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  • il y a 10 heures
En 2019, le duo Macron-Belloubet a porté une politique de fermeté et 70 000 peines de prison ferme sont prononcées rien qu’en 2019. +70 % par rapport à 2000. Un record. Depuis, la prison a continué à s’imposer comme la réponse pénale par défaut. Au 1er mai 2025, nos prisons n’ont jamais été aussi pleines : près de 84 000 détenus pour à peine plus de 62 000 places. La surpopulation carcérale est un fait. Reste à comprendre : comment on en est arrivés là ? Quelles conséquences sur la société, la justice ? Quelles alternatives ? C’est tout l’objet du reportage que nous propose Cemil Şanlı.

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Transcription
00:01– Alors, Jemil, de quoi tu vas nous parler ce soir ?
00:03– En plus, il y aura, on va le voir, quelque chose de systémique aussi
00:07dans le reportage que je vous propose ce soir.
00:09Et pour commencer, pour débuter, j'ai une question pour tous les trois,
00:12et vous chez vous d'ailleurs, bonsoir au passage.
00:14Qui a déclaré, je cite, « les peines de prison ne sont pas là
00:17pour répondre aux émotions de la société, la prison crée même parfois des monstres ? »
00:22– Au hasard Sarkozy…
00:24– Roland Barthes.
00:26– Sarkozy, il est dans la prison.
00:29– Darmanin adore la prison aussi, mais ça va être quelqu'un qui va nous surprendre.
00:32– Marine Le Pen peut-être, elle a eu des petits ennuis avec la justice récemment.
00:35– Est-ce qu'ils ont Sarko aussi, tu vois ?
00:37– Eh bien, vous n'êtes pas autrement, ça dépend comment on regarde les choses,
00:39mais c'est notre président de la République, Emmanuel Macron,
00:42il était tout le même président un an après son élection, en 2018,
00:45c'était à Agen, lors d'une visite à l'École nationale d'administration pénitentiaire.
00:49L'année suivante, en 2019, sur fond de révolte des Gilets jaunes,
00:52est boostée par un durcissement pénal amorcé sous Sarko,
00:54on en a parlé, effectivement, il est dans l'équation.
00:57Le duo Macron-Belloubet porte à ce moment-là une politique de fermeté
01:01et 70 000 peines de prison ferme sont prononcées rien qu'en 2019,
01:05plus 70% par rapport à 2000, un record.
01:08Alors depuis, la prison a continué à s'imposer comme la seule réponse
01:11ou la réponse principale pénale par défaut.
01:14Au 1er mai 2025, nos prisons n'ont jamais été aussi pleines,
01:18près de 84 000 détenus pour un peu plus de 62 000 places opérationnelles.
01:23La surpopulation carcérale en France est un fait.
01:26Reste à comprendre comment en est-on arrivé là,
01:29quelles conséquences sur la société, la justice et quelles alternatives.
01:32C'est tout l'objet du reportage que je vais vous présenter ce soir ici.
01:35Et pour commencer, d'abord l'actualité.
01:37Elle est marquée par des annonces, des annonces politiques,
01:39faites par exemple par Darmanin, par Retailleau.
01:42Les deux ministres en question veulent, et pas que eux,
01:44durcir encore la réponse pénale au rythme des faits divers
01:47qui marquent les esprits, qui sont très médiatisés.
01:49Par exemple, la mort d'Elias en janvier.
01:52Écoutez, Gérald Darmanin, c'était le 12 juin, il y a quelques jours, sur BFM.
01:55Le taux de réitération observé dans les cinq années de la première condamnation
02:00est supérieur à 50% pour les mineurs, primo délinquants.
02:03Et c'est 70% sans doute pour les gens qui sortent de prison et qui sont majeurs.
02:06Donc oui, c'est un échec, je l'ai dit, quasiment dès mon arrivée place Vendôme.
02:10Et du coup, je propose de changer, c'est ça la révolution pénale,
02:13changer la façon de faire.
02:14Au lieu d'être très dur, parce que la justice peut être très dur,
02:17avec des gens qui sont multirécidivistes et les envoyés en prison
02:19quand on les connaît depuis 5 fois, 10 fois, 15 fois,
02:23il faut être très dur au premier fait.
02:25Je suis pour les peines minimales, même pour les mineurs.
02:27Je pense qu'une peine minimale aurait été intéressante pour l'éducation,
02:32parce que la répression, c'est aussi une forme d'éducation.
02:36Quelle horreur !
02:37Alors la répression, c'est une forme d'éducation, ça marque les esprits.
02:39Le ministre, en tout cas, vous l'entendez là, reconnaît l'échec du système pénal.
02:43Déjà, je cite, je le cite, très dur.
02:44Mais sa réponse, on l'entend, c'est on continue, mais de manière plus forte
02:47et dès la première infraction, y compris pour les mineurs.
02:50Alors une fuite en avant répressive malgré l'échec,
02:52rien de nouveau dans cette logique,
02:53puisque celle-ci s'inscrit dans une longue trajectoire.
02:56En 40 ans, en France, le nombre de détenus a été multiplié par 2,6.
02:59Mais est-ce que ce n'est pas tout simplement dû à une augmentation de la délinquance ?
03:04Eh bien non.
03:04L'administration pénitentiaire elle-même l'écrit en mars 2024.
03:07Comme vous le voyez à l'écran, les chiffres de la délinquance
03:10n'expliquent pas la hausse du nombre de détenus, qui s'accélère.
03:14Elle s'alarme là-dessus d'ailleurs.
03:15D'ailleurs, fin 2023, c'est la Cour des comptes qui dit la même chose.
03:18Les enquêtes de victimation menées par l'INSEE
03:21montrent une délinquance plutôt stable,
03:23mais une réponse pénale qui s'accélère et qui est de plus en plus dure.
03:27Il est vrai que, par exemple,
03:28sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron,
03:30il y a eu 120 infractions nouvellement créées,
03:33punies de prison ferme ou réprimées plus dissévèrement.
03:37Et pour l'OIP, l'Observatoire international des prisons, secteur France,
03:40la prison est devenue une réponse banalisée, partout et pour tout.
03:44Écoutez Prune Missoff,
03:46qui est une des responsables banalisées et plaidoyées à l'OIP,
03:49que j'ai pu interviewer il y a quelques jours.
03:51En fait, qu'est-ce que vous allez faire
03:52quand vous multipliez les peines de moins de six mois ?
03:54Concrètement, vous enfermez des personnes dans 9 mètres carrés
03:58à 2, 3, 4, 22 heures sur 24,
04:02avec des carences d'accompagnement qui sont extrêmement importantes,
04:06avec des carences dans l'accès aux soins,
04:08très peu de moyens dans l'insertion.
04:10Et en parallèle, ce sont des personnes
04:12que vous avez complètement désocialisées.
04:15Éventuellement, vous avez perdu votre logement.
04:17On sait que l'incarcération appauvrit.
04:20Ça a pu créer aussi des problématiques
04:22dans vos liens familiaux,
04:24liens avec vos proches.
04:26Et donc, finalement, on désocialise des personnes
04:28sans donner aucun sens à leur incarcération.
04:32Et c'est présenté comme la solution par excellence.
04:35Alors, pour approcher au plus près la réalité carcérale,
04:38j'ai accompagné la députée communiste Elsa Fossillon
04:40lors d'une visite inopinée,
04:41c'est-à-dire qu'on ne prévient pas d'avance
04:42dans une maison d'arrêt.
04:44Seule autorisée, donc la députée a posé des questions,
04:46c'est la règle.
04:47Elle me permet là d'observer, de tendre le micro
04:49et de filmer moi-même et avec Franck Cartelet.
04:57Combien, ce matin, de détenus ?
04:59À 1151 personnes détenues.
05:02On est à pas loin de 200% de taux de données.
05:04On l'a même dépassé, il n'y a pas si longtemps,
05:07mais on est à 200%.
05:11Est-ce que là, ça veut dire que dans cette cellule,
05:14il y en a 3 ?
05:15Attendez, attendez.
05:16Là, il y a 4 en cellule arrivant.
05:19Même plus que ça, en fait.
05:22Même 5.
05:23Il faut qu'on voit ça.
05:24Elle fait combien de mètres carrés, à peu près,
05:26cette cellule, monsieur le directeur adjoint ?
05:28Oui, 10 mètres carrés.
05:2910 mètres carrés, vous êtes 5.
05:31Combien d'heures par jour dans cette cellule ?
05:3323, après peut-être moins d'heures.
05:3623 heures, peut-être moins d'heures,
05:37parce qu'il y a une heure de promenade.
05:39Et monsieur, je vous entendais dire que les conditions,
05:41vous disiez au directeur adjoint ?
05:43Là, je suis arrivé samedi, regardez,
05:44je dors par terre comme un chien.
05:46C'est horrible, franchement, c'est horrible.
05:47Du coup, qu'est-ce qui est le plus dur dans cette cellule ?
05:49L'intimité, on n'a pas d'intimité, madame.
05:52On est, on est, on dirait, on vit,
05:55je ne sais pas comment vous expliquer,
05:56on vit l'un sur l'autre.
05:58On n'est pas à l'aise.
05:59Même en haute toilette, on a du mal à aller aux toilettes.
06:01On n'a même pas envie d'aller aux toilettes.
06:05Donc voilà.
06:05Le chef d'établissement a alerté de la situation,
06:08a fait un courrier à la DI.
06:11Les solutions, ça peut être quoi, par exemple ?
06:14Effectivement, peut-être, de travailler sur l'application
06:16des réductions de peine.
06:18Comme vous le savez, la réforme des réductions de peine
06:21a été modifiée.
06:22Alors, ce n'est pas tant le nombre d'entrants
06:24qui va forcément faire monter la population,
06:26c'est plus la baisse de sorties.
06:29C'est assez contradictoire avec l'espèce de discours ambiant
06:32qui parle de laxisme,
06:33qui dit que les peines ne sont pas appliquées,
06:35que les peines ne sont pas assez longues.
06:37Là, ce que j'entends, c'est que vous nous dites justement
06:39qu'il y a moins de sorties.
06:40Donc ça signifie quand même que,
06:41non seulement les peines, elles sont appliquées,
06:43mais qu'elles sont plus longues.
06:44Les peines sont appliquées.
06:46Les peines sont appliquées, maintenant.
06:48Je ne vais pas me prononcer plus que ça.
06:51On voit donc ici, déjà, le décalage dans le discours,
06:54ici, entre la réalité du terrain,
06:56il dit que les peines sont appliquées,
06:57que c'est fait, c'est plus long, etc.,
06:58et les discours politiques,
06:59de laxisme et de la justice.
07:00On va en revenir plus tard.
07:02Avec Franck, on a pu voir et filmer
07:03beaucoup de choses pendant plus de deux heures.
07:05Un reportage plus long et immersif
07:07sur la maison d'arrêt de Nanterre,
07:09puisque vous l'avez reconnu ici,
07:09sera bientôt publié,
07:10je vous tiendrai au courant sur mes réseaux sociaux.
07:13Le jour de notre visite,
07:14la prison affichait une surpopulation de 199%,
07:18c'est-à-dire quatre fois plus de monde dans les cellules.
07:20Et ce n'est pas une exception,
07:21c'est systémique, le mot revient.
07:23Une situation qui paie sur les détenus,
07:25mais aussi sur les personnels.
07:27Écoutez Wilfried Fonck,
07:28qui est secrétaire nationale de l'UFAP,
07:30UNSA, justice.
07:31Avec le sous-effectif chronique qui est rencontré,
07:34le quotidien d'un agent,
07:36aujourd'hui, c'est des repos qui sautent,
07:38c'est des heures supplémentaires.
07:39On a une enveloppe de 13 millions d'euros
07:42d'heures supplémentaires impayées aujourd'hui.
07:44On a des agents qui, aujourd'hui,
07:45pourraient très bien s'arrêter de travailler
07:47parce qu'ils ont une année d'heures supplémentaires au compteur.
07:50La première question aujourd'hui qui se pose chez les agents,
07:52c'est « c'est quoi le sens de mon boulot ? »
07:54Parce qu'on a effectivement des missions de garde,
07:56mais on a aussi tout ce volet réinsertion.
07:58Et tout ça, aujourd'hui,
08:00malheureusement, on a de plus en plus de mal
08:02à y voir clair,
08:03à avoir de la lisibilité dans ce qu'on demande aux agents.
08:06Alors, comme l'hôpital public,
08:08la prison manque cruellement de moyens.
08:10Et en visitant d'ailleurs cette maison d'arrêt,
08:11on peut parfois avoir l'impression d'y être.
08:13Couloir vétuste, personnel épuisé,
08:16mais qui font du mieux qu'ils peuvent avec les moyens qu'ils ont.
08:18Mais là, avec des barbelés et des portes blindées en plus.
08:20Le parallèle est d'autant plus flagrant
08:22que 8 détenus sur 10 présentent des troubles psy,
08:25un trouble psy,
08:26et plus de 20% des troubles psychotiques graves.
08:29Alors, toujours à la maison d'arrêt de Nanterre,
08:30j'ai pu rencontrer le psychiatre Louis Huard.
08:33Il alerte, lui, de son côté,
08:34sur la fermeture des centres de prévention médico-psychologique.
08:37Écoutez-le.
08:38Les malades psychiatriques, psychotiques, schizophrènes
08:42qui devraient être soignés en prévention par ces CMP
08:45ne le sont plus.
08:46Donc, ils sont réduits à des conditions sociales
08:49qui les amènent à commettre des délits,
08:51notamment voler pour manger.
08:52Ce qui fait que le diagnostic psychiatrique
08:55qui aurait dû être fait par les CMP,
08:57nous le faisons ici.
08:59Ce qui fait qu'on est dans une structure
09:01qui ne répond plus à l'approche préventive
09:05de l'hôpital moderne.
09:06C'est-à-dire que nous sommes devenus
09:07une sorte d'hôpital-prison.
09:10Le principal symptôme auquel nous sommes confrontés,
09:12c'est le risque suicidaire.
09:15Et en effet, le suicide en prison,
09:17c'est 6 à 7 fois plus fréquent
09:20que dans la population générale.
09:22Un tous les 2 à 3 jours.
09:23Début juin, du côté d'actualité,
09:25l'Association des psychiatres en milieu péditentiaire
09:28a adressé cette lettre ouverte au président de la République
09:30pour alerter une fois de plus
09:32équipe Abou qui démissionne
09:33et aussi des tenus malades laissés à l'abandon.
09:36Tandis qu'en 2020,
09:37la Cour européenne des droits de l'homme
09:39a déjà condamné la France,
09:40c'est historique au niveau-là,
09:41pour traitements inhumains et dégradants.
09:43Pour l'OIP, l'Observatoire international des prisons,
09:47ce n'est pas une dérive,
09:48mais une politique assumée.
09:50Ce qui est assez fou,
09:51c'est que ça fait 5 ans
09:53que cette décision a été rendue.
09:55Au niveau européen,
09:56il y a un suivi régulier
09:57par le comité des ministres du Conseil de l'Europe
09:59pour voir si la France prend en compte
10:02la condamnation qui a été faite.
10:05Et en fait,
10:06à chaque fois que le comité des ministres
10:08rend une nouvelle décision de suivi,
10:10et la dernière date d'il y a quelques jours,
10:13elle s'inquiète,
10:14elle s'alarme de l'aggravation
10:16de la situation entre-temps.
10:17Il n'y a aucune politique
10:18qui a été adoptée à la suite de cette condamnation
10:21qui permettrait d'inverser la tendance.
10:23On est aujourd'hui
10:25de l'ordre d'une politique tout à fait assumée.
10:28Une politique tout à fait assumée,
10:30alors oui ou non,
10:30oui en écoutant Darman à la télévision,
10:32mais déjà moins
10:33quand on confronte
10:34la porte-parole du gouvernement
10:35aux faits,
10:36faits qu'on vient de voir ensemble,
10:37les animerés, on l'a compris,
10:38et que je rappelle donc ces faits
10:40à Sophie Prima
10:41dans ma question jeudi à l'Elysée.
10:43Soyez attentifs,
10:44c'est un peu bancal,
10:45écoutez sa réponse.
10:46Merci de votre question
10:47qui me permet de dire
10:47que ce n'est pas notre vision.
10:49Toujours plus de prison
10:50pour toujours plus de récidive,
10:52évidemment.
10:52La philosophie générale
10:54qu'il y a derrière ce texte,
10:55c'est de se dire
10:56réduction des délais
10:57entre l'acte et le jugement
10:59et réalisation de la peine
11:01dans des conditions
11:01qui seront de nouvelles conditions
11:03d'incarcération,
11:05notamment, vous savez,
11:06le programme modulaire
11:08que le ministre de la Justice
11:09veut mettre en place.
11:11Justement,
11:11le récidive en France,
11:12il est quasiment 60%.
11:13Pas plus tard que ce matin,
11:14j'étais en visite
11:15inopinée d'une prison,
11:16celle de Nanterre
11:16avec une députée
11:17pour pouvoir constater
11:19les fameuses conditions.
11:21La Cour européenne
11:21est le droit de l'homme
11:22à condamner la France
11:22il y a un peu moins de 5 ans
11:23maintenant sur ces conditions,
11:25juger d'une hymène dégradante.
11:27Et il y a encore quelques jours
11:28à peine de cela,
11:29à épingler la France
11:30en disant que ça ne s'arrange pas.
11:31Le gouvernement parle de dignité,
11:32mais souvent défend des mesures
11:34pour enfermer toujours plus de personnes,
11:35y compris, c'est des faits,
11:36aux adolescents,
11:37des malades psychiatriques en prison.
11:38Est-ce que ce n'est pas contradictoire
11:39avec ce que vous me dites à l'instant ?
11:41Eh bien, non, me semble-t-il,
11:43sur la volonté de modifier
11:44l'univers carcéral français.
11:46C'est la raison pour laquelle
11:47le ministre, le garde des Sceaux,
11:49a souhaité vider une partie des prisons
11:52vers des établissements
11:53de type modulaire.
11:55Nous avons une question
11:55également des prisonniers étrangers,
11:57le nombre de prisonniers
11:58qui pourraient être
12:00effectivement retournés
12:01vers leur pays
12:02pour éviter la surpopulation
12:05dans nos propres horizons.
12:07Bon, j'avais vu que c'était
12:08un petit peu périlleux.
12:09Traduisons-la,
12:09parce que ce n'est pas si simple,
12:10moi je suis un peu habitué
12:11avec le temps,
12:11mais de comprendre
12:12avec les oreilles un peu
12:13non initiées au discours politique.
12:14La réponse est oui.
12:15Leur cap, c'est toujours plus de prison.
12:17Le programme modulaire
12:18dont elle parle ici,
12:18de Darmanin,
12:19c'est juste des cellules de prison
12:21en béton préfabriqués.
12:22Donc encore plus de prison.
12:23Sophie Prima s'enferme là
12:24dans le déni,
12:25tout en glissant,
12:26vous l'avez entendu,
12:27au passage,
12:27un tacle sur les étrangers.
12:29En effet, 22 à 25%
12:30des détenus en France
12:31sont de nationalité étrangère,
12:33mais une surreprésentation
12:34due moins à une criminalité
12:36accrue de leur côté
12:36qu'à la précarité
12:37dans laquelle ils sont enfermés
12:39au profilage policier
12:40et une justice à deux vitesses
12:41où les biais racistes et coloniaux
12:43sont très présents.
12:44Mais alors,
12:45quid des peines alternatives
12:46à la prison ?
12:47Eh bien, c'est une demande forte
12:48des syndicats
12:49et d'une partie de la gauche.
12:50J'ai pu en discuter
12:51avec Judith Arnbach,
12:52qui est la présidente
12:53du syndicat de la magistrature.
12:55Elle m'expliquait
12:55il y a quelques jours
12:56qu'au-delà de l'usage récurrent
12:57du bracelet électronique,
12:59qu'elle décrit là
13:00comme une forme d'incarcération
13:01sans suivi ni psy
13:03ni d'accompagnement social,
13:05les tribunaux font très peu
13:06recours aux peines alternatives.
13:08Déjà par manque de moyens,
13:09pratiques,
13:10permettant la faisabilité.
13:11Il y a des endroits en France
13:12où c'est complètement impossible
13:13parce qu'il y a zéro moyen physique.
13:15Mais aussi pour des raisons politiques,
13:16voire sociétales plus vastes.
13:18Écoutez-la.
13:19Or, c'est vraiment
13:20cette justice de l'urgence
13:21dans laquelle on juge
13:23des masses très importantes
13:24de personnes
13:25qui ont commis des infractions
13:26comme des vols de téléphone,
13:27des petites transactions stupéfiants,
13:28des atteintes aux personnes
13:29de gravité intermédiaire,
13:31qui est la plus grosse
13:32pourvoyeuse d'incarcération.
13:34Pourquoi ?
13:35Parce que les délais
13:36dans lesquels on juge les gens
13:37ne permettent pas
13:38de recueillir des éléments
13:39d'information
13:39sur la vie de la personne,
13:40sur son parcours,
13:41sa personnalité,
13:42sa situation familiale
13:43et professionnelle.
13:44et donc, en gros,
13:45pour choisir une peine
13:46adaptée à sa situation particulière.
13:49En fait, c'est un cadre procédural
13:51dans lequel on ne peut pas
13:52faire grand-chose d'autre
13:53que prononcer une peine
13:54d'emprisonnement.
13:55D'ailleurs, la comparution immédiate,
13:57c'est huit ou neuf fois plus
13:58de chances d'être incarcérées
14:00à la sortie
14:01que dans les autres modes
14:02de jugement.
14:03Et les tribunaux sont frileux
14:05à prononcer autre chose
14:06que de l'incarcération
14:07parce qu'il y a aussi
14:09une demande d'une partie
14:10de la classe politique,
14:11d'une partie
14:12de l'espace médiatique.
14:14À la fin,
14:14la seule peine
14:16qui semble concrète,
14:18consistante
14:18et correspondre
14:19à quelque chose réellement,
14:20c'est la prison.
14:22Et c'est là qu'on y revient.
14:23Loin du mythe
14:24de la justice laxiste,
14:25on a vu qu'elle ne l'était pas,
14:26la hausse du nombre
14:27de prisonniers s'explique
14:28par des politiques pénales
14:29de plus en plus répressives.
14:30Mais ce durcissement
14:31de la réponse pénale
14:32pendant les 20 dernières années
14:33n'a pas été perçu
14:35par l'opinion publique
14:36comme celle-ci
14:37qui continue de considérer
14:38la justice comme laxiste,
14:39comme trop laxiste.
14:40Et je cite ici,
14:40ce sont les mots,
14:41là encore,
14:42de la Cour des Comptes.
14:43Véritable repère de gauchistes
14:44s'il en est.
14:45Le mot de la fin,
14:46c'est pour les SPIP,
14:47les services pénitentiaires
14:49d'insertion et de probation
14:49qui étaient encore mobilisés
14:51la semaine passée
14:52alors qu'ils n'ont pas
14:52le droit de grève
14:53contre la politique
14:54de Darmanin
14:55qui, selon eux,
14:56les privent de mener à bien
14:57leur mission d'accompagnement
14:58social des détenus.
14:59Moi, je dirais
15:00à un membre du gouvernement
15:01d'arrêter
15:02de se servir
15:03de l'administration pénitentiaire
15:06comme un jouet de communication
15:08et de se mettre
15:09enfin au travail
15:10pour constater
15:12ce qui marche
15:13et ce qui ne marche pas
15:13et arrêter la démagogie.
15:15Je pense
15:16que la prison
15:17allait encore trop lier
15:18à la vision de la punition.
15:19Avant,
15:20avant d'être juré d'assise,
15:23on visitait des prisons.
15:24Exactement.
15:25On visitait des prisons
15:26et je pense que
15:27ce serait très intéressant
15:28au-delà des jurés d'assise
15:30de permettre
15:30à des citoyens
15:31de visiter des prisons
15:32pour se rendre compte
15:33de ce que c'est
15:34et pour que
15:36l'opinion publique
15:37puisse aussi changer
15:39et que les lois
15:39par la même occasion
15:40puissent changer.
15:42En somme,
15:43si on en ferme toujours plus,
15:44ce n'est pas parce que
15:44la société est plus violente
15:46mais parce que
15:46des politiques
15:47et des médias
15:48racontent qu'elle l'est
15:49afin de servir
15:50un agenda politique précis.
15:51Des contre-exemples existent
15:53comme en Norvège
15:54où on obtient
15:54de bien meilleurs résultats,
15:5520% de taux de récidive
15:56par exemple
15:57avec moins de répression
15:58en misant sur la réhabilitation
16:00et l'accompagnement social.
16:02En France,
16:02il semble alors urgent
16:03de changer le cadrage médiatique,
16:04de creuser derrière
16:05les slogans politiques
16:06et de remettre du réel
16:07là où domine surtout le bruit.
16:09Un conseil pour finir,
16:10éteignez la télé
16:11et abonnez-vous à l'Humanité.
16:13Merci,
16:14pour cette belle conclusion.
16:16Une réaction peut-être,
16:18Lomi,
16:18sur ces chiffres avurissants ?
16:20Oui,
16:21on laisse un sujet terrible
16:22et puis on va vers
16:23un autre sujet
16:24pas plus réjouissant que ça.
16:26Non,
16:26c'est des conditions
16:26qui sont inhumaines
16:28et effectivement,
16:29je suis assez d'accord
16:30avec la conclusion aussi
16:31que ce serait bien aussi
16:32que les personnes
16:33soient bien plus au courant.
16:34Là aussi,
16:35c'est un truc
16:35où il y a beaucoup de fantasmes
16:36en fait
16:36et d'enfermer comme ça
16:38les gens dans les conditions indignes
16:39et même juste de les enfermer
16:41comme ça à tour de bras,
16:42c'est assez alarmant.
16:43Et il y a 80% des sorties
16:44qui sont sèches
16:45alors que vraiment,
16:45la prison,
16:46c'est vraiment une punition,
16:47l'intérêt d'une punition
16:48qui est très sociétale.
16:49C'est pour ça que c'est important
16:49de le signaler.
16:51Les sorties,
16:51ça veut dire qu'ils n'ont pas accompagnés.
16:52On les remet comme ça
16:53alors que tu as perdu ton emploi,
16:54tu as perdu ta famille,
16:55tu as perdu ton appartement.
16:56Donc,
16:56il y a vraiment quelque chose
16:57de l'ordre de la punition.
16:59Mais on dit souvent
16:59qu'on mesure l'état d'une société
17:01à la manière dont elle gère
17:02ses prisonniers.
17:03On voit que ce n'est pas...
17:04Il y a encore beaucoup
17:05de travail.
17:07Les luttes anticarcérales aussi,
17:08même à gauche,
17:09sont peu connues.
17:09On n'a peu l'occasion aussi
17:10d'en parler.
17:12C'est toujours un peu
17:12la dernière roue du carrosse
17:14de la réflexion politique.
17:15Exactement, oui.
17:15Effectivement.
17:16Merci beaucoup,
17:16Djémille,
17:17pour ce reportage.
17:18Et puis,
17:19on se retrouve très bientôt
17:21à la fête.
17:22Mais c'est vrai que c'est la dernière,
17:23c'est vrai.
17:23Oui, c'est la dernière de la saison.
17:25À bientôt sur l'UMA et ailleurs.
17:27Merci beaucoup, Djémille.
17:28Merci à vous.
17:29Bye bye.

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