00:01Au torchon brûle, Julia, tu es chargée d'actu, de la revue d'actu féministe qui s'appelle
00:07Backlash. De quoi tu vas nous parler aujourd'hui ? Alors aujourd'hui, je vais vous parler d'un truc
00:12auquel vous n'avez pas pu échapper cette semaine, normalement. Ce sont les attaques contre la justice
00:18et l'état de droit du Rassemblement National. On a quand même préparé un petit résumé pour
00:23ceux qui auraient passé les derniers jours sur Mars. On l'écoute.
00:27Aujourd'hui, ce n'est plus le gouvernement des juges. Aujourd'hui, c'est la tyrannie
00:30des juges. Nous ne sommes plus comme je le pensais en état de droit aujourd'hui. Voilà
00:35qu'un carteron de procureur et de juge prétend sortir du droit pour exercer la vendetta du
00:40système. Alors malgré ça, malgré toutes ces déclarations, Marine Le Pen s'est défendue
00:46pas plus tard qu'avant-hier sur une place Vauban qu'on peut dire qui était plutôt clairsemée.
00:51Oui, on peut le dire, oui. Donc elle s'est défendue à cette occasion-là de toute brutalisation
00:56et d'ailleurs, elle a même osé ça.
00:59Notre ligne de conduite ne sera jamais celle de la brutalisation, chère à d'autres formations
01:05politiques. Mais celle pacifique du pasteur Martin Luther King pour les droits civiques
01:12des citoyens américains à l'époque, opprimés et privés de droits.
01:17Alors tout ça, toute cette instrumentalisation pour se faire passer pour la victime d'un complot
01:21politique et trapper l'info essentielle qui, je le rappelle, est Marine Le Pen est reconnue
01:26coupable, condamnée pour détournement de fonds et pas pour 3 francs 6 sous. Là, on
01:30parle quand même de 4 millions d'euros.
01:32Oui, mais bon, là, on entend déjà les réacs dire « on va pas trop le rapport avec
01:36le féminisme ».
01:37Ah oui, ça peut paraître un peu éloigné au premier abord, mais c'était une petite
01:41mise en contexte utile pour ce qui va suivre. Alors préparez-vous, c'est l'intervention
01:46de Sophie Blanc, la députée RN des Pyrénées-Orientales, pour s'opposer à la proposition de loi introduisant
01:52le consentement dans la définition pénale du viol. Alors là, on est le lendemain de la condamnation
01:57de Marine Le Pen. On l'écoute.
02:27Elle est déjà à l'œuvre, y compris dans des affaires politiques où l'on a vu Marine
02:32Le Pen devoir se défendre, non pas contre des preuves établies, mais contre une présomption
02:44de culpabilité fabriquée. La loi dont nous débattons aujourd'hui ouvrirait la porte
02:50à ce même arbitraire dans des affaires aussi graves que celles de violences sexuelles, où
02:56les condamnations encourues et la réprobation qui s'y rattachent sont particulièrement
03:01lourdes. Elle nous fait basculer dans une situation où les plaignantes deviennent des
03:06accusés, devant justifier non seulement ce qu'elles ont vécu, mais aussi prouver
03:11qu'elles n'ont pas consenti.
03:14Alors là, on reste carrément quoi ? On vous a d'ailleurs passé la citation qui suit
03:20de Gisèle Halimut, puisqu'on s'est dit que c'était vraiment trop. Mais alors, on va regarder
03:25de plus près ce parallèle qui non seulement est douteux, mais qui repose en plus sur une
03:30méga faille logique. On se dit d'abord, tiens, elle compare Marine Le Pen et des
03:34violeurs. C'est déjà un argument un peu spécial, mais qui soit. Et alors ensuite,
03:40la pirouette est incroyable parce qu'elle dit « les plaignantes deviennent accusées ».
03:44Et là, en un claquement de doigts, Marine Le Pen est comparée non plus aux auteurs, mais
03:49aux victimes de viols. On le rappelle une fois encore parce qu'apparemment, c'est pas clair
03:53pour tout le monde. Dans l'affaire des assistants parlementaires, Marine Le Pen
03:57est l'accusée, pas la victime. Et elle est bien présumée innocente. Pas plus que
04:02pour les agresseurs, il y a eu d'inversion de la charge de la preuve. C'est sur des
04:05preuves concrètes, des témoignages, des mails, etc., etc., dans son cas, qui ont été
04:10débattues en audience pendant des semaines que le tribunal s'est appuyé pour rendre
04:15son verdict. Alors, ceci dit, pour être honnête, cette élue, elle mélange certes tout
04:21pour entretenir à dessein la confusion. Mais elle joue en arrière-plan sur une vraie
04:25question qui divise les féministes sur la question d'introduction du consentement
04:29dans la définition du viol. Parce que certaines considèrent, en effet, que le risque est trop
04:34grand de voir la victime devoir apporter la preuve de son non-consentement plutôt que
04:38ce soit à l'accusée d'expliquer ses actes. D'autres féministes aussi considèrent que
04:44c'est déjà ce qui se passe de toute façon au tribunal et que la proposition de loi permettrait
04:49d'y parer. Mais on y reviendra dans la discussion juste un peu après. En tout état de cause,
04:54ce débat sur le consentement donne à voir les points marqués par les combats féministes
04:59ces dernières années. Parce que quoi qu'on pense de ces possibles effets pervers, de
05:04cette nouvelle définition du viol, le débat, hormis ORN visiblement, porte dorénavant
05:11sur comment passer de la culture du viol à la culture du consentement.
05:14Oui, il y a quand même quelques îlots de résistance.
05:17Alors ça, c'est moins qu'on puisse dire. C'est aussi dans l'actu des dernières
05:21semaines. Alors que c'est Gérard est presque devenu une expression quand on souhaite ironiser
05:27sur les arguments minimisant les agressions. Le fameux Gérard, Gérard Depardieu, a fait
05:32une démonstration éclatante que s'est pas volée lors de son procès il y a quelques jours.
05:36Accusé par deux femmes d'agression sur le tournage du film Les Volets Verts en 2021,
05:43Depardieu a enchaîné les déclarations du type « Je ne suis pas Émile, oui » ou « Je
05:47ne sais pas ce que c'est, une agression sexuelle » ou alors en qualifiant carrément
05:51le mouvement MeToo de « Terreur, rien de moins ». En plus, c'était pas mieux du côté
05:56de son avocat qui s'est montré extrêmement agressif à l'égard des victimes présumées
06:01et de leurs conseils. Au point d'ailleurs que 200 de leurs confrères ont dénoncé
06:06dans une tribune une défense à la fois sexiste et misogyne allant bien aux droits des droits
06:12de la défense justement. Mais alors là encore, on voit malgré tout, malgré tout ça, que
06:19ça avance parce que cette fois on n'a pas eu le droit à une tribune de personnalité
06:23pour prendre le parti de Depardieu comme au moment du complément d'enquête, du fameux
06:30complément d'enquête, vous vous en souvenez sûrement, en 2023, dans lequel on voyait
06:34Depardieu tenir des propos misogynes et à caractère sexuel envers une fillette en
06:39Corée. Et d'ailleurs, Emmanuel Macron, notre cher président, c'est cette fois-ci
06:44bien gardé de réitérer ça.
06:47La question, c'est est-ce que je vais commencer à retirer la Légion d'honneur à des artistes
06:52ou des responsables quand ils disent des choses qui me choquent ? La réponse est non.
06:57Et je vous le dis tout de suite parce que ça n'est pas un ordre moral et je n
06:59'ai pas
06:59envie que ce le soit.
07:01Donc vous venez...
07:02Mais non mais il continuera à y avoir des gens transgressifs.
07:04La Légion d'Honneur, c'est avancé.
07:05Oui, je le confirme, un peu trop.
07:08Alors là, on a échappé, donc je le disais, à ces gens transgressifs.
07:13Mais évidemment, il reste une question centrale.
07:16À quand la loi cadre réclamée à corps et à cri par les féministes pour mettre véritablement
07:21un terme aux violences sexuelles et sexistes avec les 140 mesures et les 2,6 milliards d'euros
07:27qui vont avec ?
07:28Alors cette proposition de loi, vous vous en souvenez peut-être, a été repoussée en novembre
07:33dernier par le gouvernement Parnier et Aurore Berger, l'actuel ministre déléguée,
07:41à l'égalité entre les femmes et les hommes, a affirmé la semaine dernière « on avance
07:50sur la possibilité d'une telle loi cadre ». Alors, ok, pour le moment, elle part de
07:5410 à 30 mesures, je le rappelle, c'est 141 réclamées par les féministes, il y a encore
07:59du boulot.
07:59Oui, je pense que c'est un constat qu'on ne peut que partager.
08:02Bonne journée.