00:00On dit qu'on va rendre du pouvoir d'achat aux Français tout en disant qu'on va compenser cette
00:04suppression de la redevance dans le budget de l'État.
00:06Donc ce sera dans les impôts des gens.
00:08Donc on reprend dans la poche gauche ce qu'on a rendu dans la poche droite.
00:12Ensuite, évidemment, le budget de l'État, c'est un risque très important parce qu'on sait que lors de
00:17la discussion budgétaire tous les ans,
00:20le financement est en concurrence avec d'autres financements.
00:23Quel poids on ferait face à la santé, aux besoins de financement de la santé,
00:27dont on voit les difficultés énormes qui traversent ?
00:30Quel poids on fait face à la nécessité de financer l'enseignement, la justice ?
00:35Voilà, donc on sait très bien qu'on sera écrasé dans ce débat-là.
00:39On est là ! On est là !
00:43Même si Macron ne veut pas, nous, on est là !
00:47On a en plus l'expérience de ce qu'a été la suppression de la publicité après 20h par Sarkozy,
00:52où on nous avait assuré qu'on compenserait pour France Télévisions à l'euro près les 450 millions d'euros
00:58annuels de manque à gagner.
00:59Ces 450 millions d'euros n'ont jamais été compensés.
01:02Dès la première année, il n'y avait pas 450 millions d'euros.
01:04Et au bout de quelques années, les 450 millions d'euros ont disparu.
01:07Et en 10 ans, France Télévisions a supprimé 15% de ses effectifs,
01:11à peu près 1500 salariés en 10 ans, qui sont le résultat de la baisse des financements,
01:17des économies drastiques qui ont été demandées par l'État, dans une logique toujours la même,
01:21réduction de la dépense publique et surtout réduction de l'emploi public.
01:25Donc on est arrivé à un stade où les gens travaillent dans des conditions dégradées,
01:31où on peine à mener à bien notre mission de service public et à répondre.
01:37En fait, c'est un cercle vicieux.
01:38C'est-à-dire que moins on a de moyens, moins on est finalement à la hauteur de ce qu
01:42'attendent de nous les gens,
01:43et plus on nous le reproche en questionnant notre légitimité.
01:46Je rappelle quand même que France Télévisions, c'est presque 500 millions d'euros d'investissement dans la création et
01:54dans le cinéma tous les ans.
01:55On est le premier financeur du cinéma après Canal+, on est le premier financeur de la création en France,
02:01on finance plus de la moitié de l'animation en France, donc on a un rôle extrêmement important.
02:07Tous les grands événements sportifs, populaires, etc., on peut les voir sur les antennes de France Télévisions.
02:12Qu'adviendra-t-il quand on ne sera plus là ?
02:18Le service public, c'est aussi beaucoup.
02:21Le service public en région, que ce soit les stations de France Bleu, que ce soit les stations de France
02:263,
02:27on est très nombreux.
02:29La rédaction de France 3 en région est quasiment la rédaction la plus grosse d'Europe.
02:34Et c'est effectivement de l'information de proximité.
02:38On travaille essentiellement là-dessus.
02:41Et c'est ce qu'attendent les gens.
02:45Et s'il n'y a plus d'argent, s'il n'y a plus de redevance, si petit à
02:50petit tout ce financement s'étiole,
02:52eh bien on n'aura plus les moyens de faire notre travail que les gens attendent.
02:57J'attends que les députés qui prennent leur fonction aujourd'hui puissent nous entendre et comprendre cela au-delà des
03:05étiquettes politiques.
03:06Parce que ça me paraît évident que nous sommes un petit peu leur vitrine aussi quelque part en région.
03:13Je parle des médias régionaux.
03:14Alors évidemment, on n'est pas leur porte-micro, ça c'est clair.
03:16Et ils le savent.
03:18Mais par contre, parler de la vie d'ici ou d'ailleurs, c'est notre boulot.
03:24Et je pense que les députés sont très attentifs à ça aussi.
03:31Je crois qu'il faut être conscient que la suppression de la redevance, c'est la fin des enquêtes qui
03:38évoquent les lobbies.
03:40Les lobbies agricoles, les lobbies pharmaceutiques, les petits tripatouillages bancaires, etc.
03:45S'il n'y a pas la redevance audiovisuelle, s'il n'y a plus de services publics, ça veut
03:49dire qu'il n'y a pas les Panama Papers, etc.
03:51Donc on fait une croix sur Hélice Lucet, Cache Investigation, etc.
03:55Vous savez que l'INA, c'est aussi une ressource...
03:58La redevance, 138 euros par an, c'est vrai que c'est une somme.
04:01Pour un ménage modeste, c'est 38 centimes d'euros par jour et par foyer.
04:06Mais pour certaines personnes, effectivement, ce n'est pas rien.
04:10Ceci dit, beaucoup de foyers en sont exonérés et particulièrement les plus modestes.
04:14Et donc, nous, on n'est pas contre le fait de redéfinir un nouveau modèle de redevance.
04:19Parce que de toute manière, vu la suppression de la taxe d'habitation, elle va être supprimée.
04:22Par contre, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait un vrai débat public sur la redéfinition d
04:27'une taxe.
04:28Par exemple, comme c'est proposé par le rapport de la Fondation Jean Jaurès, piloté par Julia Cagé,
04:33où on pourrait mettre une forme de progressivité pour faire, évidemment, exonérer les plus bas salaires,
04:38pour, évidemment, faire payer moins ceux qui sont avec des revenus modestes
04:42et faire payer plus les salaires les plus élevés.
04:45Et comme ça, au travers de la redéfinition d'une nouvelle contribution à l'audiovisuel public,
04:51injecter aussi du gain sur le pouvoir d'achat avec cette progressivité.
05:08Merci d'avoir regardé cette vidéo !