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Entre la pression de la Chine, les nombreuses normes, les ruptures technologiques et les différentes politiques industrielles menées ces dernières décennies par les gouvernements successifs, comment se porte l’industrie française ? Est-elle « morte » ou une relance est-elle envisageable ? N’y a-t-il plus aucun secteur dans lequel la France tire son épingle du jeu ? Faudrait-il adopter des politiques agressives comme le font les États-Unis et la Chine ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :
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00:00Qui a tué l'industrie française ? D'Ella Serfontaine, un film passionnant, riche en informations, peut-être un peu
00:07sombre.
00:07En tout cas, on en sort avec l'impression que tout est fichu, que notre industrie est complètement morte.
00:13L'est-elle vraiment ? N'y a-t-il plus rien à faire ? On va se poser la
00:16question avec nos invités.
00:18Christine Lavarde, bienvenue. Vous êtes sénatrice à l'air des Hauts-de-Seine, membre de la commission des finances, de
00:22la commission des affaires économiques.
00:24Vous êtes présidente de la délégation sénatoriale à La Prospective. Je précise enfin que vous êtes haut fonctionnaire et ingénieur
00:30des ponts, des eaux et des forêts.
00:31Olivier Luancy, bienvenue à vous également. Professeur titulaire de chaire au Conservatoire national des arts et métiers, enseignant à l
00:38'école des mines,
00:39ancien conseiller industrie et énergie à l'Elysée, c'était entre 2012 et 2014.
00:43Vous avez été missionné par les ministres de l'économie et de l'industrie pour réfléchir aux politiques industrielles françaises
00:49à horizon 2035.
00:50Vous êtes aussi l'auteur de « Les néo-industriels » et de « Réindustrialiser le défi d'une génération
00:57» aux éditions Les Déviations.
00:58Et vous venez de faire paraître avec un collectif le manifeste « Dessiner le chemin d'une France qui innove,
01:03produit et en est fière ».
01:05Nadine Levrateau, bienvenue à vous également. Vous êtes économiste, spécialiste de l'industrie, des entreprises et des territoires.
01:11Vous êtes directrice de recherche au CNRS au Centre d'économie et de décision publique de l'École des mines
01:17de Paris.
01:18Et vous êtes la co-autrice avec Abdoulaye Canet de « Économie circulaire, une cartographie des emplois » aux presses
01:24des mines.
01:25Anne-Sophie Alsif, bienvenue, chef économiste de BDO France, d'un cabinet d'expertise comptable, d'audit et de conseil.
01:32Vous êtes docteur en sciences économiques, professeur d'économie à la Sorbonne, spécialiste des prévisions économiques et co-autrice de
01:38« La France est-elle exposée aux risques protectionnistes » aux éditions Presses des mines également.
01:43Bienvenue à tous les quatre. Je ne suis pas sûre que ce soit nécessaire de refaire le match et de
01:48revoir les responsabilités des uns et des autres.
01:51Le documentaire le fait relativement bien. On comprend que les responsabilités sont partagées.
01:55Politique, grand patron, recherche de profit, erreur de jugement.
01:59Je voudrais en revanche que l'on fasse un état des lieux de l'industrie française.
02:02Le film part du postulat selon lequel l'industrie française serait morte ou quasi, je rappelle le titre, « Qui
02:09a tué l'industrie française ? »
02:11Anne-Sophie Alsif, est-ce que c'est le cas ? Est-ce que l'industrie française est morte ou
02:15quasi morte ?
02:16Non. Heureusement d'ailleurs. C'est déjà une bonne nouvelle.
02:20Déjà, comme d'habitude, on est économiste. En regardant les chiffres, la part de l'industrie dans la richesse créée
02:25en France, c'est 10%.
02:26Donc 10%, ce n'est pas rien. Et d'ailleurs, c'était plutôt une bonne nouvelle puisqu'on était plutôt
02:31en dessous des 10%.
02:33Et notamment en 2023 et 2024, avec justement de bons résultats dans l'aéronautique, un des secteurs où la France
02:39reste un des leaders au niveau mondial,
02:42eh bien, nous avons l'autre part de l'industrie qui a augmenté.
02:45Donc non, l'industrie française n'est pas morte. Par contre, en effet, et c'est ça un petit peu
02:50le drame par rapport à nos partenaires européens,
02:52notamment allemands et italiens, c'est que nous, nous sommes beaucoup désindustrialisés.
02:57Mais on n'aime pas les seuls. Il y a également le Royaume-Uni qui a eu également cette trajectoire.
03:01Et aujourd'hui, dans un monde où l'industrie est très, très, très importante en termes de gain de valeur,
03:07de création de valeur ajoutée et de croissance, et aussi sur les questions de souveraineté,
03:11c'est là, à mon sens, où la situation est un petit peu difficile pour la France.
03:15Olivier Luancy, à la fin du film, on a un Arnaud Montebourg assez définitif qui nous dit
03:20« On importe tout, on ne fabrique plus rien ».
03:24Est-ce exagéré ? À ce point-là, a-t-il raison ? A-t-il tort ?
03:28Vous connaissez tous Arnaud Montebourg. Il y a un côté un peu flamboyant dans sa façon de prendre la parole
03:34publique.
03:35Et en l'occurrence, je vais faire les mêmes commentaires qu'Anne-Sophie vient de faire.
03:39C'est-à-dire qu'il faut nuancer factuellement le message.
03:43Donc non, nous ne produisons pas rien.
03:45Dans les trois pays occidentaux qui sont à notre niveau,
03:47donc il y a la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, où on est à 10% d
03:51'industries dans le PIB,
03:52qui sont les plus bas chiffres pour des pays d'une taille raisonnable, on va dire.
03:57Donc on a véritablement un souci.
04:00Il y a une question quand même qui se pose.
04:02Est-ce qu'à ce niveau-là, on a la densité suffisante d'un tissu industriel pour rebondir ?
04:07Ça, c'est une question qui est légitime, en tous les cas.
04:10Et derrière, je crois surtout, ce titre de ce documentaire assez formidable,
04:16il y a une gageur qui a été réalisée pour la première fois.
04:20C'est la première fois, je trouve, qu'on a un documentaire grand public
04:24qui explique toute la souffrance qui a été liée à la désindustrialisation.
04:29Pendant des décennies, on nous a dit, certes, on va fermer la sidérurgie, le charbon, etc.
04:34Mais quelque part, c'est normal, la souffrance des territoires,
04:38des personnes qui perdent leur emploi,
04:39des territoires qui voient leur principal employeur fermé,
04:43fait partie d'une histoire économique
04:45où on passe d'une société agraire à une société industrielle,
04:48puis à une société tertiaire.
04:49Et la douleur de cette transition-là, qui a été très fortement vécue,
04:53n'a jamais été reconnue par la nation, n'a jamais été posée publiquement.
04:57Et là, je trouve qu'il y a un effort...
04:58Restons un moment sur le constat, Christine Lavard.
05:01Moi, j'ai trouvé quelques chiffres récents de sources parlementaires.
05:03L'industrie représente environ 10,7% du PIB français
05:07et emploie près de 3,3 millions de salariés.
05:09Donc, ce n'est pas rien, vous avez raison.
05:11La part de l'industrie dans l'emploi est passée de 30% en 1975
05:16et environ 11% de nos jours.
05:18Est-ce que ce n'est pas la tendance qui compte ?
05:19Est-ce que ce n'est pas ce qui s'annonce qui est justement risqué ?
05:23Après, c'est l'industrie, et là, vous parlez de l'emploi,
05:25mais est-ce que l'emploi n'est pas forcément aussi lié directement à la richesse qu'on crée ?
05:29Aujourd'hui, les processus industriels ont changé.
05:31Et moi, je partage aussi l'idée que l'industrie n'est pas morte.
05:34Il y a très peu de temps, j'étais à Douai sur les sites de l'usine Renault,
05:39une usine qui, quand elle fabriquait des véhicules thermiques,
05:42avait considérablement diminué son rythme de production.
05:45Il n'y avait plus qu'une équipe.
05:47Depuis qu'ils ont transformé les chaînes pour passer aux véhicules électriques,
05:51ils ont créé un écosystème avec une usine de batterie qui est juste à côté,
05:56ils sont repassés à trois équipes.
05:58Donc, on a finalement une publication par trois des volumes produits.
06:01Donc, ça montre bien que l'industrie n'est pas morte si elle sait se transformer.
06:04Le problème, c'est que la transformation, ce n'est pas juste je claque des doigts
06:07et je transforme mes chaînes de production.
06:09Ça nécessite aussi une confiance dans la part des investisseurs que sont les chefs d'entreprise.
06:15Et je pense qu'aujourd'hui, le climat actuel, et on le voit bien,
06:19tous ceux qui pourraient investir regardent un peu avec inquiétude
06:23ce qui va se passer dans les prochains mois en France.
06:26Et donc, ce n'est pas bon pour notre économie,
06:29mais c'est encore moins bon pour notre secteur industriel,
06:31qui est un secteur capitalistique.
06:33Donc, il y a besoin que les gens investissent pour ensuite poursuivre de l'innovation.
06:37Et l'innovation, en robotisant des chaînes,
06:40on peut produire autant avec peut-être moins de personnes,
06:43mais aussi des conditions de travail qui sont plus acceptables.
06:46parce qu'il faut aussi voir que quand on avait beaucoup d'ouvriers,
06:49certains avaient quand même des conditions de travail extrêmement pénibles.
06:51Et je ne suis pas sûre qu'aujourd'hui, on ait envie d'y revenir.
06:54Donc, il y a plusieurs sujets dans votre question.
06:56Moi, je pense aussi que notre pays a toutes les compétences
07:00et on le voit dans le reportage à un moment où on fait la photographie
07:03de ce que sont les ingénieurs français,
07:05notre système de production des élites qui fonctionne toujours.
07:09Le problème, c'est qu'on n'en produit peut-être pas assez,
07:11peut-être pas assez dans les secteurs qui ont besoin de main-d'œuvre.
07:14Voilà, il y a plein de... Le sursaut est possible,
07:16mais il faut s'en donner les moyens.
07:17Nadine Levrateau à la question, qui a tué l'industrie française ?
07:20En fait, c'est personne ne l'a tuée, elle n'est pas morte.
07:22C'est comme dans les livres d'Agatha Christie,
07:25tout le monde est coupable, mais à la fin,
07:26il y en a peut-être un qui l'est plus que les autres.
07:30Non, je voudrais revenir sur les indicateurs
07:33que vous avez rappelés et qui sont très clairement exprimés
07:38avec cette frise dans le documentaire,
07:43qui est excellent par ailleurs.
07:46Lorsqu'on dénombre les emplois dans l'industrie,
07:49il faut bien se mettre d'accord sur ce que l'on compte.
07:51Et sur la longue période telle qu'elle est présentée,
07:55on a une évolution de la composition de l'emploi dans l'industrie
07:59avec un phénomène très marqué entre 1975 et de nos jours,
08:06c'est l'externalisation de toute une partie
08:08de ce qui composait l'industrie
08:11et qui est aujourd'hui dénombré dans le secteur des services.
08:15Alors, ça peut être différents types de métiers,
08:18le gardiennage, le nettoyage,
08:20mais aussi des services à plus forte intensité en connaissance
08:24comme les analyses financières, la R&D,
08:29et ce phénomène d'externalisation a été,
08:33comme la désindustrialisation, plus marquée en France qu'ailleurs.
08:37Quand on regarde le taux d'intégration
08:39des entreprises allemandes ou italiennes,
08:41il est bien plus élevé que le taux d'intégration
08:43des entreprises françaises.
08:45Donc ça, c'est un premier point.
08:46Le second point, c'est la part de la valeur ajoutée dans le PIB.
08:49Alors, indubitablement, la part de l'industrie a reculé,
08:53mais ça veut dire que la part des autres composantes du PIB,
08:57non marchande et marchande, a augmenté aussi.
09:01Et c'est cet équilibre qu'il faut regarder.
09:03Et les raisons, on les a évoquées dans le film,
09:08elles ont été étudiées par de nombreux auteurs.
09:10Toutes, et de façon exhaustive ou pas ?
09:11Parce qu'il y a toute une liste de responsables
09:14qui sont ce qu'on appelle dans le documentaire des suspects,
09:16puisque c'est ainsi que la réalisatrice a procédé.
09:19Il n'y a pas d'autres responsables, Olivier Luancy ?
09:21Déjà, il y a une liste qui est longue, il faut le dire.
09:24Oui, je l'ai dressée, je l'ai encore sous les yeux.
09:26Et elle n'est pas étonnante, en fait,
09:28parce que j'avais également fait ce travail
09:31pour un ouvrage qui s'appelle
09:33« Vers la renaissance industrielle »
09:34avant les deux que vous avez cités,
09:36et on était tombés sur la même conclusion.
09:38C'est-à-dire qu'en France, c'est assez difficile
09:40de trouver le motif qui a conduit,
09:43unique, principal, majeur,
09:45qui a conduit à ce déclin de notre industrie.
09:48Si vous vous mettez au Royaume-Uni,
09:50il y a eu un facteur politique évident.
09:52Margaret Thatcher, dans son rapport de force politique
09:54avec le Lébourg, a enclenché
09:56un rapport de force sociale et politique
09:58qui a donné lieu à une transformation assez profonde.
10:02En France, on n'a pas tout à fait ce type de situation-là.
10:05Donc oui, aujourd'hui, il y a plusieurs suspects,
10:07il n'y a pas un seul coupable.
10:09La liste est déjà longue, je pense qu'il ne faut pas en rajouter.
10:12Par contre, par rapport aux nuances que nous avons apportées
10:14sur qui a tué l'industrie française,
10:16ce qui veut dire qu'elle est morte, non, elle n'est pas morte.
10:18Mais il ne faut pas non plus qu'on aille trop loin.
10:22Elle ne va pas bien.
10:23Oui, bien sûr.
10:23Elle ne va vraiment pas bien.
10:25Elle perd des emplois encore aujourd'hui,
10:27en 2025 et en 2026.
10:29C'est à peu près 20 000 emplois manufacturiers
10:31uniquement sur la partie activité productive,
10:34pas la partie service.
10:35C'est pour ça que je parlais de tendance.
10:36Et donc cette tendance-là,
10:37qui s'était un peu retournée pendant quelques années,
10:40replonge aujourd'hui.
10:41Donc on a une industrie qu'on n'a pas tuée,
10:43mais qui ne va pas bien.
10:44Et donc toute la question, maintenant qu'on en a fait le constat,
10:47encore une fois, première fois que c'est posé
10:49dans un documentaire grand public,
10:51apporté au débat public,
10:53comment est-ce qu'on fait pour qu'elle aille mieux
10:55et qu'elle se redresse ?
10:56On va y venir.
10:56Anne-Sophie Elcif ?
10:57Le problème, je pense, qui est très, très compliqué,
10:59c'est que la France est une grande nation industrielle.
11:02C'est ça, en fait.
11:03Donc c'est le contraste.
11:03Si on ne l'avait jamais été, ou beaucoup moins,
11:06on n'aurait pas tous ces débats.
11:07On a été une très grande nation industrielle.
11:10Rappelez-vous, dans les années 70,
11:11où les conférences de presse des présidents
11:13commençaient par la question suivante.
11:15Où sont fléchées les industries
11:17et les investissements d'avenir dans le secteur manufacturier
11:20à long terme pour le pays ?
11:22C'était la première des questions devant toutes les autres.
11:26Donc c'est quoi la vision de l'industrie sur 20 ans
11:28et où va l'investissement ?
11:30Dans les années 70, la France était le deuxième pays
11:32derrière le Japon en termes d'innovation industrielle.
11:36Donc c'est ça qui est en fait...
11:37D'où ce regret un peu amer qu'on constate.
11:39C'est que nous étions au top, si on peut le dire.
11:42Donc je pense que c'est ça qui est très compliqué.
11:44C'est qu'on avait ce savoir-faire énorme
11:47et qu'on a perdu au fil des années.
11:50Alors il y a beaucoup de suspects, on l'a dit.
11:52Moi je pense qu'il y a quand même un suspect qui est important,
11:55bien sûr, même si ça a été dit.
11:56C'était que l'aspect travail
11:58et l'aspect en effet monté des pays émergents
11:59où on s'est dit, ben voilà,
12:01on va être sur le coup du travail, la délocalisation.
12:04Au moins les services n'est pas délocalisable.
12:06L'industrie, ça va être compliqué
12:07de garder les entreprises en France.
12:09Alors qu'en effet, d'autres pays comme l'Italie, l'Allemagne
12:11se sont dit, au contraire, on va bénéficier de ça
12:13pour monter en gamme,
12:14ne pas être sur la compétitivité prix, coût,
12:17et donc être sur le haut de gamme
12:18et comme ça, on garde de la valeur ajoutée.
12:19Donc ces choix étaient possibles.
12:21Mais je pense que c'est d'autant plus dur
12:22quand vous avez connu l'histoire industrielle
12:25de savoir qu'en effet, dans les 70, on était au top.
12:28Christine Lavarne, il y a un suspect que vous vouliez ajouter ?
12:30Non, mais je pense que la question de la compétitivité,
12:32on en parle assez peu dans le reportage,
12:34mais il y a plusieurs compétitivités.
12:35Aujourd'hui, les normes, comment se fait-il
12:37qu'un ingénieur dans l'industrie automobile en France
12:40passe plus d'un tiers de son temps
12:42à réfléchir à un nouveau modèle,
12:45mais à décrypter l'évolution
12:46de la réglementation française et européenne
12:49pour savoir si ce qu'il est en train de faire marche bien ?
12:52Ça, ça n'existe pas ailleurs.
12:53Donc en fait, il y a un coût déjà d'appropriation de la norme
12:56qui pèse d'ailleurs très lourd
12:59dans le prix de vente final au consommateur
13:01et qui après a un effet qu'aujourd'hui,
13:03effectivement, on a un déséquilibre aussi,
13:05enfin, on a un manque de demande
13:06pour un certain nombre de secteurs industriels
13:09ou en tout cas qui ne peuvent pas aller chercher
13:11ces produits qualitatifs qu'on est capable de produire en France.
13:14Il y a la question du coût du travail.
13:16Effectivement, on n'ira jamais rivaliser
13:18avec les pays émergents,
13:20mais déjà, on a du mal,
13:21mais on ne peut même pas rivaliser avec nos voisins.
13:23Au niveau de l'ingénierie en Allemagne-France,
13:24on est au même niveau du travail.
13:26Ce n'est pas ça, mais il n'y a pas que des ingénieurs
13:29dans les usines.
13:30Et puis après, il y a le coût de tout ce qui s'appelle
13:32les impôts de production,
13:33c'est-à-dire ce que les entreprises commencent à payer
13:35avant même d'avoir généré un euro de chiffre d'affaires.
13:39Et là, on est clairement mauvais.
13:40Il y a un ratio de 1 à 4 entre la France et l'Allemagne
13:44et il y a un ratio de 1 à 2 entre la France
13:47et la moyenne des pays de l'Union européenne.
13:49Donc on voit bien que notre fiscalité déjà
13:51grève nos entreprises avant même qu'elles aient créé quelque chose.
13:54Je crois qu'une des causes aussi de cette désindustrialisation,
13:59c'est l'adhésion en France au dogme, à la croyance,
14:03selon laquelle une succession d'âges économiques,
14:07un peu à la manière des grandes aires géologiques,
14:11pouvaient être décrites.
14:12L'agriculture remplacée par l'industrie,
14:15remplacée par les services.
14:17Et c'est ce qui est enseigné,
14:19qui reste enseigné dans beaucoup de manuels.
14:24Alors que c'est complètement faux.
14:26C'est-à-dire qu'on ne remplace pas,
14:29les choses viennent s'empiler.
14:31Parce que sinon, il n'y aurait pas de croissance.
14:33Et là, donc, on est sur des systèmes économiques
14:36de plus en plus complexes.
14:38Et on a cru qu'on allait remplacer l'industrie
14:42par des services.
14:43Et ça a été la tertiarisation triomphante,
14:46accompagnée par des choix politiques très marqués.
14:51Ce qui a aussi été une erreur,
14:53parce que, là, toutes les études le montrent,
14:57il y a une espèce de binôme qui se forme
15:00entre les activités amont,
15:02la recherche et développement,
15:04et les activités de production.
15:06Vous ne faites pas de la recherche et développement
15:08quand vous êtes éloigné des sites de production.
15:11Il y a une synergie entre les deux.
15:14Et de manière peut-être un peu arrogante,
15:17on a pensé qu'on pouvait externaliser,
15:23déporter notre activité de production,
15:25principalement en Asie,
15:27et garder, c'est évoqué à un moment dans le film,
15:30et garder les deux bouts de la chaîne de production,
15:35la R&D et la mise sur le marché,
15:38alors que non, on a un continuum.
15:40Et si nous manquions d'agressivité
15:42sur le plan industriel,
15:43plusieurs pays n'hésitent pas à imposer
15:45à leurs grandes entreprises de relocaliser,
15:48à surtaxer les produits fabriqués ailleurs.
15:50On pense évidemment aux États-Unis.
15:52Dans le film, il est rappelé que c'est Joe Biden
15:54qui lance un plan de réindustrialisation
15:56assez agressif,
15:58et que Trump va le poursuivre
16:00avec le zèle qu'on lui connaît.
16:01Écoutez.
16:23Vous l'avez lu en 6.
16:33Moi, je suis téléspectatrice,
16:34je regarde naïvement et j'écoute Donald Trump,
16:36et je me dis, mais pourquoi nous, on ne fait pas ça ?
16:38Pourquoi nous, on n'est pas plus à cause ?
16:39Ça, c'est une très bonne question.
16:42D'abord, parce qu'en Europe,
16:44on est parti sur la thèse du libre commerce
16:46qui, il faut bien le dire,
16:48aujourd'hui, sur les échanges,
16:49il y a beaucoup de critiques qui peuvent être faites,
16:51mais la libéralisation des échanges
16:53a permis d'enrichir globalement le monde,
16:55de faire baisser la population
16:58sous les seuils de pauvreté,
16:59en pourcentage, mais aussi en nombre absolu,
17:01alors que la population mondiale augmentait.
17:03Donc, le libre-échange a des bénéfices,
17:06c'est au cœur du projet européen,
17:08d'abord entre nous, entre pays européens,
17:10c'est le marché unique,
17:11et puis on l'a développé à l'extérieur
17:14avec cette idée fondamentale
17:15qui est que le libre-échange,
17:17c'est la prospérité et la paix.
17:19Est-ce que ce n'est pas devenu une idéologie
17:21qui nous enferme un peu et qui nous empêche
17:23de affronter les monstres comme eux ?
17:25Le monde a tout à fait changé.
17:26Alors, la Chine a joué le jeu
17:28ou nous a fait croire qu'elle jouerait le jeu
17:30de l'Organisation mondiale du commerce.
17:31On a signé, elle n'a pas appliqué les règles.
17:34Il y a un rapport de l'OCDE
17:35qui vient de sortir pour la première fois,
17:37c'est officiel.
17:38Les aides publiques chinoises,
17:40aux entreprises chinoises,
17:42sont huit à neuf fois supérieures
17:44à celles des autres pays.
17:45Enfin, c'est énorme, hein ?
17:47Huit, neuf, c'est presque dix fois supérieur.
17:49Et puis, comme ça a été pris dans l'extrait,
17:51les États-Unis sont rentrés dans un cycle aussi
17:56de réindustrialisation, de protectionnisme.
17:58C'est très important ce que vous avez dit
18:00et je voudrais le souligner pour les téléspectateurs.
18:02Ça a commencé sans doute même avec Obama.
18:05La première décision, par exemple, de Biden,
18:08elle date de quelques jours après
18:09qu'il ait rejoint la Maison-Blanche.
18:11Il signe un de ces fameux décrets présidentiels
18:13qu'on connaît tous maintenant,
18:15dans lequel il dit
18:16la valeur ajoutée américaine
18:18dans les achats publics américains
18:19doit augmenter progressivement,
18:21de 5% par an,
18:23de 45% à 75%
18:27systématiquement, progressivement.
18:28Donc, la décision était prise,
18:30l'administration qui a travaillé auparavant,
18:32ce n'est pas en continuité absolue,
18:34y avait réfléchi.
18:35Et après, on a un plan qui se déroule.
18:37Stimulation de la demande nationale,
18:38par ça.
18:40Accompagnement des investissements,
18:41c'est la fin du mandat Biden
18:42Inflation Reduction Act,
18:44très fort.
18:45Et troisième étage de la fusée,
18:47Trump, avec son style un peu particulier,
18:49il faut quand même le reconnaître,
18:50qui est protectionnisme.
18:51Et donc, pourquoi, nous,
18:52on ne se lance pas là-dedans ?
18:53C'est impossible ?
18:54Il y a déjà une question de marché, quand même.
18:56Quand on construit pour un petit marché,
18:58après, il y a une question aussi
18:59de répartition des coûts fixes.
19:01Donc, il y a besoin de produire
19:02quand même un certain nombre d'unités
19:03pour pouvoir amortir
19:04ces chaînes de production.
19:05Donc, déjà,
19:06cette question du marché.
19:07Par contre, l'Europe
19:08pourrait être beaucoup plus forte.
19:10Aujourd'hui, l'Europe a construit
19:12un mécanisme, en gros,
19:14de carbone aux frontières
19:15pour dire, écoutez,
19:16quand on a des pays
19:18qui produisent
19:19avec des normes
19:19qui ne sont pas les nôtres,
19:21faisons payer cette différence
19:22de compétitivité qualité
19:25en internalisant, notamment,
19:26le coût du carbone.
19:28Mais aujourd'hui,
19:28le mécanisme,
19:29il est complètement inopérant.
19:30On le voit d'ailleurs.
19:31Aujourd'hui,
19:31il y a des grandes discussions
19:32sur la construction
19:33du futur budget européen.
19:36Une des ressources propres
19:37de l'Union européenne
19:38devrait être ces ressources
19:40dites tarifaires douanières.
19:41Aujourd'hui,
19:42il n'y en a pas.
19:42Il n'y en a pas
19:43parce que le mécanisme,
19:44on n'a pas été assez loin,
19:45parce qu'on a construit
19:46tout un tas d'exemptions,
19:48parce que certains pays
19:49veulent dire que...
19:51Enfin, veulent continuer
19:52à avoir des zones
19:53de libre-échange
19:54avec des pays
19:54qui ne sont pas
19:55dans l'espace européen,
19:56mais parce que c'est
19:57le fruit de l'histoire,
19:58parce que ça leur apporte
20:00un avantage
20:00pour leur propre économie
20:02à eux
20:02sur un secteur particulier.
20:04Et donc, aujourd'hui,
20:04c'est un véritable gruyère,
20:06ce mécanisme d'échange
20:06carbone aux frontières.
20:07Et en fait,
20:08il ne produit strictement
20:09aucun effet.
20:09Mais là aussi,
20:10c'est du coup de la responsabilité
20:12des Européens convaincus
20:14de se dire que
20:15si on veut rester
20:15une Europe forte
20:16et forte par rapport
20:18aux Etats-Unis,
20:19notamment,
20:20il faut se donner
20:21les moyens
20:21et nos moyens.
20:23Donald Trump
20:24met des droits
20:25de douane très élevés.
20:26Nous, finalement,
20:27mettons ces droits
20:27de douane
20:28qui sont une protection
20:29de notre qualité
20:30de production aussi.
20:31Anne-Sophie Alsif,
20:32on pourrait aller nous
20:33vers ce type
20:34de patriotisme industriel,
20:36y compris au niveau
20:37de l'Europe ?
20:38Oui, complètement.
20:38Pour revenir
20:39à ce qui a été dit,
20:40en fait,
20:40le monté du protectionnisme,
20:41c'est vraiment
20:41depuis les années 2000
20:43et c'est partout.
20:44C'est en Chine,
20:45c'est en Inde,
20:46c'est en Afrique du Sud,
20:47c'est en Russie.
20:47Quand vous regardez
20:48l'augmentation des barriers
20:49qu'on appelle non tarifaires,
20:51donc justement des normes,
20:52pas le tarif de Donald Trump,
20:53mais des normes,
20:53vous avez des explosions
20:54dans tous ces pays.
20:56Donc,
20:56on a vraiment un changement
20:57depuis les années 2000,
20:59depuis que la Chine
20:59est rentrée
21:00à l'Organisation mondiale
21:01du commerce.
21:01Et à mon sens,
21:02il y a un mot
21:02dont on n'a pas parlé
21:03qui est absolument essentiel,
21:05qui explique tout ça,
21:06en fait.
21:06C'est le mot souveraineté.
21:08Là,
21:08ce qui s'est passé
21:09avec l'entrée de la Chine
21:10au sein de l'Organisation
21:10mondiale du commerce,
21:11c'est que l'objectif,
21:13comme c'est un pays
21:13qui a une vision
21:14à 30 ans,
21:15à 30 ans,
21:1540 ans,
21:16eh bien,
21:17il y a vraiment eu
21:17un mécanisme de se dire
21:18on a une politique industrielle
21:20pour être complètement autonome,
21:21pour devenir la première puissance.
21:23Aujourd'hui,
21:23c'est quasiment 30%
21:24de la production mondiale.
21:25Ce n'est jamais arrivé
21:27depuis la fin de la guerre
21:28et c'est 1200 milliards d'excédents.
21:31Ce n'est pas 800,
21:31c'est 1200.
21:32Donc,
21:32en effet,
21:33des moyens
21:33pour faire des subventions
21:35qui a été excessivement efficace
21:37et il faut le reconnaître,
21:38une vraie ingénierie
21:39et tant mieux en plus
21:40parce que ça a permis
21:41au pays de se développer,
21:42mais avec cette vision
21:43de dire
21:44on a des chaînes
21:45de valeurs industrielles
21:46qu'on va maîtriser
21:46de A à Z.
21:48Tout.
21:49Je vais maîtriser
21:50autant la matière première
21:51que toute la chaîne
21:52jusqu'à la distribution.
21:54Ce n'était pas le cas avant.
21:55Avant,
21:55vous aviez en effet
21:56des chaînes de valeurs
21:57très éclatées
21:58et donc vous faisiez du commerce
21:59et le but des pays,
22:00des entreprises,
22:00c'est d'avoir au moins
22:01une part de la chaîne
22:02pour pouvoir en effet développer.
22:04Là,
22:05on est allé vers cela
22:06pour justement
22:07avoir de la souveraineté
22:08et donc si on a un problème,
22:10comme on maîtrise
22:10toute la chaîne,
22:11on n'est pas dépendant
22:12de l'extérieur
22:13de tel ou tel pays.
22:14Nous,
22:14en Europe,
22:15comme vous le saviez,
22:16on a l'OTAN,
22:17on a les États-Unis
22:17qui devaient nous protéger
22:18donc cet aspect de sécurité
22:21n'existait pas
22:21dans nos débats
22:23puisque on avait l'OTAN,
22:24puisque etc.
22:25Et donc c'est ça
22:25qui est très compliqué pour nous,
22:27c'est de revenir
22:27à cette question de souveraineté
22:29alors qu'en effet,
22:30comme l'a dit très bien Olivier,
22:31on s'est construit sur le commerce,
22:32sur la paix,
22:33sur la préspérité,
22:33on s'est construit
22:34pour échapper à la guerre
22:35et pour ne plus avoir la guerre.
22:36Donc à l'inverse
22:37de ces questions militaires
22:39de souveraineté et de conflit.
22:40Et là,
22:40il faut y revenir.
22:41Donc c'est beaucoup plus compliqué.
22:43Donc il y a un blocage,
22:43qu'est-ce qu'on peut faire alors ?
22:44Quelles mesures prendre ?
22:45Nadine Lebrun ?
22:46C'est très difficile
22:47parce qu'on l'a tous constaté,
22:50la spécialisation industrielle
22:52des différents pays
22:53qui composent l'Union européenne
22:55est très différente.
22:56Or, il faut mettre
22:58tout ce petit monde d'accord,
23:00ce qui est extrêmement compliqué
23:02et on a clairement un problème
23:04de désavantage
23:05en termes de gouvernance en Europe.
23:07Pardon de poser la question
23:08de manière un peu brutale,
23:09mais ça veut dire que l'Europe
23:10freine notre réindustrialisation possible ?
23:12On peut se poser la question comme ça ?
23:14Organisée telle qu'elle l'est aujourd'hui.
23:16Elle ne l'accélère pas.
23:16Alors ce n'est pas délibéré.
23:18Bien sûr, bien sûr,
23:19on ne crie pas arros sur l'Europe ici.
23:20D'accord, bien sûr.
23:21Mais le mode de gouvernance européen
23:24fait qu'aujourd'hui,
23:26il est très difficile d'adopter,
23:28et d'ailleurs il n'y en a pas,
23:29de politique industrielle commune.
23:31Mais c'est vrai.
23:31Ça va changer, à mon avis,
23:33assez rapidement.
23:34Qu'est-ce qui ferait que ça change ?
23:34Ce qui va changer,
23:35c'est que quand même
23:36dans ce paysage industriel,
23:38on connaît tous le poids
23:39de l'Allemagne en Europe,
23:40qui a été un formidable outil productif,
23:43notamment autour des filières
23:45que vous avez mentionnées,
23:46et qui aujourd'hui souffre.
23:47Il y a quelques mois encore,
23:49je serais venu sur ce plateau,
23:50je vous disais,
23:50l'Allemagne va changer son attitude
23:53vis-à-vis des politiques protectionnistes
23:55dans 4-5 ans.
23:56En fait, ça va beaucoup plus vite
23:58que ce qu'on pouvait imaginer.
24:00Aujourd'hui, vous avez des présidents
24:01des grandes régions allemandes
24:02qui sont beaucoup plus puissantes
24:03que nos régions.
24:04Il y en a un qui va défendre
24:06justement une vision libérale,
24:07l'autre qui va défendre
24:08une vision beaucoup plus protectionniste.
24:10Donc, le tissu allemand
24:11est en train de sortir
24:13de cette uniformité qu'il avait,
24:15cette puissance qu'il avait
24:16en faveur du libre-échange.
24:17Et pourquoi ça nous aiderait, nous ?
24:19Parce que nous,
24:20on a besoin que l'Europe se protège
24:23si on veut être capable
24:24de reconstruire un outil productif
24:25aussi simplement que ça.
24:26Nous sommes faibles,
24:28nous faisons 10% de l'industrie
24:29alors que l'Allemagne fait
24:31en tour de 18.
24:32L'Italie, c'est à peu près
24:33la même chose.
24:34Donc, on est faible
24:35par rapport à notre tissu productif.
24:37Et puis, on a perdu beaucoup
24:38de crédibilité sur nos politiques
24:40industrielles.
24:41Si on veut faire bouger l'Europe,
24:42il faut qu'on soit exemplaire.
24:43Aujourd'hui, on ne l'est pas.
24:45Donc, on aura besoin
24:46que l'Allemagne et que l'Europe
24:47changent de point de vue,
24:49notamment sur cette partie
24:50protectionniste.
24:50Ça ne veut pas dire
24:51qu'il n'y a pas de compétitivité
24:53à aller chercher aussi.
24:54Mais on ne résoudra pas
24:55tout le problème qu'on a
24:56avec la Chine et les États-Unis
24:58uniquement par de la compétitivité.
24:59Il faudra une forme
25:00de protectionnisme bien dosé.
25:02On y reviendra sans doute
25:03au niveau européen.
25:05Et aujourd'hui, moi,
25:06je vois l'Allemagne
25:06en train de pivoter.
25:07Peut-être que les derniers
25:08éléments politiques
25:09avec des régions quand même
25:10qui ont voté, je dirais,
25:12aux extrêmes,
25:14vont remettre, je dirais,
25:15ce sujet-là
25:17encore plus au centre.
25:18Anne-Sophie Alci.
25:19Très intéressant votre question
25:19parce qu'elle avait dit
25:20pourquoi ça irait mieux pour nous
25:22si l'Allemagne fait ça ?
25:23Notre premier client
25:24et fournisseur, c'est qui ?
25:25C'est l'Allemagne.
25:26Ce ne sont pas les États-Unis,
25:27ce n'est pas la Chine,
25:28c'est l'Allemagne.
25:29Donc, c'est intéressant
25:30votre question
25:30parce que ça montre,
25:31vous allez aux États-Unis
25:32dans d'autres pays,
25:33en Corée du Sud,
25:34en Australie, etc.
25:35Il y a l'État voisin
25:36qui va mal.
25:36Tout le monde a compris
25:37que ça avait un impact
25:38énorme sur eux.
25:39Nous, on voit par cette question
25:41que ça reste un autre pays.
25:43Maintenant, on a la même monnaie,
25:45on a la même politique commerciale.
25:46Donc, en fait, on est lié.
25:48Alors, c'est peut-être
25:49un mariage de raison, peut-être,
25:50mais on est lié.
25:51Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
25:52Et pareil, les Allemands,
25:54Olivier le dit très justement,
25:56aujourd'hui,
25:57beaucoup d'entreprises
25:58ont investi en Chine
25:59ou en Asie,
26:00mais leurs premiers clients
26:01et fournisseurs,
26:02ce sont souvent les Européens.
26:04Mais par rapport
26:05à cette compétition internationale,
26:07Olivier le dit très bien,
26:08là, on parle d'écarts de coûts
26:09qui sont de 30, 40 %.
26:11Vous pouvez faire
26:12toute la compétitivité du monde,
26:14vous ne pourrez pas
26:15puisque vous avez du protectionnisme
26:16de l'autre côté.
26:16Donc là, il faudra faire quelque chose.
26:18C'est pour ça que l'Europe,
26:20maintenant,
26:20Ursula von der Leyen
26:21a annoncé des programmes
26:24très justes,
26:25vont aller dans ce sens.
26:26Le but, ce n'est pas de se fermer.
26:27Personne ne veut ça.
26:28Mais c'est juste d'être,
26:30surtout dans certains secteurs,
26:31plus stratégiques,
26:32plus souverains
26:33et pour avoir surtout
26:34moins de dépendance
26:35s'il y a des conflits.
26:37Et dans quel secteur ?
26:38S'il doit y avoir
26:39réindustrialisation,
26:40vers quel secteur
26:41doit-on flécher,
26:42par exemple,
26:43les crédits publics ?
26:45Vous rejoignez exactement la...
26:46J'avais envie de dire
26:47et c'était très intéressant.
26:48Aujourd'hui, je pense
26:48qu'on manque de vision
26:49de politique industrielle.
26:51Ça n'existe pas.
26:52Comment, aujourd'hui,
26:54la même majorité
26:55peut avoir décidé
26:57d'arrêter du nucléaire
26:59pour annoncer,
27:00quelques mois plus tard,
27:02qu'on allait construire
27:02de nouveaux réacteurs ?
27:04Et on sait tous
27:04que l'énergie
27:05est quand même, aujourd'hui,
27:06le sujet crucial
27:07pour la compétitivité
27:09et la survie
27:10de nos industries.
27:11Donc, voilà,
27:12ça, c'est incompréhensible
27:13pour les Français.
27:14Et c'est un atout ?
27:15Pour le coup, c'est un atout.
27:17C'est un atout,
27:18mais on s'est tiré
27:19une balle dans le pied
27:20en venant arrêter,
27:21parce que quand on a arrêté
27:22Fessenheim,
27:23on a aussi arrêté
27:23les programmes de recherche
27:24dans le nucléaire.
27:26Aujourd'hui,
27:26on a un programme
27:26qui s'appelle Jurovit.
27:28Il se balade
27:28de programme budgétaire
27:29en programme budgétaire.
27:31On n'en est pas arrivé au bout.
27:32Alors qu'on était en pointe
27:33à force de tergiverser,
27:34d'attendre,
27:35on devient en retard.
27:36Alors aujourd'hui,
27:37vers quel secteur ?
27:38Je vais vous dire
27:38quel secteur.
27:39Je poursuis
27:40pour vous dire
27:41à quel point,
27:41quand on a des bons outils,
27:42en fait,
27:43on les dévoie
27:43et on finit par les perdre.
27:44Depuis longtemps,
27:45on a des programmes
27:46qui s'appellent
27:46les programmes
27:47des investissements d'avenir.
27:48On a voulu faire
27:49un peu une montée d'échelle
27:50au début de l'arrivée
27:52du nouveau président
27:53de la République,
27:53donc Emmanuel Macron,
27:542017,
27:56pour passer au pays à quatre.
27:58Très bien.
27:59On avait dix gros objets
28:00qui avaient été identifiés,
28:02qui étaient les secteurs
28:04sur lesquels
28:04on voulait investir,
28:06favoriser l'innovation,
28:07la soutenir au départ
28:08et puis ensuite
28:08accompagner sa montée
28:10en puissance.
28:11Puis là,
28:11on décide de réinjecter
28:13de l'argent
28:13dans le pays à quatre
28:14et là,
28:14on s'est complètement perdus.
28:15Aujourd'hui,
28:16il y a 20,
28:1730 objets,
28:18vous finissez par croire
28:19que tout est potentiellement
28:20éligible au pays à quatre,
28:21vous êtes perdus,
28:22même les industriels eux-mêmes
28:23ne savent plus
28:24ce qui est la priorité
28:25de la nation
28:25et aujourd'hui,
28:26vous me demandez,
28:27je ne sais pas vous dire
28:29quel est le secteur
28:31qu'on a envie
28:32de soutenir
28:33et sur lequel
28:34on a envie de soutenir
28:34à la fois la recherche
28:36mais aussi la relocalisation
28:38en France,
28:38on ne sait pas dire.
28:39Si on repense un peu
28:41au début,
28:42on le savait.
28:43La France faisait
28:45du TGV,
28:46la France faisait
28:46de l'aéronautique,
28:48on avait une vision,
28:49on savait les secteurs
28:49dans lesquels on voulait.
28:50Là, aujourd'hui,
28:50on ne le sait pas.
28:51Et ce que vous dites
28:51fait beaucoup réagir
28:52et ce sera le dernier tour de table.
28:53Nadine Le Bratteau.
28:54Nous sommes outillés
28:55théoriquement
28:57pour déterminer
28:58les secteurs principaux.
29:00Il y a
29:00le Conseil national
29:01de l'industrie
29:02avec les comités stratégiques
29:03de filière,
29:04il y a France 2030,
29:06il y a le programme
29:07d'investissement d'avenir,
29:08les régions
29:09et finalement,
29:11on se retrouve avec
29:12tout qui devient prioritaire
29:13et aucun véritable plan stratégique
29:18en matière d'industrie.
29:20Ça paraît fou.
29:21C'est le produit de l'histoire aussi.
29:24Depuis 20 ans,
29:25on n'a pas de politique industrielle
29:27clairement tracée
29:29alors que ce sont des investissements
29:31qui se font à horizon
29:33de 20, 30 ans
29:35en matière d'énergie.
29:36C'est l'horizon le plus lointain.
29:38On fait du stop and go.
29:40On va sur des secteurs
29:43qui sont souvent
29:45des reproductions de choix
29:47qui sont faits à l'étranger.
29:49Il y a peut-être
29:50une façon simple
29:51si c'est possible
29:52de voir les choses,
29:54c'est de se concentrer
29:55sur des produits
29:57qui sont des produits
29:58de première nécessité
30:00en cas de crise
30:01puisque c'est là
30:02que...
30:02À quoi vous pensez ?
30:03Je pense par exemple
30:04aux médicaments.
30:05Ça fait des années,
30:06le Covid a vraiment montré
30:08la fragilité de la France.
30:11On est aujourd'hui exposé
30:13aussi à un grand risque
30:15sur les terres rares,
30:17les matériaux nécessaires
30:19à la transition écologique.
30:21Alors certes,
30:21on en parle
30:22dans la multitude
30:23de documents,
30:24mais ça n'est pas affiché
30:26comme priorité première.
30:28Voilà.
30:29On pourrait identifier
30:30les expositions
30:32les plus fortes
30:33aux différentes crises
30:34et peut-être
30:35cibler là-dessus.
30:36Anne-Sophie Heltier ?
30:38Je pense qu'il faut
30:38faire attention au secteur
30:39parce qu'en effet,
30:40c'est bien d'avoir un plan,
30:41une vision comme on l'avait.
30:43Mais après,
30:43les secteurs,
30:44les entreprises,
30:45en fonction de la compétitivité,
30:46c'est des marchés ouverts,
30:47investissent et fait
30:49qu'on est bon ou pas.
30:50Et ça,
30:51je pense que c'est quand même
30:51quelque chose
30:52qui est très important.
30:53C'est-à-dire qu'à mon sens,
30:54le plan est là
30:54pour donner un cap,
30:56une vision.
30:57Là, par exemple,
30:57l'Inde vient de dire
30:58qu'on va devenir
30:58une puissance maritime
30:59en 2047.
31:01Tout est déployé,
31:02alors que ce n'était pas du tout
31:03le cas,
31:03ils n'avaient pas forcément
31:04pour que ce soit.
31:05Après, en effet,
31:06c'est le privé,
31:07les entreprises qui se développent,
31:08qui s'investissent.
31:09L'Allemagne,
31:10ils ont 20% de leur pime
31:11dans l'industrie.
31:11Ils font autant
31:12des brosses à dents
31:13de l'électroménager
31:14qu'en effet,
31:15les voitures du futur.
31:16Ils ont diversifié.
31:16Exactement.
31:17Le mot,
31:17ça reste quand même
31:18la diversification.
31:19Par contre,
31:20je suis tout à fait d'accord,
31:20il y a des secteurs
31:21quand même
31:22qui sont essentiels
31:23en termes de souveraineté
31:25et de dépendance.
31:25On le vit tous les jours.
31:26Je pense que c'est
31:27le secteur énergétique.
31:29Et attention,
31:29pourquoi le secteur énergétique ?
31:31On l'a dit,
31:32qui est leader
31:32dans l'énergie décarbonée ?
31:34La France.
31:35Donc en fait,
31:36vous avez un des pays
31:37qui est leader
31:38dans l'énergie décarbonée.
31:39Vous voyez,
31:42et on ne l'utilise pas.
31:44Et donc souvent,
31:45on dit,
31:45on électrifie.
31:46Mais il faut électrifier
31:47et réindustrialiser.
31:49Sinon,
31:49on électrifie
31:51surcapacité de production.
31:53Donc ça sert à quoi ?
31:54Et donc c'est pour ça
31:55que d'avoir une vision commune,
31:56c'est essentiel
31:57parce que sinon,
31:58voilà,
31:59vous restez dépendant
32:00des énergies fossiles,
32:01vous ouvrez toutes les centrales
32:02et vous vous dites,
32:02ah ben vous en êtes en surcapacité,
32:03ça coûte de l'argent,
32:04on va refermer.
32:06Catastrophe.
32:06Donc c'est ça.
32:07Il faut vraiment avoir
32:07une vision globale
32:09et comme vous l'aviez très bien dit,
32:10avant,
32:10on avait cette vision.
32:11C'est-à-dire qu'on savait
32:12où on voulait aller,
32:13on veut être par exemple
32:14indépendant en termes énergétiques,
32:16eh bien on met tout,
32:17on fait le plan électrification,
32:18on fait en sorte en effet
32:20que tout le secteur industriel
32:22qu'on ait une réindustrialisation
32:23et donc de fait,
32:24on augmente notre demande
32:25d'électricité,
32:26que de fait,
32:26on ait des prix compétitifs
32:27et donc ça fonctionne.
32:29Mais on n'a pas
32:29cette vision globale
32:30et à mon sens,
32:31c'est ça qui nous manque
32:32par rapport à nos compétiteurs.
32:33Olivier Luancy.
32:34Une des raisons
32:35pour lesquelles
32:35on n'a pas cette vision globale
32:36et qu'on s'est perdu en chemin,
32:37c'est qu'on n'a pas vu
32:38que le monde changeait
32:39autant autour de nous.
32:41Limite planétaire,
32:43retour des empires,
32:44souveraineté.
32:45Et si on doit se projeter
32:46dans les 20 ou 30 ans à venir,
32:47c'est un exercice
32:48qu'on est en train de faire
32:48au CNAM,
32:49il faut qu'on se repose
32:50la question des priorités.
32:52Et le mot a été prononcé
32:53plusieurs fois,
32:54je pense qu'il faut aller au bout.
32:55Quelles sont les productions
32:56dont on a besoin
32:58pour faire en sorte
32:59que notre système économique
33:00se maintienne face aux crises
33:02et que nous soyons en mesure
33:04de faire le projet
33:05qui nous réunit tous,
33:05par exemple celui
33:06de la transition écologique ?
33:08Quelles sont ces productions essentielles ?
33:09Si je fais un micro-trottoir
33:11et que je dis
33:12est-ce que vous comprenez
33:13qu'il y a des productions
33:13qui sont essentielles
33:14et d'autres qui le sont moins ?
33:16Tout le monde va être d'accord,
33:17c'est un concept qui est intuitif.
33:18Maintenant,
33:18je vous donne une feuille de papier
33:20et je vous demande
33:21de me lister,
33:21de me justifier
33:22quelles sont vos 20 productions essentielles.
33:24Très difficile à faire.
33:25En fait,
33:26on a toute une méthodologie
33:28à travailler
33:28pour redéfinir
33:30ce qui nous est essentiel
33:31à la fois pour résister
33:32à des crises,
33:33des productions défensives
33:34et puis aussi pour nous projeter
33:36dans l'avenir
33:36que l'on souhaite avoir en commun.
33:38Vous êtes optimiste ou pas ?
33:39Mais je pense qu'on est en chemin.
33:4295%,
33:4290 à 95% des Français
33:44ont compris,
33:45après le Covid,
33:46et ça ne change pas,
33:47même s'il y a des usines
33:48qui ferment dans nos territoires,
33:49que nous avons besoin
33:50d'un outil productif.
33:51On a,
33:52et vous l'avez dit,
33:53un monde politique
33:54qui est un peu éthéré actuellement
33:55et déconnecté de la réalité,
33:57mais quand vous descendez
33:58dans les territoires,
33:59in fine,
33:59la démocratie,
34:00on va dire,
34:01va reprendre le pouvoir.
34:02Les gens ont besoin,
34:03savent qu'on a besoin
34:04pour nos valeurs
34:05de démocratie,
34:06de liberté d'expression,
34:08de prospérité,
34:09de cohésion sociale
34:10et territoriale,
34:11on a besoin
34:11d'un outil productif.
34:13Oui,
34:13sinon,
34:14si je réponds par la négative
34:15à votre question,
34:16je veux dire,
34:16on arrête tout.
34:17On arrête tout.
34:18On devient une colonie américaine
34:19ou chinoise,
34:20point barre.
34:20Si c'est ça votre ambition,
34:22je ne peux pas partager.
34:22Un petit mot de conclusion,
34:23Christine Lavard.
34:24On a besoin de tout,
34:25mais je pense qu'il y a un secteur
34:26sur lequel il faut qu'on investisse
34:27massivement tout de suite,
34:28c'est celui de l'école
34:32dans les textes de PISA.
34:33Là où la France
34:34a décroché beaucoup,
34:35c'est dans les filières professionnelles.
34:37C'est ça qui a fait plonger nos stats.
34:38Ce n'est pas la filière générale.
34:39Et aujourd'hui,
34:40la filière professionnelle,
34:41c'est elle qui ensuite
34:42va former ses ouvriers qualifiés
34:44qui seront capables
34:46d'avoir une industrie 2.0,
34:48l'industrie des années...
34:49L'industrie de demain.
34:50L'industrie de demain
34:51qui sera forcément
34:52beaucoup plus technologique
34:54qu'elle n'a été dans le passé,
34:55qui devra concilier
34:57et le robot
34:59et l'intelligence humaine
35:00et l'intelligence artificielle.
35:02Et donc là,
35:03aujourd'hui,
35:03on a un effort à faire
35:04tout de suite
35:04pour être prêts de demain.
35:06C'est sur l'école,
35:07c'est sur la formation professionnelle
35:08et ce,
35:09dès le plus jeune âge,
35:10alors peut-être pas
35:11à l'école primaire,
35:12mais il faut qu'on monte
35:13en compétence
35:14sur ce secteur-là très vite.
35:15Et on s'arrêtera sur cet appel.
35:16Merci.
35:16Merci beaucoup
35:17à tous les quatre
35:17d'avoir participé à ce débat.
35:18Merci à vous
35:19de nous avoir suivis
35:20comme chaque semaine.
35:21Émissions et documentaires
35:21à retrouver en replay
35:23sur publicsénat.fr.
35:24À très bientôt.
35:24Merci.