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  • il y a 2 jours
« Sachant que nous ne produisons plus nous mêmes notre nourriture, que nous n’avons pas de stock stratégique, avec des populations qui ne sont pas préparées, que se passerait-il en cas de pandémie grippale en France, si les frontières fermaient et que les échanges cessaient ? » Stephane Linou, conseiller départemental de l'Aude et auteur du livre "Résilience alimentaire et sécurité national", primé en 2019 au Forum d'information sur les risques majeurs, alerte sur la dépendance alimentaire de la France et les risques qui en découlent.

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Transcription
00:00L'agriculture française, elle est en fait perfusée de partout.
00:07C'est vrai qu'en macro, quand on est assis sur un bureau, on dit oui, mais non, pas de
00:13problème.
00:14L'agriculture française, elle produit plus que ce qu'elle consomme, elle exporte, tout ça, oui, oui, vu de loin.
00:21Mais si on regarde par territoire, l'autonomie alimentaire, par exemple des centres aires urbaines,
00:27en France, elle est de 2 %, c'est-à-dire que 2 % de ce qui est consommé dans
00:32les airs urbaines est produit dans le coin.
00:36Mais dans le même temps, 97 % de ce qui est produit dans le coin est envoyé ailleurs.
00:42Donc en fait, il y a des camions dans les deux sens.
00:46Donc en fait, on a une agriculture française qui est pétrodépendante,
00:50donc en fait, elle est dépendante de cette énergie magique que nous n'avons même pas sur place.
00:55Donc, pour la mécanisation, les produits phytosanitaires, les engrais, la transformation, la distribution, tout ça.
01:09Elle est dépendante également d'une perfusion qui est le phosphore.
01:14Donc on importe du phosphore du Moyen-Orient, du Maghreb, dans le Tunisie, au milieu de phosphore.
01:21Elle est perfusée également par la main-d'œuvre.
01:25Jusque-là, il n'y a que ceux qui s'intéressaient un peu au fonctionnement du monde agricole qui le
01:29savaient.
01:30Mais là, maintenant, on s'aperçoit que, en fait, l'agriculture française marche avec des bras étrangés.
01:40La réalité, elle est là.
01:43Et elle est également perfusée par les protéines végétales qu'on importe d'Amérique du Sud
01:49pour nourrir nos élevages et grandement dans l'ouest de la France.
01:52Ce n'est pas pour rien si beaucoup d'élevages industriels sont concentrés dans l'ouest de la France,
01:58c'est-à-dire à près des ports, là où le soja arrive massivement.
02:01Donc, en fait, comment on peut dire qu'un pays ou un secteur est autonome
02:07lorsqu'il est perfusé d'autant de choses ?
02:12C'est ça, le truc.
02:13Ce n'est pas pour être un rabat-joueur.
02:14C'est déjà faire une lecture froide de la situation,
02:19montrer les points de vulnérabilité
02:21et se poser et dire, bon, mais voilà,
02:23petit à petit, on va essayer de se rendre moins dépendant.
02:27Donc, ce n'est pas la haine de l'étranger.
02:29Ce n'est pas ça, pas du tout.
02:30Ce n'est pas la haine de l'étranger.
02:31Mais pour des questions de sécurité,
02:33pour des questions de besoin à satisfaire,
02:37il faut qu'on soit un minimum autonome.
02:40Et après, on pourra échanger au sujet des choses que l'on ne produit pas.
02:44Mais au moins, pour l'essentiel, il faut être adulte.
02:47Là, on n'est pas adulte.
02:48Alors, depuis que l'on n'achète plus à nos producteurs locaux,
02:54ou alors à des prix en dessous de leur coût de production,
02:58tel des muscles que l'on n'entretient plus,
03:01leur nombre a fondu.
03:03Donc, en fait, c'est pour ça qu'on n'a plus non plus
03:05de paysans autour de chez nous.
03:08Et on se retrouve avec des territoires
03:11qui sont un vide de paysans,
03:14donc sans infrastructures nourricières,
03:16ou alors lorsqu'il y en a,
03:17c'est trop spécialisé.
03:18Donc, en fait, le consommateur a un rôle énorme,
03:22puisque c'est à travers lui,
03:25et par lui, et pas que par lui,
03:27que l'on a quelque part aussi déménagé nos territoires.
03:31lorsqu'on achète des produits qui viennent de loin,
03:33on détruit des infrastructures nourricières localement,
03:37c'est-à-dire que les paysans, ils ne sont plus là.
03:39Au niveau de l'artisanat, c'est pareil.
03:41Au niveau des savoirs, c'est également pareil.
03:44Donc, le consommateur a sa responsabilité.
03:46Le citoyen également,
03:48en mettant son bulletin de vote,
03:50pour des partis qui sont trop dans le mondialisme,
03:55ou alors pour des partis qui se foutent un peu de la relocalisation,
04:01mais également les politiques publiques,
04:03ont également leur responsabilité,
04:05c'est-à-dire que signer des accords de libre-échange
04:09sur des produits que nous pouvons fabriquer localement,
04:13c'est le contraire d'une bonne politique de gestion des risques.
04:18Alors, je ne suis pas un tenancier d'une économie planifiée.
04:22Pas du tout.
04:23Par contre, sanctuariser certains secteurs,
04:27c'est-à-dire protéger le foncier nourricier,
04:31le protéger pour éviter qu'il soit,
04:33un, artificialisé,
04:34deux, vendu à des puissances étrangères,
04:37ou alors endommagé par des pratiques culturelles qui le dégradent,
04:41et bien ça, ça devrait être fortement encadré,
04:44voire interdit et relevé de la sécurité nationale.
04:49Et donc, ça devrait concerner l'ordre public et la sécurité nationale,
04:54le foncier nourricier,
04:57les paysans qui ne sont pas non plus protégés,
04:59et ni les exploitations agricoles.
05:01Donc là, on a un stress test visible par tout le monde
05:06et qui montre certaines vulnérabilités de nos systèmes.
05:11Donc, il faut prendre le temps que l'on a en mode confinement
05:16pour ceux qui ne sont pas en première ligne.
05:19Et bien, on doit au moins mettre la main à la patte
05:22et se poser pour réfléchir et préparer l'après.
05:27Il ne faut pas qu'on retombe dans les mêmes travers.
05:29Parce que là, il risque d'y avoir un deuxième coup de l'âme.
05:31S'il y avait, et comme je l'annonçais déjà depuis 2008,
05:35une pandémie grippale,
05:38prenons les six stades décrits par l'OMS,
05:43l'Organisation Mondiale de la Santé,
05:46s'il y avait une pandémie grippale,
05:47qu'est-ce qui se passerait ?
05:49Sachant que nous ne produisons plus nous-mêmes,
05:52en tant qu'individus, notre nourriture.
05:54Que nous n'avons plus autour de nous
05:57nos infrastructures nourricières,
05:59c'est-à-dire nos paysans.
06:01Je l'en ai laissé crever.
06:03Que nous nous fournissons pour plus de 80%
06:06de notre alimentation,
06:08à travers des grammes de surface.
06:10Qui n'ont que deux ou trois jours de stock,
06:12sans panique.
06:15Et même en milieu rural,
06:16on se fournit à travers les mêmes réseaux de distribution.
06:20Sachant qu'il n'y a pas de stock alimentaire
06:23dans les collectivités locales,
06:26et sachant non plus qu'il n'y a pas
06:27de stock alimentaire stratégique d'État.
06:30Avec des populations qui ne sont pas préparées,
06:34qui sont le mythe de la croissance infinie,
06:38du toujours plus.
06:41Sachant que ces populations,
06:43et même les élus et la technostructure,
06:45n'ont pas à ce que s'alimenter
06:46est une affaire réglée.
06:50Et que le marché trouvera bien une solution.
06:53Sachant que chacun croit que l'autre fait.
06:55C'est-à-dire, chacun croit que l'autre a un plan.
06:58Et que papa et État a un plan pour tout.
07:01Et sachant que les populations
07:02sont devenues intolérantes à la frustration.
07:05Qu'est-ce qui se passerait, sachant tout cela ?
07:07Qu'est-ce qui se passerait
07:08si les transports ne fonctionnaient plus ?
07:11Le vigile de supermarché serait débordé,
07:14par la pluie des gens.
07:16Qui ferait appel donc à la police municipale,
07:19qui serait débordée.
07:21Qui ferait appel à la police nationale,
07:23qui serait débordée.
07:24Qui ferait appel à la gendarmerie nationale,
07:27qui serait débordée.
07:28Et qui ferait appel au reste de l'armée,
07:31qui serait affaiblie.
07:33Donc en fait,
07:35le problème d'ordre systémique,
07:38avec des territoires
07:40non résilients,
07:41et avec des populations non préparées,
07:45et bien on arrive
07:46à des troubles à l'ordre public.
07:48Et à travers le continuum
07:50sécurité-défense,
07:51la sécurité nationale est concernée
07:54par l'ordre public.
07:55C'est ce que j'ai démontré
07:56dans mon livre enquête,
07:58qui a été primé
07:59au forum des risques majeurs.
08:01Et ça a intéressé
08:03donc Françoise Laborde,
08:04sénatrice de l'Auto-Garonne,
08:05qui m'a dit
08:06« Dès que ça sort,
08:07je promets d'en faire quelque chose »
08:09au Sénat.
08:10Elle a tenu parole
08:11et elle a déposé,
08:12donc elle a écrit au bureau
08:13du Sénat
08:17au mois de juillet
08:18ce projet de résolution
08:19qui a été débattu
08:22le 12 décembre dernier,
08:24publiquement au Sénat,
08:27et il n'a manqué
08:28que 16 voix
08:29pour que ça soit adopté.
08:3016 voix.
08:31Donc on a réussi
08:32à faire bouger des lignes.
08:33La question de la résilience alimentaire,
08:35c'est le cheval de croix idéal
08:37pour penser la résilience globale
08:39de nos territoires.
08:40Lorsque l'on comprend
08:40ce qui se passe
08:42par rapport à l'alimentation,
08:44on sera capable
08:45de comprendre
08:45les connexions
08:46qu'il y a avec elle,
08:47c'est-à-dire l'eau,
08:49la vie des sols,
08:51les flux,
08:52l'aménagement du territoire,
08:54la planification territoriale,
08:55le schéma d'urbanisme
08:57et tout ça.
08:58Donc en fait,
09:00à mon avis,
09:00il faut commencer
09:03par quelque chose
09:04que l'on comprend
09:05tous
09:06au-delà
09:07des distinctions politiques.
09:09Celui qui croyait au ciel
09:11et celui qui n'y croyait pas.
09:12C'est-à-dire que
09:13le monde agricole,
09:14une partie du monde agricole
09:16qui jusque-là
09:17ne voyait que l'exportation
09:19comme salut
09:23est en train réellement
09:25de comprendre
09:25qu'il peut faire autrement
09:30et un peu différemment.
09:31Donc j'en ai discuté
09:33également avec
09:34des responsables
09:36de la FNSEA
09:39et je peux vous dire
09:40qu'ils ne sont pas hostiles.
09:43Ils n'y sont pas hostiles.
09:45Donc tant mieux.
09:47Mais il y a
09:49un modèle agricole
09:50à faire évoluer
09:51en même temps.
09:53Moi, je suis pour
09:54justement faire une union sacrée
09:56de tous
09:57et de toutes
09:59en changeant,
10:00on va dire,
10:01en faisant évoluer
10:03le curseur
10:06et puis on y va.
10:07C'est l'occasion idéale
10:08de traiter
10:09quatre sujets
10:11en même temps.
10:12C'est-à-dire
10:13la question
10:14de la résilience alimentaire
10:15liée à la sécurité nationale
10:16comme on le porte
10:17avec la fénatrice
10:18Françoise Laborde.
10:20La nécessaire adaptation
10:22au réchauffement climatique
10:24parce que ça,
10:25c'est pire
10:26que le coronavirus.
10:28Réchauffement climatique.
10:30Les fonds normales
10:31de la biodiversité
10:34où là,
10:36on est mal.
10:38Et également
10:38la forte dépendance
10:40aux énergies faciles.
10:43Donc ces quatre
10:45sujets,
10:46c'est l'occasion rêvée
10:47de les traiter
10:48en même temps.
10:51Donc là,
10:51du coup,
10:55posé comme ça,
10:58il n'y a pas de raison
11:00que chacun,
11:01que certains
11:02ou certaines
11:04s'imaginent
11:05pouvoir faire
11:05comme d'habitude.
11:06Ce n'est pas possible.
11:07Ce n'est pas possible.
11:09Donc,
11:10ne gâchons pas
11:11cette crise.
11:12Servons-nous-en
11:13pour
11:16sortir plus fort
11:17déjà dans notre tête
11:18et dans nos organisations
11:20et avec tout le monde.
11:22il a responsabilisé
11:23le citoyen,
11:25le consommateur,
11:27les élus,
11:28les entreprises.
11:30Voilà quoi.
11:32Donc en fait,
11:32on est dans le même bateau.
11:34Donc,
11:34servons-nous-en
11:35pour travailler ensemble
11:37et en ordre de bataille
11:40pour traiter
11:41ces quatre sujets.
11:42Ces quatre sujets
11:43avant tôt.
11:44Voilà.
11:47Merci.
11:48Merci.
11:50Merci.
11:50Merci.
11:50Sous-titrage FR ?

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