes prêts à faire un appel d'offres
26:33et à dénoncer le contrat ?
26:34Parce qu'un appel d'offres, sa société pourrait se positionner.
26:37Oui, oui, elle gagne.
26:38Tout est gagné, puisqu'elle a l'ancienneté aussi pour elle,
26:41elle a le savoir-faire,
26:43elle a aussi des choses qui ont été faites en 20 ans sur ce festival
26:47et dont elle n'a pas à rougir.
26:49Eh bien, il dit non, il dit, je ne vois pas pourquoi,
26:51aucune obligation légale, ce qui est vrai,
26:53puisque de toute façon, ça concerne deux entités de droit privé,
26:58l'association et Neuvième Art.
27:01Donc si l'association ne dénonce pas le contrat...
27:06L'association, elle est financée par Bondoux ?
27:10Non, elle a un lien avec Bondoux ?
27:12Elle est liée par le contrat de gestion de convention.
27:15Et du coup, l'association doit dire qu'elle veut retoquer le contrat ?
27:20Et c'est dans les mains de l'association d'envoyer la lettre avant le mois de mai.
27:24L'association va le faire ?
27:26L'association, elle est un peu...
27:28Elle est pied et poing liée, non ?
27:29Elle est surtout, oui, c'est surtout une association où c'est très...
27:33Enfin, ils sont tout à fait en accord et en soutien.
27:39Ils trouvent que Neuvième Art est formidable
27:40et eux-mêmes ne voyaient pas pourquoi il fallait dénoncer le contrat.
27:45Madame Delphine Groux, qui était la présidente de l'association, au début du festival, disait non, non, non.
27:51Enfin, avant le festival disait, je ne dénoncerai pas le contrat sous la pression.
27:55Et là, elle a ouvert une mini-brèche dimanche à la conférence de presse en disant que non, elle le
28:00dénoncerait.
28:01Mais parce que c'était dans la logique des choses, parce qu'il faut le remettre à jour.
28:05C'est un contrat qui a 20 ans, etc.
28:07Mais en fait, il y a déjà des tractations, puisque Le Monde a publié le fait qu'ils avaient déjà
28:13un projet de faire une SAS,
28:15c'est-à-dire en fait de fusionner l'association Neuvième Art dans une nouvelle société privée, etc.
28:21Sauf que quand on demande à Madame Delphine Groux comment on pourrait fusionner une association avec une société privée,
28:32autrement qu'à travers une structure coopérative, parce que si on crée une SAS, une SAS, une société par action
28:39simplifiée,
28:40il faut dissoudre l'association. On n'a pas de possibilité de garder l'association.
28:44Et là, la réponse est plus confuse. Elle dit, ce n'est pas le moment, on va réfléchir.
28:51Elle temporise et voilà. Il n'y a pas de réponse encore qui a été donnée là-dessus.
28:54Par contre, ce qui est certain, c'est que derrière, dimanche, en l'occurrence entre samedi et dimanche,
29:01pendant le festival, le ministère de la Culture a été alerté et a lui-même fait un communiqué à travers
29:10la...
29:11Enfin, il y a eu une dépêche de l'AFP où il dit qu'ils sont préoccupés et alarmés des
29:15dysfonctionnements du festival d'Angoulême.
29:18Donc c'est pour ça que c'est une affaire qui vient ensuite...
29:21Ça va arriver vite en plus le mois de mai ?
29:23Bah oui. Donc là, c'est le bazar.
29:28Ok. Et ça, tu l'as ressenti là ? Enfin, cette pression sur l'assaut, tu l'as ressenté au
29:34festival plus que les autres années ?
29:35Bah, l'association...
29:37Parce que finalement, c'est elle qui a tout entre les mains, l'assaut.
29:40Oui, oui. Alors l'association, ils se sont un peu boncurisés parce que...
29:45Et c'est ça aussi qui permettait de crever l'abcès à travers une enquête de ce genre.
29:50C'est une manière... Ils sont... Il y a une espèce de paranoïa qui est de se dire que...
29:56Même moi, les retours que j'ai eus des gens qui étaient négatifs vis-à-vis de mon papier...
30:02Après, encore une fois, j'ai plutôt eu des retours extrêmement positifs.
30:06Mais dans le côté négatif, c'était... Cette journaliste, elle est pilotée par qui ?
30:11Parce qu'ils sont tellement persuadés que, en gros, il y a des espèces de manœuvres de gens qui voudraient
30:18mettre la main sur le festival, les jaloux, les...
30:22Une espèce de... Elle a parlé de convoitise à la Charente Libre, la presse locale.
30:27Voilà. Et donc, elle est persuadée que ceux qui en veulent à M. Franck Bondoux seraient des gens qui ont
30:35des intérêts à vouloir essayer de récupérer le festival.
30:40Et du coup, c'est une association qui n'est pas du tout ouverte.
30:43Il faut être coopté pour entrer, il faut montrer pâte blanche, etc.
30:48Et c'est vrai qu'il faut voir aussi que le festival d'Angoulême est dirigé par une équipe 9e
30:55art.
30:55La direction et la production artistique est à Paris.
30:58Et les équipes techniques sont à Angoulême de la même manière que l'association est à Angoulême.
31:02Donc, du coup, il y a une espèce de vision.
31:06Est-ce que c'est Paris qui pilote ça ?
31:09Enfin, voilà. Il y a tout ça pour dire que ce qui est impératif, et si moi, j'ai envie
31:15de faire bouger les choses avec cette enquête,
31:17c'est qu'il y a un moment donné, on ouvre les fenêtres et que...
31:20On parle.
31:21On parle.
31:21C'est juste... On parle et on arrête d'étouffer.
31:26Et notre mal-être, parce qu'en fait, le mal-être se nourrit aussi du non-dit.
31:30Parce que pour développer une sorte de théorie du complot, c'est que les gens ne sont pas bien.
31:34Non, mais personne n'est bien, en fait.
31:36Et c'est ça aussi qui fait qu'il y a un malaise global à ce festival qui, encore une
31:43fois, est incontournable pour tout le milieu de la bande dessinée.
31:46Et toi, quand tu avais ton enquête, c'était dur de parler à l'association ? Tu as réussi à
31:49leur parler ?
31:50Non, alors l'association, on leur a envoyé des questions par mail, en essayant de...
31:58On n'a pas eu au téléphone, on a eu des réponses par mail.
32:02Mais c'est encore une fois des...
32:05Il faut savoir aussi qu'au départ, si on était parti sur la question du volet, de la gestion, etc.,
32:14les interlocuteurs, en l'occurrence les financeurs publics, ne voulaient pas tous nous parler,
32:19parce qu'il y a des enjeux locaux qui font qu'ils veulent que...
32:24Ils voulaient que l'édition se passe très bien.
32:27Ils ont des intérêts économiques aussi pour leur ville, pour la région, etc.
32:31Et de discuter, en tout cas publiquement, enfin de relayer leur parole qu'après le festival.
32:39Et c'est pour ça qu'un certain nombre d'interlocuteurs, on leur donne rendez-vous, justement, fin février, début
32:46mars, pour savoir ce qu'il en est.
32:48Ok, ok. Donc il y aura une suite à ce travail ?
32:50Ah, tout à fait, oui.
32:52Ok. C'est étonnant tout ce qui se passe à Angoulême.
32:56Je ne pensais pas que c'était à ce point...
32:58Je ne pensais pas que l'assaut était à ce point.
33:00Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'elle est gangrénée.
33:01Je ne sais pas, c'est bizarre un peu.
33:03L'association, elle est dépassée aussi.
33:06C'est une association de gens qui ont été créée en 1974.
33:14Il y a un gros renouvellement ?
33:16Non, c'est presque les mêmes personnes.
33:18C'est des gens qui contiennent à la confiance.
33:20Oui, et puis c'est surtout...
33:21Il y a des gens de l'association qui ont 90 ans.
33:25Voilà, et c'est très bien.
33:27Et c'est très bien, sauf que...
33:28C'est une vieille machine.
33:30Voilà, la bande dessinée, en 50 ans, c'est hallucinant tout ce qui s'est créé.
33:36Et encore une fois, c'est aussi...
33:39Voilà, par exemple, si on veut, le Festival d'Angoulême,
33:42dans cette mission de faire de lance de la BD,
33:46a aussi, quelque part, un rôle à jouer dans l'écriture de cet art neuf.
33:51Et donc, il est là aussi pour faire des liens générationnels
33:54entre la BD historique, enfin, l'histoire.
33:58Il est là aussi pour participer à l'histoire de la BD.
34:01Et là, quand je...
34:03De Tintin à Persepolis, par exemple.
34:04Voilà, ou même Persepolis, c'est 2000.
34:06Alors, vous voyez, en 25 ans, il s'est encore passé.
34:09Ça s'emparait des enjeux de société.
34:11Il faut qu'on avance avec notre temps aussi.
34:12Voilà, et il faut aussi que, dans un temps où on est...
34:16Ça, c'est la modernité qui veut ça.
34:18Toujours, même dans la consommation de la culture, etc.,
34:21il faut pouvoir avoir un regard sur ce qui s'est passé avant.
34:26Sur ce qui va se passer après.
34:27Et sur ce qui se passera après,
34:29mais aussi qu'il y ait des échanges intergénérationnels.
34:33C'est-à-dire que quelqu'un qui lirait,
34:35un jeune qui lirait pratiquement que du manga aujourd'hui,
34:38eh bien, il peut faire un pas de côté
34:41et découvrir Nicole Clavelou,
34:43tel que ça s'est fait, d'ailleurs, au festival.
34:45Enfin, voilà, un festival, il est là aussi
34:48pour aller vers ce qu'on aime
34:51et pour découvrir ce à quoi on n'aurait pas pensé.
34:55Et je trouve que ça, on l'a un peu perdu dans...
34:58Étant donné, par exemple, ce qui était caractéristique,
35:00je donne un exemple précis.
35:02Donc là, on était à la 52e édition,
35:04mais sur la 50e édition du festival,
35:07on n'aurait pas...
35:07Mais là, on parle d'un point de vue subjectif,
35:09encore une fois, de direction artistique.
35:10On aurait pu avoir quand même une exposition
35:12sur les 50 ans du festival.
35:15On n'a rien eu.
35:16On a eu...
35:18Et c'était tout le problème aussi
35:20de la question autour de l'exposition
35:25Bastien-Vives,
35:26qui était une des premières propositions
35:30mis sur la table de ce 50e anniversaire,
35:34alors qu'on pouvait attendre autour des 50 ans
35:36quelque chose d'ambitieux
35:39pour célébrer les 50 ans...
35:43Les plus consensuels ?
35:43Alors, ce n'est pas une question de plus consensuelle,
35:46c'est une question de choix.
35:47C'est-à-dire que...
35:48Et c'est encore une question,
35:50et ça, ça devra être posé sur la table,
35:52c'est la question des coproductions.
35:54C'est-à-dire que maintenant,
35:55quand on nous dit
35:56que les expositions doivent être coproduites,
35:59c'est-à-dire que des éditeurs
36:00viennent payer, en fait,
36:03une partie de l'exposition.
36:05Et ça, moi, j'encourage fortement
36:09à réfléchir sur cette question,
36:10parce que quand les financements publics
36:13vont soit stagner,
36:14comme c'est pour le cas d'Angoulême,
36:15c'est-à-dire qu'il n'y aura pas d'augmentation
36:16du financement public,
36:17ou soit être menacés de coupes budgétaires,
36:21comme on le voit dans d'autres régions,
36:23les manifestations culturelles sont obligées
36:25de se pencher vers d'autres financements privés.
36:28Donc ça peut être des sponsors comme Quig,
36:30où c'est problématique,
36:31mais ça peut être aussi demander
36:34aux intéressés de mettre la main à la patte.
36:36Le problème, c'est que dans ce cas-là,
36:39et moi, c'est là que je pointe une dérive
36:42ou en tout cas un questionnement,
36:43ou que ce soit fait en transparence,
36:45c'est-à-dire que quand on demande à un éditeur
36:47de payer,
36:48tous les éditeurs ne peuvent pas le faire.
36:50Et donc, c'était aussi le cas
36:51qui se posait sur
36:54le choix de faire une exposition
36:57Bastien Vivès.
36:58Bastien Vivès, c'est un auteur à succès,
37:00ils ont énormément de livres.
37:02Il a des comportements qui avaient été dénoncés
37:05par ailleurs sur ses propos
37:08qu'il avait tenus.
37:09Le choix, comment a été décidée
37:12cette exposition ?
37:14Il y avait plein de choses
37:15qui n'étaient pas certaines.
37:17Et surtout, au moment où il y a eu
37:18une polémique,
37:20le festival a choisi de l'annuler.
37:22Ils auraient pu aussi
37:23prendre
37:26sur leurs épaules
37:28quand on fait des choix
37:30artistiques, on les défend.
37:31On peut ne pas être d'accord,
37:33mais on le défend.
37:34Et on a les arguments pour défendre.
37:36Et là, il n'y en avait pas ?
37:36Les arguments, là, c'était
37:38il a reçu des menaces de mort.
37:40Donc, c'était
37:41on annule parce que
37:42d'un point de vue de la sécurité, voilà.
37:44Il semble que tout le monde revient
37:46épuisé du festival d'Angoulême,
37:48qui nous dit ça.
37:49Qui ça ?
37:50Ah oui.
37:50Alors, épuisé, oui,
37:51on vient tous épuiser.
37:52Mais il faut dire que c'est un festival
37:53au mois de janvier.
37:55Après les fêtes.
37:56Qu'on a tous la grippe
37:58et que c'est un festival
38:01où tout le milieu est là.
38:03Donc, c'est une vraie effervescence,
38:06quand même, le festival d'Angoulême.
38:08Il y a un autre élément
38:09dont on n'a pas encore parlé,
38:11c'est la hausse des tarifs.
38:12Ah oui, bien sûr.
38:13Alors, la hausse des tarifs,
38:14ça, c'est aussi problématique.
38:15C'est lié aussi au fait
38:16que le festival perd de l'argent,
38:20concrètement.
38:20Donc, ils essayent de...
38:23Et c'est d'ailleurs le paradoxe aussi
38:24qui était relevé
38:25à travers le partenariat Quick.
38:27Avec...
38:28Bon, moi, ça,
38:28c'est une réflexion philosophique
38:30qu'on pourrait faire un séminaire là-dessus
38:32sur la question
38:32de qu'est-ce que le populaire ?
38:34Est-ce que le populaire,
38:35c'est la grande chaîne
38:36de magasins burgers ?
38:38Voilà.
38:39Donc, bon, ça, c'était le problématique...
38:42Enfin, l'idée.
38:43Mais, en tout cas,
38:43nous donner Quick comme exemple
38:45pour ramener les familles
38:46et derrière,
38:47augmenter de 25%
38:48les tarifs,
38:51sachant que le festival d'Angoulême
38:52a cette dimension d'exposition,
38:53mais c'est aussi un salon
38:54où les gens viennent acheter des livres.
38:56Alors, quand on a déjà payé 30 euros
38:59son entrée,
39:00puisque c'était...
39:01Il y avait les prix
39:02avant le 27 janvier,
39:04avant l'ouverture du festival,
39:05mais quand on achetait sur place,
39:06c'est encore plus cher.
39:07Et en plus,
39:08ils ont rajouté des nocturnes
39:09parce qu'ils ont fait des expositions
39:11où il y a un peu victime
39:12de leur succès,
39:13comme ils disent.
39:14Enfin, bon,
39:14il y a des expositions
39:15qui étaient prévisibles,
39:16mais par exemple,
39:16ils ont mis un manga à succès,
39:19l'Atelier des Sarcées,
39:20à l'Hôtel Saint-Simon.
39:21Hôtel Saint-Simon,
39:22c'est un espace très beau,
39:24c'est un ancien hôtel médiéval,
39:26Renaissance,
39:27mais très tarabiscoté
39:28avec une jauge limitée.
39:30Donc, du coup,
39:30devant cet hôtel,
39:33il y avait à peu près
39:34trois heures de queue.
39:35Et donc,
39:36pour essayer de permettre
39:37aux gens de voir les expositions,
39:39ils ont fait des nocturnes,
39:40nocturnes qui étaient en plus payantes.
39:42Donc, on rajoutait encore...
39:45Le prix de la place,
39:46le prix du léon.
39:48Voilà.
39:48Et donc,
39:49comment expliquer
39:50qu'on veut attirer
39:51du populaire
39:52ou du familial
39:53en haussant les tarifs ?
39:55Mais ça,
39:56c'est des questions
39:56de budget.
39:57de budget.