00:00La crise sanitaire, c'est un peu moins drôle effectivement.
00:02Elle a produit un effet de loupe évidemment sur les inégalités sociales de genre ou même d'origine.
00:08Encore fallait-il mesurer tout ceci ?
00:10C'est ce qu'a fait la Fondation Gabriel Péry dont nous recevons ce soir son représentant, Daniel Sirira.
00:17Bonsoir Daniel.
00:18Et qui sera interrogée par Eugénie Barbeza.
00:20Bonsoir Eugénie, c'est à vous.
00:23Merci Lionel.
00:25Bonsoir Daniel Sirira.
00:26Donc vous êtes secrétaire générale du conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péry.
00:31Comme le disait à l'instant mon collègue, la Fondation Gabriel Péry s'est intéressée à l'après-Covid et
00:38au Covid.
00:38Puisque vous avez produit une réflexion, une étude, des enquêtes et des travaux.
00:44Juste à la sortie de cette crise sanitaire qui n'est pas encore finie d'ailleurs.
00:49Mais au mois de mai-juin dernier, vous avez commencé à réfléchir aux conséquences de cette crise sanitaire.
00:54et effectivement à l'exacerbation, c'est difficile à dire, des inégalités qu'a produit cette crise.
01:02Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur qui a été fortement impacté, à la fois
01:07géographiquement, socialement, par rapport à cette crise ?
01:14C'est une entrée, je crois, très forte dans cette crise, dans son originalité en quelque sorte, que la question
01:20des inégalités.
01:21Si vous tapez sur Google en français Covid-19 et inégalités, vous avez un gros 6 millions d'occurrences.
01:28Et si vous les mettez en anglais, ça fait 100 millions d'occurrences.
01:31Donc on est vraiment au cœur d'une question et on le voit bien qu'il y a cet effet
01:36d'accélération.
01:37Sur trois niveaux, je crois.
01:38D'abord, dans les personnes touchées, dans ce qui s'est passé dans le confinement
01:42et dans les conséquences de la crise économique qu'entraîne la crise sanitaire.
01:48D'abord, dans les personnes touchées, on voit bien qu'on a essayé de responsabiliser les individus
01:54en disant « Ah, c'est parce que vous ne vous respectez pas suffisamment ».
01:57Il faut respecter, bien sûr, les mesures sanitaires.
02:00Mais quand on voit que, par exemple, dans un pays comme la France,
02:02les régions qui ont été les plus touchées au début, ça a été le Nord et le Grand Est,
02:07et dans la région parisienne et l'Ile-de-France, ça a été la Seine-Saint-Denis,
02:10on voit bien que là, il y a eu des causes qui étaient tout à fait liées à des situations...
02:14Puisque c'était effectivement les régions et les départements les plus pauvres.
02:17On a retrouvé en quelque sorte des fractures qu'on connaissait.
02:19Et de ce point de vue, il y a un effet et d'accélération, d'approfondissement et de révélateur.
02:25Il y a des choses qu'on savait, les inégalités, elles existaient avant,
02:28mais là, on voit bien qu'à travers la question sanitaire, de la santé
02:31et de toutes les conséquences qu'il y a en termes d'emploi, en termes social,
02:35c'est certaines catégories qui étaient les plus vulnérables qui vont être encore plus vulnérables que là.
02:39C'est-à-dire, de ce point de vue, c'est une crise des inégalités,
02:44mais ça devient une crise de la pauvreté parce que des gens qui n'étaient pas touchés
02:48se trouvent dans des situations humaines absolument impossibles.
02:52Vous voyez bien les catégories dont on va parler.
02:53Oui, on va développer un petit peu.
02:55Il y a bien sûr ceux qui étaient attendus, malheureusement,
02:58les gens migrants, les travailleurs du domaine de l'informel,
03:02tous ceux-là, évidemment, ils étaient prêts à tomber dans la pauvreté,
03:06ils étaient dans la survie et ça a encore aggravé les choses.
03:08Mais on a vu plusieurs autres catégories qui s'en sortaient à peu près
03:14venir grossir les queues des banques alimentaires et ça, ça a été une surprise pour beaucoup.
03:19Et puis on a vu aussi, bien sûr, les femmes, les femmes en première ligne,
03:22à la fois dans des métiers du care, des métiers du soin,
03:27c'était les infirmières, c'était les aides-soignantes,
03:29dans des métiers sous-qualifiés et sous-payés que sont les métiers de la distribution, etc.
03:34Et on a vu aussi que les femmes étaient doublement impactées
03:37parce que c'était elles aussi qui se tapaient les corvées à la maison.
03:40Pendant le confinement, ce sont elles qui ont fait l'école à la maison.
03:43Voilà, et par contre, on les voyait assez peu sur les plateaux de télévision.
03:46Les femmes, tout d'un coup, cette exigence de parité qu'on essaye d'avoir,
03:50elle a été balayée parce que les scientifiques qui parlaient de la Covid étaient des hommes.
03:54Donc voilà, on peut peut-être développer sur ces trois catégories.
03:57La crise a rendu visibles des choses qui existaient
04:00et elle le fait dans un moment où la question de l'égalité entre hommes et femmes,
04:05l'égalité des droits, est vraiment dans l'espace public.
04:08Et elle a rendu visible le rôle et la fonction des femmes
04:12dans l'espace public et dans l'espace privé, comme vous le disiez.
04:16On le voit bien à travers les emplois
04:17et on a évidemment au cœur la question des soignants, des soignantes, en l'occurrence,
04:22et puis les caissières.
04:23Et tous ces métiers, dans le fond, dans lesquels la société n'aurait pas pu continuer à travailler.
04:27C'est vrai aussi pour des métiers moins féminins comme les éboueurs
04:31ou d'autres fonctions, ou les gens qui faisaient de l'énergie.
04:33Mais on voit bien qu'il y a eu une centralité de la question des femmes
04:37et à travers ça, la question des inégalités,
04:40puisque en même temps, c'était celles qui étaient moins payées, des choses comme ça.
04:43Et là, la crise a un effet démultiplicateur, mais il a aussi un effet révélateur,
04:47parce qu'il va rendre visibles des choses qui existaient,
04:50mais il va les mettre vraiment sur le devant des questions,
04:53des questions qu'il y a pour le changement, pour ce qu'il faudra faire,
04:56pas seulement sur ce qu'il y a, mais pour ce qu'il faudra faire.
04:58Ça, on va y venir.
04:59Mais vous parlez de la France, là, mais c'est vrai aussi dans le monde entier, en fait.
05:03Oui, tout à fait.
05:04On voit bien, si on prenait...
05:06On est dans une période où il y a eu des mouvements sociaux partout dans le monde.
05:10Si on prenait un cas qui nous a éclaté, finalement, au visage de tout le monde,
05:13c'est le cas des États-Unis, où les inégalités de race,
05:16en l'occurrence les questions raciales et les questions sociales,
05:20ont fait un mélange détonnant, explosif,
05:22d'autant plus que ça se posait par rapport à la politique du traitement,
05:26enfin, le traitement de la crise par Trump.
05:28Donc là, on a vraiment quelque chose d'une très grande violence,
05:32mais qui montre le lien qu'il y a, la nouveauté, en quelque sorte,
05:35non pas de la situation de l'inégalité,
05:37mais de la façon dont les mouvements vont se saisir de cette question-là
05:39pour en faire un élément de contestation tout à fait central.
05:42Ce sera vrai dans des pays comme le Chili, ce sera vrai aussi dans d'autres pays, oui.
05:46Quelque chose d'aussi intéressant que vous pointez,
05:48c'est le fait qu'on a beaucoup pointé les responsabilités individuelles,
05:52et c'est vrai que cette crise nous touche individuellement dans nos corps.
05:56Et ça, c'est aussi la grande nouveauté, c'est que ce n'est pas quelque chose d'extérieur,
06:00c'est quelque chose qui rentre en nous, la Covid.
06:02Tout à fait.
06:03Et si on compare avec une crise que nous avons connue de notre génération,
06:08qui a été la crise de 2008, qui a été la grande crise financière,
06:11on voit bien que c'était une crise qui touchait au cœur du système, Wall Street, etc.
06:14Mais là, on a quelque chose qui va toucher au système, mais dans ce qu'il a à la fois
06:18de plus global, planétaire et de plus individuel.
06:21Et alors là, on dira que l'individu va se trouver confronté à une dimension systémique de la crise.
06:28C'est extrêmement violent et en même temps, c'est extrêmement porteur de revendications pour l'émancipation,
06:35pour mettre en cause les politiques néolibérales qui ont quand même une énorme responsabilité
06:39dans la façon dont la pandémie s'est répandue et dans la façon dont ont été traitées les femmes et
06:46les hommes.
06:47Et justement, pour pallier ces inégalités, on a vu l'importance des services publics.
06:52Services publics, notamment services publics de la santé en France.
06:56Services publics de la santé dans lesquels, depuis plus d'un an avant la crise, il y avait des luttes
07:01sociales.
07:01Et donc là, eh bien, ces luttes ont gagné quelque part.
07:05En tout cas, idéologiquement, il apparaît nécessaire à tout le monde d'avoir un service public de la santé alors
07:11qu'il était de plus en plus remis en cause.
07:12Vous avez tout à fait raison. C'est le récit ou le discours néolibéral qui est frappé de plein fouet,
07:18les politiques qui ont été mises en œuvre et on le voit d'autant plus qu'il y a eu
07:22cette lutte pendant un an
07:24et que c'est une lutte pour l'hôpital public et qui a été extraordinairement populaire et très très mobilisatrice.
07:31Et elle percute, donc la crise va percuter ces luttes-là.
07:35Et donc là, on a un élément pour l'après.
07:37Quand on s'interroge sur l'après, c'est comment ces mouvements qui ont posé les questions tout à fait
07:42fondamentales,
07:42en l'occurrence la santé et l'hôpital, mais aussi les services publics,
07:46parce que c'est ça qui a permis à la société de tenir, vont être les éléments, le socle en
07:50quelque sorte,
07:51pour penser l'après à partir des questions concrètes, mais avec une vision qui va bien au-delà de l
07:57'immédiat.
07:57Pour rester dans le même domaine de la protection des citoyens, il y a aussi le droit du travail,
08:04notamment les salariés qui ont pu être en chômage partiel parce qu'ils avaient un contrat de travail, un CDI.
08:09On voit aussi que la précarité qui nous est vantée avec l'ubérisation de la société,
08:13eh bien elle a créé là, directement de la pauvreté, alors que le CDI que défendent les syndicats progressistes ont
08:19pu protéger les gens.
08:21Là aussi idéologiquement, il y a eu une victoire de la sécurité professionnelle.
08:26Je vous demanderai, Daniel, une réponse courte parce qu'on va devoir malheureusement arrêter ce débat.
08:30Ce que vous êtes en train de dire, c'est qu'on touche à des questions absolument essentielles,
08:35que cette crise nous a prises par surprise, mais qu'en même temps, en l'examinant, on voit bien qu
08:39'il y a des causes profondes,
08:40mais qu'en même temps, elle pose des questions qui nous permettent aussi de penser l'avenir
08:43en s'appuyant sur ce qui s'est passé aussi dans la tête de millions et de millions de gens.
08:48En quelque sorte, elle dessine une feuille de route.
08:50Oui, elle nous donne un socle, en tous les cas, pour savoir de quel côté il faut aller
08:54et comment l'avenir, déjà, il peut se dessiner dans les têtes,
08:57et donc faire monter les exigences pour la transformation et pour mettre loin,
09:01pour recréer de l'espoir et de la confiance.
09:03Merci, merci Daniel Serrera d'être venu, donc.
09:06Et si vous voulez effectivement retrouver l'intégralité de ce dossier de la Fondation Gabrielle Péry,
09:11eh bien c'est dans Cile Mag, le magazine. Merci encore à vous.
09:14On vient de parler d'inégalité, elle touche particulièrement les femmes, vous venez de le dire.
09:20Les droits des femmes sont également aussi attaqués en France et dans le monde.
09:24Nous vous proposons là un témoignage rare venu du Brésil.
09:29C'est un pays où le droit à l'avortement est menacé singulièrement
09:33depuis que Jair Bolsonaro est devenu le chef de l'État.
09:37C'est le témoignage d'une femme médecin, Jandira Fégali.
09:41Elle est membre du Parti communiste brésilien élue à la Chambre des députés.
09:45On regarde.
09:45Bienvenue.
09:46Bienvenue.
09:46Merci.