00:00Ma fille, elle travaille un peu avec moi, mais je ne peux même pas la payer ou je ne peux
00:02pas me payer moi-même.
00:04Pour que ça aille mieux, il faudrait que les grandes distributions diminuent leur marge pour rémunérer un peu plus les
00:08producteurs.
00:09Je fais de la dépression, puis je fais un redressement, même un peu avant, ça fait plus de 10 ans
00:13que j'ai eu vie.
00:14La vie qu'on a aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir avec ce qu'on a vécu
00:17au départ.
00:19Bonjour, je m'appelle Georges, je suis agriculteur à Capi, dans la Somme.
00:29Bienvenue à la ferme.
00:36C'est la ferme de mes parents, de mes grands-parents.
00:39Je suis la troisième génération, puis quatre avec mes enfants maintenant.
00:43Toutes les vaches ont des prénoms.
00:44A elle, c'est Brunel.
00:46J'ai un cheptel de 105 bêtes.
00:48On produit entre 20 et 25 000 litres de barbon.
00:50Mon activité principale, c'est la production laitière.
00:53Après, j'ai un peu de culture aussi, je fais des céréales.
00:55Le prix du lait a augmenté un peu.
00:57Ça suit la bourse, ça suit les cours mondiales.
00:59Et les charges, elles ont augmenté.
01:01On gagne plus, mais on dépense plus derrière.
01:04Après, il y a le gasoil, il y a tout.
01:05Il y a beaucoup d'éleveurs dans le coin qui arrêtent de produire.
01:10Je travaille 10-10 heures par jour.
01:12Je n'ai pas de salaire du tout.
01:14J'arrive à me prendre de temps en temps un peu d'argent comme ça, mais je n'ai pas
01:17de salaire régulier.
01:17Ma fille travaille un peu avec moi, mais je ne peux même pas la payer.
01:20Je ne peux pas me payer moi-même.
01:22Mon épouse, elle travaille au service à la personne, donc elle a beaucoup d'heures.
01:26Ça occupe des personnes âgées.
01:27On avait fait pour travailler à deux, mais on ne pouvait pas faire vivre notre famille tout de suite de
01:32travailler en plus.
01:34Au début, on était bien.
01:35On vivait bien.
01:37On ne tirait pas de salaire, mais au moins on avait un peu de revenus.
01:41Une fois qu'on avait commencé à avoir l'euro, ça commençait à se dégrader.
01:44Et c'est peut-être le pire au pire.
01:50Les prix ont monté.
01:51La vie qu'on a aujourd'hui, ça n'avait plus rien à voir avec ce qu'on a vécu
01:54au départ.
01:55C'est un métier que j'aimais beaucoup au début, mais j'aime encore, mais c'est plus difficile.
01:59Je pense que pour que ça aille mieux, il faudrait que les grandes distributions diminuent leur marge.
02:03Pour rémunérer un peu plus les producteurs.
02:05À la donnée, ils nous l'achètent dans les 40 centimètres, c'est plus d'un euro le litre.
02:09La large, ce n'est pas de surprenant zéro.
02:11J'arrive même pas à rémunérer.
02:17On a un petit peu de volaille pour nous, pour avoir des œufs et manger une poule de temps en
02:21temps.
02:21On fait les courses et ça augmente tout le temps.
02:23On essaie d'aller au magasin les moins chers.
02:26Même les moins chers, ça devienne chers.
02:31J'ai été obligé de faire des mises aux normes pour pouvoir continuer à produire du lait.
02:35J'ai refait un bâtiment plus grand, c'est obligatoire.
02:38C'est les normes européennes.
02:39Ça m'a entraîné des investissements assez lourds.
02:41Et puis derrière, le lait, le coup de lait n'a pas monté.
02:43Donc aujourd'hui, on a un redressement judiciaire.
02:46Parce qu'on était au tribunal et tout.
02:48Parce qu'on était des voleurs.
02:50Ça fait 4 ans, ça va, on arrive à suivre le remboursement.
02:53Mais j'en ai encore pour 10 ans.
02:54C'est à la retraite.
02:54C'est les collecteurs de lait qui nous ont forcé la main à investir.
02:58Sinon, ils ramenaient ses publics.
02:59C'est le groupe sodial.
03:00C'est Yoplait Candio.
03:02On a eu à peu près dans les 200 000 euros d'investissement.
03:05Avec des crédits.
03:06Après, il y a de l'électricité.
03:07Il y a de l'aménagement de bâtiments.
03:08Il y a pas mal de choses.
03:12Je fais de la dépression depuis que je fais un redressement.
03:15Même un peu avant.
03:15Ça fait plus de 10 ans que j'ai eu un traitement depuis ce temps-là.
03:20Au départ, je ne dormais plus.
03:21Après, je n'avais plus envie de me lever.
03:22Je ne voulais plus travailler.
03:24C'est parce que j'avais mes enfants et mon épouse pour se soutenir.
03:27Parce que tout seul, je vois peut-être plus l'aujourd'hui.
03:30Je ne suis jamais là.
03:32Depuis que je travaille, j'ai pris deux ou trois week-ends peut-être.
03:36On se faisait remplacer.
03:37Il y a du mal.
03:38Vous venez, on va aller à la maison.
03:40Je vais vous montrer des papiers.
03:41On va enlever les bêtes.
03:43Ça, c'est tous les cartes d'identité des bêtes.
03:45Les noms des vaches, le nom de l'hyperle, le nom de la mer.
03:47On a eu une fuite d'eau dans la cour, sous terre, qu'on n'a pas vu tout de
03:51suite, bien sûr.
03:52Ça a duré au moins un an.
03:53J'ai plus de trois fois la consommation normale d'une année.
03:57J'ai 24 000 euros.
03:58Rien que pour la fuite, en fait.
04:00Ils m'ont réduit un petit peu.
04:01Entre 9 et 10 000, ils m'ont descendu.
04:03Donc, on reste à peu près 14 000 euros qu'ils veulent que je règle.
04:05Ils me disent, vous avez consommé, vous payez.
04:07Je n'ai rien consommé, moi, c'est parti dans la terre.
04:09Je veux bien payer un peu plus, mais pas tant que ça.
04:11Ils savent très bien que c'est une fuite.
04:13Parce qu'ils m'ont dit qu'ils avaient une fuite.
04:15Ils me demandaient 1 000 euros par mois, je n'ai pas réussi à suivre.
04:17J'ai payé deux, trois fois, puis après, je n'ai pas pu continuer.
04:20Il y a des gros exploitants dans le coin qui arrosent en glace-chaleur en plein jour.
04:24Ça arrive aussi, même qu'il pleut, qu'ils arrosent encore.
04:26Ils gaspillent, puis moi, j'ai une fuite.
04:28C'est le point de ma faute.
04:29On veut me faire payer.
04:33Il y a déjà un agriculteur qui est venu me voir pour reprendre mes terres.
04:37Si tu veux qu'on t'aide, tu dois quand même nous vendre un peu de terre.
04:40Ils appellent ça aider les gens.
04:43Des grands exploitants qui n'ont jamais assez.
04:45Je réalise, de toute façon, il n'y a pas le goût qui avait le droit de vivre.
04:47Moi, j'ai des enfants, j'ai le droit de vivre aussi.
04:49Après, on a commencé à vandaliser mes tracteurs.
04:51Alors, dans les reservoirs, j'ai eu de l'eau, des pommes de terre, de la terre, des cailloux.
04:56Je tombe en panne tout le temps.
04:57Et cet été, on m'a ouvert à cheval le poitrail.
05:02Il n'est pas marrant, on a réussi à le soigner, mais il a eu le chou.
05:06J'ai eu des soupçons, mais je n'ai pas de preuves.
05:09J'ai porté plainte, les gendarmes n'ont rien fait.
05:11Ils n'ont même pas enquêté.
05:12Il n'y a que moi qui ai ramené des photos.
05:13Ils n'ont pas bougé.
05:17Si je vends, ce sera mes enfants, mais pas d'autres.
05:19Il faut que ça réserve à la famille.
05:20Je ne laisserai pas les gros me bouffer.