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  • il y a 14 minutes
Stéphanie Le Quellec, cheffe, juré de l’émission Top Chef sur M6. Elle a publié en novembre 2025 le livre “Les recettes originales de Stéphanie Le Quellec, le goût de la mémoire” (éd Robert Laffont). Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-10-mars-2026-1481784

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00:08La grande matinale Le Mag, nous voici embarqués jusqu'à 10h pour débattre, cuisiner, peindre et taquiner avec Charline Vanhoenacker
00:16tout à l'heure
00:16qui nous parlera de la plateforme Polymarket avec Daphné Burki et sa nouvelle tête, le peintre et poète Falmarès.
00:23À 9h30, vous retrouverez le débat du jour. Kenny West, immense rappeur américain, annonce un concert à Marseille.
00:31Ses sorties antisémites et même pro-Hitler révulsent. Il s'en est excusé. Faut-il, oui ou non, interdire Kenny
00:39West ?
00:40On en discutera tout à l'heure. Mais tout de suite, le grand portrait.
00:43France Inter. La grande matinale. Sonia de Villers.
00:51Stéphanie Le Quellec, deux étoiles au guide Michelin pour son restaurant parisien, siège actuellement au jury de top chef concours
00:59culinaire cathodique
01:01qu'elle a elle-même remporté fut un temps. Stéphanie Le Quellec publie un livre de 115 recettes dans une
01:08collection mythique.
01:09L'occasion de montrer ce qu'elle sait faire, des sommets de technicité. L'occasion aussi de montrer ce qu
01:16'un grand chef est capable d'oublier.
01:18La maestria du geste, la complexité de la composition, pour retrouver tout simplement du gourmand.
01:25Or, qu'est-ce que la gourmandise ? Si ce n'est l'alliance mystérieuse des papilles et du souvenir.
01:31Oui, il y a du vécu, il y a du passé, il y a de la mémoire, il y a
01:36beaucoup de nous, enfants, dans ce qui nous rend gourmands.
01:40Portrait numéro 103.
01:44Bonjour Stéphanie Le Quellec.
01:46Bonjour Sonia, bonjour à tous.
01:47Soyez la bienvenue sur France Inter, votre restaurant. La scène, deux étoiles.
01:51Je l'ai dit, la reprise de la saison 17 de Top Chef, dans laquelle vous êtes juré.
01:56Ça veut dire qu'en ce moment, c'est la colo des chefs, parce que c'est une édition itinérante.
02:02Donc vous êtes dans des trains, vous êtes dans des voitures, vous êtes dans des avions, vous vous baladez un
02:06peu partout.
02:07En France, ça veut dire que vous quittez le restaurant pendant ce temps-là ?
02:09Un petit peu, oui, ponctuellement.
02:12Et puis, il y a eu ce livre de recettes publié il y a quelques semaines, Le goût de la
02:17mémoire, dans une collection absolument mythique, culte, que les chefs eux-mêmes collectionnent.
02:23C'est Les recettes originales, et c'est paru chez Robert Laffont.
02:27Et justement, vous, vous avez choisi d'intituler ce livre, des recettes originales, cette édition, Le goût de la mémoire.
02:35Et moi, je vous propose un voyage dans votre histoire, Stéphanie Lecélèque, à travers vos recettes.
02:43Un portrait culinaire.
02:44Si je vous dis pot au feu.
02:47Probablement mon plat préféré et mon plus grand souvenir d'enfance, celui du dimanche midi, celui que je faisais avec
02:52ma maman, avec ma grand-mère.
02:54J'épluchais les légumes avec elle, je regardais la viande mijoter comme ça.
02:59Et puis ce bouillon, ce bouillon se construire, parce que mon plus grand souvenir du pot au feu, c'est
03:03le bouillon, c'est la moelle.
03:05Et puis c'est surtout cette tablée du dimanche midi où on passait à table un peu tard.
03:09Oui, ça signifie que la cuisine du souvenir, c'est des odeurs, des images, des sons, des ambiances, puisque la
03:16table participe de ce souvenir.
03:20C'est donc pas une cuisine cérébrale.
03:23Alors absolument pas.
03:24C'est une cuisine d'essence.
03:25Oui, moi la cuisine c'est plutôt viscéral, c'est plutôt ancré au fond du cœur.
03:30Mon intention de cuisine première, c'est une espèce d'acte d'amour, parce que je suis venue à la
03:34cuisine comme ça, par ma maman, par ma grand-mère, par ce côté rassembleur de la table.
03:39Absolument par la technique.
03:40Et moi quand à l'âge de 14 ans, je me lance dans une quête d'école hôtelière.
03:45On parlait de deux étoiles, j'ai pas du tout ce fantasme-là, j'ai pas ce rêve-là de
03:48petite fille.
03:49Moi ce que je veux faire c'est, oui, des potes au feu, des steaks au poivre.
03:52Alors si je vous dis tomates farcies Stéphanie Leccellec ?
03:54Tomates farcies c'est septembre, c'est effectivement...
03:58C'est septembre ?
03:59Ouais c'est septembre, parce qu'elles sont bonnes en septembre les tomates.
04:02C'est là qu'elles sont meilleures, elles sont gorgées de tout le soleil de l'été.
04:06Et puis après, la tomate farcie on y met un peu ce qu'on veut, peu importe, elle peut être
04:09tout végétale, on peut y mettre du veau, du porc, peu importe.
04:12Et puis en fait, chaque famille...
04:13Vous y mettez beaucoup d'herbes fraîches ?
04:15Moi j'y mets beaucoup d'herbes fraîches, parce que j'ai une cuisine qui aime beaucoup les herbes comme
04:17ça.
04:18Mais en fait, ce qu'il y a de magique dans ces plats-là, c'est que chaque famille détient
04:20sa propre recette et son secret, et qu'il y a cette espèce de transmission.
04:24Et dans cette transmission, il y a quelque chose qui vous a beaucoup marqué dans votre enfance, c'est le
04:30fait d'avoir fait le marché avec votre grand-père, chaque dimanche, c'est ça ?
04:34C'était le marché du dimanche matin ?
04:35Le samedi, le mardi, le...
04:37À Anguin-les-Bains, moi je grandissais à Anguin-les-Bains, et le mardi, le jeudi et le samedi, il
04:41y avait un marché couvert absolument merveilleux.
04:43Mais je note que c'est un homme qui faisait le marché dans votre famille.
04:46Oui, parce que mon grand-père...
04:48Pour avoir fait beaucoup le marché, il y a beaucoup de femmes au marché.
04:51Je sais, il y a beaucoup de femmes, mais mon grand-père était un homme absolument exceptionnel, très dévoué à
04:55ma grand-mère qui avait des soucis de santé,
04:57et c'est lui qui allait au marché, de la même façon que c'est lui qui avait son jardin.
05:01Il avait un petit jardin à Montmorency, le mercredi après-midi, il m'y emmenait, c'était nos moments à
05:05nous.
05:05Le marché, le petit pastis que lui prenait, moi la grenadine, après le marché, ça c'était une espèce de
05:10rituel.
05:11Effectivement, c'était un homme.
05:13Mais c'était les grands-mères qui cuisinaient, puisque vous rendez hommage à Jacqueline et à Liliane.
05:17Oui, absolument, c'est mes grands-mères qui cuisinaient merveilleusement bien,
05:20et puis on est sur ces cuisines de cocottes, ces cuisines de cocottes en fonte qui mijotent en fait.
05:25Des cuisines de cocottes en fonte ?
05:25Oui, de cocottes en fonte.
05:26Rien que la façon dont vous prononcez le mot cocotte.
05:29Oui, parce que c'est la cuisine dans laquelle je crois, c'est la cuisine par acte d'amour en
05:34fait.
05:34La cuisine de femme est une cuisine par acte d'amour en fait, c'est nourricier cette cuisine-là, et
05:39on essaye de faire plaisir.
05:40Alors attendez, cette cuisine de femme, vous venez de prononcer le mot, on va remonter le temps.
05:45L'ORTF en 1955, justement, qu'est-ce que c'est qu'une cuisine de femme quand on écoute la
05:51radio publique en France en 1955 ?
05:54Je crois que la cuisine des femmes est excellente, et je suis l'un des premiers à la louer, mais
05:59je crois que la cuisine des hommes est indispensable.
06:02C'est-à-dire que la cuisine française n'avancerait pas, ne progresserait pas, ne se perfectionnerait pas, s'il
06:07n'y avait que des femmes.
06:08Oui, ce sont les hommes qui inventent, et ce sont les femmes qui perpétuent la cuisine, qui perpétuent les vieilles
06:14recettes,
06:14les vieux plats familiaux, les daubes, cassoulet, poule au pot, mais ce sont les chefs qui perfectionnent, qui inventent.
06:22Est-ce que nous avons une somme de documents suffisant pour affirmer que ce sont toujours des hommes qui sont
06:28à l'origine des grands plats français ?
06:31Non.
06:32Non. Et vous, qu'en pensez-vous ? 1955 ?
06:35Moi, la cuisine des femmes, fort heureusement, on a un petit peu changé de point de vue sur tout ça.
06:42Donc les femmes, elles perpétuent la tradition, les hommes inventent.
06:45Voilà. Non, moi je pense que ce qu'il y a de beau dans la cuisine, mais comme dans tout,
06:49c'est justement le mélange des hommes et des femmes.
06:51Je ne crois pas à la cuisine sexuée, moi.
06:53Mais je crois qu'effectivement, il y a des intentions de cuisine, et souvent l'intention de cuisine des mamans,
06:59c'est de nourrir.
07:00Les hommes, effectivement, dans les cuisines plus professionnelles, dirons-nous, peut-être ont eu le sentiment d'amener une forme
07:06de technique,
07:07mais moi je ne suis pas pour l'apaisement des sexes en cuisine, et que chacun mette la pierre à
07:13l'édifice.
07:13Mais en tout cas, ce qu'on peut dire aujourd'hui, 70 ans après, c'est que, mine de rien,
07:18je crois qu'on dépouille les cuisines de cette forme de technicité,
07:21peut-être amenée par les hommes, mais en tout cas, aujourd'hui, on revient à une forme d'essentialisme dans
07:25la cuisine,
07:27et de quête, effectivement, de profondeur, de goût, de souvenir, et puis de se régaler tout simplement.
07:34Alors si je vous dis, pommes de terre gorgées d'un bouillon de poissons de roche ?
07:41Écoutez, c'est un des plats aujourd'hui qui figure à la Seine, comme quoi on peut avoir deux étoiles
07:45avec un plat de pommes de terre.
07:48En fait, là encore, c'est cette cuisine du souvenir, c'est-à-dire que tous ces plats mijotés, ce
07:53qui en est bon,
07:54c'est le lendemain quand justement les pommes de terre se délitent un peu dans le jus.
07:59Alors on peut parler d'une bouillabaisse, on peut parler d'une daube de bœuf, on peut parler d'un
08:01avarin d'agneau.
08:03Ce qui est bon, c'est quand ça a chauffé, re-réchauffé, et que les choses se délitent un peu,
08:07accrochent un peu dans le fond de la cocotte.
08:08Et là, on arrive à une forme de quintessence des goûts et des textures, en fait.
08:12Et si je vous dis vin de pêche ?
08:14Ça, c'est purement un souvenir de ma maman, évidemment, qui le tenait elle-même de sa maman.
08:19Et c'est effectivement entre le 15 juillet et le 15 août, on récolte les feuilles du pêcher,
08:26et on les met à infuser comme ça, dans un petit peu de vin, un petit peu d'alcool, un
08:30petit peu de sucre,
08:31sans que ça relance une fermentation, et donc ça donne des notes, ça donne un espèce d'apéritif.
08:34Trois semaines.
08:35Voilà.
08:36Trois semaines.
08:36Trois semaines, mais ça mature encore, c'est-à-dire que même après, quand on a fait la filtration,
08:40la magie opère encore dans la bouteille, et le vin vieillit un peu, finalement, et se patine, là aussi.
08:45Et ça donne un apéritif, en tout cas, probablement celui dans lequel j'ai trempé mes lèvres la première fois,
08:51vous voyez, mon premier rapport à l'apéritif.
08:53L'alcool, c'est venu de là ?
08:55L'alcool, je n'irai pas, mais en tout cas, la notion déjà d'apéritif, est-ce que ça représente
08:59?
08:59C'est-à-dire le partage, partager un moment, un peu de convivialité, c'est ça, l'apéritif au-delà
09:03de la consommation.
09:05Donc c'était votre grand-mère, c'était votre mère, et maintenant vous faites le vin de pêche.
09:09Je dis ça parce que vous avez vous-même trois fils,
09:13à qui vous dédiez évidemment le livre, Baptiste, Maxime et Arthur.
09:20Donc ce sera une transmission, pour le coup, de mère en fils.
09:24Évidemment, et une transmission qui se fait un petit peu, je ne vais pas dire contre notre gré,
09:29mais de manière assez naturelle, puisque j'ai les deux aînés qui ont épousé des voix assez similaires.
09:35Puisque après deux années de droit, mon fils aîné m'a dit
09:38« Non, mais en fait, je fais fausse route, je crois que j'ai besoin comme vous de donner du
09:41bonheur,
09:41de rencontrer des gens, d'échanger, de partager. »
09:44Donc il est aujourd'hui barman, dans un très bel hôtel parisien.
09:47Et puis mon numéro deux…
09:48Si dans le très bel hôtel parisien, vous retrouvez le vin de pêche, vous vous demandez le tout ?
09:53Pas encore, pas encore.
09:54Mais je ne désespère pas qu'un jour, il y a un cocktail clin d'œil à sa maman et
09:58à sa grand-mère.
09:59Et puis mon numéro deux, comme moi, à l'âge de 14 ans, est rentré à l'école hôtelière.
10:04Et il est aujourd'hui pâtissier, lui aussi, dans un très bel hôtel parisien.
10:06Alors, lui, pâtisserie, lui, pâtisserie, d'accord.
10:09Le troisième est tout petit encore ?
10:11Écoutez, il parle déjà de pâtisserie, mais je ne désespère pas d'en faire un cuisinier quand même.
10:15Alors justement, écoutez Michel Guérard, je vous fais écouter Michel Guérard,
10:19parce qu'il raconte, il a l'âge qu'à votre petit dernier, 8 ans,
10:23il raconte comment il a eu envie de faire des gâteaux à l'âge de 8 ans.
10:27Mais je le cite aussi, parce que dans cette collection mythique,
10:30les recettes originales d'eux, l'édition de Michel Guérard,
10:35c'est vraiment le collector absolu, absolu.
10:38Ça s'appelait la grande cuisine minceur, à l'époque ça s'est vendu à un million d'exemplaires,
10:42ça a été traduit dans 15 langues.
10:44Écoutez Michel Guérard.
10:45Je me souviens, quand j'étais tout gosse, j'aimais déjà cette fête organisée à partir de la table.
10:53Je m'amusais déjà à préparer des petits plats, des petits gâteaux,
10:57faits par exemple avec de la peau du lait.
11:00Vous aviez quel âge à ce moment-là ?
11:01Oh, j'avais 7 ans.
11:03Eh bien, j'invitais mes petits copains à manger ces gâteaux,
11:07mais je les invitais sous une toile à matelas, sous un sac à pommes de terre,
11:13je faisais une tente, je dressais mon camp du drap d'or.
11:17Je pense que la cuisine doit s'accompagner en effet d'un certain faste.
11:21C'est très joli.
11:22C'est joli et c'est extraordinaire parce qu'en fait, la cuisine,
11:25quand on y vient de manière presque instinctive,
11:27parce qu'il y a une notion de prédestination finalement,
11:30je pense un peu à la cuisine dans le cas de Michel Guérard,
11:32mais dans le mien aussi, puisque pareil, à l'âge de 8-9 ans,
11:34je suis rentrée dans la cuisine en faisant des petits sablés,
11:37mais en allant au-delà de ça.
11:38À cet âge-là aussi ?
11:39Oui, et en faisant ça comme avec de la pâte à modeler,
11:42puis ensuite je les cuisais, je les rangeais dans une petite boîte en métal,
11:45et après je jouais à la marchande avec.
11:46Donc vous voyez, la cuisine était comme pour Michel Guérard,
11:49toute une histoire et tout un prétexte à un univers qui allait se construire autour.
11:53Vous dites beaucoup Stéphanie Leclerc que vous êtes à un moment de votre vie
11:57où vous voulez, comment dire, que la technique que vous avez acquise
12:01ne se voit pas, ne se sente pas, même si pourtant elle est là.
12:06Vous dites que vous êtes à un moment où les chefs de votre génération décomplexifient,
12:11et pourtant Michel Guérard avait déjà beaucoup décomplexifié.
12:15Pour le grand public, ce n'est pas si évident que ça à comprendre.
12:18Qu'est-ce que ça signifie faire oublier la technique ?
12:20Je crois que la cuisine, c'est quand même un parcours initiatique
12:23pour la cuisinière ou pour le cuisinier d'abord.
12:25Donc d'abord, on se construit, et on se construit à travers l'acquisition
12:29des grandes techniques, effectivement, parce qu'il faut avoir,
12:33tout comme quand on est musicien, il faut faire le solfège
12:35et il faut apprendre les gammes avant de pouvoir composer,
12:37il est très important d'avoir cette technique pour après avoir la possibilité
12:41de raconter ce qu'on a envie de raconter dans une assiette.
12:43Et puis il arrive un moment, donc on est très heureux
12:45quand on a 25-30 ans, qu'on acquiert cette technique,
12:48de la montrer, de montrer qu'on est...
12:50Je ne sais pas si on crâne, mais en tout cas,
12:52elle est dure à acquérir cette technique.
12:53On l'a acquise, donc on la montre un petit peu.
12:55Alors de quoi on est fière quand on a 26 ans ?
12:57On est fière. Moi aussi, je vous prends un plat
13:00que je fais depuis une dizaine d'années maintenant,
13:03qui est un petit pain perdu, avec un peu de caviar sur le dessus.
13:07Bon, j'étais très contente quand j'ai sorti ce plat-là,
13:09parce que c'était l'alliance du pain, de la brioche en tout cas,
13:13du coquillage, de la pomme de terre et du caviar.
13:15Une alliance qui marche bien.
13:16Et j'étais contente d'en faire quelque chose de très technique.
13:19Alors je chemisais un moule comme ça, à six faces,
13:21avec des toutes petites tranches de brioche
13:23dans laquelle j'enfermais un soufflet de pomme de terre
13:25et puis du jus de coquillage.
13:26Et puis on venait coiffer le tout de caviar.
13:28Et il a très bien marché, ce plat-là, il nous a emmené à deux étoiles.
13:30Et puis quand j'ai eu deux étoiles, je me suis dit
13:33mais est-ce que ce plat-là aujourd'hui,
13:34qui est très compliqué à réaliser techniquement,
13:36est-ce que je suis au maximum de la sensation et de l'émotion
13:39que je peux donner à travers ce plat-là ?
13:41Et puis il y a un an et demi,
13:42vous voyez, ce n'est pas si vieux que ça,
13:44je l'ai simplifié, je me suis dit
13:45mais assume le fait de faire un simple cube de brioche,
13:48de le tremper dans un petit peu de jus de coquillage,
13:50dans un petit sabayon, de le poêler,
13:52d'arriver à avoir cette caramélisation autour.
13:54Et puis aujourd'hui, quand on mange ce plat-là
13:55et qu'on se souvient de celui d'il y a deux ans et demi, trois ans,
13:59c'est le même plat mais ce n'est plus le même plat.
14:00Visuellement c'est le même.
14:01Et puis d'un seul coup, celui-là,
14:03il l'amène dans une dimension encore supplémentaire.
14:05Donc il est simple, il est beaucoup plus simple techniquement
14:08mais il l'emmène dans une autre dimension culinaire finalement.
14:13On arrive sur le grand terrasse, au milieu des montagnes.
14:15Là, il y a les cinq chefs alignés.
14:17La pression, elle augmente encore plus,
14:19elle monte, elle monte, elle monte, elle monte.
14:21Les chefs ne vous aideront plus en cuisine.
14:23En revanche, vous allez vous retrouver face à eux
14:26pour des dégustations qui seront de véritables examens de passage.
14:30Est-ce que tu es content de ton plat ?
14:32Du tout.
14:32Tu ne devrais pas le dire déjà.
14:34Aïe !
14:34On voulait vraiment un siphon qui se tenait,
14:36donc peut-être que là, s'il se tient un peu moins bien.
14:38Ce n'est pas la question du chef.
14:39Pour le moment, on a un truc sans surprise.
14:41À l'image de ce que vivent les chefs au quotidien dans leur cuisine,
14:44vous devrez défendre vos plats.
14:46J'ai un bout d'un red qui est que tu te casses une dent dessus, quoi.
14:49Ton poisson n'est pas assez cuit.
14:51Il y a un entre deux parce que du coup, on est...
14:52Attends, il va nous rouler dans la farine.
14:55Vous êtes jurée dans Top Chef.
14:57Vous, vous avez gagné Top Chef grâce à la complexité,
15:00grâce à la maestria, grâce à la technique.
15:02Alors maintenant que vous êtes jurée,
15:04qu'est-ce que vous cherchez chez ces jeunes chefs ?
15:07La même chose, j'ai envie de dire.
15:09C'est-à-dire qu'on a envie...
15:10Mais ils n'ont pas votre âge ?
15:11Ils n'ont pas votre expérience ?
15:12Ils n'ont pas votre maturité ?
15:13Oui, mais j'avais 28 ans quand j'ai gagné Top Chef.
15:15C'est à peu près l'âge des candidats aujourd'hui.
15:18Et moi, Top Chef a été une vraie bascule dans ma carrière.
15:20C'est-à-dire que la rencontre avec les chefs, jurée à cette époque-là,
15:23m'a obligée à me dépasser,
15:25m'a obligée à aller chercher qui j'étais dans une assiette.
15:27Donc aujourd'hui...
15:28Donc à dépasser la technique ?
15:29Bien sûr, à dépasser la technique.
15:30Donc aujourd'hui, évidemment, on va vouloir voir un petit peu de technique.
15:33On veut voir des cuisinières et des cuisiniers
15:35qui ont quand même une sensibilité de cuisine et de la technique.
15:39Mais aujourd'hui, on attend autre chose.
15:40On attend à ce qu'ils nous livrent,
15:42on attend à ce qu'ils nous surprennent,
15:43on attend à ce que, justement, ils décomplexifient
15:46et qu'ils aillent à l'essentiel,
15:47c'est-à-dire nous donner de l'émotion.
15:49En fait, la cuisine, c'est de l'émotion tout simplement.
15:52Alors, je prends une des recettes les plus techniques,
15:55les plus difficiles.
15:56Quatre fourchettes du livre.
15:58Oh là là, attention !
15:59Pâte et croûte !
16:00Ah oui, alors là, il faut un peu technique.
16:03C'est la recette de qui ?
16:05C'est la recette de mon mari.
16:06Voilà.
16:06Parce que ça, c'est son truc.
16:07Le pâte et croûte, c'est son truc.
16:08David Lekelec.
16:09Donc c'est un hommage aussi que je lui fais dans ce livre
16:11de mettre en avant sa recette et pas la mienne,
16:14mais c'est celle que je sers aujourd'hui au Bistrot de la Seine.
16:16Voilà, comme quoi, c'est aussi une affaire
16:18et de famille et d'union, la cuisine.
16:22Mais oui, c'est un peu technique.
16:23Puis ça prend du temps, en fait.
16:24Le pâte et croûte, il faut de la patience.
16:26C'est surtout trois jours.
16:27Il faut que vous ayez trois jours devant vous.
16:30Trois jours de cuisine.
16:32Et c'est quand même assez joli,
16:33parce que vous me disiez tout à l'heure,
16:35je vous ai vraiment posé la question,
16:36est-ce qu'il existe beaucoup de couples de chefs
16:39dans les chefs médiatisés, médiatiques ?
16:41Pas vraiment, non ?
16:42Pas beaucoup, il y a des couples, effectivement.
16:44Je vous le disais, cuisine pâtisserie,
16:46cuisine sommellerie, cuisine restaurant.
16:49Cuisine, il n'y en a pas beaucoup.
16:50Il y en avait un sur l'édition 16 de Top Chef,
16:53Philippine et Charles, que j'embrasse
16:54parce que c'est un couple extraordinaire.
16:56Je les aime beaucoup.
16:57Ils sont venus faire un huit mains avec nous
16:59et j'adore leur restaurant à Paris.
17:00Un huit mains ?
17:01Un huit mains, ça commence à faire du monde.
17:02Vous avez cuisiné à quatre,
17:04vous avez fait un huit mains.
17:05C'est formidable.
17:06Alors, Top Chef, c'est sur M6, évidemment.
17:08Merci Stéphanie Lecélèque
17:10d'avoir fait un détour
17:11par le studio de France Inter.
17:13Et donc, ces recettes originales,
17:15elles paraissent,
17:16le goût de la mémoire,
17:18elles paraissent chez Robert Laffont
17:19dans cette collection mythique
17:20qui s'était éteinte
17:21et que Robert Laffont
17:22remet au goût du jour.
17:24Absolument.
17:24Merci beaucoup.
17:25Merci à vous.
17:25Merci à vous.
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