00:00Ensuite, 5h, 7h, Europe 1 bonjour, excellent lundi matin, vous écoutez Europe 1 bonjour avec Alexis de la Fléchère, il
00:06est 5h42 Alexis, votre invité ce matin c'est Olivier Vial, directeur du CERU, le laboratoire d'idées universitaires en
00:13charge du programme de recherche sur les radicalités, il édite chaque semaine la lettre des radicalités.
00:18Tout à fait, bonjour Olivier Vial, 400 000, un peu plus de 400 000 manifestants samedi selon le ministère de
00:25l'intérieur, 800 000 selon la CGT, bon c'est un grand écart assez classique, il y a encore eu
00:31des affrontements, des pillages de black bloc mais rien de comparable, c'est vrai il faut le dire, aux scènes
00:35de chaos qu'on a connues le 17 octobre, 70 000 policiers et gendarmes mobilisés contre 60 000 une semaine
00:44plus tôt, donc il y a eu plus de forces de l'ordre sur le terrain.
00:47Est-ce que ces 10 000 policiers supplémentaires Olivier Vial ont fait la différence ou est-ce que les autorités
00:53ont surtout changé de stratégie pour tenter de bloquer les casseurs qui arrivent à chaque fois sur le terrain ?
01:00Alors je pense qu'effectivement le fait d'avoir plus de policiers était forcément une bonne nouvelle pour le maintien
01:07de l'ordre mais c'est surtout le changement de stratégie et puis le fait malgré tout que la mobilisation
01:12était plus faible et surtout beaucoup plus concentrée.
01:15On a vu effectivement environ 150 000 manifestants de moins que lors de la journée du 17 octobre et surtout
01:23beaucoup moins de lieux de manifestations, ce qui fait que ça a permis aux forces de l'ordre de pouvoir
01:29se concentrer sur certains endroits et donc de ne pas être dispersés par les manifestants, ce qu'elles avaient essayé
01:36de faire le 17 octobre.
01:37Mais ce qui a surtout été très efficace, c'est effectivement le fait dès le matin de faire des filtrages
01:44notamment dans les gares puisqu'il y a eu beaucoup d'interpellations en réalité avant même les mobilisations où des
01:51gens ont été arrêtés parce qu'ils avaient du matériel qui permettait de comprendre qu'ils allaient passer à l
01:58'action.
01:58Donc ça, ce travail en amont qui a déjà été réalisé notamment pendant les JO ou d'autres événements est
02:07sans doute ce qu'il y a de plus efficace et c'est dans cette direction-là, je pense qu
02:12'il faut désormais travailler,
02:14y compris peut-être en changement de certaines législations de façon à permettre aux forces de l'ordre d'interdire
02:22certaines personnes qui viennent fréquemment pour casser, les interdire de manifestations, les jours de manifestations.
02:30Alors Olivier Vial, dans le journal Le Parisien, on constate également que plusieurs plateformes, c'est ce que dit Le
02:36Parisien, notamment X ou encore TikTok, auraient renforcé leur modération samedi avec des comptes supprimés.
02:42Mais est-ce que ça a pu jouer aussi un rôle dans la diminution des violences, cette intervention sur les
02:47réseaux sociaux ?
02:48Oui, alors il y a eu plusieurs choses qui ont été faites.
02:50Un, déjà du côté du mouvement, il y a certaines applications qui avaient été mises en place.
02:56J'avais parlé la semaine dernière de ce Waze du 17 octobre.
02:59Cette fois-ci, elle n'a pas été mise en place.
03:01Donc effectivement, il y a déjà des choses qui n'ont pas pu être mises en place du côté des
03:04réseaux.
03:05Il y a eu certains comptes qui ont été supprimés par TikTok notamment.
03:11Notamment le compte de V2, celui qui avait été à l'initiative de l'appel du 17 octobre.
03:18Mais il y a aussi eu à un moment donné, alors je crois qu'ils se sont vite, ils ont
03:22vite recréé quelque chose.
03:23Mais le compte TikTok de cerveau non disponible qui est une des plateformes qui a le plus appelé aux mobilisations.
03:30Donc oui, on a bien vu qu'il y avait quand même un début de prise en compte de leur
03:36responsabilité du côté des réseaux sociaux.
03:38Maintenant, ça n'a quand même pas suffi à limiter tous les dispositifs.
03:45On a vu beaucoup, beaucoup de choses se mettre en place.
03:49Et puis petit à petit, on voit que d'autres applications sont en train de se mettre en place
03:55pour notamment ne pas passer directement par le réseau Internet.
03:59Et donc effectivement, on voit bien que ces militants, en tout cas les plus aguerris, ont toujours un coup d
04:05'avance même sur la technologie.
04:07Mais on le comprend bien, vous l'avez dit très clairement.
04:10Des fouilles en amont.
04:12Faire en sorte aussi que ces réseaux, que sur les réseaux sociaux, les casseurs puissent moins bien s'organiser.
04:17Ça aide, évidemment, à éviter des scènes chaotiques, comme on a pu le voir le 17 octobre.
04:24Je voudrais qu'on revienne également ce matin, Olivier Vial, sur le profil de ces casseurs.
04:29Alors, il y a plein de noms.
04:30Certains les appellent les racailles, les black blocs.
04:35Il y a aussi l'ultra-gauche.
04:36Qui sont ces groupes, précisément ?
04:40Des militants aguerris, des jeunes radicalisés, des délinquants venus profiter du chaos.
04:45C'est vrai qu'on a un peu de mal à s'y retrouver quand on voit le nombre de
04:49profils différents.
04:51Oui, mais en fait, il y a beaucoup de profils différents.
04:53Déjà, quand on parle de l'ultra-gauche, en réalité, l'ultra-gauche, c'est une galaxie de tout petits
04:58groupes
04:59qui ont d'ailleurs, quelquefois, des traditions politiques et même des méthodes très différentes les uns avec les autres.
05:06Et qui se réunissent autour d'un objectif commun qui est de créer le chaos et de lutter contre le
05:13système capitaliste.
05:14En ça, d'ailleurs, juste à une petite aparté, la menace du chaos, pour eux, est déjà une victoire.
05:19Puisque même si le 24 octobre, il n'y a pas eu autant de pillages que le 17,
05:27en réalité, pour eux, la victoire, elle était déjà donnée le matin
05:31puisqu'il y avait un nombre très important de commerçants qui avaient dû fermer boutique.
05:36Ils avaient dû augmenter le coût de la sécurisation et du gardiennage de leur boutique.
05:40Pour eux, c'est deux moyens d'affaiblir le capitalisme et donc d'affaiblir les commerçants.
05:45Donc, ils avaient déjà gagné.
05:47En fait, la menace du chaos est déjà, pour eux, un outil très efficace.
05:51Alors, pour revenir au profil, on a effectivement des choses très différentes
05:54avec une petite, quand même, nuance que je fais par rapport à certains spécialistes de sciences politiques
06:00qui sont capables, effectivement, de disserter sur les nuances qui existent entre chaque groupe.
06:05En réalité, ce qu'on s'aperçoit sur le terrain, c'est qu'aujourd'hui, il y a une forme
06:10d'hybridation.
06:11Ces différents groupes et ces différentes cultures se côtoient de plus en plus régulièrement
06:16dans les manifestations, dans les grands rassemblements,
06:19dans les opérations organisées par les soulèvements de la terre.
06:21Ce qui fait qu'on a de plus en plus de mal à établir des frontières très précises
06:27entre les différentes traditions militantes.
06:29Aujourd'hui, on voit bien que l'ultra-gauche, celle qui a fait de l'action directe
06:34et donc du sabotage, de l'action violente, c'est la marque de fabrique
06:38qui était à l'origine la seule à la pratiquer.
06:41Aujourd'hui, il y a d'autres personnes, d'autres groupes militants qui le font.
06:44Et surtout, c'est peut-être ce qui est le plus inquiétant,
06:46il y a toute une partie de la jeunesse qui ne considère plus la violence politique
06:51comme un tabou.
06:52Il y a un sondage qui montre que 47% des 18-35 ans considèrent que la violence
06:59peut être légitime pour faire avancer ses idées et peut être nécessaire.
07:03Ça ne veut pas dire qu'ils vont tous passer à l'action,
07:05mais ça veut dire qu'effectivement, petit à petit, on a des jeunes
07:08qui considèrent que la violence est un instrument politique comme un autre.
07:13Ils ont en plus appris, grâce aux réseaux sociaux,
07:15grâce à tout ce qu'on a vu ces dernières semaines.
07:19Comment faire ?
07:20C'est-à-dire qu'ils ont adopté des modes d'opération.
07:24Bien sûr, et poussé par la France insoumise.
07:27Et petit à petit, c'est ce qui fait qu'on a, au-delà des militants les plus durs,
07:32on a toute une galaxie de jeunes qui, souvent primo-activistes,
07:36vont eux aussi sombrer dans la violence, au moins ponctuellement.
07:39Dans l'actualité également, Olivier Vial, cette attaque raciste,
07:42vendredi à Trappes et à la Verrière, un mort, cinq blessés, dont une fillette de 12 ans.
07:47Le parquet antiterroriste avait été saisi.
07:49Le suspect, Kevin T, aurait déclaré être traité pour schizophrénie.
07:54Sa garde à vue a été suspendue pour raisons psychiatriques.
07:58Mais ma question, elle est toute simple, Olivier Vial, ce matin.
08:00Est-ce qu'on risque désormais de voir des violences répondre à d'autres violences ?
08:04Puisque cet homme en question a quand même déclaré vouloir venger
08:11les commerçants qui ont été pillés le 17 octobre.
08:14Oui, oui, bien sûr, c'est le risque de toutes ces stratégies de conflictualisation
08:18qui fait monter la tension.
08:20On a effectivement toujours le risque d'avoir en face d'une violence
08:24une contre-violence qui se met en place.
08:27Là, il y a cet attentat qui est dramatique.
08:30Ou même si le profil du suspect est sans doute peut-être psychiatrique,
08:36il y a quand même quelque chose qui a déclenché son geste.
08:40Et ce quelque chose-là, c'est effectivement la violence qu'il a vue le week-end d'avant.
08:45Mais ça aurait pu être aussi, et c'est peut-être là le risque le plus important,
08:49c'est qu'heureusement que le 24, la police a réussi à maintenir l'ordre
08:55parce qu'il y avait un risque de plus en plus important
08:57qu'une partie de la population se considère délaissée par les forces de l'ordre
09:02et décide de se faire justice elle-même.
09:04C'est à ce moment-là qu'il y a des risques effectivement de spirale
09:09qui peuvent devenir totalement incontrôlables très rapidement.
09:12Si à la violence répond une autre violence,
09:15on rentre dans une mécanique pré-insurrectionnelle
09:17et qui aura beaucoup de mal à revenir au calme.
09:22Et c'est pour ça qu'on va suivre avec beaucoup d'attention les prochaines mobilisations
09:25puisque dès le week-end prochain,
09:28certains syndicats ont déjà annoncé vouloir retourner dans la rue.
09:31Merci Olivier Vial, directeur du CRU, spécialiste des radicalités.
09:36Bonne semaine à vous.