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Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

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00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:0418h17, entouré d'Éric Tecner, bonsoir.
00:06Bonsoir Pierre de Villeneuve.
00:07De Georges Fenech.
00:08Bonsoir Pierre.
00:08Bonsoir Georges.
00:09Bonsoir Éric Delbec.
00:11Bonsoir.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Vous signez la trahison des élites.
00:15Vous partez du principe que, et je pense que ce constat est largement partagé,
00:20qu'au lieu de faire des chefs dans nos élites, on a fait surtout des comptables et des gestionnaires.
00:26On va y venir dans un instant.
00:27Alors justement, j'aimerais avoir votre avis sur la teneur des propos,
00:31mais aussi du personnage d'Edouard Geffray,
00:34qui aujourd'hui a pris la parole pour annoncer une plateforme lycéenne.
00:37Les lycéens ont besoin que leur voix tout simplement compte.
00:40Ils ont l'impression de dire beaucoup de choses,
00:41mais que parfois il faut les dire bruyamment, voire parfois violemment pour être entendus.
00:45Et ça, ce n'est pas une situation saine, parce que le principe de la démocratie,
00:48c'est qu'elle n'a pas besoin ni de bruyante, ni d'être violente.
00:50Elle a besoin d'exister, d'être, j'allais dire, institutionnalisée.
00:53D'ici le début de la soirée, la plateforme dont j'ai parlé,
00:57déjà plusieurs fois, va être mise en ligne.
00:59C'est-à-dire qu'une plateforme qui dira aux lycéens,
01:01vous avez la parole,
01:03et qui permettra à chaque lycéen de France, s'il le souhaite,
01:05d'envoyer l'ensemble de ses difficultés et de ses attentes.
01:10Bon, alors, aujourd'hui, une grande majorité des lycéens veulent travailler,
01:14avoir un avenir, passer leur bac.
01:16Une petite minorité de lycéens, blocs, encouragés, rejoints par des casseurs,
01:22des black blocs, encouragés par certains, comment dirais-je, partis politiques,
01:28et surtout LFI qui attise et qui dit, continuez à vous mobiliser, nous vous soutenons.
01:33Et voilà donc un ministre de l'éducation qui répond à tout cela,
01:39avec les violences qui ont lieu, et notamment ce gamin qui a perdu la main aujourd'hui,
01:43en ramassant une grenade,
01:45qui répond, je vais lancer une plateforme.
01:47Est-ce que ce n'est pas l'exacte illustration de ce que vous dites dans votre livre ?
01:52C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les élites, ce sont des gestionnaires et pas des chefs.
01:56Ah ben, je n'aurais pas rêvé mieux pour la sortie du livre, si vous voulez.
02:02En ce moment, je suis à la fois amusé,
02:05enfin, je n'ai pas envie d'être amusé parce que c'est un peu consternant,
02:08et en même temps ébahi de voir des exemples aussi justes de quelque chose
02:12dont certains me disaient, c'est peut-être un petit peu exagéré.
02:14Vous voyez qu'ils sont alors complètement dans leur bulle.
02:16Lui, avec sa plateforme, on se demande ce qu'il cherche à faire,
02:18mais c'est un peu la même chose, si vous voulez,
02:20parce que là, je suis un petit peu énervé, alors j'en ai pour tout le monde.
02:22C'est pareil que les bistrots de Attal ou Ségolène Royal
02:26qui traite Glucksmann de stagiaire,
02:28ils vivent dans leur micro-monde qui n'intéresse qu'eux.
02:32Généralement, ça ne dépasse pas trop Paris et Grande-Ville,
02:35et en donnant le sentiment de planer totalement
02:38au-dessus de toutes les préoccupations de tout le monde.
02:41Alors j'avoue qu'il faut arriver à le faire quand même,
02:43pour ignorer le réel à ce point-là.
02:45Alors la seule chose que j'en tire pour essayer d'aller au-delà de ce petit constat,
02:48c'est que ça fait visiblement, enfin, j'en suis convaincu même,
02:51j'ai essayé de le démontrer.
02:53Ça fait 40 ans qu'on ne forme pas des élites,
02:56mais qu'on les déforme.
02:58C'est-à-dire que finalement, on fait tout
02:59pour qu'ils ne soient pas formés à prendre des décisions,
03:02et deuxièmement, tous ceux qui n'auraient pas dû passer
03:05le processus de sélection l'ont pris.
03:07Et il y a deux exemples qui me paraissent particulièrement intéressants,
03:10et là on en a un des deux en live avec ce qu'on vit actuellement,
03:13c'est que sur les questions de défense nationale,
03:16de sécurité nationale et de sécurité intérieure,
03:18ils sont absolument, dans une écrasante majorité,
03:21tous mauvais, parce qu'on ne les y a jamais formés,
03:24et que la conflictualité du monde n'a pas été le sujet
03:27quand on les a formés.
03:28Alors vous dites, former des dirigeants sans avoir conscience du réel,
03:31du rapport au monde et des frictions du réel,
03:34c'est quand même une grave problématique.
03:37Et c'est pas... Enfin, moi je peux en témoigner,
03:38j'ai fait partie de ces premières générations
03:40dans lesquelles on pouvait passer Sciences Po
03:42et d'autres grandes écoles sans entendre parler
03:45d'une question de sécurité intérieure ou de défense nationale.
03:47C'est intéressant.
03:48Je ne dis pas que c'est l'alpha et l'oméga de la politique,
03:50mais surtout par les temps qui courent,
03:52on voit bien que si on n'est pas en capacité
03:54sur ce sujet d'avancer de manière générale,
03:56sur toutes les questions de souveraineté et régalienne,
03:59on ne va pas être bien.
04:00Oui. Après, vous faites partie d'une génération qui est la mienne,
04:03où on avait à Sciences Po des cours de grandes lignes de partage
04:06du monde contemporain, les fameux glums.
04:08Je ne sais pas si vous vous en souvenez.
04:09Je m'en rappelle encore.
04:10Mais on n'avait pas...
04:11Cela dit, on était quand même dans une époque,
04:13alors je ne suis pas en train de disculper qui que ce soit,
04:16mais souvenez-vous de Fukuyama en 92
04:18qui nous a dit qu'il n'y aurait plus jamais la guerre.
04:20Oui, mais vous vous rappelez aussi qu'on nous expliquait
04:22que Samuel Huntington était un gros méchant.
04:24C'est vrai.
04:24Bien. Donc c'est intéressant.
04:25Et puis après, qu'est-ce qu'on a eu ?
04:26On a eu le 9-11 en 2001,
04:28qui a quand même rebattu les cartes dans l'autre sens.
04:31Mais alors là, pour le coup, ces générations étaient déjà formées,
04:33donc de toute façon, elles avaient été...
04:34Le mindset n'était pas formé dans cette matrice.
04:37Eric Tegner.
04:38Votre livre est passionnant.
04:39Il m'a fait d'ailleurs penser à une phrase de Jean-Claude Trichet
04:42le jour où il avait été nommé président de la BCE.
04:44Il avait dit « I'm not French ».
04:45Une façon de rassurer tout le monde, ne vous inquiétez pas.
04:47Je défendrai la France,
04:48qui avait poussé un haut commissaire européen à dire
04:50si vous voulez nommer quelqu'un
04:52qui ne défendra pas les intérêts français,
04:54nommer très certainement un Français.
04:56Et c'est ma question pour vous.
04:57Est-ce que nos élites, aujourd'hui, nous trahissent
05:00par lâcheté, par médiocrité ou par corruption ?
05:04Alors, vous m'offrez un choix.
05:07Alors, par lâcheté décisionnel, oui.
05:11Parce que finalement, maintenant, j'en suis absolument convaincu.
05:13Je me laisse toujours le temps de la réflexion
05:15pour essayer d'être nuancé.
05:17Mais on voit bien chez un certain nombre d'entre eux
05:19que la seule chose qui les intéresse,
05:21c'est le combat électoral suivant,
05:23sans aucune considération pour l'intérêt national.
05:26Et à droite, à gauche, maintenant, j'en ai pour tout le monde,
05:28parce que quand je les vois faire encore récemment,
05:30je suis quand même concerné.
05:32L'incompétence, sur un certain nombre de sujets,
05:35moi, je pense qu'on peut parler de l'incompétence.
05:36Oui, mais c'est organisé, ça.
05:37C'est organisé, l'incompétence.
05:38C'est-à-dire que vous avez un ministre, généralement,
05:40qui est incompétent, pardon, je ne vise personne,
05:43et vous avez derrière un cabinet.
05:45Et le cabinet, la plupart du temps,
05:48décide à la place du ministre.
05:50C'est-à-dire que vous avez un ministre qui dit
05:51on va faire ça, et derrière, vous avez le cabinet qui fait
05:54seul ministre, vous savez quoi ?
05:55Mais je crois que c'est encore plus complexe que ça
05:57pour avoir travaillé avec eux pendant de longues années.
06:01L'incompétence, oui, je reviens juste sur ce plan-là,
06:03parce qu'il est extrêmement intéressant.
06:05Ils sont incompétents dans les matières
06:08qui devraient être les leurs,
06:10et ils sont compétents dans des matières ultra-techniques
06:12qui ne sont pas les leurs,
06:14qui ne sont pas directement jugées tout à fait,
06:16mais qui, en plus, sont des matières
06:18dans lesquelles on n'apprend pas par la force des choses.
06:20Ce n'est pas la faute des gens qui sont formés à ces matières.
06:25On n'apprend pas le discernement, la décision,
06:28le choix, la responsabilité.
06:30Quand vous êtes formé pour être fonctionnaire,
06:33voire avoir une logique de comptabilité
06:35sans offense pour les comptables,
06:38vous n'êtes pas formé à prendre décision,
06:40à endosser la responsabilité.
06:41Donc, effectivement, je maintiens
06:43qu'ils ne sont pas compétents.
06:44Il y a une chose, j'en parle un peu, d'ailleurs, dans le livre.
06:47On m'a répété, souvent, dans des organisations,
06:51et à chaque fois, je disais,
06:52Jean-Non, je ne suis pas du tout d'accord avec vous,
06:54que, ah oui, quand même, les énarques,
06:56bon, ils sont ce qu'ils sont,
06:57mais quand même, c'est des belles machines intellectuelles.
06:59Mais pas du tout.
07:01Où est la machine intellectuelle
07:03quand il s'agit d'être sur des matières administratives ?
07:06Si on parle de courage,
07:08si on parle de hauteur de vue,
07:10si on parle, j'en ai beaucoup parlé,
07:12parce que j'ai trouvé ce film très emblématique de l'époque,
07:15de la bataille de Gaulle,
07:16qu'on voit le général de Gaulle,
07:17où Leclerc, on voit bien que les qualités ne sont pas les mêmes.
07:20Donc, où est la machine intellectuelle
07:22dans les bataillons qui sortent de l'ENA ?
07:25Et après, je reviens, je reboucle,
07:28pour ne pas perdre de vue votre question,
07:31un sens national déficient.
07:33C'est-à-dire, je vais être très précis,
07:35on ne peut pas juger du patriotisme
07:37ou de l'absence de patriotisme des gens.
07:38En revanche, on peut juger de leur incapacité totale
07:42à prendre soin de leur propre nation.
07:44C'est-à-dire que le fait national,
07:47le cadre national, comme étant celui de leurs préoccupations,
07:49de là où ils doivent se battre pour les intérêts de leur peuple,
07:53je dis bien de leur peuple,
07:54ils sont systématiquement absents,
07:57comme si leur boulot,
07:58ce n'était pas de se préoccuper de la nation.
08:00Donc, de ce point de vue-là,
08:02leur sens national, pour moi, n'existe plus.
08:05Et on nous a bassinés pendant des années
08:07sur le fait que la nation était une chose dépassée,
08:11vieille, sans intérêt.
08:12Vous voyez les autres puissances,
08:13ça fait doucement rigoler aujourd'hui.
08:15Et je trouve qu'on a été très longtemps,
08:17bienveillants, complaisants avec ces élites.
08:19On leur a essayé le temps d'évoluer,
08:20de prendre la mesure du réel.
08:22Et on se rend compte que plus on leur laisse de temps,
08:24plus elles se moquent des gens.
08:27Et c'est plus tolérable.
08:28Beaucoup de sujets à aborder.
08:30Et un exemple, on va y venir,
08:32juste après une première pause publicitaire,
08:33c'est le fameux traité de Lisbonne
08:35qu'on a fait ratifier.
08:38On a demandé l'avis des Français par référendum.
08:41Et puis finalement, on a fait tout le contraire derrière.
08:43Et ça vous sert de point de départ.
08:44On va en parler.
08:45Et Georges Fenech a bien sûr des questions pour vous.
08:47Allez, on se retrouve dans un instant.
08:49A tout de suite.
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