00:00Il est 7h12 sur Europe 1, Jacques Serret vous recevez ce matin
00:03Olivier Vial, directeur du CERU, le centre d'études et de recherches universitaires
00:08et responsable du programme sur les nouvelles radicalités.
00:10Bonjour Olivier Vial.
00:12Bonjour.
00:12Emmanuel Macron va réunir aujourd'hui à l'Elysée le Premier ministre et plusieurs ministres
00:16pour évoquer les violences des groupuscules radicaux.
00:19Des dissolutions devraient être annoncées, notamment contre deux associations d'ultra-droite
00:23selon les informations d'Europe 1.
00:25Mais dix jours après la mort de Quentin Durand, tué par des militants d'ultra-gauche,
00:28la menace est-elle vraiment symétrique ?
00:31Est-ce qu'on peut sérieusement mettre sur le même plan aujourd'hui l'ultra-droite et l'ultra-gauche
00:36en France ?
00:37Pas tout à fait, parce qu'effectivement je pense qu'on est sur une menace
00:40qui n'est pas de la même nature et pas de la même intensité.
00:43En gros, sur l'intensité, d'après les chiffres des renseignements,
00:46on est sur une menace ultra-droite qui représente à peine un tiers en nombre de celles de l'ultra
00:52-gauche.
00:52On estime qu'il y a environ 3000 personnes fichées S à l'ultra-gauche, 1300 à l'ultra-droite,
00:583000 personnes suivies à l'ultra-droite, plus de 10 000 à l'ultra-gauche.
01:05On est sur un rapport deux tiers, un tiers.
01:07Et même quand on regarde plus précisément les projets d'attentats,
01:10soit qui ont été réalisés, soit qui ont été projetés,
01:13c'est les chiffres d'Europol pour 2022-2023,
01:16on a 50 projets d'attentats menés par l'ultra-gauche, 6 par l'ultra-droite.
01:20Donc on est sur des mesures différentes et surtout on est sur une nature très très différente,
01:24puisque autant l'ultra-gauche est de plus en plus structurée,
01:27avec une idéologie qui aujourd'hui est forte, avec des vrais liens entre eux.
01:33Autant l'ultra-droite, on voit vraiment qu'on est sur des mouvements extrêmement morcelés.
01:38Il y a ceux qui étudient le plus l'ultra-droite, c'est une université norvégienne à Oslo,
01:43qui estime que 40% des attaques d'ultra-droite sont en fait le fait d'individus isolés.
01:48Et d'ailleurs très souvent, c'est surtout des crimes racistes, donc c'est très grave,
01:51mais c'est vrai que la nature politique, quand c'est une personne isolée,
01:54on est plutôt sur un crime presque de droit commun, raciste,
01:57plus que sur un crime vraiment politique avec une idéologie et une structure derrière.
02:02Ce que vous voulez dire, c'est qu'aujourd'hui, en France, à l'échelle nationale,
02:06la menace, la violence organisée, elle est du côté de l'ultra-gauche ?
02:10Elle est beaucoup plus du côté de l'ultra-gauche,
02:13parce qu'effectivement, en plus on sous-estime beaucoup la menace d'ultra-gauche,
02:17parce qu'on se concentre simplement sur la partie de la violence qui est contre les personnes.
02:22L'ultra-gauche, elle, a développé un spectre de violence beaucoup plus large.
02:26On a notamment une augmentation significative des sabotages,
02:29et ça peut aller très loin, puisque la semaine dernière,
02:32c'est une actualité qui a été un peu éclipsée par la mort de Quentin,
02:35mais pour la première fois, on a des groupes écologistes radicaux
02:37qui ont posé une bombe chez un ingénieur de Landra,
02:41donc une attaque personnelle avec un engin explosif.
02:43Heureusement, la bombe a été déminée,
02:45mais on voit effectivement que cette violence-là est extrêmement forte,
02:48et elle n'est pas, en zone générale, mesurée,
02:52parce qu'elle est considérée comme de la violence contre des biens.
02:55Alors, il y a cette réunion aujourd'hui à l'Elysée.
02:56Selon les informations d'Europe 1, il y a deux associations d'Occitanie
02:59qui sont pointées du doigt, des associations d'ultra-droite,
03:03il y a le Bloc Montpellier 1 et Patria Albige,
03:05qui pourraient être dissoutes.
03:07Est-ce que vous pouvez nous dire sur ces deux organisations,
03:09qui sont-elles pour que l'on comprenne ?
03:10Alors, déjà, là aussi, ça montre la différence
03:13entre ce qu'on a entendu sur l'ultra-gauge,
03:14c'est deux associations qui, en fait, sont souvent des groupements de faits,
03:18donc pas de structure réelle,
03:20et qui comportent une dizaine de personnes dans chacun de ces groupes.
03:23Donc, on est sur des groupes qui sont affinitaires,
03:26mais finalement avec assez peu de monde.
03:29Le Bloc Montpellier 1, c'est un groupe qui se revendique national révolutionnaire,
03:34qui a été constitué en 2024, donc tout récemment,
03:38et qui, effectivement, a commis quelques actions violentes
03:41contre des personnes,
03:43notamment, effectivement, des agressions dans des festivals,
03:48contre des adversaires politiques.
03:49Et pour ce qui est de Patria Albige,
03:53c'est un groupe qui est de la tendance identitaire,
03:57qui, d'ailleurs, c'est intéressant,
03:58parce qu'est né, lui, un peu plus tôt, en 2021,
04:01pareil, une vingtaine de membres maximum,
04:03et qui est né suite à la dissolution de générations identitaires.
04:06Et donc, on voit qu'à chaque fois qu'on fait des dissolutions,
04:09ça sème dans d'autres petits groupes.
04:11Mais justement, on y vient, parce que depuis 2017,
04:13alors au total, il y a eu 49 dissolutions,
04:15et la jeune garde, à l'ultra-gauche, justement,
04:17et on en a beaucoup parlé ces derniers jours,
04:18a été dissoute, elle semble pourtant impliquée
04:20dans le meurtre de Quentin Durant.
04:22La question, c'est, est-ce que ces dissolutions,
04:24et ils pourraient en être prononcés aujourd'hui,
04:25est-ce que ces dissolutions servent encore à quelque chose ?
04:27En fait, je pense que les dissolutions,
04:29c'est malheureusement beaucoup plus symbolique et politique,
04:31utilisé par les politiques pour faire un symbole,
04:34parce qu'on s'attaque à des structures
04:36qui, réellement, n'ont pas vraiment d'entité juridique,
04:39et donc, on s'aperçoit, effectivement,
04:41que très souvent, ça n'a pas d'efficacité.
04:43On l'a vu, par exemple,
04:45quand le Génération Identitaire,
04:46un autre groupe d'ultra-droite, avait été dissous,
04:49ça a eu comme conséquence
04:50de rendre le travail des renseignements
04:53beaucoup plus compliqué,
04:53puisqu'il y a eu une myriade de nouvelles associations
04:55qui se sont créées aussitôt.
04:58Et, par exemple,
04:59le groupe Argos,
05:00qui est un groupe qui a pris un peu
05:01la succession de Générations Identitaires,
05:03et effectivement, il y a eu 15 mises en garde à vue
05:06pour des reconstitutions de ligues dissoutes,
05:08mais ça n'empêche que le groupe existe toujours,
05:11et qu'on voit qu'effectivement,
05:12ça offre peu de moyens juridiques.
05:15Donc, le vrai travail, aujourd'hui,
05:16je pense, c'est justement de prendre conscience
05:18qu'on est dans de la violence politique,
05:20quand c'est vraiment de la violence politique,
05:21et que, du coup, il faut essayer
05:23de regarder en profondeur,
05:24et donc, plutôt que s'attaquer aux structures,
05:27parce que c'est un peu symbolique,
05:28il faut s'attaquer vraiment aux membres,
05:30et donc, quand ils commettent des agressions,
05:32il faut que ça soit beaucoup plus dur,
05:35la répression,
05:36et surtout qu'il y ait un vrai travail de renseignement.
05:39Le procureur de Grenoble, Éric Vaillant,
05:41quand il était en poste,
05:42a dit que tous les six mois,
05:44il était confronté à un attentat d'ultra-gauche,
05:46et que, malheureusement, sa hiérarchie
05:48considérait trop souvent que c'était du droit commun,
05:52et qu'il y avait besoin, justement,
05:53de nationaliser ça,
05:55avec notamment le parquet national antiterroriste,
05:58pour mieux comprendre l'idéologie qu'il y a derrière,
06:00les liens logistiques qu'il y a derrière,
06:02et tous ces réseaux-là.
06:03Malheureusement, on a trop souvent considéré
06:06que cette violence-là était parcellaire,
06:08droit commun,
06:09et je pense que c'est là-dessus qu'on a un vrai enjeu,
06:11beaucoup plus que sur les dissolutions.
06:13Écoutez, merci beaucoup, Olivier Vaillant,
06:14merci d'avoir accepté notre invitation ce matin sur Europe 1.
06:16Je rappelle que vous êtes directeur
06:17du Centre d'études et de recherche universitaire,
06:19responsable du programme sur les nouvelles radicalités.
06:22Très bonne journée à vous.
06:22Merci.
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