Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Eric Tecner et Alexandre Malafaille,
00:07parlons de ce classement PISA qui met la France aux fraises à nouveau,
00:12et encore plus, moins 16 points en maths, moins 18 points en compréhension de l'écrit.
00:19L'OCDE nous signale d'ailleurs que l'immigration n'y est pour rien,
00:22que les élèves enfants d'immigrés n'y sont pour rien,
00:25pour la baisse du niveau en compréhension de l'écrit.
00:30Ce qui soulève, en tout cas, à tout le moins un questionnement,
00:36mais en tout cas on pourra y revenir.
00:37Je voudrais d'abord qu'on écoute Joachim Lefloquimade, essayiste enseignant,
00:41qui déplore bien sûr ce matin sur Europe 1 l'effondrement de ce niveau des élèves.
00:45On voit que l'effondrement continue, qu'il est bien parti pour continuer.
00:48En mathématiques, par exemple, on a perdu 16 points dans le dernier volet.
00:5116 points, c'est énorme.
00:5320 points, ça représente à peu près un an de niveau scolaire en maths.
00:56Donc ce qu'on voit, c'est que depuis que PISA existe,
00:59donc depuis l'année 2000,
01:00on a perdu quasiment l'équivalent de trois années de niveau scolaire en mathématiques en France,
01:04à un rythme beaucoup plus rapide que la totalité des pays de l'OCDE.
01:08Et c'est à peu près pareil dans les autres disciplines.
01:10Ce n'est pas beaucoup mieux si on regarde en lecture ou si on regarde en science.
01:13Donc une fois qu'on a fait ce diagnostic qui est très sombre,
01:15la question qui doit nous obséder est de savoir comment on en est arrivé là.
01:18Et c'est enfin un scandale politique,
01:20que c'est la démission de tous les gouvernements successifs.
01:22Je rappelle que Macron avait dit que l'école était son domaine réservé.
01:25Neuf ans après, on voit quel est le bilan de ce domaine réservé.
01:29Ça marche avec à peu près tous les autres sujets.
01:31On sent la colère de Joachim Lefloquimat,
01:33qui ressort d'ailleurs son livre « M'embase sur l'éducation nationale » en poche.
01:37Il était là il y a quelque temps dans Europe 1 Soir.
01:40Qu'est-ce qu'on peut faire ?
01:41Qu'est-ce qu'on peut faire ?
01:42Est-ce que l'Institut Sinopia s'est interrogé,
01:45Alexandre Malafaille, sur ce qu'on peut faire sur l'éducation nationale ?
01:47Non, mais ce qu'on constate surtout sur toute une série de politiques,
01:51depuis un certain nombre d'années, voire de décennies,
01:54c'est qu'en fait on ne traite pas les problèmes.
01:56De temps en temps on fait des constats,
01:57mais les politiques ne sont pas des politiques qui permettent de fabriquer des résultats.
02:01Là, sur la problématique de l'éducation nationale,
02:02la dégradation des niveaux,
02:04il n'y a rien de nouveau sous le soleil, si je puis dire.
02:06On est sur un paquebot qui est sur son inertie,
02:09où depuis maintenant un certain nombre d'années,
02:11on ne traite pas les problématiques de fond,
02:13on ne prend pas en compte les irruptions technologiques.
02:15C'est sûr qu'aujourd'hui on veut interdire le téléphone,
02:17on aurait dû en apprendre l'usage pendant que c'était encore le temps,
02:22on met des règles pour interdire,
02:24et dans le même temps on a un désordre total sur finalement les valeurs,
02:28l'organisation, on a perdu le sens de l'effort,
02:31mais il n'y a pas que nous, c'est une tendance occidentale.
02:34Et on se réveille aujourd'hui, les résultats se dégradent,
02:36bah oui c'est normal qu'ils se dégradent,
02:37le modèle est détricoté,
02:38et en plus quand vous plaquez à ça l'inconsistance politique
02:42avec 7 ministres de l'éducation en 4 ans,
02:458 en 5 ans, en 10 ans pratiquement.
02:48– 189 ministres de l'éducation en 197 années d'existence
02:52du ministère de l'éducation nationale.
02:54– Vous rajoutez à ça toutes les réformes du collège,
02:56du lycée, de la notation,
02:58tout ça qui est mis en œuvre, défait, refait,
03:00toute l'idéologie qui est de dire,
03:02finalement la performance il ne faut pas trop en faire,
03:04parce que sinon vous créez une forme d'asymétrie,
03:06et au bout du compte, l'école de la République
03:07qui est censée être un modèle en matière
03:10de réduction des inégalités,
03:11et ça c'est très bien dit par PISA,
03:12malheureusement la réduction des inégalités,
03:14elle n'est pas au rendez-vous,
03:15on a plutôt tendance à l'amplifier.
03:17– Éric Tegner.
03:18– Alors déjà un élément, on a tendance à dire
03:20c'est la faute des écrans, des jeux vidéo.
03:22– Ce qui dit M. Geffrey encore.
03:23– En tête du classement, il y a notamment le Japon
03:25qui est le premier pays consommateur de jeux vidéo.
03:28On retrouve également la Corée du Sud
03:29où il y a énormément de consommation de jeux vidéo.
03:31Donc non, c'est assez faux
03:33ce qui est mis en avance sur l'explication.
03:36Moi qui m'inquiète, c'est qu'au-delà du fait
03:38que je suis quand même globalement démoralisé
03:40parce qu'on voit qu'également les pays comme la Finlande,
03:42la Norvège, qui sont des pays du Nord,
03:44– Que vous connaissez bien.
03:45– Exactement, parce que mon père vient de Suède,
03:48qui sont reconnus comme étant des modèles éducatifs
03:50vraiment inspirants,
03:52ils sont en chute libre également.
03:53Mais moi ce qui m'inquiète le plus en France,
03:56c'est une donnée.
03:57C'est-à-dire quand on lit ce rapport,
03:58il y a une sorte de bonne nouvelle,
03:59c'est qu'on se dit tiens,
04:00il y a une baisse des inégalités sociales.
04:02Donc on a l'impression que finalement c'est une bonne nouvelle
04:04parce que la France est championne dans les inégalités sociales.
04:07Mais c'est expliqué uniquement par le fait
04:08que les élites finalement ont baissé leur niveau.
04:12Et donc c'est une sorte d'égalitarisme par le bas qui existe.
04:15Or à un moment, on ne peut construire un pays
04:17qu'à grâce notamment aux élites.
04:19Et il y a un point par exemple sur la question des sciences
04:21parce qu'on sait qu'aujourd'hui les nouvelles technologies,
04:23l'intelligence artificielle,
04:25c'est ce qui va nous donner une capacité de productivité
04:27par rapport aux autres pays.
04:28Eh bien en France par exemple,
04:30les profils très performants sur la question des sciences
04:32ne représentent que 3% des élèves.
04:35Quand aux Etats-Unis, c'est 25%.
04:37Un élève sur 4 qui est dans la tranche haute en Chine,
04:40c'est 27%.
04:41Donc c'est cela moi que je vois en priorité,
04:43c'est l'abaissement d'une élite finalement
04:44qui jusqu'ici nous portait quand même vers le haut.
04:48Et puis aussi une façon, vous parlez des Etats-Unis,
04:51pour avoir été scolarisé aux Etats-Unis une partie,
04:53c'est que le logiciel n'est pas du tout le même.
04:55D'abord on vous encourage aux Etats-Unis,
04:57c'est-à-dire que quand vous avez une mauvaise note,
04:59votre prof il vous prend par l'épaule
05:00et puis il vous dit « c'est pas grave, ça ira mieux la prochaine fois ».
05:03En France, on vous dit « t'es nul »,
05:06de toute façon on va demander à tes parents
05:08s'ils sont d'accord pour que tu redoubles.
05:10Donc il y a quand même une façon.
05:11Et puis je rajouterai un élément
05:13à ce que vous avez dit tous les deux,
05:15c'est que les profs sont extrêmement mal payés.
05:17Et ils sont démoralisés.
05:19Et certains partent faire autre chose.
05:22Et parce que ceux qui sortent au-dessus du lot
05:25partent faire autre chose,
05:26on engage et après on engage ce qu'il y a.
05:29Moi je le vois aussi au niveau des établissements
05:32que je connais,
05:33on engage ce qu'il y a et parfois c'est pas génial.
05:36Et parfois il y a un prof récalcitrant
05:38et on le vire pas parce qu'on n'a pas trouvé mieux.
05:41Et on a engagé dans certains établissements
05:46des profs qui en CP,
05:49institutrices de CP,
05:49font des fautes de français.
05:51Il y a des profs de maths,
05:53je ne vais pas citer d'établissement,
05:54mais je le sais par mes enfants,
05:58profs de maths qui se trompent dans les calculs.
05:59Donc c'est les premiers de la classe
06:00qui lèvent le doigt en disant
06:01madame vous êtes trompé.
06:02On arrive quand même à un niveau,
06:05on n'est même plus sur le fil,
06:06on est sortis du fil.
06:08Oui, vous avez raison.
06:09Et c'est vrai qu'on a tendance
06:10à défendre l'éducation nationale
06:12de nos professeurs.
06:12C'est bien normal.
06:13Et en même temps,
06:14il faut le regard de lucidité
06:15que vous avez porté Pierre.
06:16C'est-à-dire qu'il y a également
06:17ces professeurs qui,
06:18à chaque fois,
06:19refusent de faire leurs heures.
06:20Et donc les parents ne comprennent pas
06:22qu'il y ait des heures entières par mois
06:24qui ne sont pas remplacées.
06:25Ce n'est pas normal à un moment.
06:27C'est-à-dire qu'il faut pouvoir aussi
06:28que tout le monde travaille.
06:29C'est comme moi la vision,
06:31quand je vois des professeurs
06:32qui vont faire grève dans des écoles,
06:34je me demande quel est le message
06:35qu'ils envoient aux jeunes générations
06:37qui déjà ont du mal à faire un effort.
06:39Et dans le fond d'ailleurs,
06:40c'est cette notion de l'effort,
06:41je pense,
06:42qui est au cœur même
06:43de la problématique qu'on a aujourd'hui.
06:45Les gens ne veulent plus s'engager,
06:46ils ne veulent plus faire d'efforts.
06:47Mais sans faire grève,
06:47il y a des profs aussi
06:48qui se mettent en arrêt maladie.
06:49Ça, c'est un truc que Sinopia
06:51a bien vu dans ses derniers articles.
06:54Il y a un problème
06:55sur les départs en arrêt maladie
06:57et le gouvernement commence
06:58à s'en inquiéter
06:59sur ces arrêts maladiens tempestifs.
07:02Pareil, j'ai eu une collégienne cet été
07:03qui m'a dit,
07:04moi je suis dans un lycée
07:05qui est pourtant un lycée
07:06avec une grande réputation.
07:09Il s'agit du lycée Pasteur
07:10à Neuilly-sur-Seine.
07:11Elle dit, moi j'ai des profs
07:11qui ne sont pas remplacés
07:12quand ils ne sont pas là.
07:13De toute façon,
07:14le métier d'enseigner est devenu très difficile.
07:15L'appartement, globalement,
07:16le rapport à l'élève
07:17n'est plus fondé
07:17sur un rapport d'autorité
07:18et où on assume cette autorité
07:20vis-à-vis des élèves
07:21parce qu'à un moment donné,
07:22il faut fixer des règles
07:23et établir un cadre de travail
07:24qui est propice.
07:25Il ne faut pas s'étonner
07:26que les profs soient très malheureux
07:27dans leur vie professionnelle.
07:28Après, fondamentalement,
07:29il y a un énorme boulot à faire.
07:30La seule question, c'est
07:31qui, à un moment,
07:32va décider de prendre le sujet
07:33à bras-le-corps
07:34et de se dire,
07:34on va investir vraiment
07:35et il y a 15 ans de boulot.
07:37Il faut une révolution.
07:37On a perdu une génération.
07:39Il faut renverser la table.
07:39Vous verrez, l'année prochaine,
07:40les classements seront encore moins bons
07:41et l'année suivante encore moins bons
07:42parce que c'est un pack bon,
07:43je le redis.
07:44Sauf si on renverse la table.
07:45Oui, mais avant que ça produise des effets,
07:47il faudra...
07:47La faille, l'éducation nationale.
07:48Avant que ça produise des effets,
07:49on peut essayer, pourquoi pas ?
07:50Mais avant que ça produise des effets,
07:52il faudra 5 ans, 10 ans, 15 ans.
07:53Merci les amis.
07:54Tous les jours dans Europe 1 matin,
07:56les signatures Europe 1
07:57vous livrent le regard sur l'actualité
07:58et deux nouvelles signatures
07:59rejoindent notre grande famille
08:01sur Europe 1.
08:02Marc Toiti,
08:03lundi, mercredi, 7h20
08:05et puis Julia De Funès,
08:07philosophe et séiste,
08:08tous les jeudis à 9h moins 10.
08:10Toutes les signatures sont en replay également
08:12et sur l'appli Europe 1.
08:13Nous, on se retrouve pour la deuxième heure
08:15d'Europe 1 soir dans quelques instants.
08:17Restez avec tout.
08:1818h, 20h,
08:19Europe 1 soir.
08:21Pierre de Villeneau.

Recommandations