00:00La question de l'autonomie alimentaire des villes, elle est très importante si on essaye de réfléchir en termes de
00:07résilience des territoires, notamment en temps de crise.
00:10Les villes comme Paris sont ultra dépendantes de produits agricoles importés et je m'étais noté deux, trois chiffres.
00:17En fait, on sait aujourd'hui qu'il y a 98% de l'alimentation qui est composée de produits
00:24agricoles importés, alors que par ailleurs, la France en exporte 97%.
00:28Ça se voit effectivement très bien à l'échelle de Paris où en fait on a une autonomie alimentaire d
00:33'à peu près 2%, donc c'est extrêmement faible.
00:35Alors qu'en fait, on a quand même une production agricole locale qui est importante et qui pourrait être encore
00:42plus développée, mais sur lesquelles on ne s'appuie pas vraiment aujourd'hui.
00:46Il y a un vrai enjeu sur les circuits courts aujourd'hui qui consiste à essayer de réorienter l'agriculture
00:52locale vers les besoins locaux.
00:54Ça implique aussi de diversifier et de changer le type de production agricole.
00:58On ne peut plus être sur des grandes cultures, il faut être sur la production maraîchère, de la polyculture, etc.
01:04Donc il y a tout un changement très profond à faire dans notre mode de production agricole si on veut
01:10réorienter notre production vers l'approvisionnement des villes françaises.
01:14Et à l'échelle de Paris, c'est particulièrement le cas parce qu'évidemment, la population est extrêmement dense.
01:19Et du coup, je dirais que même le territoire agricole local ne suffirait probablement pas à couvrir à 100%.
01:26Mais il y a quand même un enjeu politique à un moment donné à travailler là-dessus et à essayer
01:31vraiment, encore une fois, de diminuer la dépendance de toutes les villes françaises par rapport à l'importation.
01:38Il y a évidemment un enjeu de recréer de l'emploi sur le territoire, de diminuer toute la pollution qui
01:46est liée au transport aujourd'hui et qui est évidemment une catastrophe dans un contexte d'économie comme ça mondialisé.
01:52Et puis aussi de regagner en qualité, en traçabilité des produits.
01:56Il y a aussi pour moi un fort enjeu de liens sociaux, c'est-à-dire comment on fait pour
02:00reconnecter les personnes qui produisent la nourriture avec celles qui les consomment.
02:05Comment on fait pour redonner une mission un peu concrète aux agriculteurs locaux qui est de nourrir le territoire et
02:13les habitants, leurs voisins en fait, de nourrir vraiment les gens qui habitent sur leur territoire.
02:19Je pense que ça montre aujourd'hui la grande utilité sociale des circuits comme le nôtre, des circuits courts en
02:24général et les changements politiques assez profonds qu'il va falloir faire peut-être post-crise pour rendre nos villes
02:32plus autonomes du point de vue alimentaire et agricole.
02:36Du coup, quel bon goût en fait, on est une entreprise de l'économie sociale et solidaire, on est né
02:41il y a 7 ans.
02:42On est un circuit court, c'est-à-dire qu'on est le seul intermédiaire entre les producteurs avec qui
02:46on travaille et les consommateurs finales.
02:49Et on a un double objectif social, d'une part qui est le soutien à des petites et moyennes exploitations
02:55locales qui sont situées aujourd'hui majoritairement en Picardie, donc à moins de 200 km de Paris.
03:02On les soutient en étant sur une rémunération juste, puisqu'on leur reverse 70% du prix de vente final.
03:10Et aussi parce qu'on prend en charge toute la partie logistique de la chaîne, c'est-à-dire qu
03:16'on se charge du transport, de la préparation des commandes, de la distribution au consommateur final.
03:21Et tout ça pour une marge qui reste très limitée et qui leur permet donc de récupérer la plupart des
03:28revenus de leurs produits.
03:30Côté consommateur, on a aussi un objectif social, c'est qu'on souhaite rendre accessible au plus grand nombre en
03:36milieu urbain des produits locaux de grande qualité.
03:41Donc qui sont à 50%, on propose de l'agriculture biologique, de l'élevage en plein air, des modes de
03:49production artisanaux pour des produits très frais, de très bonne qualité,
03:52mais à des prix vraiment accessibles au plus grand nombre. Donc on est en moyenne 15 à 20% moins
03:58cher que les supermarchés bio type Naturalia ou Biocop, pour donner un exemple.
04:04Donc on s'implante notamment dans des quartiers populaires, quartiers politiques de la ville, et on essaie vraiment de toucher
04:12le plus grand nombre dans ces quartiers-là.
04:13Donc le fonctionnement très concret de Quelbongoût, c'est que les gens passent commande en ligne quelques jours à l
04:19'avance, on envoie au producteur,
04:20on se charge de l'approvisionnement sur la partie logistique, et ensuite les consommateurs viennent retirer leur panier dans un
04:28de nos points de distribution.
04:29Et en fait pour nous l'enjeu effectivement d'être un circuit court, c'est de permettre vraiment de regagner
04:35une grosse part de la marge pour le producteur,
04:38et donc soutenir une agriculture locale, alternative, qui est sur des modes de production respectueux de l'environnement et des
04:46bêtes,
04:46et en même temps de lutter un peu contre l'alimentation à deux vitesses, où on a des personnes aisées
04:53qui peuvent se permettre d'acheter des produits de grande qualité,
04:55et puis des personnes avec des revenus plus modestes qui doivent se contenter de produits bas de gamme en supermarché,
05:03de type industriel.
05:05Donc on connaît les problèmes que ça peut poser en termes de malbouffe, etc.
05:10En tout cas, avec Abongo, c'est vraiment ces gens-là qu'on essaye de défendre et puis de concrétiser
05:15par un projet d'approvisionnement.
05:16Alors certes, on a une très petite échelle, mais je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument développer ces circuits
05:23courts dans toutes les régions de France,
05:25et y compris à Paris, pour essayer d'être plus autonome, effectivement, en termes de souveraineté alimentaire.
05:31Et on le voit dans des contextes de crise que l'enjeu est d'autant plus fort.
05:36Là, depuis dix jours, on a plus que doublé nos commandes par rapport au temps normal.
05:42Donc c'est énorme pour nos petites entreprises à gérer, évidemment.
05:47Aujourd'hui, on limite les commandes parce qu'on est incapable, on ne peut pas répondre à une demande qui
05:53est phénoménale aujourd'hui de la part des consommateurs.
05:57En fait, c'est assez logique puisque les Parisiens mangent beaucoup hors domicile.
06:02C'est à peu près 30% de leur budget alimentaire se fait hors domicile.
06:06Donc là, aujourd'hui, ils cuisinent, ils sont à la maison, ils achètent des produits bruts.
06:09Ensuite, les marchés ont fermé sur Paris.
06:11Donc ça, c'est aussi à Paris, les marchés sont très, très fréquentés.
06:14Donc c'est aussi un report de ces marchés qui ont fermé.
06:19Et en fait, aujourd'hui, nous, on se retrouve effectivement à sa libre demande
06:23parce que c'est rassurant, je pense, pour la population dans une situation comme ça un peu d'insécurité,
06:30de se dire au moins, je peux manger sain, je peux accéder à des produits de qualité, je connais leur
06:35provenance.
06:36C'est aussi une action militante de soutien aux producteurs français
06:39puisqu'on sait que beaucoup sont en difficulté du fait de la fermeture des cantines scolaires,
06:44des restaurants et des marchés de plein air.
06:47Donc en fait, aujourd'hui, pour nous, c'est une explosion de la demande.
06:50C'est énormément, énormément de commandes.
06:54Et évidemment, ce n'est pas hyper simple à gérer, comme vous pouvez vous en douter.
06:58Notre point fort, c'était quand même la logistique.
07:00Donc c'est vrai que ça, ça nous a permis de faire face à un fort accroissement de volume
07:05en s'appuyant sur notre logistique existante.
07:07qui nous permet aujourd'hui de remplir nos camions.
07:11On a un entrepôt dans lequel on peut monter quand même en volume pas mal.
07:16Par contre, évidemment, ce qui n'a été pas évident,
07:19ça a été de gérer, on va dire, toute la protection des salariés,
07:24c'est-à-dire comment on fait pour s'approvisionner en masque, en gel, en gants,
07:30sachant qu'on est dans un contexte de pénurie sur ces équipements-là.
07:33Donc ça a été très compliqué.
07:35Donc il faut rassurer, il faut mettre en place des procédures sanitaires
07:38en limitant le nombre de personnes qui peuvent rentrer dans nos magasins,
07:42en indiquant aux salariés les mesures sanitaires à prendre qu'on connaît aujourd'hui,
07:49mais qu'il faut arriver à intégrer dans le travail au quotidien,
07:52dans nos flux logistiques, etc., qui s'en trouvent du coup ralentis.
07:56Donc voilà, il fallait repenser des procès, faire des procédures sanitaires,
08:00protéger par un maximum d'équipements nos salariés,
08:04faire face aussi à des arrêts pour garde d'enfants, des arrêts maladie, etc.,
08:10donc une diminution aussi de nos effectifs.
08:13Donc voilà, aujourd'hui, on est sans arrêt en train d'embaucher des nouvelles personnes,
08:18en fait, pour faire face à cette demande importante.
08:23Donc ça, je pense que c'est les problèmes que rencontrent à peu près tous les distributeurs alimentaires aujourd'hui.
08:28Nous, on a les mêmes, évidemment, à notre échelle.