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  • il y a 36 minutes
Avec Christine Ockrent, journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture,
et Philippe Gélie, directeur adjoint du quotidien "Le Figaro" chargé de l'International depuis 2013.

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News
Transcription
00:18Ils disent qu'ils vont me boycotter, mais ils ne me boycottent pas.
00:22S'il y a des fake news, j'ai l'obligation de ne plus les autoriser.
00:24C'est Donald Trump, exclu de la Maison Blanche, CNN, MS Now et Politico.
00:30Le lendemain, leurs badges sont désactivés.
00:33Les trois médias portent l'affaire en justice.
00:35Et l'intégralité du pool présidentiel, c'est-à-dire les journalistes qui suivent Donald Trump,
00:40dont la chaîne Fox News, sa meilleure alliée habituellement, lui claque la porte au nez.
00:45Ni une dit deux, la Maison Blanche décide de lancer sa propre télé.
00:48La guerre entre Trump et la presse a-t-elle franchi vraiment un cap ?
00:53Donald Trump peut-il, oui ou non, gouverner carrément sans les médias ?
00:59Et puisque c'est la discute, on en discute aujourd'hui avec deux journalistes familiers de l'écosystème médiatique américain.
01:05C'est bien dit.
01:06Christine Ocreinte, bonjour.
01:08Bonjour à tous.
01:09Vous êtes journaliste et productrice de l'émission Affaires étrangères sur France Culture.
01:12Philippe Géli, bonjour.
01:13Bonjour.
01:14Et vous êtes le directeur adjoint du quotidien Le Figaro et ancien correspondant à Washington
01:18sous les mandats de Bush puis de Trump.
01:20Premier Trump.
01:21Premier Trump.
01:22Premier Trump.
01:22Alors, est-ce que Donald Trump a franchi un cap ?
01:26Christine Ocreinte, il ne s'en prend pas plus seulement aux médias, ça on avait l'habitude,
01:30on connaît même presque par cœur, il leur retire concrètement l'accès au président.
01:35C'est très concret.
01:37Le vrai cap a été franchi en fait par Fox News, qui, par le hasard du calendrier,
01:44est en charge de ce qu'on appelle le pool de la Maison Blanche.
01:48Donc, il ne s'agit pas de la couverture globale.
01:52Et là, enfin, si j'ose dire, tous ces médias ont décidé de se montrer solidaires des deux chaînes câblées.
02:00Ce ne sont pas des chaînes nationales.
02:02Donc, c'est un impact très réduit au niveau de l'audience, mais symboliquement, Fox News en charge du pool
02:10décide avec les autres membres du pool de se solidariser de ces trois médias exclus sur une foucade du président
02:19américain,
02:19que sont effectivement CNN, MSNBC, etc.
02:26Et Politico, Politico, ça, c'est un organe extrêmement influent à Washington.
02:31C'est vraiment l'organe des fanas de politique intérieure.
02:35Un petit mot peut-être juste sur CNN.
02:37CNN, Philippe Géli, c'est quand même le bouc émissaire, le Pouching Ball préféré de Donald Trump depuis la première
02:44campagne présidentielle.
02:45Oui, d'ailleurs, Donald Trump avait retiré son accréditation à Jim Acosta en 2018, qui était à l'époque le
02:51bureau chief de CNN à la Maison Blanche.
02:54Donc, ce n'est pas la première fois qu'il y a un acte, je dirais, matériel contre les médias.
02:58Il y a eu aussi l'agence AP, Associated Press, qui a été privée de participation au pool.
03:05Le pool, c'est une sélection d'un petit nombre de correspondants par rotation qui suit le président partout.
03:13C'est-à-dire qu'il y a 200 journalistes accrédités à la Maison Blanche, mais il y a 8
03:18personnes dans le pool.
03:20Deux pour la télé, un pour la radio, un pour la presse écrite, un pour la presse étrangère.
03:24J'ai participé à ces pools.
03:26C'est intéressant parce que vous faites partie du petit groupe qui entre dans le bureau ovale quand le président
03:31fait sa photo op au début d'un entretien.
03:35Et avec Donald Trump, parfois, ça dure 20 minutes ou 40 minutes.
03:38Alors, Fox News, c'est en effet la surprise, Christine O'Krantz, parce que Fox News est toujours l'allié
03:44de Trump, ou pas ?
03:46Ou c'est peut-être une vision un peu déformée qu'on a, nous, ici, à Paris ?
03:49Non, Fox News est l'allié historique de Trump.
03:51Fox News a été créé pour servir Donald Trump, bien en amont de sa première candidature.
03:58À partir de là, Fox News, c'est le groupe Murdoch.
04:03Murdoch, c'est cet Australien devenu américain qui a aussi le Wall Street, etc.
04:08Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'avec Trump 2, il y a une accélération de tous les procès.
04:14Parce qu'aux États-Unis, tout finit toujours en justice.
04:19Et donc, vous avez, depuis le début de Trump 2, une avalanche de procès, avec, en général, des transactions qui
04:27se chiffrent à des millions de dollars.
04:29Donc, ce sont des procès contre les médias ?
04:31Ce sont des procès contre les médias.
04:33Là, j'ai fait une petite liste, ça donne une idée vertigineuse.
04:37ABC, ça c'était avant l'entrée en fonction.
04:40Transactions à 15 millions de dollars.
04:43CBS, 60 Minutes, pour lequel j'ai eu le bonheur de travailler il y a bien longtemps.
04:4816 millions de dollars, transactions, pour un montage d'une interview de Kamala Harris.
04:53Le Wall Street Journal, ça c'est très intéressant, parce que comme Fox appartient à Murdoch,
04:58là c'est la publication de cette fameuse lettre dans l'affaire Epstein, avec un dessin Trump, etc.
05:06Trump a attaqué en justice.
05:07Trump, il veut 16 milliards de dollars.
05:10Voilà, New York Times, 15 milliards en cours.
05:15La BBC, 5 milliards de dollars.
05:18Donc, ce sont des chiffres vertigineux.
05:22Et ce sont des procès qui n'en finissent pas.
05:25Et puis, Philippe y faisait allusion, le procès est toujours en cours.
05:28Associated Press.
05:29Et donc, on est dans un autre monde où les enjeux financiers ont énormément d'importance.
05:35C'est ça. Et qu'est-ce que concrètement Donald Trump a reproché à ces trois médias qu'il a
05:39exclu de la Maison Blanche ?
05:42Donald Trump traverse une mauvaise passe sur le plan politique.
05:46Il y a la guerre en Iran, il y a l'inflation, il y a les élections de mi-mandat
05:50qui arrivent.
05:50Donc, il a besoin d'un bouc émissaire.
05:52Et de toute façon, il est en guerre avec les médias depuis le début.
05:56Pour deux raisons.
05:57La première, c'est que c'est le quatrième pouvoir.
05:59Donc, c'est un contre-pouvoir.
06:00Et il n'aime pas les contre-pouvoirs.
06:02Il n'aime pas non plus la justice, les juges, les syndicats, les universités, etc.
06:06Mais là, il s'est dépassé quelque chose de particulier ?
06:08Oui. Mais ce qui est particulier chez Trump, c'est qu'il est en guerre contre la vérité.
06:12Donc, il fait face à des médias qui passent leur temps à démentir ces mensonges.
06:17C'est pour ça qu'ils ne se contentent pas de critiquer leurs analyses.
06:21Il a besoin de les délégitimer totalement, puisqu'il est dans la construction d'une réalité alternative.
06:27En ce moment, tout ce que disent les médias sur le manque de munitions dans les stocks américains,
06:33sur les difficultés du niveau de vie des Américains ordinaires, tout ça est faux.
06:40Donc, je prends des mesures contre les fake news qui sont...
06:45D'ailleurs, il a eu un lapsus extraordinaire, parce que dans sa première déclaration,
06:49il a dit « je bannis la presse libre », avant de dire « je bannis les fake news ».
06:56Christine O'Krin, donc, surprise, Fox News se montre solidaire des médias bannis, des médias exclus.
07:03Mais il faut quand même que vous nous racontiez, ça a provoqué un tollé dans l'opinion publique,
07:09cette décision de Trump.
07:10Et même Barack Obama, qui d'habitude s'en tient à sa réserve d'ancien président,
07:14a fait une déclaration, enfin, s'est exprimé publiquement.
07:18Oui, il est très rare qu'un ancien président fût Barack Obama,
07:22qui garde quand même un ascendant sur un parti démocrate qui, par ailleurs,
07:27est quand même dans un grand désarroi.
07:31Oui, Obama a dit « mais imaginez ce qui se serait passé si moi, j'avais osé attaquer la presse
07:37ainsi ».
07:37Mais les mœurs sont changées.
07:38Et ce qui est remarquable avec Donald Trump, qui a 80 ans,
07:42c'est qu'à chaque étape de son ascension politique,
07:45depuis qu'il était promoteur immobilier, héritier de son papa à New York,
07:49il a toujours su se servir du média dominant.
07:53Donc, il a commencé avec la presse à scandale à New York,
07:56il téléphonait pour raconter ses propres prouesses sexuelles.
08:00Ensuite, les grandes chaînes traditionnelles, toute puissance à l'époque, CBS, NBC, ABC.
08:08Et puis, il a compris les réseaux sociaux,
08:13surtout quand il avait été exclu de l'ancien Twitter.
08:16Donc, il a créé son propre réseau social.
08:19Et donc, on voit avec Trump 2 la façon dont les influenceurs, les podcasteurs,
08:25sont privilégiés dans la fameuse salle de presse de la Maison Blanche,
08:29où les médias traditionnels sont bousculés.
08:31Et il y a tous ces gens qui sont tous, sauf des journalistes.
08:34Donc, par rapport à cela, il sait que quand il s'adresse par ses propres réseaux sociaux,
08:40il parle à son électorat.
08:43L'opinion publique aux Etats-Unis, c'est un concept très flou,
08:46à l'échelle d'un continent, avec des médias, les médias traditionnels,
08:51qui ont très peu d'impact.
08:53Pour nous, on dit le New York Times et le Washington Post,
08:57c'est devenu à nouveau dans la main du milliardaire Bezos.
09:02En fait, hélas, un journal qui a beaucoup moins d'impact.
09:07Alors, attendez, c'est extrêmement intéressant ce que vous dites, Christine,
09:10parce que, Philippe Gélis, ça veut dire que là,
09:13on est à quelques...
09:14C'est les derniers mètres avant les mid-term aux Etats-Unis.
09:17C'est quand même un moment électoral clé dans le mandat américain.
09:21Il peut se passer ? Il peut se passer des grandes chaînes nationales ?
09:25Il peut se passer de CNN ? Il peut se passer de Politico ?
09:27Il y a des inconvénients, puisqu'on a vu que vendredi,
09:29il a fait son stake-out, comme on appelle ça.
09:32C'est-à-dire, je parle devant les micros tendus des journalistes,
09:36avant de monter dans mon hélico.
09:37et il n'y avait pas de micro.
09:38Donc, il s'est rendu inaudible.
09:40C'est rigolo.
09:40Oui, le censeur a été censuré.
09:43La séquence a fait le tour du monde,
09:44c'est-à-dire qu'on le voit parler et on voit ses lèvres qui bougent
09:47et on n'entend pas.
09:48Mais Christine a raison.
09:49Globalement, la presse mainstream,
09:51la presse généraliste classique est un maillon faible.
09:57C'est pour ça aussi que Donald Trump s'attaque à elle.
10:00Alors certes, il ne peut pas la remplacer avec sa chaîne de télé,
10:04avec son réseau.
10:05Vous avez jeté un coup d'œil à Trump ?
10:07Oui, mais c'est pour cultiver sa base.
10:10Il ne l'élargit pas.
10:11Et électoralement, on peut considérer que ce soit un problème
10:14à quelques semaines des élections de mi-mandat.
10:18Mais tout de même, si Donald Trump le fait,
10:20et il peut encore revenir sur sa décision,
10:23l'attitude de Fox News, qui est très intéressante,
10:26parce qu'encore une fois, il faut distinguer dans ses chaînes
10:29les présentateurs qui ont des émissions assez idéologiques,
10:35des journalistes de terrain qui font leur travail pour la plupart d'entre eux.
10:39Et ils se trouvent...
10:39Y compris chez Fox News.
10:40Y compris chez Fox News.
10:42Et je connais des gens de Fox Radio qui sont tout à fait bien informés,
10:46de bons journalistes qui travaillent et qui ont une haute idée de leur métier.
10:53La présidente de l'association de la presse de la Maison Blanche,
10:57le White House Press Association,
11:00et Jackie Enrich, qui est de Fox News,
11:02qui est la journaliste du bureau de Fox News.
11:05Donc elle ne peut décemment pas ne pas défendre les gens qui l'ont élue.
11:09Alors, ça ne veut pas dire que tout Fox News est enchanté de ce boycott,
11:14mais ils sont coincés un peu.
11:16C'est ça, c'est ça.
11:17Et là, Christine O'Krant ?
11:19Oui, parce qu'il y a eu plusieurs épisodes extrêmement choquants
11:22où il n'y a eu aucune solidarité des journalistes.
11:25Souvenez-vous, quand dans Air Force One, dans l'avion présidentiel,
11:29Donald Trump s'adresse à une journaliste de mémoire de Politico
11:35et la traite de truie.
11:39Il insulte très volontiers les journalistes, surtout les femmes.
11:43Il y a eu énormément d'épisodes, d'interviews,
11:47où il n'y a eu aucune solidarité de ce genre.
11:51Même quand le président des Etats-Unis agresse en termes vulgaires,
11:57encore une fois, des gens qui font leur métier.
11:59Et là, comme le dit Philippe, c'est d'autant plus symbolique
12:04que, en quelque sorte, cette dame de Fox News n'a pas eu le choix.
12:08Elle ne pouvait pas, comment dire, se dédire par rapport à ses propres...
12:14Oui, où elle démissionnait, où elle soutenait, où elle était solidaire.
12:17C'est picrocolin, si vous voulez, par rapport à l'enjeu global.
12:23Voilà, mais quand même sismique.
12:24Merci beaucoup, Philippe Géli, du Figaro.
12:27Merci beaucoup, Christine.
12:28On vous retrouve ce week-end sur l'antenne de France Culture.
12:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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