- il y a 5 heures
Il y a 10 ans, les Forces démocratiques Syriennes (FDS) aidées par la Coalition internationale, dont faisait notamment partie la France, ont repoussé l’Organisation Etat Islamique (OEI, aussi appelée Daesh) de la ville stratégique de Kobané. Frontalière avec la Turquie, située dans le nord de la Syrie, cette ville restera le théâtre de combats cruciaux contre l’organisation terroriste qui tombera 4 ans plus tard, en 2019. Les images des femmes combattantes kurdes des YPJ, cette unité militaire exclusivement composée de femmes, avait fait le tour du monde et suscité l'admiration.
10 ans plus tard, le 26 janvier 2025, Kobané célèbre l’anniversaire de sa libération, mais pleure encore ses morts. Cette fois, l'agresseur est la Turquie d’Erdogan qui bombarde depuis le ciel avec ses drones militaires dans une totale impunité, et un silence médiatique et politique. Les victimes civiles sont nombreuses et régulières, comme en témoigne le reportage de Chloé Troadec à Kobané, en Une de l’Humanité le 30 janvier.
Pour faire le point sur la situation, notre envoyé spécial Cemil Sanli s’est rendu sur place plusieurs jours fin janvier pour l’émission Ça Ira !
Le replay intégral de l'épisode 3 de "ÇA IRA !" est disponible ici : https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/ian-brossat/lintegrale-de-notre-emission-twitch-avec-ian-brossat-mistermv-et-jarmou
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10 ans plus tard, le 26 janvier 2025, Kobané célèbre l’anniversaire de sa libération, mais pleure encore ses morts. Cette fois, l'agresseur est la Turquie d’Erdogan qui bombarde depuis le ciel avec ses drones militaires dans une totale impunité, et un silence médiatique et politique. Les victimes civiles sont nombreuses et régulières, comme en témoigne le reportage de Chloé Troadec à Kobané, en Une de l’Humanité le 30 janvier.
Pour faire le point sur la situation, notre envoyé spécial Cemil Sanli s’est rendu sur place plusieurs jours fin janvier pour l’émission Ça Ira !
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NewsTranscription
00:00C'est le moment de retrouver notre confrère, le journaliste Jemil Sanli,
00:03pour ses reportages mêlant actualité et questions directes aux décideurs concernés.
00:09C'est l'heure de Contrechamp.
00:19Salut Jemil, bienvenue sur le plateau.
00:21Salut vous trois, et vous aussi, plaisir de vous retrouver.
00:24Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus, Jemil, ça fait plaisir de te revoir.
00:27C'est vrai, plaisir partagé.
00:27Et oui, tu rentres d'un sacré voyage, tu étais en reportage dans le nord-est syrien ces derniers jours.
00:33Tu as rapporté beaucoup d'images assez inédites.
00:37C'est vrai, je suis rentré hier après-midi, donc je suis un peu fatigué, désolé d'avance pour ces
00:42visages
00:42et peut-être des bugs de voix, on ne sait pas.
00:44Mais oui, je suis rentré avec des images montées ce matin et hier soir.
00:50Je suis content de vous les présenter là depuis des instants.
00:53En tout cas, je ne pourrais pas tout vous montrer.
00:54Il y a eu des choses très difficiles à voir et puis aussi un peu, j'allais dire,
00:59beaucoup d'émotions, notamment à Raqqa, quand je suis passé sur la fameuse place
01:06où on pendait, les personnes, les Daesh pendait des gens,
01:09où jetaient des homosexuels, vous vous souvenez de ces images-là,
01:13par-dessus d'un immeuble, de passer là, c'était quand même quelque chose.
01:16Mais voilà, donc le contexte est le suivant.
01:18Il y a dix ans, à Kobané, Kobané, cette petite ville du nord de la Syrie,
01:21frontalière avec la Turquie, restera le théâtre des actes héroïques,
01:25des forces démocratiques syriennes, les FDS.
01:27Et souvenez-vous des YPG, cette unité militaire kurde exclusivement composée de femmes
01:32que le monde entier avait applaudi contre l'organisation d'État islamique,
01:36aussi appelée Daesh, au lendemain de la fin de Daesh.
01:39Les populations de cette partie de la Syrie, connues sous le nom de Rojava,
01:43ont créé l'AANES.
01:44L'AANES, c'est l'administration autonome du nord-est syrien.
01:47Un projet politique, démocratique et féministe, unique dans une région du monde,
01:51dominée, si vous êtes un peu doué en géographie, par les autoritarismes.
01:55Mais du coup, on espère que ça va mieux pour eux ?
01:58Alors c'est ce qu'on pourrait croire, c'est l'idée reçue qu'on peut avoir
02:02depuis la chute de l'organisation d'État islamique.
02:04Mais en réalité, cette région du monde est toujours en guerre, en zone rouge.
02:08Depuis 2016, la Turquie d'Erdogan a lancé plusieurs opérations militaires en Syrie
02:12pour officiellement repousser Daesh, mais surtout pour affaiblir les forces kurdes
02:17des YPG qu'elle considère comme terroristes.
02:20Elle contrôle du coup la Turquie, aujourd'hui plusieurs zones du nord de la Syrie,
02:23comme la ville d'Afrine, située sur la carte que vous voyez près d'Alep,
02:26un peu au-dessus d'Alep, via des milices pro-turques,
02:29y menant une politique de turquisation et de déplacement forcé des populations kurdes et arabes.
02:33On en reparlera un peu plus tard.
02:35Ces populations qui ont migré vers la zone du coup jaune, qu'on voit sur la carte aussi.
02:39Alors la chute de Bachar el-Assad et l'arrivée de l'islamiste de HTC Ahmed Al-Shara
02:45ont rebattu les cartes.
02:47D'ailleurs, ça s'est tombé il y a quelques minutes,
02:50mais Al-Shara a été officiellement nommé président en ce moment du pays.
02:55Alors ça a poussé du coup les milices islamistes et pro-turques à attaquer les positions des FDS
03:00qui protègent le Rojava, notamment la vallée du fleuve Euphrate,
03:05qu'on a vu sur la carte précédente, frontière naturelle entre eux,
03:07autour du barrage de Tichrine, dont on parlera plus tard.
03:10Donc t'as dit Ahmed Al-Shara, c'est le nouveau dirigeant de fait de la Syrie.
03:14Oui, de fait, puisque non élu.
03:17Mais à la tête du pays, comme je viens de le dire,
03:20et surtout d'HTC, un groupe rebelle et islamiste et djihadiste,
03:24c'est lui d'ailleurs, Al-Shara, que notre ministre des Affaires étrangères,
03:27Jean-Noël Barraud, a rencontré début janvier,
03:29donc en Syrie, à Damas, Barraud comme beaucoup d'autres d'Occident,
03:33misant sur sa bonne volonté pour mener une transition politique
03:36dans l'intérêt de tous les Syriens et les Syriennes, notamment les Kurdes.
03:40Alors à Raqqa, j'ai demandé à Hassan Koshère,
03:43vice-président du conseil exécutif de l'ANES, dont je vous parlais juste avant,
03:46de réagir à cela.
03:48Le régime qui gouvernait depuis 50 ans
03:52ne reconnaissait pas l'existence des Kurdes.
03:56Même la langue kurde était interdite.
04:01Il y a eu beaucoup de jeunes, des gens sont tombés martyrs.
04:04C'était un régime nationaliste.
04:06Notre but est de garantir les droits du peuple kurde,
04:12mais aussi ceux des autres composantes ethniques dans la nouvelle constitution.
04:17En d'autres termes, il faut que le nouveau gouvernement soit composé de cette manière.
04:22Si le futur gouvernement est central,
04:26s'il ne reconnaît pas les droits des peuples,
04:28la diversité culturelle, les droits de la femme,
04:31il n'y aura pas de chance de réussite.
04:33– En somme, le Rojaba, ou l'ANES,
04:37est pris en étau entre l'agression turque au nord
04:39et l'incertitude du nouveau pouvoir de Damas au sud.
04:42– Et la position française dans tout ça ?
04:44– La France a fait partie de la coalition internationale
04:47soutenant les FDS, les forces démocratiques syriennes, contre Daesh.
04:50Aujourd'hui, elle est claire et constante, à travers M. Macron,
04:52sur sa reconnaissance, sa dette, pour citer le président français,
04:56aux Kurdes, pour avoir vaincu Daesh.
04:58Mais face à l'ingérence et aux crimes turcs,
05:00elle se tait, la France.
05:01Quelques jours avant de partir en Syrie,
05:03il y a donc une semaine,
05:04je suis allé au ministère des Affaires étrangères à Paris
05:07pour rappeler la date anniversaire des 10 ans de la libération de Khomeini.
05:09C'était le 26 janvier 2015, donc c'était il y a deux jours.
05:13Et notre dette, donc, française,
05:15est posée la question qui nous intéresse aujourd'hui
05:17au porte-parole du ministère.
05:18Écoutez.
05:19– Comment la France justifie-t-elle la différence
05:22entre son soutien affiché officiellement aux Kurdes de Syrie,
05:26on l'a vu pour les raisons,
05:27et son silence face aux pressions ésotacs turcs
05:30sur ces mêmes Kurdes de Syrie ?
05:31– Merci pour cette question.
05:34Aujourd'hui, il y a en Syrie, suite à la chute de Bachar el-Assad,
05:38un processus de transition politique,
05:41et nous avons l'impression,
05:43et nous espérons que les autorités de transition
05:45aboutiront à un système qui soit vraiment inclusif.
05:48Sur le deuxième aspect de votre question,
05:50nous sommes en lien avec les autorités turques,
05:53de manière assez régulière.
05:54Ce que nous demandons aux Turcs,
05:55c'est justement de favoriser une désescalade,
05:57de cesser cette situation conflictuelle,
06:00et de trouver un modus indi qui convienne à toutes les parties.
06:04Mais en disant cela, en fait,
06:05on renvoie aussi à la première question,
06:07qui est une question de transition politique.
06:08C'est-à-dire que la transition politique qui est à l'œuvre actuellement à Damas,
06:12doit couvrir l'ensemble du territoire syrien,
06:15et encore une fois, l'ensemble des composantes de la société syrienne.
06:19– Bon alors, on ne comprend pas grand-chose,
06:20on comprend juste qu'il marche sur des œufs,
06:22et il ne répond pas à ta question sur le silence français face aux attaques turques.
06:26– Oui, très précisément.
06:27Et encore, j'ai condensé sa réponse en quelques secondes,
06:30alors qu'elle durait plus de 2 minutes 30,
06:31sans rien dire de plus.
06:32Ou alors, si justement, elle racontait, plus qu'un malaise,
06:36plus qu'une ambiguïté française,
06:38la position inconfortable de la France qui joue sur deux tableaux,
06:41tenir un discours qu'on entend,
06:43qui est bienvenu, de soutien aux Kurdes syriens sur le terrain anti-Daesh,
06:46tout en imposant un silence assourdissant à chaque exaction turque
06:50sur cette même population alliée.
06:51Un en même temps qui passe là-bas inaperçu sur place.
06:54Alors là-bas, j'ai discuté avec des gens,
06:56même des soldats, qui me disaient apprécier Emmanuel Macron,
06:59vraiment, n'ayant connaissance que des paroles symboliques,
07:02très médiatiques, car rares sont les chefs d'État
07:04à exprimer un quelconque soutien pour eux.
07:06Le 6 janvier dernier, à la conférence d'ambassadeurs et ambassadrices,
07:10Emmanuel Macron a encore déclaré, resté, je cite,
07:13« fidèle à nos alliés dans la lutte contre l'État islamique ».
07:16Il parlait là des FDS et des Kurdes qu'il a nommés dans son discours,
07:20mais pas un mot dans son discours sur l'agresseur turc,
07:23qui est pourtant au cœur du problème pour ces mêmes populations.
07:26Alors, lors de mon passage à Kobané,
07:28j'ai pu visiter le cimetière des martyrs,
07:31c'est-à-dire des victimes de Daesh,
07:32mais aussi de ceux tués par les forces pro-turques.
07:36Des tombes encore fraîches,
07:37pour beaucoup tant les victimes s'accumulent,
07:39comme vous le voyez sur ces images,
07:40que j'ai pu tourner là-bas il y a trois jours.
07:42Écoutez Ahmed Yehya,
07:44vice-président de l'Assemblée exécutive du canton de l'Euphrate,
07:47dont la ville de Kobané fait partie.
07:49C'est avec l'interprétation en français par Chloé Troadek.
07:53Pourquoi c'est important pour vous d'être là, aujourd'hui, dans ce cimetière ?
07:58Cet endroit, c'est un endroit qui est très important pour nous,
08:00qui a beaucoup de valeur,
08:01parce que ce sont nos enfants qui sont enterrés ici.
08:05C'est notre douleur qui est enterré ici,
08:07nos enfants, notre sang.
08:10Qu'est-ce que vous pouvez attendre de la communauté internationale,
08:12ou peut-être même de notre pays, la France,
08:14pour que tout ceci puisse s'arrêter le plus rapidement possible ?
08:18Ce qu'on veut de la part des états internationaux,
08:23c'est qu'ils se solidarisent avec le peuple kurde,
08:28et particulièrement un pays comme la France.
08:33La France, ce qu'on veut d'elle,
08:35c'est qu'elle arrête la guerre qui a lieu contre nous.
08:38Aujourd'hui, c'est la Turquie qui nous attaque.
08:42On veut qu'ils arrêtent cette guerre,
08:43et enfin qu'ils soutiennent les Kurdes.
08:46Et enfin, qu'ils soutiennent les Kurdes,
08:48me dit-il donc, en parlant de la France.
08:50Ça n'a peut-être l'air de rien comme ça,
08:51mais c'est une critique rare et forte
08:53de la position active de la France.
08:55Car, je le disais ainsi,
08:56les mots et les discours sont très importants.
08:58Ce sont les actes qui sont attendus en fin de parcours,
09:01du concret, pour arrêter le massacre
09:03de ceux et de celles qui étaient nos alliés hier contre Daesh.
09:06Hier, je le dis, mais encore aujourd'hui.
09:08En fait, car la réalité a changé,
09:10mais elle continue d'avancer.
09:11Daesh, certes, n'a plus de pouvoir,
09:13n'a plus de territoire,
09:14mais a encore des cellules dites dormantes,
09:17mais en fait clandestines,
09:18qui frappent encore à plusieurs endroits
09:19et qui menacent les populations.
09:21Face à eux, ce sont encore les FDS
09:23qui se battent et qui font barrage.
09:25Et on sait qu'il reste des Français là-bas.
09:27Oui, il reste des Français.
09:28Même si les ex-jihadistes français
09:29ont été rapatriés et jugés en France
09:31pour association de malfaiteurs terroristes,
09:34il reste environ 200 Français sur place.
09:36Toujours aux porte-parole du ministre des Affaires étrangères en France,
09:39nous avons abordé cette question.
09:41Encore une fois, il s'agit de gens qui ont décidé d'eux-mêmes
09:44de partir en Syrie et de combattre aux côtés de Daesh.
09:48Selon nous, ils doivent être aujourd'hui jugés
09:51au plus proche de là où ils ont commis leurs crimes.
09:55Et cela, c'est un principe sur lequel nous avons toujours été constants.
10:00Il doit y avoir une justice,
10:01et cette justice doit se faire là où se sont commis les faits.
10:06Et quelques jours plus tard,
10:08Djemil, tu as pu te rendre directement sur place
10:11dans un camp aux abords de la ville d'Ahloul.
10:13Exactement.
10:13Comme vous le voyez sur ces images,
10:15j'ai pu filmer ce camp au sol et dans les airs.
10:18Chose inédite avec un drone.
10:19Un camp très complexe car abritant des populations diverses.
10:22Autant des réfugiés, notamment irakiens,
10:25fuyant Daesh, que des ex-jihadistes
10:27faisant encore allégeance à l'organisation terroriste.
10:30Ce camp qui abrite 39 000 personnes,
10:32dont beaucoup d'enfants,
10:33est donc divisé en plusieurs sections.
10:35Certaines ouvertes, d'autres fermées.
10:37J'ai pu poser mes questions à la co-responsable du camp,
10:41Djihan Khalil.
10:43Pour les personnes détenues françaises,
10:45qu'est-ce qu'ils bloquent aujourd'hui
10:46pour effectuer leur départ vers la France ?
10:49Il faut demander ça à l'État français,
10:52à son gouvernement.
10:56Vous disiez juste avant pour les étrangers,
10:58c'est aux pays étrangers en question
11:00de juger, de rapatrier et juger les ressentissants.
11:03Nous avons posé la question
11:04au ministère des Affaires étrangères français.
11:06Et celui-ci dit l'inverse.
11:08Les personnes doivent être jugées ici.
11:10Est-ce que c'est une association
11:11qui est vouée à être jugée pour un moment ?
11:14Très bien.
11:15Si eux, ils disent qu'ils doivent être jugés ici,
11:18qu'ils nous en donnent les moyens
11:20pour organiser un tribunal.
11:22Dans ce cas-là, oui, on pourra les juger ici.
11:28Mais pendant très longtemps,
11:29nous disions vouloir faire un tribunal international
11:31et personne ne nous a jamais soutenus là-dessus.
11:34Le camp d'Al-Hol semble alors apparaître
11:37comme une bombe à retardement.
11:39Beaucoup d'enfants, j'ai dit tout à l'heure,
11:40dans l'angle mort du champ de vision
11:41de la communauté internationale.
11:43Une charge laissée sur les bras
11:45des autorités du Rojava
11:45qui ont pourtant d'autres préoccupations urgentes.
11:48Djihan Khalil, ici, que vous avez vu,
11:49nous rappelait à ce moment-là
11:50que la Turquie les attaque, encore une fois,
11:52et que cela complique la gestion du camp
11:54régulièrement lui-même attaqué
11:56par les cellules de Daesh
11:57pour y libérer ses soutiens.
11:58Mais du coup, tu rappelles les attaques de la Turquie.
12:00Où sont-elles concentrées ?
12:02Eh bien, dans la vallée de l'Euphrate,
12:03dont on parlait un peu plus tôt.
12:04Ce fleuve qui marque la frontière naturelle
12:07entre les territoires contrôlés
12:08par les forces kurdes à l'est
12:10et les pro-turcs à l'ouest.
12:12Mais c'est plus précisément sur le barrage de Tichrine,
12:14sur ce fleuve, donc,
12:15à cet endroit précis que se concentrent
12:17toutes les convoitises
12:18depuis la chute de Bachar al-Assad.
12:20Au-delà de l'intérêt de l'eau, manifestement,
12:22mais aussi de l'aspect énergétique et électrique,
12:25si le barrage tombe aux mains des milices islamistes,
12:27là où il est situé,
12:28il faut voir la carte pour comprendre,
12:29et pro-turc, c'est la ville de Kobané
12:31qui sera menacée d'être isolée
12:33et peut-être d'être prise par la Turquie
12:34comme l'a été celle de la ville d'Efrine en 2018.
12:38Écoutez, Rodjilat Afrin, justement,
12:40la commandante des YPJ,
12:41cette organisation militaire kurde
12:43composée exclusivement de femmes,
12:44et membre des FDS.
12:47Il faut que vous sachiez
12:48que tous ces massacres
12:50ont été commis ces derniers jours
12:52contre nos civils,
12:54les civils qui sont allés se rendre
12:55sur le barrage pour le protéger.
12:57C'est des massacres
12:58qui sont totalement contraires
12:59aux droits internationaux
13:00et que vous devez le faire savoir.
13:04Nos camarades, le front,
13:05il est à 10 km du barrage.
13:07Le front, il n'est pas sur le barrage.
13:08Quand les gens vont sur le barrage,
13:11c'est pour protéger le barrage
13:12en tant qu'infrastructure civile,
13:13pas pour protéger le front
13:14ou faire quoi que ce soit.
13:16On comprend alors
13:16que les milices pro-turcs
13:18attaquent délibérément
13:20des civils syriens.
13:21Mais hier,
13:22une étape de plus
13:22a été franchie.
13:23Pour la première fois,
13:24c'est le marché aux légumes
13:26de Saharine,
13:27une ville dans la vallée de l'Eufrat,
13:28à 40 km au sud de Kobané,
13:30donc non loin de cette zone-là,
13:31où je suis passé il y a trois jours,
13:33qui a été visé par des drones turcs.
13:35Aucune installation stratégique
13:37à ce moment-là,
13:37ici, ni militaire,
13:39ni demeure,
13:39juste des civils.
13:40Une consoeur sur place
13:41a pu voir la prise en charge
13:43des blessés
13:44à l'hôpital de Kobané.
13:45Le bilan est de 12 tués,
13:47à l'heure où on vous le dit,
13:49et de 20 blessés au minimum,
13:50dont des femmes et des enfants.
13:52L'un d'eux de ces enfants
13:53a été admis,
13:54me racontait-elle,
13:54à ce moment-là,
13:54à l'hôpital de Kobané,
13:55avec le bras arraché.
13:57Je ne sais pas
13:57s'il est encore vivant ou pas,
13:58c'est vraiment en ce moment
13:59que ça se passe.
14:00Aujourd'hui, c'est Kobané
14:01qui a été,
14:01aujourd'hui, ce jour,
14:02a été frappé en pleine ville,
14:04proche de la frontière turque.
14:05Le bilan provisoire,
14:06cette fois,
14:07est deux personnes tuées,
14:08notamment Azad Ali Mahmoud,
14:10qui, lui, est connu
14:11pour être un fervent défenseur
14:12de la cause kurde.
14:14Alors, plus d'infos
14:14sur ce point,
14:15sur tout ça,
14:16dans les colonnes de l'UMA,
14:16en lisant le papier
14:17de Chloé Troadec
14:18et Angéline Dedevise,
14:20nos contacts sur place.
14:21– Mais du coup,
14:22il y a les blessés
14:22qui ont été tués,
14:23et puis il y a aussi
14:24tous les déplacés.
14:24– Il y a aussi
14:25tous les déplacés,
14:26effectivement.
14:27On parlait un peu plus tôt
14:27dans cette chronique d'Afrin.
14:29Alors, j'ai rencontré
14:30Evin Hamed,
14:32qui est une femme
14:33qui a été chassée
14:34de cette ville,
14:34elle est originaire d'Afrin,
14:35donc par les forces turques,
14:37vers Shabat,
14:38une autre ville,
14:39un peu plus loin,
14:40puis, avec beaucoup d'autres,
14:41chassée de nouveau.
14:42Alors, on a pu l'interviewer
14:43dans un refuge installé
14:44dans une école de Raqqa.
14:46Écoutez.
14:46– Car lorsque nous avons
14:55quitté Afrin,
14:55il n'y avait personne
14:56sur notre route,
14:57il y avait un couloir
14:58humanitaire ouvert
14:59pour sortir,
15:00alors qu'à Shabat,
15:01nous sommes partis,
15:02encerclés par l'ennemi.
15:04Nous étions menacés
15:05en permanence,
15:06nous ne pensions pas
15:07sortir vivants.
15:09Beaucoup de monde
15:10était avec nous sur la route,
15:11des gens,
15:11ils sont morts,
15:13il y a eu des enfants
15:14qui sont nés
15:14sur le chemin aussi.
15:16Et ce que nous avons vécu
15:17était très dur.
15:19Ces réfugiés sont donc logés,
15:22soignés, protégés
15:23par la NES,
15:24les autorités locales.
15:25Certains ont même pu
15:26trouver un travail,
15:27mais la situation
15:27est toujours précaire.
15:32Notre souhait,
15:33avant tout,
15:34est de retourner chez nous.
15:35C'est notre seul but.
15:38Maintenant,
15:39si le retour à Afrin
15:40n'est pas possible,
15:41avec une garantie internationale,
15:44nous voudrons être installés
15:45dans des maisons
15:46avec des conditions meilleures.
15:49On ne peut pas vivre
15:50dans des tentes
15:53et des écoles.
15:54Ce n'est pas une vie
15:55que de rester dans des écoles.
15:57C'est ça,
15:58notre souhait.
16:00Mais face à ces ingérences turques,
16:02la France ne dit rien.
16:04Voilà,
16:04donc effectivement,
16:05même si le porte-parole
16:06du Quiddorcey nous dit
16:07que c'est un sujet
16:08discuté en coulisses,
16:09comme on l'a entendu tout à l'heure,
16:10officiellement,
16:10la France ne réagit
16:11tout simplement pas.
16:12La présence de la Turquie
16:13dans l'OTAN
16:14explique en partie la chose,
16:15mais la Turquie est aussi
16:16un allié commercial
16:17et sécuritaire important.
16:19Longtemps,
16:20elle a usé,
16:20vous le savez,
16:20du chantage sur le terrain
16:21de l'immigration,
16:22notamment syrienne,
16:23vers l'Union européenne
16:24pour obtenir un rapport de force.
16:26Mais ce qui contient encore
16:27la Turquie
16:27de complètement envahir
16:28et écraser les populations locales,
16:30c'est une présence militaire
16:30des États-Unis,
16:32bien que partiellement retirée
16:33en 2019.
16:34Ce qui a permis à ce moment-là
16:35d'ailleurs aux Russes,
16:36alliés du régime dictatorial
16:38de Bachar al-Assad,
16:39de s'établir à plusieurs endroits.
16:41À l'époque,
16:41j'ai pu d'ailleurs voir
16:42une de leurs bases
16:43à Kamishlo,
16:44par exemple,
16:44à frontière turque.
16:45On a d'ailleurs appris ce matin
16:46que deux hauts responsables russes
16:48ont été reçus à Damas,
16:49une première
16:50depuis la chute d'Al-Assad.
16:52Le sort des deux bases militaires russes
16:54est alors en jeu.
16:55Mais si la France
16:56ne dit rien
16:57sur le sujet
16:57de l'ingérence turque,
16:59la gauche française
17:00marque, elle,
17:01un fort soutien.
17:02Une délégation
17:04représentant le NFP
17:05composée de parlementaires,
17:07d'Annelette Simonnet,
17:08du groupe écologiste
17:09Thomas Porte,
17:10on l'a vu,
17:10de la France insoumise,
17:11mais aussi la communiste
17:12Lamia Kirouani
17:14du Val-de-Marne,
17:15Geneviève Garregos,
17:16Jérôme Gleize,
17:17tous deux conseillers PS
17:18à la Ville de Paris
17:19et Dylan Boutifla,
17:20secrétaire international
17:21du Parti Socialiste,
17:24ont fait le voyage
17:25pour soutenir
17:26la NS et les populations.
17:27Je les ai interrogés
17:28dans un bus
17:29sur leur retour
17:29vers la frontière irakienne.
17:32Et en fait,
17:33on a la volonté
17:34de briser le silence
17:36médiatique et politique
17:37international
17:37qu'il peut y avoir
17:38sur la situation.
17:39Tout le monde a l'air
17:41de penser que
17:41depuis la chute
17:42de Bachar el-Assad,
17:43c'est la paix
17:43et tout va bien ici.
17:44Enfin, non.
17:45Il y a en plus
17:46la nécessité que
17:47le Rojava,
17:48la NS se fasse entendre
17:50du gouvernement syrien
17:52dans le processus
17:53de négociation
17:54d'une nouvelle constitution.
17:55Par rapport à la France,
17:56qu'est-ce que la France
17:56peut faire pour aider ?
17:57On peut mettre en corrélation
17:58ses propos et ses actes.
18:00On est aussi venu ici
18:01à la fois témoigner
18:02de notre soutien
18:02mais pour revenir en France,
18:04interpeller le gouvernement,
18:05le président de la République
18:06mais aussi l'Union européenne
18:07qu'on entend très peu
18:08sur ce sujet-là
18:08pour dire qu'il faut
18:09des actes concrets
18:10contre la Turquie aujourd'hui
18:11que les opérations militaires
18:12cessent pour que la paix revienne.
18:13C'est le dernier endroit.
18:15Aujourd'hui,
18:15on s'est lié à la guerre.
18:17C'est passé sous silence
18:17et on est venu ici dire
18:18que ce n'est pas possible.
18:19Il doit y avoir un cessez-le-feu
18:20immédiat et permanent.
18:22Alors en conclusion,
18:23alors que la population de Kobané
18:25vient de fêter les 10 ans
18:27de sa libération des griffes de Daesh,
18:29les populations du Rojava
18:30sont toujours en lutte,
18:31en résistance
18:31pour leur liberté
18:32durement gagnée
18:33ces dernières années.
18:34Il va falloir suivre avec attention
18:35l'évolution des positions
18:37du nouveau pouvoir à Damas
18:38qui bouge, on l'a vu,
18:39d'un en heure là
18:39et qui, le jour de mon arrivée sur place,
18:42à ce moment-là,
18:42annonçait la volonté
18:43de démanteler
18:43les forces démocratiques syriennes.
18:45Donc là, c'est affirmé aujourd'hui.
18:46Et l'évolution de l'engagement
18:48de la communauté internationale,
18:49notamment face à la Turquie.
18:51Très bien.
18:52Merci beaucoup, Timmil,
18:54pour toutes ces images,
18:55pour tous ces éléments.
18:57Lumi, est-ce que tu as
18:58une petite réaction ?
19:00Oui, merci beaucoup.
19:01C'est hyper impressionnant.
19:02Voilà, ça ira à l'international.
19:05C'est vraiment...
19:07C'est hyper bien.
19:08Je trouve que c'est précieux
19:08qu'on ait des reportages comme ça.
19:09Je ne me permettrais pas de commenter
19:11parce que je ne suis pas assez
19:12connaisseuse de la situation.
19:13Justement, je me faisais la réflexion
19:15et c'est ce que tu montres aussi.
19:15Tu n'es pas tautologue.
19:17J'essaie, mais ce n'est pas si simple
19:19finalement de l'être.
19:20Il faut bien le reconnaître.
19:21Des fois, on a plus de difficultés.
19:24Mais aussi, ça me faisait penser
19:26au fait qu'on a une méconnaissance
19:28en général en France.
19:29C'est ce que tu disais aussi.
19:30Il y a une volonté peut-être politique
19:31d'éluder des questions, etc.
19:33Une volonté médiatique,
19:34un désintérêt peut-être médiatique.
19:35Je ne sais pas comment toi,
19:36tu peux expliquer ça
19:37et justement faire un reportage
19:39comme ça.
19:39Est-ce que c'est quelque chose
19:41justement...
19:42– Déjà, ce n'est pas simple à faire,
19:44mais surtout...
19:44– Il y a beaucoup de gens
19:45qui te remercient dans le chat
19:46pour ce reportage.
19:47– Merci à vous, c'est super sympa.
19:48Mais au-delà de ça,
19:49il y a eu d'autres journalistes
19:50qui ont fait des papiers,
19:51des trucs super bien.
19:52D'ailleurs, il y a des papiers
19:52qui vont sortir ce soir ou demain
19:54dans Lumar.
19:54Je crois demain, papier Lumar.
19:55Je mets mots,
19:56donc ce n'est pas dans le bon sens.
19:57Mais en fait,
19:58pour répondre à ta question,
20:00on l'a vu,
20:01ce n'est pas moi qui vous le dis,
20:02mais l'international,
20:03ce n'est pas qui les intéresse.
20:04En vérité, on le voit,
20:05les gens réagissent
20:06dès que c'est produit,
20:07dès que c'est là,
20:08les gens s'intéressent.
20:08Mais pourquoi les médias,
20:10eux, ne s'intéressent pas,
20:11les rédacteurs en chef et tout ça ?
20:13C'est parce qu'on est tombé,
20:14en France, tout du moins,
20:15dans une forme de tautologie
20:17de ce qu'il dit,
20:18le commentaire du politique français,
20:20machin, etc.
20:21On se tourne moins vers le monde
20:22et c'est un problème.
20:23Alors peut-être,
20:23de manière plus pratico-pratique,
20:25aller à l'étranger,
20:26faire des reportages comme ça,
20:27d'autant plus vidéo,
20:28ça coûte extrêmement cher,
20:30en vérité.
20:30Il faut envoyer des gens,
20:31il faut faire la traduction,
20:32il faut y aller,
20:33il faut tourner,
20:34il faut monter,
20:34c'est des heures,
20:35je peux vous le témoigner.
20:37Et tout ça,
20:37ça coûte de l'argent.
20:37C'est peut-être la parfaite transition
20:39pour dire de soutenir l'humain,
20:41de vous abonner, etc.
20:42Et puis,
20:42aux médias qui le font,
20:43d'autres,
20:44il y a plein de médias
20:45qui vont et qui essayent
20:46de faire de l'investigation,
20:47d'autant plus à l'étranger.
20:48En tout cas,
20:48c'est important.