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  • il y a 2 jours
"Aujourd'hui, il faut absolument développer des circuits courts dans toutes les régions de France pour être plus autonome en terme de souveraineté alimentaire." Léa Barbier, co-fondatrice de Kelbongoo, entreprise de distribution alimentaire en circuit court, revient sur les enjeux d'une économie favorisant les liens directs, du producteur au consommateur.
L'ONU et l'OMS ont alerté mercredi sur une possible crise alimentaire : apprivoisement en flux tendu, fermeture des frontières et baisse des échanges internationaux en sont les causes.
La crise, qui s'annonce être durable, appelle un changement de modèle pour la filière agroalimentaire, au niveau national mais aussi régional.
Kelbongoo a fait le pari de cette transition avant la crise du Covid19.
Léa Barbier revient sur les avantages du circuit court, sa valorisation des produits et des producteurs, par rapport à la grande distribution.

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Transcription
00:00La question de l'autonomie alimentaire des villes, elle est très importante si on essaye de réfléchir en termes de
00:07résilience des territoires, notamment en temps de crise.
00:10Les villes comme Paris sont ultra dépendantes de produits agricoles importés et je m'étais noté deux, trois chiffres.
00:17En fait, on sait aujourd'hui qu'il y a 98% de l'alimentation qui est composée de produits
00:24agricoles importés, alors que par ailleurs, la France en exporte 97%.
00:28Ça se voit effectivement très bien à l'échelle de Paris où en fait on a une autonomie alimentaire d
00:33'à peu près 2%, donc c'est extrêmement faible.
00:35Alors qu'en fait, on a quand même une production agricole locale qui est importante et qui pourrait être encore
00:42plus développée, mais sur lesquelles on ne s'appuie pas vraiment aujourd'hui.
00:46Il y a un vrai enjeu sur les circuits courts aujourd'hui qui consiste à essayer de réorienter l'agriculture
00:52locale vers les besoins locaux.
00:54Ça implique aussi de diversifier et de changer le type de production agricole.
00:58On ne peut plus être sur des grandes cultures, il faut être sur la production maraîchère, de la polyculture, etc.
01:04Donc il y a tout un changement très profond à faire dans notre mode de production agricole si on veut
01:10réorienter notre production vers l'approvisionnement des villes françaises.
01:14Et à l'échelle de Paris, c'est particulièrement le cas parce qu'évidemment, la population est extrêmement dense.
01:19Et du coup, je dirais que même le territoire agricole local ne suffirait probablement pas à couvrir à 100%.
01:26Mais il y a quand même un enjeu politique à un moment donné à travailler là-dessus et à essayer
01:31vraiment, encore une fois, de diminuer la dépendance de toutes les villes françaises par rapport à l'importation.
01:38Il y a évidemment un enjeu de recréer de l'emploi sur le territoire, de diminuer toute la pollution qui
01:46est liée au transport aujourd'hui et qui est évidemment une catastrophe dans un contexte d'économie comme ça mondialisé.
01:52Et puis aussi de regagner en qualité, en traçabilité des produits.
01:56Il y a aussi pour moi un fort enjeu de liens sociaux, c'est-à-dire comment on fait pour
02:00reconnecter les personnes qui produisent la nourriture avec celles qui les consomment.
02:05Comment on fait pour redonner une mission un peu concrète aux agriculteurs locaux qui est de nourrir le territoire et
02:13les habitants, leurs voisins en fait, de nourrir vraiment les gens qui habitent sur leur territoire.
02:19Je pense que ça montre aujourd'hui la grande utilité sociale des circuits comme le nôtre, des circuits courts en
02:24général et les changements politiques assez profonds qu'il va falloir faire peut-être post-crise pour rendre nos villes
02:32plus autonomes du point de vue alimentaire et agricole.
02:36Du coup, quel bon goût en fait, on est une entreprise de l'économie sociale et solidaire, on est né
02:41il y a 7 ans.
02:42On est un circuit court, c'est-à-dire qu'on est le seul intermédiaire entre les producteurs avec qui
02:46on travaille et les consommateurs finales.
02:49Et on a un double objectif social, d'une part qui est le soutien à des petites et moyennes exploitations
02:55locales qui sont situées aujourd'hui majoritairement en Picardie, donc à moins de 200 km de Paris.
03:02On les soutient en étant sur une rémunération juste, puisqu'on leur reverse 70% du prix de vente final.
03:10Et aussi parce qu'on prend en charge toute la partie logistique de la chaîne, c'est-à-dire qu
03:16'on se charge du transport, de la préparation des commandes, de la distribution au consommateur final.
03:21Et tout ça pour une marge qui reste très limitée et qui leur permet donc de récupérer la plupart des
03:28revenus de leurs produits.
03:30Côté consommateur, on a aussi un objectif social, c'est qu'on souhaite rendre accessible au plus grand nombre en
03:36milieu urbain des produits locaux de grande qualité.
03:41Donc qui sont à 50%, on propose de l'agriculture biologique, de l'élevage en plein air, des modes de
03:49production artisanaux pour des produits très frais, de très bonne qualité,
03:52mais à des prix vraiment accessibles au plus grand nombre. Donc on est en moyenne 15 à 20% moins
03:58cher que les supermarchés bio type Naturalia ou Biocop, pour donner un exemple.
04:04Donc on s'implante notamment dans des quartiers populaires, quartiers politiques de la ville, et on essaie vraiment de toucher
04:12le plus grand nombre dans ces quartiers-là.
04:13Donc le fonctionnement très concret de Quelbongoût, c'est que les gens passent commande en ligne quelques jours à l
04:19'avance, on envoie au producteur,
04:20on se charge de l'approvisionnement sur la partie logistique, et ensuite les consommateurs viennent retirer leur panier dans un
04:28de nos points de distribution.
04:29Et en fait pour nous l'enjeu effectivement d'être un circuit court, c'est de permettre vraiment de regagner
04:35une grosse part de la marge pour le producteur,
04:38et donc soutenir une agriculture locale, alternative, qui est sur des modes de production respectueux de l'environnement et des
04:46bêtes,
04:46et en même temps de lutter un peu contre l'alimentation à deux vitesses, où on a des personnes aisées
04:53qui peuvent se permettre d'acheter des produits de grande qualité,
04:55et puis des personnes avec des revenus plus modestes qui doivent se contenter de produits bas de gamme en supermarché,
05:03de type industriel.
05:05Donc on connaît les problèmes que ça peut poser en termes de malbouffe, etc.
05:10En tout cas, avec Abongo, c'est vraiment ces gens-là qu'on essaye de défendre et puis de concrétiser
05:15par un projet d'approvisionnement.
05:16Alors certes, on a une très petite échelle, mais je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument développer ces circuits
05:23courts dans toutes les régions de France,
05:25et y compris à Paris, pour essayer d'être plus autonome, effectivement, en termes de souveraineté alimentaire.
05:31Et on le voit dans des contextes de crise que l'enjeu est d'autant plus fort.
05:36Là, depuis dix jours, on a plus que doublé nos commandes par rapport au temps normal.
05:42Donc c'est énorme pour nos petites entreprises à gérer, évidemment.
05:47Aujourd'hui, on limite les commandes parce qu'on est incapable, on ne peut pas répondre à une demande qui
05:53est phénoménale aujourd'hui de la part des consommateurs.
05:57En fait, c'est assez logique puisque les Parisiens mangent beaucoup hors domicile.
06:02C'est à peu près 30% de leur budget alimentaire se fait hors domicile.
06:06Donc là, aujourd'hui, ils cuisinent, ils sont à la maison, ils achètent des produits bruts.
06:09Ensuite, les marchés ont fermé sur Paris.
06:11Donc ça, c'est aussi à Paris, les marchés sont très, très fréquentés.
06:14Donc c'est aussi un report de ces marchés qui ont fermé.
06:19Et en fait, aujourd'hui, nous, on se retrouve effectivement à sa libre demande
06:23parce que c'est rassurant, je pense, pour la population dans une situation comme ça un peu d'insécurité,
06:30de se dire au moins, je peux manger sain, je peux accéder à des produits de qualité, je connais leur
06:35provenance.
06:36C'est aussi une action militante de soutien aux producteurs français
06:39puisqu'on sait que beaucoup sont en difficulté du fait de la fermeture des cantines scolaires,
06:44des restaurants et des marchés de plein air.
06:47Donc en fait, aujourd'hui, pour nous, c'est une explosion de la demande.
06:50C'est énormément, énormément de commandes.
06:54Et évidemment, ce n'est pas hyper simple à gérer, comme vous pouvez vous en douter.
06:58Notre point fort, c'était quand même la logistique.
07:00Donc c'est vrai que ça, ça nous a permis de faire face à un fort accroissement de volume
07:05en s'appuyant sur notre logistique existante.
07:07qui nous permet aujourd'hui de remplir nos camions.
07:11On a un entrepôt dans lequel on peut monter quand même en volume pas mal.
07:16Par contre, évidemment, ce qui n'a été pas évident,
07:19ça a été de gérer, on va dire, toute la protection des salariés,
07:24c'est-à-dire comment on fait pour s'approvisionner en masque, en gel, en gants,
07:30sachant qu'on est dans un contexte de pénurie sur ces équipements-là.
07:33Donc ça a été très compliqué.
07:35Donc il faut rassurer, il faut mettre en place des procédures sanitaires
07:38en limitant le nombre de personnes qui peuvent rentrer dans nos magasins,
07:42en indiquant aux salariés les mesures sanitaires à prendre qu'on connaît aujourd'hui,
07:49mais qu'il faut arriver à intégrer dans le travail au quotidien,
07:52dans nos flux logistiques, etc., qui s'en trouvent du coup ralentis.
07:56Donc voilà, il fallait repenser des procès, faire des procédures sanitaires,
08:00protéger par un maximum d'équipements nos salariés,
08:04faire face aussi à des arrêts pour garde d'enfants, des arrêts maladie, etc.,
08:10donc une diminution aussi de nos effectifs.
08:13Donc voilà, aujourd'hui, on est sans arrêt en train d'embaucher des nouvelles personnes,
08:18en fait, pour faire face à cette demande importante.
08:23Donc ça, je pense que c'est les problèmes que rencontrent à peu près tous les distributeurs alimentaires aujourd'hui.
08:28Nous, on a les mêmes, évidemment, à notre échelle.

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