00:00Bon, de quoi avons-nous parlé dans les médias depuis l'épisode de la semaine passée ?
00:03Ou plutôt, de quoi n'avons-nous pas parlé ?
00:05Eh ben d'écologie, évidemment. Allez, générique.
00:08Je commence à en avoir un reflet.
00:10On doit leur enlever leur carte de presse.
00:11Vous avez des pensées bizarres.
00:12Sauf que, comme t'es un peu de joueur, arrêtez de tes besoins.
00:181,9%. C'est selon l'ONG Quota Climat, la part du volume médiatique consacré entre le 5 et le
00:2312 novembre à la COP27 en Égypte.
00:25Alors ça tombe bien, ça faisait longtemps qu'on avait envie de se demander pourquoi diable les médias sont si
00:29mauvais à traiter des grands enjeux climatiques.
00:32Dans cet épisode, on va parler d'écologie des symboles, de morts kilomètres, de biais cognitifs et des rapports du
00:36GIEC.
00:37Selon Quota Climat, la COP27 a été traitée comme un sujet de second plan ponctuel et inconséquent, essentiellement couvert à
00:43travers le discours d'Emmanuel Macron.
00:45Même si notre monde n'est plus le même, le climat ne saurait être la variable d'ajustement de la
00:52guerre lancée par la Russie sur le sol ukrainien.
00:55Nous ne sacrifierons pas nos engagements climatiques sous la menace énergétique de la Russie.
00:59Alors ok, cette semaine-là, il y avait de la concurrence entre Cyril Hanouna, qui insulte un député de la
01:03République,
01:04les élections de mi-mandat aux Etats-Unis ou la question migratoire avec le sort du navire Ocean Viking.
01:08Mais quand il s'agissait de s'indigner sur tous les plateaux, des militants écolos qui jettent de la peinture
01:13sur des vitrines de tableaux,
01:14là bizarrement, il y en avait du temps d'antenne disponible.
01:16Je parlais des hurlus-berlus ou des gugus qui manifestent aujourd'hui.
01:22Comment les appeler autrement ? Le monsieur qui s'est collé le front à un tableau, vous l'appelez comment
01:27?
01:27Un fasciste.
01:28Alors, pas surprenant, vous me direz, avec le nombre d'anti-écolos primaires, voire de climato-sceptiques assumés,
01:33qui sévissent dans l'écosystème médiatique, en témoigne cette édifiant mur de une datée de la semaine dernière.
01:38Mais ça pose quand même une question, résumée ici par la journaliste Paloma Moritz.
01:42On a été plus choqués par de la sauce tomate sur un Van Gogh qui était vitré,
01:47et je pense que c'est très important de le rappeler, que par le fait qu'il y a 33
01:50millions de Pakistanis qui ont été affectés par les inondations.
01:52Alors là, on touche à un premier biais médiatique bien connu, la loi du mort-kilomètre.
01:56Plus c'est loin, et moins c'est occidental, plus on se désintéresse d'un sujet.
01:59Les tableaux, c'est chez nous, c'est nos musées, alors que le Pakistan, bon ok, ça rend tangible les
02:04effets du réchauffement climatique,
02:05oui, il y a des millions de déplacés, mais bon, vous savez, l'Afrique, c'est toujours un peu comme
02:09ça, quoi.
02:10Comment ça c'est en Asie ? Bon, on caricature un peu, quoique pas tant que ça.
02:14Prenons un autre exemple.
02:15A la fin de l'été et à la rentrée, deux sujets ont considérablement occupé les médias en matière d
02:19'écologie.
02:20Les jets privés, des milliardaires, et les cols roulés des ministres en mode sobriété.
02:24Et ça, c'est intéressant, parce que dans les deux cas, on est dans de l'écologie des symboles,
02:27c'est-à-dire un exercice de mise en avant de deux réponses politiques à la crise climatique.
02:31Le jet privé, c'était pas pour le jet privé en soi.
02:33On sait bien que si tous les jets privés du monde restaient cloués au tarmac, la planète ne serait pas
02:37sauvée pour autant.
02:38C'était bien sûr pour rappeler qu'avec leur mode de vie, les riches polluent bien plus,
02:41et le jet est un symbole criant de cet indécent train de vie.
02:44Quant au col roulé, c'était une manière pour le gouvernement de vanter son écologie des petits gestes,
02:48de la responsabilité individuelle,
02:50pour justement ne pas avoir à se poser la question de taxer les plus riches,
02:53ou pourquoi pas, soyons fous, de penser contre le capitalisme.
02:56Mais alors pourquoi ce recours au symbolique, voire à l'anecdotique,
02:58intéresse plus les médias qui vont surmédiatiser ces sujets,
03:01comparé au rapport du GIEC ou à un grand rassemblement diplomatique international,
03:04quand bien même d'ailleurs ce serait un échec ?
03:06Le coupable est un second biais cognitif, identifié en psychologie sociale,
03:10l'effet du caractère vivant de l'information.
03:12Pour le dire simplement, un sujet incarné par un symbole sera toujours plus efficace qu'un graphique,
03:17qu'une litanie statistique ou qu'une étude ultra-chiffrée.
03:20Faites l'exercice chez vous, si je vous dis fond de déglace,
03:23vous allez tout de suite penser à cette image d'un ours polaire famélique sur son bout de banquise,
03:27et sans doute pas à ce genre d'infographie.
03:28Pourtant ce graphique, il en dit plus long sur les enjeux que le cas de cette pauvre bête,
03:32mais les chiffres ne nous transmettent aucun affect, donc notre cerveau a tendance à moins les imprimer.
03:37Voilà pourquoi la COP et ses négociations compliquées sur des centaines de sujets,
03:40avec des objectifs chiffrés, des bardés de pourcentages,
03:43intéressent sans doute moins que le débat sur le jet privé,
03:45qui lui a le mérite d'être très concret, bien que relativement anecdotique au regard des enjeux globaux du climat.
03:51Pour conclure, revenons sur un échange très intéressant.
03:53En septembre dernier, entre François Gemmène, un des co-auteurs du rapport du GIEC,
03:57l'écologiste Sandrine Rousseau et Paloma Moritz, encore elle.
04:01Vous avez lu le dernier rapport du GIEC ?
04:02Mais non mais, mais bien sûr, mais je ne vous dis pas le contraire.
04:05Je ne vous dis pas le contraire, écoutez, c'est ridicule.
04:07C'est écrit, c'est pas pour autant que je lis les rapports du GIEC.
04:08Bien sûr, mais non, c'est pas ça.
04:10Mais tu n'as pas lu le rapport du GIEC, on a fait 10 000 pages le rapport du GIEC.
04:14Pourquoi c'est une connerie de dire ça ?
04:15Mais parce qu'on dit à tout le monde, est-ce que vous avez lu le rapport du GIEC ?
04:17Aujourd'hui, le problème, ce n'est pas un déficit de connaissances,
04:21c'est un déficit de volonté.
04:22C'est quoi cette naïveté que d'imaginer que si les gens étaient au courant du changement climatique,
04:27ils agiraient d'un coup ?
04:28Mais les gens savent très bien le problème.
04:29Les gouvernants connaissent très bien le problème.
04:31Allez demander dans la rue.
04:32Le problème, c'est qu'ils ne veulent pas agir.
04:35Qui a raison là ?
04:36Les trois en fait.
04:37Parce que oui, le mauvais traitement médiatique du climat,
04:39il entraîne un déficit de connaissances des enjeux globaux
04:41et des mécanismes d'effets à la chaîne relatifs au changement climatique.
04:44C'est donc aussi un enjeu démocratique,
04:46de maîtriser les sujets pour pouvoir prendre,
04:48en toute connaissance de cause, des décisions collectives.
04:51Mais est-ce que ça suffira à donner la volonté d'agir ?
04:53Bah, c'est tout le paradoxe,
04:55et encore un coup de ces satanés biocognitifs.
04:56La prise de conscience, elle peut avoir lieu qu'en mobilisant aussi le facteur émotionnel,
05:00à condition de ne pas rabourir les enjeux.
05:02Voilà tout le défi pour les journalistes du XXIe siècle
05:04qui traitent de la question climatique.
05:06Cela s'ajoute à un autre défi,
05:08celui de lutter contre la concentration des médias dans les mains de quelques milliardaires.
05:11Car, soyons honnêtes,
05:12tant que des médias seront possédés par un Vincent Bolloré,
05:15toute tentative de pointer les responsables de la déforestation ou de la pollution
05:19risque de se voir opposer ceci.
05:32Donc, soyons sélectifs,
05:34Hanouna, Bolloré, toute la bande,
05:35ces poubelles jaunes.
05:36Voilà, c'est la fin de cette chronique,
05:37j'espère qu'elle vous a plu.
05:38N'hésitez pas à nous le dire en commentaire,
05:39à liker la vidéo ou à vous abonner à la chaîne.
05:42Nous, on se dit à la semaine prochaine
05:43et n'oubliez pas, quand on a la tête dans le flux,
05:45l'important, c'est de garder les pieds sur terre.
05:47Allez, salut !
05:48Avec tous, on doit enlever leur carte de presse.
05:51Vous avez des pensées bizarres,
05:52sauf que comme t'es un peu d'autre part,
05:54arrêtez de dédicer.
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