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Olivier Vial, directeur du CERU, le laboratoire d’idées universitaire en charge du programme de recherche sur les radicalités, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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Transcription
00:00Tous, 5h, 7h, Europe 1, bonjour.
00:04Europe 1, il est 5h42, Alexandre Lemaire, votre invité, c'est Olivier Vial, directeur du CERU,
00:10laboratoire d'idées universitaires et en charge du programme de recherche sur les radicalités.
00:14Il édite chaque semaine la lettre des radicalités.
00:17Bonjour Olivier Vial.
00:19Bonjour.
00:19La mobilisation lycéenne d'hier montre un mouvement bien parti pour durer, c'est en tout cas la crainte du
00:26gouvernement,
00:26alors que des syndicats comme la CGT, des partis politiques comme la France Insoumise se sont joints au cortège.
00:32La question qui se pose au gouvernement, c'est comment sortir de la crise ?
00:36Est-ce qu'une sortie de crise est encore possible Olivier Vial ?
00:40Il y a toujours, avec malheureusement être le temps, effectivement il y aura une sortie de crise temporaire à un
00:45moment donné ou à un autre.
00:47Sauf que là on est un petit peu, le mouvement s'est construit totalement à l'envers.
00:51Il a commencé par là où d'habitude il finit, c'est-à-dire que d'habitude les mouvements lycéens,
00:57commencent par des revendications, puis une massification et finissent par la violence.
01:04Puisque c'est comme ça que ça se passait toujours, c'est ce qu'on appelait la phase de pourrissement.
01:08C'est au moment où justement une partie des revendications sont acceptées par les lycéens,
01:16la majorité des lycéens rentre en classe et il ne reste plus que les radicaux qui cassent encore un petit
01:22peu.
01:22Et ça s'éteint très vite parce que justement il n'y a plus d'alliance entre les lycéens classiques
01:29et ceux qui brûlent et cassent.
01:32Là c'est exactement le contraire qui s'est passé et c'est en ça que le mouvement est inédit
01:35et qu'il risque effectivement d'être beaucoup plus compliqué pour le gouvernement de l'éteindre,
01:41en tout cas de l'éteindre rapidement parce qu'on a commencé par la violence extrêmement vive de façon inédite.
01:48On n'a jamais connu une telle violence dans des mouvements lycéens.
01:51Et puis on commence depuis hier à découvrir quelques revendications.
01:57Les revendications elles sont apparues en réalité après le mouvement.
02:01Ce n'est pas plutôt qu'elles sont devenues inaudibles très rapidement à cause de la violence précisément.
02:06Non, non, elles n'existaient pas en fait.
02:07En fait si on regarde très rapidement, alors oui il y avait quelques revendications locales,
02:11le mouvement était simplement local.
02:13Mais c'est la nature du mouvement, c'est ça aussi qui fait sa difficulté
02:16de trouver des interlocuteurs de la part du gouvernement Olivier Vial,
02:19c'est-à-dire qu'il était extrêmement protéiniforme.
02:21A l'origine ça n'a pas été un mouvement lycéen.
02:24C'est ce qu'il faut arriver à comprendre et c'est ce que le gouvernement a du mal à
02:27comprendre maintenant,
02:28c'est que le mouvement lycéen arrive dans un second temps, il vient de commencer.
02:31Il vient de commencer au début, on a eu vraiment, et d'ailleurs il l'avait dit,
02:35un phénomène émeutier avec, vous voyez bien, les premiers jours,
02:40quand vous tendiez un micro à des lycéens qui venaient de casser des vitrines
02:45ou de mettre le feu à des poubelles,
02:49ils étaient dans l'improvisation totale au moment de donner leurs revendications.
02:54Il y avait, et ça c'est très intéressant,
02:56parce que ce n'est pas parce qu'il n'y avait pas de revendications
02:58que la colère n'était pas elle réelle.
03:00Cette colère-là, elle est réelle,
03:02elle a été d'ailleurs très largement entretenue et excitée par l'extrême gauche,
03:06mais c'est là-dessus qu'ils ont surfé.
03:09Mais aujourd'hui, effectivement, le mouvement va être plus compliqué,
03:11parce qu'on voit que les syndicats viennent rentrer dans la danse
03:17avec leur propre agenda.
03:18Ce que vous nous dites, Olivier Vial,
03:20c'est que les blocus qui étaient jusqu'ici le quotidien de la mobilisation lycéenne
03:24favorisent davantage la violence.
03:26On a vu hier, au contraire,
03:27qu'une manifestation encadrée, organisée,
03:30avec un trajet de manière très classique,
03:33permet justement aux revendications d'enfin s'exprimer.
03:36Bien sûr, là, hier, on est revenu
03:38dans ce qu'on pourrait appeler la grammaire classique d'un mouvement lycéen.
03:42En fait, hier, on est revenu à un mouvement lycéen.
03:44Le mouvement lycéen est apparu hier seulement,
03:47avec les syndicats, avec les manifestations,
03:49avec des revendications qui sont exprimées,
03:52même si ça reste encore assez flou,
03:54mais on voit que cet encadrement-là
03:57transforme effectivement un mouvement
03:59qui était avant tout un mouvement de colère violente
04:03en une manifestation qui commence à exprimer certaines revendications.
04:08Mais c'est là où ça va être difficile.
04:10C'est qu'en fait, ce qui a changé
04:13sur les 20 dernières années dans ces mouvements-là,
04:15c'est ce que je vous disais tout à l'heure,
04:17c'est qu'avant, il y avait quand même une vraie séparation
04:21entre les jeunes qui brûlaient des poubelles
04:25et ceux qui manifestaient.
04:27En fait, ils ne se reconnaissaient pas l'un et l'autre,
04:30et c'est pour ça que d'ailleurs, le mouvement s'éteignait,
04:32c'est dès qu'il y avait de la violence,
04:33il y avait une grande partie des lycéens
04:35qui rejetaient cette violence-là.
04:37Donc là, c'est difficile de faire le tri, c'est ce que vous dites.
04:38La violence, elle fait partie du modus opérantiste,
04:41c'est celle qui a permis au mouvement de naître,
04:44et une grande partie des lycéens,
04:45même s'ils ne la pratiquent pas, ils la cautionnent.
04:48On interroge beaucoup le rôle des réseaux sociaux
04:49par rapport à ce que vous dites, Olivier Vial.
04:51Est-ce qu'ils n'ont pas là un rôle d'amplificateur
04:53ou d'incitateur ?
04:55En fait, c'est même plus grave que ça,
04:57puisque, et c'est ça qui a très bien compris,
05:00notamment Jean-Luc Mélenchon,
05:02c'est que les réseaux sociaux d'une grande partie de la jeunesse
05:06ont été à la fois ceux qui ont légitimé l'usage de la violence
05:11depuis des années.
05:12On voit effectivement dans les sondages depuis 2021
05:15que l'usage de la violence politique
05:18est beaucoup plus accepté chez les jeunes
05:20que chez les personnes d'un certain âge.
05:24Et ça, c'est en partie lié à ce qu'ils regardent.
05:28C'est qu'effectivement, sur les réseaux sociaux,
05:30et c'est ce qui est compliqué, c'est que chaque âge,
05:33chaque génération n'a pas la même programmation
05:36de ces réseaux sociaux.
05:36L'algorithme joue un rôle énorme.
05:38Et effectivement, dans ces algorithmes-là,
05:40on se retrouve enfermé dans des bulles
05:42où la violence est présentée comme une légitime défense,
05:46comme les crimes de la société sont tellement importants,
05:51et notamment les vidéos sur les violences policières,
05:53quelquefois fausses d'ailleurs,
05:55sont en train de pulluler.
05:57Et donc tout ça, ça nourrit une colère.
05:59Et effectivement, ça amplifie cette colère-là.
06:01Et quand Jean-Luc Mélenchon veut manipuler les lycéens,
06:04il sait tout de suite sur quelles touches appuyer,
06:06parce qu'il y a ce réseau-là qui a excité la colère.
06:10Bien avant les réseaux sociaux,
06:11l'avènement des réseaux sociaux,
06:12je vais vous poser la question,
06:13parce qu'on entend de plus en plus le parallèle se faire.
06:16Est-ce que c'est le début d'un nouveau mai 68, Olivier Vial ?
06:21Je ne sais pas si c'est un mai 68,
06:23si c'est une version jeune des Gilets jaunes.
06:26Ce qui est sûr, c'est qu'on a aujourd'hui un terreau dans la jeunesse
06:31et dans le reste de la société aussi,
06:34extrêmement sensible et fertile à cette violence et cette colère-là.
06:40Il y a des inquiétudes.
06:41Ces inquiétudes-là, elles sont réelles.
06:43Ce qu'ont appris aujourd'hui,
06:46notamment les militants de l'extrême-gauche depuis longtemps,
06:48c'est comment on transforme de l'inquiétude en colère.
06:52Et pour ça, il suffit de désigner un responsable.
06:55Et là, c'est ce que font les porte-paroles du mouvement,
06:58ce que font surtout l'extrême-gauche.
06:59C'est d'essayer de désigner le responsable
07:01comme étant le système, la France, etc.
07:03Quand on fait ça, on crée de la colère
07:05et cette colère-là devient une force de mobilisation.
07:07Olivier Vial, vous parlez effectivement
07:09de l'infiltration de l'extrême-gauche.
07:12Est-ce qu'il y a une volonté de sa part
07:15de montrer ce à quoi pourrait ressembler, je ne sais pas,
07:17un troisième tour ?
07:18Un troisième tour si, d'aventure,
07:20le résultat de la présidentielle devait ne pas lui convenir ?
07:24C'est presque rassurant de penser comme ça.
07:27En réalité, ça a déjà commencé depuis longtemps.
07:31Il y a une partie de l'extrême-gauche,
07:33c'est étrange de devoir dire ça,
07:35mais il y a une partie de l'extrême-gauche,
07:37la plus modérée,
07:38qui est sans doute dans cet agenda-là.
07:41C'est LFI.
07:42Mais LFI, aujourd'hui, est la pointe
07:47d'un mouvement beaucoup plus radical qu'elle.
07:50Ce qu'il faut arriver à comprendre,
07:51quand on voit par exemple sur les mouvements
07:52le point levé,
07:53qui a une importance de plus en plus grande dans la jeunesse.
07:56Le mouvement le point levé, c'est un mouvement.
07:57Le point levé, c'est vraiment des révolutionnaires.
07:58Ils sont réellement violents.
08:00Et effectivement, eux, ce qu'ils veulent,
08:02c'est faire renverser le système par tous les moyens.
08:05Et ils ne vont pas attendre,
08:07et ils n'ont pas attendu
08:09qu'il y ait des échanges électoraux.
08:12Depuis plus d'un an,
08:14nous, justement,
08:15l'Observatoire des Radicalités,
08:16on note l'augmentation très sensible
08:19du nombre de sabotages
08:21de réseaux SNCF électriques, etc.,
08:25faits par des militants autonomes.
08:27C'est la même chose, d'ailleurs.
08:28Et c'est là où on voit que c'est un peu divin.
08:31Ça n'est pas totalement lié simplement
08:32au calendrier électoral.
08:34Les Allemands vivent la même chose.
08:36Les Anglais ont vécu la même chose.
08:38Les Italiens ont vécu la même chose.
08:39Il y a une montée de l'extrême-gauche violente.
08:42Et cette extrême-gauche-là, violente,
08:43elle est en train d'allumer le feu.
08:46Elle est en train d'essayer de préparer,
08:48effectivement,
08:49de faire monter ces colères-là.
08:51Elle sait qu'elle a un terreau fertile dans la jeunesse.
08:54Et elle va essayer de l'allumer par tous les moyens.
08:56Olivier Vial, merci.
08:57Directeur du CERU,
08:58laboratoire d'idées universitaires,
09:00en charge du programme de recherche
09:02sur les radicalités.
09:03Merci d'avoir été avec nous sur Europe.

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