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Georges est agriculteur à Cappy dans la Somme. Obligé de faire des travaux pour s'adapter aux normes européennes de production de lait, il se retrouve endetté à hauteur de 200 000 euros. Aujourd'hui, avec le prix du gazole, de l'électricité, le cours mondial du lait, et l'achat au plus bas coût de son lait par la grande distribution, il ne se paye plus et l'activité de la ferme familiale s'en trouve plus menacée que jamais.

Premier portrait vidéo de notre série "La vie chère", sur la façon dont l'inflation et ceux qui en profitent pèse sur le quotidien des Français.

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Transcription
00:00Ma fille, elle travaille un peu avec moi, mais je ne peux même pas la payer ou je ne peux
00:02pas me payer moi-même.
00:04Pour que ça aille mieux, il faudrait que les grandes distributions diminuent leur marge pour rémunérer un peu plus les
00:08producteurs.
00:09Je fais de la dépression, puis je fais un redressement, même un peu avant, ça fait plus de 10 ans
00:13que j'ai eu vie.
00:14La vie qu'on a aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir avec ce qu'on a vécu
00:17au départ.
00:19Bonjour, je m'appelle Georges, je suis agriculteur à Capi, dans la Somme.
00:29Bienvenue à la ferme.
00:36C'est la ferme de mes parents, de mes grands-parents.
00:39Je suis la troisième génération, puis quatre avec mes enfants maintenant.
00:43Toutes les vaches ont des prénoms.
00:44A elle, c'est Brunel.
00:46J'ai un cheptel de 105 bêtes.
00:48On produit entre 20 et 25 000 litres de barbon.
00:50Mon activité principale, c'est la production laitière.
00:53Après, j'ai un peu de culture aussi, je fais des céréales.
00:55Le prix du lait a augmenté un peu.
00:57Ça suit la bourse, ça suit les cours mondiales.
00:59Et les charges, elles ont augmenté.
01:01On gagne plus, mais on dépense plus derrière.
01:04Après, il y a le gasoil, il y a tout.
01:05Il y a beaucoup d'éleveurs dans le coin qui arrêtent de produire.
01:10Je travaille 10-10 heures par jour.
01:12Je n'ai pas de salaire du tout.
01:14J'arrive à me prendre de temps en temps un peu d'argent comme ça, mais je n'ai pas
01:17de salaire régulier.
01:17Ma fille travaille un peu avec moi, mais je ne peux même pas la payer.
01:20Je ne peux pas me payer moi-même.
01:22Mon épouse, elle travaille au service à la personne, donc elle a beaucoup d'heures.
01:26Ça occupe des personnes âgées.
01:27On avait fait pour travailler à deux, mais on ne pouvait pas faire vivre notre famille tout de suite de
01:32travailler en plus.
01:34Au début, on était bien.
01:35On vivait bien.
01:37On ne tirait pas de salaire, mais au moins on avait un peu de revenus.
01:41Une fois qu'on avait commencé à avoir l'euro, ça commençait à se dégrader.
01:44Et c'est peut-être le pire au pire.
01:50Les prix ont monté.
01:51La vie qu'on a aujourd'hui, ça n'avait plus rien à voir avec ce qu'on a vécu
01:54au départ.
01:55C'est un métier que j'aimais beaucoup au début, mais j'aime encore, mais c'est plus difficile.
01:59Je pense que pour que ça aille mieux, il faudrait que les grandes distributions diminuent leur marge.
02:03Pour rémunérer un peu plus les producteurs.
02:05À la donnée, ils nous l'achètent dans les 40 centimètres, c'est plus d'un euro le litre.
02:09La large, ce n'est pas de surprenant zéro.
02:11J'arrive même pas à rémunérer.
02:17On a un petit peu de volaille pour nous, pour avoir des œufs et manger une poule de temps en
02:21temps.
02:21On fait les courses et ça augmente tout le temps.
02:23On essaie d'aller au magasin les moins chers.
02:26Même les moins chers, ça devienne chers.
02:31J'ai été obligé de faire des mises aux normes pour pouvoir continuer à produire du lait.
02:35J'ai refait un bâtiment plus grand, c'est obligatoire.
02:38C'est les normes européennes.
02:39Ça m'a entraîné des investissements assez lourds.
02:41Et puis derrière, le lait, le coup de lait n'a pas monté.
02:43Donc aujourd'hui, on a un redressement judiciaire.
02:46Parce qu'on était au tribunal et tout.
02:48Parce qu'on était des voleurs.
02:50Ça fait 4 ans, ça va, on arrive à suivre le remboursement.
02:53Mais j'en ai encore pour 10 ans.
02:54C'est à la retraite.
02:54C'est les collecteurs de lait qui nous ont forcé la main à investir.
02:58Sinon, ils ramenaient ses publics.
02:59C'est le groupe sodial.
03:00C'est Yoplait Candio.
03:02On a eu à peu près dans les 200 000 euros d'investissement.
03:05Avec des crédits.
03:06Après, il y a de l'électricité.
03:07Il y a de l'aménagement de bâtiments.
03:08Il y a pas mal de choses.
03:12Je fais de la dépression depuis que je fais un redressement.
03:15Même un peu avant.
03:15Ça fait plus de 10 ans que j'ai eu un traitement depuis ce temps-là.
03:20Au départ, je ne dormais plus.
03:21Après, je n'avais plus envie de me lever.
03:22Je ne voulais plus travailler.
03:24C'est parce que j'avais mes enfants et mon épouse pour se soutenir.
03:27Parce que tout seul, je vois peut-être plus l'aujourd'hui.
03:30Je ne suis jamais là.
03:32Depuis que je travaille, j'ai pris deux ou trois week-ends peut-être.
03:36On se faisait remplacer.
03:37Il y a du mal.
03:38Vous venez, on va aller à la maison.
03:40Je vais vous montrer des papiers.
03:41On va enlever les bêtes.
03:43Ça, c'est tous les cartes d'identité des bêtes.
03:45Les noms des vaches, le nom de l'hyperle, le nom de la mer.
03:47On a eu une fuite d'eau dans la cour, sous terre, qu'on n'a pas vu tout de
03:51suite, bien sûr.
03:52Ça a duré au moins un an.
03:53J'ai plus de trois fois la consommation normale d'une année.
03:57J'ai 24 000 euros.
03:58Rien que pour la fuite, en fait.
04:00Ils m'ont réduit un petit peu.
04:01Entre 9 et 10 000, ils m'ont descendu.
04:03Donc, on reste à peu près 14 000 euros qu'ils veulent que je règle.
04:05Ils me disent, vous avez consommé, vous payez.
04:07Je n'ai rien consommé, moi, c'est parti dans la terre.
04:09Je veux bien payer un peu plus, mais pas tant que ça.
04:11Ils savent très bien que c'est une fuite.
04:13Parce qu'ils m'ont dit qu'ils avaient une fuite.
04:15Ils me demandaient 1 000 euros par mois, je n'ai pas réussi à suivre.
04:17J'ai payé deux, trois fois, puis après, je n'ai pas pu continuer.
04:20Il y a des gros exploitants dans le coin qui arrosent en glace-chaleur en plein jour.
04:24Ça arrive aussi, même qu'il pleut, qu'ils arrosent encore.
04:26Ils gaspillent, puis moi, j'ai une fuite.
04:28C'est le point de ma faute.
04:29On veut me faire payer.
04:33Il y a déjà un agriculteur qui est venu me voir pour reprendre mes terres.
04:37Si tu veux qu'on t'aide, tu dois quand même nous vendre un peu de terre.
04:40Ils appellent ça aider les gens.
04:43Des grands exploitants qui n'ont jamais assez.
04:45Je réalise, de toute façon, il n'y a pas le goût qui avait le droit de vivre.
04:47Moi, j'ai des enfants, j'ai le droit de vivre aussi.
04:49Après, on a commencé à vandaliser mes tracteurs.
04:51Alors, dans les reservoirs, j'ai eu de l'eau, des pommes de terre, de la terre, des cailloux.
04:56Je tombe en panne tout le temps.
04:57Et cet été, on m'a ouvert à cheval le poitrail.
05:02Il n'est pas marrant, on a réussi à le soigner, mais il a eu le chou.
05:06J'ai eu des soupçons, mais je n'ai pas de preuves.
05:09J'ai porté plainte, les gendarmes n'ont rien fait.
05:11Ils n'ont même pas enquêté.
05:12Il n'y a que moi qui ai ramené des photos.
05:13Ils n'ont pas bougé.
05:17Si je vends, ce sera mes enfants, mais pas d'autres.
05:19Il faut que ça réserve à la famille.
05:20Je ne laisserai pas les gros me bouffer.

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