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Les lycées de France s’embrasent en raison de conditions d’études dégradées. Égalité des chances, qualité de l’enseignement ou encore perspectives d’avenir, les revendications des lycéens font écho à de nombreux défis sociaux liés au travail et aux carrières. On en parle avec Laurent Cappelletti (CNAM), Patrice Huiban (Le Nouvel essor français) et Jean-Christophe Sciberras (Newbridges).
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00:00...
00:12Le cercle est rache pour parler du sujet qui domine l'actualité.
00:16Bien sûr, cette grève des lycéens, ses émeutes à certains endroits,
00:20ses destructions à d'autres, et des revendications.
00:22Que cache ce malaise ?
00:24De quoi ce malaise est-il le nom ?
00:26D'un mal-être, d'une tension, d'une fracture de notre société.
00:31On va parler, bien sûr, des élèves, de ces lycéens qui sont dans la rue.
00:35On va peut-être parler aussi des professeurs.
00:37Ces professeurs qui, pour certains d'entre eux, sont solidaires d'ailleurs de ce mouvement de grève.
00:42On fait le point en essayant d'avoir un minimum de recul,
00:45puisque les événements, au moment où je vous parle, ont lieu et se déroulent devant les lycées.
00:50Laurent Capeletti est avec nous. Bonjour Laurent.
00:52Bonjour.
00:53Très heureux de vous accueillir.
00:54Professeur au CNAM. On va parler avec vous, évidemment, de cette relation entre les élèves,
01:01leurs professeurs, de l'Institution Éducation Nationale.
01:04À vos côtés, Patrice Huibant. Bonjour Patrice.
01:06Bonjour Rando.
01:06Très heureux de vous accueillir. Président de Nouvel Essor Français.
01:09Et enfin, Jean-Christophe Sibéras, président de New Bridges.
01:12Je pense l'avoir bien prononcé cette fois-ci.
01:16On est au cœur du cyclone, donc on a assez peu de recul pour tenter sociologiquement de comprendre les tenants,
01:24en tout cas ce qui a sous-tendu ces tensions et ces violences graves.
01:28Commençons par vous, Laurent Capeletti.
01:30Comment vous regardez cette espèce d'embrasement dont certains commencent à nous expliquer qu'on est en train de dépasser
01:371968 ?
01:38Alors, 1968, c'était des pavés, et aujourd'hui, c'est des poubelles en plastique qui fondent.
01:41Mais est-ce qu'on est en train de dépasser le stade du mot grève pour passer au mode révolution
01:47des jeunes, révolution de jeunesse ?
01:51Oui, alors bon, il n'y a pas eu de 68, il y a eu 73 de Bray, il y
01:55a eu CPE, de Vaquay.
01:59Donc on va dire que chaque dizaine d'années, il y a au moins trois grands mouvements lycéens.
02:05La particularité, si on comprend bien les revendications, c'est-à-dire que comme dans tout mouvement social, en fait,
02:10il y a des récupérations politiques.
02:13On va dire que c'est normal, c'est inévitable.
02:15Et donc, il faut creuser pour voir les revendications des lycéens eux-mêmes.
02:19Si je les ai bien entendues, on est sur des revendications de deux types.
02:25La première, sur les conditions de travail de la vie scolaire, en fait.
02:30Alors, je lisais une étude faite par des collègues sociologues parues dans Le Monde.
02:34Donc, les toilettes dégueulasses, les classes surchargées, les emplois du temps du M, etc.
02:42Donc il y a un certain nombre, j'allais dire, de dysfonctionnements structurels qu'il faut entendre.
02:48Et moi, je m'étonne, en fait, qu'on n'ait pas mis en place, depuis le temps, puisque donc
02:52ça fait 40 ans que régulièrement tout ça dure,
02:55qu'on n'ait pas mis en place une espèce de QVCTS, qualité de la vie au travail scolaire,
03:02avec une écoute assez permanente, en fait, des baromètres, des élèves, des lycéens,
03:08pour au moins traiter ce qu'on peut traiter localement,
03:10et ce qu'on ne peut pas leur remonter aux régions et à l'État pour voir ce qu'on
03:13peut faire.
03:14Et deuxièmement, dans les revendications, il y a du ressenti,
03:17de l'inquiétude, de l'angoisse, et ça, ça se traite non pas par des transformations,
03:23mais en fait par de l'écoute, de l'explication, du sens, etc.
03:27Donc je crois qu'il y a les... En tout cas, il faut s'en occuper.
03:29Ça, c'est évident, parce que sinon, si on ne s'en occupe pas, il se passe ce qu'il
03:32se passe,
03:32c'est-à-dire deux ans, trois ans, quatre ans, il ne se passe rien, et puis tout d'un
03:35coup...
03:35Ça explose. Et là, ça explose.
03:38J'écoutais Alain Bauer, ça m'a fait sourire, je le reprends,
03:40parce qu'il disait que c'est quand même assez paradoxal un mouvement de lycéens qui veulent plus de profs,
03:46plus de cours, et il dit, moi, si j'étais à leur place, j'aurais demandé,
03:49et moi aussi, d'ailleurs, j'aurais demandé moins de profs et moins de cours.
03:52Vous ne trouvez pas ça surprenant, c'est une espèce de jeunesse qui explique
03:54qu'ils n'ont pas de profs de français, ils n'ont pas de profs de maths, et qu'ils
03:57en voudraient un.
03:59Ça dit aussi leur angoisse de l'avenir, puisque s'ils n'ont pas de profs,
04:02ils ne peuvent pas travailler dans de meilleures conditions,
04:04et donc accéder à un emploi convenable. Est-ce que vous le lisez comme ça ?
04:07Oui, tout à fait, tout à fait. Quelque part, il y a une part positive,
04:10c'est l'envie de pouvoir bien se former, mieux se former,
04:13mais je dirais qu'il y a un phénomène à la fois conjoncturel et structurel.
04:16Conjoncturel, on a l'arrivée des classes nombreuses des années 2010, 2011, 2012,
04:20on a eu beaucoup de naissances à ce moment-là,
04:22donc là, conjoncturellement, il y a des classes surchargées,
04:25ou plus chargées que d'habitude, c'est exactement au collège, lycée.
04:28Des causes plus structurelles, c'est-à-dire l'absence de réforme de notre système éducatif,
04:31puisque ce n'est pas une question de moyens financiers,
04:32la dépense intérieure d'éducation qui va au-delà du budget d'État,
04:35c'est près de 200 milliards d'euros,
04:37et c'est au-dessus de la moyenne OCDE,
04:39mais après, quand on regarde ensuite les résultats,
04:42bon, les classes en PISA, c'est un problème d'efficacité,
04:44mais aussi, on le dit moins souvent,
04:45on a un des trois systèmes éducatifs les plus inégalitaires de l'OCDE,
04:48et c'est peut-être aussi ce qui nourrit l'angoisse de nos jeunes aujourd'hui en partie.
04:53Vous êtes d'accord avec ces deux analyses croisées,
04:56la QVCTS, qui est un concept déposé par Laurent Capelletti,
05:00il y a quelques instants,
05:01mais les débats qu'on a sur le monde du travail reportés au monde scolaire,
05:06et puis, un modèle éducatif, pour le dire un peu cash, à bout de souffle.
05:11Et les étudiants, les élèves, en fait, s'en aperçoivent,
05:13en sont d'ailleurs les premières victimes.
05:16Je crois que la comparaison avec le monde du travail est très intéressante.
05:20C'est quoi les revendications conditions de travail ?
05:22C'est des trucs qu'on entend dans les boîtes,
05:25quand...
05:25Ah oui, mon vestiaire est dégueulasse, les bouches sont sales.
05:28Deux, qu'est-ce que je deviens, l'emploi ?
05:30C'est quoi mon emploi de demain ?
05:32Et trois, un truc important avec l'histoire de Parcoursup,
05:36c'est pas clair.
05:37Il y a une opacité.
05:38C'est exact.
05:38Ce qu'on veut, c'est la transparence.
05:40C'est une des revendications.
05:41La confiance, c'est-à-dire qu'on a des algorithmes qui nous gouvernent
05:44et on ne sait pas très bien où ça va nous mener.
05:47Donc, c'est assez intéressant.
05:49Et en même temps, ça montre bien la gravité des choses.
05:53Parce que là, on ne se bat pas contre une réforme qui vient de sortir,
05:58que le gouvernement a trouvée dans sa poche.
06:00Pas du tout.
06:01On se bat sur le cœur du truc.
06:04D'ailleurs, il y a assez peu de politique là-dedans.
06:07C'est très, très...
06:08J'allais dire, c'est une révolte professionnelle,
06:10avant l'heure, pour des gens qui ne sont pas encore...
06:12Mais qui fait penser à des choses.
06:13Alors après, les questions, c'est comment on peut peut-être y venir aussi,
06:18c'est comment répondre à ça ?
06:19C'est-à-dire, c'est quoi les réponses qu'on peut apporter ?
06:21Le ministre a lancé une plateforme où chacun peut s'exprimer,
06:24le grand débat national des lycéens.
06:27Bon, pourquoi pas ?
06:27Mais il y a un truc qu'on a, nous, quand même, en France.
06:30On le dit, c'est que les proviseurs n'ont pas beaucoup de...
06:35Ce n'est pas eux qui ont les réponses.
06:37Non.
06:37Or, ils ne gèrent pas les effectifs, ils ne gèrent pas le recrutement.
06:44En termes budgétaires, la comptabilité publique, c'est indémerdable,
06:48quand on voulait réparer des trucs, etc.
06:51Donc, en fait, on a un système qui, en termes de réponses structurelles,
06:57pas des bricolages, on va ouvrir une plateforme, etc.
07:00Mais des réponses structurelles, ça suppose effectivement une organisation.
07:04On décentralise, on donne les moyens aux gens qui sont là pour répondre aux gens.
07:07Parce que, très honnêtement, vous êtes ministre.
07:10Vous allez regarder les réponses dans les millions ou les milliers de...
07:14J'espère.
07:15Non, mais...
07:15J'espère qu'on va aller faire un digest, le ministre.
07:17Voilà.
07:17Non, mais attendez, il va se mettre demain devant l'ordinateur du début à la fin.
07:21Non, mais attendez.
07:21Ce qu'il faut, c'est effectivement d'avoir un système, comme dans les boîtes,
07:25où on décentralise, on donne les leviers aux managers de proximité.
07:28Le proviseur, c'est...
07:29Donc, il faut un CSE S.
07:31Bien sûr.
07:32Un CSE scolaire.
07:33Mais un vrai CSE, c'est-à-dire où on en fasse de soi la personne qui décide.
07:39Mais aujourd'hui, quand vous allez dans un conseil d'administration du proviseur,
07:43il ne décide rien, il va vous dire, c'est la région qui s'occupe de me donner des sous,
07:47ou qui ne m'en donne pas, etc.
07:48Et si on mettait les pieds dans le plat, parce qu'il y a ces élèves inquiets,
07:52climat, on a beaucoup parlé de ces sujets avant les révoltes lycéennes,
07:56ces angoisses climatiques, l'IA, l'emploi, on vient de l'évoquer.
08:00Un mot quand même sur les professeurs, je me tourne vers vous,
08:02parce qu'il y a des professeurs au CNAM, des professeurs.
08:06Je regardais le prix d'embauche d'un contractuel,
08:09qui sont très sollicités ces derniers temps,
08:121 600 euros pour enseigner devant une classe de 35 élèves.
08:17Enfin, je veux dire, objectivement,
08:19on se dit qu'après tout, ces professeurs prennent aussi position,
08:22peut-être pour ce mouvement social lycéen,
08:24et qu'après tout, pas tous, mais peut-être que certains encouragent à la révolte,
08:28parce qu'eux-mêmes sont devenus des prolétaires du système.
08:31Vous n'avez pas cette impression-là ?
08:32Je ne parle pas des agrégés, je ne parle pas des professeurs d'Henri IV,
08:35je parle de ce vacataire qui va aller en Seine-Saint-Denis pour 1 650 euros.
08:40Oui, alors je vais répondre tout de suite à votre question sur le premier point,
08:45en disant qu'effectivement, on se rend compte que, pour clore là-dessus,
08:48qu'il y a un problème d'organisation au niveau local.
08:51Je regardais les chiffres, quand même, avant de venir.
08:54Donc, en nombre d'enseignants par rapport au nombre de lycéens,
08:58en fait, il y en a 1 pour 11 en France, 1 pour 12 en Allemagne.
09:03C'est quasiment pareil.
09:04Au niveau de l'argent investi par élève au lycée,
09:09c'est 12 à 13 000 en France et 19 000 en Allemagne.
09:15Ce que je veux dire par là, c'est qu'à quantité d'enseignants équivalente,
09:18nous avons des problèmes que d'autres pays, notamment l'Allemagne, n'a pas.
09:24Donc, c'est bien qu'il y ait un problème d'organisation, de management.
09:27Et donc, là-dessus, il faut effectivement...
09:29Et qui passe aussi par l'écoute des lycéens.
09:31Il faut mettre en place des processus.
09:32En parlant d'entreprise, beaucoup de profs, dont certains sont mes amis,
09:35ont quitté l'éducation nationale sans avoir été accueillis par un RH,
09:39ni off-bordés par un RH.
09:42Il s'est dit, tiens, mais pourquoi vous partez ?
09:43Vous êtes un très bel agrégé, vous quittez.
09:45Et personne ne lui a demandé.
09:46C'est hallucinant.
09:47Voilà.
09:48Alors, sur les salaires, maintenant, j'ai regardé, en fait,
09:50les modèles où les enseignants, notamment de lycées, sont bien payés.
09:54Donc, il y a deux cas en Europe.
09:55Il y a encore le Danemark.
09:57On reparle du Danemark.
10:00Après 15 ans, 6 500 euros de salaire.
10:04En Allemagne, pareil.
10:05En France, deux fois moins.
10:06Bon, 3 500 euros après 15 ans de carrière, donc en lycée.
10:11Donc, ça veut dire, en fait, qu'ils sont plus payés.
10:13Donc, il y a un investissement, j'allais dire, de l'État et des régions,
10:18plus fort sur les enseignants, notamment de lycées.
10:21Comment font-ils pour financer ça ?
10:22En fait, c'est ça, la grande question.
10:24C'est pas qu'ils ont moins de dépenses sociales.
10:27Ils en ont à peu près en proportion équivalent à nous.
10:30C'est qu'en fait, ils ont beaucoup plus de ressources.
10:33Et on revient sur cette question qui est le PIB, la croissance, le travail, etc.
10:39Donc, vous nous dites gentiment qu'on est devenu un pays pauvre
10:40et qu'on n'a plus les moyens de nos ambitions.
10:42Ce que je dis, c'est que les mêmes qui...
10:44Beaucoup de ceux qui voudraient des salaires pour enseignants supérieurs,
10:49et moi, je suis complètement d'accord,
10:51en même temps disent,
10:54restons à ne pas travailler longtemps,
10:58continuons avec un taux d'activité bas, etc.
11:01La seule solution pour payer mieux les enseignants,
11:05c'est bien sûr des décisions politiques,
11:07et c'est des décisions de créer plus de richesses.
11:09Oui, enfin, on en revient à...
11:11Je résume, c'est un peu caricatural, mais...
11:13On en revient au même débat qu'on a sur l'entreprise.
11:14C'est-à-dire que si on veut augmenter les salaires des collaborateurs,
11:17il faut que l'entreprise crée de la richesse,
11:19parce que sinon, ça ne marche pas.
11:20Dans quel état d'esprit vous êtes ?
11:21Vous dites, on a un peu abandonné notre modèle éducatif,
11:25et très paradoxalement, tout en augmentant régulièrement le budget,
11:28en disant facialement, regardez, on n'abandonne pas l'éducation nationale,
11:32le budget progresse, il y a plus d'argent,
11:33et pourtant, on voit des professeurs mal aimés,
11:37souvent démissionnaires, dépressifs pour certains.
11:40On a oublié, parmi les revendications des lycéens,
11:43je l'ai oublié, les enjeux de santé mentale
11:44et de charges excessives du travail.
11:47C'est-à-dire que c'est un vrai sujet,
11:48équilibre vie pro, vie perso, puisqu'on file la métaphore.
11:52Dans quel état d'esprit vous êtes là ?
11:53Vous dites, il y a une solution à tout ça ?
11:55Parce que, écoutez, ok, recevoir les doléances,
11:58d'accord, mais on n'a plus les moyens de...
12:00On a les moyens, là, de nos ambitions ?
12:02Après, il y a une réponse, alors la réponse à court terme,
12:04c'est l'écoute, c'est la condition de ne pas les mettre sous cloche,
12:07comme pour le grand débord de Méditerranée.
12:09Tout à fait.
12:10Mais après, à moyen terme, ce sont des réformes structurelles,
12:12il faut faire un pacte avec les médecins,
12:14pardon, avec les enseignants, et donc...
12:16C'est un autre sujet important, par ailleurs.
12:17C'est un autre sujet important.
12:18Donc, on parle de 5 milliards d'euros, par exemple,
12:20pour augmenter de 500 euros net l'ensemble des enseignants,
12:23du public et du privé, sous contrat.
12:25Mais vous savez, 5 milliards d'euros, c'est une question de choix politique.
12:27On dépense bien au moins 5 milliards d'euros
12:29pour décarboner une électricité déjà décarbonée, vous voyez ?
12:32Donc, quelque part, c'est une question de choix politique
12:33et un pacte avec les enseignants.
12:35En contrepartie de ces 500 euros,
12:37ce qui les rapprocherait de la moyenne OCDE en termes de rémunération,
12:40vous avez une autonomie des chefs d'établissement.
12:42C'est-à-dire, dans n'importe quelle organisation publique, privée,
12:44qui fonctionne bien,
12:46on fixe le cap au niveau national,
12:48c'est-à-dire les programmes scolaires à Paris,
12:51le contenu des examens,
12:52et après, le comment, c'est le chef d'établissement.
12:54Heure de travail, Patrice.
12:55On travaille plus.
12:56Et Golan Royal, en 2007, avait dit, c'est très bien,
12:58il faut les payer plus,
12:58mais il faut qu'ils soient un peu plus présents dans l'établissement.
13:00Non, on en revient au pivot.
13:01Il faut déconcentrer le système.
13:03Il faut que le pivot soit le chef d'établissement.
13:05Comme dans, je répète,
13:06n'importe quelle organisation qui tourne bien public-privé,
13:08c'est-à-dire recrutement des enseignants,
13:10évaluation des enseignants,
13:12adaptation pédagogique,
13:13sous couvert d'un contrat d'objectif et de moyens
13:15avec le rectorat.
13:16Ils travaillent plus ou pas ?
13:18C'est-à-dire ?
13:18Plus d'heures de travail dans l'établissement ?
13:20Après, s'il y a des heures de soutien, etc.,
13:23avec des heures supplémentaires...
13:24Non, parce que c'est 18 heures,
13:25un agrégé, c'est 12 heures.
13:26Enfin, vous voyez ce que c'est...
13:2715 heures.
13:28Vous voyez, sur un salarié,
13:29puisqu'on me file la métaphore,
13:31on n'est plus à 35, on est à 15.
13:33Est-ce qu'on doit aussi être dans du donnant-donnant ?
13:35C'est dans le temps de présence qu'il faut jouer.
13:37D'accord.
13:37Parce qu'il y a aussi des temps de correction, etc.
13:39C'est le temps de présence dans l'établissement
13:40pour faire notamment du soutien individualisé obligatoire
13:42pour les élèves en difficulté.
13:44Là, pardon, je termine juste sur ces propositions.
13:47La carte scolaire, c'est synonyme de ghetto éducatif.
13:50Donc, ce que nous, on propose,
13:51c'est de mettre une même fourchette d'élèves boursiers
13:53dans tous les établissements.
13:54Remettre des thermomètres dans le système, justement.
13:56On parle d'évaluation des enseignants.
13:58Et dans les classes aussi, parce qu'il fait froid, disent-ils.
14:00Oui, alors, plus d'évaluation des enseignants.
14:02Ils sont évalués tous les 5-7 ans par un inspecteur,
14:04sans prévenu à l'avance.
14:05C'est le chef d'établissement qui doit établir
14:07la note pédagogique, la note administratique.
14:08Tout à fait.
14:08C'est lui qui doit être au centre du système.
14:10Dans le meilleur des cas, tous les 7 ans.
14:11Et il n'y a plus de thermomètre, on en revient au lycéen,
14:14pour les élèves.
14:15C'est du contrôle continu en permanence.
14:17Et on repousse la sélection à l'anonymat des facultés,
14:19notamment en licence.
14:21Et ensuite, c'est remettre le paquet sur le primaire.
14:23Parce que, comme ça a été dit,
14:24on dépense beaucoup plus par élève en collège-lycée
14:26et beaucoup moins en primaire.
14:27Vous avez un programme du ministre de l'Éducation nationale.
14:30Non, mais tout à fait.
14:30Mais juste pour terminer là-dessus,
14:32la reproduction sociale se fait en primaire.
14:34Donc, on focalise sur les fondamentaux.
14:36Tous les devoirs.
14:37On applique la circulaire des années 50.
14:39Tous les devoirs sont faits à l'école
14:41avec un encadrement de proximité des étudiants et des profs payants.
14:45Donc, des profs plus présents.
14:46Exactement.
14:47Jean-Christophe, juste attendez.
14:48Plus de présence des profs,
14:50parce que là, on voit aussi des professeurs qui sont dans le cortège.
14:52Il y a les parents d'élèves, pour certains.
14:54Des profs qui soutiennent,
14:55qui sont parfois assez proches des revendications et des filles.
14:58Est-ce qu'ils doivent être plus présents dans les classes,
15:01dans l'établissement, pour travailler aux côtés des élèves ?
15:04Bien sûr.
15:05Qu'est-ce qui fait la force, souvent, des groupes, des collectifs ?
15:09C'est quand les gens sont ensemble.
15:11Or, on a un système où les enseignants, qui ont beaucoup de travail,
15:14parce que même quand on est agrégé, ça fait quand même du boulot.
15:17Mais, je veux dire, entre faire son boulot de prof,
15:20mais l'élève peut venir toquer à votre porte,
15:23venir voir vous rencontrer,
15:24ça, ça n'existe pas, on sait que dans d'autres pays,
15:27effectivement, le travail personnel de l'enseignant,
15:29il se fait quand même dans l'école.
15:31Et donc, l'enseignant, voilà, on va au restaurant,
15:34ou au self, ensemble.
15:36Enfin, je veux dire, c'est des lieux communs qu'on partage.
15:38Et il a un bureau.
15:39J'ai envie de dire, pardonnez-moi,
15:40mais dans les entreprises,
15:42quand les gens ne sont pas là,
15:44qu'ils ne se voient pas, qu'ils ne se parlent pas,
15:45ça merde.
15:45Là, c'est un peu pareil, notre système.
15:47Et là, tout ça ne coûte pas très cher, en même temps.
15:51En soi, je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas revaloriser
15:53les enseignants.
15:53Non, mais ça, c'est très sensible.
15:54Mais je veux dire, des questions d'organisation du travail.
15:57Vous voyez, par exemple, il a été dit que pour les élèves,
15:59bon, il y a la question des horaires aussi,
16:01de l'amplitude.
16:02C'est ça.
16:02Mais il a été dit, les gamins, on les fait venir trop tôt.
16:06Ils arrivent fatigués le matin.
16:07C'est vrai.
16:07À 8h, quand vous avez des cours à 8h,
16:09à 9h.
16:11Là, il y aura peut-être un débat avec les professeurs.
16:14Le débat qu'on a, c'est intéressant.
16:15Le contrat, mais surtout, surtout, franchement,
16:19qu'est-ce qui marche, c'est souvent quand on arrive
16:20à trouver des solutions ensemble.
16:22Vous voyez, les gens qui sont concernés.
16:24Si on leur dit circulaire, machin, de truc,
16:27ça ne va pas le faire.
16:28Donc, trouvons des solutions qui soient modulaires
16:31et décentralisées.
16:33Professeurs, encadrement, proviseurs,
16:35mais avec un vrai budget, des vrais moyens
16:38pour les enseignants.
16:39Et donc une autonomie.
16:40Conclusion, je retiens de ce débat,
16:41et vous l'éclairez d'une autre lumière,
16:43au-delà des grenades et des violences
16:45qui passent sur les chaînes d'info.
16:46On voit quand même cette transposition
16:48à des enjeux de travail qu'on peut transposer.
16:52En conclusion, je retrouve ça.
16:54C'est passionnant.
16:55Et je rajouterais que probablement qu'en France,
16:58on souffre aussi du fait qu'au lycée,
17:00nous avons très peu d'apprentissage.
17:03Dans les pays dont on parle, Danemark, Allemagne,
17:0650% des lycéens sont en apprentissage.
17:11Ce qui fait que...
17:12Sur le terrain, donc, hein ?
17:13Sur le terrain, en France, c'est 10%.
17:1710%.
17:18Et très peu aussi, finalement, les filières techniques.
17:21Ça veut dire aussi que dans cette...
17:22J'allais dire, dans ces revendications lycéennes,
17:25il y a aussi un besoin de concret,
17:27j'en suis convaincu, qui s'exprime,
17:29un besoin de proximité aussi
17:31avec le monde du travail et du réel.
17:34Alors que l'IA est en train, nous dit-on,
17:36de nous empoisonner, nous agripper.
17:38Mais on va poursuivre ce débat passionnant
17:40parce que vous soulevez des sujets
17:42qui peuvent d'ailleurs peut-être inspirer
17:43le ministre de l'Éducation nationale,
17:44c'est-à-dire oser faire la transposition
17:46entre le monde du travail et le monde de l'éducation.
17:48Ce n'est pas deux mondes totalement séparés.
17:50Merci à vous, Patrice.
17:51Suivant, deux secondes.
17:52Oui, je stabilisais aussi les programmes et les méthodes
17:54parce que les enseignants n'en peuvent plus
17:55des circulaires tous les jours.
17:57Et donc, nous, ce qu'on propose, par exemple,
17:58c'est de confier l'élaboration des programmes
18:00à l'Institut de France,
18:01ces cinq académies,
18:02et avec 150 professeurs agrégés de leur discipline,
18:06tirés au sort, ça permet de dépolitiser
18:08et de stabiliser les programmes.
18:09Oui, les comités théodules d'experts aux cheveux blancs
18:12qui font tomber les programmes.
18:13Merci à vous trois de nous avoir éclairés.
18:15C'était un débat passionnant.
18:16Merci Laurent Capeletti, professeur Ocnam.
18:18Merci à vous, Patrice Suivant,
18:19président de Nouvel Essor français
18:21et Jean-Christophe Sibéras,
18:22président de New Bridges.
18:24Merci à vous.
18:25Évidemment, on va suivre
18:26et on va continuer à suivre ce mouvement lycéen.
18:29Merci à Nicolas Juchat.
18:30Merci à Mani à la réalisation.
18:31Merci à Paul Hausson.
18:33Merci à vous pour votre fidélité.
18:34Bye bye.
18:37Sous-titrage Société Radio-Canada