00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:02Il est 13h20 sur Europe 1, vous écoutez Clélie Mathias et c'est l'heure d'accueillir vos deux chroniqueurs
00:06du jour,
00:07le journaliste Yvan Riouffol et le journaliste politique à CNews, Thomas Bonnet.
00:11Et bonjour à tous les deux, soyez les bienvenus.
00:13Bonjour à tous.
00:14Évidemment, une large partie de cette émission va être consacrée au mouvement dans les lycées,
00:18aux violences aussi, hélas, qui y réfèrent.
00:21Écoutez tout d'abord ce témoignage.
00:22Bruno Bobievitch, j'espère que je prononce bien,
00:25il est proviseur et secrétaire général du syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale.
00:30Il vous parle de l'état d'esprit des proviseurs, il était ce matin sur Europe 1.
00:34Les collègues sont très choqués de ce qui se passe,
00:36parce que pour la première fois depuis très longtemps,
00:38de nombreux chefs d'établissement ont été directement touchés, blessés, menacés.
00:43Et ça crée un état de choc assez général du côté de mes collègues.
00:46Certains ont reçu des appels anonymes pour leur dire qu'on allait les retrouver lundi matin
00:50et qu'on allait brûler le logement au-dessus du lycée.
00:53Donc on atteint une situation qui est complètement incroyable.
00:57Je pense que ça va laisser des traces extrêmement importantes.
00:59Et on a demandé d'ailleurs un accompagnement psychologique sérieux.
01:02Il est probable que certains démissionnent.
01:04Ce n'est pas acceptable de travailler et de vivre,
01:07parce que la plupart des collègues vivent dans leur établissement,
01:10de vivre dans ces conditions.
01:12Des professeurs, des proviseurs qui sont agressés, qui sont violentés.
01:17Je rappelle le nombre d'établissements bloqués aujourd'hui, 413.
01:20513, ça continue. Puis demain, il y a une grande journée de mobilisation dans la rue avec les Cédicats aussi.
01:25Le problème de ces violences dont on parle, dont on ne cesse de parler d'ailleurs depuis plusieurs jours,
01:30Thomas Bonnet, c'est qu'il y a peut-être certes des revendications légitimes de la part des lycéens,
01:35notamment dans certains lycées, mais qu'on ne les entend plus là.
01:39Le mouvement a été bien sûr instrumentalisé en grande partie par l'extrême gauche.
01:44D'ailleurs, on voit devant des lycées des personnes qui n'ont pas l'air d'être des lycéens,
01:49qui ont plutôt l'air d'être des militants professionnels,
01:51qui sont habillés comme des black blocs dans les manifestations,
01:54et qui instrumentalisent, en tout cas, ont l'air de fomenter un peu ce qui se passe.
01:59Et ils viennent évidemment s'ajouter sur une colère qui pouvait être pertinente,
02:06et légitime de la part de certains lycéens.
02:07Ajouter à cela ce que j'appellerais des racailles opportunistes,
02:11c'est-à-dire des individus qui, là non plus, ne sont pas forcément des lycéens,
02:14qui viennent se greffer au mouvement, et qui sont eux aussi parfois coupables de violences.
02:18Et en effet, le message initial est complètement perdu.
02:21Donc c'est dommage pour les lycéens.
02:24Déjà qu'il n'était pas très clair et que c'était...
02:25Déjà qu'il y a eu une sorte de gloubi-bougar des revendications.
02:28Après, on ne découvre pas les mouvements lycéens.
02:30Je veux dire, on en a connu énormément au cours des dernières décennies.
02:34Bon, il y a toujours un peu à boire et à manger dans ce qui est dit,
02:37mais c'est aussi parfois l'entrée d'une partie de la jeunesse dans un discours politique
02:41qu'on peut dénoncer, dont on peut se moquer parfois,
02:45mais qui a aussi pour vocation de faire exister un certain nombre de revendications.
02:50Je prends juste un exemple.
02:51L'état de délabrement de certains établissements, c'est un vrai sujet.
02:54On ne peut pas balayer ça du revers de la main.
02:55Il ne s'agit pas de dire que tous les établissements sont concernés.
02:57D'ailleurs, le lycée Nelson Mandela à Nantes, qui a été incendié, a été flambant neuf.
03:02Donc, ça ne correspond pas, en l'occurrence, à ces revendications.
03:05Mais par ailleurs, en région parisienne, et j'en suis un témoin,
03:09mon lycée tombait en morceaux littéralement.
03:12Et il y a des sujets d'établissements, d'infrastructures, qui ont le mérite d'être posés.
03:16Après, malheureusement, tout ça est relégué au second plan parce qu'il y a des violences.
03:20Et vous disiez justement, Thomas Bonnet, qu'on ne découvrait pas les mouvements lycéens.
03:24Yvan Riaufol, on ne les découvre certes pas,
03:26mais vous avez entendu Bruno Bobkiewicz qui disait
03:28que là, un cap avait été franchi.
03:30Vous êtes d'accord avec lui ?
03:31Oui, parce que ce ne sont plus des mouvements lycéens.
03:33Effectivement, il y avait matière à peut-être comprendre des mouvements lycéens.
03:37D'ailleurs, ce mouvement est parti d'un lycée de Créteil, du lycée Saint-Exupéry,
03:40qui en effet manque de professeurs.
03:42Et les élèves redoutaient, effectivement, ceci.
03:47Mais on voit bien maintenant que ça a pris une autre envergure.
03:50Ce n'est plus une révolte étudiante.
03:52Ce n'est plus une révolte lycéenne.
03:54Ce n'est plus non plus, d'ailleurs, de mon point de vue,
03:56ce ne sont plus des violences urbaines.
03:58Ce sont des terreurs urbaines, c'est-à-dire qu'on a passé à un autre stade.
04:01Quand vous commencez à tabasser, parce que c'est vraiment ce qui se passe,
04:04de tabasser des professeurs, de tabasser des proviseurs,
04:0640 proviseurs, jeudi dernier.
04:09Quand vous brûlez des lycées,
04:11près de 30 lycées ont été saccagés ou brûlés.
04:15Quand vous vous baladez avec des keffiers,
04:18et que vous brandissez des drapeaux palestiniens,
04:21quand vous dites « mort à Israël »
04:22ou « nous sommes tous des enfants de Gaza »,
04:24on voit que non seulement nous ne sommes plus dans un mouvement lycéen,
04:27nous ne sommes plus non plus dans une révolte de la jeunesse,
04:30mais nous sommes dans ce qui ressemble beaucoup,
04:31de mon point de vue,
04:32à un mimétisme de ce qui se passe aujourd'hui en Palestine,
04:36à Gaza précisément,
04:37ou en Cisjordanie.
04:38C'est-à-dire que nous sommes là devant une intifada des lycées.
04:41Nous sommes là devant une rupture totale
04:43entre une France française et la France
04:46qui a été promue notamment par Mélenchon,
04:50cette nouvelle France,
04:50qui est une France qui ne se reconnaît plus,
04:52qui ne veut plus se reconnaître dans la France républicaine,
04:55si je puis dire.
04:56Et c'est ce qui apparaît aujourd'hui,
04:57c'est effectivement deux Frances, deux jeunesses,
05:00il y avait une jeunesse que l'on avait vue au stade de France,
05:03une jeunesse diversitaire,
05:04la même que celle qui manifeste au stade de France
05:06qui applaudissait le pape en l'occurrence,
05:09avec un débordement de joie et de gentillesse.
05:11Et nous avons cette autre France diversitaire également,
05:13qui elle a refusé de s'assimiler
05:15et qui se revendique d'un multiculturalisme,
05:17donc d'un islam radical.
05:18Et l'on voit à travers ces manifestations
05:20qu'elles sont cornaquées non seulement par l'extrême gauche,
05:23par la France insoumise,
05:24mais aussi, dit-on,
05:25je n'ai pas les éléments pour le dire,
05:26mais on le voit à travers les slogans,
05:28par des mouvements islamistes
05:29qui pourraient être ceux des frères musulmans,
05:31c'est ce que j'entends dire en tout cas,
05:33de ceux qui regardent de près ces mouvements-là.
05:35Donc, vous voyez bien qu'on a complètement dépassé
05:39un mouvement de jeunesse,
05:41un mouvement, effectivement,
05:42je suis d'accord avec vous pour dire
05:43qu'il aurait pu être légitime
05:44dans l'état d'élabrement de certains lycées,
05:47encore, il faudrait voir ça de plus près.
05:48Et là, nous sommes dans une rupture civilisationnelle.
05:50Moi, je y vois les prémices d'une guerre civile.
05:52Mais est-ce que vous êtes d'accord,
05:53Thomas Bonnet et Yvan-Henri Eiffel,
05:54tous les deux, pour dire que ce n'est pas...
05:55Parce qu'on aurait pu dire,
05:57voilà, c'est des jeunes,
05:57ils ont envie de casser,
05:58il y a une opportunité,
05:59on y va,
06:00c'est peut-être de la bêtise
06:01ou un mouvement comme ça,
06:02inconscient, insouciant,
06:03appelons ça comme on veut.
06:05Là, vous êtes d'accord tous les deux
06:06pour dire qu'il y a quelque chose
06:07de plus politique derrière tout cela ?
06:09Il y a des éléments politiques
06:11qui sont des représentants de l'extrême-gauche.
06:13Et il y a aussi une jeunesse
06:14qui est différente de celle que nous,
06:16on a connue,
06:16ou que moi, j'ai connue à l'époque
06:18où il y avait déjà des blocus dans mon lycée.
06:20Non, c'était il y a une vingtaine d'années,
06:21mais déjà, ça a beaucoup changé.
06:22Je pense qu'il y a un rapport au bien commun
06:24qui est tout à fait différent.
06:25Et il y a aussi une forme de nihilisme
06:27qui habite une partie de ces jeunes
06:28qui, en plus, font la course aux réseaux sociaux
06:30pour savoir qui va faire le plus de dégâts
06:32dans son lycée.
06:32Et donc, tout ça, mis bout à bout,
06:34ça provoque aussi ces images.
06:35On va en parler des réseaux sociaux
06:36et puis vous entendrez Ségolène Royal
06:37sur ce mouvement.
06:38Ça, c'est juste après.
06:40Le journal permanent d'une heure et demie
06:41sur Europe 1.
06:42Ravie que ça vous plaise, Thomas.
06:4313h27.
06:44A tout de suite avec Lélie Mathias
06:45et c'est Chroniqueur sur Europe 1.
06:4713h, 14h, Europe 1 Info.