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Romancier et poète né en Jamaïque, Claude McKay a parcouru le monde de l’entre-deux-guerres en vagabond visionnaire, poète insoumis et pionnier de la conscience noire. Des milieux littéraires new-yorkais à l'intelligentsia parisienne, des cercles du pouvoir bolchéviques aux bas-fonds du port de Marseille, il a tissé des liens avec certains des plus grands noms de son époque, de Charlie Chaplin à W.E.B Du Bois, en passant par Trotsky ou Fitzgerald, tout en fraternisant avec les marins et trimardeurs de toutes les diasporas noires.
Nourri par ses rencontres et ses expériences sur plusieurs continents, il a laissé une œuvre vibrante (poésie, romans et essais) portée par une philosophie radicale et visionnaire, qui a inspiré la Renaissance de Harlem aussi bien qu'Aimé Césaire et les penseurs de la Négritude. Son poème cri, If We Must Die, écrit il y a un siècle contre les lynchages, résonne encore aujourd’hui avec la même urgence que les slogans de Black Lives Matter.
Le film retrace la vie exceptionnelle de cette figure clé de la littérature africaine-américaine à la croisée des aspirations artistiques et politiques les plus importantes du début du XXe siècle.
Porté par la voix de Gaël Faye qui nous fait entendre la parole vibrante de Claude McKay, le film nous fait redécouvrir quelques-unes de ses plus grandes œuvres trop longtemps éclipsées : Banjo, Romance à Marseille, Un sacré bout de chemin… et nous offre, grâce à des archives inédites, une odyssée à travers l’histoire du début du XXe siècle.
Nourri par ses rencontres et ses expériences sur plusieurs continents, il a laissé une œuvre vibrante (poésie, romans et essais) portée par une philosophie radicale et visionnaire, qui a inspiré la Renaissance de Harlem aussi bien qu'Aimé Césaire et les penseurs de la Négritude. Son poème cri, If We Must Die, écrit il y a un siècle contre les lynchages, résonne encore aujourd’hui avec la même urgence que les slogans de Black Lives Matter.
Le film retrace la vie exceptionnelle de cette figure clé de la littérature africaine-américaine à la croisée des aspirations artistiques et politiques les plus importantes du début du XXe siècle.
Porté par la voix de Gaël Faye qui nous fait entendre la parole vibrante de Claude McKay, le film nous fait redécouvrir quelques-unes de ses plus grandes œuvres trop longtemps éclipsées : Banjo, Romance à Marseille, Un sacré bout de chemin… et nous offre, grâce à des archives inédites, une odyssée à travers l’histoire du début du XXe siècle.
Categoria
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AprendizadoTranscrição
00:00Black Lives Matter, Black Lives Matter, Black Lives Matter
00:05There's no such thing as a peaceful revolution
00:07We have to start fighting back
00:09I have a dream
00:10We are united
00:14If we must die, let it not be like hogs, hunted and penned in an inglorious pot
00:23Si nous devons mourir, que ce ne soit pas comme des porcs traqués et parqués dans un enclos infâme
00:30Pendant qu'autour de nous, les chiens enragés aboient et se moquent de notre triste sort
00:35Si nous devons mourir, nous mourrons noblement
00:40Afin que notre précieux sang ne soit pas versé en vain
00:44Alors, même les monstres que nous défions seront contraints de nous honorer dans la mort
00:49Oh mes frères, nous devons affronter l'ennemi commun
00:54Même inférieurs en nombre, montrons notre bravoure
00:58Pour leurs mille coups reçus, rendons un coup mortel
01:02Qu'importe si devant nous s'étend la tombe ouverte
01:05En homme, nous ferons face à la meute meurtrière
01:08Le dos mûr, mourant, mais rendant coup pour coup
01:26Cette voix, c'est celle de Claude Mackey
01:28Quand il écrit ce sonnet il y a plus d'un siècle
01:32Il n'est qu'un petit employé des chemins de fer de Pennsylvanie
01:36Ce poème, coup de feu, va faire de lui une idole
01:42Arlem va épuiser le souffle de sa renaissance
01:45Et lui, le fils de paysans jamaïcains, va devenir l'ami des artistes
01:50Et la coqueluche des mondains
01:52Mais il préfère les clandestins des bas-fonds
01:55Les malfrats et les trimardeurs de tous les océans
01:59Claude Mackey, c'est un révolutionnaire inclassable
02:02Un éternel vagabond
02:04Un anticonformiste qui explore toutes les marges
02:08Il n'appartient à aucun mouvement
02:10C'est un mouvement à lui tout seul
02:13Il bourlingue pendant 20 ans de Kingston à Harlem
02:16De Moscou à Marseille
02:17De Paris à Tangier
02:20Cette vie d'aventure, il va en faire une œuvre
02:23Des poèmes, des romans
02:25Une révélation pour aimer Césaire
02:28Et une source d'inspiration pour les mouvements d'émancipation après lui
02:32Trop subversif, trop marginal
02:35L'histoire l'a peu à peu oubliée
02:37Il est temps que sa voix résonne à nouveau
02:49Je n'ai rien à vous donner que méchant
02:52Toute ma vie, j'ai été un troubadour vagabond
02:55Me nourrissant surtout de la poésie de l'existence
02:59Et tout ce que je vous offre ici
03:01C'est l'essence poétique de mon expérience
03:17Claude Mackay a 18 ans
03:19Dans le train qu'il emmène à Kingston
03:21La capitale de la Jamaïque
03:22Il voit défiler la campagne où il a grandi
03:26Descendant d'esclaves africains
03:28Son père est parvenu à devenir un paysan prospère
03:31Son frère aîné, Uteo, est instituteur
03:34Il lui a donné le goût de la lecture et de l'écriture
03:38Grâce à lui, il a dévoré Shakespeare et tous les grands classiques
03:41Mais aussi Spinoza, Goethe, Verlaine ou encore Oscar Wilde
03:46Mais sa jeunesse heureuse au milieu des livres est terminée
03:50Il doit maintenant gagner sa vie
03:51Et pour l'instant, il n'a trouvé qu'un poste de gendarme
03:56Laissez-moi l'avouer tout de suite
03:57Je n'avais pas en moi l'étoffe d'un bon gendarme
04:00Car je suis ainsi fait que l'imagination l'emporte sur la modération
04:04Et j'ai le malheur d'éprouver une sympathie tout à fait déplacée pour les malfaiteurs
04:10Il n'est pas dans mon tempérament de me conformer à des usages qui ne me conviennent pas
04:14Et j'avais une sensibilité particulière
04:16Qui rendait certaines formes de discipline désagréables
04:19Ainsi qu'une haine féroce de l'injustice
04:25Le peuple jamaïcain, composé d'anciens esclaves
04:28Vit sous le joug des colons britanniques depuis le XVIIe siècle
04:33A Kingston, où vit une importante population blanche
04:37Claude se heurte au racisme
04:40La rébellion était dans mon cœur
04:42Et elle était alimentée par les inévitables frottements de la vie quotidienne
04:47Pour soulager mes sentiments, j'ai écrit des poèmes
04:51Dans mon adolescence, j'avais rencontré M. Jekyll
04:55Un gentleman anglais qui devint mon mentor
04:57Et qui m'encouragea à écrire des vers en dialecte noir
05:03Grâce à son appui, il devient le premier écrivain à publier de la poésie en patois jamaïcain
05:09Deux recueils intitulés « Chanson de la Jamaïque » et « La balade du gendarme »
05:14Qui évoque déjà ses thèmes de prédilection
05:16La souffrance de la classe ouvrière
05:18Le racisme
05:20L'homosexualité
05:21Mais aussi l'amour pour son île natale
05:46Ce premier succès permet à Claude d'obtenir une bourse
05:49Et de nouveaux horizons s'ouvrent à lui
05:52Il embarque alors pour les Etats-Unis
05:54Avec l'ambition d'y démontrer son talent
05:59L'esprit nomade
06:00Ce démon de certains poètes s'était emparé de moi
06:04J'avais le désir de courir le monde
06:06Et d'en découvrir le sens
06:10Il ne le sait pas encore
06:12Mais il ne remettra jamais les pieds sur sa terre natale
06:26Mackey a 23 ans lorsqu'il s'installe en Alabama
06:29Pour étudier l'agriculture
06:36Mais c'est la violence de la ségrégation raciale qu'il découvre
06:40C'est un véritable choc
06:43J'avais entendu parler des préjugés en Amérique
06:46Mais je n'avais jamais imaginé qu'ils étaient si intensément amers
06:50J'ai d'abord été horrifié
06:53Mon esprit s'est révolté contre cette ignoble cruauté
06:59Je me suis vite retrouvé à haïr en retour
07:03Mais ce sentiment ne pouvait durer
07:05Car haïr, c'est être malheureux
07:12Comme des millions de Noirs du Sud
07:15Mackey décide de fuir vers le Nord
07:18C'est le début de ce qu'on appellera
07:20La Grande Migration
07:38En 1914, ils s'installent à New York
07:41Où ils se font dans la communauté noire de Harlem
08:06Je désirais produire quelque chose de neuf
08:11Quelque chose qui restitue l'esprit et l'accent de l'Amérique
08:17Contre sa violence qui consumait mon corps noir
08:20J'allais élever la voix afin de faire de ma révolte un hymne
08:26C'est ainsi que je devins un vagabond
08:28Mais un vagabond qui avait un but
08:30J'étais bien déterminé à m'exprimer par l'écriture
08:35Pour subsister, je fus forcé de travailler
08:40Je cherchais donc une activité manuelle facile
08:42Qui me laisse libre de faire travailler mes méninges
08:46Portiers
08:48Préposés à la chauffe
08:49Serveurs
08:51Garçons de bar
08:53Domestiques
08:55Mon temps libre se partageait entre mes expériences quotidiennes
08:59Et mes tentatives d'écriture
09:06Claude Mackey est finalement engagé comme serveur
09:09Dans les wagons-restaurants du New York & Philadelphia Express
09:13Dès qu'il en a le temps
09:14Il écrit
09:16Un jour, en plein service
09:18J'avais été possédé par un extraordinaire sentiment lyrique
09:22Et les mots produisirent dans ma tête un bourdonnement incontrôlable
09:26Je me précipitais dans les toilettes
09:28Et me dépêchais d'écrire le texte sur un bout de papier
09:35Une ancienne petite amie de Jamaïque le rejoint à New York
09:39Nous nous sommes mariés
09:40Mais ma femme s'est lassée de cette vie au bout de six mois
09:43Et elle est retournée en Jamaïque
09:46Claude l'ignore
09:47Mais elle est enceinte
09:49De retour au pays
09:50Elle va mettre au monde une fille
09:53Son unique enfant
09:54Qu'il ne rencontrera jamais
10:01La première guerre mondiale vient de se terminer
10:04Des dizaines de milliers de soldats noirs américains
10:07Reviennent du front
10:08Avec une conviction nouvelle
10:10Après avoir participé à la guerre en Europe
10:12Ils méritent plus que jamais
10:14Une place égale aux blancs
10:16Dans leur propre pays
10:18A New York
10:19Deux grandes figures incarnent ces revendications
10:22Avec des visions très différentes
10:24Qui vont chacune à leur façon
10:26Profondément inspirer Claude Mackey
10:31Il y a d'abord son compatriot jamaïcain
10:34Marcus Garvey
10:35C'est le grand leader de l'Union Universelle des Noirs
10:39Et le promoteur du mouvement pour le retour en Afrique
10:44Son journal
10:45The Negro World
10:46Diffuse ses idées sur tous les continents
10:51Le mouvement de Garvey
10:52A connu un succès incroyable
10:55Il avait des millions d'adeptes
11:06Des Noirs de toutes les parties du monde
11:08Opprimés par les capitalistes blancs
11:10L'ont salué comme l'étoile de l'espoir
11:12L'ultime solution à leur problème
11:14C'était un véritable Moïse noir
11:29Contrairement à Marcus Garvey
11:31Qui prône le séparatisme
11:32Le docteur Dubois
11:34Et l'Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur
11:37Milite pour l'assimilation des Américains Noirs
11:42Son livre
11:43Les âmes du peuple noir
11:45Me fit l'effet d'une secousse sismique
11:47Et je place son auteur sur un piédestal
11:50Car dès cette première lecture
11:51J'ai éprouvé comme une illumination
11:55Cet ouvrage contient une phrase prophétique
11:59Le problème du XXe siècle
12:01Sera celui de la Color Line
12:09Cette ligne de séparation des couleurs
12:11Se concrétise sous ses yeux
12:12Depuis son arrivée sur le sol américain
12:15Les Noirs d'un côté
12:18Les Blancs de l'autre
12:25A l'été 1919
12:28Le contexte est explosif
12:36La nouvelle place revendiquée par les Noirs
12:39Provoque la colère des suprémacistes blancs
12:43Des émeutes raciales éclatent
12:48Des centaines de Noirs sont massacrés dans tout le pays
12:53On appelle ce sanglant épisode
12:55Le Red Summer
13:05Notre presse noire était pleine de détails morbides
13:08Sur les heurts entre Noirs et Blanc
13:11Les fusillades meurtrières
13:13Et les pendaisons
13:16Nous, les Noirs des chemins de fer
13:19Nous étions inquiets
13:20Nous restions groupés
13:23Quelques-uns étant armés
13:24Car on ne savait jamais ce qui pouvait arriver
13:29C'est alors que le sonné
13:30If we must die
13:31Est sorti de moi comme un coup de feu
13:43Il soumet son poème au Liberator
13:46Une revue de la gauche radicale
13:48Qui décide immédiatement de le publier
13:51Son rédacteur en chef s'appelle Max Eastman
13:54En lui, McKay a trouvé son plus grand soutien
13:58Claude McKay est le plus grand poète révolutionnaire d'Amérique
14:02Il est au premier rang de la bataille pour la liberté humaine
14:06Son poème est un appel vibrant aux opprimés du monde entier
14:10Quelle que soit leur race ou leur couleur
14:15Ce poème a été repris maintes fois
14:17Il a été récité dans les clubs
14:19Les écoles et les meetings noirs
14:22Il s'est frayé un chemin
14:24Jusqu'au chair des églises noires
14:26Des pasteurs l'ont utilisé
14:28Comme conclusion de leurs sermons
14:30Et les fidèles ont répondu
14:31Amen
14:32Grâce à ce sonné
14:34Le peuple noir unanime
14:36Me sacra poète
14:44Mais cette gloire naissante ne lui suffit pas
14:47McKay veut poursuivre sa route
14:49Découvrir ce qui se passe de l'autre côté de l'océan
14:52Voir de ses yeux
14:53Le vieux continent ébranlé par la grande guerre
14:56Un monde en plein bouleversement
15:11Il n'aime pas Londres
15:12Ni son climat
15:14Ni les fumées des usines
15:16Ni le racisme qu'il doit affronter
15:18Pour trouver un logement
15:19Ou accéder aux bibliothèques
15:24Le peuple anglais était pour moi aussi glacial
15:26Que son brouillard
15:29Mais Londres était quand même
15:31Un ferment politique extraordinaire
15:35Les plus brillants ténors du mouvement ouvrier britannique
15:38Et de l'extrême gauche
15:39Venaient parler à l'International Club
15:41Et j'assistais à la plupart de leurs conférences
15:47Socialistes
15:47Communistes
15:48Anarchistes
15:49Militants syndicaux
15:51Harangueurs de foule
15:52Leur contact me stimulait
15:54Élargissait mes conceptions de la société
15:57Et je me plongeais dans la lecture de Karl Marx
16:03Certains pensaient que Marx
16:04C'était le véritable prophète
16:05D'un nouvel ordre social
16:07Et s'il ne se trompait pas
16:13Une chose me semblait évidente
16:14Le monde entrait dans une phase
16:16De profonds changements sociaux
16:18Et j'étais enthousiasmé
16:19Par les possibilités qui s'ouvraient
16:23Dans cette atmosphère d'agitation politique
16:26Claude Mackey fait une rencontre déterminante
16:28Sylvia Pankhurst
16:29Militante radicale
16:31Anticolonialiste
16:32Et féministe
16:33Proche de Lénine
16:34Elle est l'enfant terrible
16:35Du mouvement des suffragettes
16:37Menée par sa mère et sa sœur
16:40Son regard était ardent
16:42Un peu fanatique même
16:43Avec un soupçon de roublardise
16:46Elle me dit qu'elle souhaitait
16:48Que je travaille pour son journal
16:49Le Worker's Dreadnought
16:52Je ne laissais pas passer cette occasion
16:54De m'adonner à un peu de journalisme radical
17:03Alors qu'il travaille avec elle depuis presque un an
17:05Sylvia Pankhurst est arrêtée
17:07Accusée de tentative de subversion des forces armées de sa majesté
17:12Avec ses écrits engagés
17:14Mackey est suspecté à son tour
17:17Un soir
17:18Le secrétaire de l'International Club me montrait une lettre anonyme
17:22Qui m'accusait d'être un espion
17:24Je vous assure que Jules a nausé
17:26Et je fus pris d'un désir fou de quitter au plus vite cet empire
17:36Écoeuré, désargenté
17:38Mackey est obligé de solliciter ses amis
17:40Pour payer son billet de retour
17:52L'impression de crasse laissée par la traversée de l'Atlantique en classe pont
17:55Fût balayée par l'immensité merveilleuse de ses lignes nettes
17:59Verticales
18:00Défiant le ciel
18:02Glorifiant l'étendue de l'espace
18:06Enfin
18:07Le bateau fut amarré
18:09Et je descendis sur le quai
18:14Le métro aérien m'expédia d'un trait jusqu'à Arlène
18:22Quel bonheur précieux de se sentir à nouveau noir parmi les noirs
18:25Qu'il était bon de se perdre à nouveau dans les ombres de Arlène
18:34Maxis Mann me proposa de devenir rédacteur adjoint du Liberator
18:46Je fréquentais alors tous les militants de la gauche radicale
18:49Ainsi que l'élite des penseurs noirs
18:58Un jour
18:58Max est arrivé en compagnie de Charlie Chaplin
19:02Je fus très heureux d'apprendre que ce grand petit bonhomme
19:05Avaient aimé mes poèmes
19:10J'ai rencontré Claude Mackey, le poète noir
19:12Il est très beau
19:13C'est un Jamaïcain pur sang
19:15Je comprends aisément pourquoi on le qualifie de prince africain
19:18C'est un véritable aristocrate
19:20Avec la sensibilité d'un poète
19:22Et l'humour d'un philosophe
19:27J'ai peut-être eu plus d'amis blancs que de couleur
19:30Ni la couleur de leur peau
19:31Ni celle de leur argent
19:33Ni celle de leur classe
19:34N'ont jamais signifié grand chose pour moi
19:37C'est davantage la couleur de leur esprit
19:39La chaleur et la profondeur de leur sensibilité
19:42Et de leur affection
19:43Qui ont compté
19:51En 1922
19:52L'équipe du Liberator milite pour la libération de l'activiste communiste Charles Ashley
19:59Charles est un poète
20:00Comme Claude
20:02Et il revendique son homosexualité
20:05Peu après sa sortie de prison
20:07Une relation passionnée se noue entre les deux hommes
20:10Ponctuée de séparation
20:11Puis de retrouvailles
20:14Les chemins des amants se croiseront à nouveau en Russie
20:16A Berlin
20:17Et sur la côte d'Azur
20:27Cette période de bohème était idyllique
20:30Mes amis m'invitaient à des réceptions
20:32Ils m'offraient des places de théâtre et de concert
20:41On m'amena dans quelques-unes des rares boîtes à jeans de Greenwich Village
20:44Qui n'étaient pas atteintes par la phobie des gens de couleur
20:47Et je leur rendis l'appareil
20:49En invitant certains d'entre eux dans les cabarets et les soirées chaudes de Harlem
20:58Quand vous en aviez assez du chiquet de la 7ème avenue
21:01Vous descendiez au Congo
21:03Et vous vous jetiez librement dans la débauche
21:05Parmi les tenaces odeurs de cuisine
21:07Et les chauds relents indigènes de Harlem
21:10Vous passiez la nuit à zigzaguer et à chahuter
21:12Voilà ce que vous faisiez
21:14En bon enfant noir qui cherche la joie à New York
21:20Harlem devient alors la capitale mondiale des cultures noires
21:24Le point de convergence des plus brillants intellectuels et artistes de toutes les disciplines
21:32Cette vie culturelle bouillonnante
21:34C'est un vent d'émancipation qui se lève
21:36Porté par les rythmes endiablés du jazz
21:41Ils s'autoproclament les Nouveaux Nègres
21:43Et nomment cette révolution
21:45La renaissance de Harlem
21:53Au sein de l'intelligentsia noire
21:55Se trouvait un groupe intéressant de conteurs
21:58De poètes et de peintres
21:59J'étais leur aîné
22:00Ils me considéraient comme un précurseur
22:07Langston Hughes et Zora Neillorston
22:09Sont les figures de proue de cette nouvelle littérature
22:13Les artistes se saisissent de leurs racines africaines
22:16Pour inventer une esthétique d'avant-garde
22:19Aaron Douglas, le plus fameux d'entre eux
22:21Créera les couvertures de tous les romans de McKay
22:32Cette affirmation culturelle et politique est une lueur d'espoir pour les africains américains
22:37Mais elle n'efface pas la ségrégation
22:40McKay en fait la douloureuse expérience un jour qu'il se voit refuser l'entrée d'un théâtre
22:46J'étais venu en tant que critique dramatique
22:48Amateur de théâtre et âme libre
22:51Mais cela ne comptait pas
22:53Le fait important
22:54Que j'ai soudain pris en pleine figure
22:56C'était ma couleur
22:59J'étais un noir
23:00Et celui qui venait de se faire gifler
23:02C'était lui
23:05Comment trouver sa place dans cette Amérique raciste ?
23:10J'étais devenu un vagabond invétéré
23:13Totalement inapte à la vie domestique
23:16Je voulais rester libre d'aller et venir
23:18Et je me sentis porté à reprendre la route
23:21La Russie m'appelait
23:37Un vaste bouleversement et une expérience grandiose
23:45Que pourrais-je y comprendre ?
23:47Quelles leçons en tirer pour ma vie et mon œuvre ?
23:52Il faut aller voir
23:54Me disait-on
23:55Tu sais à l'intermétait
23:56Tu sais à l'air
23:57Tu sais à l'ante 이게
23:58J'ai reçu
24:16Tu sais à l'intérieur
24:20Notché à l' iyifenschaft
24:21Il faut aller yager
24:26Suite à la révolution de 1917, l'international communiste se réunit chaque année à Moscou.
24:33En 1922, Lénine a mis la question noire à l'ordre du jour du 4e congrès.
24:42L'international communiste, qui n'est pas seulement l'organisation des ouvriers blancs d'Europe et d'Amérique,
24:48mais aussi celle des peuples de couleurs opprimées du monde entier,
24:51considère qu'il est de son devoir d'encourager et d'aider l'organisation internationale du peuple noir.
24:58McKay n'est pas un invité officiel, mais puisqu'il est là, on lui propose de prendre la parole en
25:03tant que poète.
25:04Le succès est immédiat. Le public l'adore.
25:09Sa couleur sombre fascine les Russes, bien plus que celle d'Otto Wisswood,
25:13le représentant noir officiel du parti communiste américain, un métis plus clair de peau.
25:25Chaque fois que je paraissais dans la rue, les gens me saluaient avec enthousiasme.
25:33Une flambée spontanée de sentiments populaires.
25:37J'étais devenu une sorte d'icône noire.
25:41Jamais dans mon existence, je ne me suis senti aussi fier d'être africain et noir.
25:53« McKay souhaite discuter de la question noire avec un dirigeant bolchevique.
25:57C'est le chef de l'armée rouge en personne qui le reçoit. »
26:04Trotsky, assis à son bureau, portait un uniforme de commandant et avait l'air fort élégant, bienveillant et courtois.
26:11Il me posa quelques questions directes et précises sur les Noirs américains,
26:15leur organisation, leur situation politique et leurs aspirations sociales.
26:20Je répondis du mieux que je pus, en fonction de mes connaissances et de mes renseignements.
26:27Trotsky demande à McKay de mettre par écrit ses idées.
26:31Il y ajoute son commentaire.
26:33Le texte paraît en une de la Pravda du 15 février 1923.
26:42« Chers camarades McKay, nous avons besoin d'un petit nombre de Noirs avancés, jeunes, altruistes,
26:49vivement intéressés à élever le niveau matériel et moral des masses noires
26:54et de les relier au sort de la classe ouvrière internationale.
26:58L'éducation des propagandistes noirs est la tâche révolutionnaire la plus urgente
27:04et la plus importante à l'heure actuelle.
27:06Avec les salutations communistes, Léon Trotsky.
27:19Léon Trotsky invite McKay à visiter les camps d'entraînement des forces soviétiques,
27:24à Moscou et à Petrograd.
27:30Les militaires me firent fête pendant près d'un mois.
27:32On me présenta à des officiers de l'armée de terre, de l'air et de la marine.
27:39Je passais de revue militaire en réceptions et banquiers.
27:45Cette période est évidemment très surveillée par le Bureau of Investigation,
27:50l'ancêtre du FBI américain dont les espions suivent de près les agitateurs communistes.
27:56McKay est logiquement dans la ligne de mire d'Edgar Hoover.
28:04On le soupçonne même d'avoir un nom de code pour ces supposées activités secrètes.
28:09Sacha ou Saëcha, selon les rapports.
28:15Claude McKay, un noir américain, a été spécialement envoyé par le gouvernement soviétique
28:20pour faire de la propagande parmi les noirs nord-américains.
28:24Dans une lettre ouverte, Trotsky a publié les instructions officielles données à McKay
28:29pour l'organisation de la race noire aux Etats-Unis,
28:31contre leurs soi-disant oppresseurs américains.
28:41Le poète sent bien que les leaders bolcheviques veulent utiliser son aura et son image à des fins politiques.
28:49À son insu, il se retrouve même sur cette affiche du Parti communiste.
28:54Je n'adhérais à aucun parti,
28:57et je n'avais aucune raison de me sentir redevable d'une quelconque obligation vis-à-vis des communistes.
29:04J'avais déjà beaucoup voyagé de triomphe en triomphe.
29:08Devais-je aller plus loin au risque d'une désillusion ?
29:11Ou bien faire ma sortie en pleine gloire,
29:13en emportant le précieux trésor de mes souvenirs dorés ?
29:17Il me sembla plus logique de partir maintenant.
29:37À Paris, je trouvais passionnant de me mêler aux expatriés de toute nationalité.
29:41Jeans de gauche, esthètes, peintres et écrivains, pseudo-artistes,
29:47bohèmes et touristes se mêlaient avec une tolérance cordiale.
29:53J'avais l'impression de prendre des vacances après l'atmosphère de la Russie nouvelle,
29:57avec sa propagande à haute pression.
30:07En ces années folles, les Noirs sont à la mode.
30:15Ils plaisent au public et inspirent les artistes.
30:21On parle même de négrophilie,
30:23une fascination paradoxale pour des cultures exotiques
30:26et soi-disant primitives.
30:30Je fis le tour des cabarets de Montmartre et de Montparnasse.
30:33J'allais danser un peu au bal nègre de la rue Blomé.
30:37La presse parisienne range ma quai parmi les Montparnasse,
30:42cette communauté d'artistes bohèmes qui a trouvé refuge à Montparnasse.
30:47Elle s'amuse même de ces déambulations nocturnes avec des amis.
31:01La crème de Harlem se trouvait alors à Paris.
31:05Et je retrouvais les plus éminents poètes et écrivains de la Renaissance noire.
31:11Pour les intellectuels noirs américains,
31:13mais aussi pour ceux d'Afrique et des Antilles,
31:16Paris est le point de ralliement où s'élabore l'internationalisme noir.
31:26Notamment dans le salon littéraire des sœurs Paulette et Jeanne Nardal,
31:30venues de Martinique faire leurs études à Paris.
31:33Instigatrice de la négritude,
31:35elle publie la Revue du Monde Noir,
31:38qui veut redonner leur fierté aux noirs du monde entier.
31:42McKay participe à ces échanges
31:44et y invite ses amis de Harlem.
31:47Grâce à lui,
31:48ils entament un fécond dialogue transatlantique.
31:54À Paris,
31:55Claude retrouve aussi Louise Bryant.
31:58Cette journaliste américaine,
32:00militante politique et féministe,
32:02ne cessera jamais de l'encourager
32:03et de le soutenir financièrement.
32:06Nous aimions parler de littérature.
32:09Louise pensait comme moi
32:10qu'il n'y avait pas d'écriture bourgeoise ou prolétarienne.
32:13Il y avait seulement la bonne et la mauvaise littérature.
32:21Pour gagner ma vie,
32:22j'avais posé nu dans les ateliers des peintres
32:24et cela avait mis ma santé en danger.
32:28Les ateliers étaient mal chauffés
32:30et une pneumonie m'avait cloué au lit.
32:34Depuis son retour de Russie,
32:36McKay souffre aussi de la syphilis.
32:39Maladie honteuse,
32:40sexuellement transmissible,
32:42elle plonge McKay dans une profonde dépression
32:44qui vient s'ajouter aux douleurs physiques.
32:47Durant son hospitalisation,
32:49il exprime sa souffrance dans ses poèmes.
32:53La maladie t'enferme dans cette chambre,
32:55elle te cloue au lit douloureusement.
32:58Même si tu sors d'ici,
33:00ta chair ne sera plus jamais jeune et forte
33:03et jamais le chagrin n'abandonnera ton visage malade.
33:07Claude McKay a alors 34 ans
33:10et il est condamné à suivre un traitement
33:12à base de mercure et d'arsenic
33:14qui, loin de l'aider,
33:16le rongera jusqu'à la mort.
33:21Louise Bryant m'envoya me refaire une santé dans le sud.
33:25Elle me remit un gros chèque,
33:27de quoi vivre simplement
33:28et travailler sans relâche pendant trois mois.
33:46Largement ouverte,
33:48tel un immense éventail éclaboussé de couleurs éclatantes,
33:52Marseille s'étalait nue dans la gloire du soleil de midi,
33:56à la fois attirante et repoussante,
33:59pleine de la féerie incessante des bateaux et des hommes.
34:04Port de tous les rêves et de tous les cauchemars des marins,
34:08régale des vagabonds avec sa prodigieuse jetée.
34:13Et puis le quai du port,
34:15fascinant,
34:17menaçant,
34:17turbulent,
34:19contre lequel venait se briser,
34:20mousse épaisse et bouillonnante,
34:22l'écume de la vie,
34:25magma de passions et de désirs.
34:43Ce fut un soulagement
34:44d'aller vivre à Marseille
34:46parmi des gens à la peau noire ou brune
34:47qui venaient des Etats-Unis,
34:49des Antilles,
34:50d'Afrique du Nord et d'Afrique occidentale
34:52et se trouvaient tous rassemblés
34:54pour former un groupe chaleureux.
34:58Marseille a tellement de points communs avec Harlem.
35:01Claude s'y sent comme à la maison.
35:03Il va y séjourner pendant cinq ans.
35:06Ses souvenirs et expériences américaines
35:09refont surface
35:09et lui inspirent son premier roman,
35:12Retour à Harlem.
35:15Louis Bryant emporte le manuscrit à New York
35:18et le propose à des éditeurs.
35:21Publié en 1927,
35:23le roman devient le premier best-seller
35:25d'un auteur noir aux Etats-Unis.
35:30Filles chocolat,
35:32avec leur rouge et leur phare,
35:34comme des fleurs noires.
35:36Chers noirs,
35:37enveloppés de doux vêtements
35:38pleins de couleurs.
35:40Seins noirs,
35:41vibrants d'amour.
35:43Lèvres noires,
35:44épaisses,
35:45dont l'amour appelle un doux baiser.
35:49L'élite noire juge dépraver cette histoire
35:52sur fond de jazz,
35:53de sexe,
35:54d'alcool et de drogue.
35:55En particulier,
35:57le docteur Dubois.
35:59Home to Harlem,
36:00de Claude MacKay,
36:01me donne la nausée.
36:03Et après les passages les plus crasses et obscènes,
36:06j'ai nettement envie de prendre un bain.
36:09Cela ne veut pas dire que le livre est entièrement mauvais.
36:12MacKay est un trop grand poète
36:14pour que son écriture soit un échec total.
36:19Je n'écris pas pour les noirs de la bonne société,
36:22ni pour les amis puritains des gens de couleur,
36:25ni pour les négrophobes,
36:26ni pour les négrophiles.
36:28J'écris pour ceux qui sont capables
36:29d'apprécier une histoire authentique,
36:31d'où qu'elle vienne.
36:35Bien qu'écrit sur les bords de la Méditerranée,
36:38ce livre sera considéré
36:39comme l'une des œuvres majeures
36:41de la Renaissance de Harlem.
36:44Ça y est,
36:45le jeune poète jamaïcain
36:46est devenu un grand romancier.
36:48Et maintenant,
36:49c'est Marseille qui l'inspire.
36:53Il loue une petite chambre humide
36:55et sans fenêtre près du vieux port.
36:59Sa rémunération d'écrivain tarde à arriver,
37:02alors quand il peut,
37:03il travaille comme Docker.
37:11Je rencontrais le Corse du Vieux-Port.
37:14C'était un costaud,
37:15au corps massif de taureaux
37:16surmontés d'une tête de porc.
37:20Il avait une boutique de vin
37:21pas très loin de la rue Boutry,
37:23l'une des rues à bordel
37:24les plus sordides du monde.
37:26Son gang protégeait
37:28un certain nombre de prostituées
37:29qui avaient leur chambre d'amour
37:31dans les ruelles.
37:34Claude fréquente une bande de copains
37:36réunis par la couleur de leur peau.
37:38Des marins,
37:39des dockers,
37:40des sans-papiers
37:41venus d'Amérique
37:42et des colonies françaises.
37:48Ensemble,
37:48ils traînent dans le quartier réservé,
37:50ce haut lieu de débauche,
37:52de musique et de sexe
37:53qui attire les touristes
37:55et les marins du monde entier.
38:00Rien ne l'attirait plus
38:01que les Noirs du port.
38:03Nulle part,
38:03ils n'avaient vu
38:04une telle congrégation
38:05bigarrée de Noirs.
38:07Des Noirs qui parlaient
38:08les langues civilisées,
38:09des Noirs qui parlaient
38:10tous les dialectes africains,
38:12des Noirs noirs,
38:13des Noirs bruns,
38:15des Noirs jaunes.
38:17C'était comme si
38:18tous les pays du monde
38:19où vivaient des Noirs
38:20avaient envoyé tes représentants
38:21pour qu'ils dérivent
38:22jusqu'à Marseille.
38:29C'est en s'inspirant d'eux
38:30que Maquet écrit son nouveau roman,
38:32l'histoire d'un musicien vagabond
38:34surnommé Banjo
38:35et de son copain Ray,
38:37un écrivain voyageur haïtien.
38:40Difficile de ne pas reconnaître
38:41Maquet lui-même
38:42derrière ce personnage.
38:45Avec leurs bandes de clochards célestes,
38:47ils vivent de l'air du temps,
38:49font la manche,
38:49palabres,
38:50se saoulent
38:50et jouent de la musique.
39:00L'ouverture du café africain
39:02par un Sénégalais
39:03avait rameuté
39:04tous les joyeux fêtards
39:05au teint sombre.
39:11Jamais des gosiers noirs
39:12n'avaient englouti
39:13une telle quantité
39:14de vin rouge et de vin blanc.
39:16Et jamais les Noirs de Marseille
39:17ne s'étaient ainsi entassés
39:19et mêlés pour un pareil jazz.
39:24« Check that thing »,
39:26un blues à la mode en 1925
39:28devient l'hymne du livre,
39:30à la fois incantation festive
39:31et mot d'ordre politique.
39:34Secouez-moi ça !
39:35Car Maquet nous le rappelle,
39:37le blues est aussi l'expression
39:39de la souffrance du peuple noir,
39:40victime du racisme
39:41et de l'exploitation coloniale.
39:46Barriques, sacs, caisses
39:49transportant d'une contrée
39:50à l'autre
39:50la récolte primitive
39:52de la main de l'homme.
39:55Des corps noirs dégoulinant
39:57de sueur,
39:58mûs sous le soleil équatorial,
40:01cueillant sous le fouet
40:02la terreur
40:03les nourritures exotiques
40:04du monde occidental.
40:07La civilisation est étalée
40:09parmi ces peuples indigènes
40:11proches de la Terre.
40:12Elle les avait dépouillées
40:13de leur sol primitif,
40:15déracinées,
40:16enchaînées,
40:17déportées,
40:18les avait transformées
40:19pour qu'ils s'éreindent
40:20selon ses lois
40:21et pourtant elle était incapable
40:23de les tolérer dans ses murs.
40:31Les vagabonds pourrissent
40:32en enfer ici sur les quais.
40:34La police les attrape,
40:36les frappe comme des chiens
40:38et les relâche.
40:39Elle ne les garde pas en prison
40:40car il faudrait les nourrir.
40:42Presque tous ont perdu
40:43leurs papiers
40:44et les consuls
40:45ne les aident pas.
40:54Avec humour et truculence,
40:56Bon Jo donne à entendre
40:57les voix et revendications
40:59de toutes les diasporas noires
41:00réunies dans cette babelle
41:02sur front de mer.
41:13La lecture de Bon Jo bouleverse
41:15les jeunes Léopold Cédar Sangor
41:17et Aimé Césaire
41:18et leur inspire le concept
41:20de négretude.
41:22C'est une révélation.
41:50Même le docteur Dubois
41:51se réconcilie avec son écriture.
41:54Bon Jo est une sorte
41:55de philosophie internationale
41:57de la race noire.
41:59Il est très inspirant.
42:01Il est plein d'expériences,
42:02vivant et bien sûr
42:03très coloré,
42:04comme l'est toute l'oeuvre
42:06de Claude Mackey.
42:07Mackey est devenu
42:08un noir international.
42:17Il faisait chaud à Marseille
42:19et c'était bon pour ma santé.
42:22Je me baignais
42:23tout au bout
42:23de la grande jetée.
42:24Puis je découvris
42:25une baignade encore
42:26plus agréable à l'estac,
42:28à l'endroit où le canal
42:29s'ouvre sur la baie.
42:32J'y allais chaque jour,
42:33tout le reste de l'été,
42:34faire la planche
42:36pendant des heures,
42:37comme porter dans les bras
42:39du soleil bienfaisant.
42:43Brusquement,
42:44le Mistral souffla
42:45pendant trois jours
42:46et ce fut l'automne.
42:47Je déteste le Mistral
42:49à Marseille.
42:51Heureusement,
42:52juste à ce moment-là,
42:54Max Isman m'invita
42:55à lui rendre visite
42:56à Antibes.
43:04La French Riviera
43:06est alors le refuge
43:07des écrivains américains
43:08de la génération perdue.
43:12Maquette prend une chambre
43:14à proximité des demeures
43:15de Hemingway
43:16et de son vieil ami Max.
43:23Un soir,
43:24Claude est venu dîner chez nous.
43:27Alors qu'il était en train
43:28de faire la vaisselle
43:28avec ma femme,
43:30Scott Fitzgerald
43:30a frappé à la porte.
43:33Elena est sortie
43:34pour l'accueillir
43:36et Claude a continué
43:37à faire la vaisselle.
43:41Scott l'a naturellement pris
43:42pour un domestique noir.
43:45Lorsque je les ai présentés
43:47l'un à l'autre,
43:48Scott n'a même pas essayé
43:49de masquer sa surprise.
43:50Il lui a simplement dit
43:52« Je pensais que tu étais
43:53le cuisinier ».
43:55Une lueur malicieuse
43:56brillait dans les yeux
43:57de Claude.
44:00Quelques temps plus tard,
44:01après avoir lu
44:02« Retour à Harlem »,
44:04Fitzgerald écrit à Mackay.
44:06« Cher Mackay,
44:07je ne saurais vous dire
44:08à quel point
44:08j'ai apprécié votre livre.
44:11Certaines scènes
44:11me semblent comparables
44:13à du Zola
44:13ou du Saint-Clair-Lewis.
44:15Pour moi,
44:16c'est l'un des deux romans
44:17américains les plus valables
44:19de ce printemps.
44:30Pour gagner sa vie,
44:32Claude est obligé
44:32d'enchaîner les petits boulots,
44:34notamment domestiques,
44:35chez de riches américains.
44:38Il se retrouve même figurant
44:40dans le film « Le magicien »
44:41du cinéaste américain
44:42Rex Ingram,
44:44star du muet à Hollywood
44:45qui a pris les rênes
44:46des studios de la Victorine
44:47à Nice.
44:56Le plan ne dure
44:57que cinq petites secondes.
44:59Cinq secondes,
45:00pourtant précieuses,
45:01car ce sont les seules images
45:03de Claude Mackay
45:04en mouvement.
45:09Mackay aime aussi
45:10fréquenter Toulon,
45:11une ville de marins
45:12où l'homosexualité
45:13est répandue.
45:14C'est là qu'il rencontre
45:15Lucien,
45:16un matelot
45:17qui lui apprend
45:18quelques rudiments
45:18de français
45:19et devient son amant.
45:22L'été suivant,
45:24Claude part le rejoindre
45:24chez lui,
45:25en Bretagne.
45:26Mais à son arrivée,
45:28il apprend que son ami
45:29vient d'être emporté
45:30brutalement
45:30par la tuberculose.
45:34Passé le choc,
45:35Mackay décide
45:36de soigner sa mélancolie
45:37en sillonnant la région.
45:42Les bretons,
45:43les bretons me plurent
45:44plus que tous
45:44les autres français,
45:46qu'elles sont plaisantes
45:47les campagnes
45:48et charmantes
45:49les villes du Finistère.
45:51Que j'aimais
45:52Douard Nenay
45:53avec sa flotte
45:54de chalutiers
45:55aux grands mâts
45:55tendus de filets,
45:57pareils à des voiles bleus
45:58sur le fond gris bleu
45:59du ciel.
46:03Comme des mots
46:04jaillit de la bouche
46:04d'un agitateur
46:05pendant un meeting politique,
46:07les noms de beaucoup
46:08de ces embarcations
46:09vous interpellaient
46:10violemment.
46:11Lénine,
46:12Jean Jaurès,
46:13Prolétaire,
46:15Drapeau Rouge,
46:16L'International,
46:17Révolution,
46:18Moscou.
46:19On avait surnommé
46:20la ville
46:21Douard Nenay
46:22la Rouge.
46:30Il écrit la nouvelle
46:31« Dîner à Douard Nenay »
46:32qui évoque le combat
46:33des peines sardines.
46:35Ces sardinières
46:36qui viennent de remporter
46:36l'une des grèves
46:37les plus fameuses
46:38de l'histoire du syndicalisme
46:39et du féminisme.
46:41Dans la ville rouge
46:42on est solidaires
46:43et de leur victoire
46:44les femmes sont fières
46:45Écoutez,
46:47claquer leurs sabots
46:48Écoutez,
46:49bronder leur colère
46:51Écoutez,
46:52claquer leurs sabots
46:53C'est la règle des sardinières.
47:00J'ai toujours été émerveillé
47:01par Rimbaud
47:02ce poète flamboyant
47:04l'image parfaite
47:05du vagabond pauvre
47:06au destin tragique
47:07J'ai gardé sa photographie
47:09avec moi
47:10pendant des années
47:18Claude Maquet
47:19est lui aussi
47:20un poète
47:20au semel de vent
47:21Il part à l'aventure
47:24vers le continent africain
47:25la terre de ses ancêtres
47:35Son périple
47:36commence par le Maroc
47:46J'eus un premier choc
47:48en découvrant
47:49des sorciers Gnawa
47:53Une communauté noire
47:55de pure race
47:56qui pratiquait un rituel
47:58magique d'Afrique de l'Ouest
48:00Ils avaient le comportement
48:02de certains paysans
48:03jamaïcains
48:04qui s'adonnent
48:05à la célébration
48:05d'un culte orgiac
48:16Après avoir passé
48:17dix ans
48:18à sillonner l'Europe
48:19en adoptant
48:19ses codes
48:20et ses manières
48:20Claude Maquet
48:22à 40 ans passé
48:23vit désormais
48:25à la marocaine
48:26ses pas le mènent
48:27à travers tout le pays
48:30J'aimais la mosaïque marocaine
48:32où se mêlent
48:33la vie civilisée
48:34et la vie primitive
48:36Pour la première fois
48:37de ma vie
48:38je pouvais vivre
48:39selon mon instinct
48:40et mes sensations
48:41sans réfléchir
48:43et je me sentis
48:44singulièrement délivré
48:46de la conscience
48:46de ma couleur
48:53Un jour
48:54il est contrôlé
48:55par un policier
48:56qui lui ordonne
48:57de l'accompagner
48:57au consulat britannique
48:59Lorsqu'on lui demande
49:00s'il est américain
49:01il avoue
49:02qu'il se considère
49:03comme apatride
49:03un citoyen du monde
49:06On le soupçonne alors
49:07d'être un agitateur communiste
49:10Le consul m'a montré
49:11une circulaire
49:12du département américain
49:13de l'immigration
49:14datée de 1923
49:16disant que j'avais quitté
49:18la Russie
49:18avec une grosse somme
49:19d'argent
49:19pour faire de la propagande
49:21en Amérique
49:23Ces salauds de britanniques
49:25travaillent aussi
49:25dans l'ombre
49:26pour me surveiller
49:36Maquet poursuit son voyage
49:38vers le nord
49:38et finit par poser
49:40ses valises
49:40à Tangier
49:43Il va y rester 4 ans
49:44Cette cité internationale
49:46est connue pour sa liberté
49:48de mœurs
49:48et Maquet sait
49:50qu'il peut y fréquenter
49:50sans jugement
49:51des femmes
49:52et des hommes
50:02Il termine le sulfureux
50:04romance in Marseille
50:05qui ne trouve aucun éditeur
50:08Un refus qui s'explique
50:10sans doute
50:10par l'audace
50:11de cette histoire réelle
50:12d'un clandestin
50:13amputé de deux jambes
50:15dans laquelle il évoque
50:16sans détour
50:16la prostitution
50:17et l'homosexualité
50:21Il parvient tout de même
50:22à publier un autre roman
50:24et quelques nouvelles
50:25mais c'est un échec commercial
50:28Fauché est malade
50:29il survit
50:31grâce aux dons
50:31de ses amis
50:33Cher Max
50:35Peut-être que tu traverses
50:36toi aussi
50:36une période difficile
50:38mais j'espère pas
50:39autant que moi
50:41J'ai dû vendre
50:41mes quelques meubles
50:42à l'exception
50:43d'une chaise
50:44pour écrire
50:46J'ai l'air
50:46de me plaindre
50:47mais je suis
50:48dans un état épouvantable
50:50avec une douleur
50:51dans le côté droit
50:51du cou
50:52qui descend le long
50:53de l'homoplate
50:54et je suis à moitié
50:55paralysé par les rhumatismes
50:58Personne ne m'a envoyé
50:59un peigny
50:59à part vous
51:01C'est terrible
51:01de vous demander plus
51:02après tout ce que
51:03vous avez déjà fait
51:05et vous devez
51:06m'envoyer de l'argent
51:07pour pouvoir prendre
51:08le bateau
51:08pour rentrer aux Etats-Unis
51:11Tout va mal pour moi
51:12Je me sens si perdu
51:14Je vous embrasse
51:15Eliana et toi
51:17Claude
51:36En 1934
51:37McKay parvient finalement
51:39à rentrer aux Etats-Unis
51:40Il a alors 45 ans
51:43Mais il est totalement
51:44ruiné
51:45et personne n'est là
51:46pour l'aider
51:47Il se retrouve
51:49dans un camp de réinsertion
51:50pour sans-abri alcoolique
51:54Il vivote
51:55en publiant
51:55quelques articles
51:56et des essais politiques
51:59Et surtout son autobiographie
52:01picaresque
52:01Un sacré bout de chemin
52:03qui paraît en 1937
52:15Considéré comme un trublion dépassé
52:17McKay ne trouve plus d'éditeur
52:19pour ses derniers manuscrits
52:20Et la maladie continue
52:23de le ronger
52:25Il est pris en main
52:26par une association catholique
52:27qui recueille
52:28et soigne
52:29les pauvres et les marginaux
52:33Marqué par leur générosité
52:34Claude se fait baptiser
52:36en 1944
52:40Ses derniers écrits
52:42sont des poèmes catholiques
52:45La route de Claude McKay
52:47s'achève en 1948
52:48Il meurt d'une crise cardiaque
52:51à l'âge de 58 ans
52:57Ils étaient très peu nombreux
52:58à l'accompagner
52:59pour son dernier voyage
53:02Mais la seule personne
53:03qu'il aurait aimé rencontrer
53:04un jour
53:05était là
53:06Sa fille rousse
53:07Hope Virtue
53:08qui avait vainement tenté
53:09de le voir
53:11Sur sa tombe
53:12on peut lire
53:13cet épitaphe
53:14tiré de son poème
53:15Le Travailleur Fatigué
53:18Paix à toi
53:19mon cœur rebelle
53:27Je crie mon malheur
53:28au monde tourbillonnant
53:29Mais je ne suis pas désespéré
53:33Les institutions respectables
53:35et les gouvernements criminels
53:37tirent leur force
53:38et leur pouvoir
53:39par des haines raciales
53:40des distinctions de classe
53:42des insultes sociales
53:44et des discriminations
53:45à l'encontre des minorités
53:48Et je sais que ces forces
53:50ne sont pas éternelles
53:51qu'elles peuvent être détruites
53:54et qu'elles le seront
53:57à l'encontre des haines raciales
54:28à l'encontre des haines raciales
54:39à l'encontre des haines raciales