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  • il y a 10 heures
Pierre-Etienne Marx est membre du syndicat des travailleurs du jeu vidéo. Accompagné de Pierric Marissal et Théo Bourrieau, il revient sur la crise sans précédent que traverse son milieu.

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Transcription
00:00:00Donc Pierrick Marissal, tout à ma droite là-bas, journaliste à la rubrique Capital Travail de l'Humanité,
00:00:07notamment spécialiste des questions autour du numérique et des implications sur l'humanité, on va dire ça, sur le travail.
00:00:14C'est déjà beaucoup.
00:00:15Voilà. Et Pierre-Etienne Marx, et donc on fera pas de blagues sur ton nom, je pense que tu les
00:00:20as déjà tout entendus.
00:00:21T'as le droit, t'as le droit.
00:00:21J'ai le droit, j'ai même un souvenir que tu t'es fait acclamer à la fête de l
00:00:24'Huma.
00:00:25Ouais c'est vrai.
00:00:26C'était pas cette année, l'année d'avril.
00:00:29C'était ça. Bon, bienvenue à toi. Tu es au STJV, au syndicat des travailleurs et des travailleuses du jeu
00:00:33vidéo.
00:00:34Et on est ensemble pendant une bonne heure. Quelle heure il est ? Ouais, c'est ça, une grosse heure.
00:00:38Pour parler de la crise dans le jeu vidéo. Voilà, je te passe la main, Pierrick.
00:00:43Ouais, c'est ça. En fait, on peut dire qu'il y a une crise un peu à la fois
00:00:46économique et sociale.
00:00:48Après, il y a des interprétations super différentes.
00:00:52On peut dire qu'en 2024, il y a déjà eu 15 000 licenciements dans l'industrie.
00:00:57Ça continue encore cette année. Il y en a déjà eu 1 200, je crois, dans les deux premiers mois.
00:01:04Ce qu'on peut dire aussi, c'est que depuis le Covid, un moment où il y a eu quand
00:01:10même beaucoup, beaucoup d'argent qui sont rentrés,
00:01:12les chiffres d'affaires n'ont jamais été aussi élevés dans l'industrie.
00:01:15Il faut rappeler aussi d'ailleurs que c'est la première industrie culturelle, économiquement, le jeu vidéo maintenant.
00:01:20Et il n'y a jamais eu autant d'argent. Et d'un seul coup, on a du mal à
00:01:25comprendre pourquoi cette crise,
00:01:27pourquoi il y a autant de licenciements, pourquoi il y a des fermetures de studios, etc.
00:01:31Je te propose qu'on commence un peu par là. Commencer un peu le côté macro avant de rentrer dans
00:01:37les exemples français.
00:01:38Oui, tu as raison de rappeler tout ce contexte. On peut même parler de 2023, où il y avait eu
00:01:44plus de 10 ou 12 000 licenciements aussi.
00:01:46Donc c'est énorme. Pour donner une idée, l'industrie du jeu vidéo français, c'est 10 à 12 000
00:01:51personnes.
00:01:52Donc là, en deux ans, on a viré deux fois toute l'industrie du jeu vidéo français mondialement, bien sûr.
00:01:57Donc là, tu vas me dire, bon, c'est une crise sociale. Ça, c'est clair. Il y a des
00:02:02gens qui perdent leur job à gauche, à droite et qui ne retrouvent plus.
00:02:05On voit beaucoup de gens maintenant, depuis six mois à peu près, aux US, qui commencent à dire, ça fait
00:02:10un an que je suis au chôme-due,
00:02:11je ne sais pas quoi faire, je ne trouve pas de job. Tous les studios resserrent à mort les recrutements,
00:02:16etc.
00:02:16Donc voilà, là, tu dis, oui, là, on est en plein dedans.
00:02:19Crise économique ? Point d'interrogation.
00:02:22Quand nos dirigeants de studio nous parlent, ouais, c'est la crise, rien ne va plus, il faut faire des
00:02:27économies, enfin voilà.
00:02:29Par contre, bon, pour les actionnaires, on nous dit quand même qu'il y a des profits qui sont faits.
00:02:33Enfin, l'année dernière, Ubisoft fait 400 millions de profits.
00:02:36Et on nous dit, bon, c'est bien, on est sur un plan d'économie, il faut continuer.
00:02:39Et là, on nous dit, bon, le plan d'économie, il faut aller encore plus loin.
00:02:42On a atteint les objectifs, continuons à économiser.
00:02:45Tu dis, ouais, d'accord, mais à un moment, on s'arrête quand ?
00:02:47Quand est-ce qu'on commence à faire de l'argent dans cette boîte ?
00:02:50Elle fait de l'argent, c'est ça ?
00:02:51Tu parles de 400 millions de profits.
00:02:52L'année dernière, c'est 400 millions de profits.
00:02:56Donc, évidemment, ce qui se passe, c'est que sur une année, ce qui est compliqué dans le jeu vidéo,
00:03:00c'est que prendre année par année, c'est compliqué.
00:03:02Parce qu'en fait, le jeu vidéo, aujourd'hui encore, c'est quand même très, ce qu'on appelle, heat
00:03:06-driven.
00:03:06C'est-à-dire que tu sors Assassin's Creed sur une année, ça fait beaucoup d'argent.
00:03:11Tu sors Assassin's Creed, tu as un problème, tu dois le décaler, tu le décales sur l'année fiscale suivante.
00:03:17Ton année précédente où tu avais prévu de sortir Assassin's Creed, elle a une sale gueule.
00:03:23Parce qu'évidemment, tes coûts, ils sont similaires.
00:03:26Chez nous, les coûts, c'est des salaires, donc c'est quand même assez stable.
00:03:29Il n'y a pas beaucoup de hauts et de bas.
00:03:32Et par contre, effectivement, ton revenu, il vient de se décaler d'un an.
00:03:36Et ça prend combien d'années à développer un Assassin's Creed ?
00:03:39Assassin's Creed, alors ça dépend. L'actuel, il a pris un petit peu de temps.
00:03:45Un gros jeu, AAA, de manière générale, aujourd'hui, ça prend 4 à 5 ans facilement.
00:03:49Un AAA, c'est un blockbuster dans le jeu vidéo.
00:03:52C'est ça, c'est notre équivalent.
00:03:53Assassin's Creed Shadow, d'ailleurs, qui sort bientôt, là, en fin mars, c'est ça ?
00:03:56Oui, il sort en fin mars, oui.
00:03:57Ou plutôt pour les gens qui ont trouvé des disques tombés du camion, forcément.
00:04:01Ah oui ? Il y a déjà des gens qui ont commencé à y jouer.
00:04:03Oui, oui. C'était drôle.
00:04:06Il y a des gens qui ont rentré des bugs en disant, je viens d'acheter ce jeu, fixer ce
00:04:10bug.
00:04:12Ouais, il sort dans un mois, donc tu vas te calmer.
00:04:14Parce qu'on ne l'a pas précisé, donc tu es OSTJV, mais tu fais aussi partie d'Ubisoft.
00:04:17Tout à fait, je travaille au studio de Paris d'Ubisoft.
00:04:20Peut-être, je ne sais pas si tu es une question prévue, Pierrick, mais peut-être que tu peux nous
00:04:23parler de ton métier.
00:04:24Parce que c'est souvent des métiers un petit peu...
00:04:26Enfin, les gens ont du mal à savoir vraiment ce que c'est de travailler dans le jeu vidéo.
00:04:30Peut-être que tu peux nous expliquer ça ?
00:04:32Oui, alors en plus, ce qui est dur dans le jeu vidéo, si tu veux,
00:04:34c'est que des métiers, il y en a des milliers.
00:04:37C'est un peu comme le cinéma, comme c'est audiovisuel,
00:04:40ça touche à toutes les compétences que tu peux imaginer,
00:04:44que ce soit sur l'image, le son.
00:04:47En plus, on a de la programmation que le cinéma n'a pas
00:04:49et qui est ultra importante parce qu'on ne fait pas un jeu sans.
00:04:52Et programmation, peut-être pour...
00:04:53Tu peux expliquer ce que c'est pour les gens qui ne sauraient pas dans le chat ?
00:04:55On programme des...
00:04:56Enfin, les gens qui font de la programmation,
00:04:58ils programment des logiciels, quels qu'ils soient.
00:05:01Et dans le jeu vidéo, évidemment, il y a l'aspect logiciel.
00:05:04Donc, il y a des gens qui doivent faire tourner la boîte.
00:05:06Et ça, au sein même de la programmation, en fait, dans le jeu vidéo,
00:05:09tu as beaucoup de spécificités.
00:05:11Parce que tu as les programmeurs moteurs qui sont là pour faire en sorte
00:05:13que le moteur, ça propulse la voiture.
00:05:18Donc, c'est ce qui fait bouger le jeu.
00:05:20C'est ce qui fait que tes personnages, ils vont pouvoir bouger dans ton jeu,
00:05:23qu'ils ne vont pas passer à travers un mur ou un sol, ce genre de choses.
00:05:27C'est aussi la base, ensuite, sur laquelle tu vas construire tes mécaniques de jeu.
00:05:31Et là aussi, c'est encore une spécificité du jeu vidéo.
00:05:33Donc, voilà, on a des milliers de métiers.
00:05:35Moi, je suis directeur technique narration,
00:05:38qui est un métier zèbre parmi les métiers zèbres du jeu vidéo.
00:05:43Mais en gros, je m'occupe des outils dont on se sert
00:05:45dans les équipes qui font de la narration dans le jeu
00:05:49pour faire en sorte qu'ils puissent travailler dans le jeu,
00:05:51qu'ils puissent rajouter leur contenu, que ça se marche bien,
00:05:54qu'ils n'aient pas de soucis dans leur vie de tous les jours.
00:05:56Très bien, merci pour cette précision.
00:05:58Ok.
00:06:00Du coup, je reprends un peu sur le côté crise économique.
00:06:06Est-ce que souvent, alors qu'on lit notamment les Echos ou le FIG,
00:06:10qui ont fait plusieurs papiers sur la crise économique dans le jeu vidéo,
00:06:14ils pointent le Covid comme responsable.
00:06:17Ce qui était bizarre, parce qu'on se disait,
00:06:18le Covid, on n'a jamais vendu autant de jeux que pendant le Covid.
00:06:24Donc, c'est censé être l'inverse.
00:06:26Donc, qu'est-ce qui s'est passé ?
00:06:28Est-ce que c'est un rééquilibrage ou est-ce que c'est un problème d'anticipation chez les directions
00:06:35?
00:06:35Nous, on voit un problème d'anticipation clair.
00:06:38C'est-à-dire qu'effectivement, le Covid, je peux raconter comment ça s'est passé chez Ubisoft,
00:06:42c'est assez similaire chez pas mal d'autres entreprises.
00:06:44D'abord, il y a les confinements qui arrivent.
00:06:47Et là, il y a nos dirigeants et en même temps qui nous disent,
00:06:51on va être très circonspects, etc.
00:06:53Chez Ubisoft, on avait même décalé le process d'augmentation,
00:06:55parce que vous comprenez, on ne sait pas, peut-être que ça va être compliqué, etc.
00:07:00Bon, évidemment, trois mois après, on voit tous que le temps de jeu explose,
00:07:06le nombre de ventes explose.
00:07:07Enfin, voilà, parce que de toute façon, tout le monde est chez lui.
00:07:09Tu ne vas plus au cinéma, tu ne vas plus au théâtre, tu ne vas plus au sport, tu ne
00:07:13fais plus rien.
00:07:14Donc, qu'est-ce qui te reste à part des jeux vidéo à faire chez toi ?
00:07:17Donc, bon, c'était quand même difficile de nous dire,
00:07:21les augmentations, ça va être compliqué cette année,
00:07:23alors qu'on voyait déjà que ça commençait à décoller.
00:07:25Et effectivement, tu as une période Covid sur 2020, 2021,
00:07:29qui est exceptionnelle, il y a des revenus exceptionnels partout.
00:07:34Là où, effectivement, ce qui est absurde, c'est qui s'est dit que ça allait durer.
00:07:39On a bien compris qu'à un moment, les gouvernements n'allaient pas nous garder confinés tout le temps,
00:07:45à tort ou à raison.
00:07:46Et enfin, voilà, aux États-Unis, c'est arrivé plus vite que par ailleurs, mais voilà.
00:07:52Et ce qui est sûr, c'est que derrière, on savait bien qu'il y allait avoir, effectivement,
00:07:57ce réajustement, ce retour à la normale ou quoi que ce soit.
00:07:59Est-ce qu'ils ont beaucoup embauché, c'est ça, pendant la période ?
00:08:01Oui, et en fait, aujourd'hui, on est sur un retour, sur une trajectoire de croissance
00:08:05qui, en gros, revient à celle qu'on avait avant.
00:08:08Donc, on a juste eu une bulle, dont on aurait dû profiter.
00:08:11Mais la façon dont ça a été interprété, c'était, OK, on va faire rentrer un tas de capitaux
00:08:16de gens qui ont beaucoup de thunes et qui ne savent pas où l'investir,
00:08:18et qui voient, wow, jeu vidéo, 15%, 20% de renta, let's go, je mets tout mon argent dedans.
00:08:23Ces gens-là, il faut leur vendre du rêve, parce que si tu leur dis juste,
00:08:26non, mais moi, je profite de la bulle et puis après, je reviens à mon rythme normal,
00:08:30ils ne veulent pas entendre ça.
00:08:31Donc, tu dis, OK, pas de souci.
00:08:33Bien sûr, je fais plus de projets, j'augmente ma capacité, je double ma taille ou je ne sais quoi.
00:08:40Et effectivement, derrière, tu te retrouves à dire, oui, mais en fait, une équipe de jeux vidéo,
00:08:45ce n'est pas 150 abrutis que tu jettes dans un studio en disant, faites-moi un jeu en deux
00:08:49ans, s'il vous plaît.
00:08:51C'est ça, c'est important, parce que du coup, il y a des nouveaux investisseurs qui sont arrivés.
00:08:58Par exemple, je crois que chez Ubi, il y a Natixis, il y a des grosses machines,
00:09:02des fonds de pension, des vanguardes, etc., qui sont arrivés dans le secteur
00:09:06et qui ne sont pas forcément non plus, qui ont vu des chiffres de rentabilité qui les séduisent
00:09:11et qui ne sont pas non plus habitués au cycle de production du jeu vidéo.
00:09:15Donc, ils ne savaient pas, enfin, qu'il n'y avait pas dans l'idée que,
00:09:17« Ah bah, ouais, mais un nouveau projet qu'on lance maintenant, peut-être qu'on le sortira dans 4
00:09:21ans. »
00:09:22Et donc ça, c'est aussi, on peut arriver, comme ça là-dessus,
00:09:26chez les crises qu'il y a eu chez Spiders, notamment récemment,
00:09:29c'est-à-dire qu'ils ont doublé le nombre de lignes de production,
00:09:33notamment pour satisfaire leurs nouveaux actionnaires.
00:09:35Ouais, donc Spiders, un studio français qui a été racheté par Nacon, groupe français,
00:09:40Cocorico, donc Nacon qui a racheté beaucoup de studios français,
00:09:44c'était leur stratégie, on va dire.
00:09:46Kylotone, Cyanide.
00:09:47Voilà, c'était leur idée d'avoir leur écosystème, entre guillemets, sur place.
00:09:53Par contre, effectivement, il y a eu cette volonté de grossir, grossir, grossir.
00:09:59Donc, encore une fois, pourquoi pas que des entreprises veuillent s'étendre
00:10:03si elles marchent bien et qu'elles ont le moyen et qu'elles trouvent des investisseurs, admettons.
00:10:09Mais là, il y a effectivement, en fait, on met la charrue avant les bœufs.
00:10:11C'est-à-dire qu'au lieu de se dire, on va avancer petit à petit,
00:10:15on va solidifier nos process, parce que je pense que tu as dit un truc important,
00:10:20c'est qu'ils ont doublé, ils sont passés de 1 à 2.
00:10:22Et en fait, ça, ça a l'air de rien, mais en fait, c'est super important,
00:10:26parce que passer de 1 à 2, c'est passer du mindset de tout le studio bosse sur un projet.
00:10:31Tout le monde sait de quoi il parle.
00:10:32Quand on se parle, on se parle du projet, etc.
00:10:35À non, maintenant, il y a deux projets.
00:10:37Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas le droit de s'en parler, etc.
00:10:39Mais ça veut dire que tu ne peux pas forcément aller embêter, machin, pour t'aider.
00:10:44Ou en tout cas, il a ses propres obligations à côté.
00:10:48Et que du coup, un prog moteur, par exemple, est-ce qu'il est 50%, 50% ?
00:10:52Du coup, il est 50% de moins sur ton projet.
00:10:55Est-ce qu'il en faut un deuxième ?
00:10:56Ça, c'est des questions pas faciles.
00:10:58Et quand tu grossis, c'est des questions ultra stratégiques.
00:11:01Parce qu'effectivement, si tu te plantes là-dessus, toute ta prod est en retard.
00:11:04Et ça, je dis ça, voilà, prog moteur, parce que c'est un truc assez récurrent.
00:11:07Mais en fait, c'est sur plein de spécificités.
00:11:10Quand tu grossis, une des questions qui se posent souvent, c'est l'audio.
00:11:12Est-ce que tu as une équipe audio transverse, comme dans certains studios ?
00:11:16Ou est-ce que tu as une équipe audio par projet ?
00:11:18Ça dépend de ta taille, ça dépend de ce que tu vises à faire.
00:11:20Est-ce que ton projet est ultra dépendant de l'audio ?
00:11:23Tout ça, c'est des choses qui ne sont pas du tout évidentes et qui ne se décident pas comme
00:11:26ça.
00:11:27Hop, je signe un papier, j'ai mis 100 000 balles, allez, grossissez quoi.
00:11:32Et je pense que là, on est vraiment dans le plein fouet de ça, dans le plein fouet de la
00:11:36financiarisation,
00:11:37d'avoir des gens qui arrivent avec beaucoup de moyens, mais avec des attentes de rentabilité complètement absurdes.
00:11:42Et dès que ça tousse, c'est des gens qui retirent leurs billes.
00:11:46Et ça, on le voit bien.
00:11:47Et donc, aujourd'hui, finalement, les dirigeants de boîtes de jeux vidéo,
00:11:51ils courent derrière cette approbation pour dire, non mais regardez, je suis un bon toutou, je réduis mes coûts.
00:11:58Et après, ça, tu le vois dans d'autres boîtes dans le monde.
00:12:01On peut penser à Microsoft, qui a cette pratique de stack ranking, même s'ils n'ont pas le droit
00:12:07de dire le nom,
00:12:09où, en début d'année, à chaque fois, ils virent les X % les moins bien notés, juste comme ça,
00:12:17par principe.
00:12:17C'est-à-dire que tout le monde pourrait être excellent si tu fais partie de…
00:12:20Tu as les 10 % qui sautent, quoi.
00:12:22Et ça, c'est un truc qu'ils font de long terme, parce qu'eux, ils sont bien sûr financiarisés
00:12:26depuis bien plus longtemps,
00:12:27et donc, ils ont cette logique de faire plaisir aux actionnaires de cette façon-là, ce qui est complètement absurde.
00:12:31Et puis, le cas peut-être un peu emblématique de ces dernières années, c'est Embracer, peut-être,
00:12:36qui, c'est une boîte suédoise qui avait racheté, qui a eu une fringale, qui a racheté plein de choses,
00:12:42enfin, je ne sais plus, une quarantaine de studios, en fait, sur la période,
00:12:46et qui attendait 2 milliards de dollars du Fonds public d'investissement saoudien.
00:12:52Et puis, ceux-ci, quand ils se sont aperçus que c'était pas aussi…
00:12:58enfin, que les promesses n'allaient pas être tenues, ils ont retiré leur bille,
00:13:02et du coup, ils se sont retrouvés à virer 8000 personnes sur l'ensemble de leurs studios,
00:13:07à fermer des studios, à annuler une quinzaine de projets, enfin, c'était la cata, quoi.
00:13:11Embracer, pour moi, ce que ça représente, c'était une stratégie de blitzscaling, quoi.
00:13:16C'est-à-dire que tu arrives avec beaucoup de capitaux, tu achètes partout, tu t'endettes en disant,
00:13:21non, mais t'inquiète, enfin, c'est ça ou c'est du Ponzi, c'est-à-dire que tu t
00:13:25'es endetté,
00:13:25et tu dis, non, mais je vais me désendetter avec l'argent que les mecs vont investir en supposant qu
00:13:30'on va faire…
00:13:30enfin, j'espère que ça va se dérouler un jour, mais c'est en gros, eux, ils ont acheté dans
00:13:35tous les sens pour dire,
00:13:36regardez, on est gros, parce qu'on est gros, vous pouvez nous faire confiance.
00:13:39Donc, il y a ce truc du…
00:13:41Ça a marché avec Patrick Barrett.
00:13:43Ça a marché avec pas mal de monde, non, mais voilà, c'est une stratégie qu'ils ont tentée.
00:13:48Effectivement, là où ils se sont plantés, c'est qu'ils sont allés voir un fonds souverain qui,
00:13:53même s'il a énormément d'argent et n'hésite pas à l'investir, notamment chez nous,
00:13:59on est en train de voir ça, bon, peut-être, mais bon, ils mettent de l'argent un peu partout,
00:14:06c'est comme Tencent, etc., ils mettent 5% ici, les 5% là, parce que, bon, ils mettent pour
00:14:11voir.
00:14:13Et bien, en fait, c'est quand même un fonds souverain qui a fini par leur dire,
00:14:152 milliards, c'est beaucoup d'argent, j'aimerais bien que vous me rassuriez un peu.
00:14:19Et sauf que le temps avait passé, on voyait bien que les projets lancés sous Embracer,
00:14:24ça galérait parce qu'il n'y avait pas de logique, il n'y avait pas de stratégie d'entreprise,
00:14:27il n'y avait pas de cohérence, et qu'en gros, eux-mêmes, de toute façon, c'était des financiers,
00:14:31ils ne savaient pas de quoi ils parlaient, et donc, ils n'avaient aucun répondant face aux gens dans les
00:14:36studios
00:14:37qui leur soulevaient des problèmes, en mode, oui, mais là, ce que vous exigez,
00:14:41ce que vous voulez voir dans le jeu, ce n'est pas faisable.
00:14:44Et ça donne quoi ? Ça donne des studios qui ferment, des studios qui sont revendus,
00:14:47comme on revendrait ces vieilles chaussettes, je ne sais pas quoi, et des gens sur le carreau.
00:14:54Oui, tout à fait.
00:14:55Et un autre point, peut-être commun, entre tout, on parle de choses de tailles différentes,
00:15:03mais est-ce qu'il n'y a pas un problème de direction ?
00:15:07On l'a un peu évoqué avec le Covid, où il s'agissait aussi de prévoir un peu les choses,
00:15:14mais est-ce que, enfin, c'est quelque chose qui est beaucoup évoqué chez Ubi, notamment,
00:15:20c'est le côté entreprise qui a grossi, et puis ça nous a un peu échappé,
00:15:25on est resté comme une gestion d'entreprise familiale.
00:15:27Ils s'excusent beaucoup là-dessus, la famille Guillemot.
00:15:31Et puis, ils s'en excusent, mais ils le revendiquent à la fois.
00:15:34C'est-à-dire que...
00:15:34C'est une super multinationale avec 20 000 salariés.
00:15:38Voilà.
00:15:38C'est pas une entreprise familiale.
00:15:39Moi, quand on me dit, non, mais attendez, le dialogue social en France, vous savez, on apprend, c'est dur.
00:15:45Je dis, en fait, bon, vous êtes une multinationale, vous faites des millions de profits,
00:15:49vous avez 20 000 employés dans le monde.
00:15:50Vous allez vous payer un mec pour vous apprendre.
00:15:53La boîte a 40 ans.
00:15:54Donc, en fait, vous allez vous payer un mec qui va vous expliquer quoi faire,
00:15:57et puis on va travailler correctement.
00:15:58Ça suffit, en fait.
00:16:01Ça, c'est clair que c'est juste inaudible.
00:16:03Et l'industrie du jeu vidéo, elle adore dire, c'est une industrie jeune, etc.
00:16:07Parce que d'abord, ça fait plus cool que de dire, ah oui, ça fait 50 ans que ça existe.
00:16:11Voilà, bon, en fait, voilà.
00:16:13Et puis, parce qu'effectivement, c'est une excuse.
00:16:16Parce que, du coup, eux, ils peuvent dire, non, mais vous savez, on fait des erreurs de jeunesse.
00:16:21Et vraiment, on l'entend encore.
00:16:22Là, récemment, il y a eu une réponse de la ministre de la Culture, dont j'otterai le nom, à
00:16:29une question parlementaire,
00:16:32qui lui demandait, en gros, pourquoi est-ce qu'elle laissait la gabegie dans l'industrie du jeu vidéo se
00:16:38dérouler comme ça, très rapidement.
00:16:40Et vraiment, dans sa réponse, de mémoire, il y avait quelque chose sur l'industrie n'est pas encore mature,
00:16:45ou je ne sais pas quoi.
00:16:46On dit, 40 ans, il serait temps de passer son permis, quoi.
00:16:52Et puis, il n'en pleure.
00:16:53On rappelle que c'est quand même la première industrie financièrement.
00:16:56Donc, à un moment, il faut arrêter de faire n'importe quoi.
00:16:59Puis, quand on brasse des milliards comme UBI, on ne peut pas être une entreprise familiale d'un côté.
00:17:05Moi, je t'avoue que quand les experts à qui on a demandé une expertise financière ont demandé et qu
00:17:11'on leur a dit, il n'y a pas de compte analytique,
00:17:13effectivement, ils ont un peu tiqué comme ça.
00:17:16Ils ont dit, mais vous présentez quoi à vos actionnaires, du coup, si je puis me permettre ?
00:17:20Vous savez, sinon, on fait le signalement à l'AMF tout de suite et on s'évite du temps.
00:17:24Donc, il y a des blagues comme ça où tu dis, bon, en fait, vous l'avez et puis vous
00:17:27faites semblant d'être nul.
00:17:29Parce qu'il y a ça aussi, il y a le côté paraître, inintéressant.
00:17:35Et puis après, il y a des trucs où tu dis, non, je creuse et effectivement, ils sont si nuls
00:17:40que ça.
00:17:41Pour moi, je pense que ça, c'est un peu symptomatique d'un truc.
00:17:44C'est que c'est un patronat qui est très dans l'entre-soi, qui a été extrêmement peu remis
00:17:50en cause dans toute la structuration de l'industrie
00:17:52et donc qui n'a absolument pas l'habitude de devoir se justifier, qui n'a absolument pas l'habitude
00:17:56de devoir discuter.
00:17:59Et on le voit dans tous nos échanges en instance représentative du personnel ou que ce soit.
00:18:07Vraiment, parfois, tu as l'impression que poser une question, remettre en cause et dire, non, mais ça, je ne
00:18:13comprends pas, ça ne me paraît pas logique.
00:18:15C'est une insulte personnelle.
00:18:16C'est-à-dire que tu as des gens qui vont avoir un haut le cœur quand tu leur dis
00:18:19ça.
00:18:19Il y a une espèce d'identification au patron dans cette industrie en France.
00:18:26C'est-à-dire que, déjà, ils sont très organisés dès le début au sein du syndicat national du jeu
00:18:33vidéo, qui n'est pas du tout un syndicat patronal.
00:18:38Donc, ça a été les premiers à s'organiser avant vous.
00:18:42Et est-ce que, du coup, il y a cette identification, j'ai l'impression qu'en France, il y
00:18:46a cette identification forte de l'entreprise au patron ?
00:18:51Alors, il y a les guillemots chez Ubi, mais chez Dontnod aussi, il y a ça, peut-être moins, chez
00:18:58Quantic Dream énormément.
00:19:00Est-ce que c'est quelque chose aussi qui bloque ? Parce que j'ai l'impression que ce n
00:19:04'est pas trop ça aux États-Unis ou dans les autres studios.
00:19:07Oui. Alors, disons que dans le jeu vidéo, tu as un peu deux choses. Tu as les patrons et puis
00:19:12tu as les créatifs.
00:19:13Oui.
00:19:15C'est un peu les deux pôles qui, parfois, peuvent prendre cette lumière-là et être écrasant, en fait, pour
00:19:23les autres.
00:19:23Donc, on le voit souvent. De toute façon, souvent, les choses un peu agressives, les problèmes de harcèlement, etc., ça
00:19:32vient d'en haut.
00:19:32Et donc, ça vient des gens qui sont soit proches du patron, soit proches des créatifs, soit les deux.
00:19:37Donc, nous, en France, on a un petit peu des deux parce qu'on est chanceux.
00:19:41Je pense qu'en France, tu avais un peu ce côté où c'est une industrie qui est un peu,
00:19:45on va dire, moyenne en taille pour le jeu vidéo.
00:19:47C'est-à-dire que ce n'est pas les États-Unis, ce n'est pas le Japon, ce n
00:19:50'est pas la Chine.
00:19:51Ce n'est pas un truc où tu as vraiment des centaines de milliers de gens employés.
00:19:54Ce n'est pas l'industrie numéro un du pays.
00:19:58Ce n'est pas non plus ça.
00:20:00Mais ce n'est pas non plus une petite industrie comme dans beaucoup d'autres pays où, en fait, tu
00:20:04as vraiment un maillage de petits studios et tu n'as pas des gros établissements.
00:20:09Tu vois, Ubisoft, en France, c'est quand même 4000 personnes aujourd'hui.
00:20:13Donc, c'est quand même gros et ça structure les choses.
00:20:18Quand tu es structuré comme ça, les créatifs finissent un peu par se faire bouffer.
00:20:21Ça, c'est un peu tout le souci qu'on a chez Ubisoft et les patrons prennent un peu la
00:20:27proéminence.
00:20:28Je pense qu'en France, effectivement, on a cette logique où des patrons se sont un peu imposés comme Dieu
00:20:34le Père parce qu'ils avaient les capitaux, parce qu'ils avaient les relations aussi.
00:20:38On sait bien qu'en France, avoir des relations politiques, c'est utile.
00:20:43Et le SNJV, c'est un lobby qui leur sert principalement à aller réclamer des aides.
00:20:50Je me parlais juste de vous entendre. C'est une question que je trouve intéressante dans le chat qui ne
00:20:52concerne pas complètement ce dont vous étiez en train de parler.
00:20:55Comment les équipes voient les attaques réactionnaires envers le prochain Assassin's Creed et envers l'industrie plus globalement ?
00:21:00C'est un gros sujet. Nous, on a des camarades qui se sont déjà fait alpaguer là-dessus.
00:21:05On a des gens dans les studios qui ont connu des vagues de harcèlement en ligne.
00:21:10Et c'est un sujet qu'on comporte très, très fort auprès des directions en disant en fait, là, vous
00:21:15avez une responsabilité de protéger les gens.
00:21:18La responsabilité de l'employeur, c'est de tout mettre en œuvre pour protéger la santé physique et mentale des
00:21:27employés.
00:21:28Et là, on est en plein dedans, surtout quand ils les exposent parce qu'ils les envoient donner des interviews
00:21:34pour promouvoir le jeu, ce genre de choses.
00:21:36Il faut un peu assumer. Donc là-dessus, c'est un sujet qui est ultra important.
00:21:43Je pense que les gens, en fait, il y a deux choses. C'est qu'Assassin's Creed et Ubisoft en
00:21:48général, Ubisoft, on commence à avoir l'habitude du « ubi-bashing ».
00:21:52On sait bien que la boîte a donné mille raisons de taper dessus et donc c'est facile.
00:21:57Et on le voit bien, en fait, Ubisoft peut faire n'importe quoi. Il y aura tout de suite des
00:22:00petits shots qui partiront parce que c'est simple,
00:22:03parce que ça part tout seul, tout le monde approuve parce que de toute façon, qui va défendre Ubisoft, etc.
00:22:10Donc ça, c'est épuisant. Franchement, quand tu lis ça à longueur de journée, moi, je dis au bout d
00:22:14'un moment, tu vois,
00:22:15je dis aux gens, mais arrêtez de lire les commentaires parce que de toute façon, vous savez que ça va
00:22:18être négatif,
00:22:19vous savez que ça va vous énerver, vous savez que vous allez dire « je suis à moitié d'accord
00:22:22et je suis à moitié pas d'accord »
00:22:23et vous avez passé 15 ans à gamberger dessus, à quoi ça sert ? Vous n'êtes pas là pour
00:22:27avoir un débat en ligne.
00:22:29Après, plus précisément, évidemment, on sait que derrière tout ça, indépendamment du contexte d'Ubisoft qui, entre guillemets,
00:22:35a donné le bâton pour se faire battre, il y a aussi un truc qui est…
00:22:39Il y a tout un tas de reprises par les réacs, par des fascistes, en fait, qui se servent de
00:22:46ça pour, on va dire,
00:22:50comme porte-voix, comme petite estrade.
00:22:54Et ça, c'est des gens où, effectivement, eux, dans l'absolu, ils viennent juste prendre leur moment de gloire
00:23:02et le sujet les intéresse peu.
00:23:05Donc, ça, ça complexifie parce qu'effectivement, tu dis « ces gens-là, c'est même pas qu'est-ce
00:23:11qu'on pourrait faire
00:23:12pour empêcher qu'ils nous tapent dessus », de toute façon, ils vont le faire.
00:23:14Et nous, on le voit, dès qu'il y a une photo d'un drapeau LGBT, c'est tout de
00:23:20suite « oh là là, le boquisme, machin ».
00:23:22Tout ça, c'est un virus de cerveau, c'est des gens qui n'ont rien compris.
00:23:27Sur Assassin's Creed Shadows en particulier, je pense qu'il est intéressant, en fait,
00:23:29c'est que, bizarrement, et planifié par personne, le fait qu'on l'ait décalé autant fait que la vague
00:23:37est passée.
00:23:38C'est-à-dire que j'ai l'impression qu'en gros, quand il y a eu le reveal, quand
00:23:40on a commencé à montrer le jeu, etc.,
00:23:41il y a évidemment eu tous les abrutis qui sont sortis avec des arguments nuls,
00:23:45des gens qui, tout d'un coup, se préoccupent des hommes japonais alors qu'ils n'en ont jamais rien
00:23:50eu à faire de leur vie avant ça.
00:23:52Parce que, voilà, c'est un peu toujours pareil, c'est comme les gens qui pleurent sur le point médian
00:23:56alors qu'ils n'ont jamais rien eu à foutre d'être dyslexique.
00:24:00C'est ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas important de s'en occuper, mais voilà.
00:24:04Ensuite, bon, ça reste.
00:24:07Il y a aussi ce côté un peu, c'est un truc très auto-entretenu.
00:24:11C'est-à-dire que souvent, tu sais, ils se reprennent les uns les autres, etc.
00:24:14Donc, pendant un à deux mois, globalement, tu ne peux pas exister.
00:24:17C'est dix abrutis qui se reprennent en boucle et qui s'auto-amplifient.
00:24:22Et en fait, comme on a décalé, décalé, décalé, finalement, ces gens-là, les chiens ont fini d'aboyer,
00:24:27ils sont passés à leur nouvel os à ronger.
00:24:29Et aujourd'hui, moi, j'ai l'impression, quand je regarde un peu la com sur Assassin's Creed en ligne,
00:24:34etc.,
00:24:35c'est beaucoup moins vicié.
00:24:37Alors, voilà, je ne dis pas qu'il faut qu'on décale tous nos jeux de six mois à chaque
00:24:39fois,
00:24:41mais bizarrement, ça a peut-être joué en notre faveur.
00:24:43Parce qu'aujourd'hui, j'ai l'impression que quand les gens parlent du jeu,
00:24:46ils en parlent sur ses mérites, ils en parlent sur les gens qui ont joué au crack,
00:24:49enfin, au CD qu'ils ont trouvé, je ne sais où,
00:24:53plutôt que sur « oh là là, tu as vu le dernier outrage », machin, truc, voilà.
00:24:58Je rebondis sur la question, parce que c'est aussi un point entre les conditions de travail
00:25:04et l'œuvre collective qui est sortie, finalement.
00:25:08C'est comment vous faites la part dans le jeu vidéo entre le fait de passer quatre ans, cinq ans
00:25:16à développer un jeu, à travailler sur un jeu collectivement, etc.,
00:25:20avec parfois des décisions.
00:25:23Alors ça, on l'a vu aussi chez Ubisoft, des décisions de la direction contre ce que vous aviez décidé.
00:25:30Par exemple, le pire, c'était rajouter des NFT, des lootbox ou je ne sais pas quoi dans les jeux
00:25:35qui n'étaient pas prévus.
00:25:38Comment vous faites un peu cette dichotomie entre le moment où vous vous proposez une œuvre collective
00:25:45qui vous tient à cœur, vous avez passé des années dessus,
00:25:47et puis vous voyez qu'à un moment où vos conditions de travail ou des décisions qui sont prises s
00:25:52'abordent un peu ça,
00:25:53et puis après, il y a leur rendu, quoi, la réception du jeu ?
00:25:56Vas-y, dis le mot « métier passion », voilà, comme ça.
00:25:58Non, mais non, je suis présent.
00:26:00On en viendra après.
00:26:02Non, mais c'est un métier passion.
00:26:04Nous, ce qu'on dit, c'est le piège du métier passion, c'est-à-dire, c'est cool,
00:26:07tu bosses sur ta passion, tu trouves ça génial, tu t'amuses, etc.
00:26:11Et puis arrive le moment où, en fait, c'est la réalité du métier,
00:26:14c'est la réalité de l'entreprise, de sa hiérarchie,
00:26:16où malheureusement, tu ne peux pas aller au fond de ta passion si tu es dans cette structure-là.
00:26:23Moi, pour moi, à titre perso, c'est qu'il faut arriver à dissocier de ça
00:26:27et de se dire, je vais faire du bon boulot,
00:26:29je vais essayer de produire quelque chose d'intéressant,
00:26:32de valable pour les gens,
00:26:35qui va leur apporter quelque chose,
00:26:38qui va leur apporter du plaisir,
00:26:39où ils vont se dire, c'est cool, ils ont bien fait ce truc-là.
00:26:42Donc je cherche plutôt de la satisfaction dans la qualité de ce que moi je produis,
00:26:45en me disant, bien sûr, je sais que le produit global,
00:26:48sa qualité, elle dépend de la cohérence.
00:26:50Et la cohérence, elle dépend du fait qu'on laisse les gens bosser correctement
00:26:54et qu'il n'y ait pas quelqu'un qui change d'avis
00:26:57parce que son fils a testé le jeu et qu'il lui a dit que c'était moche.
00:27:01Et ça, c'est compliqué.
00:27:03Mais ça, c'est, voilà, tu bosses dans une grosse boîte,
00:27:05pour moi, il faut l'accepter.
00:27:07Ça ne veut pas dire qu'il faut l'accepter à jamais.
00:27:10Il faut l'accepter tel quel aujourd'hui,
00:27:11de dire, je ne peux pas mettre trop de moi là-dedans,
00:27:15parce que sinon, justement, je vais péter un câble.
00:27:17Parce que, c'est sûr, enfin, les NFT, personnellement,
00:27:22pendant un an, j'ai bugglé contre,
00:27:24à chaque fois qu'on nous faisait une présentation,
00:27:26j'ai eu droit à une présentation entre quatre yeux
00:27:27avec le VP of blockchain du groupe, s'il vous plaît,
00:27:30qui m'a expliqué pourquoi c'était bien
00:27:32et ça allait faire plaisir aux joueurs.
00:27:34Et bon, je n'ai pas été très convaincu,
00:27:37comme on peut l'entendre à mon ton.
00:27:39Et à la fin, j'ai quand même dû aider
00:27:41à les implémenter dans le jeu.
00:27:43Donc, après, là-dessus, pour moi, c'est toujours pareil.
00:27:46C'est d'accord, mais en fait, à un moment, c'est un ordre.
00:27:49C'est mon job, c'est comme ça.
00:27:51Moi, je trouve ça stupide.
00:27:52J'ai eu raison, voilà.
00:27:54Évidemment, j'ai eu raison, donc j'avais raison avant.
00:27:59Mais en gros, c'est juste,
00:28:01j'ai fait ce que vous m'avez dit de faire.
00:28:03Alors, c'est sûr que ce n'est pas le truc
00:28:05sur lequel j'ai mis le plus d'efforts.
00:28:07J'ai fait ce qu'il fallait et comme on m'a demandé.
00:28:10C'est marrant, ça me fait penser.
00:28:11On avait reçu deux de tes camarades en octobre.
00:28:14On y reviendra, mais sur la grève d'Ubisoft,
00:28:16sur le télétravail.
00:28:18Et donc, c'est Marc Rutschleet, Solidaires
00:28:19et Vincent Kambedouzou du STJV.
00:28:23Et qu'ils disaient, en fait,
00:28:24sur la vingtaine de jeux sur lesquels ils ont bossé,
00:28:26en fait, il y en a deux ou trois
00:28:28où ils sont vraiment très fiers
00:28:29d'avoir participé à cette production.
00:28:31Mais que sinon, en fait, effectivement,
00:28:33des conditions de travail,
00:28:34des décisions qui ont été prises,
00:28:36pour rebondir un peu sur ce que tu disais,
00:28:38il faut se concentrer sur ton travail
00:28:40et essayer de ne pas en faire non plus toute une histoire.
00:28:44Oui, et ça, c'est assez symptomatique.
00:28:46C'est assez présent chez tout le monde.
00:28:49Et même, eux, ils ont de la chance
00:28:50parce qu'ils ont démarré plus tôt que moi
00:28:52dans l'industrie.
00:28:53Et donc, ils ont bossé dans des boîtes
00:28:56et dans une époque
00:28:58où on faisait des jeux peut-être un peu plus vite,
00:28:59pour un tas de raisons,
00:29:00parce que les attentes de graphisme n'étaient pas les mêmes,
00:29:02parce que le marché n'était pas le même.
00:29:04Enfin, voilà, je ne rentre pas dans le détail.
00:29:06Ce serait toute une dissertation.
00:29:09Mais moi, aujourd'hui, ça fait quoi ?
00:29:11Ça fait plus de sept ans que je suis dans l'industrie.
00:29:13On a sorti un jeu sur lequel j'ai bossé.
00:29:16Et je n'en suis pas super fier.
00:29:17Donc, c'est dommage.
00:29:19C'est un peu le dernier argument
00:29:24pointé dans la crise générale du jeu vidéo.
00:29:26C'est l'inflation des coûts de production.
00:29:29Et est-ce qu'effectivement,
00:29:30parce qu'il y a des jeux qui...
00:29:33Je ne sais pas, par exemple, le prochain GTA,
00:29:34on n'a pas non plus encore les chiffres,
00:29:36mais je suppose qu'on va pouvoir dépasser le milliard,
00:29:39je pense, entre le temps de développement
00:29:42et les frais de marketing,
00:29:43qui sont d'ailleurs, bizarrement,
00:29:45toujours à peu près la moitié des budgets des jeux vidéo.
00:29:48Enfin, c'est quand même assez dingo.
00:29:50Call of Duty, celui qui est sorti cette année,
00:29:52c'est 700 millions.
00:29:53Oui, il faut en vendre pour que ce soit rentable.
00:29:58Et puis, en plus, il y a une espèce de pression
00:30:00parce qu'un jeu comme ça,
00:30:02quand ça marche, quand on en vend 20, 40 millions,
00:30:05ça marche très fort.
00:30:06Mais par contre...
00:30:08C'est ça.
00:30:09Alors, en fait, il y a une espèce de course en avant,
00:30:11mais qui est longue,
00:30:12parce que, fut un temps,
00:30:14AAA, c'était quand tu avais deux chiffres devant tes millions.
00:30:17Donc, c'était à partir de 10 millions.
00:30:20Aujourd'hui, on commence à dire,
00:30:22AAA, franchement, en dessous de 100 millions,
00:30:24est-ce que tu es vraiment un AAA ?
00:30:25C'est-à-dire qu'il y a eu une inflation de ces coûts-là,
00:30:28pour un tas de raisons.
00:30:29Bon, il y a l'inflation de tout, on va dire.
00:30:32Mais il y a aussi...
00:30:35Il y a les attentes du public,
00:30:37mais il y a aussi les logiques des boîtes
00:30:38qui ont de plus en plus poussé à dire,
00:30:41on grossit les projets,
00:30:43on y met de tout,
00:30:44c'est des jeux pour tout le monde,
00:30:45donc il faut tout mettre,
00:30:46il faut que dans le jeu, tu puisses tout faire,
00:30:48il faut que tu puisses parler à des gens,
00:30:49cueillir des fleurs,
00:30:51tirer sur des gens,
00:30:52faire des triple saltos arrière,
00:30:55je ne sais pas, moi,
00:30:56faire du lockpicking...
00:30:58Décorer ta cuisine...
00:30:59Voilà, pourquoi pas, après tout.
00:31:00Et le truc, c'est que c'est toujours pareil,
00:31:02tu vois, quand tu fais ça,
00:31:03tu écris ça sur un papier,
00:31:04tu dis, ouais, pourquoi pas,
00:31:05ouais, pourquoi pas, c'est cool.
00:31:06Et puis, il y a un moment où tu dis,
00:31:08d'accord, mais en fait,
00:31:09le temps de travail qu'on a,
00:31:11le temps de développement,
00:31:12on le met où ?
00:31:13À quel moment est-ce qu'on est capable
00:31:15de tenir ça
00:31:16et que ce ne soit pas complètement fou furieux ?
00:31:18D'ailleurs, c'est bizarre,
00:31:19parce que chez Ubi aussi,
00:31:20il y a cette inflation des projets,
00:31:21alors qu'il y a quelqu'un
00:31:23qui en parlait dans le chat plus haut
00:31:24sur le dernier Prince of Persia...
00:31:29Non, attends, je te retrouve la question.
00:31:31Est-ce qu'il a été démantelé ?
00:31:31Le démantelement du studio
00:31:32derrière Prince of Persia,
00:31:33Lost Crown,
00:31:34pour placer les devs ailleurs,
00:31:35ça montre bien qu'ils ne comprennent pas
00:31:36l'importance d'une bonne synergie
00:31:37dans un studio.
00:31:38Alors, ce n'est pas le studio
00:31:39pour être tout à fait facile,
00:31:40c'est l'équipe,
00:31:41mais c'est la même idée.
00:31:42Et c'est ce qui est arrivé aussi
00:31:44chez les devs de Hi-Fi Rush,
00:31:46et c'est pareil,
00:31:47c'est des jeux de moindre ampleur,
00:31:49mais qui se sont bien vendus,
00:31:52qui ont une super réception critique.
00:31:55Et pourquoi ces jeux-là,
00:31:58ces équipes-là
00:31:59qui savent faire des jeux comme ça,
00:32:00disparaissent au profit de jeux ?
00:32:04Il y a plusieurs choses.
00:32:05Il y a le fait que nos dirigeants,
00:32:07ils ne savent pas ce qu'ils font,
00:32:08ils ne reconnaissent pas
00:32:09la valeur de ce qu'on produit,
00:32:11et donc ils sont incapables
00:32:12de voir la valeur d'une équipe rodée,
00:32:16d'une équipe qui a fait des choses ensemble,
00:32:17qui a des bases communes,
00:32:19qui a développé des process,
00:32:21qui a trouvé des choses,
00:32:23a fait des erreurs ensemble
00:32:24et pourra les surmonter.
00:32:26Ça, c'est une première chose, c'est clair.
00:32:28La deuxième chose,
00:32:29c'est qu'ils n'ont pas forcément
00:32:30de conscience
00:32:31qu'en fait, le jeu vidéo,
00:32:32c'est itératif,
00:32:33et que souvent,
00:32:36tu dois aller développer des choses
00:32:38pour ensuite aller plus loin,
00:32:39faire des choses un peu plus intéressantes
00:32:40avec cette base, etc.
00:32:42Et donc, l'équipe de The Lost Crown,
00:32:44ils auraient été chauds
00:32:45pour en faire un deuxième,
00:32:46que ce soit un Prince of Persia
00:32:47ou une autre licence,
00:32:49ou quelque chose comme ça,
00:32:49mais en tout cas,
00:32:50de construire sur ce qu'ils avaient.
00:32:52Mais non,
00:32:53en fait,
00:32:53comme le jeu,
00:32:54ce n'est pas un super succès
00:32:55et qu'il ne fait pas des millions
00:32:56et des millions,
00:32:57on vous remet à travailler
00:33:00dans la fournaise.
00:33:01Je tairai le nom du projet
00:33:02qui existe depuis plus de 15 ans.
00:33:06Il s'appelle le goût,
00:33:06il n'y vaut le 2,
00:33:07moi je peux le dire.
00:33:08Moi, moi aussi.
00:33:11Mais donc,
00:33:12ce qui est dur après,
00:33:13c'est effectivement,
00:33:14ce n'est pas pour dire
00:33:14que Prince of Persia,
00:33:15c'est le truc qui rapporte
00:33:17le plus de thunes chez Ubisoft.
00:33:18Ce qui rapporte chez Ubisoft,
00:33:19c'est Rainbow Six Siege,
00:33:24un certain nombre de millions par an,
00:33:25et Assassin's Creed,
00:33:27quand on en sort un,
00:33:28qui fait pas mal d'argent.
00:33:29C'est clair que,
00:33:29quand tu sors de ces deux mastodontes-là,
00:33:31tout de suite,
00:33:31déjà,
00:33:32tu n'es pas dans la même cour.
00:33:33Donc, forcément,
00:33:34quand tu mets tout le monde
00:33:35à ce niveau-là d'attente,
00:33:36personne ne l'est rempli.
00:33:38Ça, c'est le premier truc.
00:33:39Prince of Persia,
00:33:41c'est un jeu qui est un peu niche.
00:33:43C'est un jeu qui,
00:33:44enfin, voilà,
00:33:45les Metroidvania,
00:33:46les gros Metroidvania,
00:33:47ils vendent 3-4 millions,
00:33:48je crois,
00:33:49Metroid Dread,
00:33:50il me semble qu'il a vendu
00:33:513 ou 4 millions d'exemplaires.
00:33:53Et Metroid Dread,
00:33:54c'est un jeu Nintendo,
00:33:55enfin,
00:33:56pas fait par Nintendo,
00:33:57mais publié par Nintendo,
00:33:58sur console Nintendo,
00:33:59sur la console la plus vendue,
00:34:01si ce n'est de l'histoire,
00:34:02du moins du moment.
00:34:02Je ne me rappelle plus
00:34:03si elle a dépassé la...
00:34:04La Wii.
00:34:05La Wii.
00:34:06Mais en tout cas,
00:34:07dans ces jeux-là,
00:34:08plusieurs centaines de millions
00:34:09d'installés.
00:34:13avec une licence attendue,
00:34:15voilà.
00:34:16Donc,
00:34:16bon,
00:34:16c'est quand même...
00:34:18Tu te dis,
00:34:19bon,
00:34:19si je fais ça,
00:34:20c'est cool, quoi.
00:34:22Mais quand tu budgètes le jeu
00:34:24et que tu es déjà,
00:34:25en fait,
00:34:25à te dire,
00:34:26il faut que j'atteigne
00:34:27ce niveau-là de vente,
00:34:27tu te dis,
00:34:28en fait,
00:34:28bon,
00:34:29le jeu,
00:34:29il ne remplira jamais.
00:34:30Et les attentes envers les jeux,
00:34:32c'est un truc omniprésent
00:34:33dans l'industrie.
00:34:34Square Enix,
00:34:35par exemple,
00:34:35qui est une boîte japonaise,
00:34:37a énormément saigné
00:34:39ses studios occidentaux
00:34:41pendant très longtemps
00:34:42avant de les fermer
00:34:42ou de les vendre
00:34:43parce qu'en fait,
00:34:44ils avaient toujours
00:34:45des attentes complètement irréalistes.
00:34:46Ils avaient un Tomb Raider
00:34:47et ils disaient,
00:34:48OK,
00:34:48Tomb Raider,
00:34:49ça va vendre,
00:34:50je ne sais pas,
00:34:5020 millions d'unités.
00:34:52Alors,
00:34:52ils n'avaient jamais vendu
00:34:5320 millions d'unités
00:34:53sur aucun Tomb Raider
00:34:54à part peut-être le 1,
00:34:56voilà,
00:34:58à l'époque de Matusalem.
00:35:00Donc,
00:35:00tu te dis,
00:35:01mais en fait,
00:35:03le problème,
00:35:03ce n'est pas le jeu.
00:35:05Le problème,
00:35:05c'est si vous n'êtes pas capable
00:35:07de me dire
00:35:08le budget raisonnable
00:35:10vis-à-vis d'attente
00:35:11raisonnable de marché,
00:35:12comment on fait ?
00:35:13Si tout de suite,
00:35:14votre attente de marché,
00:35:15c'est oui,
00:35:15mais si jamais,
00:35:16c'est un énorme succès,
00:35:18alors je rentre dans mes frais,
00:35:20en fait,
00:35:20oui,
00:35:21on est en train d'aller dans le mur.
00:35:22Oui,
00:35:22tout à fait.
00:35:23Est-ce qu'on se dit
00:35:24qu'on a fait le tour
00:35:24du côté un peu macroéconomique
00:35:26et puis qu'on passe la vidéo
00:35:29et puis on rentre
00:35:29dans les conditions de travail ?
00:35:31Allez,
00:35:31je passe la vidéo tout de suite.
00:35:32C'est parti.
00:35:33Allez.
00:35:33On vient d'apprendre
00:35:34qu'à Paris,
00:35:35on est 50 ans.
00:35:3525 ans,
00:35:36mais dont on parlait tout à l'heure.
00:35:3750,
00:35:38c'est beaucoup plus
00:35:38que ce qu'on imaginait.
00:35:39C'est un moment historique.
00:35:40On est réunis.
00:35:41Je l'avais déjà vu,
00:35:41t'inquiète.
00:35:42Tu l'as déjà vu.
00:35:42Place de la Bastille,
00:35:44avec toute notre industrie,
00:35:45avec tous les gens
00:35:46qui font les jeux.
00:35:47C'est un bon moment
00:35:48et c'est très émouvant.
00:35:49Nous nous retrouvons
00:35:49aujourd'hui
00:35:50Place de la Bastille à Paris
00:35:51avec le syndicat
00:35:52des travailleurs
00:35:53et travailleuses du jeu vidéo
00:35:54qui organisent
00:35:55leur première mobilisation nationale
00:35:57afin de dénoncer
00:35:58leurs conditions de travail.
00:35:59Partons dès maintenant
00:36:00échanger avec ces travailleurs
00:36:01en colère.
00:36:02Ça fait vraiment plaisir.
00:36:03On voit qu'on est passé
00:36:04de petites sections syndicales
00:36:08dans des studios éparpillées
00:36:10à une forte mobilisation nationale.
00:36:13Ça montre la passion finalement
00:36:15des travailleurs et travailleuses
00:36:16du jeu vidéo
00:36:17dans leur métier
00:36:18qui compte sauvegarder
00:36:20l'industrie française
00:36:22du jeu vidéo,
00:36:23qu'ils comptent se battre
00:36:24pour elles,
00:36:25qu'ils comptent se battre
00:36:25pour leurs emplois,
00:36:26pour les emplois
00:36:27de leurs collègues
00:36:27et de leurs camarades
00:36:28parce que si demain
00:36:29le secteur se délocalise
00:36:30complètement,
00:36:31il n'y aura plus
00:36:31de travail de jeu vidéo
00:36:33en France.
00:36:33Il n'y aura plus
00:36:33cet emploi n'existera plus.
00:36:35C'est vraiment important
00:36:35du mieux même
00:36:36qu'avec une mobilisation
00:36:37à l'île.
00:36:38On nous recrute,
00:36:39on nous vire
00:36:40de manière assez machinale.
00:36:43C'est-à-dire que
00:36:44quand une production se démarre,
00:36:44on va faire des grands recrutements.
00:36:45Quand une production se termine,
00:36:46on va avoir tendance
00:36:47à virer des gens.
00:36:48On pense qu'un certain nombre
00:36:49d'employés peuvent être
00:36:50remplaçables justement
00:36:50par l'intelligence artificielle
00:36:52qui ferait un métier semblable.
00:36:53Tout ça pour une réduction
00:36:54de coûts,
00:36:55ce sera toujours plus simple
00:36:56pour eux en fait
00:36:57d'utiliser l'intelligence artificielle
00:36:59au besoin que de recruter
00:37:01et d'avoir potentiellement
00:37:02des employés
00:37:02qui pour eux
00:37:03sont des coûts à perte.
00:37:06L'exaspération est grande
00:37:08parce que les gens
00:37:08ont envie de bien faire.
00:37:10Les gens ont envie
00:37:10de développer des jeux
00:37:11dans de bonnes conditions,
00:37:12de satisfaire les gens
00:37:14qui vont y jouer.
00:37:14Quand tout ça n'est pas
00:37:15rendu possible,
00:37:16c'est quelque chose
00:37:17de très difficile à vivre.
00:37:18Les gens vont déployer
00:37:19des efforts considérables
00:37:20pour contrebalancer
00:37:22de mauvaises conditions
00:37:23de production et très souvent
00:37:25au détriment de leur santé.
00:37:26Tout le monde s'était battu
00:37:27dans les différentes boîtes
00:37:28les unes après les autres.
00:37:29C'était le chemin logique
00:37:31d'organiser une grève générale
00:37:32et que tout le monde
00:37:33se batte le même jour
00:37:34en même temps,
00:37:35tous ensemble.
00:37:38Depuis plus d'un an et demi
00:37:39à travers la crise,
00:37:41on subit des plans
00:37:42de licenciement,
00:37:43de la répression,
00:37:44du travail dissimulé.
00:37:45Donc ça suffit,
00:37:46tout simplement,
00:37:47parce que ça,
00:37:47le patronat sait très bien le faire.
00:37:48Il a déployé
00:37:49des lobbying énormes
00:37:51pour s'octroyer
00:37:52la parole politique
00:37:53et notamment
00:37:54la parole macroniste.
00:37:55Ça suffit,
00:37:55on ne peut plus se contenter
00:37:56de simples relais
00:37:57qui vont uniquement
00:37:59dans le sens des capitaux.
00:38:03Comme nous à Ubisoft,
00:38:04on voit que la direction
00:38:06regarde les chiffres
00:38:07de combien de personnes
00:38:08font grève.
00:38:10Hein ?
00:38:10Non ?
00:38:11T'es coupé ?
00:38:11Non, je n'entends plus.
00:38:12T'entends plus ?
00:38:12Non, c'est pas grave.
00:38:14T'entends toujours ?
00:38:15Ah pardon.
00:38:15Ils connaissent les chiffres,
00:38:17ça les travaille.
00:38:18Ils ne sont pas contents
00:38:19de cette situation non plus.
00:38:20Ils aimeraient que
00:38:21les choses s'apaisent
00:38:22et effectivement
00:38:23que les gens
00:38:24retournent au travail.
00:38:29Vos stickers
00:38:30toujours incroyables.
00:38:32J'aimerais beaucoup
00:38:33en avoir...
00:38:33J'en avais demandé
00:38:33la dernière fois à Vincent
00:38:34quand il est venu.
00:38:35Il m'a dit
00:38:35« Ouais, on t'en verra,
00:38:36t'inquiète, t'inquiète ! »
00:38:37Mais tant pis,
00:38:38on t'en verra la prochaine fois.
00:38:40Non mais surtout,
00:38:41je viendrai en manif
00:38:42avec vous
00:38:42et j'en prendrai directement là-bas.
00:38:43Ou passe au studio.
00:38:45Je t'en amène.
00:38:47Oui,
00:38:47bah le capitalisme, quoi.
00:38:49C'est vrai.
00:38:50C'est la version courte.
00:38:52C'est vrai.
00:38:53Mais en fait,
00:38:55alors de la même manière
00:38:56que le patronat
00:38:58dit que c'est une industrie jeune,
00:38:59le syndicalisme
00:39:00est aussi jeune.
00:39:01C'est clair.
00:39:02Donc effectivement,
00:39:03c'est quand même
00:39:03la première...
00:39:07Là, c'était
00:39:08il y a deux semaines,
00:39:09c'est ça ?
00:39:09Oui.
00:39:10C'était mi-février,
00:39:11c'était le 13 février.
00:39:1113, ouais.
00:39:12La première grève générale
00:39:15dans le secteur,
00:39:16de l'histoire du secteur
00:39:17en France.
00:39:18Ah bah, c'est sûr.
00:39:20C'est sûr.
00:39:20En gros,
00:39:21jusque-là,
00:39:21ce qu'on avait pu faire,
00:39:22c'était des mobilisations nationales
00:39:24en suivant l'intersyndicale,
00:39:26sur les retraites,
00:39:29sur la réforme du chômage,
00:39:31ce genre de choses.
00:39:32Bon, évidemment,
00:39:32c'est pas du tout
00:39:34la même sauce.
00:39:35Parce que
00:39:36faire une manif
00:39:37sur un projet de loi,
00:39:40sur, voilà,
00:39:40c'est ton rôle de citoyen
00:39:43que tu exerces
00:39:43en faisant la grève.
00:39:44Et nous,
00:39:45c'est aussi une façon
00:39:45qu'on a eue
00:39:46d'amener les gens à ça,
00:39:48de leur dire,
00:39:48regarde,
00:39:48c'est un droit
00:39:49dont tu peux te servir
00:39:50pour exprimer ton opinion,
00:39:53pour faire valoir
00:39:54ta volonté politique.
00:39:56Et c'est important.
00:39:57Parce qu'en fait,
00:39:58même si on est d'accord,
00:39:59bloquer le jeu vidéo
00:40:00pendant une journée,
00:40:01ça va pas faire reculer
00:40:03le gouvernement
00:40:04sur les retraites.
00:40:06symboliquement,
00:40:06c'est fort ce que tu dis
00:40:07en venant,
00:40:08en montrant que t'es là,
00:40:08etc.
00:40:09Et donc,
00:40:11cette mobilisation-là,
00:40:11c'était un peu
00:40:12l'aboutissement
00:40:12de tout le taf
00:40:13qu'on a pu faire
00:40:14depuis quasiment
00:40:167 à 8 ans.
00:40:17C'est de dire,
00:40:19ok,
00:40:21là,
00:40:21on est en train
00:40:22de construire un truc,
00:40:23on voit bien
00:40:24que ces problèmes-là
00:40:25qu'on a décrits
00:40:26dans tellement de boîtes
00:40:27différentes,
00:40:28juste avant,
00:40:29ils sont partout,
00:40:30ils sont systémiques.
00:40:31C'est pas le patron
00:40:32d'Ubisoft qui est idiot,
00:40:33même si peut-être
00:40:34qu'il l'est.
00:40:34C'est pas le patron
00:40:36de Nacon qui est stupide,
00:40:37mais peut-être qu'il l'est,
00:40:37mais c'est plus large
00:40:38que ça.
00:40:39C'est qu'en fait,
00:40:40il y a une construction
00:40:42sociale et économique
00:40:44de cette industrie
00:40:44qui fait qu'aujourd'hui,
00:40:46on est en train
00:40:47d'aller dans le mur
00:40:48physiquement,
00:40:50moralement
00:40:50et économiquement.
00:40:52Oui,
00:40:52parce que ça,
00:40:53il y a un problème
00:40:54économique
00:40:54et qui se retrouve,
00:40:56on va aussi un peu
00:40:58le développer là,
00:40:59qui se retrouve
00:40:59dans un problème
00:41:02social.
00:41:02et c'est aussi là-dessus
00:41:05que vous,
00:41:06j'ai l'impression,
00:41:06le STJV,
00:41:08vous avez aussi réussi
00:41:09à faire votre trou
00:41:11dans de plus en plus
00:41:12de studios,
00:41:14aussi changer la vision
00:41:16du syndicalisme
00:41:16dans cette industrie,
00:41:17parce qu'il y a quand même
00:41:18cinq ans,
00:41:19c'était pas...
00:41:20j'ai l'impression
00:41:21que les gens
00:41:21se méfient un peu
00:41:22plus de vous
00:41:23qu'autre chose.
00:41:24Et du coup,
00:41:26c'est vraiment...
00:41:27Il y a eu le moment
00:41:28des retraites,
00:41:29j'ai l'impression,
00:41:29où vraiment,
00:41:32les salariés du jeu vidéo
00:41:33ont compris
00:41:34qu'ils étaient aussi
00:41:34des salariés
00:41:35comme les autres
00:41:35et qu'ils avaient
00:41:36les mêmes problématiques
00:41:37que les autres
00:41:37et ça a été bien.
00:41:41Et Solidarinformatique
00:41:41aussi a fait beaucoup
00:41:43dans les boîtes informatiques,
00:41:44ça a été assez fort.
00:41:45Et là,
00:41:47du coup,
00:41:48il commence à...
00:41:50Les salariés
00:41:51commencent à s'approprier
00:41:52vous,
00:41:53finalement,
00:41:54vous,
00:41:54les militants
00:41:54et les syndicats
00:41:56pour commencer
00:41:57à apporter
00:41:58des revendications sociales,
00:41:59ce qui n'était
00:41:59pas trop le cas avant.
00:42:01Oui,
00:42:01je pense que
00:42:02tu as plusieurs choses.
00:42:03Tu as une espèce
00:42:05de logique
00:42:07qui existait avant
00:42:08qui était le silence,
00:42:09être bien gentil,
00:42:10être resté dans son coin,
00:42:12etc.
00:42:13Et donc,
00:42:13tout ça,
00:42:13il a fallu briser
00:42:15ce mur-là.
00:42:16Par exemple,
00:42:18quand on a fait
00:42:19des interventions
00:42:19en public,
00:42:20que ce soit
00:42:20en donnant des interviews,
00:42:22en allant chercher,
00:42:24en allant faire
00:42:24des communications,
00:42:25etc.,
00:42:26un peu plus saillantes
00:42:28que ce qu'ils ont
00:42:29l'habitude de...
00:42:29C'est le moins
00:42:30qu'on puisse dire.
00:42:32Au début,
00:42:32il y a des gens
00:42:33qui avaient des reculs
00:42:34en disant
00:42:34« Ah, c'est violent,
00:42:35quand même,
00:42:36est-ce que tu peux
00:42:36vraiment dire ça ? »
00:42:38Et moi,
00:42:39mon leitmotiv,
00:42:40ça a toujours été
00:42:40de dire aux gens
00:42:41« Ben ouais,
00:42:41d'ailleurs, regarde,
00:42:42je vais le faire. »
00:42:43Et en fait,
00:42:43on y va,
00:42:44on leur montre,
00:42:44on leur dit
00:42:45« Mais en fait,
00:42:45c'est un droit
00:42:46qu'on est en train
00:42:46d'exercer.
00:42:47C'est notre liberté
00:42:47d'expression,
00:42:48c'est notre liberté
00:42:49syndicale,
00:42:49c'est des libertés
00:42:50fondamentales.
00:42:51Que ton patron
00:42:52ne soit pas content,
00:42:53mais j'ai envie de dire
00:42:54que c'est son problème.
00:42:55C'est son problème.
00:42:56Et ça,
00:42:57c'est un truc
00:42:58que les gens n'avaient pas.
00:42:59Parce que,
00:42:59qu'est-ce qui se passe ?
00:43:00C'est des gens
00:43:01qui ont,
00:43:01en général,
00:43:02fait des études
00:43:02assez longues.
00:43:03On est quasiment tous
00:43:04Bac plus 5 ou plus
00:43:05dans cette industrie.
00:43:08C'est des gens
00:43:09qui,
00:43:10en plus,
00:43:12souvent,
00:43:12soit viennent
00:43:13de familles aisées,
00:43:14pour la majorité
00:43:15assez large.
00:43:17C'était aussi
00:43:18dans le baromètre,
00:43:19si tu veux suivre
00:43:20le baromètre.
00:43:21Non,
00:43:21c'est les plans
00:43:22de licenciement.
00:43:23C'est l'enquête
00:43:24que le STJV a fait
00:43:25en publiant 2023,
00:43:27du coup,
00:43:29sur qui sont
00:43:31les travailleurs
00:43:31et les travailleuses.
00:43:32Oui.
00:43:33En fait,
00:43:34c'est des études
00:43:36qui sont extrêmement
00:43:37majoritairement privées,
00:43:38donc chères.
00:43:40tu peux te retrouver
00:43:41à 8 à 10 000.
00:43:4225 000.
00:43:43C'est ça.
00:43:44Et ça a dû augmenter
00:43:44depuis encore.
00:43:45Parce que,
00:43:45voilà,
00:43:46l'inflation,
00:43:47t'inquiète,
00:43:48qu'ils l'appliquent.
00:43:49Et donc,
00:43:51voilà,
00:43:51tu vois,
00:43:5161 % au moins
00:43:52ont un diplôme
00:43:53Bac plus 5.
00:43:57Qu'est-ce que j'avais
00:43:58en tête ?
00:43:58Enfin,
00:43:58voilà,
00:43:59c'est des études chères.
00:44:00C'est des gens
00:44:01qui mettent...
00:44:01Les études sont endettées.
00:44:02Voilà.
00:44:03Tout ça,
00:44:03ça fait qu'on voit bien
00:44:05qu'en fait,
00:44:05c'est des gens
00:44:06qui sont assez tributaires
00:44:07de leur taf
00:44:07et donc qui vont avoir peur
00:44:08de se le mettre à dos
00:44:09et c'est normal.
00:44:10Et donc,
00:44:11nous,
00:44:11notre job,
00:44:11c'est de dire aux gens
00:44:12non,
00:44:12mais en fait,
00:44:13OK,
00:44:14tu as un contrat de travail,
00:44:15le contrat de travail,
00:44:16il n'implique pas
00:44:16que tu as signé
00:44:17une loyauté dans le sang
00:44:19et ça,
00:44:20c'est super important
00:44:20parce que pour un tas de gens,
00:44:22c'était inaudible,
00:44:23impensable
00:44:24et ils se disaient
00:44:25non,
00:44:25mais le syndicalisme,
00:44:26c'est quand tu es
00:44:28Martinez
00:44:28sur un piquet de grève
00:44:29à la CNCF
00:44:30et c'est juste ça.
00:44:32Mais c'est normal
00:44:32parce que ça,
00:44:33c'est une image
00:44:33que les médias
00:44:35mainstream
00:44:37ont donné
00:44:38du syndicalisme
00:44:39pendant 40 ans
00:44:41en France.
00:44:42Donc nous,
00:44:42on arrive,
00:44:43on doit débunker ça
00:44:44et c'était une des raisons
00:44:45pour lesquelles
00:44:45le STJV
00:44:46s'est constitué
00:44:46aussi indépendamment,
00:44:48c'était de dire
00:44:48OK,
00:44:49les gens sont tellement
00:44:50matrixés,
00:44:50il faut qu'on leur montre
00:44:51que c'est nous,
00:44:52c'est pareil.
00:44:54On est comme vous,
00:44:55on est des travailleurs
00:44:55et des travailleurs
00:44:56du jeu vidéo,
00:44:56on n'est pas externe,
00:44:57on ne vient pas
00:44:58vous imposer un truc,
00:45:00on est comme vous,
00:45:00on a les mêmes problèmes,
00:45:03on fait les mêmes constats
00:45:04et on veut bosser
00:45:05pour arriver
00:45:06à quelque chose de mieux.
00:45:07Et puis,
00:45:07il fallait attendre
00:45:08aussi un espèce
00:45:09de masse
00:45:11de syndiqués
00:45:12pour que ça fonctionne
00:45:13parce que quelque chose
00:45:14que les travailleurs
00:45:16et les travailleurs
00:45:16du jeu vidéo
00:45:17me disent souvent
00:45:17quand j'essaye
00:45:19de les faire témoigner,
00:45:21c'est que
00:45:23l'industrie est petite,
00:45:25tout le monde se connaît
00:45:26et en plus,
00:45:26les patrons,
00:45:27eux,
00:45:27sont organisés
00:45:28depuis longtemps
00:45:29donc en fait,
00:45:29on peut être facilement
00:45:30blacklisté dans l'industrie
00:45:31et du coup,
00:45:33il y a vraiment
00:45:33cette peur
00:45:34donc il a fallu aussi
00:45:35que vous syndicat,
00:45:36vous atteigniez
00:45:37cette masse un peu critique
00:45:38pour pouvoir
00:45:39casser cette peur.
00:45:40On a clairement dû
00:45:41aller à l'encontre
00:45:42même de cette logique
00:45:44de la blacklist
00:45:45parce que
00:45:46en pratique,
00:45:47ça c'est un truc
00:45:47qui est un mythe
00:45:48très utile au patron
00:45:49mais qui n'est pas si vrai
00:45:50que ça
00:45:50parce que bon,
00:45:51déjà c'est illégal
00:45:52mais ça n'empêche pas
00:45:53de le faire
00:45:54comme beaucoup de choses
00:45:55mais en pratique,
00:45:57en fait,
00:45:58certes ils sont organisés
00:45:58mais ils sont organisés
00:45:59par le haut,
00:46:00ils sont organisés
00:46:00par les gros
00:46:01donc quand un petit patron
00:46:03dit
00:46:03ouais si tu fais ça
00:46:05machin,
00:46:06je te blackliste
00:46:07plus personne ne veut que toi
00:46:08combien de fois
00:46:09j'ai entendu des gens
00:46:10me dire ça
00:46:10à qui j'ai dit
00:46:11mais c'est du bullshit
00:46:11le mec
00:46:12il n'existe pas
00:46:13parce qu'ils ont beau
00:46:14s'organiser
00:46:15ils ne sont pas potes
00:46:17et ce mec-là
00:46:18il ne pèse rien
00:46:18donc il va aller voir
00:46:20les autres
00:46:20et leur dire
00:46:21ouais il y a machin
00:46:21qui a fait ceci cela
00:46:22les autres n'ont rien à faire
00:46:23rien à faire
00:46:24c'est faux
00:46:26et ça
00:46:27ça c'est un truc
00:46:29effectivement
00:46:29il faut arriver à le démonter
00:46:30mais la meilleure façon
00:46:31de le faire
00:46:31tu le dis bien
00:46:32c'est de dire
00:46:32mais on est une masse critique
00:46:33ils ne vont rien faire
00:46:35et ça on l'a montré
00:46:36parce qu'on a fait des grèves
00:46:37de plus en plus conséquentes
00:46:38etc
00:46:39et que là
00:46:40on a pu dire aux gens
00:46:41on va y aller
00:46:41et tu ne seras pas seul
00:46:42et ça c'est sûr
00:46:43de toute façon
00:46:44pour faire une grève
00:46:45où que ce soit
00:46:45dans le jeu vidéo
00:46:46ou ailleurs
00:46:46il faut qu'on arrive
00:46:47à dire aux gens
00:46:49non mais
00:46:49on va y aller
00:46:50on va être en force
00:46:51on va avoir la force
00:46:52du collectif
00:46:52et si on est 300
00:46:54400, 500
00:46:55et bien qu'est-ce qu'ils vont faire
00:46:56ils vont virer 500 personnes
00:46:57pour avoir fait grève
00:46:58jamais
00:47:00et ça je pense que
00:47:01on peut faire un call back
00:47:02à la première très grosse grève
00:47:04du jeu vidéo
00:47:06chez Eugène
00:47:07avec le STJV
00:47:09où effectivement
00:47:09à la fin de la grève
00:47:10ils ont viré des grévistes
00:47:11parce que les mecs
00:47:12étaient complètement j'tardes
00:47:13et qu'ils avaient
00:47:15cette sensation de pouvoir
00:47:16aujourd'hui ils sont en train
00:47:17de se faire dégommer
00:47:19en justice
00:47:19et j'espère que ça continuera
00:47:21comme ça
00:47:21et qu'ils se feront
00:47:22humilier jusqu'au bout
00:47:23mais
00:47:26ce qui est intéressant
00:47:27je trouve
00:47:28c'est qu'effectivement
00:47:29autant il y a 8 ans
00:47:31des patrons voyous
00:47:32pouvaient encore croire
00:47:33qu'ils avaient le droit
00:47:34de faire ça
00:47:35parce que
00:47:35mais qui allait les chercher
00:47:36quoi
00:47:37et en fait aujourd'hui
00:47:38c'est fini quoi
00:47:39aujourd'hui
00:47:39la peur a changé de camp
00:47:41quelque part
00:47:41et ça c'est super important
00:47:42parce qu'effectivement
00:47:43aujourd'hui on peut dire aux gens
00:47:44bah viens
00:47:45t'as peur de quoi
00:47:46ouais c'est vrai
00:47:47et
00:47:48alors c'est fini
00:47:49mais
00:47:50on voit aussi qu'encore
00:47:52ne serait-ce que chez Ubi
00:47:53il y a encore
00:47:55par exemple
00:47:55ils ont
00:47:57c'est en selle
00:47:58qu'ils ont
00:47:59réhabilité récemment
00:48:00malgré ces affaires
00:48:01consultants
00:48:02ouais consultants
00:48:05et ouais
00:48:05le procès
00:48:06pour harcèlement
00:48:08peut-être
00:48:08vous pouvez un peu
00:48:09rappeler qui c'est
00:48:10c'est quoi la ferie
00:48:11et tout ça
00:48:12tu vas
00:48:13ouais donc
00:48:14Michel Ancel
00:48:15c'est quelqu'un
00:48:16qui est un designer
00:48:17qui était là
00:48:18très très tôt
00:48:18chez Ubisoft
00:48:19quasiment dès le début
00:48:20et qui est très associé
00:48:22notamment à la personne
00:48:23de Rayman
00:48:24qui est un des
00:48:24c'est un peu
00:48:25l'incarnation
00:48:26du créateur
00:48:27voilà un peu
00:48:28bah c'est quand je parlais
00:48:29des créa versus patron
00:48:31avant finalement Ancel
00:48:32c'est un dossier
00:48:34créa français
00:48:34on en a d'autres
00:48:35qui à mon sens
00:48:36ont été moins horribles
00:48:38par après
00:48:38mais voilà
00:48:39c'est aussi celui
00:48:40qui était
00:48:42le directeur créatif
00:48:43sur le premier BGE
00:48:44bien good and evil
00:48:46qui bon
00:48:47était peut-être pas
00:48:48le plus gros succès
00:48:48du monde
00:48:48mais un certain succès
00:48:49d'estime
00:48:50enfin voilà
00:48:50qui a beaucoup de prestige
00:48:52c'est bien la preuve
00:48:53pour ça qu'on fait un 2
00:48:55qui a été en charge
00:48:57du côté créa
00:48:58de BGE2
00:48:59pendant longtemps
00:49:01avec des choses compliquées
00:49:02il avait son propre studio
00:49:03à côté
00:49:03donc il faisait moite moite
00:49:04alors il disait
00:49:05qu'il donnait à Ubisoft
00:49:07les meilleures heures
00:49:07de sa journée
00:49:08parce qu'il leur donnait
00:49:09le matin
00:49:09bon pourquoi pas
00:49:11il est sûrement matinal
00:49:12j'en sais rien
00:49:13mais bon
00:49:14la formulation m'a toujours
00:49:15paru un peu étrange
00:49:16mais bon
00:49:17à la limite
00:49:18pourquoi pas
00:49:20mais c'est aussi
00:49:21quelqu'un qui je pense
00:49:22n'a jamais fait le pas
00:49:24du développement moderne
00:49:26c'est-à-dire que c'est
00:49:26quelqu'un
00:49:27qui a commencé
00:49:28à développer
00:49:29il y a très longtemps
00:49:29et qui n'a jamais compris
00:49:31qu'il est passé
00:49:32de petites équipes
00:49:33de 30-40 personnes
00:49:34peut-être un peu plus
00:49:36où c'est très informel
00:49:40tu croises les gens
00:49:41voilà
00:49:42tu as des allers-retours
00:49:43très rapidement
00:49:43etc
00:49:44à
00:49:45non mais
00:49:45BGE2
00:49:46c'est 300 personnes
00:49:47plus d'autres studios
00:49:48tu vois
00:49:49et qu'en fait
00:49:50quand tu es là-dessus
00:49:51tu ne peux plus
00:49:52changer d'avis le matin
00:49:53et dire
00:49:53ouais
00:49:54ben non
00:49:54en fait
00:49:54tu es sur une chaîne
00:49:55de prod
00:49:55là c'est fini
00:49:58si tu changes d'avis
00:49:59il faut avoir une bonne idée
00:50:00il faut faire un plan
00:50:01enfin voilà
00:50:01il faut réfléchir
00:50:02et ça
00:50:03à mon sens
00:50:04de ce que m'ont dit
00:50:04les camarades
00:50:05c'était vraiment
00:50:06source de souffrance
00:50:06pour beaucoup de gens
00:50:07en plus visiblement
00:50:08il avait un management
00:50:09un peu agressif
00:50:11ouais
00:50:12mais ça c'est
00:50:12des plans pour harcèlement
00:50:13quand tu ne sais pas
00:50:14faire du management
00:50:15qu'on te met manager
00:50:16alors que
00:50:17clairement
00:50:17ce n'est pas
00:50:18ce qui t'intéresse
00:50:19je veux dire
00:50:21et que derrière
00:50:23en plus
00:50:24je pense au boulot
00:50:25forcément
00:50:25ce n'est pas forcément simple
00:50:26parce que tu arrives
00:50:27avec tes idées
00:50:27etc
00:50:28et tu as l'impression
00:50:28de te prendre un mur
00:50:29avec des gens
00:50:30qui disent
00:50:30bah non mais monsieur
00:50:31ce n'est pas comme ça
00:50:31qu'on produit des jeux
00:50:32aujourd'hui
00:50:33moi je vois très bien
00:50:34comment ça peut déraper
00:50:35et donc effectivement
00:50:36quand il y a eu
00:50:37des témoignages sur lui
00:50:38à l'été 2020
00:50:40il a donné une défense
00:50:41absolument dantesque
00:50:42à Libé
00:50:43enfin voilà
00:50:44un entretien
00:50:45qui avait envie
00:50:46qui me donnait envie
00:50:47de me taper la tête
00:50:48contre le mur
00:50:49et il est parti
00:50:50en bons amis
00:50:52voilà
00:50:53en se tapant
00:50:54les mains sur la cuisse
00:50:55avec les guimots
00:50:56pour aller faire
00:50:57un refuge pour renard
00:50:58là où je ne sais pas quoi
00:51:00trop souriant
00:51:02et il postait des photos
00:51:03sur son Instagram
00:51:04c'est très bien
00:51:04c'est très bien
00:51:05mais très bien
00:51:06tu vois genre
00:51:07mais moi c'est ce que je disais aux gens
00:51:08dans l'absolu
00:51:08c'est cool
00:51:09après les gens
00:51:09qui l'a cassé en deux
00:51:11peut-être que ce serait bien
00:51:12d'avoir une pensée pour eux
00:51:12mais bon voilà
00:51:15et là effectivement
00:51:16il y a quelques mois
00:51:17à fuiter l'info
00:51:19qu'il revenait
00:51:19en tant que consultant
00:51:20sur un remake
00:51:23de Rayman
00:51:25donc
00:51:26bon
00:51:27nous
00:51:27ce qui est perturbant
00:51:28c'est quand même aussi
00:51:29que c'est un moment
00:51:29où Ubi
00:51:30avait promis
00:51:32qu'ils allaient changer
00:51:33parce que là
00:51:34c'est un petit cas
00:51:35par rapport
00:51:36à l'ensemble
00:51:38qui se passait
00:51:38du harcèlement sexuel
00:51:41moral
00:51:42qui se passait
00:51:43au niveau
00:51:43de la direction créative
00:51:45où là c'était quand même
00:51:46à la tête d'autres studios
00:51:48que ce soit
00:51:49à Singapour
00:51:50au Canada
00:51:51enfin là c'était quand même
00:51:52quelque chose
00:51:53il y a des accusations
00:51:54de viol
00:51:54il y a un procès
00:51:56qui va pas
00:51:57qui est en cours
00:51:58qui commence
00:51:59cette semaine
00:52:00c'est ça
00:52:01ouais ouais ouais
00:52:02si t'as des dates prévues
00:52:03d'ailleurs
00:52:03je précise
00:52:04je t'en reparle
00:52:05mais oui oui
00:52:06c'est en cours
00:52:07je peux te mettre en contact
00:52:08avec notre avocate
00:52:09mais oui oui
00:52:11il y a un procès
00:52:12de gens
00:52:13qui ont été accusés
00:52:13de harcèlement
00:52:14moral sexuel
00:52:15une grosse enquête
00:52:16chez nos confrères de l'IB
00:52:18qui a lancé tout ça
00:52:19ouais bah en fait
00:52:20des témoignages
00:52:21qui sortent un peu
00:52:22sur les réseaux sociaux
00:52:23etc
00:52:23donc la logique
00:52:25me too
00:52:25des gens qui commencent
00:52:26un peu à balancer
00:52:27ici et là
00:52:27et puis après
00:52:28effectivement
00:52:29un vrai travail journalistique
00:52:30de plein de rédac
00:52:31pour aller un peu
00:52:32exhumer ça
00:52:32et pas juste dire
00:52:33bon il y a des postes
00:52:34réseaux sociaux
00:52:34mais bah voilà
00:52:35c'est taillé
00:52:37ces accusations là
00:52:38elles sont solides
00:52:38après la justice
00:52:40fait son travail
00:52:41après ce qui est frustrant
00:52:42aujourd'hui
00:52:43c'est
00:52:44ce sont des gens
00:52:45qui sont accusés
00:52:45c'est trois accusés
00:52:46c'est pas l'entreprise
00:52:49ça c'est compliqué
00:52:50parce que prouver
00:52:51la faute de l'entreprise
00:52:52c'est pas magique
00:52:53mais
00:52:54il y a un truc de fond
00:52:55donc effectivement
00:52:56Ubisoft ont fait
00:52:57on va dire
00:52:58opération main blanche
00:52:59ils ont viré
00:53:00quelques personnes
00:53:01qui étaient vraiment
00:53:01beaucoup trop visibles
00:53:03là dessus
00:53:05ils en ont fait
00:53:05ils en ont mis
00:53:06certains au placard
00:53:07de deux ans
00:53:08histoire de dire
00:53:09vas-y respire un peu
00:53:10et puis tu reviendras
00:53:11quand la tempête
00:53:13sera passée
00:53:15mais derrière
00:53:16effectivement
00:53:17ça pose la question
00:53:17donc après
00:53:18sur Ancel par exemple
00:53:20pour être très franc
00:53:21là leur position
00:53:22c'est de dire
00:53:22il est consultant
00:53:24il sera pas en phase
00:53:25avec les gens
00:53:26etc
00:53:26j'ai envie de dire
00:53:27le problème
00:53:28c'est pas tellement
00:53:28est-ce que lui
00:53:29il est là ou pas
00:53:30sa personne
00:53:31ne m'intéresse pas
00:53:32moi j'ai pas
00:53:33d'animosité
00:53:33envers cette personne là
00:53:34moi j'ai pas été
00:53:35sa victime déjà
00:53:36donc en fait
00:53:36je suis pas concerné
00:53:37c'est pas mon problème
00:53:38moi ce que je veux
00:53:39c'est qu'il fasse
00:53:39pas de mal aux gens
00:53:40déjà
00:53:41donc si est-ce qu'on a
00:53:42mis en place
00:53:43ce qu'il faut pour ça
00:53:44et la deuxième question
00:53:45évidemment c'est de dire
00:53:46est-ce qu'on a besoin
00:53:47de lui
00:53:48et est-ce qu'on a besoin
00:53:49de tous les efforts
00:53:50qu'on va devoir mettre en place
00:53:50juste pour qu'il fasse
00:53:51pas de mal aux gens
00:53:52ou est-ce qu'on peut juste
00:53:53faire un jeu sans lui
00:53:53parce qu'en fait
00:53:54on en a fait plein sans lui
00:53:55qui ont marché
00:53:55et on a peut-être
00:53:56pas besoin de lui
00:53:57et surtout si c'est
00:53:58pour faire un remake
00:53:59de Rayman
00:53:59on a déjà l'original
00:54:00comme base
00:54:01donc ça pour moi
00:54:03ça c'est des questions
00:54:03intéressantes
00:54:04parce que encore une fois
00:54:05je parlais d'inadaptation
00:54:06entre guillemets
00:54:07enfin je veux pas l'appeler
00:54:07un dinosaure non plus
00:54:08faut pas déconner
00:54:09mais moi je pense
00:54:10qu'il y avait ce côté
00:54:11où en fait le fait
00:54:13que personne ait été capable
00:54:15de lui dire
00:54:15mais ou en tout cas
00:54:16qu'il n'ait pas été capable
00:54:17de l'entendre
00:54:19que mais en fait
00:54:19tu fonctionnes plus
00:54:21comme le jeu vidéo
00:54:22est fait aujourd'hui
00:54:22ça c'était une faute
00:54:23de l'entreprise
00:54:24et qui a fait du mal
00:54:25à tout le monde
00:54:26et ça c'est pas normal
00:54:27c'est ça c'est pas normal
00:54:27des équipes de 20 personnes
00:54:28avec des technologies
00:54:29qu'on peut bouger facilement
00:54:30et ça c'est là
00:54:31où il faut descendre
00:54:32les génies de leurs piédestos
00:54:33et dire en fait
00:54:34c'est très bien
00:54:34que tu aies fait
00:54:35un super jeu
00:54:36il y a 30 ans
00:54:37mais en fait
00:54:38aujourd'hui
00:54:38on fait un jeu en 2025
00:54:40et si tu n'es pas capable
00:54:41de rentrer dans
00:54:42un process de prod moderne
00:54:44ben c'est con
00:54:45mais en fait
00:54:46tu sais pas
00:54:47t'as qu'à faire
00:54:47des concepts art
00:54:49nous écrire
00:54:50non mais nous écrire
00:54:50des bibles de lore
00:54:51et tout
00:54:52c'est très bien
00:54:52mais tu peux pas
00:54:54être dans la prod
00:54:55c'est pas possible
00:54:55parce que sinon
00:54:56non seulement
00:54:57la prod va être en vrac
00:54:58à cause de toi
00:54:59donc déjà juste
00:55:00économiquement c'est stupide
00:55:01mais socialement
00:55:02tu vas mettre les gens
00:55:03dans le mal
00:55:03et ça c'est inacceptable
00:55:05je l'ai juste
00:55:06ce petit message
00:55:07solidarité avec vous
00:55:07comrade de France
00:55:09ici en Belgique
00:55:10on n'est pas aussi structuré
00:55:11autant que vous
00:55:11pour le jeu vidéo
00:55:12mais on tente aussi
00:55:12de s'organiser
00:55:13on a communiqué
00:55:13pour vous soutenir
00:55:14et cela pousse déjà
00:55:15à pas mal de discussions
00:55:15parmi les nôtres
00:55:16voilà
00:55:17merci beaucoup du soutien
00:55:18plaisir j'imagine
00:55:18et puis pareil
00:55:20n'hésitez pas à nous faire signe
00:55:21si jamais vous voulez
00:55:21qu'on fasse des choses ensemble
00:55:22sur le 13 février
00:55:24on avait des camarades
00:55:25en Espagne et en Italie
00:55:26qui nous ont soutenu
00:55:27dans la grève
00:55:27et qui ont fait grève aussi
00:55:28donc peut-être plus
00:55:30bientôt
00:55:31mais il y a un gros studio belge
00:55:33là
00:55:33les Divinity
00:55:34L'Arian
00:55:35et il y a d'autres studios
00:55:38à ma connaissance
00:55:39il n'y a pas aussi gros
00:55:40que L'Arian
00:55:40c'est gros
00:55:41L'Arian
00:55:41c'est assez gros
00:55:42après L'Arian
00:55:42qu'est-ce qu'ils ont fait L'Arian ?
00:55:44j'avoue que j'ai pas
00:55:44tous les Divinity
00:55:45ah c'est une
00:55:46les Bell Gears Gate 3
00:55:46et les Divinity avant
00:55:48toute la série des Divinity
00:55:49ah oui effectivement
00:55:51gros studio
00:55:52donc
00:55:52le studio qui a beaucoup grossi
00:55:54qui s'est étendu
00:55:55qui a maintenant
00:55:56je crois qu'ils ont
00:55:57un studio à Montréal
00:55:58et en Irlande
00:56:00si je dis pas de bêtises
00:56:01voilà
00:56:02donc
00:56:02bah écoute
00:56:03avec plaisir
00:56:05on se revoit bientôt
00:56:07oui
00:56:08alors voilà
00:56:09je pointais
00:56:09en salle aussi
00:56:10c'était
00:56:11enfin pour un peu
00:56:12le côté
00:56:14enfin
00:56:15voilà
00:56:15il y a des résistances
00:56:17au changement
00:56:17quand même
00:56:18du côté patronal
00:56:21du coup
00:56:21si on reprend un peu
00:56:22les revendications
00:56:25derrière quand même
00:56:26cette journée
00:56:27de mobilisation
00:56:28qui a eu le 13 février
00:56:32il y a quoi
00:56:32il y a
00:56:34un problème
00:56:34de salaire
00:56:37parce que là
00:56:37on peut en dire
00:56:38des choses
00:56:38sur les salaires
00:56:39dans le jeu vidéo
00:56:40je voyais des gens
00:56:41en parler dans le chat
00:56:41qui demandaient
00:56:42des comparaisons
00:56:43si on est dev
00:56:44ailleurs que dans le jeu vidéo
00:56:45est-ce qu'on gagne plus
00:56:46globalement
00:56:46je crois que la réponse
00:56:47est oui
00:56:48programmeur
00:56:48c'est sûr
00:56:49c'est à dire que
00:56:49programmeur
00:56:50en moyenne
00:56:51tu fais facilement
00:56:52plus de 30 à 50%
00:56:53si tu quittes
00:56:54le jeu vidéo
00:56:55si tu vas dans la finance
00:56:57tu peux même faire
00:56:57encore plus
00:56:58moi j'ai une camarade
00:56:59qui est partie
00:57:00de la finance
00:57:01et qui dit
00:57:03j'y serai resté
00:57:04je toucherai quasiment
00:57:05deux et demi fois
00:57:06mon salaire
00:57:07donc c'est clair
00:57:09sur les autres métiers
00:57:10c'est un peu plus compliqué
00:57:11parce que tu n'as pas
00:57:12un marché
00:57:14qui est aussi comparable
00:57:15mais de manière générale
00:57:16tu regardes avec nos niveaux
00:57:17de diplôme
00:57:18ce qu'on touche
00:57:19c'est sûr qu'en fait
00:57:20on est en dessous
00:57:21de la moyenne
00:57:21des gens
00:57:22à diplôme équivalent
00:57:24en France
00:57:25moi quand je suis venu
00:57:27dans le jeu vidéo
00:57:27j'ai pris mon 25%
00:57:28sur mon salaire
00:57:29direct
00:57:29et pourtant
00:57:30ils avaient peur
00:57:31ils avaient vu un gros diplôme
00:57:33et ils m'ont donné
00:57:34le haut de la fourchette
00:57:35tu dis à la vache
00:57:38et ça en plus
00:57:39ça crée
00:57:41une espèce
00:57:42d'inégalité
00:57:42à l'intérieur
00:57:43des studios
00:57:44c'est à dire
00:57:44que du coup
00:57:45les développeurs
00:57:45ils ne sont pas
00:57:47dans le même
00:57:47rapport de force
00:57:48que
00:57:50les salariés
00:57:51qui sont aussi
00:57:51bac plus 5
00:57:52mais qui se retrouvent
00:57:53dans le game design
00:57:54ou
00:57:56dans des métiers
00:57:57justement
00:57:57qui n'existent
00:57:58que dans le jeu vidéo
00:57:59où là
00:58:00ils ne peuvent pas
00:58:01se reconvertir
00:58:04comme ça
00:58:04c'est clair
00:58:05et du coup
00:58:06je crois que
00:58:08dans le baromètre
00:58:09Théo
00:58:09je crois qu'il y a
00:58:10sur la fin
00:58:12il y a des échelles
00:58:13un peu
00:58:13de salaire
00:58:14on voit bien
00:58:16comment les devs
00:58:18ils sont
00:58:19je crois que c'est
00:58:20vraiment sur la fin
00:58:21les salaires
00:58:22donc
00:58:24programmeur
00:58:25bon alors
00:58:26c'est pas pour autant
00:58:27que c'est fabuleux
00:58:28après il faut voir
00:58:29au niveau
00:58:30des
00:58:31des nombres
00:58:32de réponses
00:58:32tu vois
00:58:32mais
00:58:33alors
00:58:34juste quand même
00:58:35j'attire l'attention
00:58:35du public
00:58:36sur le fait
00:58:36qu'il y a un certain
00:58:37nombre de ces salaires
00:58:38qui étaient en dessous
00:58:39du SMIC
00:58:39même en 2022
00:58:40c'est vrai
00:58:41ça c'est pour dire
00:58:42le grand respect
00:58:44le grand respect
00:58:45de la
00:58:47le grand respect
00:58:48du droit du travail
00:58:49dans cette
00:58:50dans cette industrie
00:58:52bravo
00:58:52bravo le vaut
00:58:54donc
00:58:54en dessous du SMIC
00:58:55même pas
00:58:55des minima
00:58:56synthèques
00:58:57qui sont déjà
00:58:57pas fameux
00:58:58donc bon
00:58:58voilà
00:59:01après effectivement
00:59:01il y a des grosses
00:59:02grosses disparités
00:59:03moi je trouve
00:59:04le truc le plus marquant
00:59:04par exemple
00:59:05quand tu vois ça
00:59:05c'est dire
00:59:07le plus haut salaire
00:59:08qui est déclaré
00:59:09c'est pas toujours
00:59:09celui qui a le plus
00:59:10d'ancienneté
00:59:11et de loin pas
00:59:12c'est à dire que là
00:59:13tu vois par exemple
00:59:13chez les programmeurs
00:59:14gameplay
00:59:1510 à 15 ans
00:59:15le maximum
00:59:16c'est 6000 euros
00:59:17alors que plus de 20 ans
00:59:19d'ancienneté
00:59:213860
00:59:21alors évidemment
00:59:22t'as une question
00:59:22de sample size
00:59:23parce que des programmeurs
00:59:24de plus de 20 ans
00:59:24d'ancienneté
00:59:25vu comment on fait partir
00:59:26les gens de cette industrie
00:59:27t'en trouves pas des milliers
00:59:28il n'y a que de répondre
00:59:29en toute façon
00:59:30voilà
00:59:31mais ce qui est quand même
00:59:32super intéressant
00:59:32c'est ça
00:59:33et en fait
00:59:33ça on le voit
00:59:34à plein d'endroits
00:59:35c'est que
00:59:36effectivement
00:59:36c'est plein de copinage
00:59:37c'est plein d'individualisation
00:59:38des cas
00:59:39qui fait qu'en fait
00:59:41déjà
00:59:41on n'est pas super bien payé
00:59:42et en plus
00:59:43tu dois aller gratter
00:59:45ton petit
00:59:46ta petite croquette
00:59:47en plus
00:59:47pour pas être trop ridicule
00:59:49tout à fait
00:59:49tout à fait
00:59:50et en dessous du coup
00:59:51tu as
00:59:52genre les testeurs
00:59:53parce que ça
00:59:53c'est quand même
00:59:54super intéressant
00:59:55quand on voit le niveau
00:59:56des salaires
00:59:56à côté
00:59:57chez les testeurs qualité
00:59:58par exemple
00:59:59c'est quand même
01:00:00beaucoup plus
01:00:01enfin voilà
01:00:02on voit le minimum
01:00:02ils sont tous
01:00:04collés au SMIC
01:00:04ou en dessous
01:00:05c'est ça
01:00:06ça effectivement
01:00:07tu le dis
01:00:07c'est une question
01:00:08de chantage à l'emploi
01:00:09c'est qu'en fait
01:00:10quand tu es
01:00:11QA tester
01:00:12encore QA tester
01:00:13tu peux dire
01:00:14je pourrais retrouver
01:00:14du QA testing
01:00:15dans le logiciel
01:00:17en dehors du jeu vidéo
01:00:18donc c'est un métier
01:00:19juste qui en gros
01:00:21on teste le produit
01:00:23pour débusquer
01:00:24tous les bugs
01:00:25tous les problèmes
01:00:26c'est en fait
01:00:27même en QA
01:00:28on recrute des gens
01:00:28avec des bugs plus 5
01:00:29parce que mine de rien
01:00:30il faut comprendre
01:00:30en fait ce qui fait
01:00:31qu'un jeu fonctionne
01:00:32il faut comprendre
01:00:34ce qu'on peut dire
01:00:36sur un bug
01:00:36comment on peut aider
01:00:37les gens à le reproduire
01:00:38etc
01:00:38c'est un métier
01:00:39qui demande beaucoup
01:00:39de précision
01:00:40qui demande beaucoup de taf
01:00:42qui n'est pas du tout
01:00:43poser le cul
01:00:44dans un fauteuil
01:00:44je joue un jeu vidéo
01:00:45toute la journée
01:00:46il y a plein de gens
01:00:48qui veulent faire
01:00:48du game design
01:00:49ou des métiers
01:00:50aussi spécifiques
01:00:51du jeu vidéo
01:00:52qui commencent
01:00:52en testeur qualité
01:00:53parce que
01:00:54c'est une porte d'entrée
01:00:56dans l'industrie
01:00:57donc
01:00:59oui oui tout à fait
01:01:00et parce que
01:01:00de toute façon
01:01:00ils trouvent que ça
01:01:01c'est aussi ça
01:01:03je dénigre pas le métier
01:01:04de loin de là
01:01:05mais malheureusement
01:01:05c'est un peu ce qui se passe
01:01:06et c'est pas bon
01:01:07pour la compétence
01:01:09et la motivation des gens
01:01:09tout à fait
01:01:11mais en tout cas
01:01:14c'est sûr qu'on voit
01:01:15une grosse diff
01:01:16entre des gens
01:01:16qui sont dans la programmation
01:01:18et des gens
01:01:18qui sont dans d'autres métiers
01:01:19de manière générale
01:01:20ça on le voit
01:01:20dans les studios
01:01:22cette différence là
01:01:24elle se fait
01:01:24parce que
01:01:25c'est plus difficile
01:01:25de négocier ton salaire
01:01:27quand on te dit
01:01:27dès comme toi
01:01:28il y en a 150 000
01:01:29à tort ou à raison
01:01:30mais voilà
01:01:32t'as pas d'autre alternative
01:01:34donc voilà
01:01:34de toute façon
01:01:35ce salaire là
01:01:35t'auras pas mieux ailleurs
01:01:37là où effectivement
01:01:38les programmeurs
01:01:39peuvent quand même dire
01:01:40voilà moi
01:01:41si vous voulez pas de moi
01:01:42je retourne chez BNP
01:01:43voilà
01:01:43ce sera peut-être pas
01:01:44le taf de ma vie
01:01:45mais ça payera bien
01:01:47c'est pas le même rapport
01:01:48non plus
01:01:49à l'intelligence artificielle
01:01:50on en avait discuté
01:01:52à la fête de l'UMA
01:01:54avec deux copains
01:01:55de Don't Nod
01:01:57et voilà
01:01:58le côté
01:01:59programmation moteur
01:02:00il était quand même
01:02:01beaucoup plus serein
01:02:02que
01:02:03la
01:02:03la conceptuelle artiste
01:02:06qui
01:02:06qui se disait
01:02:07ben
01:02:08ils ont beaucoup plus envie
01:02:10que
01:02:10de me remplacer
01:02:13forcément
01:02:13il y a un côté aussi
01:02:14tu vois
01:02:15je veux dire
01:02:17on va dire
01:02:17c'est presque
01:02:18un côté de classe
01:02:19c'est qu'en gros
01:02:21dans l'idée
01:02:21des patrons
01:02:24les programmeurs
01:02:25c'est quand même
01:02:25un peu au dessus
01:02:26tu vois
01:02:26c'est des gens
01:02:28c'est des gens
01:02:29un peu comme eux
01:02:30tu vois
01:02:30même si pas vraiment
01:02:31mais un peu
01:02:33là où
01:02:33bon
01:02:34les artistes
01:02:34voilà c'est des grouillots
01:02:35et donc
01:02:36qu'est-ce que tu fais
01:02:37tu dis
01:02:37ah ben l'IA
01:02:38je vais remplacer mes grouillots
01:02:40après ça
01:02:41ça montre bien
01:02:41encore une fois
01:02:42toute la méconnaissance
01:02:43de l'industrie
01:02:43parce qu'en fait
01:02:46l'IA
01:02:47je dis pas que
01:02:47ça n'a aucun usage
01:02:49mais juste dire
01:02:50je vais remplacer
01:02:50mes concepts artistes
01:02:51par de l'IA
01:02:52c'est complètement
01:02:52rater le fait
01:02:53que
01:02:54le taf des concepts artistes
01:02:55c'est pas juste
01:02:56de dessiner des trucs
01:02:57c'est de prendre
01:02:59les idées que les gens ont
01:03:00de prendre des choses
01:03:02et de faire des propals
01:03:03pour les projeter
01:03:03pour les aider
01:03:04à se lancer là-dedans
01:03:05c'est un taf
01:03:06qui est ultra technique
01:03:07qui est ultra intéressant
01:03:08et qui est crucial
01:03:10quand on fait nos prods
01:03:11parce que ça nous permet
01:03:12d'avoir une vision commune
01:03:14et ça ok
01:03:14tu peux dire
01:03:15il y a généralement
01:03:16une vision
01:03:16et puis avec un peu de chance
01:03:17sur cent mille générations
01:03:18il y en aura une qui sera bonne
01:03:19mais est-ce que tu es vraiment
01:03:20en train de gagner du temps
01:03:21à faire ça
01:03:22ça bon voilà
01:03:23de toute façon
01:03:24c'est la course en avant
01:03:28malheureusement
01:03:30mais de manière générale
01:03:31c'est sûr
01:03:32il y a une précarisation
01:03:33des métiers
01:03:33hors programmation
01:03:35qui est plus forte
01:03:35et nous c'est un truc
01:03:37qu'on veut porter
01:03:37en permanence
01:03:38au sein du syndicat
01:03:39je pense que
01:03:39à l'humain
01:03:40ils avaient du temps
01:03:41parlé aussi
01:03:41les camarades de Dante
01:03:42c'est pas parce que
01:03:44certains métiers
01:03:44sont plus favorisés
01:03:46qu'ils doivent vivre
01:03:47dans leur tour d'ivoire
01:03:47et donc nous
01:03:48on veut vraiment
01:03:49une unité
01:03:50des métiers du jeu vidéo
01:03:51ensemble
01:03:53pour qu'on se serre
01:03:54les coudes
01:03:55et qu'en fait
01:03:56surtout
01:03:56ça ne devienne pas
01:03:58je garde mes petits privilèges
01:04:00à ton détriment
01:04:01en sachant que
01:04:02ça pour nous
01:04:03c'est une course
01:04:03vers le fond
01:04:04parce que
01:04:05tu dis ça aujourd'hui
01:04:06et puis demain
01:04:06Copilot codera à ta place
01:04:07et puis tu auras l'air d'un abruti
01:04:09et Copilot fera autant de la merde
01:04:10à ta place
01:04:11que Midjourney fait de la merde
01:04:13en concept art
01:04:14mais en attendant
01:04:15vous avez tous les deux perdu votre job
01:04:16et on a tous perdu quelque chose
01:04:18il nous reste
01:04:193, 4, 5 minutes
01:04:21pour déborder
01:04:23vous avez peut-être parlé
01:04:24quand même
01:04:24un truc spécifique
01:04:25en termes de conditions de travail
01:04:26c'est le crunch
01:04:27qui existe dans le jeu vidéo
01:04:29c'est donc des périodes de travail
01:04:32normalement
01:04:33avant la sortie d'un projet
01:04:34enfin c'est pas normal
01:04:35c'est complètement
01:04:36pas normal
01:04:37comme fonctionnement
01:04:38mais on va dire
01:04:39classiquement
01:04:40c'est restreint
01:04:41à juste avant
01:04:42une période de travail intensive
01:04:43avant la sortie d'un jeu
01:04:44sauf qu'effectivement
01:04:46il y a des studios
01:04:47qui ont un peu institutionnalisé ça
01:04:49et puis de toute façon
01:04:51c'est pas très compatible
01:04:52avec le droit du travail
01:04:53alors ça en est où ça
01:04:54de la persistance
01:04:56de ces
01:04:57je pense qu'en France
01:04:58il y a deux choses
01:04:58l'industrie
01:04:59elle est trop visible
01:05:00elle est trop exposée
01:05:02aujourd'hui
01:05:02pour vraiment aller
01:05:03dans les pires trucs
01:05:04que tu peux voir
01:05:05enfin nous
01:05:06moi j'ai pas eu
01:05:07de retour
01:05:08de trucs comme
01:05:09Rockstar
01:05:10où les gens
01:05:11enfin où les chefs
01:05:13de la boîte
01:05:13se gargarisaient
01:05:14de faire des semaines
01:05:14de cent heures
01:05:15comme si c'était
01:05:16ça qui était la qualité
01:05:17du jeu
01:05:18ok
01:05:19on va dire
01:05:19on est quand même
01:05:20dans un pays
01:05:21où la législation sociale
01:05:22est assez claire
01:05:22sur le sujet
01:05:23et où
01:05:25normalement
01:05:25il y a quand même
01:05:26encore quelques trucs
01:05:27qui font que ça
01:05:28l'inspection du travail
01:05:29ne devrait pas trop
01:05:30osciller sur ce genre
01:05:31de choses
01:05:31tant qu'on ne l'a pas
01:05:32encore complètement démonté
01:05:35mais par contre
01:05:35derrière nous
01:05:36on insiste beaucoup
01:05:37sur le
01:05:38on va dire
01:05:38le deuxième volet du crunch
01:05:39qui est plutôt
01:05:40le côté insidieux
01:05:41c'est à dire
01:05:42c'est pas qu'on va te dire
01:05:44bon allez Coco
01:05:44tout le monde fait des semaines
01:05:45de cent heures
01:05:46on y va
01:05:47c'est on va te donner
01:05:4772 heures de boulot
01:05:49mais une semaine
01:05:50alors qu'est-ce que tu fais
01:05:51est-ce que tu es super efficace
01:05:53et que
01:05:54en une heure
01:05:55tu fais le travail de deux
01:05:56et qu'en 36 heures
01:05:58tu as fait 72 heures de travail
01:05:59cool
01:06:00tant mieux pour toi
01:06:01mais mentalement
01:06:02tu as peut-être
01:06:03tu as peut-être pas mal
01:06:05gambergé
01:06:05ou alors
01:06:06souvent ce qui va se passer
01:06:07c'est qu'en fait
01:06:07ça s'accumule
01:06:09on est obligé
01:06:09de laisser le retard
01:06:10s'accumuler
01:06:11parce que de toute façon
01:06:12on n'a pas le choix
01:06:12et en fait ça devient
01:06:13beaucoup de charge mentale
01:06:14de choses que tu fais
01:06:15en parallèle
01:06:16de choses que tu dois garder
01:06:17dans un fond de ton esprit
01:06:19en disant
01:06:19dès que j'ai 10 minutes
01:06:20je reprends ça
01:06:20etc
01:06:21et en gros
01:06:22c'est beaucoup d'accumulation
01:06:23de tensions
01:06:25sourdes
01:06:25qui fait que derrière
01:06:27physiquement et mentalement
01:06:28tu es à bout
01:06:29et c'est ça
01:06:29une des sources de burn out
01:06:30pour moi
01:06:31dans le jeu vidéo
01:06:32c'est plus tellement
01:06:33genre
01:06:34là j'ai fait 3 mois
01:06:35à 2000%
01:06:36j'en peux plus
01:06:37je suis KO
01:06:38c'est vraiment le côté
01:06:40je suis tout le temps
01:06:41à la bourre
01:06:42j'ai jamais le temps
01:06:43de sortir la tête
01:06:44de la flotte
01:06:45et du coup
01:06:46il y a un moment
01:06:46où juste mentalement
01:06:47tu craques
01:06:48parce que tu dis
01:06:48ouais c'est fini
01:06:49je vois plus quoi
01:06:52peut-être
01:06:52je serais peut-être pas mal
01:06:54de revenir sur le télétravail
01:06:55parce que j'ai vu
01:06:55que dans le chat
01:06:56ça posait la question
01:06:58donc on avait reçu
01:06:59justement
01:06:59c'était à cette occasion
01:07:00là on avait reçu
01:07:00Vincent et Marc
01:07:02à cette journée
01:07:03de ces 3 jours de grève
01:07:04pour ces 3 jours
01:07:05de télétravail
01:07:07de présentiel
01:07:07d'imposer pardon
01:07:08oui vas-y vas-y
01:07:10donc c'était en octobre
01:07:12je crois
01:07:13c'est ça
01:07:14et donc Ubisoft
01:07:15imposait 3 jours
01:07:16de présentiel
01:07:17à tous ses salariés
01:07:18et donc vous aviez
01:07:19vous aviez fait 3 jours
01:07:20de grève
01:07:21pour dénoncer ça
01:07:22si ça vous intéresse
01:07:23le chat
01:07:23vous pouvez retrouver
01:07:24le replay
01:07:25de cette émission
01:07:26qu'on avait fait
01:07:26avec donc Marc Rutchley
01:07:28de Solidaires Informatiques
01:07:29et Vincent Cambédozo
01:07:30du STJV
01:07:31mais donc ça en est où
01:07:344 mois
01:07:345 mois après
01:07:36ça en est
01:07:37qu'on est en négociation
01:07:40ils ont quand même compris
01:07:41qu'annoncer un truc
01:07:42c'était bien
01:07:43négocier avec les syndicats
01:07:44c'était mieux
01:07:44quoi en France
01:07:47c'est compliqué
01:07:49la direction est très dogmatique
01:07:50la direction du Ubisoft
01:07:52de manière générale
01:07:52est toujours très dogmatique
01:07:53sur beaucoup de choses
01:07:54et donc ça prend
01:07:55beaucoup d'efforts
01:07:55et de prise de tête
01:07:57pour arriver à les faire
01:07:58reculer là-dessus
01:08:00nous notre position
01:08:01c'est toujours la même
01:08:01c'est de dire
01:08:02il y a des gens
01:08:02qui ont organisé leur vie
01:08:04en fonction de ça
01:08:04vous les avez encouragés
01:08:06à faire ça
01:08:07vous les avez poussés
01:08:08à faire ça
01:08:08vous les avez laissés faire ça
01:08:09donc maintenant
01:08:10vous devez leur garantir
01:08:11que ça ne va pas changer
01:08:12du jour au lendemain
01:08:12et que ça ne va pas être
01:08:14un retournement de situation
01:08:16c'est juste pas possible
01:08:16en fait
01:08:18et après
01:08:19la deuxième chose
01:08:20c'est
01:08:22derrière
01:08:23le fond du problème
01:08:24il est toujours le même
01:08:25c'est
01:08:25vous nous dites
01:08:26qu'il faut faire ça
01:08:27parce que
01:08:28mais vous ne dites pas pourquoi
01:08:29vous dites
01:08:29il faut le faire
01:08:30c'est très bien
01:08:31mais en fait
01:08:31nous on voudrait comprendre
01:08:33qu'est-ce qui fait que
01:08:34et ça
01:08:35ça c'est toujours
01:08:36c'est toujours le problème
01:08:37avec Ubisoft
01:08:38c'est qu'on a toujours pas
01:08:38d'argumentation
01:08:39on nous dit juste
01:08:39voilà comment on va faire
01:08:40donc
01:08:42ça c'est
01:08:44ça c'est
01:08:44c'est ça qui est
01:08:45qui est épuisant
01:08:47c'est qu'en fait
01:08:47ça fait
01:08:48comme tu dis
01:08:49plus de 6 mois
01:08:49qu'on a eu cette annonce
01:08:51et on n'a toujours pas
01:08:52une justification
01:08:53leur
01:08:53leur foire aux questions
01:08:55internes
01:08:56sur le sujet
01:08:57admettait même
01:08:58qu'il n'y avait pas
01:08:58de preuves particulières
01:09:00que c'était mauvais
01:09:01pour la productivité
01:09:02ou quoi que ce soit
01:09:03donc c'est vraiment genre
01:09:04ben voilà
01:09:05c'est comme ça
01:09:05est-ce que du coup
01:09:07il était aussi
01:09:09question de faire déménager
01:09:11le studio de Montreuil
01:09:12dans le siège de Saint-Mandé
01:09:13et avec des problèmes
01:09:15de plaise
01:09:15qui allaient se poser
01:09:16du coup
01:09:16alors ça oui
01:09:17ça c'est
01:09:17c'est le summum du truc
01:09:19c'est qu'effectivement
01:09:20ils font
01:09:22ils veulent optimiser
01:09:23leur empreinte immobilière
01:09:25grandir leur face
01:09:27mais effectivement
01:09:28quand on dit
01:09:29ben oui
01:09:29mais là si vous remontez
01:09:30tout le monde
01:09:30ça ne marche plus
01:09:31ça ne rentre pas
01:09:32les chiffres ne sont pas bons
01:09:34et là
01:09:35ils nous disent
01:09:36ouais
01:09:36oui
01:09:37ben oui
01:09:37d'accord
01:09:39donc
01:09:41ben ça
01:09:42c'est
01:09:43oui c'est symptomatique
01:09:44de la façon
01:09:45dont ils opèrent
01:09:47c'est clair
01:09:51est-ce que c'est
01:09:52du coup
01:09:52c'est une manière
01:09:54de faire démissionner
01:09:56des gens
01:09:56parce qu'effectivement
01:09:57au début de la conversation
01:09:59on parlait du nombre
01:10:00de licenciements
01:10:01qu'il y a
01:10:01mais chez Ubi
01:10:02il n'y a pas eu
01:10:03beaucoup de licenciements
01:10:03il y a de l'attrition naturelle
01:10:05comme ils disent
01:10:05c'est-à-dire
01:10:06faire pousser les gens
01:10:07vers la sortie
01:10:08est-ce que du coup
01:10:08c'est une volonté
01:10:09enfin
01:10:10enlever un acquis social
01:10:12comme ça
01:10:13qui est assez fondamental
01:10:14vu que
01:10:15plus de 90%
01:10:16des salariés
01:10:17l'utilisent
01:10:17chez Ubi
01:10:18est-ce que
01:10:19ce n'est pas
01:10:19une manière
01:10:20de pousser
01:10:21des gens
01:10:21vers la sortie
01:10:22c'est sûr
01:10:23alors eux
01:10:24s'en défendent
01:10:25à grand cri
01:10:26évidemment
01:10:26parce que sinon
01:10:27ce serait un plan social
01:10:28déguisé
01:10:29donc voilà
01:10:31de leur côté
01:10:34de leur côté
01:10:36effectivement
01:10:37quand ils ont fait ça
01:10:37bon
01:10:38il y a sûrement
01:10:38le côté
01:10:39on va épurer
01:10:40quelques personnes
01:10:42nous on a clairement
01:10:43dit aux gens
01:10:43qu'il était hors de question
01:10:45que les gens partent
01:10:47sans rien
01:10:48et qu'en fait
01:10:49s'ils allaient jusque là
01:10:49il faudrait qu'on fasse
01:10:50une procédure en justice
01:10:52et qu'on verrait bien
01:10:53ce qu'on en retirerait
01:10:55mais je pense
01:10:56qu'effectivement
01:10:57de manière générale
01:10:58il y a ce petit calcul là
01:10:59mais il y a vraiment
01:11:00un truc dogmatique
01:11:01c'est à dire que
01:11:01depuis des années
01:11:02on entendait un peu
01:11:03régulièrement
01:11:03à la direction
01:11:04des gens qui nous disaient
01:11:05oui mais le télétravail
01:11:06enfin vraiment
01:11:07dès qu'il y avait un souci
01:11:08c'était le télétravail
01:11:08t'avais l'impression
01:11:09que si les
01:11:10je sais pas moi
01:11:11que si quelqu'un
01:11:12avait cassé son bureau
01:11:13c'était la faute du télétravail
01:11:14enfin bon
01:11:14vraiment n'importe quoi
01:11:15et tu dis
01:11:17mais d'accord
01:11:18mais vous avez des études
01:11:19vous avez réfléchi
01:11:19vous avez des chiffres
01:11:20vous avez suivi quelque chose
01:11:21enfin j'en sais rien
01:11:22montrez moi
01:11:23qu'un projet marche mal
01:11:24parce qu'il est au télétravail
01:11:25expliquez moi
01:11:26donnez moi
01:11:26même circonstancielle
01:11:27je vous demande pas
01:11:28une étude scientifique
01:11:30parfaitement rigoureuse
01:11:31mais donnez moi quelque chose
01:11:32le télétravail
01:11:33un pb
01:11:33exactement
01:11:34c'est exactement ça
01:11:35c'est vraiment
01:11:36t'avais l'impression
01:11:37qu'il y avait
01:11:38Nathalie Saint-Cric
01:11:39avec son petit papier
01:11:40et c'est là où tu dis
01:11:42mais en fait
01:11:43vous êtes pas sérieux
01:11:44et moi je trouve
01:11:45il y a beaucoup de gens aussi
01:11:46quand on a eu ces discussions là
01:11:48là dessus
01:11:49vraiment ça leur a fait tiquer
01:11:50en mode
01:11:50mais c'est pas possible
01:11:51mais ils sont pas sérieux
01:11:52c'est pas ça le problème
01:11:53de la boîte aujourd'hui
01:11:54il y a deux ans
01:11:55quand on commence à nous gonfler
01:11:56là dessus
01:11:57c'était là
01:11:57mais en fait
01:11:58le problème c'est qu'on vend pas nos jeux
01:11:59donc est-ce qu'on peut parler de ça
01:12:00plutôt que de revenir sur le télétravail
01:12:03s'il vous plaît
01:12:03c'est qu'on peut parler de ça
01:12:03c'est qu'on peut parler de ça

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