- il y a 12 heures
Il y a tout juste 100 ans, du 25 au 30 décembre 1920, avait lieu le congrès de Tours qui marquera durablement l'histoire de la gauche française comme le moment de la scission de la SFIO et l'acte fondateur du Parti communiste français.
Cent ans plus tard, nous faisons face à une série de crises majeures, sanitaire, économique, sociale et terroriste. Quelle gauche pour faire face à ces défis et quels enseignements tirés du siècle écoulé ?
Avec la participation de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Clémentine Autain, député La France insoumise et Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie-les Verts. Un débat animé par Julia Hamlaoui, cheffe du service politique de l'Humanité.
📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ
La fête de l'Humanité : https://fete.humanite.fr/
Tous nos articles : https://www.humanite.fr/
Facebook : https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
Twitter : https://twitter.com/humanite_fr
Cent ans plus tard, nous faisons face à une série de crises majeures, sanitaire, économique, sociale et terroriste. Quelle gauche pour faire face à ces défis et quels enseignements tirés du siècle écoulé ?
Avec la participation de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Clémentine Autain, député La France insoumise et Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie-les Verts. Un débat animé par Julia Hamlaoui, cheffe du service politique de l'Humanité.
📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ
La fête de l'Humanité : https://fete.humanite.fr/
Tous nos articles : https://www.humanite.fr/
Facebook : https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
Twitter : https://twitter.com/humanite_fr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00:00Bonjour à tous et bienvenue pour cette table ronde à l'occasion d'un anniversaire un peu spécial pour la
00:00:06gauche.
00:00:07Il y a tout juste 100 ans, du 25 au 30 décembre 1920, avait lieu le congrès de Tours qui
00:00:13marquera durablement l'histoire de la gauche française,
00:00:16comme le moment de la scission de la SIPO et l'acte fondateur du Parti communiste français.
00:00:22Ce moment arrive, vous le savez tous, au sortir de la Première Guerre mondiale et à quelques années de la
00:00:28crise de 1929.
00:00:31100 ans plus tard, nous faisons à nouveau face à une série de crises majeures, sanitaires bien sûr, économiques et
00:00:39sociales, terroristes également.
00:00:41Quelle gauche pour faire face à ces défis et quels enseignements tirés du siècle écoulés ?
00:00:45C'est autour de ces questions que nous avons invité à échanger pendant l'heure qui vient.
00:00:49Donc, Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste,
00:00:58Clémentine Autain, député de la France insoumise, et Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts.
00:01:05Donc, merci à tous d'abord d'avoir répondu à notre invitation.
00:01:09Je vous proposais de commencer sans tarder, mais en se tournant d'abord sur un petit retour sur ce pan
00:01:17de l'histoire qui, je le disais, a marqué l'histoire de la gauche.
00:01:21Je me tourne d'abord vers vous, Fabien Roussel.
00:01:23Vous fêtez donc le centenaire de votre parti cette année.
00:01:26Comment le besoin de communisme qui s'est alors exprimé résonne-t-il aujourd'hui à vos yeux ?
00:01:32Le Parti communiste français est né déjà sur les cendres de la Première Guerre mondiale
00:01:39et dans une profonde aspiration à ne plus revivre une telle guerre et pour bâtir un monde de paix,
00:01:47en contestant déjà un système capitaliste qui avait tendance à opposer les peuples entre eux.
00:01:57Et d'ailleurs, la manière dont le conflit de la Première Guerre mondiale a été réglé a contribué à faire
00:02:08naître la Seconde Guerre mondiale.
00:02:10Donc, nous étions à l'époque déjà dans le vrai en appelant à la coopération entre les peuples
00:02:17plutôt qu'à leur mise en concurrence et à leur faire payer le prix de la guerre.
00:02:23Le Parti communiste français, tout au long de ses 100 ans d'histoire, a beaucoup contribué à la paix,
00:02:29à la lutte pour l'indépendance des peuples, le peuple d'Algérie, le peuple sud-africain,
00:02:35la libération Nelson Mandela, le Vietnam, le Chili.
00:02:39Ce sont les combats internationalistes du Parti communiste français.
00:02:42Mais il a été aussi à la pointe des combats pour le mouvement ouvrier.
00:02:48Il était à l'origine un des principaux acteurs des grandes conquêtes sociales en 1936 avec Maurice Thorez,
00:02:55Blum, dans la résistance pour la liberté, pour la République,
00:03:00mais aussi à la reconstruction de la France dès 1945 dans le gouvernement du général de Gaulle
00:03:04avec les grandes conquêtes, la sécurité sociale, le système de retraite,
00:03:08mais aussi le droit de vote des femmes, puisque c'est Fernand Grenier qui a déposé l'amendement en 1944
00:03:12pour instituer le droit de vote des femmes, et puis toutes les conquêtes d'après-guerre,
00:03:18en 1968 avec les comités d'entreprise, jusqu'à la victoire de la gauche en 1981,
00:03:23et avec le score réalisé par Georges Marchais à l'époque, qui contribue à ce que François Mitterrand
00:03:28l'emporte en 1981 face à Valéry Giscard d'Estaing, dont on parle beaucoup en ce moment.
00:03:32Cette histoire-là, l'histoire du Parti communiste français en France,
00:03:36indique que quand le Parti communiste français est fort et influent dans ce pays,
00:03:39il arrive à conquérir des droits nouveaux pour le monde du travail
00:03:44et des grandes conquêtes sociales qui existent encore aujourd'hui.
00:03:48Aujourd'hui, avoir une carte de la sécurité sociale dans sa poche,
00:03:52c'est un peu comme avoir une carte du Parti communiste français.
00:03:54Ça fait partie de l'histoire de France et nous sommes fiers que notre parti ait contribué
00:03:58à cette grande histoire et ces grandes conquêtes qui aujourd'hui montrent
00:04:02toute leur utilité dans cette crise sanitaire, économique.
00:04:07Nous voyons bien que les services publics, un système de sécurité sociale et de protection sociale
00:04:13tel que nous avons en France, le modèle social français auquel nous avons participé,
00:04:17nous n'en sommes pas les seuls, nous n'avons pas le monopole,
00:04:20pour lequel nous avons fortement poussé pour qu'il n'en soit à ce niveau
00:04:23et que nous avons défendu.
00:04:25Ce modèle social nous protège, protège beaucoup les Français
00:04:28de cette crise sanitaire qui s'est abattue sur nous et dans beaucoup de pays.
00:04:33On reviendra évidemment sur ces aspects un petit peu plus tard.
00:04:37Mais d'abord, Olivier Faure, c'est aussi un moment fondateur pour votre courant politique,
00:04:43ce congrès.
00:04:44Quel regard portez-vous sur cette rupture historique ?
00:04:47La première chose qu'il faut rappeler, c'est que nous sommes issus des mêmes racines,
00:04:52où nous avons le même tronc, même si ensuite les branches ont divergé
00:04:57et ne se sont jamais complètement retrouvées, même si Fabien vient de le rappeler,
00:05:02les grandes conquêtes dans ce pays sont liées aussi au rassemblement de la gauche,
00:05:07le populaire, 181, la gauche plurielle, bref, tous ces moments où la gauche a réussi
00:05:12à dépasser ses propres antagonismes, ses propres divergences qui existent,
00:05:16mais qui la fragilisent aussi dans sa volonté de conquête, non pas pour elle-même,
00:05:22mais pour celles et ceux que nous avons toujours eu la volonté de servir.
00:05:26Donc, nous sommes issus de la même matrice, même si nous avons apporté des réponses différentes
00:05:32au cours du siècle qui vient de s'écouler.
00:05:34Pour moi, la réalité, c'est que sans vouloir être un historien du Parti communiste,
00:05:38c'est que depuis bien longtemps, cette rupture entre socialiste et communiste
00:05:43est une rupture qui n'a plus de sens.
00:05:48Et d'ailleurs, ce n'est pas un événement récent, mais même à l'instant, Fabien parlait
00:05:53de l'après-guerre et de l'articipation des communistes dans le plan de libération.
00:05:59La réalité, c'est qu'à l'époque, l'Union soviétique, c'est le dirigeant du droit français
00:06:07de bien vouloir entamer au lendemain de la libération, d'entamer la révolution dans ce pays
00:06:15qu'ils considèrent comme étant un pays qui est mûr pour devenir communiste,
00:06:21avec un parti communiste qui est puissant, qui entraîne les forces sociales
00:06:25et donc qui est très largement dominant à gauche.
00:06:28Et c'est Maurice Thorez qui fait un choix différent et qui explique à l'époque
00:06:33que non, en fait, ça ne se passera pas comme ça et qu'il va participer à un gouvernement.
00:06:38Il va voir ensuite le général de Gaulle et il lui dit, voilà, il y a deux possibilités,
00:06:43soit on s'affronte, soit on reconstruit ensemble ce pays.
00:06:46Et le choix qui a été fait à ce moment-là par Thorez comme par de Gaulle,
00:06:50c'est en fait de reconstruire ensemble. Et c'est le choix fondamental finalement d'une forme de réformisme.
00:06:56J'entends bien que c'est un parti qui reste révolutionnaire dans sa conception,
00:07:00dans sa volonté de transformation. Mais l'outil qu'il utilise, c'est l'outil démocratique.
00:07:05Ce n'en est plus depuis très longtemps et on pourrait dire depuis 1946.
00:07:09En tout cas, ce n'est plus l'outil de la révolution par les armes.
00:07:12La volonté, c'est de s'inscrire dans une république, dans le suffrage universel.
00:07:16Et c'est aussi comme ça que nous avons ensemble conquis à de nombreuses reprises
00:07:20des droits nouveaux pour les salariés.
00:07:22Donc, c'est à la fois notre histoire, mais je crois qu'elle est maintenant largement dépassée.
00:07:28Et même s'il y a des divergences qui justifient pleinement le fait
00:07:31qu'il y ait des partis différents à gauche, ce qui ne se justifierait plus aujourd'hui,
00:07:35c'est de considérer que nous sommes irréconciliables. Je crois tout le contraire.
00:07:40Clémentinotin, Olivier Faure parlait du communisme et de son influence en partie.
00:07:45Il a effectivement, longtemps après guerre, été le courant majoritaire à gauche
00:07:51avant de refluer à partir de 1978.
00:07:55Est-ce que cette forte influence a laissé pour vous une empreinte dans la gauche française
00:07:59et qu'est-ce que vous en retenez ?
00:08:01Je suis convaincue que pendant une grande partie du XXe siècle, au fond,
00:08:05le Parti communiste français a été la principale expression politique du courant plébéien
00:08:11qui est né pendant la Révolution française.
00:08:14Et pendant plusieurs décennies, le Parti communiste a contribué à la politisation du monde populaire
00:08:19sur la base de valeurs, d'égalité, de partage des richesses, de solidarité.
00:08:24Et c'est comme ça, à mon sens, qu'il a marqué la gauche.
00:08:28Et la gauche a permis de cristalliser l'espoir au sein des catégories populaires
00:08:34parce qu'elle s'est appuyée sur un Parti communiste qui avait cet ancrage tout à fait fondamental.
00:08:40Alors, pour des raisons à la fois externes, qu'on imagine bien, je pense en particulier
00:08:46aux expériences de type soviétique qui ont gravement échoué et impacté évidemment
00:08:52sur les partis communistes un peu partout et évidemment ensuite en France.
00:08:57Et aussi pour des raisons internes, le Parti communiste s'est affaibli.
00:09:02Et c'est lié avec la société, le mouvement social, le monde intellectuel et culturel s'est distendu.
00:09:07Son raison d'élu, de fait, s'est aussi affondu.
00:09:13Et à mon sens, le problème, c'est que sa perte d'influence a eu une répercussion négative
00:09:18sur la coloration de toute la gauche parce qu'aucune force n'a, à la fin du XXe siècle,
00:09:23réussi à prendre la place du Parti communiste français.
00:09:26Donc, ce qui m'intéresse, c'est vraiment de réfléchir à ce que le Parti communiste
00:09:31a pu apporter au sein de la gauche tout au long du XXe siècle
00:09:36parce que, comme point je veux dire positif, au sens où je m'inscris dans cette histoire,
00:09:42dans ce que cela doit se reproduire aujourd'hui dans une nouvelle force
00:09:47qui retrouverait quelque part ce qui a été la force du Parti communiste français.
00:09:50Je m'explique. Je pense pour moi que l'apport positif du PCF, ça a été d'abord le sens
00:09:57d'une politique fondée sur l'humain,
00:09:59sur la vie, pas sur l'argent, le profit, le maintien d'une culture de la révolution contre vents et
00:10:06marées.
00:10:06Mais au sein des militants communistes et du Parti communiste français, il y a cette culture de la révolution.
00:10:11Et plus profondément, moi, ce que je retiens, c'est vraiment la tension, en deux mots,
00:10:18la tension entre une radicalité de projet et la recherche de dynamiques majoritaires.
00:10:25Et c'est peut-être en ça que je me sens le plus communiste dans cette tradition,
00:10:31dans la part de filiation que je peux avoir avec la culture du Parti communiste français.
00:10:35Pour moi, c'est vraiment cette tension que je trouve passionnante,
00:10:39qui dit d'avoir l'ancrage dans le monde populaire, qui a à la fois besoin de ce souffle de
00:10:43transformation profonde,
00:10:44et aussi de dégager des solutions concrètes, et pas simplement de rêver une révolution,
00:10:51mais de donner concrètement la possibilité à des ruptures de s'opérer,
00:10:55donc d'améliorer les conditions de vie du monde populaire,
00:10:58au sein duquel le Parti communiste avait cette influence indispensable pour des victoires à gauche.
00:11:05Merci beaucoup. Je reviendrai vers vous tout de suite après, Fabien Roussel.
00:11:08Mais d'abord, je voudrais entendre Julien Bayou,
00:11:11parce que votre formation est bien entendu beaucoup plus jeune,
00:11:16mais cette histoire qui a été émaillée de grandes conquêtes sociales,
00:11:20est-ce qu'elle vous inspire aussi aujourd'hui ?
00:11:26Evidemment, l'objet de l'écologie politique, c'est le bien-être,
00:11:30c'est l'harmonie entre les êtres humains et avec la nature,
00:11:33et c'est le fait de prendre des décisions qui permettent ce qu'on appelle une vie authentiquement humaine sur
00:11:39Terre,
00:11:39la dignité en fait partie évidemment, et donc les conquêtes sociales nous ont toujours évidemment inspirés
00:11:46et nourrissent notre engagement.
00:11:50Et moi, j'y suis aussi sensible à titre personnel,
00:11:53je suis une famille de gauche, même très à gauche,
00:11:55puisque porteuse de valises pour ma mère et enseignant et même député SFIO.
00:12:01et j'ai retrouvé une photo où mon grand-père de gauche votait pour la loi IVG portée par Simone
00:12:11Veil.
00:12:13Le distinguo important par contre, c'est que la construction de l'écologie politique,
00:12:17en fait, elle s'est faite contre le productivisme et non pas sur un clivage forcément gauche-droite,
00:12:23en tout cas pour le renouveler.
00:12:26Le paradigme, c'est sortir du productivisme.
00:12:30Et donc évidemment, ça nous a amenés à nous opposer par le passé,
00:12:34aux communistes ou à la social-démocratie qui, dans son logiciel,
00:12:40peut avoir besoin du productivisme, de la croissance pour la répartir,
00:12:45et donc de temps en temps nécessairement a besoin de la croissance pour répartir les fruits de cette croissance.
00:12:53Et a du mal à, mais je dis avait plutôt du mal parce que les choses évoluent très très vite,
00:13:00à considérer autre chose que la croissance infinie dans un monde fini,
00:13:05ce qui physiquement n'est pas possible.
00:13:08Donc, on a vraiment une belle histoire, je crois, de lutte commune,
00:13:14même si on a pu se chamailler sur beaucoup de points, évidemment.
00:13:18On a une belle histoire de lutte commune, le féminisme, les droits sociaux, l'humanisme,
00:13:24les libertés publiques, et nous étions encore ensemble, évidemment, il y a deux samedis,
00:13:31pour alerter sur la liberté de la presse et cet article 24 de la loi dite sécurité globale.
00:13:37C'est vraiment le pilier sur lequel construire les victoires prochaines.
00:13:40Mais voilà, le problème, c'est le productivisme pour nous.
00:13:45Et le fait de ne pas pouvoir penser la justice sociale ou la redistribution
00:13:48en dehors d'un modèle productiviste.
00:13:50Donc, nous, on porte une alternative, l'écologie politique,
00:13:56dont le LV n'est pas propriétaire, certainement pas.
00:14:00Et simplement, on est déterminé sur le fait que pour offrir une alternative
00:14:04au libéralisme tachérien de Macron ou à l'extrême droite,
00:14:09eh bien, il faut que le cœur du projet soit autour de l'écologie.
00:14:13Ça ne veut certainement pas dire demander aux gens d'arrêter d'être sociodémocrates
00:14:16ou communistes ou insoumis, mais le fait de travailler ensemble à une coalition à vocation majoritaire.
00:14:22Et je n'irai même plus loin, parce que là, on parle beaucoup de la gauche.
00:14:26Mais je pense qu'il s'agit aussi d'aller s'adresser ou convertir ou accompagner des gens
00:14:31qui ne se réclament pas de la gauche, peut-être même qui se réclament de la droite,
00:14:36mais qui mesurent aujourd'hui, peut-être avec la crise sanitaire,
00:14:40l'impossibilité de ce projet capitaliste sans limite.
00:14:42Et donc, il y a un enjeu.
00:14:45C'est aussi comment parler aux gens, finalement, issus de tout pouvoir, y compris de la droite.
00:14:51Et pourquoi ne pas les amener à voter écologistes ou pour cette coalition à vocation majoritaire,
00:14:57puisque maintenant, elles sont convaincues de l'urgence écologique.
00:14:59Je crois que c'est vraiment une question qu'on doit se poser dans les prochains mois.
00:15:03Et d'ailleurs, je vous propose qu'on revienne effectivement sur cette question de la conquête du pouvoir
00:15:07et de l'implication des classes populaires d'ici quelques minutes.
00:15:14Mais d'abord, on le voit, déjà beaucoup de thèmes ont été abordés.
00:15:18Productivisme, radicalité, le lien réforme-révolution.
00:15:23Autant de questions qui sont peut-être rendues encore plus aigües par la multitude de crises que nous vivons
00:15:31et dont je parlais au début de cet échange.
00:15:35Fabien Roussel, vous pouvez bien entendu réagir à ce qui a été dit précédemment.
00:15:41Mais j'aurais aussi souhaité vous entendre sur la question du processus révolutionnaire aujourd'hui
00:15:48dans un monde où on voit des multinationales, notamment, peser désormais autant, voire plus que des États.
00:15:57Oui, alors je réagis à ce que vient de dire Julien sur le productivisme,
00:16:01parce que le productivisme qu'a toujours dénoncé le Parti communiste français, hier comme aujourd'hui,
00:16:08c'est celui du capital qui exige toujours plus.
00:16:16Et aujourd'hui, notre société, comme hier, elle souffre d'une sur-rémunération du capital et d'une sous-rémunération
00:16:25du travail.
00:16:26Je veux illustrer ces propos, par exemple, avec Danone, qui engage un plan de licenciement,
00:16:342000 suppressions d'emplois, parce que les actionnaires exigent 15 % de marge sur ce qu'ils vendent, sur les
00:16:40produits, sur les yaourts.
00:16:41Et on a ça dans un tas d'activités industrielles où c'est le niveau, le taux de marge très
00:16:49élevé exigé par les actionnaires, les financiers, la rémunération du capital.
00:16:54C'est un taux qui est tellement élevé qu'aujourd'hui, ça coûte cher à l'emploi, ça coûte cher
00:17:00pour le climat, parce que pour cela, il va falloir épuiser les ressources naturelles,
00:17:06faire des importations par camion et ça va épuiser aussi, affaiblir l'État, notre souveraineté économique, nos recettes fiscales.
00:17:14Et cette sur-rémunération du capital, c'est ce que nous dénonçons.
00:17:20C'est bien pour ça que nous voulons remettre en cause le capitalisme pour faire en sorte que les richesses
00:17:26que nous produisons, nous puissions les produire autrement.
00:17:30Donc nous appelons à une révolution de nos modes de production pour produire autrement des richesses,
00:17:36de telle sorte que nous n'épuisions plus ni les hommes et les femmes, ni la planète, nos ressources naturelles.
00:17:43Et donc il faut réinventer complètement nos modes de production, ça veut dire des normes environnementales nouvelles,
00:17:50une réduction du temps de travail, une égalité salariale stricte et une répartition du pouvoir à parité égale entre les
00:17:59hommes et les femmes.
00:18:00C'est de nouveaux droits pour les salariés dans les entreprises afin qu'ils puissent peser sur les décisions.
00:18:05C'est des questions donc démocratiques qui sont posées.
00:18:08Donc tout ça, ça nous appelle à une vraie révolution dans l'économie, dans les nouveaux modes de production que
00:18:15nous devons mettre en place pour répondre aux défis écologiques,
00:18:20mais en même temps aux urgences sociales qui se posent dans notre pays.
00:18:23Et c'est bien en cela que le Parti communiste aujourd'hui et le communisme aujourd'hui restent pour nous
00:18:29d'une actualité brûlante
00:18:32parce que nous voulons répondre à ces deux urgences climatiques et sociales.
00:18:39Tenir les deux bouts en même temps en remettant en cause la finance et les exigences du capital sur nos
00:18:47pays, sur nos vies.
00:18:50Et nous l'avons fait de différentes manières au cours de notre histoire.
00:18:54L'économie n'était pas la même, les besoins n'étaient pas les mêmes,
00:18:59et les questions écologiques n'étaient pas les mêmes et elles n'étaient même pas du tout posées au début
00:19:03du siècle.
00:19:04Il est clair que des élus écologistes, des associations ont tiré tôt la sonnette d'alarme sur ces questions-là,
00:19:15et ils étaient seuls au départ, dans les années 70, à poser ces questions qui sont aujourd'hui urgentes,
00:19:23auxquelles il faut apporter des réponses urgentes.
00:19:25Mais nous disons bien que pour pouvoir répondre à ces deux urgences sociales et écologiques,
00:19:30il est incontournable de remettre en cause la domination des marchés,
00:19:35la domination de la finance, du capital sur l'économie.
00:19:40Et donc ça nécessite pour nous, et c'est le levier essentiel pour pouvoir remettre en cause cette domination,
00:19:46c'est la démocratie, c'est de retrouver le pouvoir sur tous les lieux de décision, sur les banques,
00:19:55dans les conseils d'administration, dans les milieux d'affaires, dans les entreprises.
00:19:59Il faut faire vivre à chaque fois la démocratie pour que ce ne soit plus la finance qui décide,
00:20:05mais bien nous et dans l'intérêt de la population.
00:20:07Je finirai en disant un mot, justement, une manière de répondre aussi à Olivier Faure,
00:20:13c'est que la gauche, elle a aussi déçu quand elle a tourné le dos à ses aspirations.
00:20:18Et quand François Hollande gagne l'élection de 2012, notamment en disant « mon ennemi c'est la finance »,
00:20:25il disait après « mais ils n'ont pas de visage, on ne les connaît pas et c'est la
00:20:33finance ».
00:20:33Mais nous, nous disons « si, on les connaît ».
00:20:35Je peux vous donner leur adresse, je peux vous donner leur nom, mais on les connaît.
00:20:40Ceux qui, aujourd'hui, défendent la finance et travaillent pour la finance.
00:20:44Et le problème, c'est qu'on ne s'y est jamais véritablement attaqué à eux.
00:20:48On ne leur a jamais repris le pouvoir.
00:20:51Ils l'ont conservé tout le temps.
00:20:53Et donc, le problème, c'est ça, c'est d'avoir le courage de trouver enfin une gauche
00:20:57qui aura le courage véritable, sincère, d'aller jusqu'au bout,
00:21:01c'est-à-dire de leur reprendre le pouvoir pour mettre l'argent au service de l'être humain et
00:21:06de la planète.
00:21:06Et c'est tout le défi révolutionnaire que nous, nous voulons faire.
00:21:10Et comme l'a dit Clémentine, pas dans une volonté de prendre le pouvoir tout seul,
00:21:15et je pense que personne à gauche ne peut le dire,
00:21:18mais dans une dynamique de rassemblement majoritaire avec les gens.
00:21:22Et c'est véritablement ce qui a structuré tout au long de sa vie l'ambition du Parti communiste.
00:21:26C'est de travailler avec d'autres, souvent avec d'autres forces de gauche,
00:21:30parfois même avec des gaullistes, 45,
00:21:32mais toujours dans cette volonté de travailler avec d'autres
00:21:36pour créer un rassemblement majoritaire,
00:21:39si au final, c'est l'intérêt du peuple et de la nation qui domine.
00:21:43Alors, je vois les uns et les autres que vous brûlez d'échanger sur la question du rassemblement.
00:21:48Je vous propose de patienter juste encore un petit peu,
00:21:51puisque je voulais d'abord revenir effectivement sur la façon dont on peut relever sur le fond,
00:21:57par quel mécanisme les défis que les différentes crises posent aujourd'hui.
00:22:03Vous Clémentine Autain, vous avez par exemple le coutume de dire
00:22:07qu'il faut créer un nouvel imaginaire après les défaites idéologiques des dernières décennies notamment.
00:22:16Concrètement, qu'est-ce que vous entendez par là ? En quoi consisterait cet imaginaire ?
00:22:20Oui, je pense qu'en effet, on a besoin d'un nouvel imaginaire.
00:22:23D'abord, il faut peut-être se mettre d'accord sur ce que ça recouvre.
00:22:26Ça a trait au fond du projet politique que nous devons, pouvons porter au XXIe siècle,
00:22:32qui forcément n'est pas celui du XXe siècle et j'y reviendrai.
00:22:35Ça joue aussi sur les mots, puisque les mots sont toujours accordés à l'époque.
00:22:41Et on a vu, après notamment le quinquennat de François Hollande,
00:22:48la difficulté qu'on avait autour du mot « gauche »,
00:22:51qui était incarné par une politique jugée par beaucoup,
00:22:54notamment dans le monde populaire, comme une politique de droite.
00:22:57Donc, le mot lui-même a perdu, je dirais, de sa substance, de son sens.
00:23:01Je prends le mot « gauche », mais en fait, bien d'autres mots forcément ne sont plus d'époque,
00:23:07ne recouvrent pas un imaginaire.
00:23:11Après, on a toujours deux choix, soit reprendre un mot et le réinvestir,
00:23:15je pense en particulier au mot « gauche »,
00:23:17mais d'autres mots à inventer pour dire quel est notre horizon,
00:23:21quelle est notre vision, parce que la politique, c'est un programme,
00:23:24mais la politique, c'est avant tout, me semble-t-il,
00:23:27une capacité à raconter le monde et à se projeter dans une vision pour l'avenir.
00:23:32Et puis enfin, c'est la question de l'incarnation.
00:23:34L'imaginaire, ce sont aussi les figures qui incarnent nos luttes,
00:23:38notre projet politique.
00:23:39Et là aussi, ça a bougé, puisque si on pense à ce qu'était la figure
00:23:43du mouvement ouvrier au XXe siècle, on imagine un ouvrier blanc
00:23:47de l'industrie automobile, par exemple, qui habite dans des banlieues rouges.
00:23:52Et aujourd'hui, les figures du prolétariat contemporain,
00:23:56ce sont davantage des caissières, donc des femmes de supermarchés,
00:24:01ce sont des jeunes livreurs de chez Deliveroo, ce sont des jeunes,
00:24:09ce sont par exemple encore des personnes issues d'immigration
00:24:12ou immigrées directement qui travaillent dans le bâtiment.
00:24:15Donc, on n'a pas le même visage.
00:24:17Et donc, ça aussi, ça chérit un autre imaginaire.
00:24:19Mais du coup, ça va entrer en cohérence, enfin en cohérence en tout cas,
00:24:23résonner avec ce que disait Fabien tout de suite.
00:24:26C'est qu'il me semble que l'impact le plus important du point de vue
00:24:30de l'imaginaire de notre époque, c'est l'écologie politique
00:24:35qui vient quand même bousculer ce qu'a été la tradition du mouvement ouvrier
00:24:40dans son approche historique qui cherchait à produire
00:24:44et surtout qui cherchait à partager ce qu'on avait produit.
00:24:47C'est-à-dire que la question du XXe siècle était comment répartir
00:24:50les fruits de la croissance, les fruits de la richesse produite.
00:24:53Or, aujourd'hui, la question révolutionnaire, elle est,
00:24:58semble-t-il pas simplement de savoir comment on partage ce qu'on a produit,
00:25:01mais de savoir qu'est-ce qu'on produit et qui décide de ce qu'on produit.
00:25:06Et dans le qu'est-ce qu'on produit, c'est la question des besoins,
00:25:09c'est-à-dire comment faire correspondre ce qu'on va décider de fabriquer
00:25:14avec ce dont nous avons réellement besoin.
00:25:17Et là, le capitalisme est très créatif de ce point de vue
00:25:19puisque nous invente toute une série de besoins superflus pour nous faire
00:25:23consommer toujours plus, acheter, acheter, acheter, consommer.
00:25:27Et c'est là où d'ailleurs se rencontrent les enjeux capitalisme et écologie.
00:25:33Et donc, l'imaginaire, forcément, il en ressort différemment.
00:25:37Et je pense que l'écologie n'a toute sa charge critique et éthique que si, précisément,
00:25:43les dévastations de la terre, la destruction de l'écosystème,
00:25:47est comprise comme la conséquence d'un mode de production,
00:25:50et donc d'un mode de production capitaliste.
00:25:52Et si on parle bien du capitalisme, on arrive immanquablement à l'écologie politique
00:25:58qui amène à radicaliser la critique du capitalisme.
00:26:02Mais en revanche, on pourrait, et ça c'est peut-être une question vraie dans le débat
00:26:06aussi discutée avec Julien Bayou, je pense souvent à cette phrase d'André Gortz
00:26:13qui, moi, m'a beaucoup alimenté sur l'écologie, mais pas seulement,
00:26:17qui dit, si tu pars en revanche de l'impératif écologique,
00:26:21tu peux aussi bien arriver à un anti-capitalisme radical qu'à un pétainisme vert,
00:26:25à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste.
00:26:28L'écologie, il le dit, n'a toute sa charge critique et éthique, comme je vous l'ai dit tout
00:26:32là,
00:26:32que si justement on arrive à bien comprendre que toutes ces dévastations
00:26:38proviennent d'un mode de production et que donc on critique ce mode de production.
00:26:42Et je trouve l'alerte de Gortz très intéressante parce que,
00:26:45soit l'écologie se situe en dehors de cette histoire de la gauche qui critique le mode de production,
00:26:53et là, au fond, elle peut se retrouver dans des endroits qui n'ont plus rien à voir,
00:26:58en effet, avec les principes humanistes, démocratiques que nous avons historiquement défendus.
00:27:02Pas toujours moyen, non, on peut toujours balayer devant notre porte,
00:27:05enfin, qui font partie, je dirais, de notre tradition politique.
00:27:09Et c'est un peu ça qui se pose, à mon avis, à l'écologie.
00:27:12Mais côté gauche, de notre gauche, il faut qu'on balaye devant notre porte par rapport à cette question,
00:27:17parce que c'est ça qui va nous permettre de dégager un nouvel imaginaire.
00:27:20Je parle de l'écologie, mais je pourrais parler, je n'ai pas beaucoup de temps,
00:27:23mais avec tout autant de force, de l'impact du féminisme.
00:27:27Parce que là aussi, ça complique un peu la tâche.
00:27:32Historiquement, quand on est d'une culture marxiste, matérialiste, classique,
00:27:38je dirais qu'on a pensé le monde en termes de lutte des classes avec des dominants et des dominés
00:27:43qui, là, sont bousculés.
00:27:44Parce que, vous vous souvenez du débat dans les années 78,
00:27:47on se demandait si une bourgeoise qui avait été violée
00:27:49était d'abord une bourgeoise ou d'abord une femme victime violée.
00:27:52Et donc, ça aussi, ça bouscule, je dirais, ce qu'est la tradition à gauche
00:27:58dans les rapports d'exploitation qui se trouvent complexifiés
00:28:01par l'arrivée du féminisme tout au long du XXe siècle
00:28:05avec une révolution impressionnante, mais notamment à partir des années 68,
00:28:09et avec lui aussi le combat antiraciste qui nous pose tout autant ces questions
00:28:16par rapport à une vision classique des modèles d'exploitation.
00:28:20Donc, je pense vraiment qu'il faut qu'on travaille ces questions.
00:28:22Je n'ai pas le temps de dire plus, mais un dernier mot juste sur…
00:28:26Un tout dernier !
00:28:27Voilà, un tout dernier, c'est que je pense que dans notre imaginaire,
00:28:30et notamment par rapport à l'extrême-droite, parce que notre imaginaire,
00:28:32il doit aussi bien opérer contre le libéralisme économique,
00:28:36mais aussi contre la xénophobie, l'autoritarisme de l'extrême-droite.
00:28:39Et là aussi, je pense qu'on a des choses à bien rechercher,
00:28:43parce qu'on se cherche et qu'on se divise d'ailleurs à gauche là-dessus,
00:28:46sur le rapport à la nation, à l'Europe, au monde, dans un cadre de globalisation.
00:28:50Et là, je crois qu'on n'y est pas encore tout à fait dans quelle est la vision,
00:28:53la projection qu'on a du monde et de la façon dont on appréhende l'Union européenne.
00:29:01Je pense que là, on a des débats stratégiques importants,
00:29:03mais qui sont aussi des débats d'imaginaire.
00:29:06Le moment où l'extrême-droite veut tout fermer, je pense qu'en termes d'imaginaire,
00:29:10comment nous, on est capable de dire qu'on veut l'ouverture,
00:29:12mais que cette ouverture, ce n'est pas l'Union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui,
00:29:15et ce n'est certainement pas la globalisation néolibérale.
00:29:18Merci. J'en profite pour me tourner vers vous, Julien Bayou,
00:29:22puisque Clémentine Autain vous a interpellé,
00:29:25mais aussi parce que vous estimez que l'écologie doit être le nouveau paradigme.
00:29:31Est-ce que cela signifie y subordonner l'ambition sociale,
00:29:37voire de rupture avec le système dont la gauche a été porteuse ?
00:29:45Pour répondre, pour être un peu cash, oui, nouveau paradigme, évidemment.
00:29:52Tout simplement parce que ça découle de ma première réponse,
00:29:55c'est-à-dire que je pense qu'on arrive à l'épuisement des projets politiques
00:30:01qui se sont construits sur l'extractivisme ou le productivisme.
00:30:07En gros, l'idée que l'on pouvait avoir une croissance illimitée
00:30:11et que tout reposait sur cette croissance.
00:30:13De fait, ce n'est pas tenable.
00:30:15Et en fait, cette croissance, moi, depuis ma naissance,
00:30:17la fameuse croissance qui permettait d'avoir la réduction du chômage,
00:30:22elle n'a pas eu lieu.
00:30:23Il y a des pays qui ont obtenu 3% de croissance.
00:30:27C'est l'Australie, mais qu'elle est ravagée par les incendies.
00:30:31Et c'est les États-Unis de Trump, mais ce n'est évidemment pas le vrai dont on veut.
00:30:36Donc, sortir de ce paradigme qui, finalement, ne fonctionne pas, n'est plus opérant.
00:30:42Et oui, nouveau paradigme, celui de l'écologie.
00:30:46Ça ne veut certainement pas dire subordonner l'ambition sociale.
00:30:49En fait, l'ambition sociale, c'est l'écologie.
00:30:53C'est vraiment important parce que le productivisme, pour aller vite,
00:30:56ça conduit à maintenir le chlordécone dans les Antilles.
00:31:00Un produit dont on sait qu'il est dangereux, enfin, il faut bien produire.
00:31:03Ça conduit à maintenir l'amiante parce qu'on sait que c'est dangereux.
00:31:08Enfin, il faut bien produire.
00:31:10Qu'est-ce qu'on va faire ?
00:31:11C'est la silicose pour les ouvriers dans les mines.
00:31:14C'est aujourd'hui le néonicotinoïde parce qu'il faut bien produire.
00:31:18Donc, vous voyez, la question sociale, elle est finalement pas si bien traitée
00:31:26par les projets qui ambitionnent et qui dépendent de la croissance
00:31:30parce que quand il n'y en a pas, tant pis, vous attendrez.
00:31:33Or, elle est consubstantielle de l'écologie et le récit gagnant,
00:31:37c'est forcément celui d'une convergence.
00:31:39Il faut absolument refuser d'opposer les enjeux sociaux et les enjeux environnementaux.
00:31:45Ne pas opposer les marges climat et les marges des Gilets jaunes, pour le dire comme ça.
00:31:49Les inégalités sociales et environnementales se conjuguent.
00:31:52C'est les quartiers populaires qui sont les plus pollués.
00:31:55Et même la crise sanitaire d'aujourd'hui nous révèle, c'est une maladie très politique,
00:32:00une crise écologique qui provient de la déforestation, de l'urbanisation.
00:32:05C'est l'Organisation mondiale de la santé qui le dit.
00:32:07C'est une crise écologique liée à la globalisation dont parlait Clémentine Autain.
00:32:14Clairement, c'est une crise capitaliste qui découle du fait qu'on exerce une pression insoutenable sur nos écosystèmes.
00:32:24Et par ailleurs, c'est les politiques libérales d'affaiblissement de l'hôpital des dernières décennies
00:32:29qui font qu'on est peu outillé pour y répondre.
00:32:34Mais par ailleurs, elles frappent beaucoup plus durement les pauvres.
00:32:37Diabète, surtention artérielle, obésité sont des maladies liées à la pauvreté.
00:32:44Donc, on est sur une crise écologique et une maladie foncièrement politique.
00:32:48Pour nous, l'enjeu, c'est de subordonner l'économie au bien commun.
00:32:53C'est questionner la finalité de l'économie.
00:32:55Si on disait le gilet jaune des ronds-points, une infirmière, un livreur délivré-roux
00:33:01ou des agriculteurs qui n'arrivent pas à se payer, ils sont exploités par un système, oui.
00:33:07Et peut-être qu'ils pourraient ramasser des miettes d'une distribution des fruits de la croissance.
00:33:12Mais en fait, si on ne s'en tient qu'à ça, c'est inopérant.
00:33:15Il faut rajouter une question supplémentaire.
00:33:17Là où le mouvement ouvrier historique se battait pour une égale répartition des richesses,
00:33:22oui, nous nous battons aussi en plus pour changer la manière dont sont produits les richesses.
00:33:28Considérons que l'exploitation de la nature et celle des humains n'est pas séparable.
00:33:32Et que si on ne change pas la manière de produire, de vivre, de consommer,
00:33:36alors la crise écologique qui vient, un peu comme la crise sanitaire d'aujourd'hui,
00:33:41elle frappe évidemment tout le monde, mais elle frappe en premier lieu et plus durement les plus démunis,
00:33:45les plus fragiles, ceux qui n'ont pas les moyens financiers de s'échapper,
00:33:50de se nourrir autrement, de se vêtir autrement.
00:33:52Donc, vraiment fondamentalement, tirer les leçons de cette crise et l'écologie politique,
00:34:03nouvelle alternative et qui prolonge et renouvelle ces luttes, notamment pour la justice sociale.
00:34:10En fait, pas d'écologie sans justice sociale, c'est évident.
00:34:13Je crois que toute personne oppose les deux et je prolongerai en disant
00:34:17pas de justice sociale sans écologie.
00:34:19Alors, Olivier Faure, il y a effectivement ce rapport entre justice sociale et écologie,
00:34:25mais aussi on a entendu Clémentine Autain comme Fabien Roussel tout à l'heure,
00:34:29évoqué la critique du quinquennat Hollande et le renoncement à un certain nombre de ruptures
00:34:39qui leur apparaissent essentielles.
00:34:42Alors que la crise sanitaire a mis en lumière, peut-être plus que jamais,
00:34:47en tout cas dans la dernière période, les failles du capitalisme.
00:34:52Est-ce que le PS propose-t-il aujourd'hui de dépasser ce système ?
00:34:58Alors, la question est en plein, mais je vais juste d'un mot revenir sur ce que vient de dire
00:35:02Julien Bayon.
00:35:05Et ce qu'on dit aussi dans le débat sur le rapport entre social et écologie.
00:35:11Bien sûr, l'un n'est pas concevable sans l'autre, ne serait-ce que parce que ce sont les
00:35:15mêmes victimes.
00:35:16Ce sont toujours les plus pauvres qui payent la pollution, la malgouffe, etc.
00:35:21Et ce sont toujours les mêmes qui en profitent.
00:35:23Et donc, nous avons un combat qui se porte face aux mêmes prédateurs et qui a les mêmes victimes.
00:35:29Donc, ça suppose effectivement que nous rejoignons nos forces pour pouvoir avancer.
00:35:33Simplement, ce serait faux de laisser penser que la gauche avait comme idéal le productivisme.
00:35:38Nous n'avons jamais porté comme idéal le productivisme.
00:35:41C'était un moyen. Il ne faut pas confondre la faim et les moyens.
00:35:44Jusqu'ici, nous avions d'une certaine façon, en partie lié avec le monde capitaliste,
00:35:49parce que nous voulions produire, nous voulions de la croissance pour répartir les richesses.
00:35:53Et le débat de l'époque portait non pas sur comment on produit,
00:35:57mais il portait sur comment est-ce qu'on redistribue les fruits de la croissance.
00:36:01Nous étions pour un partage plus égalitaire et le monde capital
00:36:05cherchait au contraire à préserver sa rente.
00:36:08Et donc, c'était ce qui nous opposait les uns aux autres.
00:36:10Mais nous n'avons jamais conçu le productivisme comme un projet en soi.
00:36:14Parce que le projet de la gauche, historiquement, c'est de faire en sorte que les femmes et les hommes
00:36:20de ce pays,
00:36:21et même du monde entier, vivent mieux.
00:36:22Et pour vivre mieux, dès lors que la question environnementale est introduite,
00:36:26parce qu'il y a une finitude du monde et parce qu'il y a une évidence qui nous est
00:36:31apparue aujourd'hui,
00:36:32dès ce moment, nous ne pouvons plus soutenir un projet qui serait un projet productiviste.
00:36:37Donc, il y a là, il ne nous renvoyons pas à des débats qui ont existé, mais qui ne peuvent
00:36:45plus exister,
00:36:46ne serait-ce que parce que l'objectif n'est pas de maintenir le productivisme pour le productivisme,
00:36:50mais d'avoir vécu avec, parce que c'était un moyen de faire en sorte que les gens vivent mieux.
00:36:56Et la réalité de cette histoire du siècle passé, c'est quand même qu'à travers le productivisme,
00:37:02nous avons détruit en partie la planète et il faut plaider coupable, mais en même temps,
00:37:08plaider nos qualités, au sens où personne ne le savait.
00:37:11Et ça a aussi permis d'élever le niveau de vie entre ceux qui vivaient à la fin du 19e
00:37:16et ceux qui vivaient à la fin du 20e.
00:37:19Pardon, mais tout ce que nous avons conquis a permis quand même à ces populations de vivre beaucoup mieux.
00:37:26Enfin, parfois, il existe des gens qui comparent, y compris les seigneurs du Moyen Âge avec les ouvriers du 21e
00:37:34siècle.
00:37:35En termes de confort, il vaut mieux être un ouvrier du 21e siècle qu'un seigneur de la guerre au
00:37:40Moyen Âge.
00:37:41Donc, tout ça pour dire que ne résumons pas la gauche à ce qu'elle n'a jamais été.
00:37:51Ensuite, je suis interrogé sur la question de la gauche passe à elle-même.
00:37:58Et est-ce que le quinquennat de François Hollande a été digne des étapes précédentes, etc.
00:38:04Je me suis déjà beaucoup exprimé sur le sujet.
00:38:06Après l'élection présidentielle, quand je suis devenu premier secrétaire, nous avons opéré ce qu'on appelle un inventaire
00:38:13où nous avons cherché à tirer toutes les leçons du quinquennat de François Hollande.
00:38:18Et d'ailleurs, les critiques m'étaient déjà venues bien avant.
00:38:21Moi, je me suis battu contre la loi de travail.
00:38:24Je me suis battu contre la déchéance de nationalité.
00:38:26J'avais proposé la remise en place fiscale.
00:38:28J'avais demandé à ce que le CICE soit conditionné ce qu'il n'a pas été.
00:38:33Tout ça pour dire que ce n'est pas un bloc homogène et qu'il y avait déjà des gens
00:38:38pour s'interroger
00:38:38sur la nature de ce que nous pouvions réaliser.
00:38:43Mais je n'oublie pas non plus que pendant cette période-là, il y a eu une vraie différence avec
00:38:48ce qui se passe aujourd'hui.
00:38:49On dit que Macron est l'enfant de Hollande.
00:38:51Sans doute est-ce vrai au sens où il a été ministre de François Hollande.
00:38:57Mais il n'avait pas tous les pouvoirs non plus.
00:38:59Pendant le quinquennat précédent, les parlementaires, d'ailleurs en socialiste mais pas exclusivement,
00:39:04de gauche, ont voté le fait que nous alignions les revenus du capital sur le barème des revenus du travail.
00:39:12Il y a encore une chose que Macron a faite, c'est qu'il a détruit ce que nous avions
00:39:16fait
00:39:16avec un restaurant dans ce qu'on appelle la flat tax.
00:39:18Nous avions imposé à 75%, même si nous avions été retoqués par le Conseil constitutionnel,
00:39:24les revenus des plus riches.
00:39:27Nous avons séparé à travers une loi bancaire les revenus, plutôt les placements qui étaient des placements spéculatifs
00:39:35et les placements de sauvegarde, c'est-à-dire de M. et Mme Tout-le-Monde.
00:39:39Nous avons cherché à mettre en place au niveau européen des règles prudentielles qui ont limité la casse,
00:39:46même si ce n'est certainement pas suffisant.
00:39:48Nous avons député socialiste plaidé pour augmenter la taxe Tobin, qui existe déjà depuis 2012,
00:39:57mais qui malheureusement est à un niveau...
00:40:02Nous avons cherché à introduire, là aussi, la taxation des taxes intra-journalières.
00:40:07Nous avons gagné face au gouvernement, mais nous avons été retoqués à l'époque par le Conseil constitutionnel.
00:40:15Bref, il ne s'est pas rien fait.
00:40:19Autant je peux être critique sur ce que François Hollande et ses gouvernements ont pu réaliser,
00:40:26autant je ne voudrais pas non plus qu'à force de laisser penser que tout s'équivaut,
00:40:31on est une espèce de bouliboulia qui laisse penser que la gauche et la droite sont au pouvoir.
00:40:35C'est la même chose.
00:40:36Non, il y a une gauche qui parfois manque à ses devoirs, et je n'ai pas hésité à le
00:40:44dire à de nombreuses reprises,
00:40:46alors même que je ne suis pas le seul à avoir un parti politique qui a perdu l'élection présidentielle.
00:40:51Il n'y en a qu'un qui a gagné, il s'appelle Emmanuel Macron, les autres ont perdu.
00:40:54Je suis le seul à avoir fait un inventaire, je suis le seul à avoir cherché à comprendre quelles étaient
00:40:58les raisons
00:40:58qui avaient fait que nous avions été sanctionnés brutalement.
00:41:02Maintenant, ça suppose que tout le monde s'interroge, y compris pourquoi le monde auquel nous espérons défendre,
00:41:10le monde populaire, est un monde qui vote pour une large part pour Marine Le Pen,
00:41:14qui a voté pour une large part pour Emmanuel Macron, qui vote pour une large part encore pour les Républicains.
00:41:19Comment se fait-il que Clémentine dise que c'est le défaut de gauche qui a conduit à ce que
00:41:25François Hollande ne soit pas candidat
00:41:27et que les socialistes soient battus sèchement à l'élection présidentielle ?
00:41:31Mais comment l'expliquer alors que c'est quelqu'un qui est plus à droite que nous qui l'a
00:41:34emporté ?
00:41:35Ça prouve bien que les questions, elles sont multiples et qu'elles supposent qu'on évite toute forme de paresse
00:41:41à ce sujet
00:41:43et qu'on s'interrogeait véritablement sur des causes profondes qui font qu'à un certain moment,
00:41:47la gauche est en divorce avec une opinion publique qui ne la comprend plus.
00:41:52Justement, c'est un des points qu'on pourrait également aborder dans ce débat.
00:41:58Il nous reste une petite vingtaine de minutes.
00:42:02Une question que je vous adresse à tous.
00:42:07Depuis la rupture du congrès Tour, la gauche s'est, au long de son histoire, retrouvée autour de grandes victoires.
00:42:12Vous en avez les uns et les autres parlé tout à l'heure.
00:42:17La conquête du pouvoir que vous avez déjà en partie évoquée,
00:42:22mais aussi de nouveaux progrès sociaux, démocratiques, environnementaux,
00:42:27est-elle nécessairement liée pour vous à une mobilisation commune à gauche ?
00:42:33Et le cas échéant, est-ce que cette conquête-là est compatible avec la dispersion qui se profile,
00:42:40notamment dans la perspective de la prochaine présidentielle ?
00:42:45Peut-être Clémentine Autain pour commencer ?
00:42:48Oui. D'abord, je réponds à Olivier fort parce que ce n'est pas ce que j'ai dit tout
00:42:53à fait tout à l'heure.
00:42:54Je parlais juste du mot gauche qui, dans la dernière période, était associé à cette expérience gouvernementale
00:43:00et que je pense que le terme a été abîmé par cette expérience gouvernementale.
00:43:05Et que tout le monde doit balayer devant sa porte, ça c'est l'évidence.
00:43:09Et d'ailleurs, pour quiconque me connaît et me suit, je ne manque pas à l'occasion,
00:43:15y compris dans mon propre camp, de porter un certain nombre de critiques
00:43:19par rapport aux choix stratégiques, aux choix de fonds, mais aussi aux choix stratégiques qui sont opérés.
00:43:26Donc, je suis tout à fait d'accord sur le fait que nous sommes collectivement
00:43:31dans une situation très difficile et qui est le fruit au long cours.
00:43:39Je veux dire, tout à l'heure je parlais des échecs du XXe siècle, mais ils pèsent évidemment sur nos
00:43:44épaules.
00:43:44Les différents échecs à l'échelle internationale et européenne, ce sont des histoires qui sont structurelles
00:43:52et qui ne sont pas juste conjoncturelles d'une affaire d'alliance à un moment donné.
00:43:55Enfin, je veux dire, c'est des mouvements qui sont aussi des mouvements profonds dans la société
00:43:59que nous avons à impulser ou à manier et en tout cas toujours à se battre.
00:44:07Alors, pour répondre à la question de Julia plus directement par rapport à 2022
00:44:11et aux échéances qui nous attendent, moi, ma position est connue.
00:44:16Je pense qu'il faut du rassemblement.
00:44:18C'est-à-dire que la question du rassemblement, elle est consubstantielle à notre capacité à gagner.
00:44:25Donc, il faut qu'on y arrive.
00:44:27Le problème qu'on a, c'est que ce que nous avons à rassembler, ce n'est pas simplement entre
00:44:32nous.
00:44:32C'est-à-dire que ce n'est pas simplement d'arriver à mettre d'accord des états-majors d
00:44:37'organisation politique
00:44:38ou des personnalités politiques.
00:44:39Ce que nous avons à rechercher, c'est notre capacité à mettre en mouvement dans la société
00:44:45une force à vocation majoritaire, ce qui suppose du rassemblement parce qu'aucune sensibilité,
00:44:50aucune culture n'a à lui seul la possibilité de battre le pouvoir en place
00:44:55et de contraindre l'extrême-droite à reculer.
00:44:59Pour cela, il faut arriver à dégager une martingale que, pour l'instant, nous n'avons pas totalement.
00:45:05Alors, après, ça n'efface pas les débats qui existent entre nous.
00:45:08Ça n'efface pas les débats et les débats ne sont pas qu'entre nous, là.
00:45:12Ils sont dans la société.
00:45:13Parce que quand vous regardez le sondage qui a été fait au mois de septembre
00:45:17et qui, moi, m'a beaucoup interpellée, qui teste pour la présidentielle
00:45:23la possibilité, enfin l'hypothèse, évidemment, d'un champ très divisé.
00:45:27Donc, chacun y va de son 9, 10, 13, enfin, vous voyez.
00:45:31Et puis, on teste une hypothèse rassemblée.
00:45:33Alors, on la teste forcément à partir de personnalités déjà implantées dans le paysage politique.
00:45:38Mais quand c'est Jean-Luc Mélenchon, qui est celui qui fait le meilleur score de mémoire,
00:45:42je crois qu'il est à 15 %, alors qu'il est à 13 tout seul.
00:45:46Et à gauche, quand on prend l'hypothèse Anne Hidalgo, par exemple, je crois qu'elle passe de mémoire.
00:45:52Il faudrait vérifier, mais quelque chose de l'ordre de 10, 11 à 13.
00:45:56Donc, ça veut dire que dans l'électorat, l'idée qui était bien instaurée par Manuel Valls,
00:46:02les deux gauches irréconciliables, je l'ai toujours en mémoire.
00:46:07Donc, l'idée qu'il existerait deux gauches irréconciliables se matérialise, en tout cas à l'heure actuelle,
00:46:17dans ce sondage tel qu'il a été fait. Et ça doit nous alerter.
00:46:20Ça doit nous alerter parce que la question, c'est bien sûr que chacun va vouloir se disputer et espérer
00:46:25que l'autre soit derrière.
00:46:26Ça, c'est une chose. Mais au final, il faut que l'ensemble de l'électorat qui n'accepte pas
00:46:32le pouvoir en place
00:46:33et qui ne veut pas d'un duel entre le pouvoir en place et la menace effrayante de l'extrême
00:46:38droite,
00:46:39il y a qu'il y ait une solution, qu'il y ait quelque chose qui émerge du côté de
00:46:43l'émancipation humaine, du progrès, etc.
00:46:46Il faut que ça émerge, ce projet, cette perspective de transformation sociale et écologiste.
00:46:52Et pour qu'elle émerge, il faut trouver non pas un dénominateur, un petit dénominateur commun entre nous,
00:46:59mais un projet fédérateur dans le pays. Et à mon sens, ce projet fédérateur, forcément, aujourd'hui, il est porteur
00:47:06de radicalité.
00:47:07Je ne vois pas autrement de changement en profondeur. Ça, c'est une première conviction.
00:47:11Et la deuxième, c'est que ce projet, il doit permettre à tout le monde de vivre. Il doit permettre
00:47:16à tout le monde de vivre,
00:47:17à tout le monde d'être respecté. Et là, je pose à mon tour, du coup, une question à Olivier
00:47:21Faure,
00:47:21parce que tout le monde doit faire un effort pour ce rassemblement et tout le monde, aujourd'hui,
00:47:26mais aussi au pot commun pour dire voilà comment je pense qu'on peut, dans le pays, constituer des majorités.
00:47:32Mais je ne comprends pas pourquoi le Parti Socialiste, notamment par la voix d'Anne Hidalgo ou par la tienne
00:47:39Olivier,
00:47:40vous avez choisi ces derniers temps de créer une sorte de schisme, enfin je ne sais pas comment on peut
00:47:46dire,
00:47:46de clivage qui rappelle les deux gauches irréconciliables sur l'enjeu de la République.
00:47:52D'abord parce que c'est une insulte aux partenaires, je ne peux pas le dire autrement,
00:47:55c'est une insulte aux partenaires, les propos qui ont été tenus, mais aussi parce que,
00:47:59dans la perspective du rassemblement, que tu portes, et moi je le prends très sérieusement,
00:48:05j'entends, je te suis depuis évidemment, très précisément depuis le début notamment de la mandature,
00:48:11et je trouve très intéressant les éléments d'adjournamento, etc.
00:48:17Mais le problème, c'est qu'à un moment donné, si on veut rassembler, il faut faire attention à des
00:48:23gestes,
00:48:23des mots, des clivages qui pourraient figer quelque chose de l'ordre de l'irréconciliable.
00:48:28Merci Clémentine.
00:48:30Avant de me tourner vers Olivier, Julien Bayou,
00:48:34vous êtes d'abord aussi concerné chez Europe Ecologie Les Verts,
00:48:39par ce que vient de dire Clémentine Autain,
00:48:42mais Clémentine Autain a évoqué un sondage, il y en a un autre qui est paru en novembre,
00:48:4972% des sympathisants de gauche demandant une candidature commune dans la perspective de la prochaine présidentielle.
00:48:58Est-ce que c'est un message aussi qui vous parle au-delà de la réaction ?
00:49:01Écoutez, moi je crois que nous pouvons gagner.
00:49:03Nous pouvons gagner dans les mois et les années qui viennent.
00:49:06À condition, comme le dit Clémentine, de ne pas instrumentaliser des attentats,
00:49:12pour propager des mensonges, et de sous-entendre ou d'affirmer qu'au-delà de nos divergences,
00:49:25qui peuvent être importantes mais sur lesquelles on peut discuter,
00:49:29que l'un ou l'autre serait en délicatesse avec la République.
00:49:34Moi je ne sais pas ce que c'est ne pas être républicain, si c'est monarchiste, islamiste radical ou
00:49:38quoi.
00:49:38Donc ça je crois que vraiment, je tiens à le redire avec force,
00:49:43instrumentaliser un mensonge comme le fait Anne Hidalgo,
00:49:45parce que notre groupe a voté pour honorer Samuel Paty avec une rue à Paris,
00:49:51instrumentaliser un mensonge dans ce contexte-là pour tenter de coller une cible dans le dos d'un partenaire.
00:49:57Je ne comprends pas à quelle logique ça fait référence,
00:50:01mais c'est certainement la pire manière de s'y prendre si on voulait travailler ensemble à des victoires demain.
00:50:06Et j'ose espérer, je ne mélange pas Hidalgo avec l'arrestre des socialistes,
00:50:11et j'ose espérer bien sûr que ça ne représente pas la pensée des socialistes,
00:50:21et qu'on pourra, Anne Hidalgo reviendra dessus,
00:50:27et qu'on pourra travailler à réparer ensemble cette République.
00:50:33Moi je crois qu'on peut gagner, je reprends, mais je ne peux pas dire à quel point c'est
00:50:38une insulte à l'ensemble des écologistes,
00:50:39et laisser passer cela.
00:50:42Et je sais qu'Olivier, pour le coup, parce qu'on m'en a échangé,
00:50:44mais peut-être tu répondras, mais tu n'es pas forcément sur cette ligne-là.
00:50:51Nous les écologistes, en fait, nous on a un peu esquissé différentes stratégies.
00:51:01On a soutenu un candidat social-démocrate en 2012.
00:51:07Ça n'a pas fonctionné.
00:51:09On a même, et je crois qu'on est les seuls dans l'histoire de la 5e République,
00:51:13retiré une candidature en cours de route en 2017,
00:51:17parce que nos idées avaient triomphé chez le voisin.
00:51:20Pour le dire comme ça, Benoît Hamon avait gagné avec nos idées la primaire du Parti Socialiste.
00:51:24Moi, il y a des gens qui m'appelaient, des journalistes qui m'appelaient le lendemain,
00:51:26pour me dire, mais vous aussi vous soutenez le revenu universel,
00:51:28ou la lutte contre les perturbateurs endocriniens.
00:51:29C'était assez perturbant, mais l'important c'était que les idées progressent.
00:51:33Nous avons fait cet effort, on l'a payé très cher, je ne vous recommande pas,
00:51:37mais c'était la bonne chose à faire.
00:51:39Aujourd'hui, nous disons, il n'y a pas d'histoire d'arrogance, d'hégémonie, etc.
00:51:45Nous disons, nous affichons une détermination sans faille sur l'écologie et le projet écolo.
00:51:52Et je dois constater vraiment que les points de convergence sont nombreux.
00:51:56Des libertés publiques, l'article 24, l'ensemble de la loi sécurité globale,
00:52:04je crois, nous réunissent pour affirmer que celui qui se prétendait le garant de nos libertés
00:52:09est en fait le Fauswager.
00:52:11Emmanuel Macron vote avec Marine Le Pen des dispositions qui nous menacent toutes et tous,
00:52:18syndicalistes, écologistes, militants politiques en premier point.
00:52:22Sur la laïcité, je veux croire qu'au-delà de basse manœuvre politicienne,
00:52:27nous nous retrouvons avec le Parti radical de gauche, qu'on pourrait d'ailleurs citer,
00:52:32sur la loi de 1905 et évidemment ses différents amendements, toute la loi de 1905,
00:52:37rien que la loi de 1905, une loi de liberté, y compris de culte,
00:52:41pour permettre à nos concitoyens musulmans de pouvoir vivre sereinement en République.
00:52:49Je crois que c'est important de le dire.
00:52:51Et évidemment, aucune espèce d'ambiguïté vis-à-vis de l'islamisme radical
00:52:55ou à cet égard de tous les prêches antirépublicains.
00:52:58La loi de 1905 prévoit et depuis fort longtemps le fait de pouvoir sanctionner tous les discours antirépublicains.
00:53:05À l'origine, c'était les catholiques intégristes.
00:53:09Ça s'applique à tous les prêches antirépublicains.
00:53:11Je crois que sur les institutions, sur la 6e République, sur le fait finalement d'instaurer une démocratie déconcernée,
00:53:18la participation effective de toutes et tous aux affaires qui les concernent.
00:53:21Là encore, on pourrait, je crois, trouver beaucoup de points de convergence.
00:53:26Je reprends et je ne le verrai pas, mais tout ce qu'a dit Fabien Roussel sur le loyer de
00:53:32l'argent
00:53:32et la place faite au capitalisme, la folie de la spéculation financière,
00:53:38tout ça, là encore, je crois, nous relie, sur la fiscalité évidemment,
00:53:43et même sur la question européenne, que pointait Clémentine Otain.
00:53:48Et c'est vrai qu'en 2017, ça a été un vrai point de désaccord.
00:53:51Et écoutez, tous les cadres ont explosé.
00:53:55Si on est un peu, parce que là, on est entre nous et on peut se parler de bonne foi,
00:53:59nous, nous disions et nous disons, nous pouvons faire de la politique dans les traités.
00:54:03Et il y en avait d'autres, Jean-Luc Mélenchon en tête, qui disaient,
00:54:06les traités conduisent forcément à l'austérité et on ne peut pas faire de politique dans les traités.
00:54:10Je ne sais pas qui a tort qui a raison.
00:54:11Ce que je sais, c'est que le cadre que nous critiquions ensemble de l'austérité a explosé.
00:54:19Puisque là, pour le coup, on ne sait même pas quelle échelle adopter,
00:54:22tellement on ne compte même plus en milliards, ni même en centaines de milliards.
00:54:26Et que même aujourd'hui, dans les cercles les plus établis et conservateurs,
00:54:30se pose la question de l'annulation de la dette par la Banque centrale.
00:54:33Donc, vous voyez que je crois que ça doit nous libérer de ces clivages
00:54:36qui ont fait fracturer la gauche et les écologistes en 2017,
00:54:41et qui aujourd'hui pourraient permettre de se mettre autour de la table
00:54:44et travailler autour d'un accord ambitieux.
00:54:47Là, pour le coup, je rejoins 100% Clémentine Autain.
00:54:50Cet accord, il doit être ambitieux, radical, redonner du tranchant, de la saveur, de la couleur,
00:54:56aux notions de liberté, d'égalité et de fraternité.
00:55:01Je développe un peu, si je n'ai pas le droit à une minute.
00:55:05Cette coalition des partis, elle est nécessaire, mais pas suffisante.
00:55:12On n'y arrivera pas seul.
00:55:14Et on parle de congrès de Tours, moi j'aimerais parler de la charte d'Amiens.
00:55:17Si on reste sur une logique où les organisations syndicales et associatives progressistes
00:55:23restent dans leurs coins et laissent les partis faire, on n'y arrivera jamais.
00:55:25Les organisations conservatrices et réactionnaires, elles, elles choisissent.
00:55:30Et ne pas choisir de candidat ou de campagne politique, c'est politique.
00:55:35Et donc, on a un vrai enjeu d'une véritable implication des mouvements syndicaux associatifs
00:55:42pour finalement venir nous aider à faire le coup de boutoir et remporter ces élections.
00:55:47Finalement, c'est un peu ce qui s'est passé en 1936.
00:55:50On avait un accord de différents partis et la puissance, la mobilisation, l'enthousiasme,
00:55:55populaire a fait déborder cette énergie et a amené le Front populaire bien au-delà de son programme initial.
00:56:03Et je crois que c'est ça qu'on doit se donner commentaire.
00:56:06Merci Julien Bayou.
00:56:07Alors, Olivier Faure, je vous invite évidemment à réagir à ce qui vient d'être dit.
00:56:11Mais il y a aussi cette question de la participation qu'évoquait à l'instant Julien Bayou.
00:56:18Au-delà des organisations syndicales et associatives, on a vu le niveau de l'abstention
00:56:23lors des derniers scrutins et une implication très difficile des classes populaires en particulier.
00:56:30De ce point de vue-là aussi, comment agir ?
00:56:34Tout simplement, moi j'ai d'abord beaucoup de...
00:56:37Bien sûr, il y a des points de divergence et je vais revenir, mais il y a aussi beaucoup de
00:56:40points de convergence.
00:56:43Et comment est-ce qu'on convainc aujourd'hui ?
00:56:46Déjà, on va commencer par dire ce qui ne convainc pas.
00:56:48Ce qui ne convainc pas, c'est d'avoir des partis qui parlent en permanence de la crise des autres,
00:56:54mais qui ne regardent pas leur propre crise.
00:56:56Et en fait, aujourd'hui, sur le terrain économique, sur le terrain social, sur le terrain sanitaire,
00:57:00la crise, c'est la crise à modèle, le modèle libéral.
00:57:03Mais la crise politique, elle est chez nous.
00:57:06Parce que nous sommes en train de nous parler, en fait, de rassemblement,
00:57:11mais si je comprends bien tout ce qui se raconte,
00:57:15Clémentine a déjà un candidat à l'élection présidentielle,
00:57:17Julien a déjà un calendrier pour aboutir à un candidat à l'élection présidentielle.
00:57:23Et le Parti communiste avec Fabien considère que ce ne serait pas une surprise
00:57:27que d'avoir un candidat à l'élection présidentielle.
00:57:29Alors, il n'y a pas une candidate à la présidentielle, Olivier.
00:57:33Il n'y a pas de calendrier fixé pour désigner qui que ce soit au Parti socialiste avant la fin
00:57:41de l'année.
00:57:42Je veux donner toutes ces chances au rassemblement.
00:57:44Et bien sûr, si nous n'y arrivons pas, il y aura un candidat ou une candidate socialiste à l
00:57:48'élection présidentielle.
00:57:49Ça, c'est une évidence.
00:57:50Mais je fais tout pour que, en fait, jusqu'à la fin, on se donne les moyens d'aboutir à
00:57:56un candidat ou une candidate commune.
00:57:58Donc, si on devait parler des socialistes, il n'y en a pas un, il y en a quatre ou
00:58:02cinq qui sont pour l'instant en train de chercher à tenter leur chance très bien.
00:58:09Enfin, la réalité, c'est que le Parti socialiste lui-même n'a pas de calendrier pour ça parce qu
00:58:14'il a choisi d'aller jusqu'au bout de la démarche de rassemblement.
00:58:17Et on verra si c'est possible ou si ça ne l'est pas.
00:58:20Donc, le paradoxe, c'est d'avoir aujourd'hui une invitation presque, on a tous écrit le monde d'après,
00:58:27en s'appuyant sur le fait que le monde d'aujourd'hui, celui d'Emmanuel Macron, celui des libéraux, est
00:58:32un monde qui est en échec permanent.
00:58:35Et la tristesse de cette histoire, c'est qu'on le dit, on dit que c'est terrible d'avoir
00:58:39Emmanuel Macron au pouvoir, mais on se comporte tous de telle manière que, finalement, il y a quelque chose qui
00:58:46devient presque inéluctable.
00:58:47C'est le retour du duo Le Pen-Macron avec le risque que Marine Le Pen finisse par être désignée,
00:58:54par être élue présidente de la République.
00:58:56Et si elle ne l'est pas, de voir un second mandat d'Emmanuel Macron qui nous promet déjà la
00:58:59réforme des retraites, etc., tout en pire.
00:59:03Donc, on voit bien que notre responsabilité, elle est immense.
00:59:08Alors, du coup, ça amène à poser la question que vous m'avez posée sur est-ce que nous sommes
00:59:13irréconcilables ? Je ne le crois absolument pas.
00:59:14Moi, je n'ai jamais pensé une seule seconde que les gauches étaient irréconcilables.
00:59:19Est-ce qu'elles ont des désaccords ? Oui, elles ont aussi des désaccords.
00:59:22Est-ce que bâtir un accord à contrat de coalition, ça suppose pour les uns de devenir ce que sont
00:59:28les autres ? Je ne le crois pas non plus.
00:59:30Je ne pense pas que Clémentier doit devenir socialiste, que Julien doit devenir insoumis, que je dois devenir communiste.
00:59:36Je pense que nous avons tous nos spécificités et qu'il n'est pas anormal dans ce débat que nous
00:59:41nous appelions les uns et les autres à ces formes de clarification.
00:59:45Il y a des clarifications qui ont été exigées du PS.
00:59:48Depuis tout à l'heure, dans le débat, vous avez exigé de moi.
00:59:51Faites savoir si j'étais vraiment de gauche, pas assez de gauche, est-ce que j'étais complètement Hollande, un
00:59:56petit peu à côté, etc.
00:59:57J'essaye de vous répondre, de vous dire où je suis, comment je nous place, comment je nous sens.
01:00:02Et donc, il n'est pas anormal que dans un débat, on puisse dire à un certain moment qu'on
01:00:06demande des clarifications.
01:00:08Quand j'ai bien longtemps demandé des clarifications à Jean-Luc Mélenchon sur la question républicaine, je l'ai fait
01:00:15parce que Jean-Luc avait une rhétorique qui me déplaisait fortement.
01:00:20Quand il assimile Marianne ou Charlie Hebdo à vers les actuelles, laissant penser que des journaux qui sont, dont on
01:00:28peut contester la ligne éditoriale, bien sûr, qui sont bien sûr contestables,
01:00:33mais les assimiler à l'extrême droite en disant que c'est la même chose que vers les actuelles, que
01:00:37c'est la mine, ça non, cent fois non, c'est impossible de glisser sur ce terrain-là.
01:00:42Et donc, c'est pour ça que je lui dis, Jean-Luc, toi qui as été socialiste, qui as été
01:00:46un grand républicain et un laïc convaincu,
01:00:49j'aimerais que parfois tu nous dises ou tu dises toi-même.
01:00:52Moi, je ne donne le leçon à personne.
01:00:54Je ne suis pas en train de dire qu'un tel n'est pas républicain, etc.
01:00:57Je veux simplement que je voudrais que toute la gauche dise ce qu'elle est ensemble.
01:01:03Et pour moi, le bon endroit, c'est la République, c'est la laïcité et sans aucune compromission avec qui
01:01:10que ce soit.
01:01:11Parce que je pense que dans un moment comme celui que nous vivons, on a besoin de repères clairs
01:01:15et que la laïcité est un moyen de protéger celui qui croit comme celui qui ne croit pas.
01:01:21Et c'était dit par Julien à l'instant, article 31 de la loi 1905 est très clair sur cette
01:01:27possibilité pour chacun d'être défendu.
01:01:29Et c'est une loi de liberté, d'avoir une liberté de conscience.
01:01:32Oui, mais je m'en veux de t'interrompre.
01:01:34Mais je disais puisqu'on t'a rassuré, tu peux donc cesser de demander des gages sur le sujet.
01:01:40Mais moi, je n'ai aucun doute sur le fait que chacun de ceux qui s'exprime ici sont tous
01:01:48des républicains convaincus.
01:01:50Je n'ai aucun doute sur le fait qu'il y a chez chacun d'entre vous la volonté de
01:01:56préserver la liberté de conscience et que vous êtes tous des laïcs.
01:01:59Mais ça n'empêche pas que dans nos mouvements respectifs, et c'est valable aussi chez les socialistes, il y
01:02:05a eu des doutes.
01:02:06Il y a eu des moments d'hésitation. Il y a eu des moments de flottement qui étaient liés au
01:02:12fait que nous avons...
01:02:13Je n'ai jamais employé le terme islamo-bouchiste, par exemple, mais il y a une évidence au fait que
01:02:20pour beaucoup d'entre nous, il y a eu un moment d'assimilation entre la religion musulmane et le sort
01:02:29fait aux minorités, aux opprimés,
01:02:32et que ça nous a amenés, pas forcément nous ici, mais enfin nous amenés dans nos formations respectives, à parfois
01:02:38être finalement plus tolérants par rapport à y compris des formes radicalisées de l'islam que nous n'étions par
01:02:47rapport à l'Église catholique.
01:02:48C'est une réalité qui est considérable dans les collectivités, ça a été le cas partout, dans les débats qui
01:02:54ont été initiés par les uns, par les autres,
01:02:55par une forme parfois de tolérance par rapport à ce que nous n'avons jamais toléé dans notre histoire auparavant.
01:03:02Et donc, ça demande que nous avions dans une forme de quartier, je ne le dis pas pour condamner les
01:03:06autres, c'est simplement parce que si nous ne sommes pas clairs,
01:03:09ce n'est pas moi qui me condamnerai. En fait, c'est l'opinion publique qui nous condamnera, qui nous
01:03:12dira que nous sommes ceci ou cela,
01:03:14et qui nous placera hors du camp républicain. Ce qui est un paradoxe, c'est d'avoir aujourd'hui Marine
01:03:19Le Pen, ce matin encore sur Inter,
01:03:20qui nous fait maintenant, en fait, un espèce de procès à la gauche sur son incapacité à penser à la
01:03:27République,
01:03:27sur sa capacité... Elle inverse complètement les polarités. Elle, qui n'a jamais été républicaine, elle, qui s'est toujours
01:03:33battue
01:03:33pour l'exclusion des uns et des autres, nous explique aujourd'hui que ce sont des antiracistes qui sont devenus
01:03:38racistes,
01:03:39et qu'elle, par contre, elle est celle qui incarne le centre de réalité républicain-français.
01:03:46Ça suppose que chacun d'entre nous avance dans la clarté et qu'on puisse se retrouver sur ce sujet
01:03:50comme sur les autres.
01:03:52Alors, à propos du Rassemblement national, on va arriver au terme, c'est pour ça que je me permets un
01:03:57peu d'intervenir,
01:03:59mais Fabien Roussel ne s'est pas encore exprimé sur cet aspect, la question de la conquête du pouvoir,
01:04:04de la participation citoyenne. Olivier Faure évoquait à la fois un paradoxe tout à l'heure,
01:04:11mais aussi la question du RN, dont la victoire n'est plus un simple épouvantail, mais désormais une hypothèse malheureusement
01:04:19sérieuse.
01:04:20Est-ce que ça compare à la gauche une responsabilité supplémentaire, Fabien Roussel ?
01:04:24Oui, parce que là, la question, c'est comment on regagne le pouvoir. Mais d'abord, pourquoi faire ?
01:04:31Et ensuite, pour regagner le pouvoir, on voit bien qu'il faut d'abord aller conquérir les cœurs de tous
01:04:40nos concitoyens qui n'ont plus cœur à aller voter et qui ne votent plus,
01:04:44voire certains qui ont décidé de voter pour l'extrême droite. Et il y en a à gauche qui sont
01:04:53tombés dans ce travers-là.
01:04:54Ils sont une minorité et il y en a quand même. Et donc, le véritable enjeu, c'est d'aller
01:04:59redonner envie à nos concitoyens de s'en mêler, de s'engager,
01:05:06que ce soit dans des combats, dans la lutte aujourd'hui ou que ce soit dans les urnes au moment
01:05:11des élections et de faire des choix importants.
01:05:13Parce que la gauche aujourd'hui, elle ne souffre pas de sa désunion, elle souffre surtout de sa faiblesse globale.
01:05:21Elle est considérablement affaiblie.
01:05:24Comme le disait Clémentine, on peut additionner les scores de chacun. Ça ne fait pas une majorité.
01:05:30Jamais on n'arrivera à conquérir le pouvoir comme ça. Il n'y en a pas un parmi nous qui
01:05:35peut dire je vais y arriver tout seul,
01:05:37quand bien même c'est au nom du peuple. Ce n'est pas possible, ça ne marche pas. Donc, on
01:05:42voit bien qu'aujourd'hui,
01:05:43il est important pour chacune des forces ici réunies et d'autres d'aller réussir à convaincre beaucoup plus de
01:05:51nos concitoyens de s'engager.
01:05:52Or, la gauche, elle est diverse. Moi, Clémentine, Olivier, Julien, Jean-Luc, Adrien, ce ne sont pas des adversaires,
01:06:05ce ne sont pas des concurrents. Nous sommes différents. Et ces différences, on doit en faire une richesse.
01:06:17On doit pouvoir additionner tout cela pour pouvoir demain former, je le souhaite un jour, une majorité avec un projet.
01:06:27Donc, je reviens sur le pourquoi faire une majorité pour changer profondément la vie de nos concitoyens.
01:06:34Ceux qui espèrent que ça change et puis convaincre ceux qui n'espèrent plus que ça peut changer.
01:06:39Il y a un manque d'alternative. Il y a un manque d'espoir. C'est ça qui manque aujourd
01:06:45'hui.
01:06:45Les gens ne vont plus voter parce qu'ils n'y croient plus. Comment on leur donne envie encore d
01:06:48'y croire ?
01:06:49Donc, moi, ce que j'attends, c'est qu'on ait demain une force, un programme, des idées qui disent,
01:06:58nous, demain, au pouvoir,
01:07:01eh bien oui, nous commencerons par augmenter le SMIC tout de suite et nous nous engageons sur la stricte parité
01:07:08des salaires
01:07:10pour que les hommes et les femmes gagnent pareil. Nous donnerons plus de pouvoir aux salariés dans les entreprises.
01:07:14Nous nous engageons à relocaliser l'activité industrielle partie ces dernières années pour la relocaliser en France
01:07:19et produire de nouveau en France et reconquérir une souveraineté économique et produire différemment de telle sorte
01:07:25qu'on produise mieux et qu'on s'émancipe au travail, qu'on s'y épanouisse et que l'on
01:07:30produise en France pour répondre à des besoins,
01:07:33pas pour le plaisir de produire et que l'on produise en France en respectant la biodiversité, l'environnement, les
01:07:39ressources naturelles
01:07:40et donc que l'on remette en cause complètement les modes de production actuels.
01:07:45Donc, on est demain un programme, un projet, une équipe qui dise, cela, nous allons le faire.
01:07:51Nous allons développer les services publics, ceux qui existent aujourd'hui, qui ont été malmenés par les politiques libérales européennes,
01:07:57l'école, la santé, les transports. Nous allons leur redonner des moyens et embaucher dans ces services publics.
01:08:03Et nous allons créer de nouveaux services publics pour la filière énergétique française, pour la petite enfance, pour le logement,
01:08:10pour l'eau, la production, la distribution de l'eau.
01:08:13Il y a des chantiers immenses à ouvrir. Si on veut tenir nos engagements climatiques, quand est-ce que l
01:08:19'on va dire que c'est possible de rénover 700 000 logements par an ?
01:08:24C'est une urgence et climatique, mais c'est aussi un besoin immense pour des milliers et des millions de
01:08:31nos concitoyens tellement ça coûte cher de se chauffer.
01:08:34Or, c'est une réponse que l'on peut faire et qui répondra à la double exigence du climat et
01:08:39du pouvoir d'achat.
01:08:40Mais ça ne se fait pas d'un claquement de doigts. Il faut former pour cela et il faut y
01:08:43mettre des moyens financiers importants.
01:08:46On ne va pas demander aux gens de le payer sur leur denier ou alors il va falloir tripler les
01:08:49salaires. Pourquoi pas ?
01:08:50Mais tout ça, ça s'engage et on doit montrer comment on le fait, comment on le finance.
01:08:56Au final, il faut avoir une équipe, une majorité, une force politique qui dit nous, nous allons le faire.
01:09:02Nous allons nous y engager à garantir un salaire, un emploi, des droits nouveaux pour chacun dans son lieu de
01:09:11travail, dans la vie.
01:09:13Et nous nous y engageons clairement. Nous allons reprendre le pouvoir à l'argent.
01:09:16Nous allons nous attaquer au mur de l'argent pour changer radicalement nos vies.
01:09:20Nous allons rompre avec ce système économique qui privilégie la rentabilité à court terme, à tout prix,
01:09:26au détriment de l'émancipation humaine, au détriment de la dignité, du respect de la dignité humaine.
01:09:32Nous, c'est ce combat-là que nous voulons engager avec obstination, avec enthousiasme.
01:09:43Mais en tout cas, on veut y aller. Et nous pensons que nous avons un rôle à jouer pour reconquérir
01:09:49justement les cœurs, la mobilisation, l'envie de tous ceux qui ont été dégoûtés, déçus par la gauche ces dernières
01:09:56années.
01:09:56Nous voulons redonner cette envie de s'en mêler, de s'engager. Et c'est pour ça que nous réfléchissons
01:10:04effectivement de quelle manière nous pouvons apporter cette contribution,
01:10:08et notamment lors des échéances de 2022. Parce que si en 2022, on y va sans porter un espoir, sans
01:10:15montrer qu'il est possible de changer radicalement nos vies et de rompre avec ce système,
01:10:21eh bien, on n'arrivera pas à convaincre les électeurs, notamment les électeurs de gauche, de retourner aux urnes.
01:10:27Il faut véritablement avoir un programme de rupture et montrer que c'est possible en même temps.
01:10:33C'est ce que nous, nous espérons pouvoir porter lors des prochaines échéances, parce que l'élection présidentielle, elle sert
01:10:39à ça.
01:10:39Elle ouvre un débat sur le pays pour les grandes transformations apportées pour notre pays dans les cinq ans qui
01:10:44viennent.
01:10:45Les élections régionales et départementales, ce sont d'autres élections, des élections où le mode de scrutin d'ailleurs permet
01:10:51de nous rassembler sur des listes
01:10:53et porter ensemble un projet, des propositions qui peuvent aussi transformer de manière importante les conditions de vie des salariés
01:11:03dans les régions et dans les départements à travers les élections départementales.
01:11:08Je n'en dirai pas plus parce que mes camarades de classe ont beaucoup parlé avant moi,
01:11:12mais c'était très enrichissant d'échanger entre nous et on devrait le faire plus souvent.
01:11:18D'ailleurs, on le fait de temps en temps, mais faisons-le plus souvent, ça nous fera du bien.
01:11:22Et ça fera du bien à tous ceux qui espèrent nous voir plus souvent ensemble, mais c'est un vrai
01:11:27plaisir.
01:11:27On a en même temps beaucoup de choses à partager.
01:11:30Merci Fabien, on arrive effectivement au terme du temps de débat dont nous disposions.
01:11:38Nous sommes tout à fait ouverts à accueillir à nouveau, comme le suggérait Fabien, ici à l'Humanité,
01:11:45de nouveaux échanges à gauche, bien sûr, parce qu'on voit qu'il y a de multiples questions
01:11:51que nous n'avons pas pu aborder, ou en tout cas aborder assez en profondeur.
01:11:58En attendant, je vous remercie tous les uns et les autres de votre participation.
01:12:03Vous pourrez retrouver également cette table ronde dans notre magazine L'Humanité Dimanche.
01:12:10Et donc, à très bientôt et merci encore.
01:12:16Merci Julien.
01:12:17Merci à bientôt.
01:12:19Merci.
01:12:19Merci à tout le monde.