00:00Alors Caroline, vous réagissez parce que justement, Christian Jamin parlait des cancers avant 50 ans,
00:07ce qui a été votre cas puisque c'est à 44 ans que vous avez découvert un cancer.
00:13Tout à fait. Bonjour Brigitte, bonjour Christian.
00:16Je souhaitais témoigner puisque j'entendais l'introduction à votre émission de ce jour,
00:22notamment sur l'âge des premiers pistages en l'absence d'antécédents familiaux.
00:29Moi, je vous avoue qu'aujourd'hui, j'estime avoir eu beaucoup de chance d'avoir été suivie par un
00:36gynécologue
00:36qui souhaite faire des mammographies, ce qu'il appelle des mammographies de référence,
00:41avant celles qui sont préconisées à partir de 50 ans.
00:45Et donc, j'y suis allée sans aucun symptôme, comme on va faire sa visite annuelle chez le dentiste.
00:51Je n'ai aucun antécédent dans ma famille, je ne ressentais aucune masse, lui non plus d'ailleurs, lors des
00:59suivis à la palpation.
01:01Et donc, à l'échographie, j'apprends que j'ai des seins denses, donc c'est doublé d'une gynécographie.
01:09Et à l'échographie apparaît un nodule qui, tout de suite, par son aspect, a interpellé la radiologue
01:17qui a évoqué tout de suite le mot cancer.
01:21Et donc, je suis ressortie de là complètement sonnée.
01:25Parce que, comme je vous dis, ce n'était pas du tout dans ma famille.
01:28Enfin, je n'ai aucun cancer de quel type que ce soit.
01:31Voilà, donc, en fait, je voulais apporter mon témoignage parce que, d'une part, je n'avais pas 50 ans.
01:37D'autre part...
01:39Et vous avez eu la chance, en effet, que votre gynécologue...
01:43Oui.
01:44Oui, et vous avez suivi son conseil, en plus. Bravo, parce que vous auriez pu...
01:48Tout à fait, tout à fait.
01:49Alors, en plus, j'étais... Il m'a prescrit pour être... Pour la petite histoire, il m'a prescrit cet
01:54examen en septembre l'année dernière,
01:58donc au moment de ma visite annuelle.
02:01Et donc, là, on était au mois de juin. Je prends rendez-vous pour ma visite en septembre.
02:06Et je me dis, bon, je ne peux pas pointer à mon rendez-vous sans avoir fait cette mameau.
02:09Je vais me faire taper sur les doigts. Et donc, j'y suis allée comme ça.
02:14Donc, effectivement, je me dis, je n'avais... Voilà, je suis très sportive.
02:17Je ne suis pas en surpoids. Je suis une ratonienne.
02:20J'étais mes enfants, donc j'en ai eu un premier grand temps.
02:23C'est important, votre témoignage, Caroline.
02:26Parce qu'en effet, Christian Jamin, c'est là, encore une fois, où on a des statistiques.
02:32Et puis, en même temps, on voit bien que chaque individu est un cas particulier.
02:35Et que chacun doit prendre sa santé en main.
02:37Parce que, finalement, Caroline n'avait aucun risque, si je puis dire, d'avoir un cancer du sein, a priori.
02:44Personne ne peut dire qu'il n'a aucun risque. C'est ça.
02:46Oui, oui, oui.
02:47C'est-à-dire qu'il y en a qui en ont plus que d'autres.
02:49Oui, c'est intéressant ce que... Votre réponse est intéressante.
02:52Oui, bien sûr, bien sûr, on va tous mourir, ça.
02:54On va tous mourir.
02:56Oui, oui.
02:57Et on aura tous des cancers qui ne se développeront pas ou pas.
03:01Ça, c'est un autre...
03:01C'est-à-dire...
03:03C'est-à-dire que... Bon, je vais aller très vite.
03:06Je ne vais pas vous ennuyer.
03:07Nous avons des milliards de mythos, c'est-à-dire de divisions cellulaires, dans notre corps quasiment tous les jours.
03:14Et puis, dans ces milliards, il y a des erreurs.
03:17Et donc, il y a des cellules qui se divisent et qui donnent une cellule pas normale.
03:22Et la nature est faite pour qu'il y ait des gènes qui détruisent les cellules pas normales.
03:29Et donc, il y a des anomalies génétiques qui font qu'on n'a pas du tout ces cellules qui
03:37détruisent.
03:38Et ça, ça donne des cancers du sein à 80-90% dans une vie.
03:43Mais on a aussi des petites anomalies qui, quand elles se mettent entre elles, peuvent faire que ça se développe.
03:49Donc, nous avons tous potentiellement des cancers, mais en fonction de notre génétique...
03:55On va dire des cellules cancéreuses.
03:57Des cellules cancéreuses.
03:58Exactement, oui.
03:58Et en fonction de notre génétique, elles vont s'en débarrasser.
04:04Notre système immunitaire va faire le travail.
04:07Et puis, quand on a des grosses anomalies dans la famille, par exemple pour le sein, ça s'appelle des
04:14mutations BRCA1, BRCA2, pas le B2.
04:17Ça, on sait qu'on a 80% de risque de l'avoir.
04:21Mais il y en a plein qui en ont des toutes petites et qui vont...
04:25D'ailleurs, ça me fait penser à ce que m'avait dit un médecin qui travaille beaucoup sur le cancer
04:32du sein, etc.
04:33Et qui disait, parfois, ce n'est pas utile parce que c'est un petit cancer qui ne serait de
04:39toute façon pas développé.
04:41Mais en même temps, ne prenons pas le risque de laisser un petit cancer qui ne va peut-être pas
04:46se développer.
04:47Enfin, je ne sais pas ce que vous en pensez.
04:48Oui, mais là, pour l'instant, on ne sait pas ça.
04:51Oui, on ne sait pas.
04:52On ne sait pas.
04:53Donc, quand il y a quelque chose, on l'enlève.
04:55Oui, bien sûr.
04:56Mais je pense que, Caroline, vous ne regrettez pas d'avoir été faire votre mameau et d'avoir été prise
04:59très vite.
05:00Non, non.
05:01Du tout.
05:02Du tout.
05:03Donc, je suis en plein dans le parcours de soins.
05:05Donc, je n'ai pas le recul encore pour dire vraiment comment je l'ai vécu parce que je suis
05:09en train de le vivre.
05:11Tout ce que je sais, c'est qu'il y aura un avant et un après.
05:14Donc, j'essaie de voir ça un peu comme une espèce de rupture dans mon développement et puis une renaissance.
05:22Mais par contre, je voulais aussi dire quelque chose par rapport à tout ça.
05:26C'est que, finalement, c'est assez culpabilisant quand on cherche un peu les causes d'un cancer.
05:32En tant que femme, on dit toujours qu'est-ce que j'ai fait, qu'est-ce que j'ai
05:34fait mal, qu'est-ce que je n'ai pas pris soin de moi.
05:38J'ai fait quelque chose de travers.
05:40C'est quand même la première pensée qui nous traverse.
05:44Alors, je vais vous... Caroline, c'est très important ce que vous dites et c'est très juste.
05:49Je vais tout de suite rappeler quelque chose de très important à comprendre.
05:54Se culpabiliser, c'est se redonner de la responsabilité.
05:57Alors, ce n'est pas bien de se culpabiliser.
05:59En revanche, c'est toujours intéressant de se donner de la responsabilité
06:03parce que ça permet de reprendre du pouvoir sur sa propre existence
06:06et d'être un peu plus maître de soi.
06:09Après, vous y mettrez, vous, le sens que vous avez envie d'y mettre.
06:13Ne laissez pas les autres le mettre à votre place.
06:16Bien sûr, mais ce que je veux dire, c'est que dans les...
06:19Oui, on a tendance à dire, oui, ton travail est stressant, oui, tu stresses trop...
06:24Oui, mais on s'en fout, mais on vous les laisse tomber.
06:28C'est vous.
06:29Vous, vous allez certainement...
06:31Non, mais Caroline, vous allez certainement, quand vous serez guérie,
06:35ce qui a toutes les chances d'arriver,
06:37eh bien, vous verrez la vie différemment
06:39et vous prendrez vos responsabilités différemment.
06:42Et c'est ça qui est important.
06:42Tout ce qu'on vous raconte, laissez tomber.
06:46Bien sûr, mais ce que je veux dire, c'est qu'on nous prie aussi de dire
06:49que ça peut être des...
06:51Pardon, je vais juste terminer là-dessus.
06:52Des facteurs environnementaux qu'on met quand même un peu de côté
06:58en appuyant sur l'allaitement.
07:00Alors, c'est très vrai, je ne reviens pas là-dessus,
07:01mais il y a aussi d'autres choses sur lesquelles on ne peut pas agir, en fait.
07:06Même si on fait tout bien, entre guillemets.
07:09Vous savez, Caroline, il y a des tas de personnes
07:12qui vont subir la même pollution,
07:14qui vont manger les mêmes saloperies.
07:16Et puis, il y en a une qui aura un cancer et l'autre pas.
07:19C'est le problème de la médecine.
07:21C'est-à-dire qu'on fait des statistiques,
07:23et c'est bien qu'on les fasse pour prévenir,
07:26pour qu'il y ait une hygiène de vie générale.
07:28Et puis après, malheureusement, c'est vraiment du cas par cas.
07:31Je laisse Christian réagir, parce que c'est lui le médecin,
07:34ce n'est pas moi.
07:34Non, mais c'est exactement ce que j'ai expliqué précédemment,
07:38c'est-à-dire que nous avons tous potentiellement
07:40des cancers, entre guillemets, qui se développent chaque jour,
07:43et c'est notre génétique interne,
07:46plus notre mode de vie,
07:48qui vont faire que ça va se révéler.
07:49Et notre psychisme.
07:50Et notre psychisme, peut-être.
07:52Peut-être, ça c'est bien...
07:54Je vous reconnais bien là, Christian Jammert.
07:58C'était un clin d'œil.
08:00Donc, oui, nous sommes tous face à ça,
08:04et alors, il y a des choses qui sont indiscutablement très délétères.
08:10C'est le tabac, par exemple.
08:11Là-dessus, il n'y a pas de doute,
08:13le tabac, ça a tous les défauts.
08:16Sauf le plaisir de ceux qui fument,
08:18mais ça, c'est autre chose.
08:1915 000 morts par an, à cause du tabac.
08:22Et puis, il y a, vous l'avez dit,
08:24l'allaitement, l'âge de la première grossesse, etc.
08:28Mais on ne réussit pas une vie en pensant à son cancer.
08:31On réussit une vie en pensant à son bonheur.
08:35Et donc, parfois...
08:38Et le bonheur est un anti-cancer.
08:39Oui, ça, je vous reconnais bien là.
08:44Donc, oui, nous, la philosophie de tout ça,
08:48c'est qu'à chaque minute de notre vie,
08:50on est devant des carrefours
08:51pour lesquels on prend à droite, à gauche,
08:54sans en être conscient.
08:56Et il y a des chemins qui sont dangereux.
08:58Et puis, les autres, c'est la vie,
09:01et il faut la prendre avec bonheur.
09:05Et donc, effectivement, encore une fois,
09:07on ne va pas faire un enfant à 18 ans
09:09pour être sûr de ne pas avoir de cancer du...
09:11Sûr, certainement jamais,
09:13mais pour ne pas avoir de cancer du sein.
09:14Ce qui est important, c'est de réussir sa vie,
09:17c'est de réussir son couple,
09:18c'est de réussir l'amour.
09:19Et je crois que ce qu'on entend,
09:21enfin, moi, ce que je comprends, Caroline,
09:22c'est qu'en effet, avoir un cancer du sein à 44 ans,
09:26alors qu'on va bien, qu'on fait du sport, etc.,
09:28on trouve ça très injuste.
09:30Et c'est salé, oui.
09:33Ce n'est pas dans la norme,
09:35mais c'est votre propre vie,
09:39et c'est à vous d'en faire ce que vous pouvez en faire.
09:42Bien sûr.
09:43En tout cas, je rappelle qu'il fait...
09:46Moi, je suis pour...
09:47J'aimerais que les femmes puissent se faire dépister
09:50avant 50 ans,
09:51parce que je ne pense pas être un cas isolé.
09:53Et vraiment, je mesure ma chance.
09:55Je mesure ma chance aujourd'hui.
09:58Oui, voilà.
09:59Alors ça, c'est des débats de statisticiens,
10:02de financiers,
10:03de savoir à quel âge on commence,
10:05à quel âge on ne commence pas.
10:06Je viens de le dire, je l'ai dit précédemment,
10:08les Américains viennent de changer l'âge de dépistage.
10:12Alors, à la limite, ça dépend ce qu'on cherche.
10:15Est-ce qu'on cherche à dépister le plus tôt possible ?
10:17Est-ce qu'on cherche à diminuer la mortalité ?
10:19Est-ce qu'on cherche à dépenser moins d'argent ?
10:21Et tout à l'heure,
10:22dans le calcul qui fait de l'âge de l'examen,
10:26et puis les rayons.
10:28Et le sur-risque qu'on peut induire
10:31en faisant des mammographies trop tôt.
10:33Donc, tout ça, ça rentre...
10:34Il y a des gens qui font ce métier-là,
10:36ça s'appelle la santé publique.
10:38Je leur laisse leur métier,
10:40je ne suis pas capable de discuter avec eux.
10:44On a des gens qui sont là
10:47pour calculer les avantages et les inconvénients
10:50dans tous les aspects,
10:52pour savoir si on doit faire telle chose,
10:54telle chose ou telle chose.
10:55Et pour l'instant, moi, je leur fais confiance.
10:57Voilà.
10:57Alors, ce qui me gêne un peu,
11:00c'est qu'on ne soit pas d'accord dans tous les pays,
11:02y compris dans des pays où...
11:04Et je pense que même dans notre pays,
11:06tout le monde n'est pas d'accord.
11:07Exactement.
11:07De toute façon,
11:08et ça,
11:09s'il n'y avait que sur la question de la santé,
11:11ça se saurait.
11:13Merci en tout cas vraiment beaucoup,
11:15Caroline,
11:16de votre témoignage.
11:17Eh bien, bon courage.
11:18Et puis, on est tout cœur avec vous
11:20dans cette épreuve.
11:21Merci.