00:017h, 9h, Europe 1 Matin.
00:02L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Alexis Brézé.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:07Alors aujourd'hui c'est l'acte 3, comme on dit, de la mobilisation lycéenne, chapitrage style gilet jaune.
00:13La journée, nous dit-on, est à haut risque.
00:14Est-ce que vous pensez, Alexis, que le gouvernement a les moyens d'enrayer ce mouvement de contestation ?
00:18Disons Dimitri qu'il a toutes les raisons d'être inquiet,
00:21parce que cette explosion de violence que rien n'annonçait et que personne n'avait vu venir
00:25est en train de prendre des proportions sidérantes.
00:28Ces lycéens incendiés, ces proviseurs molestés, ces professeurs menacés,
00:33ces pompiers attaqués, ces policiers sauvagement agressés,
00:37tout ça c'est proprement effrayant.
00:39Et on sent bien qu'on est sur un fil.
00:40Hier, à Lens, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement.
00:45A Aix-en-Provence, une passante a perdu un oeil,
00:48atteint par une pierre qu'un manifestant mineur aurait lancé en direction des forces de l'ordre.
00:53A Marseille, c'est une auxiliaire de vie qui a été brûlée au visage par un mineur de 15 ans
00:58qu'il avait visé avec un spray transformé en lance-flammes artisanales.
01:01Bon, chacun a compris, à commencer par le gouvernement,
01:05dont un accident impliquant un lycéen ou un étudiant est depuis toujours la hantise,
01:08chacun a compris qu'on n'était pas à l'abri d'un drame plus grave encore.
01:14Et le plus préoccupant, c'est que le mouvement, loin de perdre en intensité,
01:18semble plutôt s'étendre.
01:19A l'origine, il ne concernait qu'une poignée de lycées chauffée à blanc par les agitateurs professionnels de LFI.
01:26Et maintenant, il commence à toucher les universités.
01:28Et surtout, il est désormais soutenu par tout ce que la gauche, du PC à la CFDT,
01:33en passant par Sud, le syndicat de la miserture et la ligue des droits de l'homme,
01:37tout ce que la gauche compte de partis, de syndicats, d'associations.
01:41Et bien sûr, j'allais les oublier, par les socialistes,
01:44par tous les socialistes, qui ne sont d'accord que sur une chose,
01:48pour sauver le public, il faut étrangler le privé,
01:51et qui, tout au honte but, n'ont pas attendu trois jours
01:54pour courir derrière Jean-Luc Mélenchon
01:57et entonner avec lui la chanson du pauvre lycéen
02:01en but à la féroce répression des nervis du régime.
02:05Affligeant.
02:05Certes Alexis, mais une fois qu'on a dit tout ça,
02:07que peut faire le gouvernement concrètement pour apaiser la situation ?
02:10Pas grand chose, Émitry, pas grand chose,
02:12à part attendre les vacances de la Toussaint
02:14et faire des prières pour que le fond de l'air rafraîchisse,
02:17parce que, bloquons sous la pluie,
02:19évidemment, c'est moins réjouissant.
02:20En fait, si le pouvoir devait affronter
02:23une de ces classiques révoltes lycéennes,
02:25du type de celles qui ont émaillé la vie politique française
02:28depuis les années 80,
02:29il aurait le mode d'emploi.
02:30Ils recevraient en grande pompe
02:32quelques leaders lycéens enivrés de leurs célébrités,
02:35qui deviendraient quelques années plus tard
02:37de prospères députés socialistes
02:39ou de florissants journalistes de télévision.
02:41Ça s'est vu, oui.
02:41On conclurait avec eux un accord sur un coin de table
02:44et le tour serait joué.
02:45Et ce n'est pas le cas aujourd'hui.
02:46Mais c'est même tout le contraire.
02:48Avec qui discuter et de quoi ?
02:50Il n'y a pas de texte de loi retiré,
02:52pas de décret à modifier.
02:53Le mouvement lycéen, c'est l'école du chaos.
02:57Noyé par l'ultra-gauche,
02:58il n'a ni organisation nationale,
03:00ni leader représentatif,
03:02ni revendication rationnellement formulée.
03:05Les locaux survétus,
03:06donc on y met le feu.
03:07Les professeurs sont trop peu nombreux,
03:09donc on leur tape dessus.
03:10Il y a des trous dans l'emploi du temps,
03:11donc on sèche totalement les cours.
03:13Mais où est la logique politique ?
03:15Où est la logique tout court ?
03:17En vérité, et c'est toute la difficulté pour le pouvoir,
03:20ce qui se joue sous nos yeux
03:21a beaucoup moins à voir avec les mouvements lycéens
03:24de 86 ou de 90
03:25qu'avec les émeutes urbaines
03:27qui ont suivi la mort de Naël en 2023.
03:29Ce n'est pas une querelle d'école,
03:32c'est réfléchi, voulu, organisé par Mélenchon,
03:37la convergence de deux sociologies,
03:40la jeunesse déclassée des centres urbains
03:42et la jeunesse désaffiliée des banlieues.
03:45C'est aussi celle de deux névroses historiques,
03:48fort bien identifiées par Mathieu Bocoté
03:50dans un récent article du Figaro,
03:52la passion révolutionnaire française
03:54et le revanchisme post-colonial.
03:56L'édito politique sur Europe 1,
03:58merci Alexis Brézé à la une du jour du Figaro,
04:01lycée, budget, carburant,
04:02Sébastien Lecornu face aux tempêtes
04:04et puis pour prolonger ce que vous venez de dire,
04:06Eugénie Bastier tout à l'heure nous parlera de Parcoursup
04:08et on retrouve un peu toutes ces logiques
04:09que vous venez de nous décrire.
04:11Merci Alexis, bonne journée.
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