- il y a 4 heures
Votre émission d’actualité féministe « Le Torchon Brûle » co-animée par Mathilde Gros et Violaine de Filippis Abate reçoit pour cette troisième édition, la journaliste Chloé Thibaud, autrice de « Désirer la Violence » et « Ni muses ni groupies ».
Avec Violaine de Filippis Abate co-animatrice, Mathilde Gros co-animatrice et journaliste de l’Humanité, Kareen Janselme rédactrice de l’Humanité et Julia Hamlaoui, cheffe du service de l’Humatinale.
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NewsTranscription
00:00:01Donc aujourd'hui, on reçoit Chloé Thibault. Chloé, rebonjour. On est déjà ravis de te
00:00:07recevoir. On rappelle que tu es journaliste indépendante et également autrice de plusieurs
00:00:13livres. Aujourd'hui, nous, on va parler de deux principaux. On va parler de ni muse ni groupie,
00:00:18sur les femmes qui ont fait et qui font encore l'histoire de la musique, qui est d'ailleurs
00:00:23réédité en poche, il me semble. Et on va revenir aussi sur Désirer la violence, que tu as sorti
00:00:29en 2024. Donc, comme disait Violette, vraiment bravo parce que sortir autant de livres en si peu de temps,
00:00:36vraiment. Et on en a besoin, plus de livres féministes. Comme tu l'as dit, ni groupie, ça reste un
00:00:42passage
00:00:42en poche. C'est une version vraiment augmentée. Mais le gros du travail était déjà fait. Mais j'ai
00:00:48créé un nouveau livre quand même. Tu es trop modeste. C'est quand même pour vous dire que je n
00:00:55'ai pas
00:00:55enchaîné les deux. Qu'est-ce que tu as augmenté dans ni muse ni groupie ? Les entretiens ? Il
00:01:00y a cinq
00:01:00nouveaux entretiens. Il y a de nouveaux chapitres. Il y a des choses qui avaient été coupées lors de
00:01:05la première édition qui ont été remises. Et j'ai retravaillé le sommaire. Et il y a la préface de
00:01:10Flore Benguigi. C'est une vraie nouvelle version. Ah oui, tu étais l'ancienne chanteuse du groupe
00:01:15l'impératrice. Oui, tout à fait. Et donc, on vient Désirer la violence. Désirer la violence,
00:01:21en fait, tu explores comment la pop culture nous a amenés à justement Désirer la violence,
00:01:26à considérer l'amour toxique comme une norme, en fait, et commence à jouer sur nos imaginaires,
00:01:31donc sur notre intime, donc sur nos réalités politiques. Et à propos de cinéma, justement,
00:01:36on voulait passer aussi de la mise en récit aux réalités de la production. La commission d'enquête
00:01:42relative aux violences commises dans le secteur du cinéma rend demain son rapport,
00:01:47le mercredi 9 avril, c'est ça ? C'est ça, des recommandations sur tout ça. Et il y a
00:01:51eu
00:01:51pas mal de témoignages forts. On pense notamment à Nambouk Lalis, à Judith Godrèche, évidemment,
00:01:56mais il y a également eu des outrances, comme avec Dominique Bessner, pour ne pas le citer. Et
00:02:02nous, on se demandait s'il y avait un moment ou plusieurs que tu avais retenues sur cette
00:02:09commission et qui t'avait marqué. Ceux-là, ceux que tu viens de citer. Aussi, on a quand même
00:02:18vraiment mis la lumière sur les prises de parole liées au milieu du cinéma, mais justement, Flore
00:02:24Benguigui, aux côtés de Jean-Michel Journet et Rose Lamy, qui ont tous les deux cofondé Music2,
00:02:30le mouvement Music2. Eux ont été éditionnés, auditionnés, j'ai dit auditionnés, pardon,
00:02:36pour la partie musique aussi, enfin l'industrie musicale. Donc ça, c'était important et marquant
00:02:42pour moi. Et j'ai aussi retenu, parce que je l'attendais un peu avec, je n'ose pas dire
00:02:48avec impatience, mais j'avais hâte de les entendre malgré tout, l'équipe de la Cinémathèque,
00:02:54donc Costa Gavras, Frédéric Bonneau et Jean-François Roger, à qui j'ai eu affaire par procuration,
00:03:02en tout cas virtuellement, fin 2024. Donc j'avais hâte d'entendre ce qu'ils avaient à dire face à
00:03:08Sandrine Rousseau. Et alors ?
00:03:10Oui, c'était une de nos questions. Je me dis, est-ce que je suis en train de me dire
00:03:15?
00:03:16C'est bien, non ? Rien n'a jugé. Ils se reconstruisent.
00:03:20Ils ont rebouté. Effectivement, suite à l'annonce par la Cinémathèque de la projection du dernier
00:03:27Tango à Paris, tu as envoyé un mail à la Cinémathèque dans lequel tu leur précisais
00:03:32que ce serait quand même plus qu'opportun qu'ils apportent un éclairage féministe. Est-ce que tu peux
00:03:38nous rappeler un petit peu leur réponse et puis le contexte et surtout le dénigrement dont tu as fait
00:03:44l'objet ? Puisqu'on le sait, une des armes favorites des REAC, c'est de remettre en cause
00:03:49nos compétences dès qu'ils ne sont pas d'accord avec nous.
00:03:54D'abord, dans Désirer la violence, je consacre un chapitre au dernier Tango à Paris. Pour les
00:03:59personnes qui ne connaissent pas l'affaire qui existe autour du film, c'est un film de Bertolucci
00:04:04qui date des années 70, dans lequel jouent Maria Schneider et Marlène Brando. Et en fait,
00:04:10durant ce tournage-là, l'histoire du film, ce sont deux personnes. Maria Schneider joue une jeune femme
00:04:18de 19 ans et Marlène Brando, la cinquantaine dans le film, qui se rencontrent lors d'une visite
00:04:24d'appartement parisien et qui ont une espèce de coup de cœur d'âme-sœur, mais ne se donnent pas
00:04:30leur
00:04:30prénom et vont se rencontrer plusieurs fois dans cet appartement et découvrir leur sexualité la plus
00:04:38sauvage. Enfin, voilà, expérimenter une relation très particulière. Ma foi, ça, moi, je n'ai rien contre.
00:04:44Et qu'on explore des sexualités sauvages à l'écran non plus. Mais, malgré tout, il y a une scène
00:04:49du film
00:04:50qui a été tournée sans le consentement de Maria Schneider, qu'on surnomme bien malheureusement la scène du beurre.
00:04:55C'est une scène pendant laquelle le personnage joué par Marlène Brando prend une mode de beurre et
00:05:02la glisse, enfin, glisse, pardon, je cherche mes mots parce que je suis toujours gênée de raconter, glisse du beurre
00:05:10entre les fesses de l'héroïne et la sodomise. Et en fait, cette scène-là, elle a été décidée le
00:05:15matin même
00:05:16par Bertolucci et Marlène Brando sans en informer Maria Schneider. Donc, la scène que nous voyons à l'écran
00:05:21lorsque nous regardons le film, c'est la vraie scène de surprise et d'agression sexuelle de Maria Schneider.
00:05:27C'est extrêmement pénible.
00:05:28Et c'est un viol aux chances juridiques, effectivement.
00:05:31Voilà. Donc, ça, ce sont les faits. Et donc, j'en parle dans mon livre parce qu'il était inconcevable,
00:05:37vu mon sujet,
00:05:38de ne pas parler de ce film. Donc, il était tout naturel pour moi, quand j'ai appris que le
00:05:43dernier Tango à Paris
00:05:44devait être diffusé à la Cinémathèque dans le cadre d'une rétrospective Brando, de contacter la Cinémathèque.
00:05:50Pourquoi ? Parce que j'ai fait le plus simple travail journalistique qui est que ce soir-là,
00:05:55je suis allée sur le site de la Cinémathèque et il était juste écrit « Rendez-vous dimanche à 20h
00:06:00pour voir le film ».
00:06:01Rien d'autre. Aucune mise en contexte.
00:06:04Voilà. Pas de médiation prévue. J'ai écrit au service de communication en disant
00:06:08« Une médiation est-elle prévue autour de cette séance ? » Je pense que c'est absolument nécessaire,
00:06:15vu l'affaire qu'il y a autour du film. Très bien. Et donc, le lendemain, en fin de journée,
00:06:20Jean-François Roger, le directeur de la programmation, m'a répondu sur un ton qui était immédiatement sexiste et condescendant,
00:06:27puisque dès le début du mail, il me disait « Madame, je comprends votre émotion ».
00:06:31C'était la première phrase. Et donc, il m'expliquait que c'était inconcevable du point de vue de la
00:06:37carrière de Brando,
00:06:38mais aussi peu respectueux du talent de Maria Schneider de ne pas diffuser ce film.
00:06:43Bon bref, je lui ai re-répondue en lui disant que ce n'était pas mon émotion qui dictait mon
00:06:48mail,
00:06:48mais mon travail de journaliste à l'affût sur ces questions-là.
00:06:52Et ensuite, ils ont essayé un peu de se rattraper en ajoutant sur le site un temps de présentation du
00:06:57film,
00:06:58mais par eux-mêmes, par Jean-François Roger eux-mêmes. Donc moi, j'expliquais que j'étais inquiète
00:07:01de savoir que ce serait lui seul qui présenterait la séance.
00:07:06Et là, ce n'était pas l'occasion pour moi de faire ma propre promotion.
00:07:09Ça m'est égal de montrer ma pomme à la cinémathèque.
00:07:12C'était simplement pour dire, nous sommes nombreuses à travailler sur ces questions-là,
00:07:16à mêler les analyses cinématographiques aux analyses de genre,
00:07:19qui sont, pour cet exemple-là, indispensables en fait.
00:07:24Rappelons que ça a brisé quand même l'actrice.
00:07:27Bien sûr.
00:07:28Ça l'a détruite réellement en tant que personne.
00:07:31Voilà. Donc, c'est ce que je rappelais.
00:07:32Moi, je trouve ça absolument honteux de pouvoir, justement,
00:07:35quand au début de l'émission on parlait d'inversion,
00:07:39de considérer qu'il serait peu respectueux du talent de Maria Schneider de ne pas diffuser le film,
00:07:43alors que l'actrice elle-même a dit que c'était une vraie douleur qu'on la ramène à ce
00:07:46film
00:07:47et qu'il soit encore diffusé.
00:07:48Bref, tout est dit.
00:07:50Et donc, ensuite, on ne m'a plus, on ne m'a plus répondu.
00:07:53Et puis, bon, les médias se sont emparés de cette affaire-là.
00:07:57Et finalement, la diffusion du film a été annulée, mais pas parce qu'ils se sont remis en question.
00:08:03Et d'ailleurs, moi, personnellement, je ne demandais pas l'annulation.
00:08:06Je demandais la contextualisation de ce film et je proposais certaines solutions.
00:08:10Ça a été annulé sous prétexte que les menaces de violence étaient bien trop intenses de la part de nous
00:08:17autres,
00:08:18les féministes.
00:08:19On allait casser l'ambiance et tout.
00:08:20Et tu as été complètement diffamée en plus.
00:08:22Et oui, bon, ça, c'est l'épisode 2, mais c'est-à-dire que j'ai travaillé en sous
00:08:26-marin.
00:08:27Bref, j'ai fait mon travail de journaliste, en fait, sur tout ça.
00:08:29Et j'ai appris que Frédéric Bonneau, le directeur de la Cinémathèque,
00:08:34voilà, disait franchement des choses indignes à mon sujet.
00:08:38Et donc, en priorité, expliquer qu'évidemment, je faisais tout ça pour la gloire
00:08:42et que mon livre, personne n'en a entendu parler.
00:08:45Et que tu n'avais pas de diplôme.
00:08:46Voilà, que je n'étais personne.
00:08:47Je ne sais plus comment il l'a formulée, mais en tout cas, que j'étais vraiment personne
00:08:51et que je faisais ça pour qu'on parle de moi.
00:08:54Diffamée pour ne pas répondre aux arguments de fond,
00:08:56puisque ce que tu avançais était très construit et très justifié, en fin de compte.
00:09:00Et donc, exactement, et pour en revenir à la commission,
00:09:03ça a été très pénible pour moi de regarder.
00:09:06Sandrine Rousseau a été tout à fait à la hauteur,
00:09:08mais comme le reste du temps durant cette commission.
00:09:10Mais vraiment, c'était d'une hypocrisie et d'une mauvaise foi sur ce sujet-là.
00:09:15Et il en est encore revenu, Frédéric Bonneau, à l'idée...
00:09:18Enfin, il a dit quelque chose comme,
00:09:20mais oblitérer ce film, le rayé de l'histoire du cinéma, c'est inconcevable.
00:09:24Mais ce n'est pas ce qu'on demande.
00:09:26Et en fait, ça, c'est assez insupportable depuis un an.
00:09:30C'est-à-dire qu'avec le sujet de mon livre, on me ramène constamment à la cancel culture.
00:09:33Une cancel culture contre laquelle je prends toujours la parole
00:09:37en expliquant que je ne veux pas annuler les œuvres.
00:09:39Je veux les contextualiser.
00:09:41Mais en fait, ils n'entendent pas.
00:09:42Enfin, ils refusent évidemment d'entendre.
00:09:44D'ailleurs, les annuler, ce serait finalement dissimuler le patriarcat.
00:09:48Mais oui, absolument.
00:09:49En fait, c'est important.
00:09:50Moi, je suis la première.
00:09:51Oui, ce film fait partie de l'histoire du cinéma.
00:09:54Donc, j'ai envie qu'on étudie cette histoire et qu'on se dise,
00:09:56regardez ce qui a été fait dans les années 1970,
00:10:00puisque le dernier tango est loin d'être le seul film problématique de cette époque.
00:10:05Et justement, cette commission, pour en revenir à la commission,
00:10:08est-ce que tu attends des recommandations ?
00:10:10Certaines ont fuité.
00:10:11Est-ce qu'il y a des pistes auxquelles, toi, tu penses
00:10:14et que tu aimerais qu'elles soient adoptées ?
00:10:17Oui, dans Désirer la violence, je donne la parole à une coordinatrice d'intimité.
00:10:21Donc ça, depuis MeToo, ça se met en place.
00:10:24De plus en plus de personnes se forment à ce métier-là, un métier tout récent.
00:10:28C'est absurde que ce soit si récent quand on pense qu'il aurait fallu qu'il existe
00:10:32depuis le début du cinéma, en fait, pour encadrer les scènes d'intimité.
00:10:35Et d'ailleurs, c'est important, les coordinatrices le disent souvent,
00:10:38scènes d'intimité n'égalent pas scènes de violences sexuelles.
00:10:42Une scène d'amour sain a aussi besoin d'être encadrée.
00:10:45En fait, c'est une chorégraphie tout comme une cascade.
00:10:48Donc ça, c'est l'une des priorités.
00:10:50Il faudrait expliquer, je ne sais pas si tout le monde sait ce que c'est.
00:10:52La coordination d'intimité, c'est une personne qui, justement,
00:10:58dès le travail de scénario et d'écriture du film,
00:11:03Voir de casting parfois.
00:11:04Voir de casting, exactement, voir de casting, discute, en fait,
00:11:07est la tierce personne qui va s'assurer du consentement.
00:11:11Là, on parle vraiment de consentement.
00:11:13Des actrices et acteurs à effectuer telle ou telle chose
00:11:15et s'occupent des relations, en fait, entre le réalisateur et les acteurs.
00:11:20Et sur le plateau.
00:11:21Et là, pour faire en sorte que tout se passe au mieux pour tout le monde.
00:11:24Et qu'il n'y ait évidemment pas d'abus.
00:11:27Donc c'est un rôle primordial.
00:11:29Mais ça existe justement du côté des cascades, des scènes d'action, de baston.
00:11:33On n'imagine pas dire à deux acteurs, bon bah,
00:11:36et là, vous vous battez !
00:11:39Alors que c'est la même chose, en fait.
00:11:42Donc voilà ce qu'est pour résumer la coordination d'intimité.
00:11:46Et ensuite, bon, aujourd'hui, enfin, aujourd'hui, là, depuis quelque temps,
00:11:50quand même, il y a des référents harcèlement, justement,
00:11:53VSS, violences sexistes, sexuelles et harcèlement sur les plateaux aussi.
00:11:57Tout récemment, d'ailleurs, là encore.
00:11:58Tout récemment, des tierces personnes.
00:12:00Donc ça, ça se met en place.
00:12:03Voilà, ce qu'il faut, c'est protéger absolument en priorité les mineurs,
00:12:08puisque c'était aussi au cœur de la commission, à travers Judith Godrej, notamment.
00:12:13Les majeurs aussi.
00:12:14Et puis surtout, en fait, qu'on entende et qu'on regarde les choses en face.
00:12:18Mais ce que tu évoquais, Dominique Besnéard,
00:12:20mais il y a aussi eu les auditions du Boys Club du cinéma français,
00:12:24Jean Dujardin, Gilles Lelouch, etc.
00:12:28D'autres qui avaient signé cette tribune, là, de quelques hommes qui nous disaient
00:12:32c'est bien les filles, continuez.
00:12:34En fait, juste, voilà, qu'ils, au pluriel, se regardent en face.
00:12:39Et que vraiment, il y a une tolérance zéro pour les agissements sexistes.
00:12:43D'ailleurs, ils ont demandé lui clos sur leurs auditions,
00:12:46sauf que dans le cadre des procédures, tout doit être public.
00:12:49Donc le verbatine est disponible sur le site de l'Assemblée.
00:12:52Et je vous invite à aller le consulter dans le chat.
00:12:54J'ai trouvé ça assez éclairant, personnellement.
00:12:56Et puis, je crois que c'est l'inspection du travail aussi.
00:12:59Je crois qu'il va y avoir des recommandations autour de l'inspection du travail
00:13:02parce qu'on sait très bien qu'ils sont très peu nombreux.
00:13:05Et je crois que dans tous les milieux culturels confondus,
00:13:09puisque cette commission ne parlait pas uniquement de cinéma,
00:13:14mais aussi de médias, audiovisuels, spectacles vivants,
00:13:17il n'y a que 0,9% des visites de l'inspection du travail
00:13:24qui se font dans ces secteurs-là.
00:13:25Pour dire le pouvoir ridicule qu'ils ont.
00:13:29Il n'y a pas assez d'inspecteurs du travail.
00:13:30Et on leur ouvre encore moins les portes sur les tournages et dans les sociétés de production.
00:13:35Bien sûr.
00:13:36Mais de toute façon, on entend encore ce discours de la censure,
00:13:40du génie créateur, créatif.
00:13:43Mais en fait, ce qu'ils essayent de protéger, ce n'est pas la création,
00:13:46c'est la culture du viol, littéralement.
00:13:50Parce qu'à mon sens, justement, la coordination d'intimité,
00:13:53et d'ailleurs au sens des coordinatrices avec qui j'échange,
00:13:56ne peut rendre que plus belle slash intéressante ces scènes-là.
00:14:01Ça peut justement être un terreau de créativité, en fait, toutes ces réflexions.
00:14:06Mais non, s'ils n'ont pas envie d'en entendre parler,
00:14:08c'est parce qu'ils ont envie de continuer à faire leurs petites affaires
00:14:11qui marchaient très bien pour eux depuis que le cinéma existe.
00:14:14Il faut savoir quand même que les coordinateurs d'intimité,
00:14:16il n'y a toujours pas de formation en France.
00:14:18Ça, c'est quand même grave, quoi.
00:14:19Il y en a en Grande-Bretagne, aux États-Unis,
00:14:21mais en France, on est encore aux prémices, quoi.
00:14:25Alors que, comme tu dis, c'est hyper important
00:14:27si on veut plus de violence sur les plateaux, quoi.
00:14:29Et si on veut de la création un peu plus, peut-être féministe,
00:14:33un peu plus ouverte à un regard féminin aussi, quoi.
00:14:36Mais la France n'en veut pas, et la culture du viol à la française,
00:14:39pour couter l'ouvrage de Valérie Rérobert.
00:14:42Exactement.
00:14:44Très bon livre aussi, oui.
00:14:46Culture du viol à la française.
00:14:48Oui, je disais qu'il y a...
00:14:49Violonne, tu vois quelque chose...
00:14:51J'étais en train de regarder les messages dans le chat.
00:14:55En fait, moi, ce que je me disais,
00:14:56c'est qu'on parle des comportements des acteurs
00:14:59de la production cinématographique.
00:15:01Mais en fait, il y a aussi ce que véhiculent les films eux-mêmes.
00:15:04Et là, ton livre est assez important.
00:15:07Il cite énormément d'exemples.
00:15:10Donc, quand même, le sous-titre de Désirer la violence,
00:15:12c'est ce que la pop culture nous apprend à aimer.
00:15:15Ça dénonce donc tous ces modèles toxiques dont on faisait allusion tout à l'heure.
00:15:21quels sont les archétypes d'hommes violents que tu as pu identifier dans le cinéma mainstream ?
00:15:26Tu as fait plusieurs chapitres assez parlants.
00:15:28Est-ce que tu peux nous les citer ?
00:15:32Est-ce que tu permets que je réponde dans l'autre sens ?
00:15:36Oui.
00:15:36Est-ce que j'arrive à vous citer des archétypes masculins sains ?
00:15:41Non.
00:15:42En fait, c'est ça le problème.
00:15:45C'est là le problème.
00:15:46C'est que les archétypes, c'est tous les hommes.
00:15:49Vous allez me tuer de dire tous les hommes, évidemment.
00:15:52Non, non, non.
00:15:52C'est tous les hommes.
00:15:56C'est-à-dire qu'évidemment, je commence par ceux qui sont évidents,
00:15:59qui sont là sous nos yeux.
00:16:01Les bad boys, les hommes littéralement violents à l'écran.
00:16:05Et ensuite, j'explique que nos héros préférés aussi sont des agresseurs.
00:16:08Et puis, je me demande si les hommes gentils le sont vraiment.
00:16:12Je gratte pour ce qui se cache derrière l'archétype du nice guy,
00:16:16derrière les sauveurs.
00:16:18Et en fait, une fois qu'on fait ce travail-là, de gratter là,
00:16:21je me prends pour un petit chien,
00:16:23on se rend compte qu'il ne reste pas grand monde.
00:16:26Et c'est bien ça le problème.
00:16:28Là, je ne vais pas assez loin dans ma réponse.
00:16:31Non, mais est-ce que le cinéma, la télé, est-ce qu'on met tout dans le même sac ?
00:16:35Les séries ?
00:16:36Moi, c'est très difficile d'écrire un livre qui a la prétention d'avoir pour matériaux
00:16:42le cinéma, enfin, ou la fiction.
00:16:44C'est-à-dire qu'on parle de millions de références.
00:16:47Donc, pour écrire ce livre, moi, je suis d'abord partie des miennes,
00:16:50des références avec lesquelles j'ai grandi.
00:16:53Parce que c'est un livre, malgré tout, même si c'est un essai et une enquête,
00:16:57c'est très intime puisque j'explique mon propre parcours de femme
00:17:01qui, oui, a appris à désirer la violence
00:17:03et qui, jusqu'à une date très récente,
00:17:05ne désirait que des hommes toxiques.
00:17:08C'est ça qui est intéressant, je trouve.
00:17:10Ouais, mais au-delà du bad boy, c'est vraiment, pour peu que tu me fuyais,
00:17:15mais que tu me donnais quand même quelques miettes à grignoter,
00:17:18j'étais amoureuse de toi.
00:17:20J'ai de la peine à le dire, mais voilà, c'est tout.
00:17:22J'ai tenu, moi, ce discours pendant des années de
00:17:25« Oh non, il est trop gentil. Oh non, il ne me vend pas du rêve. Il est trop sympa.
00:17:29»
00:17:29En fait, les hommes qui voulaient être là et qui étaient gentils avec moi, m'ennuyaient.
00:17:33Et ça, je suis vraiment désolée, mais la conclusion de mon travail, c'est qu'on me l'a appris.
00:17:39On m'a appris à désirer ces hommes-là.
00:17:41Mais parfois, faute de mieux.
00:17:43Et vraiment, je baisse mes mots.
00:17:44Parce que si nous sommes si nombreuses à nous tourner vers ces hommes-là,
00:17:49c'est aussi parce que l'offre à côté, elle est très pauvre.
00:17:53Des hommes sincèrement féministes, sincèrement gentils avec nous,
00:17:58qui n'attendent rien en retour quand ils le sont,
00:18:00Eh bien, vraiment, moi, j'en connais peu. J'en ai rencontré peu.
00:18:04Parce qu'ils ont vu les mêmes films.
00:18:05Voilà.
00:18:08Ils sont modelés aussi par cette culture-là.
00:18:10Mais c'est bien ça qui me tient à cœur dans mon bouquin,
00:18:14c'est que je m'adresse à toutes et tous.
00:18:16Et j'insiste, ce n'est pas un livre contre les hommes, du tout.
00:18:19Parce qu'on est tous et toutes dans le même piège.
00:18:23Maintenant, les femmes en sortent beaucoup plus perdantes.
00:18:25Ça, c'est factuel en termes de chiffres.
00:18:27Mais les garçons aussi grandissent avec ces modèles-là.
00:18:31Et j'entends, même si ça me tue,
00:18:34parce que ces arguments sont aujourd'hui repris pleinement par les masculinistes.
00:18:38Mais j'entends que des hommes aient pu souffert, qu'on leur reproche d'être trop gentil.
00:18:43Je l'ai fait.
00:18:44Et parfois, je m'interroge sur certains.
00:18:45On ne va pas rentrer dans les détails.
00:18:46Mais je me dis, lui, peut-être que je l'ai abîmé.
00:18:48Parce que vraiment, j'ai pu être rabaissante vis-à-vis de certains garçons quand j'étais plus jeune.
00:18:54Parce que finalement, on reproduit les schémas qu'on a intériorisés dans les séries, dans les films, dans la musique.
00:19:01Oui.
00:19:01Que ce soit garçon ou fille.
00:19:03Et comme tu le disais, les femmes sont les principales perdantes.
00:19:06Mais il est vrai qu'endosser un rôle, voilà, de devoir être viril, fort, costaud, etc.
00:19:11Bon, on ne va pas non plus les traiter de victimes, bien sûr.
00:19:13Mais ça a des avantages.
00:19:14Mais des hommes peuvent en être victimes, pour le coup.
00:19:16Oui.
00:19:17Notamment les hommes homosexuels.
00:19:18Oui.
00:19:19Tout à fait, dans les schémas non hétéronormatifs.
00:19:23En tout cas, pour les enfants d'ailleurs, pour les petits garçons, eux en sont tout à fait victimes.
00:19:28On voit que les petits garçons qui sont agressés ou victimes de viols le sont essentiellement par des hommes adultes
00:19:33ou adolescents.
00:19:34Donc, on voit bien que la virilité toxique, elle a des conséquences aussi sur les garçons.
00:19:41Oui, et sur ce point précis qui me tient à cœur, je parle dans Désirer la violence des viols d
00:19:46'hommes à l'écran.
00:19:46De la représentation des viols d'hommes.
00:19:49On a quelques exemples de viols d'hommes par des femmes dans des comédies, des comédies américaines super populaires,
00:19:57qui sont présentées comme des scènes humoristiques.
00:19:59Et ça aussi, ça fait partie de la culture du viol, hein.
00:20:02Rendre des agressions et des violences sexuelles drôles.
00:20:05Le sous-chapitre s'appelle
00:20:07Un homme violé par une femme attirante est un homme chanceux.
00:20:10C'est un peu ce qu'on voit à l'écran.
00:20:12Ce trope est très présent.
00:20:13C'est un trope.
00:20:14On en rit, en fait.
00:20:17Et autre chose, les viols d'hommes par des hommes, c'est un sujet quasiment absent du cinéma.
00:20:24Je parle d'un téléfilm qui s'est appelé Un homme abîmé.
00:20:27J'espère que c'est ça que je ne confonds pas.
00:20:29Un excellent téléfilm, voilà.
00:20:31Mais c'est peut-être le seul que j'ai vu qui traitait de ça.
00:20:33Donc, à l'écran, en fait, si on est un garçon, un jeune ado ou un homme, en fait, qui
00:20:40a subi ces réalités-là, on les voit soit rendus ridicules à l'écran, soit on ne les voit pas.
00:20:49Soit là, on commence, émergent quelques exemples.
00:20:52Par exemple, la servante écarlate, où il y a une scène.
00:20:57Je spoil un peu, mais bon, bref.
00:20:59Attention, spoiler.
00:21:00Je spoil.
00:21:00En plus, j'ai oublié le prénom du mari.
00:21:02Enfin bon, bref.
00:21:03Dans la servante écarlate, il y a une scène où l'homme dit non.
00:21:06Enfin, non, arrête et elle n'arrête pas.
00:21:08Et aussi dans les chroniques de Bridgerton, une scène très importante, et là, pareil, j'ai oublié les prénoms, je
00:21:13suis désolée, dans la saison 1, où l'homme a bien exprimé le fait qu'il ne voulait pas d
00:21:17'enfant.
00:21:18Et donc, pardon pour le moment SVT, mais donc ne peut pas éjaculer en sa partenaire et elle ne se
00:21:24retire pas.
00:21:25Et donc, c'est un viol.
00:21:26Donc voilà, c'est quelques exemples qui se comptent sur les doigts d'une main de ces représentations-là.
00:21:31Et là-dessus aussi, le cinéma doit être davantage à la hauteur, parce que c'est une réalité.
00:21:36Je crois que je me souviens de viols d'hommes sur d'autres hommes, et c'est des viols punitifs,
00:21:41sur un homme homosexuel, par un homme hétérosexuel, pour lui montrer ce qu'est un vrai homme.
00:21:46Ben oui, et merci d'ajouter ça, parce que tout à l'heure, je parlais des femmes attirantes qui violent
00:21:52un homme chanceux.
00:21:53Mais on a aussi ce fameux gag de l'homme en prison, ou alors le pote qui ramasse le savon,
00:21:59pas vraiment, qui fait du viol d'homme à homme, mais un gag.
00:22:03Bien sûr.
00:22:04Ça, c'est très populaire dans les comédies américaines.
00:22:06Oui.
00:22:06Oui, c'est vrai que quand tu re-regardes des trucs type Very Bad Trip, The Hangover, tout ça, c
00:22:13'est ultra...
00:22:13Et moi, je me posais la question, j'imagine que tu as revisionné des choses que tu n'avais pas
00:22:18vues depuis longtemps, pour désirer la violence.
00:22:21Est-ce qu'il y a vraiment une œuvre où tu t'es dit, genre, waouh ? Je suis vachement
00:22:26choquée par les images que j'en avais avant, et la réalité, en fait, aujourd'hui, avec tes lunettes de
00:22:32personne qui a grandi, qui a acquis une conscience féministe, tout ça.
00:22:37Ta question, elle est hyper importante, parce que la réponse, elle est tristissime. Tout ce que j'ai revu m
00:22:44'a fait mal. En fait, le travail, ma méta-analyse de mon travail sur ce livre, c'est vraiment ça.
00:22:50C'est qu'en fait, ça m'a plongée, mais dans une souffrance quotidienne. Tout ce que je traitais me
00:22:55déprimait. Parfois, je disais à mes proches, à mes amis, à ma mère, « Oh, bah tiens, ce soir, je
00:23:01regarde Grease. Non, bah ça va, ce soir, je regarde un Disney. »
00:23:05Et en fait, je me disais, mais c'est affreux. Enfin, vraiment, tu finis par péter un câble. Et donc,
00:23:10ma réponse, ça va peut-être être « Blanche-Neige et les sept nains ».
00:23:14« Blanche-Neige et les sept nains », parce que j'en parle dès le début du livre, du baiser
00:23:18volé, qui est un baiser forcé, qui est une agression sexuelle.
00:23:22Tout ça, c'est arrivé en même temps, justement, que la médiatisation de l'affaire Pellico. Et moi, j'y
00:23:27vois, j'y ai vu un lien direct, en fait.
00:23:29Moi, dès l'enfance, j'ai joué à la princesse qui dort et qui attend qu'on lui fasse des
00:23:34choses.
00:23:34Ça me donne la chair de poule en vous le disant.
00:23:37Ça, ça a conditionné tellement de femmes. J'en reçois beaucoup à la permanence des droits des femmes.
00:23:44Le fait de conscientiser que le corps, il est traumatisé.
00:23:48Parce que le corps, dans ces cas-là, en cas de violence sexuelle sur un corps, soit sous soumission chimique,
00:23:52soit endormi, soit pas conscient, peu importe la raison,
00:23:54le corps va réagir, mais l'esprit va parfois mettre du temps à comprendre pourquoi le corps réagit comme ça.
00:24:01Et ça, je crois que ça vient aussi pour une grande partie, effectivement, de ces récits de La Belle au
00:24:06bois dormant.
00:24:07Effectivement, tu l'as dit, de Blanche-Neige et les sept nains, où on nous apprend à considérer que c
00:24:13'est OK,
00:24:13que notre corps est tout le temps à disposition, même quand on n'est pas consciente.
00:24:17Et je me rappelle de cette chanson de Katy Perry, pour rebondir aussi sur la pop culture, parce que t
00:24:22'as beaucoup bossé sur la musique.
00:24:25Cette chanson de Katy Perry s'appelait E.T., où Katy Perry chante littéralement en anglais.
00:24:29Je ne vais pas vous chanter, je vous épargne mon accent et mon aller-parole sur l'écran, ça sera
00:24:35OK, en fait.
00:24:36Le cœur au pied de l'humain.
00:24:37Surmise !
00:24:38Ah non, je croyais qu'elle y était vraiment en plus.
00:24:41Mais dans sa chanson, elle dit, je veux être ta victime, enlève-moi.
00:24:45Et elle chante ça, et quand on répète ça, qu'on a...
00:24:48Peu importe là, d'ailleurs, à l'époque, j'avais la petite vingtaine,
00:24:51et tu chantes ça à tu têtes, sans même trop comprendre, avec du franc-anglais, ce que tu racontes,
00:24:55quelque part, ça s'intériorise.
00:24:57T'en penses quoi de ça ?
00:24:58Là, j'en pense, j'ai un flash de moi, ado, évidemment, gothique, rock, Avril Lavigne,
00:25:03qui chante juste Rape Me, de Nirvana.
00:25:06Mais Bikert-Koven était assez féministe pour sa défense, donc je ne vais pas tacler Nirvana.
00:25:10Mais n'empêche que je chantais Rape Me à tu têtes, quoi.
00:25:13Oui, c'était un peu un hymne, enfin, c'était beaucoup chanté.
00:25:16Moi, je me souviens, dans les soirées aussi, beaucoup...
00:25:18Et justement, moi, dans ton livre, ce que j'ai bien aimé,
00:25:20c'est que tu mets Blanche-Neige et La Belle au bois dormant en parallèle avec Shrek.
00:25:25Et que vraiment, faites voir Shrek à vos enfants, quoi.
00:25:29Bah, Shrek, c'est génial !
00:25:30En fait, c'est la preuve que, depuis tout temps, il ne faut jamais commencer nos dissertations
00:25:35par...
00:25:37De tout temps, les hommes.
00:25:38De tout temps, les hommes.
00:25:39Non, mais c'est-à-dire que, moi, je tape allègrement sur les années 2000,
00:25:43qui ont franchement été un fiasco du côté sexisme, mais on avait Shrek en même temps.
00:25:47Qui n'est pas parfait, il y a quelques petits trucs qu'on peut redire,
00:25:50mais en tout cas, on avait Shrek.
00:25:51Et dans Shrek, ils se foutent complètement la gueule,
00:25:53de la gueule de ces tropes, de la princesse endormie, elle attend et tout.
00:25:57Et ils se disent, qu'est-ce que tu fais, là ?
00:25:59Et oui, tout, on n'a pas le time.
00:26:00Mais oui, non, c'est assez savoureux de le revoir.
00:26:03Mais ce qui était intéressant aussi pour moi avec ce travail,
00:26:05c'était non seulement de prendre conscience des violences qu'on voit à l'écran,
00:26:08mais aussi de toute ma misogynie intériorisée.
00:26:11Bien sûr.
00:26:11Parce que je pense notamment à Grease, puisque là, je vous en parlais.
00:26:15Dans Grease, il y a une scène d'agression sexuelle au drive-in,
00:26:20quand Danny fait le coup du baillement, là, vous savez,
00:26:24pour mettre nos bras comme ça autour de la fille,
00:26:26et qui, justement, il en profite pour saisir le sein de Sandy.
00:26:30Et je le raconte dans le livre, mais là, quand je l'ai revu pour le bouquin,
00:26:35je le connais par cœur, Grease, pour la première fois, en fait, j'étais du côté de Sandy.
00:26:39Toute ma vie, en fait, je fantasmais tellement sur Danny,
00:26:42et j'avais tellement envie, enfin, j'étais une pique-mique, quoi, de Grease,
00:26:45parce que j'avais envie de faire partie de la bande des Blousons Noirs.
00:26:48Et en fait, je me disais, ah, mais qu'est-ce qu'elle est coincée, Sandy ?
00:26:51Et de toute façon, les filles, dans le film, se moquent de Sandy.
00:26:54Et se moquent d'elle parce qu'elle est coincée, parfaite, aussi, quoi.
00:26:57Ben oui.
00:26:57Et donc, moi, à chaque fois, je me disais, non, mais la chance !
00:27:01Il lui touche le sein au ciné, quoi, la chance !
00:27:04Et là, je me suis dit, bah, non, pas la chance, en fait, c'est un connard.
00:27:08C'est un ouin-ouin fini.
00:27:10En plus, c'est immédiatement suivi de la chanson Sandy, là, au Drive-In.
00:27:14Au Drive-In, pardon, je me suis pris pour une québécoise.
00:27:16Et il lui dit, mais qu'est-ce qu'ils vont penser de moi, lundi, à l'école ?
00:27:20Sandy, pourquoi tu m'as fait ça ?
00:27:21Mais c'est un agresseur !
00:27:23Qu'est-ce qu'ils vont penser de toi, pourquoi ?
00:27:25Parce que t'as pas réussi à choper, mais tu viens de l'agresser sexuellement.
00:27:29Bref.
00:27:31Est-ce qu'il y a quand même des jolis modèles ?
00:27:33Des modèles féminins ?
00:27:34Des réalisatrices ?
00:27:35Des actrices qui, quand même, sauvent un peu la mise du cinéma ?
00:27:40Oui.
00:27:41C'est un peu cuculapraline, là, ma réponse.
00:27:44Mais toutes celles qui, depuis 2017, mais déjà un petit peu avant, mais là, depuis 2017,
00:27:50ont la force, trouvent les ressources pour parler, pour dire ce qu'elles ont vécu.
00:27:56Elles sont toutes des modèles pour moi.
00:27:58Elles sont toutes des sources d'inspiration.
00:28:00Mais là, comment ne pas vous parler, aujourd'hui, de Lyo, qui signe la préface de « Désirer
00:28:06la violence », et dont je me réjouis actuellement qu'on la célèbre, justement, à l'occasion
00:28:13du documentaire sur Bertrand Cantat.
00:28:15Parce que Lyo, pareil, c'est tout un cheminement pour moi.
00:28:17À l'époque de l'affaire du féminicide de Marie Trintignon, j'avais 13 ans, et moi,
00:28:23je faisais partie de celles qui trouvaient que Lyo, c'était une grande gueule.
00:28:26Lyo, elle m'impressionnait.
00:28:27Sans doute, ai-je dû dire qu'elle était hystérique.
00:28:30Je devais la ranger dans « Féministe hystérique » à l'époque, quand j'avais 13 ans.
00:28:35Et maintenant, j'ai grandi.
00:28:37Puis en plus, je lui en ai voulu à un moment, parce qu'elle s'en prenait à Gainsbourg,
00:28:39qui, moi, était mon idole.
00:28:41Et je me disais « Mais elle est hypocrite, celle-là ! »
00:28:43Elle a chanté « Banana Split », qui, au final, fait la même chose que « Les sucettes », quoi.
00:28:49Alors, pourquoi elle s'en prend à Gainsbourg alors qu'elle a joué ce jeu-là ?
00:28:51Et je l'ai rencontré, justement, pour mon livre sur la musique.
00:28:55C'est comme ça qu'on s'est rencontrés.
00:28:56Tu as écrit sur Gainsbourg aussi, me semble-là.
00:28:57Oui, mon premier bouquin, c'était « En relisant Gainsbourg », où je célèbre l'œuvre de Gainsbourg.
00:29:02Et ensuite, mon livre « Toutes pour la musique », qui ressort sous le titre « Ni muses ni groupies
00:29:05»,
00:29:05m'a permis de rencontrer Lyo.
00:29:07Et tout de suite, je lui ai dit tout ça.
00:29:08Et je lui ai dit « Tu sais, moi, je t'en ai voulu par rapport à ci, par rapport
00:29:12à ça. »
00:29:12On a tellement mis les choses à plat.
00:29:14Et aujourd'hui, parce que je suis une femme adulte, et que je suis évidemment plus mûre que quand j
00:29:18'avais 13 ans,
00:29:19je comprends.
00:29:20En fait, je comprends à quel point elle a été importante.
00:29:23Et bref, je trouve ça admirable, en fait, la force qu'elle a eue d'être seule au monde il
00:29:29y a 20 ans,
00:29:29à tenir des discours qu'on a parfois l'impression d'inventer, de découvrir aujourd'hui, alors qu'elle était
00:29:34déjà là.
00:29:35Et donc, voilà, le plus le temps passe, le plus pour moi, c'est un honneur qu'elle ait écrit
00:29:39cette préface-là
00:29:40et qu'elle fasse partie de ma vie, parce que là-dessus, c'est vraiment une grande inspiration.
00:29:45Mais en fait, je pensais au modèle, pas sur la violence, mais sur l'imaginaire, en fait.
00:29:50Les nouveaux récits que peuvent faire des Céline Sciamma ou d'autres autrices, ou même des anciennes.
00:29:57Tout d'un coup, on ressort Alice Guy, on réalise que la première à faire du cinéma de fiction, c
00:30:02'était une femme.
00:30:03Et que, justement, il y a des courts-métrages féministes qu'elle a faits, où elle inverse le rôle des
00:30:09hommes et le rôle des femmes,
00:30:10où c'est les femmes qui se retrouvent dans un café et les hommes qui doivent s'occuper de la
00:30:14marmaille,
00:30:15et elle les laisse faire tout seules. C'est super savoureux.
00:30:18Et en même temps, ça montre que ça a existé et qu'on les a effacées. Pourtant, elles ont toujours
00:30:23été là.
00:30:24Bien sûr, mais moi, mon souci, c'est pas du tout un souci, c'est une mission très réjouissante, à
00:30:29l'heure qu'il est, quand je vous le dis.
00:30:30Mais c'est que moi, je reviens de 25 ans de culture masculine, pendant lesquelles j'ai idolâtré et étudié
00:30:36des hommes.
00:30:37Donc, en fait, jusqu'à... Ça, c'est l'un des dossiers sur moi, mais c'est pas la première
00:30:41fois que je le dis.
00:30:42Mais moi, pendant longtemps, je voulais appeler mon fils Roman, pour Roman Polanski.
00:30:46Pas mal.
00:30:46J'étais fan de Polanski. J'avais dans mon entrée, de mon tout premier appart, une statue de Woody Allen.
00:30:52Mes réels préférés étaient Polanski, Woody Allen, Kubrick, Lars von Trier, que j'adore.
00:31:01Et Tarantino, pardon. Et Tarantino.
00:31:04Donc, vous imaginez un peu mon top 5 ?
00:31:06Mais justement, ça met en avant tout le parcours, et ça peut permettre à plein de femmes, je pense, aussi,
00:31:11de déculpabiliser sur plein de choses.
00:31:13Parce que parfois, on se dit « Oh là là, j'ai pas pu penser ça, c'est tellement sexiste
00:31:16», alors qu'en fait...
00:31:17Mais c'est pour ça qu'en fait, je le dis sans honte, mais c'est de là d'où
00:31:21je viens.
00:31:22Bien sûr.
00:31:22Donc, en fait, moi, j'ai beaucoup de temps de retard.
00:31:24Donc là, depuis des années, c'est bon, j'ai consacré énormément de temps à ces hommes-là.
00:31:29J'en découvre d'autres.
00:31:31Et tu parlais de... Pardon, je t'ai coupé.
00:31:32Non, et comme tout le monde, en fait.
00:31:34Oui, je lis... Enfin, j'ai lu des biographies d'Alice Guy, notamment la BD de Katel et Bokeh, que
00:31:40j'avais adoré.
00:31:41Je la redécouvre, je regarde ses petits films, enfin, ses courts-métrages.
00:31:45Je redécouvre aussi des films, je pense beaucoup à...
00:31:48J'espère que je me trompe pas dans son nom, Karine Kusama, qui est la réalisatrice de Jennifer's Body,
00:31:52dont je parle, qui date de la fin des années 2000-2009.
00:31:57Un film qui était passé... Enfin, pas inaperçu, mais qu'on n'a pas capté à l'époque.
00:32:01Un peu confidentiel.
00:32:01Voilà. Et qui, en fait, est un film archi-féministe.
00:32:05Je l'ai revu il y a pas longtemps aussi, c'est vachement bien.
00:32:07Oui, quand on le revend, on se dit, oh, waouh, pareil, un peu le syndrome Lyot.
00:32:10Qu'est-ce qu'elle était en... Enfin, elle était en avance, je sais pas.
00:32:12En tout cas, elle était bien plus moderne que nous dans sa façon de penser.
00:32:16Elle était déjà là, en fait.
00:32:17Elle était déjà là, le film existe déjà, en fait.
00:32:20Et voilà. Et ça, je trouve que c'est...
00:32:22À la fois, c'est déprimant parce qu'on se dit,
00:32:24mais comment est-ce qu'elles ont pu être mises sous le tapis,
00:32:27toutes ces femmes-là ?
00:32:28Comment j'ai pu passer 25, voire 26, 27 ans de ma vie
00:32:32à célébrer que des mecs ?
00:32:34Mais en même temps, trop bien, j'ai 34 ans.
00:32:36J'espère qu'il me reste, je calcule, 50 ans.
00:32:4050 ans, 60 ans de découvertes de toutes ces femmes.
00:32:43Et aujourd'hui, dans la musique, qui t'inspire comme femme ?
00:32:47Quels sont les figures féminines que tu pourrais nous citer
00:32:50et nous en joindre à découvrir par ailleurs, à part Lyot ?
00:32:55C'est ce que je vous disais tout à l'heure,
00:32:56mon syndrome du lapin pris dans les phares de la voiture
00:32:59quand on me pose ce genre de questions.
00:33:01Il y en a énormément parce que là, pour le coup, j'écoute...
00:33:04Même les anciennes, d'ailleurs.
00:33:05Ouais.
00:33:05J'ai beaucoup aimé le fait que ton livre s'ouvre aussi
00:33:09sur les chanteuses de blues.
00:33:10Et chanteuses, du coup, doublement invisibilisées
00:33:12parce que femmes et parce que noires.
00:33:15Je pense que j'ai refait ma playlist.
00:33:17Trop bien.
00:33:18Ça fait du bien de refaire cette playlist.
00:33:20Oui, c'est ça.
00:33:21Oui, parce que ça me tenait à cœur aussi
00:33:24quand on raconte l'histoire de la musique,
00:33:26du féminisme musical,
00:33:27on raconte l'histoire du féminisme tout court.
00:33:29Et c'est un peu ça quand je dis par rapport à Lyot
00:33:31qu'on a l'impression aujourd'hui de découvrir des trucs
00:33:33dans nos discours alors qu'elle les dit
00:33:35depuis 20 ans, 30 ans,
00:33:36en musique, c'est la même chose.
00:33:37Globalement, les Blancs n'ont rien inventé,
00:33:39les hommes Blancs encore moins.
00:33:41Et très souvent, notamment le rock,
00:33:43je parle de Rosetta Tarpe dans le livre,
00:33:46c'est l'inventrice du rock'n'roll.
00:33:48Point.
00:33:49Donc ça, c'est hyper important de revenir là-dessus.
00:33:51Mais c'est pas Elvis.
00:33:53Ben non, c'est pas Elvis.
00:33:55Sauf qu'elle, elle est arrivée au Rock'n'roll Hall of Fame
00:34:0030 ans après lui.
00:34:02Quel accent !
00:34:02Pardon ?
00:34:02T'as un bon accent.
00:34:03Non, c'est vrai !
00:34:04Non, mais tu sais, on ne sait jamais
00:34:05si on doit se donner à fond ou pas
00:34:06quand on dit des moindres.
00:34:07On va y aller.
00:34:08Ici, on se donne à fond.
00:34:09Ton accent est parfait.
00:34:11Et on rappelle qu'on peut du coup
00:34:12trouver tous ces portraits,
00:34:13toutes ces histoires
00:34:14dans ni mus ni groupi.
00:34:15Ouais, mais donc, écoute,
00:34:17là, s'il faut,
00:34:18s'il faut, par exemple,
00:34:21citer quelqu'une,
00:34:23française, géniale, archi badass,
00:34:25je pense à Frida,
00:34:26F-R-I-E-D-A,
00:34:28qui a notamment un single,
00:34:30enfin, elle a sorti son album,
00:34:32mais Derrière le soleil,
00:34:33j'espère que je ne dis pas de bêtises,
00:34:34c'est Derrière le soleil,
00:34:35mais en tout cas,
00:34:35un single Freedom,
00:34:36c'est comme ça que je l'avais découverte.
00:34:39Elle, elle est dingue, quoi.
00:34:40Et en fait,
00:34:41j'adore Isolt aussi,
00:34:42que j'ai interviewé dans mon livre,
00:34:44et en fait,
00:34:44ce sont des femmes
00:34:45qui sont très indépendantes
00:34:46dans la façon de mener leur carrière,
00:34:47et c'est aussi ça
00:34:48dont on peut se réjouer aujourd'hui,
00:34:49c'est à quel point les femmes,
00:34:51même les plus jeunes,
00:34:52celles qui commencent vraiment très jeunes,
00:34:54ne sont plus du tout
00:34:55dans des schémas à la Lio,
00:34:57où en fait,
00:34:57toute leur carrière
00:34:58était contrôlée
00:34:59par des hommes
00:35:00qui avaient l'âge de leur père,
00:35:01voire de leur grand-père, quoi.
00:35:02Oui, j'allais dire,
00:35:04tu parlais de Gainsbourg tout à l'heure,
00:35:05avec le recul
00:35:06et toute la connaissance
00:35:08et l'analyse que tu en as,
00:35:09comment tu vois les choses ?
00:35:13Comment ça,
00:35:14comment je vois les choses ?
00:35:15Par rapport à...
00:35:16Vous avez 4 heures ?
00:35:17Non, non,
00:35:18mais est-ce que justement,
00:35:20quand tu parlais de cheminement,
00:35:22est-ce que t'as cheminé
00:35:23sur ta position
00:35:23par rapport à Gainsbourg
00:35:24et à ses textes ?
00:35:26Comment ça s'est passé pour toi
00:35:27qu'il adorait ?
00:35:28Est-ce que tu l'adores toujours ?
00:35:29C'est très...
00:35:30Gainsbourg, justement,
00:35:31de tous les types
00:35:31que j'ai cités,
00:35:32c'est sans doute le plus...
00:35:33C'est le plus difficile pour moi
00:35:34parce que c'est profondément lié
00:35:38à mon histoire familiale,
00:35:40à mon lien avec mon père.
00:35:42Mon livre,
00:35:42en relisant Gainsbourg,
00:35:43je l'ai dédié à mon père.
00:35:45C'est tellement, tellement de souvenirs,
00:35:46c'est-à-dire que...
00:35:47Et d'ailleurs, là encore,
00:35:48sans honte, je vous dis
00:35:49que pendant longtemps,
00:35:50j'ai défendu la chanson
00:35:51Lemonis Incest
00:35:52parce que c'est une chanson
00:35:53que j'ai toujours trouvée très belle
00:35:55qui me fait penser à mon père
00:35:57qui, évidemment,
00:35:58ne m'a jamais rien fait
00:36:00de violent ou de sexuel.
00:36:02Mais en fait,
00:36:03cette phrase,
00:36:03l'amour que nous ne ferons jamais ensemble
00:36:05est le plus beau, etc.,
00:36:08elle m'a toujours transpercée.
00:36:09Je trouve que là,
00:36:10les mots sont importants.
00:36:12Il dit l'amour que nous ne ferons
00:36:13jamais ensemble.
00:36:14Cette phrase,
00:36:14elle est quand même très importante,
00:36:16il le disait de son vivant.
00:36:17Maintenant, aujourd'hui,
00:36:19quand je revois le clip,
00:36:20quand je sais tout ce que je sais,
00:36:21quand je lis notamment
00:36:23Cécile C.,
00:36:24tout le travail qu'elle fait,
00:36:25elle s'est beaucoup exprimé,
00:36:26évidemment que je l'ai fait tomber
00:36:28de son piédestal.
00:36:29Évidemment,
00:36:30maintenant que je comprends
00:36:31tout l'imaginaire pédocriminel
00:36:33qui se joue dans son œuvre,
00:36:34je le comprends.
00:36:35Et raciste,
00:36:36et colonialiste,
00:36:37tout ça,
00:36:37j'en parle un petit peu...
00:36:40Enfin, j'en parle en fait,
00:36:41je ne le tais pas
00:36:41en relisant Gainsbourg.
00:36:43Maintenant,
00:36:43mon livre en relisant Gainsbourg,
00:36:45c'était l'adaptation
00:36:46de mon travail de mémoire
00:36:47qui datait de 2013-2014.
00:36:50Donc là encore,
00:36:50ça nous ramène quand même
00:36:51un petit peu en arrière.
00:36:52Et j'étudie l'influence
00:36:54de la littérature du 19e
00:36:56sur la vie et l'œuvre de Gainsbourg.
00:36:57Je ne vais pas aujourd'hui vous dire
00:36:59que Gainsbourg écrit mal.
00:37:01Je trouve qu'il a des textes immenses
00:37:03et qu'ils sont grands poètes.
00:37:05Maintenant,
00:37:06je ne sépare pas l'homme de l'artiste.
00:37:07Donc, je ne vais plus du tout
00:37:08tenir des discours
00:37:09que je pouvais tenir
00:37:10dans les années...
00:37:11Début des années 2010.
00:37:12Où justement,
00:37:13je m'étais beaucoup à distance.
00:37:14Je disais tout le temps,
00:37:15non mais moi,
00:37:16je n'aime pas Gainsbourg.
00:37:17Moi, j'aime Gainsbourg,
00:37:18je n'aime pas Gainsbourg.
00:37:19Aujourd'hui,
00:37:20j'ai bien compris
00:37:20qu'en faisant ça,
00:37:21je jouais le jeu de...
00:37:22Il n'est pas vraiment lui-même
00:37:23quand il agresse et quand il viole.
00:37:25Il y a deux hommes différents.
00:37:26Il faut séparer
00:37:27le Gainsbourg du Gainsbourg.
00:37:29Oui, je sais.
00:37:30C'est exactement ça.
00:37:31C'est exactement ça.
00:37:32Aujourd'hui,
00:37:32grâce à Tous Reculs,
00:37:33bloup, je comprends.
00:37:35Donc là, actuellement,
00:37:36je n'écoute pas Gainsbourg.
00:37:37J'avais une belle photo de lui
00:37:40dans mon salon.
00:37:40Je l'ai recouverte
00:37:41par une sorcière
00:37:42avec des chats.
00:37:43C'est une vraie histoire.
00:37:44Voilà où on en est
00:37:45de mon cheminement.
00:37:47C'est impressionnant
00:37:48parce que c'est remettre en question
00:37:50un des piliers finalement
00:37:51de ta construction
00:37:53et on peut faire ça
00:37:55avec toutes nos références.
00:37:56Et ça ne veut pas dire
00:37:59renier quelque chose
00:38:00qui nous a construit non plus.
00:38:02Comme tu disais,
00:38:03c'est de la remise en contexte
00:38:04aussi sur plein d'autres choses.
00:38:06Je vois dans le chat
00:38:07qu'on nous invite
00:38:08à découvrir Super Mariole,
00:38:09la variété au vitriol,
00:38:10des chansons tout droit
00:38:11venues du Gouinistan.
00:38:13Ça, ça peut être pas mal,
00:38:14je pense.
00:38:15Merci La Sigale Gabi.
00:38:17En tout cas,
00:38:17on ira écouter.
00:38:18Karine,
00:38:19il me semble que tu voulais
00:38:19parler d'une figure
00:38:20assez connue,
00:38:22enfin assez méconnue.
00:38:23Oui, ça me plairait bien
00:38:27que tu nous parles.
00:38:28Alors, tu as parlé
00:38:29de contemporaine,
00:38:31Isolde qui aime les bad boys,
00:38:32je rappelle quand même.
00:38:34Mais j'aimerais bien
00:38:35que tu nous parles
00:38:36de, tu en parles
00:38:37dans ton livre,
00:38:37de Hildegard de Bingon
00:38:39parce que c'est une autrice,
00:38:41une poétesse,
00:38:42une religieuse du XIIe siècle
00:38:44donc qui est peu connue
00:38:45et pourtant,
00:38:46elle aussi,
00:38:47elle était un peu effacée.
00:38:48J'aimerais bien
00:38:48que tu nous en parles
00:38:49parce qu'elle est incroyable
00:38:51cette femme.
00:38:51Ben oui.
00:38:52Hildegard,
00:38:53je l'ai découverte
00:38:53grâce à Camille
00:38:54parce qu'elle a une chanson
00:38:55qui s'appelle
00:38:56Tout dit
00:38:56qui est très bonne Camille.
00:38:58Moi, c'est mon artiste féminine
00:39:00plus, plus, plus en France.
00:39:01C'est un ovni,
00:39:02cette fille,
00:39:03cette femme.
00:39:06Et donc,
00:39:07elle a dans Tout dit,
00:39:08elle parle de...
00:39:09Je ne vais pas chanter non plus.
00:39:11Même si j'aime bien chanter, moi.
00:39:12Elle dit
00:39:13« Oh, ma sœur Hildegarde. »
00:39:14Et donc, c'est comme ça.
00:39:15Et pour la première fois,
00:39:15je me suis dit
00:39:16« Mais c'est qui,
00:39:16sa sœur Hildegarde ? »
00:39:17Donc, je l'ai découverte comme ça.
00:39:19Et ensuite,
00:39:19Hildegarde,
00:39:20elle est incroyable.
00:39:20elle fait quand même
00:39:21figure d'exception
00:39:22pour l'époque médiévale.
00:39:25Elle a eu toutes les casquettes,
00:39:27j'allais dire
00:39:27cette meuf.
00:39:28Non.
00:39:29Hildegarde,
00:39:30pardon.
00:39:31Je ne pense pas
00:39:32que ça la dérangerait.
00:39:33Mais le mot « meuf »
00:39:34n'existait pas
00:39:34au douzième,
00:39:35on est d'accord ?
00:39:36On est d'accord ?
00:39:37On ne sait pas.
00:39:37Pas l'un de plus.
00:39:38Ils ont effacé ça aussi.
00:39:40Oui,
00:39:40il faut que j'appelle
00:39:41ma référence
00:39:42Aurore Vincenti
00:39:43que j'interviewe
00:39:45dans « Désirer la violence ».
00:39:46Et donc,
00:39:46Hildegarde,
00:39:47elle a eu franchement
00:39:47toutes les casquettes.
00:39:49Mais donc,
00:39:50notamment,
00:39:50elle a composé
00:39:51des dizaines
00:39:52d'œuvres
00:39:53qu'elle faisait chanter
00:39:54à ses sœurs.
00:39:56Et l'histoire raconte
00:39:59que justement,
00:39:59à l'époque,
00:40:00alors que normalement,
00:40:00on devait être
00:40:01dans la sobriété,
00:40:03etc.,
00:40:03elle les faisait
00:40:05se vêtir
00:40:06de blanc,
00:40:08de parure dorée,
00:40:10et donc un peu
00:40:10comme des divas.
00:40:12Et ce qui était intéressant
00:40:13dans sa façon
00:40:14d'écrire,
00:40:14de composer,
00:40:15c'est qu'elle s'intéressait,
00:40:16ce qui était intéressant,
00:40:17c'est qu'elle s'intéressait,
00:40:18pardonnez-moi,
00:40:19c'est la fin de journée,
00:40:20aux problématiques
00:40:21liées au féminin,
00:40:23au corps des femmes,
00:40:24aux menstruations,
00:40:25à leur lien avec la nature.
00:40:26Donc,
00:40:27même si là,
00:40:27c'est clairement anachronique
00:40:29de parler de féminisme,
00:40:30quand même,
00:40:31elle s'intéressait
00:40:33aux spécificités
00:40:34des femmes
00:40:35dans son œuvre.
00:40:36Et puis,
00:40:36elle a écrit
00:40:36sur la nature,
00:40:38les propriétés des plantes,
00:40:40comment guérir
00:40:41les mots liés aux menstruations,
00:40:43enfin des choses comme ça.
00:40:44L'IVG aussi.
00:40:45Elle avait des plantes médicinales
00:40:47pour faire avorter
00:40:49les femmes
00:40:50parce que
00:40:53la maternité,
00:40:54enfin la grossesse,
00:40:54les mettait en danger.
00:40:55Rappelons que c'est quand même
00:40:56une religieuse,
00:40:57donc elle n'était pas non plus
00:40:58pro-IVG.
00:40:59Mais si le danger,
00:41:01si la femme était en danger,
00:41:02elle trouvait normal
00:41:03de trouver les plantes
00:41:04qui pourraient faire avorter
00:41:07pour qu'elle retrouve sa santé.
00:41:09C'est incroyable.
00:41:09mais sœur Emmanuelle,
00:41:12parce qu'on parle de religieuse,
00:41:14elle a une chanson
00:41:14qui s'appelle
00:41:14« La pilule d'or »
00:41:16où elle vante
00:41:17les mérites
00:41:17de la contraception.
00:41:19Donc l'un n'empêche pas l'autre.
00:41:21Et ce que je trouvais fort
00:41:23aussi chez Hildegarde,
00:41:24c'est que quand même
00:41:25les femmes,
00:41:26les religieuses
00:41:26n'avaient pas le droit
00:41:27de chanter à l'époque.
00:41:28Et elle,
00:41:29elle a obtenu
00:41:29une autorisation exceptionnelle.
00:41:32Mais oui,
00:41:32bien sûr.
00:41:33Et surtout,
00:41:33même au sein justement
00:41:35de l'Église,
00:41:35elle a agravi les échelons.
00:41:37Enfin,
00:41:37c'est vraiment,
00:41:37c'était une personnalité
00:41:38très forte.
00:41:39Souvent,
00:41:39vous savez,
00:41:40quand on me dit,
00:41:41j'ai l'impression
00:41:41que c'est un peu
00:41:41aux États-Unis,
00:41:42une question à l'université,
00:41:44si tu devais dîner
00:41:45avec quelqu'un de disparu
00:41:46et il faut briller
00:41:47en société
00:41:48en disant une super réponse,
00:41:49moi,
00:41:49franchement,
00:41:49maintenant,
00:41:50ma réponse,
00:41:50c'est Hildegarde de Bingel.
00:41:51Parce que cette femme,
00:41:52à mon avis,
00:41:53tu étais en face d'elle
00:41:54à table,
00:41:55je ne sais pas ce qu'elle mangeait
00:41:56du coup,
00:41:57elle avait eu
00:41:58trois carottes,
00:41:58des plantes,
00:42:00des légules racines
00:42:01sauf les patates
00:42:02qui n'étaient pas encore
00:42:02arrivées en Europe,
00:42:03si j'ai bien suivi
00:42:04mes cours d'histoire médiévale.
00:42:05Ah ouais.
00:42:07Mais à mon avis,
00:42:08elle pouvait nous instruire
00:42:09sur à peu près
00:42:10tous les domaines possibles.
00:42:13Super.
00:42:15Sans transition,
00:42:16on va passer
00:42:16à un sujet
00:42:18qui célèbre un peu moins
00:42:19le féminin,
00:42:20là,
00:42:20du coup.
00:42:22Le documentaire
00:42:23dont tu parlais
00:42:23tout à l'heure,
00:42:24en fait,
00:42:24en ce moment,
00:42:25est diffusé sur Netflix,
00:42:26le documentaire
00:42:27sur Bertrand Cantor
00:42:29de Rockstar à tueurs.
00:42:30Je tiens à préciser le titre.
00:42:33Alors,
00:42:33sa diffusion,
00:42:34ça fait un moment
00:42:34qui tourne,
00:42:36ça a fait réagir,
00:42:37notamment sur les réseaux,
00:42:38dans les milieux féministes,
00:42:39mais pas que,
00:42:39un peu partout.
00:42:41Et on s'aperçoit
00:42:42quand même
00:42:43qu'il y a eu
00:42:44une double lecture,
00:42:45c'est-à-dire
00:42:46que les personnes
00:42:46qui ont vécu
00:42:47cette histoire,
00:42:48moi,
00:42:49je m'en souviens,
00:42:49je me souviens
00:42:50du procès,
00:42:51je me souviens
00:42:52dans les années 2000
00:42:53quand c'est arrivé.
00:42:55Et tout un historique,
00:42:57toute une façon
00:42:58de voir cette affaire
00:42:59qui diffère
00:43:00selon les générations
00:43:02et notamment
00:43:03comment c'est présenté
00:43:04aujourd'hui,
00:43:06éclairci,
00:43:06en tout cas,
00:43:07mis au point
00:43:07grâce au documentaire.
00:43:09Et j'aimerais savoir,
00:43:10toi,
00:43:10ce que tu en penses
00:43:11et est-ce que tu vois
00:43:11cette différence aussi
00:43:12de perception
00:43:13et est-ce qu'aujourd'hui encore,
00:43:14tu as des personnes
00:43:15qui te disent,
00:43:16qui tombent des nues
00:43:17en voyant ce documentaire ?
00:43:19Moi,
00:43:19c'est très important
00:43:20pour moi ce sujet
00:43:21parce que j'en parle
00:43:22dans l'introduction
00:43:23de mon livre
00:43:25en 2003
00:43:25parce que le fil rouge
00:43:26de mon livre,
00:43:27c'est Kill Bill
00:43:27et en fait,
00:43:28le premier Kill Bill
00:43:29est contemporain
00:43:30du féminicide
00:43:31de Marie Trintignant.
00:43:33Donc,
00:43:33tout se passait
00:43:33à cette même époque
00:43:34et plantait
00:43:35les mêmes graines
00:43:36dans mon cerveau.
00:43:37Moi,
00:43:37j'étais fan
00:43:38de Noir Désir.
00:43:39Vraiment,
00:43:39Noir Désir,
00:43:40ça me rappelle
00:43:40mon premier amour.
00:43:42J'ai vraiment été
00:43:42l'ado typique
00:43:43de ces années-là
00:43:45et quand ça,
00:43:46ça arrive,
00:43:47moi,
00:43:47ce que je retiens,
00:43:49c'est crime passionnel.
00:43:50Crime passionnel,
00:43:50crime passionnel.
00:43:52Voilà.
00:43:52La même chose
00:43:53que quand je regarde
00:43:54Kill Bill
00:43:55et qu'au début
00:43:56de Kill Bill,
00:43:56là,
00:43:57je ne vous spoil pas,
00:43:58il tire sur
00:43:59Béatrix Kiddo
00:44:01qui vient de lui dire
00:44:02qu'elle attend son bébé
00:44:03et qu'il lui tient dessus
00:44:04mais qui lui dit
00:44:05« Tu sais,
00:44:05c'est moi qui souffre
00:44:06le plus de cette situation. »
00:44:08J'ai l'impression.
00:44:09J'adhère à ça.
00:44:10Et à la radio,
00:44:12bon là,
00:44:12pour le coup,
00:44:12elle ne date pas
00:44:13de la même époque
00:44:13mais je la chantais déjà.
00:44:15Je vis avec mon père
00:44:18dans les années 2000
00:44:19et sur Nostalgie,
00:44:20on écoute
00:44:21et on chante ensemble
00:44:22le Requiem pour un fou
00:44:22de Johnny Hallyday.
00:44:23C'est la même chose,
00:44:24c'est la même culture.
00:44:26Donc moi,
00:44:26cette idée du crime passionnel,
00:44:28j'y adhère.
00:44:30Voilà.
00:44:30Donc évidemment
00:44:31que ça me choque.
00:44:32Je me souviens très bien
00:44:33de toute cette affaire-là.
00:44:35Mais par contre,
00:44:36je ne choisis pas mon camp
00:44:38comme je le choisis aujourd'hui.
00:44:40Bien sûr.
00:44:41Je suis compréhensive
00:44:42et ça marche.
00:44:44Là, aujourd'hui,
00:44:45quand je revois
00:44:45les larmes de Bertrand Cantat,
00:44:47j'ai envie de vomir.
00:44:48Mais à l'époque,
00:44:49ça marche sur moi.
00:44:50Et puis je suis ado,
00:44:51enfin,
00:44:51je n'ai pas le recul,
00:44:52je ne suis pas féministe
00:44:53à cette époque-là.
00:44:54Donc aujourd'hui,
00:44:55même si évidemment,
00:44:56j'ai suivi,
00:44:57puis il y a eu le livre
00:44:58d'Anne-Sophie Jeanne
00:44:58Désir noir aussi entre temps,
00:45:02la co-réalisatrice
00:45:03du documentaire.
00:45:05Mais aujourd'hui,
00:45:06là, le documentaire,
00:45:06honnêtement,
00:45:07je l'ai vraiment regardé
00:45:08par devoir, là,
00:45:09professionnel.
00:45:10Mais j'ai pleuré.
00:45:13Pour plein de raisons,
00:45:13j'ai pleuré.
00:45:14Parce que s'il est très...
00:45:16Je ne sais jamais
00:45:17comment on traduit
00:45:18Trigger, du coup,
00:45:19en français.
00:45:21Il réveille plein de choses
00:45:22chez moi aussi,
00:45:24dont je parle dans le livre.
00:45:26Donc c'est très difficile
00:45:27de voir cet homme
00:45:28se présenter comme une victime
00:45:29et de voir,
00:45:29c'est ça le plus difficile
00:45:30des hommes,
00:45:31comme Pascal Nègre,
00:45:32qui a travaillé pour Universal.
00:45:34Là,
00:45:34dans les années 2020,
00:45:36tenir ces discours-là,
00:45:38ça,
00:45:38c'est extrêmement difficile.
00:45:40Moi,
00:45:41ce qui m'a vachement marquée
00:45:42dans ce documentaire,
00:45:43c'est,
00:45:44ne serait-ce en fait
00:45:44un petit côté positif,
00:45:46mine de rien,
00:45:46c'est que le temps
00:45:48a joué avec nous,
00:45:49pour le coup,
00:45:50de...
00:45:50Maintenant,
00:45:50on regarde ça
00:45:51et on se dit genre,
00:45:52ah ouais,
00:45:52il s'est passé ça.
00:45:54Il y a vraiment ce truc
00:45:56de...
00:45:57On peut se rendre compte
00:45:58de ce qui s'est vraiment passé.
00:46:00Moi, je me souviens,
00:46:00quand j'étais petite,
00:46:01j'étais persuadée.
00:46:02Enfin,
00:46:03le récit médiatique
00:46:04était,
00:46:05elle s'est cognait la tête,
00:46:06en fait.
00:46:07Et là,
00:46:08de voir,
00:46:08en fait,
00:46:08non,
00:46:08il y a les rapports
00:46:09d'autopsie,
00:46:11un documentaire
00:46:11qui est vachement complet.
00:46:12Comme tu le disais,
00:46:13ne regardez pas
00:46:15si ça peut vous déclencher
00:46:16vraiment des choses
00:46:18compliquées à gérer pour vous.
00:46:19Mais si vous êtes assez safe
00:46:20sur ça,
00:46:21allez-y,
00:46:21parce que ça aussi montre
00:46:23comment le récit médiatique
00:46:24aujourd'hui peut évoluer.
00:46:25Et à l'inverse,
00:46:26Pascal Nègre,
00:46:26lui,
00:46:26il n'y a pas du tout
00:46:27évolué dans son récit.
00:46:28Tant que ça fait vendre,
00:46:29c'est pas mes problèmes, quoi.
00:46:31Et pour revenir...
00:46:32C'est privé.
00:46:33C'est comme plein de personnes.
00:46:34La vie,
00:46:34les artistes ne me regardent pas.
00:46:36C'est bien facile, ça.
00:46:37Et tu vois,
00:46:38justement,
00:46:38sur ce temps long,
00:46:39je pense que ça s'applique aussi
00:46:41à ce que tu dis,
00:46:43à la fabrique de nos imaginaires.
00:46:45Et aujourd'hui,
00:46:46on voit qu'on a
00:46:47une multitude de créateurs,
00:46:49encore trop peu nombreux,
00:46:50mais qui commencent
00:46:51à investir le champ
00:46:52de la pop culture,
00:46:53des créateurs queers,
00:46:54plus de créateurs racisés aussi,
00:46:55qui, du coup,
00:46:56nous offrent d'autres récits.
00:46:57Est-ce que tu penses
00:46:58qu'aujourd'hui,
00:46:59une autre pop culture est possible ?
00:47:01Oui.
00:47:03Oui, oui, bien sûr.
00:47:04Et c'est là où on peut
00:47:05trouver de l'optimisme.
00:47:06Mais ce qui compte pour moi,
00:47:09c'est quand même...
00:47:10Là, on se parle de Bertrand Contat
00:47:11parce qu'il a tué
00:47:15donc on ne peut pas faire
00:47:16pire que tué.
00:47:20Mais Marilyn Manson,
00:47:21et là, vous pouvez l'ajouter
00:47:22à mon...
00:47:23Tous les hommes que j'ai célébrés,
00:47:26Marilyn Manson,
00:47:26c'était mon artiste préféré.
00:47:29Enfin, bref, vraiment.
00:47:30Je vous ai intégré.
00:47:31C'était vraiment une gotte
00:47:32des années 2000.
00:47:34Écoute, c'est pour te dire,
00:47:35alors là, peut-être que j'en dis
00:47:36beaucoup trop bien
00:47:37dans cette émission,
00:47:38mais je l'ai vu en concert
00:47:39en 2017 pour mes 27 ans.
00:47:41Il jouait le soir
00:47:41de mes 27 ans.
00:47:43C'était l'année de Me Too.
00:47:44Moi, j'étais au concert
00:47:45de Marilyn Manson.
00:47:46Donc, quand je vous dis
00:47:47que vraiment,
00:47:48j'ai processé beaucoup de choses
00:47:49depuis 10 ans,
00:47:50c'est ça.
00:47:51Mais là, Marilyn Manson,
00:47:53sa tournée a été annoncée
00:47:54alors qu'il est accusé
00:47:56de tout,
00:47:57de l'éluerre sexuelle,
00:47:58de torture,
00:47:59de...
00:47:59Voilà.
00:47:59Et il fait sa carrière
00:48:00tranquillement.
00:48:01Et quand on parle
00:48:02de Music Too,
00:48:03là, je ne peux pas citer,
00:48:04mais je veux dire
00:48:05des agresseurs sexuels
00:48:07qui mènent leur carrière
00:48:09tranquillement en France
00:48:10et qui se produisent
00:48:10dans des émissions télé
00:48:11et qui remplissent
00:48:13des salles
00:48:13de dizaines de milliers
00:48:15de personnes.
00:48:15Il y en a plein.
00:48:16Ou qui se disent
00:48:17féministes, parfois.
00:48:17Oui, bien sûr.
00:48:19Et ou qui signent
00:48:20des tribunes,
00:48:20pareil, dans le cinéma.
00:48:22Donc, en fait,
00:48:22pour moi,
00:48:23c'est ça,
00:48:24le cœur du problème.
00:48:25C'est une chose,
00:48:26c'est très, très important,
00:48:27là, ce que c'est en train
00:48:27de provoquer,
00:48:28ce documentaire,
00:48:29parce que c'est vraiment
00:48:30tripal, je pense
00:48:30que ça provoque
00:48:31chez toutes et tous.
00:48:34Mais, ok.
00:48:35Donc, on a retenu,
00:48:37apprenons ces leçons,
00:48:38ça, cette leçon-là.
00:48:40Retenons, là,
00:48:41et appliquons.
00:48:43Appliquons-nous
00:48:44à transformer profondément
00:48:46l'industrie musicale
00:48:47et l'industrie cinématographique.
00:48:48Et ça, je suis inquiète.
00:48:51Est-ce que tu penses
00:48:52qu'aujourd'hui,
00:48:53moi, je pense notamment
00:48:53au collectif
00:48:54« More Women on Stage »,
00:48:56est-ce que le collectif,
00:48:58finalement,
00:48:58ce n'est pas une solution
00:49:00face à, on va dire,
00:49:02l'individualité de l'artiste,
00:49:04qui est au final
00:49:04très capitaliste aussi,
00:49:06ça se rejoint.
00:49:07Est-ce que tu penses
00:49:08qu'il y a aussi
00:49:09quelque chose
00:49:09à aller chercher
00:49:10au niveau de la sororité,
00:49:12c'est-à-dire vraiment
00:49:13de faire corps
00:49:14autour de certains projets ?
00:49:16Est-ce que ça te pense
00:49:16être une alternative aussi
00:49:18à la création
00:49:19plus collective ?
00:49:21Absolument.
00:49:22« More Women on Stage »
00:49:23évidemment,
00:49:24et « Backstage ».
00:49:25C'est un collectif
00:49:26très important.
00:49:27J'en cite pas mal
00:49:28à la fin de
00:49:29« Ni Muse ni Groupie ».
00:49:30Oui, c'est une alternative,
00:49:32mais une alternative
00:49:33qui nous fait du bien
00:49:34d'abord à nous,
00:49:35parce qu'on crée
00:49:36de nouveaux espaces
00:49:37où justement,
00:49:37on se sent écoutée,
00:49:39entendue,
00:49:39comprise safe.
00:49:41Donc ça,
00:49:41c'est très important.
00:49:42mais il y a une espèce de...
00:49:44Enfin,
00:49:44c'est pas une espèce,
00:49:45un plafond de verre,
00:49:46mais je ne sais même plus
00:49:46si c'est un plafond de verre,
00:49:47c'est juste un monde
00:49:48qui de toute façon
00:49:49s'oppose à nos collectifs.
00:49:51Dans la musique,
00:49:53honnêtement,
00:49:53c'est évidemment,
00:49:55on a changé quand même
00:49:56d'époque,
00:49:56même si certaines artistes
00:49:57me disent qu'elles sont
00:49:58encore en attente
00:49:59de cette sororité
00:50:00dans l'industrie musicale,
00:50:01ce que j'entends.
00:50:01On n'est quand même plus
00:50:03dans les années 2000
00:50:04où vraiment,
00:50:05les artistes devaient
00:50:05se tirer la bourre,
00:50:07se tirer dans les pattes
00:50:08tellement il y avait
00:50:08de la compétition.
00:50:09Même quand on revoit
00:50:11des archives
00:50:12de télé-réalité musicale
00:50:14de l'époque,
00:50:14c'est affreux,
00:50:15la compétition entre les filles.
00:50:16Là, ça a changé,
00:50:17ça, d'accord.
00:50:18Mais maintenant,
00:50:19les personnes qui dirigent
00:50:20ces industries
00:50:22restent des hommes.
00:50:23Du côté du cinéma,
00:50:24je vous invite à voir
00:50:25toutes les études
00:50:26qui sont menées par 50-50.
00:50:27C'est une cata,
00:50:28les chiffres.
00:50:29Du côté de la musique,
00:50:30c'est pareil.
00:50:31Les femmes sont très,
00:50:32très peu programmées
00:50:33par rapport aux hommes,
00:50:34que ce soit en radio
00:50:35ou en festival.
00:50:36Elles ne sont pas
00:50:37à la tête des grands labels,
00:50:39des grandes maisons de disques,
00:50:40globalement.
00:50:41Donc, en fait,
00:50:41tant qu'on n'aura pas acquis
00:50:43la parité à la tête
00:50:45de toutes ces institutions,
00:50:47on ne s'en sortira pas.
00:50:48Finalement,
00:50:49c'est dans tous les domaines
00:50:50le problème.
00:50:51C'est-à-dire qu'on a encore
00:50:51très peu de femmes dirigeantes
00:50:53dans les entreprises.
00:50:55Je citerai cette statistique
00:50:56d'Eurostat.
00:50:58Environ 20% de femmes
00:50:59dans les comités de direction
00:51:01des entreprises françaises.
00:51:02Alors,
00:51:03même si maintenant,
00:51:04il y a une loi qui est passée
00:51:05pour introduire progressivement
00:51:06des quotas,
00:51:07déjà,
00:51:07cette loi ne s'applique
00:51:08qu'aux entreprises
00:51:09de 1 000 salariés et plus.
00:51:10Donc,
00:51:11peut-être que ça concerne
00:51:12certains labels,
00:51:13mais je ne suis pas sûre.
00:51:14Pour 1 000 salariés et plus,
00:51:15ça concerne très peu d'entreprises.
00:51:17Donc,
00:51:17avant qu'on arrive
00:51:18à avoir des femmes
00:51:19cadre-dirigeantes,
00:51:20justement,
00:51:21pour,
00:51:22finalement,
00:51:24insuffler l'égalité
00:51:25dans les plus hautes sphères,
00:51:27parce qu'on est en société capitaliste,
00:51:28est-ce qu'on le veuille ou pas,
00:51:29donc on y est,
00:51:30eh bien,
00:51:30malheureusement,
00:51:31on aura encore du mal
00:51:32à changer le système.
00:51:34Et tu parles de sororité ?
00:51:36C'est rigolo,
00:51:37parce que tout à l'heure,
00:51:37on verra une chronique
00:51:38de Hélène Bézy
00:51:39et Mme Meuf
00:51:39qui allaient demander,
00:51:41dans la rue,
00:51:41en micro-trottoir,
00:51:43ce que les personnes
00:51:43pensaient de la sororité.
00:51:44On y reviendra tout à l'heure.
00:51:46Mais juste,
00:51:46il faut le préciser,
00:51:47des femmes féministes.
00:51:49Voilà,
00:51:49exactement.
00:51:51Être une femme ne suffit pas.
00:51:54Exactement.
00:51:55Et tu le disais,
00:51:57là je dis femme,
00:51:58mais femme racisée,
00:52:00femme queer minorité de genre,
00:52:01enfin voilà,
00:52:02tout sauf un homme blanc
00:52:03à la pascale nègre.
00:52:05Voilà,
00:52:05de toute façon.
00:52:07On va gentiment conclure
00:52:08cet entretien,
00:52:09Violaine,
00:52:09il me semble que tu as
00:52:10une dernière question.
00:52:11Oui,
00:52:12je ne crois pas.
00:52:15Comme on parlait
00:52:15d'évolution de société,
00:52:16j'aurais voulu avoir
00:52:17ton avis sur le phénomène
00:52:18de la dark romance.
00:52:20Ce phénomène,
00:52:21alors peut-être que tu peux
00:52:21nous l'expliquer
00:52:22en quelques mots
00:52:23et qu'est-ce que tu en penses ?
00:52:24Tu disais que tu étais
00:52:25un quête pour l'avenir.
00:52:27La dark romance,
00:52:28c'est un...
00:52:29Enfin,
00:52:30ce n'est pas un sous-genre,
00:52:30c'est un genre à part entière
00:52:31de la romance
00:52:32dont le but principal,
00:52:34c'est de nous raconter
00:52:34des histoires d'amour,
00:52:36mais qui ont lieu
00:52:37dans des univers dark,
00:52:39par exemple la mafia,
00:52:41par exemple des univers
00:52:41de motards,
00:52:43archi bad boy,
00:52:43etc.
00:52:44Mais qui reposent
00:52:45très souvent
00:52:46« Not all dark romances »,
00:52:49mais quand même beaucoup,
00:52:50qui reposent sur
00:52:51des histoires
00:52:53de kidnapping,
00:52:54de séquestration,
00:52:55de violence.
00:52:55Des rêves de petites filles,
00:52:57vraiment.
00:52:57tout ce que j'adorais.
00:53:00Vous allez vous dire
00:53:01quel drôle de personnage,
00:53:02de personnagesse.
00:53:04Ce que je pense
00:53:05de la dark romance,
00:53:05en fait,
00:53:06on m'a énormément
00:53:07interrogée là-dessus
00:53:08parce qu'en effet,
00:53:09ce phénomène
00:53:10va très bien,
00:53:11enfin,
00:53:11résonne très fort
00:53:12avec ce que je traite
00:53:12dans « Désirer la violence ».
00:53:14D'abord,
00:53:15de la même façon
00:53:15que je le disais
00:53:16pour le dernier tango
00:53:18à Paris,
00:53:19je ne suis pas pour
00:53:19la cancellation
00:53:20de la dark romance.
00:53:22Je ne veux pas
00:53:22qu'on interdise
00:53:23aux jeunes de lire
00:53:25quoi que ce soit
00:53:25et aux gens
00:53:26de lire quoi que ce soit.
00:53:27Je veux,
00:53:27et ça,
00:53:27je travaille par moments
00:53:28avec des bibliothécaires,
00:53:30des professionnels du livre,
00:53:31qu'on contextualise mieux
00:53:33ces œuvres-là,
00:53:34qu'on puisse aussi proposer
00:53:35des alternatives.
00:53:36Moi,
00:53:36ce que je demande
00:53:37à chaque fois
00:53:37que je passe en librairie,
00:53:38c'est que
00:53:39quand on vend
00:53:40un livre de dark romance,
00:53:41on glisse
00:53:41le violentomètre dedans.
00:53:43C'est ça,
00:53:44parce que c'est un marque-page
00:53:45après tout,
00:53:45le violentomètre
00:53:46qui permet quand même
00:53:47de voir,
00:53:47parce que je le fais,
00:53:48quand je suis intervenue
00:53:50dans des classes de lycée,
00:53:50je leur faisais faire l'exercice.
00:53:52On a pris la quatrième
00:53:53de couve de captive
00:53:54et je disais,
00:53:54bon,
00:53:54maintenant,
00:53:55vous pouvez me pointer
00:53:56si ça résonne
00:53:57avec des choses
00:53:58du violentomètre.
00:53:58Peut-être que vous pouvez
00:53:59mettre le violentomètre
00:54:00dans le chat
00:54:01si on a le lien.
00:54:02Si vous trouvez
00:54:03le violentomètre,
00:54:03mais pour vous rappeler
00:54:04dans le chat,
00:54:05le violentomètre,
00:54:05ça se présente
00:54:07le plus souvent
00:54:08sous une forme
00:54:08de réglette
00:54:09où vous pouvez,
00:54:10en fait,
00:54:10jauger de la toxicité
00:54:11de votre relation.
00:54:12Donc,
00:54:13c'est très simple,
00:54:13vous avez un code couleur
00:54:15rouge,
00:54:15orange,
00:54:16vert,
00:54:16et je pense que
00:54:17ça peut vraiment aider.
00:54:19J'ai vu aussi
00:54:20qu'il y a une initiative
00:54:20qui visait à le mettre
00:54:22sur les études baguettes.
00:54:24Mais ça avait été fait.
00:54:25Et ça,
00:54:26c'est vraiment
00:54:27de le mettre
00:54:27dans le quotidien
00:54:28comme ça.
00:54:30Donc,
00:54:31ça,
00:54:31c'est l'intro
00:54:32sur la dark romance.
00:54:33Mais maintenant,
00:54:34ce que j'explique
00:54:34à chaque fois,
00:54:35c'est rien de nouveau
00:54:36sous le soleil
00:54:37puisque,
00:54:38à mes yeux,
00:54:39la belle et la bête,
00:54:40c'est de la dark romance.
00:54:41Je me suis beaucoup
00:54:42exprimée sur Instagram
00:54:43si ça vous intéresse.
00:54:44J'ai fait un post
00:54:45sur la belle et la bête
00:54:45en particulier.
00:54:47La belle et la bête,
00:54:48c'est de la dark romance.
00:54:49Énormément des choses
00:54:50qu'on a aimées.
00:54:51Enfin,
00:54:52la version récente
00:54:53de la belle et la bête.
00:54:54Après,
00:54:55il faudrait revenir
00:54:55sur des relectures
00:54:56féministes des contes.
00:54:57Oui, bien sûr,
00:54:58le détournement.
00:54:59Très souvent,
00:55:00non, non,
00:55:00mais c'est vrai.
00:55:01Absolument,
00:55:01merci de le préciser.
00:55:02Je parle du Disney.
00:55:04Je veux dire,
00:55:05ça coche,
00:55:05quand on prend
00:55:05le violentomètre,
00:55:06ça coche
00:55:07plein,
00:55:07plein de critères
00:55:09des zones
00:55:10orange et rouge,
00:55:11quoi.
00:55:11Et surtout,
00:55:13c'est encore une fois
00:55:15sexiste
00:55:15et classiste
00:55:16de s'en prendre
00:55:18à la dark romance
00:55:19aujourd'hui,
00:55:19de se dire,
00:55:19mais regardez-moi ça.
00:55:20En plus,
00:55:21ce sont des femmes
00:55:22qui écrivent ces livres
00:55:23quand toute notre culture
00:55:25littéraire française
00:55:26n'a reposé que
00:55:27sur les violences
00:55:28faites aux femmes
00:55:29et aux enfants.
00:55:31voilà,
00:55:31quand on pense à Maznef
00:55:32et ses bouquins,
00:55:34archipédocriminels,
00:55:34mais pour ne citer
00:55:35que lui,
00:55:37ils sont au mieux
00:55:38autant dangereux,
00:55:39si ce n'est pire,
00:55:41plus dangereux
00:55:42que des bouquins
00:55:43d'art romance.
00:55:44Donc voilà,
00:55:45il faut aussi
00:55:45ouvrir les yeux.
00:55:46Ce n'est pas nouveau,
00:55:46finalement,
00:55:47c'est l'actualisation
00:55:48d'un phénomène littéraire
00:55:49qui a toujours existé.
00:55:50C'est juste que ça,
00:55:50on considère
00:55:51que c'est de l'infra-littérature,
00:55:53évidemment,
00:55:53ça y est,
00:55:54les autrices
00:55:54de dark romance,
00:55:56vous viendrez me gifler
00:55:58le jour où ce sera le cas,
00:55:59je ne pense pas
00:56:00qu'Augustin Trappnard
00:56:01les invite à la grande librairie
00:56:02et Bernard Pivot
00:56:03ne l'aurait sans doute
00:56:04pas fait non plus.
00:56:04C'est ça toute la différence,
00:56:06c'est qu'on considère
00:56:06que c'est de l'infra-littérature légitime.
00:56:08Maintenant,
00:56:09ces mêmes hommes
00:56:11qui condamnent
00:56:11ce sous-genre
00:56:12qui n'est pas de la littérature,
00:56:14en revanche,
00:56:14sont bien heureux
00:56:15de s'en mettre plein les poches
00:56:16grâce à la dark romance.
00:56:18Et on en vient là
00:56:18à une autre industrie
00:56:19qui est celle du livre
00:56:21et de l'édition.
00:56:23Les Insolentes,
00:56:23ça fait partie du groupe Hachette.
00:56:26Bolloré est à la tête d'Hachette.
00:56:27Et au même moment,
00:56:29OK, il publie
00:56:29Désirer la violence,
00:56:30merci pour moi,
00:56:31mais c'est l'un des leaders
00:56:33sur la dark romance.
00:56:34Donc ça montre aussi...
00:56:35C'est des marchés, je crois,
00:56:36leur filiale Dédé.
00:56:39Il y a Hachette Roman ?
00:56:41Oui,
00:56:42BMR édition,
00:56:43ça me parlait,
00:56:43je crois que c'est une filiale,
00:56:44mais je ne suis pas certaine.
00:56:46Si jamais dans le chat,
00:56:48enfin si jamais à Labodo,
00:56:48vous pouvez retrouver
00:56:49pour répondre à la question.
00:56:52Avec Hugo,
00:56:53ce sont les deux leaders
00:56:54en France
00:56:55de la dark romance.
00:56:57Donc,
00:56:58avant de conclure,
00:56:59il y a une question
00:57:00qu'on aime poser
00:57:01à chacune de nos invités.
00:57:03Bon, toi,
00:57:03tu as déjà un petit peu répondu.
00:57:05Non, jamais, jamais.
00:57:07On essaie que ce soit
00:57:08le plus possible
00:57:09d'une safe space ici.
00:57:11Mais en fait,
00:57:11nous, on se demande
00:57:14quels ont été
00:57:16tes déclics féministes
00:57:17ou au moins
00:57:18des constructions.
00:57:19En fait,
00:57:19la première fois
00:57:20où dans ta tête,
00:57:21tu t'as dit
00:57:23là, il y a un truc.
00:57:24Là, il y a un truc
00:57:24de système,
00:57:26il y a quelque chose.
00:57:27Est-ce que tu te souviens ?
00:57:29Ça peut être une œuvre,
00:57:30quelque chose d'autre ?
00:57:31Non, parce que vraiment,
00:57:33on témoigne
00:57:33tous les fun facts,
00:57:35pas fun du tout
00:57:36que je vous ai partagés.
00:57:37Ça a été super long
00:57:39et très progressif,
00:57:40mes prises de conscience.
00:57:42Ce qui est sûr,
00:57:42c'est que quand j'ai commencé
00:57:43dans le journalisme,
00:57:44donc il y a une dizaine d'années,
00:57:45j'étais reporter
00:57:46pour France Télévisions.
00:57:47Et ça, je me souviens
00:57:47que sur le terrain,
00:57:49je me prenais du sexisme
00:57:50plein la tronche,
00:57:51notamment parce que
00:57:52je travaillais avec
00:57:53des caméramans
00:57:53qui avaient deux ou trois fois
00:57:56mon âge
00:57:56et qui étaient des hommes
00:57:57et que systématiquement,
00:57:58quand on allait en interview,
00:57:59c'est à eux qu'on parlait,
00:58:00c'est à eux qu'on répondait.
00:58:02Ils avaient beau dire
00:58:02« c'est ma collègue,
00:58:04la journaliste,
00:58:04ils voulaient le savoir,
00:58:05le nom de deux fois,
00:58:06la petite journaliste,
00:58:07la petite collègue,
00:58:08enfin bon, bref. »
00:58:09Là, dans mon monde professionnel,
00:58:11dès que j'ai commencé à taffer,
00:58:12je me suis dit
00:58:12« ah ok,
00:58:14ok le sexisme.
00:58:17c'est absolument tripal,
00:58:18il est vraiment venu
00:58:19au fur et à mesure »
00:58:21et c'est pour ça
00:58:22que « Désirer la violence »,
00:58:23c'est le livre à ce jour
00:58:24qui me tient le plus à cœur,
00:58:25c'est que malheureusement,
00:58:26j'ai connu une relation
00:58:28particulièrement violente
00:58:29avec un homme
00:58:29contre qui j'ai déposé plainte,
00:58:31donc l'année de mes 30 ans,
00:58:32donc c'était il y a peu de temps,
00:58:33c'était il y a 4 ans.
00:58:34Et là, clairement,
00:58:36oui, il y a eu un avant
00:58:36et un après,
00:58:37parce que j'étais déjà
00:58:39très sensible évidemment
00:58:40à tout ça,
00:58:41mais de l'avoir vécu,
00:58:44ça m'a rendu vraiment
00:58:45ces affaires-là
00:58:46absolument
00:58:47intolérables
00:58:48et je pense,
00:58:49c'est sans doute bizarre,
00:58:50je ne sais même pas
00:58:50si c'est bien de le dire
00:58:52théontologiquement,
00:58:52je ne sais pas,
00:58:53mais je pense que ça a fait
00:58:54de moi une meilleure journaliste
00:58:56sur ces sujets.
00:58:57Oui, c'est une partie de toi
00:58:58finalement maintenant.
00:58:59Ben ouais.
00:59:01Enfin, je ne sais pas trop
00:59:03si c'est bien neutre
00:59:05ou je ne sais pas
00:59:05de dire tout ça,
00:59:07mais depuis 4 ans,
00:59:08je...
00:59:09Pour nous,
00:59:09la neutralité journalistique,
00:59:11c'est une vaste...
00:59:12Non, mais c'est qu'on peut...
00:59:13Et que ça peut être vraiment d'ailleurs.
00:59:14Ça t'appartient
00:59:15de toute façon.
00:59:16Ça t'appartient,
00:59:17c'est toi ce que ça t'a fait à toi.
00:59:19Et c'est important
00:59:20de te dire
00:59:21de là où on parle aussi.
00:59:22Oui, mais je veux dire,
00:59:22avant tout ça,
00:59:23je traitais déjà,
00:59:24j'avais écrit des papiers
00:59:25sur l'emprise,
00:59:26sur les violents,
00:59:26j'avais mené une enquête
00:59:28sur les violences,
00:59:29le harcèlement
00:59:30chez les jeunes,
00:59:30etc.
00:59:31Je veux dire,
00:59:31et je faisais bien mon travail.
00:59:33Simplement là,
00:59:33oui,
00:59:34de moi à moi-même,
00:59:34maintenant,
00:59:35c'est différent,
00:59:36donc je les porte différemment.
00:59:38Et ce qui est sûr,
00:59:38c'est qu'à l'échelle
00:59:39de ma carrière,
00:59:39en revanche,
00:59:40je ne sais pas
00:59:41si je serais aujourd'hui
00:59:42capable de faire
00:59:43ce que je faisais
00:59:43il y a dix ans
00:59:44dans un média
00:59:44où on attend absolument
00:59:46que je sois neutre
00:59:46et où parfois
00:59:47mes valeurs sont étouffées.
00:59:49Ça,
00:59:50vraiment,
00:59:50je ne pense pas.
00:59:52Et en tout cas,
00:59:52sur tous tes fun facts,
00:59:54ne t'en fais pas.
00:59:54Moi,
00:59:55mon livre préféré
00:59:56pendant longtemps,
00:59:57c'était 99 francs
00:59:58où j'avais l'impression
00:59:58d'avoir réglé.
01:00:00Oui,
01:00:00je ne l'avais pas vu derrière.
01:00:02Donc,
01:00:02vraiment,
01:00:03je pense qu'on est
01:00:03toutes passées par là.
01:00:04Tu en as,
01:00:05c'est beaucoup,
01:00:05je me sens moins seule.
01:00:06Non,
01:00:06mais tu n'es pas seule.
01:00:08Ce cheminement,
01:00:09je crois,
01:00:09qui concerne tout,
01:00:10en fait.
01:00:10Je crois que je n'ai jamais
01:00:11rencontré une féministe,
01:00:14même sans se revendiquer
01:00:15féministe,
01:00:15une femme qui a un discours
01:00:17ultra déconstruit
01:00:20et qu'ils disent
01:00:21non,
01:00:22non,
01:00:22ça a toujours été comme ça.
01:00:23Mais de l'assumer
01:00:24en donnant des exemples,
01:00:25ça,
01:00:25ça parle.
01:00:26Je trouve que c'est hyper précieux,
01:00:27donc merci pour ça.
01:00:28Merci à vous.
01:00:29Mais je le fais justement
01:00:30parce que je sais que
01:00:31beaucoup de femmes,
01:00:33et c'est ce que je fais
01:00:33notamment dans ma newsletter
01:00:34La Post Simone
01:00:35avec Simone Média,
01:00:36beaucoup de femmes
01:00:37ne se sentent pas légitimes
01:00:38parce qu'elles ont
01:00:39ces paradoxes
01:00:40et qu'elles se disent
01:00:41je suis une mauvaise féministe
01:00:42parce que j'écoute
01:00:43Michael Jackson,
01:00:43parce que ceci,
01:00:44cela.
01:00:44Donc,
01:00:45je trouve que c'est hyper important
01:00:46de le dire
01:00:47pour qu'on...
01:00:48J'ai une expression
01:00:49qui me vire
01:00:49mais elle est vraiment vulcée.
01:00:51Merci à la question.
01:00:53Peut-être que vous l'aurez devinée.
01:00:55Devinez dans le chat.
01:00:56Attention,
01:00:57le bot est très sévère.
01:00:58Merci beaucoup.