00:00L'agriculture française, elle est en fait perfusée de partout.
00:07C'est vrai qu'en macro, quand on est assis sur un bureau, on dit oui, mais non, pas de
00:13problème.
00:14L'agriculture française, elle produit plus que ce qu'elle consomme, elle exporte, tout ça, oui, oui, vu de loin.
00:21Mais si on regarde par territoire, l'autonomie alimentaire, par exemple des centres aires urbaines,
00:27en France, elle est de 2 %, c'est-à-dire que 2 % de ce qui est consommé dans
00:32les airs urbaines est produit dans le coin.
00:36Mais dans le même temps, 97 % de ce qui est produit dans le coin est envoyé ailleurs.
00:42Donc en fait, il y a des camions dans les deux sens.
00:46Donc en fait, on a une agriculture française qui est pétrodépendante,
00:50donc en fait, elle est dépendante de cette énergie magique que nous n'avons même pas sur place.
00:55Donc, pour la mécanisation, les produits phytosanitaires, les engrais, la transformation, la distribution, tout ça.
01:09Elle est dépendante également d'une perfusion qui est le phosphore.
01:14Donc on importe du phosphore du Moyen-Orient, du Maghreb, dans le Tunisie, au milieu de phosphore.
01:21Elle est perfusée également par la main-d'œuvre.
01:25Jusque-là, il n'y a que ceux qui s'intéressaient un peu au fonctionnement du monde agricole qui le
01:29savaient.
01:30Mais là, maintenant, on s'aperçoit que, en fait, l'agriculture française marche avec des bras étrangés.
01:40La réalité, elle est là.
01:43Et elle est également perfusée par les protéines végétales qu'on importe d'Amérique du Sud
01:49pour nourrir nos élevages et grandement dans l'ouest de la France.
01:52Ce n'est pas pour rien si beaucoup d'élevages industriels sont concentrés dans l'ouest de la France,
01:58c'est-à-dire à près des ports, là où le soja arrive massivement.
02:01Donc, en fait, comment on peut dire qu'un pays ou un secteur est autonome
02:07lorsqu'il est perfusé d'autant de choses ?
02:12C'est ça, le truc.
02:13Ce n'est pas pour être un rabat-joueur.
02:14C'est déjà faire une lecture froide de la situation,
02:19montrer les points de vulnérabilité
02:21et se poser et dire, bon, mais voilà,
02:23petit à petit, on va essayer de se rendre moins dépendant.
02:27Donc, ce n'est pas la haine de l'étranger.
02:29Ce n'est pas ça, pas du tout.
02:30Ce n'est pas la haine de l'étranger.
02:31Mais pour des questions de sécurité,
02:33pour des questions de besoin à satisfaire,
02:37il faut qu'on soit un minimum autonome.
02:40Et après, on pourra échanger au sujet des choses que l'on ne produit pas.
02:44Mais au moins, pour l'essentiel, il faut être adulte.
02:47Là, on n'est pas adulte.
02:48Alors, depuis que l'on n'achète plus à nos producteurs locaux,
02:54ou alors à des prix en dessous de leur coût de production,
02:58tel des muscles que l'on n'entretient plus,
03:01leur nombre a fondu.
03:03Donc, en fait, c'est pour ça qu'on n'a plus non plus
03:05de paysans autour de chez nous.
03:08Et on se retrouve avec des territoires
03:11qui sont un vide de paysans,
03:14donc sans infrastructures nourricières,
03:16ou alors lorsqu'il y en a,
03:17c'est trop spécialisé.
03:18Donc, en fait, le consommateur a un rôle énorme,
03:22puisque c'est à travers lui,
03:25et par lui, et pas que par lui,
03:27que l'on a quelque part aussi déménagé nos territoires.
03:31lorsqu'on achète des produits qui viennent de loin,
03:33on détruit des infrastructures nourricières localement,
03:37c'est-à-dire que les paysans, ils ne sont plus là.
03:39Au niveau de l'artisanat, c'est pareil.
03:41Au niveau des savoirs, c'est également pareil.
03:44Donc, le consommateur a sa responsabilité.
03:46Le citoyen également,
03:48en mettant son bulletin de vote,
03:50pour des partis qui sont trop dans le mondialisme,
03:55ou alors pour des partis qui se foutent un peu de la relocalisation,
04:01mais également les politiques publiques,
04:03ont également leur responsabilité,
04:05c'est-à-dire que signer des accords de libre-échange
04:09sur des produits que nous pouvons fabriquer localement,
04:13c'est le contraire d'une bonne politique de gestion des risques.
04:18Alors, je ne suis pas un tenancier d'une économie planifiée.
04:22Pas du tout.
04:23Par contre, sanctuariser certains secteurs,
04:27c'est-à-dire protéger le foncier nourricier,
04:31le protéger pour éviter qu'il soit,
04:33un, artificialisé,
04:34deux, vendu à des puissances étrangères,
04:37ou alors endommagé par des pratiques culturelles qui le dégradent,
04:41et bien ça, ça devrait être fortement encadré,
04:44voire interdit et relevé de la sécurité nationale.
04:49Et donc, ça devrait concerner l'ordre public et la sécurité nationale,
04:54le foncier nourricier,
04:57les paysans qui ne sont pas non plus protégés,
04:59et ni les exploitations agricoles.
05:01Donc là, on a un stress test visible par tout le monde
05:06et qui montre certaines vulnérabilités de nos systèmes.
05:11Donc, il faut prendre le temps que l'on a en mode confinement
05:16pour ceux qui ne sont pas en première ligne.
05:19Et bien, on doit au moins mettre la main à la patte
05:22et se poser pour réfléchir et préparer l'après.
05:27Il ne faut pas qu'on retombe dans les mêmes travers.
05:29Parce que là, il risque d'y avoir un deuxième coup de l'âme.
05:31S'il y avait, et comme je l'annonçais déjà depuis 2008,
05:35une pandémie grippale,
05:38prenons les six stades décrits par l'OMS,
05:43l'Organisation Mondiale de la Santé,
05:46s'il y avait une pandémie grippale,
05:47qu'est-ce qui se passerait ?
05:49Sachant que nous ne produisons plus nous-mêmes,
05:52en tant qu'individus, notre nourriture.
05:54Que nous n'avons plus autour de nous
05:57nos infrastructures nourricières,
05:59c'est-à-dire nos paysans.
06:01Je l'en ai laissé crever.
06:03Que nous nous fournissons pour plus de 80%
06:06de notre alimentation,
06:08à travers des grammes de surface.
06:10Qui n'ont que deux ou trois jours de stock,
06:12sans panique.
06:15Et même en milieu rural,
06:16on se fournit à travers les mêmes réseaux de distribution.
06:20Sachant qu'il n'y a pas de stock alimentaire
06:23dans les collectivités locales,
06:26et sachant non plus qu'il n'y a pas
06:27de stock alimentaire stratégique d'État.
06:30Avec des populations qui ne sont pas préparées,
06:34qui sont le mythe de la croissance infinie,
06:38du toujours plus.
06:41Sachant que ces populations,
06:43et même les élus et la technostructure,
06:45n'ont pas à ce que s'alimenter
06:46est une affaire réglée.
06:50Et que le marché trouvera bien une solution.
06:53Sachant que chacun croit que l'autre fait.
06:55C'est-à-dire, chacun croit que l'autre a un plan.
06:58Et que papa et État a un plan pour tout.
07:01Et sachant que les populations
07:02sont devenues intolérantes à la frustration.
07:05Qu'est-ce qui se passerait, sachant tout cela ?
07:07Qu'est-ce qui se passerait
07:08si les transports ne fonctionnaient plus ?
07:11Le vigile de supermarché serait débordé,
07:14par la pluie des gens.
07:16Qui ferait appel donc à la police municipale,
07:19qui serait débordée.
07:21Qui ferait appel à la police nationale,
07:23qui serait débordée.
07:24Qui ferait appel à la gendarmerie nationale,
07:27qui serait débordée.
07:28Et qui ferait appel au reste de l'armée,
07:31qui serait affaiblie.
07:33Donc en fait,
07:35le problème d'ordre systémique,
07:38avec des territoires
07:40non résilients,
07:41et avec des populations non préparées,
07:45et bien on arrive
07:46à des troubles à l'ordre public.
07:48Et à travers le continuum
07:50sécurité-défense,
07:51la sécurité nationale est concernée
07:54par l'ordre public.
07:55C'est ce que j'ai démontré
07:56dans mon livre enquête,
07:58qui a été primé
07:59au forum des risques majeurs.
08:01Et ça a intéressé
08:03donc Françoise Laborde,
08:04sénatrice de l'Auto-Garonne,
08:05qui m'a dit
08:06« Dès que ça sort,
08:07je promets d'en faire quelque chose »
08:09au Sénat.
08:10Elle a tenu parole
08:11et elle a déposé,
08:12donc elle a écrit au bureau
08:13du Sénat
08:17au mois de juillet
08:18ce projet de résolution
08:19qui a été débattu
08:22le 12 décembre dernier,
08:24publiquement au Sénat,
08:27et il n'a manqué
08:28que 16 voix
08:29pour que ça soit adopté.
08:3016 voix.
08:31Donc on a réussi
08:32à faire bouger des lignes.
08:33La question de la résilience alimentaire,
08:35c'est le cheval de croix idéal
08:37pour penser la résilience globale
08:39de nos territoires.
08:40Lorsque l'on comprend
08:40ce qui se passe
08:42par rapport à l'alimentation,
08:44on sera capable
08:45de comprendre
08:45les connexions
08:46qu'il y a avec elle,
08:47c'est-à-dire l'eau,
08:49la vie des sols,
08:51les flux,
08:52l'aménagement du territoire,
08:54la planification territoriale,
08:55le schéma d'urbanisme
08:57et tout ça.
08:58Donc en fait,
09:00à mon avis,
09:00il faut commencer
09:03par quelque chose
09:04que l'on comprend
09:05tous
09:06au-delà
09:07des distinctions politiques.
09:09Celui qui croyait au ciel
09:11et celui qui n'y croyait pas.
09:12C'est-à-dire que
09:13le monde agricole,
09:14une partie du monde agricole
09:16qui jusque-là
09:17ne voyait que l'exportation
09:19comme salut
09:23est en train réellement
09:25de comprendre
09:25qu'il peut faire autrement
09:30et un peu différemment.
09:31Donc j'en ai discuté
09:33également avec
09:34des responsables
09:36de la FNSEA
09:39et je peux vous dire
09:40qu'ils ne sont pas hostiles.
09:43Ils n'y sont pas hostiles.
09:45Donc tant mieux.
09:47Mais il y a
09:49un modèle agricole
09:50à faire évoluer
09:51en même temps.
09:53Moi, je suis pour
09:54justement faire une union sacrée
09:56de tous
09:57et de toutes
09:59en changeant,
10:00on va dire,
10:01en faisant évoluer
10:03le curseur
10:06et puis on y va.
10:07C'est l'occasion idéale
10:08de traiter
10:09quatre sujets
10:11en même temps.
10:12C'est-à-dire
10:13la question
10:14de la résilience alimentaire
10:15liée à la sécurité nationale
10:16comme on le porte
10:17avec la fénatrice
10:18Françoise Laborde.
10:20La nécessaire adaptation
10:22au réchauffement climatique
10:24parce que ça,
10:25c'est pire
10:26que le coronavirus.
10:28Réchauffement climatique.
10:30Les fonds normales
10:31de la biodiversité
10:34où là,
10:36on est mal.
10:38Et également
10:38la forte dépendance
10:40aux énergies faciles.
10:43Donc ces quatre
10:45sujets,
10:46c'est l'occasion rêvée
10:47de les traiter
10:48en même temps.
10:51Donc là,
10:51du coup,
10:55posé comme ça,
10:58il n'y a pas de raison
11:00que chacun,
11:01que certains
11:02ou certaines
11:04s'imaginent
11:05pouvoir faire
11:05comme d'habitude.
11:06Ce n'est pas possible.
11:07Ce n'est pas possible.
11:09Donc,
11:10ne gâchons pas
11:11cette crise.
11:12Servons-nous-en
11:13pour
11:16sortir plus fort
11:17déjà dans notre tête
11:18et dans nos organisations
11:20et avec tout le monde.
11:22il a responsabilisé
11:23le citoyen,
11:25le consommateur,
11:27les élus,
11:28les entreprises.
11:30Voilà quoi.
11:32Donc en fait,
11:32on est dans le même bateau.
11:34Donc,
11:34servons-nous-en
11:35pour travailler ensemble
11:37et en ordre de bataille
11:40pour traiter
11:41ces quatre sujets.
11:42Ces quatre sujets
11:43avant tôt.
11:44Voilà.
11:47Merci.
11:48Merci.
11:50Merci.
11:50Merci.
11:50Sous-titrage FR ?