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  • il y a 30 minutes
Le chef Yotam Ottolenghi, figure majeure de la cuisine mondiale, détaille les inspirations et les collaborations qui ont conduit à la publication de son nouveau livre "Simple too" aux éditions Hachette Cuisine.

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Transcription
00:00France Inter
00:03La grande matinale
00:07Sonia de Villers
00:08Yota Motelenghi est une star mondiale de la cuisine.
00:12Il est israélien, il vit depuis plus de 30 ans à Londres.
00:16Si vous trouvez des grenades, plein vos plats, mais aussi des aubergines confites,
00:20des montagnes de yaourts, de feta et d'herbes fraîches,
00:23ça vient de ses recettes à lui.
00:25Si des épices comme le tzatar ou le sumac ont fait irruption dans vos supermarchés,
00:31c'est parce qu'il y en a plein, ses livres de cuisine.
00:34Et ses livres, il en a vendu 7 millions d'exemplaires dans le monde.
00:39Le plus célèbre en France s'intitule Jérusalem,
00:42co-écrit avec un chef palestinien, son ami, son associé,
00:46et qui racontait la ville de son enfance.
00:48Le voici de retour avec Simple Too,
00:51un recueil composé sous le signe de la simplicité.
00:54La suite de Simple, qui avait été aussi un immense succès.
00:59Yotam Otolenghi est à Paris et il est en direct sur France Inter.
01:03Portrait numéro 181.
01:07Bonjour Yotam Otolenghi.
01:09Good morning.
01:10Good morning.
01:12Soyez le bienvenu à Paris.
01:14C'est Robert Wolfenstein qui est à vos côtés et qui assure votre voix française.
01:20Simple Too sort donc aux éditions Hachette.
01:23Évidemment, on va se l'arracher dans les couloirs de France Inter.
01:27C'est la fête.
01:27Périne Malinge nous raconte ses souvenirs de pâtes aux aubergines et aux tomates
01:32qui viennent de votre recueil.
01:35Thibaut Cavallès, notre rédacteur en chef du matin, a préparé un gâteau aux pommes.
01:38Bref, on est à fond.
01:40Est-ce que vous savez, Yotam Otolenghi, que pour nous les Français, on a une image épouvantable
01:45de ce que mangent les Anglais ?
01:47Je vous dis ça parce que vous vivez depuis 30 ans à Londres.
01:52Oui, ça fait effectivement près de 30 ans du fait que j'habite à Londres.
01:58Et je ne suis pas tout à fait d'accord.
02:00Je ne suis pas tout à fait d'accord parce qu'en fait, il y a beaucoup de bonnes choses,
02:03de bonnes cuisines en Angleterre, notamment leurs desserts.
02:06Leurs desserts, vous savez, ce qu'on appelle le trifle, c'est quelque chose.
02:10C'est des desserts tout simples, mais que l'on trouve là-bas.
02:13Mais également, il y a quand même une tradition, une histoire de la cuisine.
02:17Simplement, ils ont traversé une période entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale
02:21où la nourriture s'est industrialisée.
02:24D'ailleurs, c'est un phénomène mondial.
02:26Et ils ont un petit peu oublié leur tradition.
02:28Mais maintenant, ça réapparaît.
02:29Il y a de la bonne cuisine à Londres.
02:31Et Londres, quand même, a quelque chose à proposer par rapport à Paris.
02:34Et donc, à 29 ans à Londres, quand vous décidez de vous inscrire dans une école de cuisine française
02:39qui s'appelle le Cordon Bleu,
02:40ce n'est pas parce que vous mangez horriblement mal en Angleterre ?
02:46Non.
02:47Je suis allé au Cordon Bleu, c'est parce que c'est la meilleure école de cuisine.
02:53Alors, effectivement, créée par les Français.
02:56Le français est la langue de la cuisine par le monde entier.
02:59Je voulais apprendre le B à bas de la cuisine.
03:01Et c'est ce à quoi je me tiens.
03:04La plupart des choses que j'ai apprises là-bas, je ne les refais pas ici.
03:08Mais j'ai quand même une connaissance de base de la cuisine, la façon d'aborder la cuisine et le
03:13vocabulaire qui va avec.
03:15Et alors, il y a quelque chose qui m'amuse, c'est que la caractéristique de la cuisine française, ce
03:20sont les sauces.
03:22La cuisine française, la gastronomie française, elle repose sur les sauces.
03:25Et vous, dans ce livre, Simple 2, vous avez une sauce, une sauce unique avec une majuscule.
03:33Ça s'appelle the one sauce, la sauce.
03:37Pourquoi avoir simplifié la cuisine au point de n'avoir plus qu'une seule sauce ?
03:44Écoutez, c'est quand même un petit peu un gadget.
03:48En réalité, je prépare toutes sortes de sauces.
03:52Mais je voulais quand même raconter une histoire sur la simplification du processus de la cuisine qui permet d'aborder
04:00la cuisine de façon plus simple.
04:02Alors, c'est une sauce tomate avec de l'ail, beaucoup d'huile d'olive.
04:07Et alors, quand vous mélangez les trois éléments, plus de l'ail qui est confié et qui se confie avec
04:14l'huile d'olive et avec d'autres herbes également,
04:16vous laissez cuire ça pendant cinq minutes.
04:18Et lorsque vous ressentez ça, j'ajoute un peu de vinaigre et de whisky.
04:21Et de whisky, donc l'ail, alors ça crée une émulsion avec le whisky.
04:27Donc, c'est assez rustique.
04:28C'est la sauce la moins française qu'on puisse imaginer.
04:30C'est ça.
04:31Il y a beaucoup de tomates et de la peau des tomates.
04:34Alors qu'au cordon blé, on lui dit qu'il faut toujours peler les tomates.
04:37Toujours est-il que c'est beaucoup plus facile, c'est marrant à préparer.
04:40Il y a une texture très agréable.
04:41On peut faire cuire des boulettes de viande, des pâtes, des haricots.
04:47Et c'est très facile à faire.
04:49Et tout se passe dans le four.
04:51Oui.
05:10Yota Motolenghi, je pensais que dans Simple 2,
05:13j'allais trouver un mot qui allait revenir sans cesse dans toutes vos recettes.
05:18Ce serait le mot simple.
05:19Et en réalité, le mot qui revient le plus dans vos recettes, c'est le mot réconfortant.
05:26Évidemment que c'est un livre avec des ingrédients simples à trouver, pas très cher,
05:31des recettes faciles à exécuter.
05:33Il y a zéro technique.
05:34Mais quand même, le réconfort.
05:36Le menemem, c'est réconfortant.
05:39La polenta aux oeufs au fromage, c'est réconfortant.
05:41Le gratin d'agneau au berginerie, c'est réconfortant.
05:44Les buns au macro fumé, c'est réconfortant.
05:47Les gnocchis petit pois fromage, c'est réconfortant.
05:50Le chou-fleur au petit pois, c'est réconfortant.
05:52Les lentilles fondantes au beurre de curry, c'est réconfortant.
05:55Le gâteau au chocolat, c'est réconfortant.
05:58Pourquoi besoin tant de réconfort dans la vie ?
06:04C'est ce que j'explique dans l'introduction.
06:07Nous vivons dans un monde d'incertitude.
06:10La politique mondiale, les crises financières, le monde post-Covid.
06:16Et notamment dans les réseaux sociaux, on voit à quel point on est un petit peu perturbé par tout ce
06:24qui se passe dans le monde.
06:25Ça crée beaucoup d'angoisse et d'anxiété.
06:27Et évidemment, la solution, ou plutôt la réponse à ces angoisses, c'est peut-être la cuisine.
06:33Parce que lorsqu'on regarde un écran pour voir des solutions, on voit que c'est l'écran qui crée
06:38encore plus d'angoisse.
06:40Donc, quand on retourne dans la cuisine, quand on se met à la cuisine, c'est probablement la chose la
06:45plus réconfortante qui soit.
06:46Parce que si le niveau de technique n'est pas trop élevé, si on ne fait pas des choses trop
06:52difficiles à faire,
06:53ce n'est pas trop un challenge, on va vers les choses familières.
06:56Donc, réconfortantes.
06:58On en tire beaucoup, on tire beaucoup de choses à la cuisine.
07:00C'est une espèce d'antidote à l'angoisse de 2020.
07:03Alors, je comprends très bien.
07:05Sauf que vous nous parlez des écrans, vous nous parlez des réseaux sociaux,
07:09vous nous parlez de tout ce qui circule sur le...
07:11Il circule énormément de nourriture sur les réseaux sociaux.
07:15Il circule énormément de recettes sur les réseaux sociaux.
07:19C'est même devenu la principale vitrine planétaire de la cuisine, les réseaux sociaux.
07:25Ah, mais ce n'est pas une question de cuisine, c'est la façon dont on...
07:30Dans les réseaux sociaux, c'est passif, on regarde, on ne fait pas.
07:34Alors que c'est le fait de faire la cuisine qui est essentiel.
07:37Et ça, vous ne le faites pas à travers un écran.
07:39Si je vais dans ma cuisine avec un oignon, avec du gingembre, des épices, des choux-fleurs,
07:45je me déconnecte du reste du monde.
07:48Ça n'a rien à voir avec le fait d'être devant un écran, c'est presque le contraire.
07:51Et alors, pourquoi il y a tant de choux-fleurs dans Simple 2 ?
07:54Vous adorez le choux-fleur ?
07:57La France est un grand pays de choux-fleurs.
07:59On a la Bretagne, on a des magnifiques choux-fleurs.
08:03Alors oui, effectivement, j'adore le choux-fleur.
08:06C'est quelque chose de très agréable parce que cela fait évoluer le processus de la cuisine.
08:12Ça apporte une certaine douceur, mais ça va très bien dans les salades également.
08:16Il y a beaucoup de choses qu'on peut faire avec les choux-fleurs.
08:17Et j'ai une recette là sous les yeux.
08:19C'est un soufflet gratiné de choux-fleurs.
08:23Alors c'est une description assez sophistiquée pour dire ce qui se passe très simplement dans le four.
08:30Vous avez un mélange d'épices qui sont ensuite cuisinés dans un plat à gratin.
08:35Et vous mettez par-dessus une espèce de fêtata avec des oeufs, du fromage, du basilic.
08:42Et tout cela apporte la douceur, ressortir la douceur du choux-fleur.
08:46Et avec le fromage par-dessus, c'est vraiment réconfortant.
08:48Et on peut le faire en l'espace d'une heure avec très peu de cuisine.
08:51Et quand on connaît vos livres de recettes, on sait que vous avez un principe cardinal dans la vie.
08:56C'est que tout est meilleur avec de la fêta.
08:59Tout est meilleur avec de la fêta.
09:02Disons, oui, parce que c'est...
09:05En plus, fêta rime avec better en anglais.
09:08Il y a un peu de ça.
09:09Mais à part ça, la fêta est quelque chose de très facile à manger.
09:13Pourquoi ? Parce que c'est quelque chose qui se cuit très facilement.
09:17Vous pouvez mettre un peu de salé.
09:20Et ça apporte une espèce de salé naturel dans la fêta.
09:23Et donc, vous avez cet élément qui vient naturellement de la fêta.
09:27Alors, il y a également le halloumi.
09:29Alors, là, c'est un...
09:31Vous avez tout un plat de halloumi avec des haricots et des tomates,
09:36avec du zata, l'épice par-dessus.
09:38Et ça, c'est une chose très facile à faire parce que...
09:42Vous mettez ça dans le four, vous n'y pensez plus.
09:44Et ça, c'est ce que je mange un jour sur deux.
09:46Un jour sur deux.
09:46Et ça, ça vient de votre enfance en Israël, de votre enfance...
09:49Le halloumi, de votre enfance en Israël, de votre enfance à Jérusalem.
09:54C'est un goût de l'enfance ?
09:57Non.
09:58Alors, halloumi, non, non.
09:58On n'en avait pas quand j'étais petit.
10:00Non.
10:00Par contre, on avait beaucoup de fromage de type fêta,
10:04qui était un petit peu...
10:07qui rappelait ce qu'on trouve en Grèce, en Bulgarie.
10:10Mais pas du halloumi.
10:10Mais c'est un très bon fromage qui se garde très bien,
10:13qui vient de Chypre.
10:15Et c'est quelque chose qu'on peut mettre au frigo,
10:18qui se garde très bien,
10:19et qui dure très longtemps.
10:23Enfin, on peut le maintenir.
10:24Alors, ça se rapproche un peu du parmesan.
10:26C'est-à-dire qu'on peut le râper très facilement.
10:28Alors, si vous ajoutez ça à quelque chose,
10:31comme, je ne sais pas, des oeufs, des légumes,
10:32ça vous donne une texture très très agréable.
10:34Et puis, ce coup, ça l'est donc.
10:35Je vous fais écouter le chef israélien,
10:38Eyal Shani.
10:38Il était au micro de mon confrère,
10:40François-Régis Gaudry.
10:46Alors, la cuisine israélienne,
10:48elle est marquée par le fait que les Israéliens
10:50sont des personnes qui bougent beaucoup,
10:52qui n'ont pas de racines spécialement,
10:54et qui apprennent très très vite.
10:55Ici, il y a un sentiment de présent très fort.
10:58Il n'y a pas de compte avec le passé,
11:00et il n'y a pas vraiment de certitude sur l'avenir.
11:02Et donc, il y a une envie toujours d'énergie présente,
11:06de joie présente.
11:07Et c'est ce qu'on retrouve dans la cuisine israélienne.
11:10C'est beaucoup de couleurs,
11:12beaucoup de joie,
11:13beaucoup de saveurs.
11:14Et c'est ça, aujourd'hui,
11:15qui fait la différence du fait
11:17qu'il y a ce présent qui soit là dans les assiettes.
11:21Yota Motolenghi, vous diriez,
11:24comme lui,
11:24que la cuisine israélienne,
11:26s'il y avait un moyen de la définir,
11:28c'est ce rapport au présent,
11:30à cette énergie du présent.
11:34Alors, c'est quand même une question compliquée,
11:37parce que la cuisine israélienne
11:39est en train de se faire en ce moment,
11:41parce que vous avez des origines palestiniennes,
11:45des origines juives
11:46qui se sont rencontrées
11:49au cours des 100 dernières années.
11:50Donc, c'est effectivement une cuisine
11:52encore très dynamique
11:53qui ne s'est pas encore posée,
11:55pour ainsi dire.
11:56Et ce que je dois dire,
11:58c'est que justement parce que les choses
12:00sont encore en train de se faire,
12:01beaucoup de volatilité,
12:02même dans la cuisine.
12:05C'est de là un peu que viennent
12:06toutes ces couleurs,
12:07tous ces mélanges,
12:08et vous tirez le meilleur parti
12:09de plusieurs cultures qui se retrouvent.
12:12Et c'est ça qui fait son unicité.
12:15Ma cuisine n'est pas particulièrement israélienne.
12:18J'ai passé l'essentiel de ma vie à Londres.
12:20Et alors, c'est une cuisine que j'ai connue
12:24quand j'étais gamin.
12:25Mais la majorité de mes influences
12:27viennent de toutes sortes d'autres endroits.
12:30D'Afrique du Nord,
12:31de l'Asie du Sud,
12:32du Sud-Est.
12:33Je choisis les ingrédients
12:35qui apportent le plus de goût,
12:38qui va du harissa à la menthe,
12:40enfin de toutes sortes de choses.
12:42Et j'aime bien le côté ludique de la chose,
12:45m'amuser avec les ingrédients.
12:46Je ne veux pas me coller à une seule tradition
12:48parce que c'est trop réducteur.
12:51Si on trouve toutes sortes de choses,
12:53ce sont les couleurs et les goûts qui en sortent.
12:55Et alors, vous aviez connu un succès mondial
12:58avec le livre Jérusalem
12:59que vous aviez co-écrit
13:01avec un chef palestinien
13:02qui s'appelle Samit Hamimi,
13:03qui était votre jumeau en cuisine
13:06que vous aviez rencontré à Londres.
13:09Et donc, vous racontiez Jérusalem,
13:11ses rues, ses parfums à travers la cuisine.
13:13C'était vraiment une histoire israélo-palestinienne,
13:16une histoire gastronomique.
13:18Est-ce que vous dites encore aujourd'hui
13:20que la cuisine palestinienne,
13:21c'est une des meilleures au monde ?
13:25Oui, je maintiens cela.
13:27C'est une cuisine absolument exceptionnelle.
13:29Et j'ai eu la chance de la découvrir
13:32quand j'étais gamin, justement.
13:34Alors, il faut savoir que c'est quand même
13:35une cuisine assez complexe
13:36puisqu'elle recouvre différentes origines du monde.
13:39Mais vous avez des légumes secs,
13:43qui sont des légumineuses,
13:45qui sont utilisées avec beaucoup d'imagination.
13:48Et dans le bouquin, justement,
13:50Jérusalem, c'était quelque chose
13:52qui vous rappelait une meilleure époque.
13:54Maintenant, nous traversons vraiment
13:55une période très tragique
13:57de l'escalade du conflit.
13:59Mais on essayait de raconter une histoire
14:01de rencontre des cultures,
14:03la façon dont la culture juive et palestinienne
14:05pouvait se retrouver.
14:06Alors, ça paraît un petit peu naïf aujourd'hui
14:08dont on voit ce qui se passe
14:09et ce qui s'est passé au cours
14:11des trois dernières années.
14:13Mais quand même, il y avait un moment
14:15où l'on essayait de raconter
14:17une histoire qui était porteuse d'espoir
14:20à travers la cuisine.
14:22Et au fond de moi, j'espère que
14:24d'une façon ou d'une autre,
14:25on pourra retrouver cela,
14:27même si c'est difficile à retrouver
14:30un meilleur avenir
14:31où, à nouveau, on ne peut plus parler
14:33de cuisine ensemble.
14:51Yota Mottelenghi, ce qui est très frappant
14:53dans ce nouveau livre de cuisine,
14:55c'est que vous ne dites plus « je »,
14:57vous dites « nous ».
15:00Pourquoi ?
15:03C'est parce que, d'abord, ce livre,
15:06c'est un livre écrit à deux mains, quand même,
15:10avec mon associé,
15:12qui est un chef absolument extraordinaire,
15:14qui j'ai créé depuis une dizaine d'années,
15:17donc d'où le « nous ».
15:19Mais, en fait, tous mes livres,
15:22depuis les huit derniers livres,
15:24ont été écrits en collaboration
15:25avec d'autres chefs cuisiniers.
15:27Et je ne m'en cache pas,
15:28j'en suis même fier,
15:29parce que chaque livre a son propre style
15:32qui reflète la collaboration.
15:35Et donc, effectivement,
15:37là, vous avez l'empreinte
15:39de différentes mains,
15:40et je tiens à le marquer.
15:42Et vous faites rentrer,
15:43d'une certaine manière,
15:44vous faites rentrer toute la famille.
15:45Par exemple, il y a le riz de votre maman,
15:51qui vit encore à Jérusalem.
15:54Oui, effectivement.
15:57Et ma maman mettait des coups de girofle
16:01et de la cardamome dans le riz.
16:04Et j'adore le riz.
16:05Dans tous mes livres,
16:07il y a au moins deux ou trois recettes de riz
16:10qui font intervenir ces éléments,
16:13le riz pilaf,
16:14enfin, c'est très présent.
16:15Ça apporte une texture
16:17quand même assez particulière.
16:19Et puis, je voulais parler de ma maman,
16:21parce que c'est important,
16:23mais également,
16:23je parle de la cuisine de mon père,
16:26parce que mon père était italien.
16:29Et vous avez pas mal de plats
16:31que vous avez évoqués,
16:31la polenta, par exemple,
16:33qui remontent justement
16:34aux origines de mon père.
16:36Et c'est marrant,
16:37parce que votre père
16:38était professeur de chimie.
16:40C'était un chimiste.
16:41et on voit bien que vous,
16:44comment dire,
16:45ce n'est pas la chimie
16:46qui vous intéresse.
16:48C'est ce que vous disiez,
16:49c'est le geste,
16:50c'est le faire,
16:51c'est la matière.
16:52C'est pas la cuisine moléculaire, quoi.
16:55Non, c'est ça.
16:55Non, effectivement,
16:57on est aux antipodes de cela.
16:59Mais même mon père
17:00ne cuisinait pas de manière,
17:02disons, chimique.
17:04Il était chimiste,
17:05mais il était,
17:05c'était quelqu'un de très patient.
17:07La patience est très importante en cuisine.
17:11Il était là à préparer sa sauce,
17:16sa polenta,
17:16à tourner la cuillère pendant des heures.
17:19Et il avait certes une connaissance
17:20de la cuisine,
17:22ou plutôt de la chimie,
17:23des éléments en cuisine.
17:24Mais surtout,
17:25ce que j'ai vu,
17:26c'est que mon père,
17:26qui était complètement émergé
17:29dans ses ingrédients,
17:30ne pensait à rien d'autre.
17:30Et cela me ramène justement
17:32à cette idée
17:34que la cuisine
17:35peut être un processus
17:37qui vous rattache,
17:39qui vous ancre au sol
17:39et qui est également très relaxant.
17:41Et alors,
17:42il y a les pancakes
17:42que vous faites
17:43en quantité astronomique
17:45pour vos enfants,
17:48qui ont grand appétit
17:49le dimanche matin.
17:50Vous leur en cuisinez combien ?
17:54Je ne les compte pas,
17:56mais 18 petites pancakes.
17:59Alors,
17:59il y en a qui vont rester
18:00pendant le reste de la semaine
18:01parce que ces recettes-là,
18:04enfin,
18:04c'est des recettes
18:05de pancakes
18:06qui se gardent.
18:07Enfin,
18:08ils les dévorent
18:08comme si le monde
18:10n'attendait pas.
18:11Ils ont quel âge maintenant ?
18:12J'ai un fils de 11 ans
18:15et l'autre de 13 ans.
18:17Et de 13 ans.
18:18Et pourquoi,
18:18si vous deviez
18:19tout lâcher,
18:21tout oublier,
18:23renoncer à tout,
18:23vous ne garderiez
18:24qu'une seule recette,
18:26celle des keftas ?
18:28Les keftas,
18:29ce sont des boulettes de viande.
18:31Pourquoi ?
18:32Parce que j'ai grandi
18:33à Jérusalem
18:34et chaque culture
18:36avait sa propre tradition,
18:39sa propre recette
18:39de keftas,
18:40de boulettes.
18:41Et ma mère les cuisait
18:43dans de la sauce tomate,
18:44mais il y a également
18:45une version kurde,
18:48une version juive
18:49où les boulettes
18:51étaient cuites
18:52dans un bouillon
18:54de bœuf
18:54ou de poulet
18:55avec du citron
18:57et des pommes de terre,
18:59des céleri,
18:59donc des citrons,
19:01c'était quelque chose
19:01de délicieux.
19:02Moi, je me trouve
19:03toujours à revenir
19:05toujours aux boulettes
19:06et aux keftas.
19:07Il y a dans mon livre
19:08une recette
19:09de boulettes
19:10de viande d'agneau
19:12cuite dans une sauce
19:14de yaourt
19:15et la combinaison
19:16entre les deux,
19:17c'est quelque chose
19:17de très palestinien.
19:19Et puis,
19:20mais vous avez cela
19:22dans d'autres cultures,
19:22culture turque notamment,
19:24et pour moi,
19:25c'est l'acidité.
19:27du yaourt
19:28combiné
19:29à son aspect crémeux
19:30qui vient contraster
19:32avec la viande
19:34de l'agneau.
19:34J'ai une dernière question
19:36avec Verena Locke-Muller
19:37qui co-signe le livre
19:39et puis avec tout le groupe
19:40avec qui vous travaillez
19:41dans cette cuisine test
19:42dont vous parlez
19:43tout au long du livre,
19:45ce laboratoire
19:45où on rêve tous
19:46de se glisser
19:46comme une petite souris.
19:48Vous avez eu un débat.
19:49Est-ce que Otto Lenghi
19:51a le droit
19:51de publier
19:52une recette
19:53de gâteau au chocolat
19:54qui soit un simple
19:54gâteau au chocolat
19:56ou est-ce que le gâteau au chocolat
19:57d'Otto Lenghi
19:58ne doit ressembler
20:00à aucun autre au monde ?
20:01Alors au final,
20:03est-ce que c'est un gâteau au chocolat
20:04gâteau au chocolat ?
20:07Effectivement,
20:08c'est un débat
20:08qui a fait rage
20:10avec Verena
20:10quand on a écrit le bouquin
20:12et je lui ai dit
20:14les recettes
20:15n'ont pas toutes besoin
20:16d'être des feux d'artifice.
20:18Il faut des recettes
20:19qui soient bonnes,
20:20stables,
20:21toutes simples
20:21et chaque foyer
20:22doit avoir sa recette
20:23de gâteau au chocolat.
20:25Elle a relevé le défi
20:26et elle a fait
20:26cette recette
20:27qui tient dans un seul bol
20:28de préparation.
20:29Je me dis,
20:30je n'ai pas envie
20:32de m'accrocher à ça,
20:34je voudrais peut-être
20:34ajouter d'autres choses.
20:37Alors on a dit
20:37non,
20:37on s'en tient là
20:38et puis à la fin,
20:39j'ai quand même ajouté
20:40de la cannelle
20:41et de la crème
20:43qui vient accompagner
20:44le gâteau à toi.
20:45Vous n'êtes pas obligé
20:45de le faire
20:46pour s'en tenir
20:47à la recette d'origine.
20:48C'est comme la petite touche
20:49de whisky
20:50dans la sauce tomate,
20:51ça je n'oublierai pas.
20:52Merci beaucoup
20:53Iota Motolenghi
20:54d'être venue au micro
20:55de France Inter.
20:56Simple 2
20:57paraît aux éditions
20:58Hachette.
20:59C'est un très très beau livre,
21:00je le dis,
21:01il est magnifique à regarder
21:02alors que précisément
21:04votre cuisine,
21:04ce n'est pas du tout
21:05de la cuisine Instagram,
21:06tout n'est pas du tout
21:07dans la présentation,
21:08le chichi et l'esthétisme.
21:09C'est bon,
21:10c'est facile à faire.
21:11Merci d'être venu
21:12nous voir à Paris.
21:13Merci,
21:14c'était un plaisir
21:14de parler avec vous.
21:15Merci.
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