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  • il y a 19 heures
Assa Traoré est militante antiraciste, fondatrice du Comité vérité et justice pour Adama. Elle répond aux questions de la journaliste Latifa Madani sur le plateau de la chaîne de la Fête de l'Humanité autrement.

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Transcription
00:00Retour au plateau direct de cette fête de l'humanité autrement.
00:04Nous recevons Assa Traoré.
00:07Merci d'être avec nous, Assa Traoré,
00:09parce que vous sortez déjà d'un débat consacré à l'émergence
00:13d'une génération anti-violence policière.
00:17Vous avez d'ailleurs souligné dans le débat que j'ai pu un peu écouter
00:22le besoin, au-delà d'obtenir justice pour Adama et pour d'autres,
00:26d'agréger aussi toutes ces luttes contre les violences policières,
00:30contre les discriminations.
00:31Avec moi, pour vous interroger, Latifah Madani,
00:34qui est journaliste à l'humanité et qui va peut-être vous poser la première question.
00:39Bonjour Lionel Venturini, bonjour Assa Traoré, bonjour à toutes et à tous.
00:43Alors, première question, où en est la procédure concernant la mort
00:47de votre frère Adama ?
00:51Une question...
00:52Oui, là, aujourd'hui, après, justement, cette fameuse expertise,
00:57en faveur des gendarmes, etc., notamment depuis juin.
01:00Donc, vous en êtes où, là ?
01:02Alors, depuis les mobilisations historiques de la marche du 2 juin et du 13 juin,
01:06nous avons pour la première fois le président de la République
01:09qui va demander à ce qu'on se penche sur l'affaire Adama Traoré.
01:12Nous avons la ministre de la Justice, Mme Belloubet,
01:16qui va demander à nous recevoir.
01:17On va gentiment refuser parce qu'on lui explique qu'on n'est pas là pour converser,
01:23mais on veut des actes judiciaires, dont la mise en examen des gendarmes.
01:29Suite à ces marches-là, nous avons eu 17 investigations qui ont été faites,
01:3217 investigations que notre avocat demande depuis 4 ans.
01:36Et là, ces 17 investigations ont été autorisées, en tout cas, par la justice.
01:42Et aujourd'hui, nous avons aussi... Nous sommes dans une guerre d'expertise.
01:45Nous sommes dans une guerre d'expertise où nous sommes à plus d'une dizaine d'expertises.
01:48Et aujourd'hui, la France est dans une incompétence totale de faire une expertise dans l'affaire Adama Traoré.
01:55À chaque fois que la justice a nommé une expertise, c'est une expertise qui était bidon,
02:01une expertise qui était défaillante, une expertise qui était raciste.
02:05Et aujourd'hui, la justice décide d'envoyer cette expertise de la donnée à des experts belges,
02:10à des étrangers.
02:12C'est une expertise dont on aura un retour au mois de janvier.
02:15Et nous avons aussi, lors de la marche du 18 juillet, pour les 4 ans de la mort de mon
02:20petit frère,
02:21nous avons demandé la réclusion des juges.
02:25Et que si ce n'était pas le cas, en septembre, nous réorganiserons un autre rassemblement devant ce tribunal.
02:31Hier, la nouvelle est tombée.
02:32Les 4 juges sont dessaisis, en tout cas, ne sont plus en instruction dans l'affaire Adama Traoré.
02:38Donc c'est une bonne nouvelle pour nous, parce que ça fait 4 ans qu'elle ralentisse l'affaire,
02:43qu'on est dans un déni de justice total.
02:46Donc aujourd'hui, l'affaire commence depuis, en tout cas, cette forte mobilisation,
02:53depuis la sortie du peuple.
02:55On a quelques éléments, quelques actes judiciaires qui arrivent.
03:00Et alors, chaque année tombe un terrible, terrible bilan des morts entre les mains de la police,
03:06des décès qui sont via des violences, qui restent impunies à ce jour, toujours pas de justice.
03:12Comment expliquez-vous à Sa Traoré cette impunité ?
03:15Aujourd'hui, on est dans un système qui est systémique, un système qui est racial.
03:20Il faut le rappeler aussi, quand on parle des violences policières,
03:22la violence policière, elle ne commence pas du jour au lendemain.
03:25Ce n'est pas quelque chose qui naît d'hommes policiers.
03:28C'est systémique, ça a été construit.
03:30C'est construit sur...
03:31Aujourd'hui, ça découle de l'esclavage, ça découle du colonialisme.
03:35Je vais prendre l'exemple concret, qui est celle de l'affaire de mon petit frère.
03:40Adama Traoré va mourir.
03:41Ce jour-là, il part parce qu'il n'a pas sa pièce d'identité.
03:44Elsa Dornin écrit une partie dans son livre sur ce papier officiel,
03:47cette pièce d'identité qui a été faite pour l'esclave noir.
03:50Et quand un esclave noir sortait dans la rue et qu'il n'avait pas ce document officiel,
03:53on avait le droit de l'abattre.
03:54Aujourd'hui, on se trouve dans les années 80, dans les années 90 et dans les années 2000,
03:58on continue à abattre des hommes noirs, des hommes arabes, des hommes non-blancs,
04:02pour des contrôles au faciès.
04:03Et c'est important de rappeler à chaque fois ces faits historiques
04:06et comment la police française a été construite.
04:09Elle a été construite sur un processus raciste, sur un processus systémique
04:14qui découle du colonialisme, de cette colonisation, des non-dits.
04:19Et ces non-dits-là, on les prend en plein fouet.
04:23On les prend avec des armes, on les prend avec des morts dans nos quartiers.
04:27Et aujourd'hui, c'est important de rétablir cette histoire-là,
04:29de rétablir cette vérité-là et de réformer cette police.
04:32Nous, on peut continuer à manifester dans les rues,
04:35on peut continuer à sortir dans la rue,
04:37mais il faut que de l'intérieur, la police soit réformée.
04:40C'est ce que je disais tout à l'heure, c'est important,
04:42qu'il y ait le peuple, que le peuple prenne conscience,
04:45que le peuple ne peut pas rester spectateur de ces violences policières-là,
04:49et que le peuple se dise, je ne peux pas être spectateur d'un acte raciste sans réagir.
04:53Et aujourd'hui, le peuple l'a compris, le peuple sort dans la rue,
04:56la preuve le 2 juin, le 13 juin, à l'appel du comité Adama.
04:59Et ça, c'est important, donc c'est une avancée énorme.
05:01Les familles de victimes sont là, sont mobilisées.
05:03Aujourd'hui, le gros travail qu'il nous reste à faire,
05:05c'est de réformer cette police et de la casser,
05:07de recréer une nouvelle police et de partir sur une nouvelle base
05:10et casser ce système racial,
05:14et de dire déjà que l'IGGN, l'IGPN ne soient plus là,
05:19des policiers jugés par des policiers.
05:21Donc il y a une très grosse défaillance dans le système policier français.
05:25Nous avons aussi un très gros problème au niveau des politiciens.
05:27Si les politiciens avaient fait les violences policières un sujet principal,
05:32peut-être qu'Adama Traoré ou d'autres,
05:33Lamine Dieng ou Babacar Gaye ne seraient pas morts.
05:37Et ça, c'est une très grosse défaillance.
05:38Aujourd'hui, si les violences policières, on en parle,
05:41on en parle parce que les familles de victimes,
05:43parce que des personnes, le MIB,
05:45on a fait un gros travail pour en arriver là.
05:47On parle beaucoup de la marche, on parle beaucoup des gilets jaunes.
05:51Mais c'est important, quand je parle de l'histoire,
05:53c'est important de rappeler le fait historique.
05:56Oui, il y a les violences policières.
05:57En novembre 2018, le comité Adama va faire appel.
06:00Mais c'est important, quand on parle des violences policières des gilets jaunes,
06:03les violences policières ne commencent pas à ce moment-là.
06:05C'est important de rappeler le fait historique.
06:09Et c'est comme ça qu'on peut l'éradiquer le plus facilement.
06:12Et aujourd'hui, on a une génération qui n'a plus peur.
06:13C'est ça.
06:14Et justement, Assa Traoré, avec le comité Adama,
06:17même la génération Adama, comme on dit maintenant,
06:20vous êtes en quelque sorte le porte-voix du mouvement contre les violences policières,
06:26du mouvement antiraciste, surtout depuis le succès de la marche de juin.
06:31Alors, comment allez-vous poursuivre vos mobilisations ?
06:35Et comment allez-vous les poursuivre de façon rassemblée ?
06:39On va continuer à faire le travail qu'on fait depuis 4 ans.
06:43Vous savez, quand on arrive ce 2 juin, le 13 juin,
06:45on nous dit, tout le monde nous pose cette question,
06:47mais comment vous avez fait ?
06:48Mais j'ai envie de dire, c'est 4 ans de travail de la part du comité Adama.
06:50C'est 4 ans où on s'est retrouvés dans des villages les plus reculés de France,
06:54où on faisait des 6 heures de route,
06:56en aller-retour, dans des tout petits villages.
06:59Je prends cet exemple concret,
07:00parce que même les petits villages au fin fond de la France portaient le combat Adama.
07:04Je me suis retrouvée dans un village de moins de 1000 habitants,
07:06où la seule personne noire, c'était la mère qui avait été...
07:08qui avait été adoptée une fille au Mali.
07:11Et quand j'arrive, une deuxième personne noire dans ce village,
07:15et en même temps, ce village qui porte le combat Adama,
07:18on a sillonné la France.
07:20On a tourné dans plusieurs quartiers populaires.
07:23Aujourd'hui, alors que je vous parle,
07:24le comité Adama est sur 3 quartiers de l'île de France.
07:30C'est 4 ans de travail,
07:31c'est 4 ans où on est avec les femmes de ménage,
07:33les sans-papiers, les gilets jaunes,
07:34les associations, les étudiants,
07:36et la communauté LGBT.
07:38Et c'est 4 ans de travail qui fait qu'on arrive là.
07:41Donc on va continuer dans le même sens,
07:43on va continuer à créer des solidarités.
07:45Il faut créer des solidarités.
07:47Des solidarités, même si ce combat n'est pas le mien,
07:50à partir du moment où c'est une injustice,
07:52on doit aller dénoncer cette injustice-là.
07:55Et la rue, aujourd'hui, nous appartient.
07:56Aujourd'hui, cette rue-là,
07:57on n'occupera plus l'espace public comme eux le veulent.
08:00L'espace public, on l'occupera comme on aura envie,
08:03tant que l'injustice ne sera pas réparée.
08:05Un pays sans justice, c'est un pays qui appelle à la révolte.
08:08La révolte est un sentiment légitime,
08:09la révolte est un sentiment normal.
08:11Aujourd'hui, le peuple français est révolté
08:13et nous continuerons à aller dans la rue.
08:17Il faut surtout, il y a plein de familles
08:18qui vont faire d'autres événements,
08:21d'autres marches,
08:21dont ça brille à la prochaine en date,
08:24le 19 septembre, à Argenteuil,
08:26ou Gueye Kamara,
08:28le 6, devant le tribunal de Paris,
08:30la cour d'appel,
08:31ou Ibrahim Abba, à Sarcelles, le 10 octobre.
08:34Donc, il faut continuer.
08:35Et la rue, on continuera à aller dans la rue.
08:37C'est la seule façon
08:39où on ne lâchera pas le combat.
08:41Merci, à Saint-Traoré.
08:43Pardon, excusez-moi.
08:44J'avais une dernière question pour vous,
08:46à Saint-Traoré,
08:47parce qu'on sait qu'on doit vous libérer.
08:49Vous êtes éducatrice spécialisée.
08:51Et j'ai envie de vous demander
08:53comment,
08:54qu'est-ce qu'on peut dire à des enfants,
08:56à des adolescents,
08:57pour qu'ils ne désespèrent pas,
08:59finalement,
09:02aussi jeunes,
09:02et qu'ils ne se sentent pas discriminés d'avance.
09:07Je suis enseignement éducatrice,
09:08depuis la mort de mon petit frère,
09:09j'ai arrêté.
09:10Mais en fait,
09:10avant de dire quelque chose,
09:12il faut juste poser un regard humain.
09:14C'est important.
09:15Nos frères ont trop été longtemps déshumanisés.
09:17Et en fait,
09:18si on n'avait pas déshumanisé mon frère,
09:19si on avait regardé mon frère
09:21comme un être humain,
09:22si on avait regardé
09:22ces jeunes hommes noirs,
09:23arabes,
09:24comme des êtres humains,
09:25peut-être que mon frère
09:26ne serait pas mort.
09:26Ces autres hommes-là
09:27ne seraient pas morts.
09:28Déjà,
09:29il faut leur dire
09:29que vous avez le droit
09:30de participer à la construction
09:32de ce monde.
09:33C'est important de leur dire.
09:34De dire que votre voix compte,
09:38vos actes comptent.
09:39Vous avez le droit
09:40de participer à la construction
09:41de cette France.
09:42C'est important.
09:43Et c'est important
09:44de dire à cette génération-là,
09:46à cette jeunesse-là,
09:47de leur rappeler
09:47leur propre histoire,
09:49les faits historiques,
09:50et leur dire
09:51pourquoi vous êtes là,
09:52comment vous en êtes arrivés là.
09:53L'histoire de vos familles,
09:54c'est important
09:54de rappeler et surtout
09:57de leur dire
09:57que vous avez le droit
09:58de participer
09:59à la construction
10:00de votre propre vie.
10:01Le regard que je pose sur toi,
10:03c'est un regard humain.
10:04C'est un regard d'une personne.
10:06Et en fait,
10:06il faut sortir
10:07de cette déshumanisation-là
10:08et de leur dire
10:09que vous avez le droit
10:10et que vous avez le droit.
10:11Tu peux.
10:11Cet espace-là,
10:13il t'appartient.
10:14Et personne n'a le droit
10:15de t'invisibiliser.
10:16Si vous voulez dire quelque chose,
10:18vous le direz
10:18et on t'aidera à le dire.
10:19Et on le fait
10:20à travers cette nouvelle génération.
10:22C'est pour ça
10:22que quand on dit
10:23à Satrahori Porte-parole,
10:24je leur dis
10:24je ne suis pas
10:25une porte-parole.
10:26Moi, je suis la sœur
10:28d'Adama Traoré
10:29et on créera
10:29des porte-paroles,
10:30des porte-voix partout.
10:31Et quand on ira
10:32dans ces quartiers,
10:32je leur dirai
10:33ta voix,
10:33elle est aussi importante
10:34que n'importe qui.
10:35Et quand on aura changé
10:36ce regard-là,
10:37déjà sur eux,
10:38on va changer
10:39beaucoup de choses.
10:40Merci beaucoup
10:41à Satrahori
10:42de nous avoir accordé
10:43ces quelques minutes
10:44après ce débat.
10:45Une génération
10:46qui n'a plus peur.
10:47Voilà,
10:47c'est un peu la phrase
10:48qu'il faudra retenir
10:49de votre intervention.
10:51Sans transition
10:52et alors qu'elle est
10:53un peu plus difficile
10:54évidemment.
10:55Le programme
10:56de cette chaîne
10:57internet
10:58de la fête de Lima
10:59Autrement va se poursuivre
11:01et ça va se poursuivre
11:02réellement Autrement
11:03puisqu'à suivre
11:04dans quelques minutes
11:05le concert
11:06de HK
11:07et les salles
11:08Timbanque
11:08donc sur la scène
11:10du Kilowatt
11:11à Vitry-sur-Seine.
11:12de la scène
11:12de la scène
11:12de la scène
11:12de la scène
11:13– Sous-titrage FR 2021

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