- il y a 18 heures
Syndicats, journalistes et Reporters sans frontières se sont rassemblés jeudi 12 mars devant le Conseil d’État à Paris. En jeu, la vente du magazine Challenges à Bernard Arnault et l’application du règlement européen sur la liberté des médias. Entretien avec Thibaut Bruttin, directeur de RSF, pour comprendre ce qu'il se joue.
00:00 Intro : Bernard Arnault rachète encore des médias
2:50 Le quasi monopole de x sur la presse économique
5:28 Le bras de fer avec Challenge
8:12 La bataille de RSF contre la concentration des médias
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NewsTranscription
00:01Encore une menace sur la liberté de la presse.
00:05Il y a quelques mois, Bernard Arnault a racheté les titres Challenge, Science et Vie et La Recherche pour un
00:111 euro symbolique.
00:12Pour rappel, l'homme d'affaires était considéré comme la deuxième fortune de France en 2025, avec plus de 116
00:17milliards d'euros,
00:18selon le classement réalisé par le fameux magazine économique Challenge.
00:22Bernard Arnault, c'est aussi propriétaire du groupe LVMH, Louis Vuitton, Moat Tennessee,
00:26dont fait partie les groupes Les Échos Le Parisien, ainsi que Paris Match, l'Opinion, l'Agence économique et financière,
00:33la Géfi.
00:35Demain, au Conseil d'État, va être examiné le référé engagé par Reporters Sans Frontières et trois indicats de journalistes
00:40sur la pertinence de cette nouvelle concentration.
00:42Pour en parler avec nous, Thibaut Brutin. Bonjour Thibaut, vous êtes à distance avec nous.
00:48Vous êtes directeur général de Reporters Sans Frontières.
00:52Absolument.
00:53Avec nous également, Caroline Constant.
00:55Bonjour Clara.
00:56Bonjour Thibaut.
00:57Chef du service Média à l'Humanité.
01:00Et donc Thibaut, la première question que j'aurais pour vous, c'est en quoi le fait que Challenge intègre
01:13le groupe LVMH,
01:15c'est quelque chose qui vous soucie et qui pour vous est un problème en termes de pluralisme ?
01:21Alors, Reporters Sans Frontières, c'est une organisation que vous connaissez probablement parce qu'elle se bat pour les journalistes
01:26en difficulté pour commencer,
01:28mais aussi on a à cœur de promouvoir un journalisme, une liberté de la presse qui soit pleine et entière,
01:33et ça passe par l'indépendance économique, ça passe par le pluralisme de l'information.
01:38Et on est très inquiet, nous, en France, de voir les grandes manœuvres qui sont actuellement en cours, dont celles
01:44qui sont orchestrées par le groupe LVMH.
01:47Le magazine Challenge, c'est un des magazines économiques hebdomadaires les plus réputés,
01:54et il est clair que nous nous trouvons dans une situation qui est quand même doublement paradoxale.
01:59Vous avez non seulement la presse économique qui est largement aujourd'hui concentrée entre les mains d'un même groupe,
02:06le groupe LVMH,
02:07mais aussi le propriétaire de ce groupe et ce groupe lui-même ont un poids économique considérable en France.
02:14Bernard Arnault est aujourd'hui une, si ce n'est la première fortune de France.
02:19Donc c'est absolument ahurissant d'imaginer qu'un mouvement de concentration supplémentaire,
02:25la vente du magazine Challenge, s'opère sans qu'il n'y ait eu de contrôle, de conformité de la
02:31part de l'autorité de la concurrence
02:33et de l'ARCOM, du régulateur des médias.
02:36Donc c'est pour ça que nous avons décidé de lancer une procédure avec les syndicats,
02:40en concertation aussi avec les salariés, parce qu'il nous paraît tout à fait étonnant d'arriver à ce stade
02:47de laisser faire dans les opérations de concentration.
02:50Parce que pour le coup, si on parle de Bernard Arnault, il a effectivement les échos déjà en fait,
02:56qui est quand même le principal quotidien économique, il a la GFI, il a l'Opinion aussi, qui fait pas
03:02mal d'économies.
03:03Ce qui effectivement, avec Challenge, lui donne une quasi mainmise sur la presse économique.
03:16Oui, alors il faut voir que le marché, en termes stricts d'évaluation des médias, c'est un marché qui
03:23est double.
03:24Il y a un marché du lectorat, et selon les calculs que nous faisons, le lectorat de la presse économique
03:31serait à 75% associé à des titres
03:34qui seraient des titres de LVMH.
03:36Et vous avez aussi un marché de la publicité, qui est le deuxième marché de ces médias,
03:42sur lequel il y aurait aussi une position relativement dominante, voire même profondément dominante, du groupe LVMH.
03:49Donc, évidemment, on voit comment certains vont essayer, y compris au Conseil d'État, de s'en sortir en disant
03:56« Non mais regardez, on parle d'un tout petit nombre de titres, avec un lectorat qui est somme toute
04:02assez limité
04:03au regard de l'ensemble des consommateurs d'informations à travers la France. »
04:08Mais là, il s'agit d'un secteur spécifique, d'un secteur stratégique,
04:12et je crois que c'est quand même l'honneur de la démocratie française que de pouvoir opérer un contrôle,
04:19moi je ne dis pas quel doit être le sens des décisions qui sont prises par le régulateur,
04:24mais je trouve qu'il est étonnant que tout le monde ferme les yeux alors qu'on assiste à ce
04:28mouvement,
04:28d'autant plus que ce n'est pas comme si Bernard Arnault voulait juste jouir avec le groupe LVMH de
04:37la propriété de ces médias.
04:38Il y a délibérément des actions qui laissent penser qu'il y a une transformation qui peut s'opérer de
04:46la ligne éditoriale
04:46et aussi une reprise en main de la gouvernance.
04:50C'est pour ça que la charte éditoriale qui est aujourd'hui au cœur d'un conflit qui dépasse, à
04:56mon sens,
04:56un conflit social au sein de Challenges est importante puisqu'elle prévoit deux choses
05:01qui sont manifestement un agacement pour le nouveau propriétaire.
05:05Un, le soutien dans la ligne éditoriale à une économie sociale de marché,
05:10et non pas à l'économie de marché.
05:12Et deuxièmement, des mécanismes qui permettent d'associer les rédactions
05:16à la désignation de leurs dirigeants.
05:20Ça, c'est deux choses qui manifestement ne font plus partie des possibilités de négociations attendues
05:25dans le cadre du conflit en cours à Challenges.
05:28Oui, et pour le coup, il a directement annoncé comme ça aux salariés, en fait,
05:33que leur charte éditoriale ne fonctionnait plus.
05:36Et ce n'est pas un coup d'essai pour Bernard Arnault,
05:38parce qu'il avait déjà tenté de donner un grand coup dans la charte des échos, en fait.
05:48Donc, ce qui leur a valu 18 mois de bras de fer, en fait,
05:53avec des rédactions qui sont quand même très engagées.
05:57Oui, et sans ramener ma fraise, je veux dire, l'expérience que j'ai pu faire
06:03avec un certain nombre d'autres journalistes et d'autres acteurs de la société civile
06:06du procès dit procès Fakir, où Bernard Arnault est venu s'expliquer devant le juge
06:12et nous a donné sa vision du journalisme,
06:15je dois avouer que c'est assez ahurissant de voir le raidissement
06:20d'un capitaine d'industrie qui, aujourd'hui, ne fait pas vraiment mystère
06:26du fait qu'il considère l'ensemble de la profession journalistique
06:30comme étant jalouse de la richesse qui serait la sienne,
06:35comme étant hostile à l'économie de marché.
06:37Et je crois qu'il y a quelque chose d'assez déraisonnable dans cette fuite en avant.
06:43Et il nous appartient de rappeler qu'il y a des garde-fous
06:47qui empêchent d'asservir peut-être des titres de main à une certaine vision,
06:53qu'il est important de rappeler que les entreprises de presse
06:56ne sont pas des entreprises complètement comme les autres
06:59puisqu'elles jouent un rôle démocratique.
07:01Alors, voilà, une fois de plus, nous, on n'est pas contre le rachat de challenges
07:05par Bernard Arnault.
07:06On dit juste que ce n'est pas possible d'imaginer
07:08qu'il n'y ait pas un regard qui s'opère de la part du régulateur,
07:12du régulateur, je dirais, de droit commun,
07:15qui est l'autorité de la concurrence,
07:16mais aussi du régulateur plus spécialisé dans les médias,
07:19qui est l'ARCOM, et qui a été désigné dans une législation européenne
07:23pionnière, qui est en vigueur depuis août 2025,
07:26comme étant le régulateur de l'ensemble du champ des médias,
07:29notamment dans le cadre de l'examen des opérations de concentration.
07:32Donc, c'est plutôt une faillite de l'État
07:36que, je crois, cette affaire met en évidence
07:38plutôt que quelque chose qui serait de l'ordre,
07:42je dirais, d'un comportement coupable du propriétaire.
07:47C'est vraiment, comme je le dis une fois de plus,
07:48une question de laisser faire.
07:50Et je crois qu'il faut vraiment que l'on revienne là-dessus.
07:53Moi, je suis tout à fait favorable à l'idée
07:56qu'il peut y avoir un marché des idées,
07:57que toutes les idées doivent s'exprimer,
07:59mais il faut reconnaître qu'il y a aujourd'hui
08:00une certaine fausseté dans ce marché.
08:04Et il est clair que la mainmise de certains propriétaires,
08:07les grandes manœuvres qui s'opèrent,
08:09laissent penser que le but, effectivement,
08:11est de fausser le débat public.
08:12Oui, et pour le coup,
08:14on va revenir tout de suite sur la procédure
08:17que vous avez lancée.
08:20mais quand vous parlez de ce qui est en train de se jouer,
08:26ça pose un problème démocratique qui n'est pas d'hier,
08:29parce qu'en fait, cette concentration,
08:31cette faillite de l'État, comme vous dites,
08:34en gros, depuis les états généraux de l'information de 2008,
08:38cette concentration, on a vu une accélération considérable,
08:41qui fait qu'aujourd'hui, plus de 90% des titres
08:44sont aux mains de quelques milliardaires,
08:46et que ça influe sur le débat politique
08:49de façon très forte.
08:51Est-ce qu'avant ça...
08:52Oui, il y a deux choses qui me chiffonnent
08:55dans la situation dans laquelle nous nous trouvons,
08:58parce que c'est, je dirais, nous,
09:00au sens des journalistes,
09:01mais aussi nous, au sens de communauté citoyenne,
09:03c'est qu'effectivement, on n'a pas réussi
09:05à mettre à jour,
09:07comme on met à jour un logiciel,
09:09les règles anti-concentration,
09:10puisqu'elles existent,
09:11elles ont été créées en 1986,
09:14et voilà, en 1986,
09:16on va célébrer les 40 ans des dispositions,
09:19et je vous invite à les relire,
09:20pour ceux qui en ont la patience,
09:21à aller sur les sites gouvernementaux français
09:25et au journal officiel,
09:26vous verrez que la loi de 1986,
09:27elle est fondée sur un équilibre technologique
09:31de l'information qui n'est plus du tout
09:33celui qui est valable aujourd'hui.
09:34On parle, par exemple, de radio et de télévision
09:36avec des bassins de population.
09:37Il faut se remettre un peu dans les années 80.
09:39C'est-à-dire qu'en fait, vous avez des télés et des radios
09:42qui ne touchaient que certaines zones du territoire national,
09:46qui n'avaient qu'une sorte de zone de chalandise limitée.
09:48Aujourd'hui, avec Internet, tout ça n'a plus aucun sens.
09:51On note aussi qu'à l'époque,
09:53c'était avant l'émergence, je dirais,
09:57d'une concurrence très vive, très forte,
10:00dans les kiosques pour les hebdos.
10:02Les hebdos ne font pas partie des marchés qui sont regardés.
10:07Donc bref, cette vote 86, elle est un peu obsolète.
10:10Et c'est vrai que la France se trouve dans une situation,
10:13dans le classement mondial de la liberté de la presse,
10:15qui n'est pas déshonorante.
10:16La France stagne aux alentours de la 20e position
10:19depuis plusieurs années.
10:20Mais on a une incapacité structurelle
10:22à réformer le cadre d'exercice du journalisme
10:26et des médias, et je crois que c'est un des symptômes.
10:30Et le deuxième point que je voulais mettre en avant,
10:32non seulement cette vote 86, elle est vieille,
10:35elle est obsolète, mais en plus,
10:36nous avons un problème fondamental
10:39d'économie des médias qui n'a pas été traité.
10:41Ce n'est pas le fait des propriétaires de médias,
10:44c'est plus le fait, à mon avis,
10:45de choix industriels assez pauvres
10:47et de l'arrivée, comme disrupteur tout à fait malfaisant,
10:52des plateformes numériques,
10:54qui, à certains égards, sont des conglomérateurs
10:56encore plus puissants que les propriétaires de médias
11:00et qui arrivent à les mettre même en énorme difficulté.
11:03Et c'est pour ça que cette concentration des médias,
11:04elle s'est opérée aussi,
11:05c'est suite à cette fragilisation économique
11:07que les politiques publiques n'ont pas réussi à enrayer
11:10et que l'initiative, parfois éclairée,
11:13des patrons de presse n'a pas réussi à permettre
11:15de laisser en bonne sensée.
11:18Donc on est un peu dans une situation
11:19assez désastreuse, en vérité,
11:22où la fragilisation économique des médias
11:24permet leur reprise en main par des groupes
11:27qui, parfois, veulent mettre des garde-fous
11:29et empêcher l'intervention de l'actionnaire,
11:31mais parfois pas.
11:32Le pire étant Vincent Bolloré,
11:34où on a l'impression que c'est quasiment lui
11:35qui dicte l'actualité.
11:38On va revenir sur cette procédure en course référée
11:42qui passe devant le Conseil d'État de demain.
11:45Et vous me disiez au téléphone lundi
11:48que vous allez prendre cette question
11:54sur l'aspect juridique avec la CGT,
11:56le SNJ-CGT et la CFDT journaliste
12:00et que c'est un peu une façon différente
12:04d'affronter ce problème.
12:06Et qu'en même temps,
12:08alors que 70% des référés
12:10n'arrivent pas en discussion
12:13devant le Conseil d'État,
12:14le vôtre, là, pour le coup,
12:16il est discuté demain.
12:17Donc c'est déjà une première victoire.
12:19Oui, c'est vrai que le Conseil d'État,
12:23c'est le juge de l'administration.
12:24Alors je ne dis pas qu'il est nécessairement
12:25du côté de l'administration,
12:27mais il faut reconnaître que souvent,
12:29on se fait bananer dans nos référés.
12:30On a vraiment une difficulté
12:32à passer la rampe.
12:33D'ailleurs, regardez l'action
12:34qui a été courageusement
12:36et peut-être un peu témérairement
12:37reprise par une cinquantaine de professeurs
12:40pour essayer de faire respecter
12:42le pluralisme dans l'antenne de CNews.
12:43Ils n'ont pas passé la rampe.
12:45Nous, on a un travail,
12:47je pourrais vous montrer,
12:48c'est des centaines de pages d'écriture,
12:50c'est une compréhension assez nette,
12:52assez riche de ce que signifie
12:54le pluralisme de l'information,
12:55de ce que signifie un abus de position dominante,
12:57on est allé compulser tous les chiffres
12:59de l'ACPM,
13:01qui est une agence
13:03qui permet d'obtenir des chiffres
13:05sur la circulation de la presse,
13:07sur les marchés publicitaires.
13:09Donc, c'est béton.
13:11Et on ne se risquerait pas à le faire
13:13si c'était un point de détail.
13:15Là, on est sur quelque chose
13:16qui recoupe fondamentalement
13:18une sorte de défaut de l'État,
13:20de carence de l'État.
13:21Et c'est pour ça que nous,
13:22on veut pousser,
13:23c'est-à-dire que c'est outrageux
13:24ce qui se passe.
13:26Et peut-être que ça n'apparaît pas
13:28aussi nettement dans les communications
13:30qu'on peut faire,
13:30mais dites-vous qu'aujourd'hui en France,
13:32il n'y a pas de limite
13:33à la concentration des médias
13:35qui soit effective
13:36à l'heure où on se parle.
13:37On est quand même à un an
13:39et des poussières
13:41d'une élection présidentielle.
13:43On a ce problème
13:44qu'on a dénoncé,
13:47qu'on a mis en évidence
13:48depuis le début
13:50du nouveau quinquennat
13:52d'Emmanuel Macron.
13:53Il y a les États généraux
13:54de l'information
13:54qui ont travaillé.
13:56Il y a eu une proposition de loi
13:57que nous avons soutenue
13:58et largement inspirée
13:59à l'Assemblée nationale
14:00dont le premier article a été voté
14:02et a obtenu une majorité.
14:04Donc, s'il y a de la volonté politique,
14:06on peut y arriver
14:06pour essayer de trouver un chemin.
14:08Et je pense que
14:08toutes les forces politiques
14:10y ont intérêt.
14:11Personne n'a envie
14:11de se retrouver
14:12dans la situation
14:12dans laquelle, honnêtement,
14:15si vous êtes un député de droite
14:16aujourd'hui,
14:17votre situation n'est pas envieuse.
14:18Si vous dites
14:19le moindre truc
14:19qui déplaît à Bolloré,
14:20vous ne passez plus sur ces news.
14:22Ils se sont fait kidnapper
14:25par un propriétaire de médias
14:27qui a une incidence
14:28et une malveillance.
14:30Je crois qu'on est seulement
14:31en train de découvrir l'ampleur.
14:33Donc, voilà.
14:34Tout ça pour dire que
14:35nous, le droit,
14:37bien employé,
14:38bien employé,
14:40c'est-à-dire aussi
14:40dans une mesure
14:42qui est à la hauteur
14:44de l'enjeu,
14:45je crois que ça peut
14:46permettre de débloquer
14:47les situations.
14:48C'est pour ça qu'on avait réussi
14:48à cartonner ces news
14:50en 2024
14:52sur le pluralisme.
14:53Parce qu'on avait
14:54ça d'écriture
14:55et on ne s'était pas fondé
14:57sur des incidents à l'antenne,
14:59mais sur une appréciation
15:00beaucoup plus riche
15:01de ce qui se passait.
15:02il faut mettre les juges
15:03face à une évidence documentée
15:05pour obtenir gain de cause.
15:07Et là, en l'occurrence,
15:08vous vous appuyez
15:09sur un règlement européen
15:13sur les médias
15:13qui devrait être en vigueur
15:15depuis août 2025,
15:17comme vous le rappeliez tout à l'heure,
15:19et qui, pour le coup,
15:21n'a pas été mis en vigueur.
15:23C'est là-dessus
15:24que vous vous appuyez.
15:25Je ne sais pas
15:26quel est le jugement
15:27que chacun a
15:27sur l'Union européenne
15:28et son action.
15:29Ce qui est clair,
15:30c'est qu'on a,
15:33depuis l'entrée
15:34des nouveaux pays
15:36dans les années 2007,
15:372008, 2009, 2010,
15:39dans l'Union européenne,
15:40notamment les pays
15:40d'Europe de l'Est,
15:43des enjeux plus prononcés
15:45de liberté de la presse
15:46avec la Hongrie,
15:46avec la Slovaquie, etc.
15:48Et donc, c'est pour régler
15:50ces questions-là
15:50qu'un règlement
15:52a été mis en place
15:53et il est rentré en vigueur
15:55en août 25.
15:56Mais il n'a pas été créé
15:57uniquement pour parler
15:59d'Europe centrale.
16:00Tout le monde doit balayer
16:01devant sa porte.
16:02Et clairement, la France,
16:03moi, je commence à m'agacer,
16:05ne semble pas prendre la mesure
16:07du caractère un peu désuet
16:09de son cadre d'exercice
16:11et du besoin de travailler aussi.
16:13Et là-dessus,
16:14on a quand même
16:15une vraie difficulté.
16:16Alors que liser l'article 22
16:18sur les concentrations de médias
16:20dans ce règlement,
16:21c'est vachement bien fichu.
16:23Ça vous explique qu'il faut regarder
16:24au regard d'indépendance éditoriale,
16:26il faut regarder en fonction
16:27des audiences
16:27avec une mesure
16:28consolidée d'audience,
16:29qu'il faut qu'il y ait
16:30un régulateur
16:31qui soit désigné
16:32pour donner un avis.
16:33C'est hyper bien fait.
16:35Qu'est-ce qu'on attend
16:36pour mettre ça en œuvre
16:37depuis août 25 ?
16:39Le problème, c'est que la situation
16:41de la France n'est pas exceptionnelle
16:42malheureusement à la France.
16:44Et moi, j'étais à Bruxelles
16:45encore il y a quelques semaines.
16:46L'immense majorité
16:47des pays de l'Union européenne
16:48ne sont pas en conformité
16:50avec ce règlement européen.
16:51Ils l'ignorent.
16:52On a même parfois
16:52des conversations
16:53avec des parlementaires
16:54au niveau national
16:55qui ignorent qu'il y a
16:56un dispositif
16:57au niveau européen
16:59qui doit s'appliquer.
17:00Ce qui pose un problème
17:01quand même
17:02à un moment donné
17:03sur les questions
17:04d'indépendance
17:06de la presse
17:07comme vous le disiez
17:08mais qui pose un problème
17:09sur le fait
17:11que les parlementaires
17:12ne s'intéressent pas
17:12à ces problèmes
17:13alors que la presse
17:14est un des piliers
17:15de la démocratie.
17:16Enfin que la presse
17:16que les médias
17:17sont un des piliers
17:17de la démocratie.
17:18Ça nous pose
17:20dans un abîme
17:21qui va jusqu'à
17:22cette commission
17:24horrible
17:24sur l'audiovisuel public
17:27qui remet en cause
17:30tout le travail
17:31qui est fait
17:32par les journalistes
17:34et les producteurs
17:35qui sont sur le truc.
17:36Le truc va très très loin
17:37en fait.
17:39Oui.
17:39Et le combat
17:40que Reporters sans frontières
17:41mène en France
17:42depuis quelques années
17:43mais plus généralement
17:44dans le monde
17:45depuis 40 ans
17:46je crois qu'il doit
17:47être repensé.
17:48Ce qu'on a essayé
17:48de faire depuis
17:49moi que je suis arrivé
17:50à la direction générale
17:50en 2024
17:51c'est d'essayer
17:52de faire en sorte
17:53que la liberté de la presse
17:54qui est un concept
17:55qui a 200 ans quand même
17:57c'est un concept
17:57qui date de l'ère
17:58des Lumières
18:00que ce concept
18:01trouve une nouvelle jeunesse.
18:03Et il est clair
18:05qu'aujourd'hui
18:05il y a une sorte
18:06de confusion
18:06entre la liberté
18:08de la presse
18:08et la liberté d'expression.
18:10La liberté de la presse
18:11c'est pas la possibilité
18:12pour les journalistes
18:12de dire ce qu'ils peuvent.
18:14C'est pas la possibilité
18:15pour les propriétaires
18:16de médias
18:16de s'exprimer
18:17à travers leurs médias.
18:18C'est pas non plus
18:19une sorte de parole
18:21d'autorité
18:21ou de légitimation
18:24d'une sorte
18:25de parole médiatique.
18:27C'est au contraire
18:28un impératif
18:30d'action
18:30dans l'intérêt citoyen
18:32pour raconter
18:34le monde
18:35pour expliquer
18:35ce qui se produit
18:36pour être un contre-pouvoir
18:38face à des autorités publiques
18:41qui sont parfois
18:41défaillantes
18:42ou qui voudraient
18:43cacher certains
18:44de leurs agissements.
18:45Et c'est pour ça
18:45que moi je crois
18:46qu'il faut rappeler
18:48à quoi ça sert
18:48la liberté de la presse
18:50et il faut être exigeant
18:52à l'égard de la presse.
18:53La liberté de la presse
18:54c'est aussi
18:55une responsabilité.
18:57La charte des journalistes
18:58d'un point de vue éthique
19:00et déontologique
19:00elle impose
19:01plus de devoirs
19:02que de droits.
19:03Donc nous on pense
19:04qu'on peut l'emporter
19:05sur la liberté de la presse
19:06dans le débat public
19:07si on arrive
19:08à montrer à quel point
19:10il ne s'agit pas
19:11de défendre
19:11un journalisme
19:13qui serait pur et parfait
19:14mais au contraire
19:15de se battre
19:15pour une amélioration
19:16de l'information
19:18une information
19:19qui réponde
19:19aux besoins
19:20des citoyens
19:21qui soit capable
19:22de raconter
19:23son quotidien
19:24de faire en quelque sorte
19:26une représentation
19:26qui permette
19:27de s'inscrire
19:27dans la communauté nationale
19:29ce n'est pas idéaliste
19:30il y a des médias
19:31qui font très bien
19:31leur boulot
19:32il y en a d'autres
19:32qui le font moins bien
19:33il faut qu'on tire
19:34tout le monde vers le haut
19:35ou alors qu'on tire
19:36un trait net
19:37entre ceux qui font
19:38de l'opinion
19:39et ceux qui font
19:40de l'information
19:41vous voyez bien
19:42à qui je peux
19:43faire référence
19:44et je crois que
19:45c'est à ce prix là
19:46qu'on sauvera le journalisme
19:47il n'y a pas
19:48il n'y a pas de fatalité
19:49mais je crois
19:50qu'aujourd'hui
19:50le coup politique
19:51de s'attaquer au journalisme
19:53ou de traiter
19:54cette question là
19:54est devenu
19:55beaucoup trop élevé
19:56et ça finit par devenir
19:57quelque chose
19:58qui contribue
20:00à la polarisation
20:01de la société
20:02je crois qu'au contraire
20:03on a besoin de médias
20:03qui font leur travail
20:04qui remettent les choses
20:05à leur place
20:07qui ont une forme
20:08d'humilité
20:09de modestie
20:10d'artisanat
20:11je dirais
20:11dans le bon sens du terme
20:12dans la collecte
20:15et la diffusion
20:15d'informations
20:16en quelques mots
20:17vous venez de publier
20:19aujourd'hui
20:19une étude
20:20sur la presse
20:22sur les médias locaux
20:23en fait
20:24qui montre
20:24qu'elle est aussi
20:26en danger
20:26et que c'est
20:27une catastrophe
20:28vous pouvez nous en dire
20:29deux trois mots
20:31oui
20:31il y a presque
20:3336 000 cartes de presse
20:34en France
20:3434 000
20:35il y a autant de communes
20:36il se trouve que
20:38les cartes de presse
20:39sont inégalement réparties
20:40beaucoup à Paris
20:41alors qu'en fait
20:42il y a énormément
20:44de journalisme de qualité
20:45qui se crée
20:46avec des équipes
20:46plus petites
20:47avec des médias
20:48qui sont d'une pertinence
20:50pour le tissu
20:52français
20:52national
20:53sur les territoires
20:54et c'est à ces journalistes là
20:56qu'on voulait rendre hommage
20:57en se disant que
20:58non seulement
20:59ils sont menacés
21:00et parfois ça passe
21:01trop inaperçu
21:01par des potentats locaux
21:03des élus municipaux
21:06des conseils régionaux
21:07etc
21:08mais aussi
21:09que leur équilibre économique
21:10est très précaire
21:11et puis enfin
21:12qu'ils sont
21:12le premier réseau social
21:15d'hiver matin
21:15c'est eux
21:16qui racontent au fond
21:17le lien social
21:19qui le font vivre
21:20dans le territoire
21:21voilà
21:22merci beaucoup
21:23en tout cas
21:23pour cet entretien