Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Enseignant à la Sorbonne, co-fondateur de l’association Banlieues Climat et figure engagée sur les questions sociales et environnementales, Féris Barkat est l'invité de ÇA IRA !

COP30, banlieues Climat, traitement médiatique et légitimité… Retrouvez l'entretien en intégralité.

00:00 COP30 : le Brésil maltraite les indigènes ?
06:16 Les combats de Banlieues Climat
11:07 Féris Barkat piégé par BFMTV
16:06 Incarnation, langage et légitimité

ABONNEZ-VOUS à la chaîne de l'Humanité https://www.youtube.com/channel/UCar0yo-PpeMk51m116826pQ/

📰 Vous avez aimé cette vidéo ? Pour une info 100% libre et engagée, ABONNEZ-VOUS : https://abonnement.humanite.fr

✊ Nous ne sommes financés par AUCUN MILLIARDAIRE. Et nous en sommes fiers ! Pour nous accompagner face à des défis financiers constants, SOUTENEZ-NOUS : https://www.humanite.fr/donner-a-lhumanite

📣 L'HUMANITÉ C'EST AUSSI :
Un site : https://www.humanite.fr/
Une application : https://app.humanite.fr
Twitch : https://twitch.tv/lhumanitefr
Instagram : https://instagram.com/lhumanitefr
Threads : https://www.threads.net/@lhumanitefr
Twitter : https://x.com/humanite_fr
TikTok : https://tiktok.com/@lhumanitefr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Féris, tu es cofondateur de l'association Banlieue Climat, on va en discuter évidemment.
00:05Tu es enseignant à la Sorbonne, tu es une personnalité médiatique qu'on n'a pas forcément l'habitude de
00:09voir.
00:09On va aussi parler de l'incarnation de tout ça, il y a plein de sujets qui nous intéressent.
00:12Tu as participé à la COP30, mais je lisais que tu as dit avant d'y aller que tu n
00:18'en attendais rien de cette COP30.
00:20Pourquoi tu n'en attendais rien de cette COP30 ?
00:22Est-ce que finalement, elle vient de se terminer la semaine dernière, est-ce que tu as eu raison de
00:26ne rien en attendre ?
00:28C'était intéressant de venir pour voir et constater qu'il n'y avait rien à constater.
00:34Mais en réalité, c'était pour nous important d'y être dans le sens où les gens étaient surpris qu
00:40'on soit accrédité.
00:41On est venu avec un groupe de mamans, de jeunes, jusqu'à Belém, ensuite à Sao Paulo et après en
00:45Amazonie.
00:45Vous étiez combien ?
00:47On était 30, donc pas les 30 à la COP, mais les 30 au Brésil, parce qu'après il y
00:51avait un parcours à aller voir dans toute l'Amazonie.
00:54On est allé un peu voir les paysans là-bas, et ceux qui protègent aussi la forêt.
00:58Mais l'idée, c'était de venir dire, notre place, elle l'est où exactement ?
01:02Est-ce qu'elle est à militer pour des virgules sur des négociations qui, dans tous les cas, sont foirées
01:09de base ?
01:09Ou est-ce qu'il n'y a pas mieux à faire ?
01:11Et sur place, on a constaté qu'il y avait un peu une instrumentalisation de la cause des indigènes et
01:16des populations autochtones là-bas.
01:18Donc on s'est concentré un peu là-dessus.
01:20Quand tu dis l'instrumentalisation, c'est-à-dire ?
01:21Parce qu'en gros, ils ont créé deux zones, une zone bleue et une zone verte.
01:24Et la zone verte, elle est là, un peu décorative, folklorique, pour accueillir les associations, les stands, les trucs.
01:29Mais du coup, c'est là-bas où les indigènes sont exposés, entre guillemets.
01:32Donc c'est vraiment trop bizarre.
01:33Et de l'autre côté, en zone bleue, là où il y a les négociations, ils n'ont pas accès.
01:37C'est pour faire semblant de les inclure, en fait, dans le débat.
01:39Alors que c'est censé être la COP des indigènes sur la déforestation au Brésil.
01:45C'est incroyable d'avoir une COP là-bas, avec deux visions du monde totalement à ce point opposé.
01:48On a à la fois les cancers et les médecins au même endroit.
01:51C'est une dinguerie.
01:51Et on s'est dit, c'est intéressant d'aller voir ça sur place.
01:54Et moi, je sors de la zone bleue et je croise une leader autochtone qui s'appelle Anna Pilis,
01:59qui représente une communauté qui est sur le territoire des Amapas.
02:02Donc c'est au nord du Brésil, près de la Guyane française.
02:06Enfin, c'est tout un territoire avec 4000 personnes qu'elle représente.
02:10Et elle distribue des tracts et tout.
02:12Et je vois que les gens, ils ont un peu rien à tirer.
02:14Et moi, avec.
02:15Et je lui prends son truc et je dis, c'est quoi ça, en fait ?
02:17Qu'est-ce qui t'arrive ?
02:18Et elle me dit, on essaie de distribuer des tracts.
02:21Mais tu vois, là, tous les CRS, ils sont là pour te protéger de moi.
02:24Je ne sais pas si vous aviez suivi la veille.
02:25Il y avait eu des altercations entre CRS et population autochtone au sein de la COP.
02:31Et donc elle me dit, oui, hier, on a essayé de rentrer en zone bleue.
02:33Ils ne nous ont pas laissé rentrer et tout, machin.
02:35Donc moi, j'enlève mon badge, je lui donne.
02:37Et elle commence à pleurer.
02:38Je dis, mais qu'est-ce qui t'arrive, cousine ?
02:39Et là, elle commence à m'expliquer qu'en fait, c'est une dinguerie ce qui est en train de
02:43se passer.
02:43Son peuple n'a pas d'eau.
02:44Il y a une surmortalité parce qu'il n'y a pas d'hôpitaux chez eux.
02:47Il n'y a rien du tout.
02:48Et que Lula a créé un ministère pour les autochtones, justement.
02:52Mais qu'en fait, en réalité, ils n'étaient pas du tout représentés ni écoutés.
02:55Mais c'était juste une manière de calmer un peu le truc, symboliquement leur donner un peu, comme quand on
02:59reconnaît, je ne sais pas, l'état de Palestine en France en disant, ok, on va reconnaître ça et on
03:01a fait le taf.
03:02Et du coup, on a de là et s'en est suivi une réflexion sur comment ils instrumentalisaient les autochtones,
03:07comme nous aussi en France, ça peut nous arriver, sur d'autres sujets, avec les sujets des banlieues et des
03:11personnes issues de l'immigration de manière générale.
03:13Et donc cette tokenisation, cette manière de prendre des gens et de les utiliser pour leur image, c'est fou
03:21comment c'était un peu universellement partagé.
03:22Même de la part de Lula, finalement. Alors qu'on a plutôt une bonne vision de Lula quand on est
03:26de gauche en France.
03:27Oui, alors après, moi, je ne vais pas rentrer en détail sur à quel point il est bancal, Lula.
03:32Mais tout ce que je sais, c'est que oui, 208 morts de leaders autochtones en 2024, 211 qui se
03:37sont suicidés la même année.
03:38C'est n'importe quoi. Et à part un ministère justement pour décorer, il n'y a rien qui s
03:43'installe.
03:43Et le pire, c'est qu'on parle de peuples qui veulent leur autodétermination.
03:47Donc quand on rentre dans un rapport de reconnaissance, s'il y a un sujet qui est reconnu, c'est
03:50qu'il y a un sujet qui reconnaît.
03:51Et donc on rapporte dans un rapport hiérarchique de maître esclave en mode, s'il te plaît, reconnais-moi.
03:55Et eux, elles ne veulent pas rentrer là-dedans. Donc moi, quand je parlais à Anna, elle me disait, mais
03:58les autochtones qui sont là-bas, c'est des autochtones de gouvernement.
04:00C'est des gens qui sont là pour servir leur politique, mais derrière, il n'y a rien qui change
04:03au niveau de juste l'eau potable chez moi.
04:05Et donc on rentre dans un rapport où l'oppresseur s'installe en disant, regardez comment on est bon, comment
04:11on est gentil, on fait un geste.
04:12Alors que ce n'est pas une question de moralité, ce n'est pas une question de bon ou pas,
04:14c'est une question de justice.
04:15Et l'oppresser est en mode, ah merci beaucoup, et qui devrait être dans une posture de gratitude vis-à
04:20-vis de Lula ou du gouvernement brésilien.
04:23Et ils n'ont pas envie d'être là-dedans, parce que généralement, ça s'est toujours soldé en catastrophe
04:27chez eux.
04:27C'est vrai que même les gouvernements de gauche, en général, en Amérique latine, même si on imagine, même au
04:31Chili ou en Colombie, les peuples indigènes sont persécutés aussi.
04:34Il y a toujours des disparitions. Et ça peut être toujours de la part du gouvernement, comme de milices d
04:38'extrême droite, mais le gouvernement aussi, même de gauche, ils ont des responsabilités là-dessus.
04:42— Féris, on avait envie de te demander, parce que je t'ai entendu notamment chez Mathieu Vidard sur France
04:49Inter, où tu disais que tu avais refusé d'aller en avion avec Emmanuel Macron,
04:54qui t'avait proposé de venir avec lui au Brésil. Pourquoi tu as refusé de prendre cet avion ?
04:58— C'était au Maroc. — Ah, au Maroc-Star.
05:00— C'était au Maroc, oui. C'était plus une question d'avion. C'était plus une question symbolique de...
05:05Moi, ça m'aurait tenu à cœur d'y aller en réalité au Maroc, d'origine marocaine, du côté de
05:09ma mère,
05:11ne pas aller voir le roi. Quand je l'ai expliqué à ma grand-mère, elle a pété un plomb.
05:14Elle a dit « Mais t'es fou ».
05:15Donc, du coup, moi, personnellement, j'ai aucun souci avec le fait d'y aller. Mais il y a toujours
05:20un décentrement à opérer, que je fais pas tout le jour,
05:22mais que j'essaie de faire parce que j'ai la chance d'être entouré, sur... Qu'est-ce que
05:27je viens faire là-bas ?
05:28Est-ce que je suis un acteur majeur des relations franco-marocaines aujourd'hui ? Non.
05:31Donc, si on m'invite, c'est parce qu'on m'instrumentalise, on m'utilise. Et donc, entre la carrière
05:36et la mission, il n'y a qu'un pas.
05:37Je suis censé être en mission pour des gens. En tout cas, je me présente comme tel. Et dès qu
05:41'il y a une opportunité pour, moi, servir mes intérêts,
05:43parce que c'est dans mon intérêt, moi, d'aller... Parce que j'ai envie de créer une école à
05:45SA URA, j'ai envie de faire plein de trucs au Maroc.
05:47J'ai totalement envie d'y aller. J'ai pas commencé à faire je sais pas quoi.
05:49Mais en réalité, je me suis retrouvé à refuser ça, mais juste parce que je voyais bien que c'était
05:55une récupération de mon image,
05:57des photos que j'allais pas maîtriser, un environnement que je connaissais pas, et qui allait me déposséder de ce
06:01que je veux porter comme message.
06:03Et donc, j'ai dû refuser, mais à contre-cœur, totalement.
06:06Oui, et en même temps, effectivement, ça paraît logique, avec tout ce que tu dis, avec tous tes engagements,
06:10surtout à un moment où il y a un certain nombre de manifestations populaires au Maroc.
06:14Aussi, c'était avant, mais oui, oui, carrément.
06:17J'ai commencé à le dire en intro, donc tu as cofondé Banlieue Climat en 2022 avec Sana Saïtouli, Abdelali,
06:23El Badaoui et le rappeur Sefio.
06:25Est-ce que tu peux nous parler un peu de cet assaut, nous pitcher globalement ?
06:28Pourquoi tu as eu envie de créer cet assaut et pourquoi vous vous battez ?
06:32Effectivement, on l'a créé il y a trois ans.
06:34On s'est réunis sur un constat autour de la question de la santé et des exposomes dans les quartiers,
06:38soit quand on est exposé et qu'on ne capte pas toujours les violences qu'on vit.
06:42Plus parfois on la vit, mais on la voit.
06:43Donc on était dans ce constat-là, il faut qu'on se réapproprie un truc qu'on subit.
06:49Il faut qu'on ait l'expertise scientifique dessus, il faut qu'on ait les outils à la fois culturels,
06:54mais aussi les outils tout simplement pédagogiques de se réapproprier le truc
06:58pour ensuite monter une formation qu'on a créée il y a trois ans.
07:01Et après, on va un peu partout.
07:02On a commencé à Strasbourg, en Ile-de-France avec, comme vous l'avez rappelé, Abdelali, Sefio et Sana.
07:08C'est improbable d'ailleurs, quand j'ai vu Sefio dans la liste, c'est aussi un frère pour moi.
07:12J'avoue que j'ai des femmes de Sefio, c'est Sefio qui s'enclenchait.
07:16Quand j'avais 16 ans, j'écoutais en boucle.
07:19Maintenant, dès qu'il y a un événement, on met Molotov à fond.
07:24C'est un prétexte pour...
07:25Je crois que tu mets Molotov parce qu'il est cofondateur, alors que pas du tout, on l'aurait mis
07:28dans tous les cas.
07:30Mais ouais, du coup, c'est un feat qui était cool.
07:33Et puis en plus, c'est des gens qui ont plus d'expérience que moi.
07:36Donc ils ont l'habitude du milieu associatif, ils ont l'habitude du milieu politique aussi.
07:39D'éviter les récupérations, comprendre un peu ce qui joue.
07:41Donc moi, ça m'a beaucoup aidé d'être en lien avec des gens avec autres expériences.
07:44Et puis voilà, on a commencé Strasbourg, Ile-de-France.
07:46Et puis maintenant, on est à Montpellier, à Marseille, à Laval.
07:49Il y a des jeunes qui sont en train de créer une antenne et qui ont créé leur propre asso
07:52sur le territoire.
07:54C'est trop bien.
07:56Tu parles des formations ? C'est quoi ces formations ? Qu'est-ce que vous apprenez ? À qui
08:00?
08:00À la base, nous, vraiment, le point de départ, c'est de l'éducation populaire.
08:04Donc on commence avec une formation de 8 heures qui est certifiée par le ministère de l'Enseignement supérieur,
08:09avec des connaissances très théoriques sur le climat, sur les sécheresses, sur le bout de rétroaction,
08:15sur le permafrost, sur les réfugiés climatiques, tout ça.
08:17On l'étudie, mais aussi avec un focus spécifique sur les territoires où on va.
08:20Ça veut dire que quand tu vas à Bagnolet, un enfant sur trois qui a de l'asthme,
08:22ok, c'est intéressant de comprendre la pollution de l'air, les particules fines.
08:25Quand on va à Montpellier, c'est intéressant de comprendre la sécurité sociale de l'alimentation,
08:30qu'est-ce qui se passe aussi là-bas, et les enjeux au niveau des pesticides, etc.
08:33Donc on essaie de localiser le truc, de rendre ça le plus concret possible.
08:37Et c'est des formations d'une journée à la base, et c'est à peu près 20 à 25
08:41jeunes qu'on forme.
08:42Et les plus motivés de ces jeunes-là sont ensuite invités à devenir formateurs.
08:46Et donc là, on les ramène à Paris, on a une école à Saint-Ouen,
08:48qu'on a ouverte il y a un an maintenant, plus d'un an, en octobre 2024.
08:54Et c'est là-bas, on accompagne tous les jeunes qui veulent ensuite devenir formateurs,
08:58et ils disent que c'est pas à moi ou à nous de venir sur chaque territoire
09:00et de garder une forme de monopole, c'est ensuite à ces jeunes-là de revenir sur leur territoire
09:04et structurer localement.
09:06Et de se saisir de la question écologique, parce que c'est aussi ça l'objectif,
09:10et puis ne serait-ce que le nom de l'association, Banlieu Climat,
09:13c'est de vraiment faire en sorte que l'écologie, ce soit un sujet qui soit partagé
09:17et que ce soit plus, pour le dire de manière caricaturale,
09:20mais peut-être que c'est ton analyse aussi, monopolisé par une bourgeoisie blanche.
09:24Comment tu vois ça, toi ?
09:25Oui, totalement comme ça. C'est l'objectif, c'est essayer de les présents créer des absents.
09:30Et à partir du moment, il y a quelqu'un qui va s'accaparer d'une question,
09:32qui va la monopoliser, qui va l'incarner.
09:33Même moi, là, je parle, il y a des gens qui vont se dire « Mais qu'est-ce qu
09:35'il raconte tu là ? »
09:36De ta manière d'être, ton incarnation. Et donc nous, on a vraiment ce truc-là de
09:41le message passera toujours à partir du mot « le messager »
09:45et « identificatoire » pour les gens qu'on va aller chercher.
09:47Et donc c'est ce qu'on a essayé de créer en disant « Moi, il y a des réalités
09:50que je ne connais pas. »
09:50Donc c'est des jeunes qui sont sortis de prison, par exemple, qui vont aller former
09:54quand on va à la santé, par exemple.
09:55Donc c'est vraiment essayer de faire en sorte de mettre en face de chaque public
09:58les jeunes les plus adéquats qui ont eu cette connaissance, cette expertise-là qui est hyper importante
10:02pour derrière être en mesure d'avoir cette légitimité et reprendre effectivement
10:07une part du débat public sur la question de l'écologie.
10:09Nous, il y a plein de mamans qui se sont engagées récemment sur la question du mercure d'Anton.
10:13Elles ont fait des campagnes incroyables.
10:15Là, on est sur la question des mobilités.
10:16On a fait un trajet Saint-Ouen-Strasbourg à vélo avec un groupe de mamans et de jeunes.
10:19C'était fou.
10:20Donc on réinvestit des thématiques qu'on avait un peu abandonnées.
10:23Mais puisqu'on le fait en groupe, puisqu'on le fait avec une forme d'expertise,
10:26on se sent déjà plus à l'aise à y aller.
10:28Et donc effectivement, il y a banlieue, climat, climat, c'est de manière générale l'écologie.
10:33Mais c'est aussi une porte d'entrée pour une conscientisation un peu plus politique
10:36des violences qu'on subit.
10:37C'est vrai qu'en plus, tu dis souvent, et ce qui est très juste,
10:41c'est que finalement, ce sont ces personnes qui vont être les premières à subir justement
10:46les violences, que ce soit à la fois sociales, écologiques, économiques, etc.
10:49Et qu'en fait, c'est les premières concernées.
10:51Et c'est elles qui vont en pâtir le plus, que ce soit de tous ces dérèglements,
10:55de toutes ces choses.
10:55Et donc, qu'on les éloigne de cette question, alors que c'est elles qui vont en être les premières
10:58victimes.
10:59C'est vrai que c'est hyper important de pouvoir se réapproprier cette lutte-là,
11:02que ce ne soient pas d'autres personnes qui parlent justement en votre nom, etc.
11:05Et donc ça, je trouvais ça hyper intéressant, ce truc-là.
11:07Et la question justement de cette violence-là, j'ai vu que tu avais été piégée,
11:11tu en as parlé d'ailleurs il n'y a pas longtemps, dans une super vidéo.
11:14Je voyais où tu expliquais...
11:15Tu nous réexpliques, oui.
11:16Oui, j'ai essayé d'expliquer.
11:17Il faut aller voir la vidéo, elle est super bien, c'est sur Yard, je crois.
11:20C'est ça, oui.
11:20Et où en fait, tu racontes comment tu arrives, tu vis du cyberharcèlement aussi.
11:26Et en fait, comment une séquence, je ne veux pas dire de bêtises,
11:28mais une séquence sur BFM TV, où on te piège un petit peu en te posant des questions,
11:31parce que tu as un discours sur la violence, qui est hyper intéressant justement,
11:34de violence à la fois de la santé, etc.
11:36Et on te piège sur le truc des violences policières, des violences sur un policier.
11:41Et à ce moment-là, en fait, c'est un peu compliqué de l'expliquer comme ça,
11:45il faudrait voir plutôt la vidéo.
11:46Je voulais te demander en tout cas, justement par rapport à cette question de la violence,
11:50des violences que justement que subissent les classes populaires,
11:53et dont on essaye de ne pas trop te laisser parler de ça,
11:55alors que c'est ça qui est hyper important, et c'est un enjeu dont il faut parler justement.
11:59Et que dans les médias, j'ai l'impression qu'on te coupe beaucoup la parole,
12:01on veut te remettre un petit peu sur le chemin, genre, mais vous condamnez quand même !
12:05Non, là c'est nous qui subissons les violences !
12:07Non, mais c'est fou, parce que c'est exactement ça.
12:10Le problème, c'est plus le problème, mais c'est le fait de parler du problème.
12:12Et donc en fait, on est en train de dire, il y a des dingueries qui sont en train de
12:14se passer,
12:16et le problème, c'est pas la dinguerie en elle-même,
12:18mais c'est le fait qu'on commence à l'aborder.
12:20Parce que nous, on a un problème, je pense, souvent en Occident,
12:22avec la question de la violence, en disant, et particulièrement en France en réalité,
12:25sur le fait qu'on est une société civilisée,
12:27et donc par définition, on ne peut pas être violent.
12:29La violence n'est pas une catégorie pour analyser les politiques publiques d'un État,
12:33puisque ça peut être une coercition, ça peut être une réponse légitime à des débordements.
12:38On peut utiliser plein d'arsenals sémantiques pour qualifier ce qui se passe,
12:42mais jamais on va parler de violence.
12:43Et donc nous, on était juste en mode, en train de dire,
12:46ok, il y a des violences en réponse,
12:48mais en réponse à une première violence,
12:50une violence politique qui s'installe, qu'il faut qualifier comme telle,
12:52et que généralement, elle s'installe aussi dans des endroits où on n'a pas l'habitude de la voir.
12:57On est d'accord pour dire que la police peut être violente à des moments,
13:00enfin, on est d'accord, c'est même pas sûr, mais en tout cas, moi je suis d'accord avec
13:02moi-même.
13:03Mais par contre, il y a des gens qui vont se dire,
13:05mais dans l'école, il n'y a pas de violence.
13:06Dans l'institution judiciaire, il n'y a pas de violence.
13:08Et donc c'est dans ces espaces-là que notre travail à nous,
13:10c'est de visibiliser ces violences-là.
13:12La violence de classe aussi dont tu parles.
13:14La violence de ?
13:14La violence de classe dont tu parles.
13:16Exactement, la violence symbolique, même sur ces plateaux-là,
13:18c'est ultra-violent parfois, et moi je ne le remarque même pas sur le coup.
13:21Mais c'est qu'après, justement, avec Yard, on a essayé de décrypter ça en disant,
13:24en fait, moi, ce n'est pas moi le sujet.
13:27Le sujet, c'est de manière générale,
13:29comment, en installant un rapport du politique vers le moral,
13:32en disant, mais cette personne-là est potentiellement défaillante, dangereuse,
13:35elle parle de violence, elle veut être violent,
13:37mais on s'en fout de ce que je veux, c'est pas ça, c'est la question.
13:39Le sujet, c'est comment on est juste.
13:40Et là, en l'occurrence, quand il n'y a pas d'autres moyens d'expression,
13:43ça peut être à des moments une réponse qui va s'installer,
13:46parce que la colère, vous ne lui avez pas donné de forme politique pour qu'elle s'exprime.
13:49Parce que les partis ont réquisitionné beaucoup de choses sur le champ politique,
13:52parce que tu n'as pas de salle, tu n'as pas de subvention, tu ne peux pas exister politiquement,
13:55parce qu'on a atomisé les gens, donc ils pensent qu'à eux-mêmes.
13:57Donc tout ça fait que la colère s'exprime d'une forme qui va vous déplaire.
14:00OK, maintenant qu'on en parle, vous ne voulez pas l'entendre.
14:03Et c'est à ce moment-là que, quand on essaie d'en parler,
14:05et bien là, on est directement décalé vers le champ de
14:08cette personne est un peu bancale, moralement défaillante.
14:10On a une sénatrice qui avait fait un courrier au Premier ministre
14:14pour dire que mon asso devait arrêter de toucher des subventions
14:17parce que c'était très dangereux ce qu'on faisait,
14:19alors que nous, vraiment, on est sur des plantes et des fleurs.
14:22Et on essaie de politiser un peu ça,
14:24mais quand on était, en gros, les gentils noirs et arabes à parler de ça,
14:28tout allait bien.
14:28Et à partir du moment où on commence à structurer une pensée en disant
14:31« En fait, oui, on continue à parler de ça,
14:33mais il faut aussi visibiliser ce fait que cette violence,
14:36elle ne part pas de nulle part, elle n'est pas abstraite,
14:37elle ne tombe pas du ciel.
14:38Elle est faite d'un système, d'une municipalité,
14:40d'une structure qui, parfois, s'abat sur des populations.
14:43Et donc, nous, quand on fait une école à Saint-Ouen,
14:45eh bien oui, tous les lundis, tous les mardis,
14:47il y a des policiers qui arrivent municipaux
14:49qui font la hague là, nos jeunes,
14:50qui sont là, contrôle sur contrôle.
14:52Donc ça, on en parle juste.
14:53Mais une fois qu'on a commencé à aborder ça,
14:56eh bien, généralement, il y a un déplacement de la politique vers la morale
14:59qui discrédite et qui disqualifie la parole.
15:00Et nous, ce qu'on essaie de dire, c'est que je ne suis pas le premier à qui ça
15:03arrive,
15:03je ne serai malheureusement pas le dernier,
15:05mais que l'idée, c'était de dire « Ouais, ça s'arrête,
15:08parce que nous aussi, en tout cas, dans les forces progressistes,
15:12ou je ne sais pas comment on peut appeler ça,
15:14en tout cas, ceux qui veulent juste être un peu normal,
15:17il faut qu'on soit aussi structurés pour proposer une réponse,
15:19parce que généralement, il y a une masse de gens neutres.
15:21Et le monde, il ne se défait pas parce qu'il y a des méchants,
15:23il se défait parce qu'il y a des gens qui se sont tues,
15:25et une grande masse qui a dit « Bah, en fait, on ne sait pas,
15:27peut-être que Féris, en vrai, il veut frapper des policiers,
15:30peut-être que c'est ça.
15:30Nous, on ne fait pas des formations pour caillasser des CRS.
15:33Le jour où on fera ça, peut-être qu'on pourra... »
15:35Non, mais tu parles vraiment de la violence structurelle de l'État, quoi.
15:37Voilà, c'est ça.
15:38Mais quand on en parle, parce qu'on peut être très vite disqualifié,
15:42on peut rentrer dans un rapport très bizarre de « Ah, on n'ose pas trop prendre position,
15:46est-ce que c'est compliqué ou pas ? »
15:47C'est pour ça que c'était important de faire cette vidéo de décryptage,
15:49de comment on passe d'un propos assez simple et pas très subversif à la base,
15:54et parce que ça a été traité d'une telle ou telle manière par l'extrême droite,
15:57ou remodifié, ou changé, on arrive ensuite à un discrédit.
16:03Un discrédité, ça marche très bien.
16:06Ça me fait penser à un truc, j'ai écouté une interview de toi sur le plateau de C ce
16:09soir,
16:10tu disais « On parle avec une standardisation du langage
16:12qui découle d'une homogénéité des origines sociales.
16:14On nous dit « Racontez-nous vos oppressions, mais de manière calme et détendue,
16:17ça reprend un peu ce que tu es en train de nous dire.
16:18Il ne faut pas brusquer le dominant par les dominés. »
16:20Ça m'a fait penser à Cazé, je ne sais pas si vous avez la rêve de Cazé,
16:24qui disait dans une interview « Tu peux dire ce que tu vis,
16:27mais il faut le dire gentiment, il faut le dire poliment,
16:29parce qu'en Occident, la colère, c'est l'ennemi de la réflexion,
16:32et donc c'est une façon de disqualifier le discours. »
16:35En fait, quand je t'ai écouté et quand j'ai repensé à cette interview de Cazé,
16:38je me suis dit « Mais vous dites exactement la même chose. »
16:40Moi, je me suis inspiré de Cazé à ce moment-là déjà,
16:43et je l'ai remis à mes étudiants en plus Cazé il y a quelques semaines à la Sorbonne
16:47parce que j'aime trop ce qu'elles racontent, et c'est totalement ça.
16:50C'est d'une insolence incroyable d'être en mesure de dire « Mais raconte-moi ta douleur, »
16:55mais dans des termes totalement calmes et dépolitisés.
16:57Donc cette manière-là de ne pas brusquer le dominant fait que du coup,
17:03bien évidemment que l'expression de cette colère va inévitablement être violente
17:07parce qu'on nous fait comprendre qu'on n'a pas les codes pour s'exprimer,
17:11on nous fait comprendre qu'on n'a pas la capacité de s'exprimer pour être audible
17:14auprès d'une sphère publique ou auprès des politiques qui sont censées nous représenter.
17:20Donc à force d'être relégué dans la case de l'inaudibilité,
17:23on est inaudible, on est inaudible, on est inaudible.
17:25Au bout d'un moment, si vous ne comprenez pas comment on parle,
17:27vous allez comprendre autrement.
17:29Et c'est inévitable que ça se passe comme ça.
17:31Et même moi, je me pose beaucoup la question de ma place dans tout ça
17:34parce que j'ai eu la chance d'avoir des profs qui m'ont beaucoup accompagné,
17:37d'avoir des parents qui sont hyper présents, enfin qui étaient hyper présents,
17:40d'avoir été à étudier, d'avoir fait des études après le bac et tout,
17:46même si j'avais vite arrêté.
17:47Ça fait que je rentre dans leur code à eux,
17:50ce qui fait que je peux très vite être instrumentalisé, très vite être utilisé
17:53en disant, regardez, on a invité Féris, donc ça veut dire qu'on fait le taf,
17:55alors que pas du tout.
17:57Donc en fait, il y a un truc dans la formulation de cette colère
18:01que Kazi raconte en disant, en fait, cette colère-là,
18:03parce qu'elle est colère, disqualifiée,
18:06et elle doit prendre des formes qui sont audibles pour eux.
18:08En fait, pas forcément.
18:09Et qu'est-ce qui se passera le jour où, en fait,
18:12à force d'avoir censuré, d'avoir utilisé parfois des gens comme moi,
18:16à tort, en disant, regardez, on vous écoute, on vous écoute ?
18:19Ben non, en fait, parce qu'il y a des formes d'expression
18:21qui ne sont pas appropriées aux espaces qui sont créés.
18:24C'est-à-dire que peut-être sur un plateau télé,
18:26c'est pas assez ouvert, ou pas assez...
18:30Ou de la part de comment c'est créé, comment c'est articulé,
18:33ça rentre pas dans ces violences-là.
18:35Je prends l'exemple parfois de Jamila Awaj,
18:37qui habite à Marseille depuis 2011.
18:39Elle alerte sur le fait qu'à la cité herbelle,
18:41il y a son frère qui est mort, c'est sûr qu'elle est tombée malade,
18:43parce que l'eau est polluée, depuis 2011.
18:45Elle croise Macron en 2017 ou 2022, je ne sais pas quand.
18:48Elle l'interpelle de manière, moi, j'estime, plutôt calme.
18:51Mais bien sûr, si elle pète un plomb, c'est normal.
18:53Encore heureux, en fait.
18:54Parce qu'à ce moment-là, il y a depuis 2011
18:57des gens qui meurent dans ta cité,
18:58et tu peux juste rien faire.
19:00J'avais très envie de te poser la question, Ferris,
19:04aujourd'hui, de l'incarnation.
19:05Alors, tu en as déjà parlé un petit peu en nous répondant,
19:08mais puis tu en parles beaucoup.
19:11Notamment autour d'un tweet qui t'était adressé,
19:14justement, je crois, quand tu étais intervenue
19:15ce soir sur l'arabe en survêt qui s'est parlé,
19:17et que c'est la manière dont on caricaturait.
19:19Comment est-ce que toi, tu vis,
19:21comment est-ce que tu politises le sujet
19:23de l'incarnation nécessaire ?
19:25On a besoin de voir des gens qui
19:28ont l'air de venir de banlieue.
19:30Quand je dis « on a besoin »,
19:31je parle là aussi en tant que banlieusard,
19:33j'ai besoin de voir des gens qui me ressemblent,
19:35qui ont un parcours, où je me dis
19:37« on a dû avoir le même parcours,
19:39on a dû connaître la même chose ».
19:41Il a peut-être grandi dans une cité,
19:42alors que peut-être que ce n'est pas du tout son cas d'ailleurs,
19:44mais en tout cas, c'est comme ça
19:45que moi, je vais me projeter.
19:47Et en même temps, je t'ai entendu dire aussi
19:48« moi, je ne peux pas représenter
19:50tous les jeunes de banlieue,
19:50et c'est évident qu'on ne peut pas
19:51te faire porter ça sur les épaules. »
19:53Et en plus de ça, il y a le racisme ambiant,
19:55on va te caricaturer, etc.
19:59Comment toi, tu arrives à dealer avec tout ça ?
20:01Comment tu arrives à avoir une ligne directrice
20:04sur ta prise de parole,
20:05sur ce que tu incarnes ?
20:07C'est super compliqué, en vrai.
20:09Je pense que les questionnements,
20:10moi, ils commencent à me...
20:11Un jour, ils vont tellement me fatiguer
20:12que je vais arrêter tout ça.
20:13Parce que je te jure, ça me saoule.
20:14De quoi ? De prendre la parole publiquement,
20:16tu veux dire ?
20:16C'est fatiguant ?
20:17Oui, c'est le but à terme,
20:18parce que je suis passé par tellement de phases.
20:21Au début, j'étais fière.
20:21Et puis tu es jeune, tu as 23 ans.
20:22Oui, c'est ça.
20:24Mais du coup, en trois ans,
20:25il y a eu tellement de réflexions.
20:27Alors que c'est court, en réalité, trois ans.
20:28Mais au début, j'étais en mode,
20:29« Ah, je suis trop content. »
20:31Parce que même sur la question
20:33de la représentation des ouvriers,
20:35par exemple, à l'Assemblée nationale,
20:36c'est un sujet que mon père m'a toujours porté
20:39depuis que je suis petit.
20:40Il était en mode...
20:41Parce que mon père, ça avait 25 ans
20:42qu'il est dans la même usine,
20:4325 ans qu'il n'en peut plus.
20:45Et donc, je me suis dit,
20:45« Ah tiens, j'ai l'occasion de parler
20:46au nom de mon père,
20:48au nom de ma famille,
20:49au nom des gens autour de moi. »
20:50Donc, j'étais trop content.
20:51Ensuite, de ce truc de fierté,
20:53on passe à un truc de...
20:54Les gars, tranquilles, quand même.
20:55Parce que là, je ne reprends pas
20:56tous les Arabes de France.
20:57Et je comprends ce besoin d'identification.
21:00Mais quand il y a un blanc qui part,
21:01il ne reprend pas tous les...
21:01Donc, pourquoi moi, là, d'un coup,
21:02qu'est-ce qui vous arrive ?
21:03Donc, du coup, je me suis dit,
21:04« Attends, il faut que je prenne du recul. »
21:05Ensuite, étape numéro 3,
21:07vu que j'ai la chance d'avoir un entourage
21:09qui me pousse beaucoup,
21:09je me suis dit,
21:10« Ah, ben, en fait, il faut que j'accepte
21:11cette responsabilité-là. »
21:13J'accepte de venir parler.
21:14C'est pour ça qu'avant chaque plateau,
21:15avant chaque émission,
21:15j'appelle 43 personnes
21:16en leur disant,
21:17« Ben, du coup, toi, c'est quoi ton rapport
21:18à ce sujet-là ? »
21:19C'est comment un truc ?
21:20Après BFM,
21:21il y a plein de gens de mon entourage,
21:23de mon cercle,
21:23qui m'ont terminé en disant,
21:25« Mais Féris, tu ne vas pas sur BFM
21:26tant que tu n'es pas préparé, préparé, préparé. »
21:29Et en fait,
21:30tu es en mission quand tu parles là-dedans.
21:31Tu es en mission.
21:32C'est dur.
21:32C'est lourd.
21:33C'est dur.
21:34Mais au bout d'un moment,
21:35si je dois...
21:36On est 2025,
21:37la France de Macron,
21:38c'est tous les jours, en vrai.
21:39Ça veut dire,
21:40soit j'accepte jusqu'au bout la responsabilité,
21:42soit je ne l'accepte pas.
21:42Sauf que moi,
21:43je n'avais tellement pas de recul sur moi-même
21:44ou quand je vais sur BFM.
21:45Tu t'es dit que tu allais pouvoir porter un message
21:47et effectivement,
21:48comme tu disais,
21:48tu as été piégé.
21:49Et puis,
21:49il y avait aussi peut-être l'idée
21:50de te discréditer,
21:51justement de...
21:52Oui,
21:52soit tu peux être instrumentalisé,
21:53genre,
21:54« Voilà, regardez,
21:55on relaie cette parole. »
21:56Ça aussi,
21:56il y a ce que tu dis,
21:57ce truc aussi de «
21:57on va l'inviter,
22:06une veste blanche,
22:07une veste bleue. »
22:08Je dis,
22:08« Oui, la coste blanche,
22:09elle est bien. »
22:09Mais moi,
22:09je n'avais pas de recul.
22:10Je me dis,
22:11« Ok, tranquille. »
22:12En plus,
22:12je leur ai posé la question,
22:13donc il n'y a rien.
22:13Je me pose,
22:14je vois le bandeau antiflic.
22:17Ça commence mal.
22:18Je regarde à droite,
22:18je regarde à gauche.
22:19Je me dis,
22:19« Bon,
22:19il y a un ancien préfet. »
22:21L'antiflic,
22:21ça ne veut pas être lui.
22:22Il y a une présentatrice.
22:24L'antiflic,
22:24ça ne veut pas être lui.
22:26Ah,
22:28ok,
22:28je capte le délire.
22:29« Tu t'es vraiment posé les questions. »
22:31Mais oui,
22:31et du coup,
22:32moi,
22:32qu'est-ce qui se passe ?
22:33C'est que je commence à sourire
22:34à ce moment-là.
22:35Parce qu'ils me disent,
22:36« Et d'ailleurs,
22:36il y a un policier
22:37qui s'est fait tabasser récemment.
22:38Tiens,
22:38regardons la vidéo. »
22:39Je fais,
22:40« Ah,
22:40mais j'ai parlé avec la programmatrice,
22:41très gentille,
22:42au demeurant.
22:42Elle ne m'a pas parlé de ça.
22:44Enfin,
22:44si,
22:44elle m'a posé la question
22:45et je lui dis,
22:45« Je ne connais pas l'affaire Tourcouan.
22:47Je ne la connais pas. »
22:58Par contre,
22:58« Tu t'es vraiment fait piéger. »
23:00En plus,
23:00le pire,
23:00c'est que je souris
23:01quand la vidéo,
23:01elle arrive.
23:02Et après,
23:03sur Twitter,
23:03ça disait,
23:04« Ah oui,
23:04du coup,
23:05même mes potes,
23:05ils ont commencé à me charrier
23:06en disant,
23:06« En fait,
23:06pour faire rigoler,
23:07faire risque,
23:07il faut une vidéo d'un policier
23:09qui se fait tabasser. »
23:10J'ai dit,
23:10« Non,
23:10mais les gars,
23:10j'ai rigolé parce que je me suis dit,
23:12« Ah,
23:12les enflures,
23:12ils m'ont eu. »
23:14Et en fait,
23:15il faut tellement penser à tout,
23:17avoir un recul sur ce que tu représentes,
23:18ce que tu incarnes,
23:19ce que tu vas défendre,
23:21que ça devient fatigant.
23:22Et sur le coup,
23:22moi,
23:22je capte que sur l'émission.
23:24Je suis en mode,
23:24« Ah oui,
23:25ok,
23:25donc l'antiflic,
23:26c'est moi.
23:27Les gars en blanc,
23:27en lacoste,
23:28c'est encore moi.
23:30Et le gars qui rigole
23:31quand il y a un policier
23:32qui s'est fait tabasser,
23:33c'est à nouveau moi. »
23:34Mais donc,
23:34du coup,
23:35ça faisait beaucoup de moi
23:35dans ma tête d'un coup
23:37et je me dis,
23:37« D'accord,
23:38en fait,
23:39même quand on essaie
23:40de proposer un propos
23:41assez clair
23:41que j'envoie à l'avance
23:43au programmateur
23:44que tout est carré,
23:45en fait,
23:45rien n'est carré.
23:46Et donc,
23:47c'est comme ça
23:47que je me dis,
23:49ça devient un peu éprouvant
23:51de gérer le truc,
23:52mais on n'a pas trop le choix,
23:53je pense.
23:54Très bien.
23:55Merci beaucoup.
23:56Féris,
23:56peut-être juste,
23:57où est-ce qu'on peut te suivre,
23:58suivre les activités
23:59de Banlieue Climat,
24:00comment est-ce qu'on peut soutenir ?
24:01Sur Instagram,
24:03sur le terrain aussi,
24:04en réalité,
24:05sur le terrain,
24:06c'est important.
24:06Nous,
24:06quand on va dans des endroits,
24:07on essaie de monter
24:08des antennes locales.
24:09Là,
24:09on va partir à Lyon,
24:10par exemple,
24:11prochainement,
24:11pour soutenir une asso
24:12qu'on a formée
24:13et qui fait peur
24:14à la municipalité.
24:16Parce qu'en fait,
24:16dès qu'on commence
24:16à structurer un groupe,
24:18c'est pour ça qu'ils ne veulent pas
24:18qu'on s'organise,
24:19ils ne veulent pas
24:19qu'on se réunisse,
24:20ils se disent,
24:20mais attendez,
24:21est-ce qu'ils vont prendre
24:21les municipales,
24:22est-ce qu'ils vont prendre
24:22les élections ?
24:23Non, poteau,
24:24on est juste là
24:24pour faire de l'écologie,
24:25tranquille.
24:26Donc,
24:26soutenez-nous sur le terrain.
24:27De planter des tulipes.
24:28Voilà,
24:29exactement,
24:29c'est juste ça.
24:30Il n'y a pas de politique,
24:31on ne connaît pas là-dedans.
24:33Mais du coup,
24:34soutenez-nous sur le terrain,
24:35aidez les jeunes
24:35qui accompagnent-les,
24:37essayez de faire du mentorat
24:38avec nous.
24:38Quand on peut,
24:40en tout cas,
24:40faire des échanges
24:41de connaissances,
24:42on prend toujours.
24:43Et puis,
24:43sur les réseaux,
24:44sur Instagram,
24:44on est là.
24:45Si on veut s'inscrire,
24:46par exemple,
24:46à une formation,
24:46on va sur banlieue,
24:47au climat.
24:48Ça, c'est chaud.
24:48Ça, c'est pas possible.
24:49Nous, justement,
24:49on s'intéresse aux gens
24:50qui ne sont pas intéressés.
24:51Donc,
24:52si quelqu'un s'inscrit,
24:53c'est mauvais signe.
24:55Mais oui,
24:55mais j'ai entendu
24:56en plus ce que tu avais
24:57dit à des gars
24:58pour les motiver
24:59à venir à une formation
25:00qu'il y avait
25:00tournoi de foot.
25:01Et du coup,
25:02les gamins,
25:03ils étaient débarqués
25:04en crampons
25:05dimanche matin à 9h.
25:07Et en fait,
25:07ils ont une formation.
25:08Donc,
25:08t'as un grand manipulateur.
25:10Moi aussi, finalement.
25:12Merci beaucoup.
25:12On est tous les mêmes.
25:13Merci beaucoup,
25:13Ferris Berkapp.
25:14Merci à vous.
25:15On invite évidemment
25:15les gens à aller te suivre,
25:17toi et l'association
25:17que tu représentes
25:18sur les réseaux sociaux.
25:19Merci beaucoup.

Recommandations