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  • il y a 3 heures
120 enfants français vivent toujours, avec une cinquantaine de mères, dans les camps du nord-est de la Syrie où sont détenues, sous la garde des forces kurdes, les familles des djihadistes de l’État islamique, depuis la chute du « califat ». Leur avocate et leurs grands-parents se battent pour leur retour en France. Le jeudi 13 mars, le tribunal administratif de Paris a annulé les refus du Quai d’Orsay de les rapatrier et enjoint le ministère des Affaires étrangères de réexaminer ces décisions. On en parle avec Rosa Moussaoui, de retour de reportage du Kurdistan syrien et Pierre-Antoine Valade.

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Transcription
00:00On va parler de la situation des enfants djihadistes français, enfin des enfants des djihadistes français qui sont partis en
00:07Syrie.
00:08Ces enfants sont souvent nés sur place où ils ont été emmenés très jeunes par leurs parents.
00:12Et ils sont encore pris au piège aujourd'hui dans des camps insalubres, comme on va lire dans ton papier,
00:17sous une menace permanente de violence et sans véritable avenir.
00:21Pourtant, leur sort semble ne susciter que très peu d'intérêt de la part des autorités françaises qui rechignent à
00:26organiser leur rapatriement.
00:28Donc aujourd'hui, on reçoit Rosa, Rosa qui est partie sur le terrain, au Rojava, où les camps où sont
00:36enfermés ses enfants sont là-bas.
00:39Rosa, est-ce que tu peux... Déjà, comment tu as choisi de traiter ce sujet ? Pourquoi tu as choisi
00:44de traiter ce sujet-là ?
00:45Alors, le sujet, je l'avais déjà en tête avant de partir.
00:48J'avais notamment discuté avec une avocate française, Marie Dosé, qui mène la bataille depuis des années pour faire revenir
00:58ses enfants, pour permettre leur rapatriement.
01:01En fait, à la chute de Daesh en 2018-2019, tout un tas de gens se sont retrouvés un peu
01:09dans la nature.
01:10Les familles de djihadistes ont été arrêtées par les forces arabo-kurdes et placées, pour un certain nombre d'entre
01:17elles, dans des camps.
01:18Les djihadistes les plus dangereux se sont retrouvés dans des prisons, sans jugement, puisque les Kurdes demandaient que soit installé
01:25un tribunal international qui n'a jamais vu le jour.
01:28En fait, leur idée, c'était on installe une juridiction internationale, ces gens sont jugés et chacun reprend ses ressortissants.
01:35Tu te souviens qu'à l'époque, beaucoup de djihadistes étrangers avaient rejoint les troupes de Daesh sur le théâtre
01:42irako-syrien.
01:44Et donc, les Kurdes se sont retrouvés dans cette zone où ils ont construit une forme d'autonomie, avec tout
01:49un tas de ressortissants étrangers qui n'avaient pas les moyens de juger.
01:55Donc voilà, ces camps se sont mis en place, etc.
01:57Et dans ces camps se sont retrouvés aussi des femmes et des enfants.
02:00Il y a plusieurs camps. Aujourd'hui, il en reste deux essentiellement, c'est le camp d'Al-Hol et
02:06le camp de Roj.
02:07Le camp d'Al-Hol, il y a près de 40 000 personnes qui sont encore détenues là-bas, donc
02:12issues de tous les pays, parmi eux des Syriens, mais c'est loin d'être la majorité.
02:16Et puis le camp de Roj, où je me suis rendue, où ont été rassemblées en fait les familles de
02:22djihadistes européens et notamment des familles françaises.
02:27C'est majoritairement des femmes et des enfants, j'imagine ?
02:29Des femmes et des enfants, uniquement, dans le camp que j'ai visité en tout cas.
02:35Et en fait, la difficulté, c'est qu'après la chute de Daesh, la France n'a pas vraiment, s
02:40'est pas vraiment occupée de ces ressortissants-là.
02:43En fait, certains s'étaient enfuis, par exemple, vers la Turquie et avaient fait l'objet d'expulsions.
02:48Donc des femmes étaient rentrées, judiciarisées, les enfants placés ou retrouvaient leur famille élargie.
02:58Et puis un certain nombre de ces enfants se sont retrouvés pris au piège dans ces camps du nord-est
03:06syrien.
03:06Et là, il y a une bataille acharnée puisque cette avocate a contesté les refus des autorités françaises du Quai
03:13d'Orsay de les rapatrier et s'est allé jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme.
03:17Ça, dans quelle année à peu près ?
03:192022, la Cour européenne des droits de l'homme condamne la France et lui fait obligation de réexaminer ces refus
03:27au regard des intérêts de ses enfants.
03:31Il y a eu aussi des condamnations du comité de l'ONU contre la torture, du comité de l'ONU
03:35pour les droits de l'enfant.
03:37Et donc à ce moment-là, la France organise une vague de rapatriement et il y a 165 enfants qui
03:43sont rapatriés, 57 femmes aussi qui, à leur retour en France, sont remises aux autorités judiciaires
03:48puisque ces femmes, elles sont poursuivies pour des infractions concernant leurs enfants, mais aussi pour l'association de malfaiteurs terroristes.
03:57Et puis après, tout ça, cette vague de rapatriement, elle se produit en 2022-2023 et puis après, plus rien.
04:03C'est-à-dire que les demandes de rapatriement qui étaient formulées par cette avocate, par le collectif des familles
04:09élargies,
04:11faisaient l'objet de silences et deux mois de silence en droit français, ça équivaut à un refus.
04:18Et donc, il reste encore aujourd'hui sur place 120 enfants français avec une cinquantaine de femmes.
04:25C'est des situations extrêmement compliquées puisque ces femmes-là ne souhaitent pas forcément être rapatriées,
04:32soit parce qu'elles ne sont plus en mesure de prendre une décision, soit parce qu'elles ont ergiversé,
04:36soit parce qu'elles sont très radicalisées et qu'elles espèrent être libérées, reprendre le chemin du djihad, etc.
04:41Sauf qu'ici, il y a des familles élargies, des grands-parents, etc. qui veulent sauver ces enfants.
04:47Il faut savoir que dans ces camps, ils sont aussi la proie de violences.
04:53C'est aussi des camps où l'idéologie de Daesh continue de se propager.
04:57Ils sont élevés dans cette idéologie djihadiste.
05:01Il y a aussi la pression de tous les autres détenus.
05:06C'est aussi des conditions de vie extrêmement difficiles.
05:11Moi, quand je m'y suis rendue, il y avait une vague de froid terrible.
05:14C'est des tentes.
05:16Ces enfants vivent sous tentes.
05:18Ils sont mal nourris.
05:20Ils ne sont pas soignés.
05:21On peut peut-être même montrer les petites photos de la journaliste de l'AFP qui était partie avec...
05:28Ce n'était pas celui-là.
05:30Donc, ces enfants vivent dans des conditions extrêmement difficiles.
05:34C'est le camp de Roche où je me suis rendue, où il y a énormément d'enfants, de toutes
05:39les nationalités, avec des conditions de vie très difficiles.
05:42Il fait extrêmement froid l'hiver, très chaud l'été.
05:46Ces enfants n'ont pas accès à l'instruction.
05:50Il y a une petite école dans le camp où ils apprennent essentiellement l'arabe et l'anglais.
05:56Mais c'est extrêmement pauvre.
05:59Donc, vraiment, tous leurs droits fondamentaux sont bafoués.
06:02Et ce camp, il est grand ?
06:04Il y a 800 tentes au total dans ce camp de Roche.
06:08L'autre aspect des choses, c'est que les garçons, lorsqu'ils arrivent à l'adolescence, sont retirés aux mers
06:15et placés dans des centres de déradicalisation loin de ces camps.
06:20Et donc, voilà, moi, j'ai pu aussi en visiter un avec des enfants qui grandissent en fait en prison.
06:26C'est des camps fermés dans lesquels ils ne sont pas libres de leur mouvement, où les chambres sont en
06:31fait des cellules qui sont fermées, en tout cas la nuit.
06:37Ça me rappelle le témoignage de Hazard, c'est comme ça qu'il s'appelle ?
06:40Hazard. Hazard, ça c'était un témoignage assez poignant.
06:44En fait, cet adolescent a été enlevé par son père, puisque ses parents étaient séparés, qu'il a emmené très
06:51très jeune en Syrie sur un théâtre de guerre.
06:55Et puis, dans la bataille de Barouz, qui était la dernière bataille contre l'État islamique, il a vu son
07:02père mourir, ses deux frères mourir.
07:03Et depuis sept ans, sa mère essaye désespérément de le faire rentrer. Pour l'instant, il n'est toujours pas
07:09rapatrié, il est tout seul là-bas.
07:11Et il était vraiment désespéré en fait, en dépression. Il a le sentiment que sa voix n'est pas du
07:20tout entendue, que ses appels au secours restent sans réponse.
07:24Et voilà, c'est vraiment... Il y a d'autres adolescents français en détresse qui sont dans ces centres fermés
07:31et qu'il faut absolument rapatrier pour des raisons humanitaires, pour des raisons de santé, pour des raisons psychologiques.
07:39On ne peut pas laisser ces enfants-là... Enfin, c'est des innocents en fait. Ils n'ont absolument pas
07:44demandé à ce que leurs parents les emmènent sur un théâtre de guerre, les emmènent au djihad.
07:50Ils ne sont pas responsables des crimes commis par leurs parents. Et la France n'a pas le droit d
07:55'abandonner ses ressortissants.
07:57Elle en est responsable, en particulier lorsqu'il s'agit de mineurs, en particulier lorsqu'il s'agit d'enfants
08:03qui ont grandi en détention.
08:05C'est vraiment attentatoire à tous les droits humains. Il faut absolument rapatrier les enfants qui restent.
08:13Et de ce point de vue-là, il y a eu une décision de justice très importante le 13 mars
08:18dernier, puisque les récents refus du Quai d'Orsay, en fait, il y a une trentaine de demandes de rapatriement
08:27qui sont en cours,
08:28que le Quai d'Orsay a complètement écartées. Et le tribunal administratif de Paris a annulé ces refus du Quai
08:36d'Orsay de rapatrier ses 30 ressortissants.
08:40Pourquoi la France est autant réticente ?
08:43Il y a plusieurs problèmes qui se posent. Il y a des problèmes juridiques, notamment parce que les mères, elles
08:48sont toujours, comme je te le disais,
08:52elles sont poursuivies pour l'association de malfaite arts terroristes, pour des infractions concernant leurs enfants.
08:59Et en même temps, le Nord-Est syrien, ce n'est pas un État indépendant. Il n'y a pas
09:03d'autorité judiciaire qui pourrait faire exécuter les mandats d'arrêt.
09:07Mais le deuxième problème, c'est que ces mères, elles sont toujours dépositaires de l'autorité parentale.
09:12Et donc, même si une décision de justice décidait de les déchoir de leur autorité parentale, on tomberait sur le
09:20même problème,
09:21puisque ces décisions ne pourraient pas être notifiées, vu qu'il n'y a pas d'appareil judiciaire, il n
09:26'y a pas d'État souverain,
09:27pour pouvoir les notifier, un État souverain avec lequel la France aurait une coopération judiciaire.
09:32Mais il y aurait d'autres solutions, en vérité, pour rapatrier ces enfants.
09:36Et là, s'agissant des 30 demandes de rapatriement, elles sont absolument en règle.
09:42Enfin, il suffirait que la France donne le feu vert pour que ces enfants puissent être rapatriés.
09:46Et les autorités françaises avancent des arguments absolument pas fallacieux,
09:51comme par exemple, c'est un théâtre de guerre, c'est trop dangereux d'y envoyer nos militaires, etc.
09:55Alors qu'on sait très bien que les militaires français sont aussi déployés dans cette région.
10:01Et du coup, c'est moins dangereux d'y laisser des enfants.
10:03Exactement, c'est dangereux pour les militaires, mais pas pour les enfants.
10:06C'est paradoxal.
10:07Et est-ce que d'autres pays européens ont pratiqué ces rapatriements de manière plus systématique ?
10:15Oui, certains ont rapatrié tous leurs ressortissants.
10:18Il y a encore une dernière vague de rapatriements très récemment, c'était des enfants autrichiens.
10:23Donc il n'y a absolument aucune raison de laisser encore ces enfants là-bas.
10:28En tout cas, pour les demandes de rapatriements dont est officiellement saisi le quai d'Orsay,
10:33il faut faire rentrer ces enfants.
10:35Et toi, tu as rencontré ces enfants, qu'est-ce qu'ils sont aujourd'hui ?
10:40Est-ce que tu as vu de la dangerosité en eux ?
10:43Non, je ne vois pas du tout en eux ni une menace, ni un danger.
10:48Je vois plutôt des victimes, en fait.
10:50Il y a tous ces adolescents qui ont grandi en détention, mais qui sont fracassés psychologiquement, physiquement.
11:01Effectivement, c'est des enfants qui ont été blessés aussi dans les combats,
11:05qui n'ont pas forcément été très bien soignés, qui gardent encore les séquelles de ces blessures-là,
11:11qui devraient être soignés dans des conditions correctes en France.
11:16Parmi les plus petits et ceux qui sont nés en Syrie et qui restent des ressortis en français,
11:22c'est aussi des enfants, encore une fois, qui ont grandi démunis de tout, sans instruction, sans accès à l
11:28'école.
11:30C'est des enfants comme les autres, qui jouent avec trois bouts de ficelle,
11:35qui s'adressaient à nous en français dans ces camps,
11:38qui nous interpellaient en nous disant « est-ce que vous êtes français ? » etc.
11:40Et ce qui est terrible, c'est que le camp, c'est leur seul horizon.
11:44C'est-à-dire que la vision qu'ils ont du monde, c'est le camp.
11:47Ils n'imaginent pas à quoi ressemble le monde extérieur avec des maisons,
11:51avec le monde tel que nous on le voit tous les jours.
11:55Ils n'existent même pas dans leur imaginaire.
11:58Donc c'est vraiment une forme de maltraitance au dernier degré.
12:03Il faut tirer ces enfants de là.
12:06Les grands-parents aussi, avec lesquels on a pu s'entretenir au retour en France,
12:12ils mènent cette bataille avec beaucoup de courage,
12:15parce que c'est une épreuve aussi, eux, qu'ils ont traversée,
12:17en voyant leurs enfants partir avec femmes et enfants sur un terrain de guerre.
12:21Certains d'entre eux n'ont plus eu de nouvelles pendant des années.
12:24On a pu s'entretenir avec des grands-parents qui sont allés sur place
12:27pour aller voir ces enfants qui leur ont apporté des jouets, des bagnoles scolaires, des vêtements
12:34et qui sont tout à fait prêts à prendre en charge leurs petits-enfants
12:39une fois qu'ils seront de retour en France et à les aider à se réparer.
12:42Ce qui est certain, c'est qu'ils ne pourront pas se réparer, ces enfants-là, dans ces camps.
12:47Ils ne pourront le faire qu'une fois de retour en France.
12:50Et il y a des dispositifs pour ça.
12:52Bien sûr que la protection de l'enfance en France,
12:55elle comporte des failles, des limites, des défauts.
13:00Mais en même temps, et ça, c'est des études qui ont été faites.
13:04C'est aussi le procureur du parquet antiterroriste qui le disait en septembre.
13:09Il disait qu'au total, entre les enfants qui sont rentrés avec les parents,
13:13les parents qui avaient été expulsés de Turquie,
13:15ceux qui ont été rapatriés en 2022-2023,
13:19le procureur du parquet antiterroriste disait que ces enfants ne présentent aucun problème particulier.
13:25C'est-à-dire qu'une fois qu'ils reviennent en France,
13:27ils reprennent le chemin d'une éducation valable.
13:31Ils sont aussi l'objet de soins psychologiques, physiques, médicaux,
13:37d'un suivi social, médical, psychologique.
13:41Et donc ces enfants se réparent.
13:43Et il y a aussi une capacité de résilience de ces enfants.
13:47Plus ils sont jeunes, plus c'est le cas.
13:49Mais en tout cas, parmi ceux qui sont rentrés,
13:52il n'y a pas de problème de sécurité majeure posé par ces enfants.
13:58Et est-ce que les familles, dont tu m'as parlé, les grands-parents, etc.,
14:01ils peuvent faire pression ?
14:03Ils le font, ils se mobilisent.
14:07Ils interpellent les autorités françaises.
14:08Ils mènent ce combat judiciaire avec cette avocate Marie Dosée.
14:12Ils se sont rendus sur place.
14:14Ils s'expriment aussi médiatiquement pour faire état de la situation dramatique de ces enfants.
14:21Donc ça fait des années et des années qu'ils sont mobilisés pour faire rentrer leurs petits-enfants.
14:25Et comment la situation dans les camps a évolué ces dernières années,
14:28notamment avec la guerre en Ukraine qui a un peu bouleversé l'attention médiatique sur la Syrie notamment ?
14:35L'abandon, il a été évidemment encore plus grand.
14:40Là, il y a une inquiétude aussi nouvelle qui est posée avec l'arrivée de l'administration de Trump.
14:44C'est qu'une partie de l'aide humanitaire qui arrive dans ces camps,
14:48enfin une grande partie, la majorité de l'aide humanitaire qui arrive dans ces camps,
14:52notamment la nourriture, le carburant pour les besoins énergétiques, etc.,
14:59a été financée par une organisation américaine qui était elle-même largement financée par USAID,
15:07donc l'organisme américain qui gère l'aide américaine extérieure,
15:11qui est complètement démantelée aujourd'hui par Trump.
15:14Et donc si l'aide s'arrête demain, et ça pourrait bien être le cas dans les semaines qui viennent,
15:19ça veut dire la fin de ces camps, et ça veut dire que tout ce monde est à nouveau dans
15:24la nature.
15:25Quelqu'un qui nous demande pourquoi on ne peut pas collaborer avec les Autrichiens,
15:27dont tu parlais tout à l'heure, qui ont pratiqué des retours de ces enfants,
15:32pour mettre les gamins dans ces avions-là ?
15:35Ce n'est même pas une histoire seulement d'avions, mais c'est une question...
15:39Il parle de danger avec les militaires.
15:40Mais absolument, il y a des coopérations qui pourraient se faire, etc.
15:43Et cette question est très pertinente, parce que selon le droit international,
15:47la France ne doit pas seulement protection à ses propres ressortissants,
15:50mais aux autres ressortissants européens, et c'est quelque chose de réciproque.
15:55Donc en effet, ce qui aurait été intelligent, c'est de penser ça à l'échelle européenne,
16:00et de mutualiser les moyens, d'avoir des procédures communes,
16:04et malheureusement, ce n'est pas du tout ce qui s'est fait.
16:08Et du coup, c'est très contrasté, la façon dont les pays européens ont traité cette question-là.
16:12Parce qu'ils travaillent de manière individuelle, les pays.
16:15C'est dingue ?
16:15Oui.
16:16Et est-ce que l'accession au pouvoir d'Ahmed El-Shara, en Syrie, ça a peut-être bouleversé les
16:22choses ?
16:23Parce que lui, il est issu des rangs djihadistes.
16:25Est-ce que les camps vont être... J'ai vu qu'il y avait un accord entre...
16:30Oui. Les choses pourraient changer, s'accélérer, parce qu'en effet, les forces kurdes et l'administration autonome kurde,
16:39les forces démocratiques syriennes ont signé un accord avec le gouvernement d'Ahmed El-Shara,
16:44qui prévoit le retour de toutes les institutions d'État dans le nord-est de la Syrie,
16:48et qui prévoit aussi le transfert des prisons, des camps à l'autorité de Damas.
16:56Et c'est un peu l'incertitude.
16:58On ne sait pas trop ce que les autorités de Damas comptent faire avec ces détenus, avec ces prisonniers.
17:05Nous, on a pu s'entretenir... Enfin, j'ai pu m'entretenir dans ces camps avec certaines de ces femmes
17:11djihadistes.
17:12Certaines ne dissimulaient pas le fait qu'elles espéraient qu'avec l'arrivée d'Al-Shara,
17:17elles puissent être libérées et faire leur vie là-bas.
17:23Elles ne souhaitent pas, pour certaines d'entre elles, rentrer en France,
17:26parce qu'en gros, elles redoutent d'être judiciarisées à leur arrivée en France, emprisonnées.
17:33Donc voilà, ça fait partie aussi du problème.
17:35Pour l'instant, on est un peu dans l'incertitude sur ce transfert d'autorité concernant les camps et les
17:41prisons.
17:42C'est dingue, parce que les enfants, même s'ils avaient envie de rentrer, ils ne peuvent pas, parce que
17:45c'est la mère qui...
17:46Absolument. Ils sont un peu otages de ces mères, quoi.
17:51Et toi, d'un point de vue éthique et humanitaire, qu'est-ce que la France, elle devrait faire ?
17:56Déjà, sur les 30 demandes de rabatriement dont elle est saisie, il faut organiser le rabatriement de ses enfants et
18:02de leurs mères,
18:04qui seront effectivement judiciarisés. Après, d'autres solutions existent.
18:10Moi, je ne suis pas une spécialiste de la question. D'autres pays l'ont fait.
18:14Le Quai d'Orsay, visiblement, est au courant des solutions qui pourraient être déployées pour ramener ses enfants.
18:19Il faut que ce soit fait. Le problème, c'est que l'Elysée, le Quai d'Orsay et les autorités
18:26françaises sont aussi sous une forme de pression politico-médiatique,
18:30s'agissant de la question de ses enfants, qui sont désignés par une certaine extrême droite, qui voit aussi un
18:36fonds de commerce,
18:36comme des menaces, des dangers.
18:39Et donc, voilà, il y a aussi tous les spécialistes de l'agitation des peurs médiatiques,
18:45qui font aussi pression sur ce dossier, évidemment.
18:49Il y a une délégation française qui était partie en Syrie il y a de ça un mois, il me
18:52semble.
18:53Est-ce que ces questions-là, elles ont été abordées ? Est-ce que c'est encore un sujet dont
18:57les politiques parlent ?
18:59Ou c'est un sujet qui est totalement abandonné aujourd'hui ?
19:02Parce que moi, ce papier, je l'ai vu comme une sorte de mise à jour sur ce qui se
19:08passait,
19:08mais j'ai l'impression que ça fait deux ans qu'on n'avait pas entendu parler des enfants de
19:11l'âge.
19:11C'est vrai qu'après la vague de rapatriement de 2020-2023, il ne s'est plus rien passé du
19:17tout.
19:18Même médiatiquement ?
19:19Alors, disons que les révélations médiatiques, elles permettent aussi quand même de faire bouger les choses.
19:25Par exemple, aujourd'hui, le Quai d'Orsay qu'on a eu pour cette enquête, pour ce reportage, nous dit
19:31qu'on s'en préoccupe.
19:33Et d'ailleurs, regardez, on a rapatrié des enfants qui étaient dans un orphelinat à Damas.
19:39C'est encore une autre question.
19:40C'est des enfants qui ont perdu leurs parents dans cette guerre.
19:44Et donc, ces enfants français ont été rapatriés.
19:46Mais ils n'ont été rapatriés que parce que Radio France a révélé que, après la chute de Bachar el
19:52-Assad,
19:52que dans un orphelinat à Damas se trouvaient encore des enfants français dont on ne s'était pas préoccupés auparavant.
19:58Donc nous, on a aussi un rôle de lanceur d'alerte et de maintenir ces questions-là dans le débat
20:04public
20:05pour que les autorités finissent par prendre leurs responsabilités sur ces sujets.
20:10Et du coup, c'est quelque chose que tu vas essayer d'entretenir ?
20:14Moi, j'aimerais bien continuer de suivre ces histoires.
20:17Je reste en contact avec les grands-parents qui m'ont parlé, par exemple,
20:20avec Marie Dosée, évidemment.
20:21Mais j'aimerais bien pouvoir suivre aussi ce que deviennent ces enfants à leur retour en France,
20:28si enfin ils sont rapatriés.
20:30C'est vraiment une question qui m'intéresse.
20:32parce que je trouve que cet abandon-là, il est impardonnable, en fait,
20:37parce qu'on laisse ces enfants non seulement dans des conditions humanitaires insoutenables,
20:43mais on les laisse aussi dans un environnement qui peut instiller à terme cette idéologie djihadiste
20:52qu'on prétend ici en France combattre.
20:54Or, la combattre, c'est soustraire ces enfants-là à cet environnement dangereux, en fait,
21:01dangereux pour leur équilibre, dangereux pour eux physiquement et dangereux aussi idéologiquement.
21:07Le problème de Daesh, c'est que cette organisation, elle a été défaite militairement,
21:13mais en Syrie, il reste encore des cellules dormantes.
21:15Et la question des prisons, c'est une bombe à retardement des camps et des prisons.
21:19Alors, le camp dans lequel je me suis rendue, Roche, c'est un peu moins le cas,
21:23mais le camp d'Al-Hol où il y a 40 000 personnes, c'est une bombe à retardement
21:27où l'idéologie de Daesh continue à se propager, idem dans les prisons,
21:32qui ont été aussi l'objet d'attaques de cellules djihadistes toujours actives, etc.
21:37Et au fond, on revient à la question qu'on abordait au début,
21:43c'est-à-dire qu'on a laissé les Kurdes, qui avaient bien d'autres problèmes,
21:46gérés, celui-là qui est très très lourd,
21:52alors que la communauté internationale aurait dû prendre ses responsabilités.
21:55Il aurait dû y avoir une commission d'enquête onusienne sur les crimes commis par Daesh,
21:59il aurait dû y avoir une juridiction internationale, comme le demandaient les Kurdes,
22:03pour juger les auteurs de crimes commis en Syrie,
22:09et que chacun ensuite s'occupe de ses ressortissants.
22:14Il y a quelqu'un qui demande, comment est-ce qu'on détecte ces enfants,
22:16ceux qui sont en France d'accord, ils sont déclarés, mais ceux qui pourraient être nés sur place ?
22:20C'est un vrai problème, parce que parmi les droits bafoués de ces enfants,
22:26il y a le droit à un état civil.
22:28Et donc évidemment, comme ils sont nés dans une zone de guerre,
22:32et dans les circonstances qu'on connaît,
22:35il y a le problème de l'établissement de leur état civil.
22:37Mais de toute façon, leur filiation est connue,
22:39et ça fait partie des problèmes qu'il faut régler à leur retour en France, évidemment.
22:45C'est un sujet bien compliqué.
22:47Est-ce que les personnels du camp, enfin déjà 40 000 personnes dans un camp,
22:52combien il faut de personnes pour s'occuper de 40 000 personnes ?
22:54C'est énorme, c'est énorme.
22:55Donc le coût, ça revient à ce que je te disais sur le risque que fait planer le démantèlement de
23:03USAID,
23:03c'est que le département de la défense américaine, il finance aussi en partie tous les gardes,
23:10tous les policiers et tous les personnels de sécurité chargés de garder ces camps.
23:17Mais c'est extrêmement difficile.
23:19Il y a un autre camp, il y a quelques années, je ne me souviens plus la date exacte,
23:25qui en fait, parce qu'on est en zone de guerre,
23:27et donc la Turquie bombarde une partie de ce territoire-là.
23:31Et ils avaient bombardé aux abords de l'un de ces camps.
23:35Et là, les forces kurdes n'ont pas eu d'autre choix que d'ouvrir les portes
23:38et tout le monde s'est enfui, en fait.
23:40Donc c'est une situation sécuritaire aussi extrêmement précaire.
23:45Les Kurdes ont aussi effectivement d'autres problèmes que cela a géré.
23:52Comme on en a parlé notamment il y a 5-15 jours avec le Rojava.
23:55Voilà. Et donc c'est une situation, ça crée une situation sécuritaire extrêmement fragile, évidemment.
24:03Eh bien. Et est-ce que dans ces camps, on voit beaucoup de journalistes ?
24:07Est-ce que ces enfants, ils avaient déjà discuté avec d'autres journalistes ?
24:10Il y a eu, depuis le début, depuis l'ouverture de ces camps,
24:15il y a eu des reportages, des journalistes qui se sont ouverts quand ?
24:18Dans la foulée de la chute de Daesh, disons en 2018, 2019.
24:23La dernière bataille contre Daesh, c'est à Barouz, c'est en 2019.
24:28Donc à partir de là, c'est quand ces infrastructures sont mises en place.
24:33D'ailleurs, elles sont parfois venues se greffer.
24:35Roj, par exemple, au départ, c'était un camp de réfugiés irakiens
24:39qui fuyaient les exactions de Daesh en Irak.
24:42Et peu à peu, ces familles de djihadistes ont remplacé les réfugiés irakiens
24:47qui sont rentrés chez eux.
24:51Donc voilà, c'est comme ça que les choses se sont mises en place.
24:56Al-Hol, c'est encore une autre histoire et c'est beaucoup plus large.
25:00Mais en fait, il faut vraiment soulager et les Kurdes et les Syriens
25:05qui ont aujourd'hui bien d'autres défis à relever.
25:09Il faut que les pays, et pas seulement les pays occidentaux,
25:12on a aussi rencontré dans ces camps des enfants tunisiens, égyptiens, turcs, turcmènes, ouzbeques.
25:19C'est très pluriel.
25:21Oui, c'est vraiment...
25:22Encore une fois, Daesh avait attiré des combattants un peu des djihadistes du monde entier.
25:27Donc il faut que tous ces pays prennent leurs responsabilités et reprennent leurs ressortissants.
25:32Merci beaucoup Rosa.
25:33Merci à toi.

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