00:007h, 9h, Europe 1 Matin
00:03L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Alexis Brézet.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, ça fait plaisir de vous retrouver.
00:10Plaisir partagé. En cette rentrée, Alexis, les sondages présidentiels qui se succèdent indiquent qu'un duel de second tour Le
00:16Pen-Mélenchon, sans être certain, bien sûr, devient tout de même de plus en plus probable.
00:20Ceux qui veulent l'éviter, et ils sont nombreux, nous expliquent que le bloc central doit le plus vite possible
00:25dégager un candidat unique en son sein. Est-ce qu'ils ont raison, Alexis ?
00:29Sur le papier, sur le papier, ça semble une évidence. Vous savez ce qu'on dit, l'union fait la
00:34force, mieux vaut un gros candidat que trois petits,
00:37et donc Gabriel Attal et Bruno Retailleau se retirent, et Edouard Philippe gagnera, sans coup faire rire, son ticket pour
00:44le second tour.
00:45Ça, c'est sur le papier. Le problème, c'est que la bataille présidentielle ne se joue pas sur le
00:52papier.
00:52Et sous les apparences de cette fausse évidence arithmétique, se cache, enfin je le crois, une profonde erreur politique.
01:01Cas d'école. Bruno Retailleau abandonne.
01:03Vous pensez que ses électeurs, même s'il leur demande, vont se précipiter comme un seul homme pour voter Philippe
01:09?
01:09Bah évidemment non. S'ils avaient dû l'être, ils seraient philippistes depuis longtemps.
01:13Les uns vont voter Le Pen, les autres Zemmour, d'autres encore Lysnard, certains vont s'abstenir, et à la
01:19fin, à la fin,
01:20si Edouard Philippe récolte un ou deux points, ce sera le bout du monde, et on pourrait faire la même
01:25démonstration avec Gabriel Attal.
01:27Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que la politique, précisément, ce n'est pas de l'arithmétique, c'est de la
01:33dynamique.
01:34On n'additionne pas les voix comme on additionne les petits poids.
01:38Ce n'est pas avec deux ou trois candidats en panne que vous ferez un candidat en forme, en politique.
01:46Il faut bien voir ça. Ce n'est pas l'union qui fait la force, c'est la force qui
01:50fait l'union.
01:51Dit autrement, ce n'est pas parce qu'il y a plusieurs candidats à droite et au centre qu'aucun
01:57ne s'impose vraiment.
01:58C'est parce qu'aucun ne parvient à imposer sa dynamique qu'il y a pléthore de candidats.
02:03Mais cette fameuse dynamique, comment fait-on pour la créer ?
02:07Déjà, on évite d'injurier les électeurs, de leur expliquer que ce sont des imbéciles ou des salauds,
02:12et on arrête de brandir des épouvantailles dont preuve est faite qu'il ne les effraie plus.
02:17On s'arrête, on écoute ce qu'ils disent et on essaie de répondre à leurs attentes.
02:23Qu'est-ce qu'ils veulent les électeurs ? C'est assez simple, ils veulent que ça change.
02:27Après dix années de macronisme, auquel on peut ajouter cinq ans de hollandisme,
02:31les Français ne sont pas contents de l'état du pays.
02:35Ils ne sont pas contents de la dette, du chômage, de la faillite, des retraites,
02:39de l'immigration incontrôlée, de l'insécurité galopante, du désastre éducatif,
02:42de la disparition des repères élémentaires de la civilité, etc.
02:46Reconnaissons qu'ils ont quelques motifs d'être en colère.
02:49Et donc c'est logique, ils veulent que ça change.
02:52Mais que ça change vraiment, pas à moitié, pas un petit peu, pas à la marge, radicalement.
02:57C'est tout de même difficile d'incarner ce changement radical quand on a été Premier ministre
03:01ou même ministre d'Emmanuel Macron avec lui.
03:03Oui, oui, c'est vrai, c'est difficile.
03:05C'est d'ailleurs beaucoup plus difficile, il faut bien le voir, pour Philippe et Attal
03:08que pour Taillot, qu'il a un espace dans lequel il devrait s'engouffrer.
03:12C'est difficile, mais enfin ça n'a rien d'impossible.
03:14Il suffit de le vouloir et d'oser.
03:16Nicolas Sarkozy à l'époque n'a pas dit
03:18« Je ferai du Chirac un poil plus à droite ».
03:20Il a revendiqué la rupture.
03:23Emmanuel Macron n'a pas dit
03:24« Je ferai du Hollande un chouïa moins mollassant ».
03:27Il avait promis, rappelez-vous, on l'a oublié, la révolution.
03:30Rien que ça.
03:31Alors, vous me direz, on a été déçu.
03:32Enfin, il a été élu.
03:34Ben là, c'est pareil.
03:35Soit parmi les représentants du corps central,
03:38un candidat est capable d'embarquer les Français,
03:41de leur proposer un horizon vraiment nouveau,
03:43une sorte de radicalité raisonnable.
03:45Et ça peut marcher.
03:46Soit les électeurs continueront de diriger leur suffrage
03:50vers ceux qui, avec tous les risques que ça comporte,
03:52veulent vraiment tout renverser.
03:55Et face à ça,
03:56tous les petits calculs,
03:57toutes les soupes à l'union qu'on nous mitonne
04:00ne pourront rien changer.
04:01L'édito politique sur Europe 1.
04:03Merci beaucoup Alexis Brézé.
04:05Avec Alain Dufigaro ce matin, justement,
04:07des primaires.
04:07Peuvent-elles empêcher le duel Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon ?
04:10Je vous parlerai dans le journal du 8h
04:11de cet appel à l'union,
04:13à une grande primaire de la droite et du centre,
04:14lancée notamment par Hervé Morin,
04:16l'ancien ministre de la Défense.
04:18Merci beaucoup Alexis.
04:19Bonne journée à vous.