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  • il y a 20 heures
La Fondation Gabriel Péri a étudié en quoi la crise du Covid est révélatrice des inégalités et les exacerbe. Sur le plateau de la chaîne de la Fête de l'Humanité autrement, Daniel Cirera, secrétaire général du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri, évoque les résultats de ces études avec Eugénie Barbezat, journaliste à l'Humanité.

Les inégalités dont la crise du Covid se manifestent à 3 niveaux, précise-t-il notamment : sur les personnes touchées par le virus, dans les effets du confinement et dans la crise économique qu'elle entraîne.

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Transcription
00:00La crise sanitaire, c'est un peu moins drôle effectivement.
00:02Elle a produit un effet de loupe évidemment sur les inégalités sociales de genre ou même d'origine.
00:08Encore fallait-il mesurer tout ceci ?
00:10C'est ce qu'a fait la Fondation Gabriel Péry dont nous recevons ce soir son représentant, Daniel Sirira.
00:17Bonsoir Daniel.
00:18Et qui sera interrogée par Eugénie Barbeza.
00:20Bonsoir Eugénie, c'est à vous.
00:23Merci Lionel.
00:25Bonsoir Daniel Sirira.
00:26Donc vous êtes secrétaire générale du conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péry.
00:31Comme le disait à l'instant mon collègue, la Fondation Gabriel Péry s'est intéressée à l'après-Covid et
00:38au Covid.
00:38Puisque vous avez produit une réflexion, une étude, des enquêtes et des travaux.
00:44Juste à la sortie de cette crise sanitaire qui n'est pas encore finie d'ailleurs.
00:49Mais au mois de mai-juin dernier, vous avez commencé à réfléchir aux conséquences de cette crise sanitaire.
00:54et effectivement à l'exacerbation, c'est difficile à dire, des inégalités qu'a produit cette crise.
01:02Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur qui a été fortement impacté, à la fois
01:07géographiquement, socialement, par rapport à cette crise ?
01:14C'est une entrée, je crois, très forte dans cette crise, dans son originalité en quelque sorte, que la question
01:20des inégalités.
01:21Si vous tapez sur Google en français Covid-19 et inégalités, vous avez un gros 6 millions d'occurrences.
01:28Et si vous les mettez en anglais, ça fait 100 millions d'occurrences.
01:31Donc on est vraiment au cœur d'une question et on le voit bien qu'il y a cet effet
01:36d'accélération.
01:37Sur trois niveaux, je crois.
01:38D'abord, dans les personnes touchées, dans ce qui s'est passé dans le confinement
01:42et dans les conséquences de la crise économique qu'entraîne la crise sanitaire.
01:48D'abord, dans les personnes touchées, on voit bien qu'on a essayé de responsabiliser les individus
01:54en disant « Ah, c'est parce que vous ne vous respectez pas suffisamment ».
01:57Il faut respecter, bien sûr, les mesures sanitaires.
02:00Mais quand on voit que, par exemple, dans un pays comme la France,
02:02les régions qui ont été les plus touchées au début, ça a été le Nord et le Grand Est,
02:07et dans la région parisienne et l'Ile-de-France, ça a été la Seine-Saint-Denis,
02:10on voit bien que là, il y a eu des causes qui étaient tout à fait liées à des situations...
02:14Puisque c'était effectivement les régions et les départements les plus pauvres.
02:17On a retrouvé en quelque sorte des fractures qu'on connaissait.
02:19Et de ce point de vue, il y a un effet et d'accélération, d'approfondissement et de révélateur.
02:25Il y a des choses qu'on savait, les inégalités, elles existaient avant,
02:28mais là, on voit bien qu'à travers la question sanitaire, de la santé
02:31et de toutes les conséquences qu'il y a en termes d'emploi, en termes social,
02:35c'est certaines catégories qui étaient les plus vulnérables qui vont être encore plus vulnérables que là.
02:39C'est-à-dire, de ce point de vue, c'est une crise des inégalités,
02:44mais ça devient une crise de la pauvreté parce que des gens qui n'étaient pas touchés
02:48se trouvent dans des situations humaines absolument impossibles.
02:52Vous voyez bien les catégories dont on va parler.
02:53Oui, on va développer un petit peu.
02:55Il y a bien sûr ceux qui étaient attendus, malheureusement,
02:58les gens migrants, les travailleurs du domaine de l'informel,
03:02tous ceux-là, évidemment, ils étaient prêts à tomber dans la pauvreté,
03:06ils étaient dans la survie et ça a encore aggravé les choses.
03:08Mais on a vu plusieurs autres catégories qui s'en sortaient à peu près
03:14venir grossir les queues des banques alimentaires et ça, ça a été une surprise pour beaucoup.
03:19Et puis on a vu aussi, bien sûr, les femmes, les femmes en première ligne,
03:22à la fois dans des métiers du care, des métiers du soin,
03:27c'était les infirmières, c'était les aides-soignantes,
03:29dans des métiers sous-qualifiés et sous-payés que sont les métiers de la distribution, etc.
03:34Et on a vu aussi que les femmes étaient doublement impactées
03:37parce que c'était elles aussi qui se tapaient les corvées à la maison.
03:40Pendant le confinement, ce sont elles qui ont fait l'école à la maison.
03:43Voilà, et par contre, on les voyait assez peu sur les plateaux de télévision.
03:46Les femmes, tout d'un coup, cette exigence de parité qu'on essaye d'avoir,
03:50elle a été balayée parce que les scientifiques qui parlaient de la Covid étaient des hommes.
03:54Donc voilà, on peut peut-être développer sur ces trois catégories.
03:57La crise a rendu visibles des choses qui existaient
04:00et elle le fait dans un moment où la question de l'égalité entre hommes et femmes,
04:05l'égalité des droits, est vraiment dans l'espace public.
04:08Et elle a rendu visible le rôle et la fonction des femmes
04:12dans l'espace public et dans l'espace privé, comme vous le disiez.
04:16On le voit bien à travers les emplois
04:17et on a évidemment au cœur la question des soignants, des soignantes, en l'occurrence,
04:22et puis les caissières.
04:23Et tous ces métiers, dans le fond, dans lesquels la société n'aurait pas pu continuer à travailler.
04:27C'est vrai aussi pour des métiers moins féminins comme les éboueurs
04:31ou d'autres fonctions, ou les gens qui faisaient de l'énergie.
04:33Mais on voit bien qu'il y a eu une centralité de la question des femmes
04:37et à travers ça, la question des inégalités,
04:40puisque en même temps, c'était celles qui étaient moins payées, des choses comme ça.
04:43Et là, la crise a un effet démultiplicateur, mais il a aussi un effet révélateur,
04:47parce qu'il va rendre visibles des choses qui existaient,
04:50mais il va les mettre vraiment sur le devant des questions,
04:53des questions qu'il y a pour le changement, pour ce qu'il faudra faire,
04:56pas seulement sur ce qu'il y a, mais pour ce qu'il faudra faire.
04:58Ça, on va y venir.
04:59Mais vous parlez de la France, là, mais c'est vrai aussi dans le monde entier, en fait.
05:03Oui, tout à fait.
05:04On voit bien, si on prenait...
05:06On est dans une période où il y a eu des mouvements sociaux partout dans le monde.
05:10Si on prenait un cas qui nous a éclaté, finalement, au visage de tout le monde,
05:13c'est le cas des États-Unis, où les inégalités de race,
05:16en l'occurrence les questions raciales et les questions sociales,
05:20ont fait un mélange détonnant, explosif,
05:22d'autant plus que ça se posait par rapport à la politique du traitement,
05:26enfin, le traitement de la crise par Trump.
05:28Donc là, on a vraiment quelque chose d'une très grande violence,
05:32mais qui montre le lien qu'il y a, la nouveauté, en quelque sorte,
05:35non pas de la situation de l'inégalité,
05:37mais de la façon dont les mouvements vont se saisir de cette question-là
05:39pour en faire un élément de contestation tout à fait central.
05:42Ce sera vrai dans des pays comme le Chili, ce sera vrai aussi dans d'autres pays, oui.
05:46Quelque chose d'aussi intéressant que vous pointez,
05:48c'est le fait qu'on a beaucoup pointé les responsabilités individuelles,
05:52et c'est vrai que cette crise nous touche individuellement dans nos corps.
05:56Et ça, c'est aussi la grande nouveauté, c'est que ce n'est pas quelque chose d'extérieur,
06:00c'est quelque chose qui rentre en nous, la Covid.
06:02Tout à fait.
06:03Et si on compare avec une crise que nous avons connue de notre génération,
06:08qui a été la crise de 2008, qui a été la grande crise financière,
06:11on voit bien que c'était une crise qui touchait au cœur du système, Wall Street, etc.
06:14Mais là, on a quelque chose qui va toucher au système, mais dans ce qu'il a à la fois
06:18de plus global, planétaire et de plus individuel.
06:21Et alors là, on dira que l'individu va se trouver confronté à une dimension systémique de la crise.
06:28C'est extrêmement violent et en même temps, c'est extrêmement porteur de revendications pour l'émancipation,
06:35pour mettre en cause les politiques néolibérales qui ont quand même une énorme responsabilité
06:39dans la façon dont la pandémie s'est répandue et dans la façon dont ont été traitées les femmes et
06:46les hommes.
06:47Et justement, pour pallier ces inégalités, on a vu l'importance des services publics.
06:52Services publics, notamment services publics de la santé en France.
06:56Services publics de la santé dans lesquels, depuis plus d'un an avant la crise, il y avait des luttes
07:01sociales.
07:01Et donc là, eh bien, ces luttes ont gagné quelque part.
07:05En tout cas, idéologiquement, il apparaît nécessaire à tout le monde d'avoir un service public de la santé alors
07:11qu'il était de plus en plus remis en cause.
07:12Vous avez tout à fait raison. C'est le récit ou le discours néolibéral qui est frappé de plein fouet,
07:18les politiques qui ont été mises en œuvre et on le voit d'autant plus qu'il y a eu
07:22cette lutte pendant un an
07:24et que c'est une lutte pour l'hôpital public et qui a été extraordinairement populaire et très très mobilisatrice.
07:31Et elle percute, donc la crise va percuter ces luttes-là.
07:35Et donc là, on a un élément pour l'après.
07:37Quand on s'interroge sur l'après, c'est comment ces mouvements qui ont posé les questions tout à fait
07:42fondamentales,
07:42en l'occurrence la santé et l'hôpital, mais aussi les services publics,
07:46parce que c'est ça qui a permis à la société de tenir, vont être les éléments, le socle en
07:50quelque sorte,
07:51pour penser l'après à partir des questions concrètes, mais avec une vision qui va bien au-delà de l
07:57'immédiat.
07:57Pour rester dans le même domaine de la protection des citoyens, il y a aussi le droit du travail,
08:04notamment les salariés qui ont pu être en chômage partiel parce qu'ils avaient un contrat de travail, un CDI.
08:09On voit aussi que la précarité qui nous est vantée avec l'ubérisation de la société,
08:13eh bien elle a créé là, directement de la pauvreté, alors que le CDI que défendent les syndicats progressistes ont
08:19pu protéger les gens.
08:21Là aussi idéologiquement, il y a eu une victoire de la sécurité professionnelle.
08:26Je vous demanderai, Daniel, une réponse courte parce qu'on va devoir malheureusement arrêter ce débat.
08:30Ce que vous êtes en train de dire, c'est qu'on touche à des questions absolument essentielles,
08:35que cette crise nous a prises par surprise, mais qu'en même temps, en l'examinant, on voit bien qu
08:39'il y a des causes profondes,
08:40mais qu'en même temps, elle pose des questions qui nous permettent aussi de penser l'avenir
08:43en s'appuyant sur ce qui s'est passé aussi dans la tête de millions et de millions de gens.
08:48En quelque sorte, elle dessine une feuille de route.
08:50Oui, elle nous donne un socle, en tous les cas, pour savoir de quel côté il faut aller
08:54et comment l'avenir, déjà, il peut se dessiner dans les têtes,
08:57et donc faire monter les exigences pour la transformation et pour mettre loin,
09:01pour recréer de l'espoir et de la confiance.
09:03Merci, merci Daniel Serrera d'être venu, donc.
09:06Et si vous voulez effectivement retrouver l'intégralité de ce dossier de la Fondation Gabrielle Péry,
09:11eh bien c'est dans Cile Mag, le magazine. Merci encore à vous.
09:14On vient de parler d'inégalité, elle touche particulièrement les femmes, vous venez de le dire.
09:20Les droits des femmes sont également aussi attaqués en France et dans le monde.
09:24Nous vous proposons là un témoignage rare venu du Brésil.
09:29C'est un pays où le droit à l'avortement est menacé singulièrement
09:33depuis que Jair Bolsonaro est devenu le chef de l'État.
09:37C'est le témoignage d'une femme médecin, Jandira Fégali.
09:41Elle est membre du Parti communiste brésilien élue à la Chambre des députés.
09:45On regarde.
09:45Bienvenue.
09:46Bienvenue.
09:46Merci.

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