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  • il y a 8 heures
Pourquoi les médias ont-ils si peu parlé de la Cop 27 ? Dans le nouvel épisode de « La tête dans le flux' », notre chroniqueur Cyprien Caddeo décrypte l'impasse médiatique du traitement de la question climat. On y parle mort-kilomètre, biais cognitifs et des rapports du Giec. Allez c'est parti !

La tête dans le flux, c'est la chronique du service politique de l'Humanité.
Notre journaliste Cyprien Caddeo décortique chaque semaine les ressorts du pourrissement du débat afin de mieux comprendre les stratégies médias des politiques.

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Leurs thèmes de prédilection : les dérives de la finance, les enjeux environnementaux, l'énergie, la protection sociale, etc. Un peu tout ce qui fait l'actu politique et sociale en fait !

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Avec POPulaire, Benjamin Patinaud, alias Bolchegeek, revient tous les mois pour l'Humanité vous proposer une analyse de tout ce que la culture populaire révèle de notre monde. Ciné, BD, séries, bouquins ou jeux vidéo : sous des angles tant artistiques que sociaux et politiques, il décrypte depuis 7 ans sur sa chaîne Youtube la culture pop en convoquant Graeber, Lordon, Pif et Naruto. Il fait de cette culture son « point d’observation du monde et des époques, des imaginaires communs. Pour une analyse matérialiste, c’est foisonnant. » Et de fait, dans ses vidéos, ça foisonne, ça geeke, ça marxise, et ça disperse façon puzzle !

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Transcription
00:00Bon, de quoi avons-nous parlé dans les médias depuis l'épisode de la semaine passée ?
00:03Ou plutôt, de quoi n'avons-nous pas parlé ?
00:05Eh ben d'écologie, évidemment. Allez, générique.
00:08Je commence à en avoir un reflet.
00:10On doit leur enlever leur carte de presse.
00:11Vous avez des pensées bizarres.
00:12Sauf que, comme t'es un peu de joueur, arrêtez de tes besoins.
00:181,9%. C'est selon l'ONG Quota Climat, la part du volume médiatique consacré entre le 5 et le
00:2312 novembre à la COP27 en Égypte.
00:25Alors ça tombe bien, ça faisait longtemps qu'on avait envie de se demander pourquoi diable les médias sont si
00:29mauvais à traiter des grands enjeux climatiques.
00:32Dans cet épisode, on va parler d'écologie des symboles, de morts kilomètres, de biais cognitifs et des rapports du
00:36GIEC.
00:37Selon Quota Climat, la COP27 a été traitée comme un sujet de second plan ponctuel et inconséquent, essentiellement couvert à
00:43travers le discours d'Emmanuel Macron.
00:45Même si notre monde n'est plus le même, le climat ne saurait être la variable d'ajustement de la
00:52guerre lancée par la Russie sur le sol ukrainien.
00:55Nous ne sacrifierons pas nos engagements climatiques sous la menace énergétique de la Russie.
00:59Alors ok, cette semaine-là, il y avait de la concurrence entre Cyril Hanouna, qui insulte un député de la
01:03République,
01:04les élections de mi-mandat aux Etats-Unis ou la question migratoire avec le sort du navire Ocean Viking.
01:08Mais quand il s'agissait de s'indigner sur tous les plateaux, des militants écolos qui jettent de la peinture
01:13sur des vitrines de tableaux,
01:14là bizarrement, il y en avait du temps d'antenne disponible.
01:16Je parlais des hurlus-berlus ou des gugus qui manifestent aujourd'hui.
01:22Comment les appeler autrement ? Le monsieur qui s'est collé le front à un tableau, vous l'appelez comment
01:27?
01:27Un fasciste.
01:28Alors, pas surprenant, vous me direz, avec le nombre d'anti-écolos primaires, voire de climato-sceptiques assumés,
01:33qui sévissent dans l'écosystème médiatique, en témoigne cette édifiant mur de une datée de la semaine dernière.
01:38Mais ça pose quand même une question, résumée ici par la journaliste Paloma Moritz.
01:42On a été plus choqués par de la sauce tomate sur un Van Gogh qui était vitré,
01:47et je pense que c'est très important de le rappeler, que par le fait qu'il y a 33
01:50millions de Pakistanis qui ont été affectés par les inondations.
01:52Alors là, on touche à un premier biais médiatique bien connu, la loi du mort-kilomètre.
01:56Plus c'est loin, et moins c'est occidental, plus on se désintéresse d'un sujet.
01:59Les tableaux, c'est chez nous, c'est nos musées, alors que le Pakistan, bon ok, ça rend tangible les
02:04effets du réchauffement climatique,
02:05oui, il y a des millions de déplacés, mais bon, vous savez, l'Afrique, c'est toujours un peu comme
02:09ça, quoi.
02:10Comment ça c'est en Asie ? Bon, on caricature un peu, quoique pas tant que ça.
02:14Prenons un autre exemple.
02:15A la fin de l'été et à la rentrée, deux sujets ont considérablement occupé les médias en matière d
02:19'écologie.
02:20Les jets privés, des milliardaires, et les cols roulés des ministres en mode sobriété.
02:24Et ça, c'est intéressant, parce que dans les deux cas, on est dans de l'écologie des symboles,
02:27c'est-à-dire un exercice de mise en avant de deux réponses politiques à la crise climatique.
02:31Le jet privé, c'était pas pour le jet privé en soi.
02:33On sait bien que si tous les jets privés du monde restaient cloués au tarmac, la planète ne serait pas
02:37sauvée pour autant.
02:38C'était bien sûr pour rappeler qu'avec leur mode de vie, les riches polluent bien plus,
02:41et le jet est un symbole criant de cet indécent train de vie.
02:44Quant au col roulé, c'était une manière pour le gouvernement de vanter son écologie des petits gestes,
02:48de la responsabilité individuelle,
02:50pour justement ne pas avoir à se poser la question de taxer les plus riches,
02:53ou pourquoi pas, soyons fous, de penser contre le capitalisme.
02:56Mais alors pourquoi ce recours au symbolique, voire à l'anecdotique,
02:58intéresse plus les médias qui vont surmédiatiser ces sujets,
03:01comparé au rapport du GIEC ou à un grand rassemblement diplomatique international,
03:04quand bien même d'ailleurs ce serait un échec ?
03:06Le coupable est un second biais cognitif, identifié en psychologie sociale,
03:10l'effet du caractère vivant de l'information.
03:12Pour le dire simplement, un sujet incarné par un symbole sera toujours plus efficace qu'un graphique,
03:17qu'une litanie statistique ou qu'une étude ultra-chiffrée.
03:20Faites l'exercice chez vous, si je vous dis fond de déglace,
03:23vous allez tout de suite penser à cette image d'un ours polaire famélique sur son bout de banquise,
03:27et sans doute pas à ce genre d'infographie.
03:28Pourtant ce graphique, il en dit plus long sur les enjeux que le cas de cette pauvre bête,
03:32mais les chiffres ne nous transmettent aucun affect, donc notre cerveau a tendance à moins les imprimer.
03:37Voilà pourquoi la COP et ses négociations compliquées sur des centaines de sujets,
03:40avec des objectifs chiffrés, des bardés de pourcentages,
03:43intéressent sans doute moins que le débat sur le jet privé,
03:45qui lui a le mérite d'être très concret, bien que relativement anecdotique au regard des enjeux globaux du climat.
03:51Pour conclure, revenons sur un échange très intéressant.
03:53En septembre dernier, entre François Gemmène, un des co-auteurs du rapport du GIEC,
03:57l'écologiste Sandrine Rousseau et Paloma Moritz, encore elle.
04:01Vous avez lu le dernier rapport du GIEC ?
04:02Mais non mais, mais bien sûr, mais je ne vous dis pas le contraire.
04:05Je ne vous dis pas le contraire, écoutez, c'est ridicule.
04:07C'est écrit, c'est pas pour autant que je lis les rapports du GIEC.
04:08Bien sûr, mais non, c'est pas ça.
04:10Mais tu n'as pas lu le rapport du GIEC, on a fait 10 000 pages le rapport du GIEC.
04:14Pourquoi c'est une connerie de dire ça ?
04:15Mais parce qu'on dit à tout le monde, est-ce que vous avez lu le rapport du GIEC ?
04:17Aujourd'hui, le problème, ce n'est pas un déficit de connaissances,
04:21c'est un déficit de volonté.
04:22C'est quoi cette naïveté que d'imaginer que si les gens étaient au courant du changement climatique,
04:27ils agiraient d'un coup ?
04:28Mais les gens savent très bien le problème.
04:29Les gouvernants connaissent très bien le problème.
04:31Allez demander dans la rue.
04:32Le problème, c'est qu'ils ne veulent pas agir.
04:35Qui a raison là ?
04:36Les trois en fait.
04:37Parce que oui, le mauvais traitement médiatique du climat,
04:39il entraîne un déficit de connaissances des enjeux globaux
04:41et des mécanismes d'effets à la chaîne relatifs au changement climatique.
04:44C'est donc aussi un enjeu démocratique,
04:46de maîtriser les sujets pour pouvoir prendre,
04:48en toute connaissance de cause, des décisions collectives.
04:51Mais est-ce que ça suffira à donner la volonté d'agir ?
04:53Bah, c'est tout le paradoxe,
04:55et encore un coup de ces satanés biocognitifs.
04:56La prise de conscience, elle peut avoir lieu qu'en mobilisant aussi le facteur émotionnel,
05:00à condition de ne pas rabourir les enjeux.
05:02Voilà tout le défi pour les journalistes du XXIe siècle
05:04qui traitent de la question climatique.
05:06Cela s'ajoute à un autre défi,
05:08celui de lutter contre la concentration des médias dans les mains de quelques milliardaires.
05:11Car, soyons honnêtes,
05:12tant que des médias seront possédés par un Vincent Bolloré,
05:15toute tentative de pointer les responsables de la déforestation ou de la pollution
05:19risque de se voir opposer ceci.
05:32Donc, soyons sélectifs,
05:34Hanouna, Bolloré, toute la bande,
05:35ces poubelles jaunes.
05:36Voilà, c'est la fin de cette chronique,
05:37j'espère qu'elle vous a plu.
05:38N'hésitez pas à nous le dire en commentaire,
05:39à liker la vidéo ou à vous abonner à la chaîne.
05:42Nous, on se dit à la semaine prochaine
05:43et n'oubliez pas, quand on a la tête dans le flux,
05:45l'important, c'est de garder les pieds sur terre.
05:47Allez, salut !
05:48Avec tous, on doit enlever leur carte de presse.
05:51Vous avez des pensées bizarres,
05:52sauf que comme t'es un peu d'autre part,
05:54arrêtez de dédicer.
05:55Sous-titrage Société Radio-Canada
05:57Sous-titrage Société Radio-Canada
05:59Sous-titrage Société Radio-Canada

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