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  • il y a 12 heures
Au micro de l'Humanité, le maire communiste de Stains, en Seine-Saint-Denis, Azzédine Taïbi, a fait part de ses inquiétudes quant à un rassemblement pouvant constituer "une menace à l'ordre public".
La mobilisation de policiers initialement prévue devant une fresque inaugurée récemment à Stains "contre le racisme et les violences policières", représentant les visages d'Adama Traoré et George Floyd, s'est finalement tenue à Bobigny.
"Cette fresque est une expression artistique et pacifiste, en soutien et hommage à toutes les victimes de l'injustice", a affirmé M. Taïbi, estimant qu'il fallait "dénoncer les comportements inadmissibles de certains policiers qui outrepassent leurs droits."

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Transcription
00:00Bonjour Azzedine Taibi, vous êtes le maire de Stain, merci de nous recevoir.
00:05Alors, dans votre ville, vous avez inauguré jeudi dernier une fresque pour commémorer la mort de George Floyd.
00:11Pourquoi ce choix a été fait ?
00:13Alors cette fresque a été réalisée par des artistes stanois, le collectif Ard.
00:18Elle a été inaugurée en effet jeudi dernier et j'ai tenu à être présent aux côtés des habitants et
00:24puis aux côtés des artistes graffeurs.
00:26Une fresque a été réalisée durant le week-end dernier, c'est-à-dire au moment où le rassemblement avait
00:33lieu à la Place de la République, dont je faisais partie.
00:37Les graffeurs que je connaissais souhaitaient, je dirais en total accord avec moi, rendre un hommage à George Floyd, mais
00:46aussi à toutes les victimes des violences policières.
00:49Et c'est le cas aussi en France, en particulier un des symboles qui représente la violence policière qui est
00:57Adama Autraoré, mais il y en a beaucoup d'autres.
00:59Et quand j'ai échangé avec les graffeurs, j'ai trouvé cette idée très intéressante et j'ai proposé de
01:05mettre un mur à disposition de la ville,
01:09puisque c'est une création artistique, c'est une œuvre artistique, une belle fresque.
01:14Et donc les artistes ont besoin aussi de s'exprimer. Et puis parfois, il vaut mieux s'exprimer au travers
01:19de la culture.
01:21C'est aussi renvoyer des messages importants auprès des populations et auprès de nos jeunes.
01:26Et donc cette fresque rend hommage en effet aux victimes des violences policières, condamne aussi les violences policières.
01:35De certains policiers, je précise, les violences policières ne sont pas à mettre au crédit de tous les policiers de
01:42loin de là.
01:43Mais on le sait très bien et je ne suis pas le seul à le dire d'ailleurs, même des
01:47responsables de vos plus hauts sommets de l'État
01:49reconnaissent qu'il y a au sein de la police nationale des policiers qui font preuve de violence jusqu'à,
01:58je dirais, tuer des personnes.
02:00Et c'est malheureusement le cas pour beaucoup d'affaires qui ne sont pas encore, au moment où je vous
02:04parle, élucidées.
02:05Et puis il y a aussi un problème récurrent qui traverse évidemment toute la société, mais qui traverse aussi un
02:13certain nombre de policiers, le lien avec le racisme.
02:15Donc c'était aussi un moyen de témoigner ce combat contre toutes les formes d'injustice et de discrimination.
02:24Et de le faire au travers d'une fresque artistique.
02:28Mais c'est surtout aussi pour envoyer, je tiens à le dire, envoyer un message, je dirais, d'apaisement, un
02:34message pacifiste.
02:35Et un message où, au contraire, et ici à Astin, on a pour habitude, et ça fait partie de notre
02:41ADN,
02:41pour habitude de cultiver, je dirais, le bien vivre ensemble, de cultiver la solidarité, la fraternité, l'échange, le dialogue.
02:48C'est de cela qui me semble pour moi essentiel de mettre en avant, que je dirais, d'attiser la
02:55haine, les divisions.
02:56Je n'ai pas besoin de personnes qui soient plutôt sur cette posture-là.
03:01Nous avons besoin de personnes, d'individus, de personnes sensibles, justement, au rapprochement de toutes et de tous dans cette
03:07société.
03:08Alors justement, un syndicat de police a appelé un rassemblement en réponse à l'inauguration de cette fresque.
03:14Est-ce que vous pensez que c'est une provocation ?
03:16Vous avez raison de bien préciser qu'il s'agit d'un syndicat de policiers.
03:22Donc, ça ne concerne pas toute l'entité, je dirais, de la police et tous les syndicats.
03:28Oui, j'ai trouvé assez regrettable et assez surprenant qu'un syndicat de police, pour ne pas le nommer Alliance
03:3793,
03:38a réagi suite à cette fresque en estimant qu'elle était, je dirais, provocatrice.
03:46Elle était, je dirais, mal... Comment je pourrais dire ça ?
03:50Elle n'était pas la bienvenue et que les propos tenus au travers de cette fresque,
03:56à la fois le racisme et les violences policières, n'étaient pas du tout des choses qui existaient au sein
04:01de la police.
04:01Donc, je trouve que ce syndicat a réagi, pour ma part, de manière assez, je dirais, assez hallucinante.
04:10Je trouve que c'est une réaction qui n'est pas du tout appropriée.
04:14En plus, venir se rassembler devant la fresque, demander à ce qu'elle soit...
04:20Parce que, dans un premier temps, le syndicat souhaitait que cette fresque soit recouverte, soit complètement, je dirais, effacée.
04:26Effacer une œuvre artistique, je trouve ça regrettable.
04:28On est quand même dans un pays de droit et l'expression artistique, elle est aussi libre,
04:34à la condition de ne pas faire porter des messages de haine et de division, ce qui est loin d
04:40'être le cas.
04:42Donc, voilà. Alors, moi, quand j'ai su que ce syndicat allait organiser ce rassemblement,
04:47j'étais évidemment très inquiet et j'ai eu l'occasion d'en échanger à plusieurs reprises avec le préfet,
04:52afin de lui demander quelles étaient les dispositions qu'il comptait prendre pour faire en sorte
04:57qu'il n'y ait pas de débordements ou, je dirais, de troubles à l'eau publique,
05:02voire même est-ce que ce rassemblement avait une autorisation de pouvoir se faire.
05:09Je ne vous cache pas que j'ai été satisfait quand j'ai appris en fin de matinée
05:16que ce rassemblement n'aura pas lieu, parce que j'étais très inquiet.
05:20Nous avons à proximité des écoles publiques, des équipements publics,
05:24et évidemment, ce rassemblement a créé un émoi, à la fois un émoi, une émotion forte,
05:32au sein du comité d'Adama et d'une de ses sœurs, Assa,
05:37puisque les propos tenus par Alliance 93 postés dans leurs réseaux sociaux
05:42faisaient un peu frais dans le dos.
05:45Donc forcément, il y a une riposte, puisqu'il annonce d'un contre-rassemblement.
05:49Et donc moi, je ne veux pas que ma ville et que les habitants soient, je dirais,
05:55piégés dans ce théâtre de provocation et de débordement.
05:58Donc voilà, on a obtenu, j'ai obtenu, je suis vraiment satisfait qu'il n'y ait pas ce rassemblement,
06:04ce qui ne m'empêchera pas si le syndicat souhaite échanger avec moi.
06:08Moi, je n'ai aucun souci.
06:10J'ai pour habitude d'échanger avec la police de manière générale,
06:13avec le commissaire et puis avec les policiers ici à Stain.
06:16Et en plus, en tant que maire, et ils le savent très bien,
06:19depuis 2014, en tout cas depuis 2014, depuis que je suis maire,
06:22je ne cesse de dénoncer les manquements de l'État en matière de sécurité.
06:28Le fait qu'on n'ait pas assez défectif ici à Stain et plus largement dans les quartiers populaires.
06:33Donc c'est un combat que je mène pour que justement les policiers puissent avoir des moyens humains,
06:37des moyens logistiques pour mener à bien leur mission.
06:40Parce que la très grande, majeure partie des policiers font leur travail, je dirais, de manière exemplaire.
06:46Et ça, c'est important de le relever.
06:49Donc, bon, si pour certains policiers, et je pense qu'ils sont très minoritaires,
06:54estiment qu'il y a une attaque, une stigmatisation qui leur est infligée en parlant de violences policières,
07:02je leur dis, mais écoutez, vous vous trompez de combat.
07:05Non, non, pas du tout.
07:06Au contraire, le fait de dénoncer les violences policières permet, en tous les cas, c'est comme ça que je
07:14mène le combat,
07:15permet aussi de protéger et de faire en sorte que l'institution de la police,
07:20qui est une institution républicaine, soit respectée et soit, je dirais, exemplaire envers tous les citoyens.
07:27Et alors, de manière plus générale, quel regard vous portez sur l'actualité,
07:32notamment les différentes mobilisations de lutte, à la fois contre les violences policières,
07:36mais aussi contre le racisme ?
07:38Il y a en effet, en ce moment, beaucoup de mobilisations.
07:41Alors, beaucoup de médias ou de responsables politiques ont tendance à faire le lien
07:45avec ce qui s'est passé aux États-Unis, avec l'affaire George Floyd.
07:49Mais je rappelle que des mobilisations, il en existe depuis très longtemps.
07:51Il faut quand même aussi rappeler aussi les mobilisations des gilets jaunes.
07:55Et les gilets jaunes ont dû aussi subir, de manière assez forte, des violences policières
08:00exercées par certains des policiers.
08:04Donc, voilà. C'est vrai qu'on voit bien qu'il y a une multiplication d'initiatives.
08:09J'ai suivi de très près l'initiative qui a été organisée hier à Nantes,
08:12en hommage à Steve, qui est décédée le 21 juin 2019, donc pratiquement un an.
08:20Je pense qu'il y a une forte prise de conscience citoyenne de la part des habitants
08:25pour dire à un moment donné, ça suffit, ces violences policières.
08:29Ce n'est pas dans ce sens-là que nous allons réussir à créer une cohésion nationale,
08:35à faire en sorte que chacune et chacun respecte les citoyens, respecte les institutions.
08:40Et moi, ça fait très très longtemps que je me bats contre les injustices,
08:45de manière générale contre les violences, et en particulier contre les violences policières,
08:48parce qu'il s'agit aussi de donner un sens à ce que la République doit protéger l'ensemble des
08:54citoyens.
08:55Donc, ces initiatives, elles sont importantes.
08:57À chaque fois qu'elles se déroulent, elles se le déroulent de manière pacifique.
09:01Évidemment, parfois, à la fin, il y a des débordements.
09:03Mais bon, on sait très bien comment les choses fonctionnent.
09:06Ce n'est pas forcément le fait de manifestants.
09:07J'ai participé pas plus tard que mardi dernier à la manifestation des soignantes et des soignants.
09:12J'étais présent. Malheureusement, j'ai vu comment les soignantes et les soignants étaient quand même traités.
09:19Ils ont été reçus malheureusement avec des gaz lacrymo.
09:22Ils ont été reçus de manière assez indigne de la part de certains policiers,
09:27mais qui avaient des ordres au-dessus.
09:29Donc voilà, il y a une mobilisation forte, populaire, qui existe,
09:32parce qu'à un moment donné, les manifestants,
09:36et c'était le cas mardi dernier,
09:38c'est le cas aussi pour les rassemblements qui ont lieu contre le racisme
09:41et contre les violences policières,
09:44exigent à ce que l'État, à ce que la force publique respecte les citoyens
09:49et en particulier celles et ceux qui sont issus des quartiers populaires.
09:54C'est le cas ici à Astin, ville populaire dont je suis fier de le dire,
09:59une ville populaire, une ville où il y a des citoyens qui viennent des quatre coins du monde.
10:05C'est une richesse pour moi, c'est un atout et ce n'est pas du tout un handicap.
10:09Et ce qui me semble important, c'est de respecter l'égalité pour toutes et tous,
10:13respecter la dignité.
10:14Et quand il s'agit de punir quelqu'un, la justice doit faire son travail,
10:18mais elle doit faire son travail de manière équitable,
10:21en regard de tous les citoyens,
10:23et ne pas forcément faire de sélection en fonction des citoyens,
10:27de leur catégorie sociale, de leur catégorie, je dirais, d'origine, etc.
10:31Et je pense que ça, c'est vraiment un combat de la dignité et de l'égalité
10:34que je mène moi ici à Astin.
10:37Merci beaucoup d'avoir répondu à nous.
10:39Je vous en prie.
10:39Très bonne journée.
10:40Merci, merci à vous.
10:41Au revoir.
10:42Merci.

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