00:0018h, 20h, c'est RTL Soir.
00:04Il y a 6 mois, honnêtement, peu de gens savaient où se trouvait le détroit de Hormuz.
00:09Depuis le 27 février, le monde entier a les yeux rivés sur cette porte d'entrée sur le golfe Persique.
00:15Son blocage par l'Iran a provoqué une crise énergétique, la hausse des prix du pétrole et l'inflation.
00:21Mais une nouvelle inquiétude a surgi le week-end dernier, après la prise du détroit de Babel Mandeb
00:28par des alliés de l'Iran, les rebelles Houthis, ce détroit donne accès à la mer Rouge qui relie l
00:34'Asie à l'Europe.
00:35Alors faut-il craindre une paralysie du trafic maritime et une panne du commerce mondial ?
00:40Pour en débattre, dans les grands esprits se rencontre.
00:43Sylvie Matéli, économiste, professeure associée au sein du Centre for Global Risks de Schema Business School.
00:49Bonsoir.
00:50Bonsoir.
00:50Et Christian Macarian, éditorialiste international au Point.
00:54Bonsoir.
00:54Bonsoir.
00:55D'abord, Christian Macarian, est-ce qu'on peut commencer par expliquer qui sont les Houthis ?
00:59Alors, ce sont des chiites, mais pas de la même famille de pensée ou de la même famille spirituelle que
01:05les chiites iraniens.
01:06Mais ils sont quand même amis.
01:09Ils reconnaissent, si vous voulez, le portrait du groupe 5 imams, ce qui n'est pas le cas des chiites
01:15d'Iran, d'Irak ou du Liban,
01:17qui en reconnaissent 12, c'est pourquoi on les appelle les chiites duodécima.
01:21Il n'empêche qu'il y a une solidarité fantastique, puisque ces Houthis se trouvent donc au sud de l
01:28'Arabie Saoudite, sunnites parmi les sunnites, puisque c'est le pays qui détient les lieux saints.
01:34Et la tentation pour l'Iran de manipuler des frères de religion face à l'Arabie Saoudite, qui traditionnellement était
01:45un adversaire de l'Iran,
01:47eh bien, ça a donné le résultat que l'on sait.
01:49Et je terminerai en disant que ce sont des proxys pour l'Iran low-cost.
01:55Ils ne coûtent vraiment pas cher, beaucoup moins cher que le Hezbollah à entretenir.
01:59Et ils sont drôlement efficaces.
02:01Ils viennent de le prouver en s'emparant de la ville de Moka, sur le détroit, enfin pas loin du
02:07détroit.
02:07Des petites îles du détroit.
02:08Et de plusieurs îles au milieu de la mer, ce qui bloque complètement la situation, s'ils ont envie de
02:14le faire.
02:15Et par ailleurs, depuis quelques jours, ils mènent des attaques en Arabie Saoudite.
02:18Ils ont bombardé des infrastructures pétrolières.
02:20Riyad a dû fermer son néoléoduc, ce qui a immédiatement fait grimper le prix du baril au-dessus des 100
02:26dollars.
02:26Au-dessus des 100 dollars, oui.
02:27107 ou 108 dollars.
02:28Pourquoi attaquent-ils l'Arabie Saoudite maintenant, alors ?
02:32Alors, ils attaquent l'Arabie Saoudite parce que l'Arabie Saoudite s'est empêtrée dans une politique extrêmement confuse
02:41et qui a manqué de résolution et qui elle-même faisait suite à un soutien aux forces gouvernementales du Yémen
02:48et qui était en situation d'échec.
02:51Il faut bien voir que cet abcès que représente le conflit intra-yéménite
03:00est quelque chose sur lequel toutes les puissances de la région se sont greffées.
03:05L'Arabie a soutenu le gouvernement anti-Houthis
03:09et les Houthis ont trouvé comme soutien les Émiratis, les Émirats arabes unis.
03:13Donc, l'Arabie Saoudite a combattu les Émirats alors que c'est un allié, sur ce terrain-là en tout
03:19cas,
03:19alors que c'est un allié partout ailleurs de l'Arabie.
03:22Donc, c'est assez compliqué comme situation et l'Arabie emporte une certaine responsabilité.
03:29Sylvie Matelli, ils ont donc pris le contrôle du détroit de Babel-Mandeb
03:34qui donne sur la mer Rouge.
03:36La mer Rouge, ça relie l'Asie à l'Europe.
03:39Il y a le fameux canal de Suez au bout.
03:42C'est un détroit qui est très important pour le commerce international ?
03:45C'est un détroit qui est très important pour le commerce international
03:48puisque 15% du trafic passe par là et en particulier entre l'Asie et l'Europe.
03:54Et je crois que c'est 30% du transport de conteneurs.
03:58Donc, vous voyez, c'est quelque chose d'assez important.
04:00Et puis surtout, ça vient s'ajouter au détroit d'Hormuz,
04:04ça vient s'ajouter au droit de douane de Donald Trump,
04:07enfin à tous ces événements extrêmement importants
04:10qui aujourd'hui visent quand même et ont des conséquences sur l'économie mondiale.
04:15C'était une route de secours,
04:17notamment pour les produits d'Arabie Saoudite,
04:21depuis que le détroit d'Hormuz est bloqué ?
04:23Ça a été une route de secours, effectivement,
04:25également pour les GNL Qatari.
04:29Ça peut être contourné, on peut trouver une autre route de secours,
04:32mais la route de secours, pour le coup, c'est le Cap de Bonne-Espérance.
04:35Et là, ça veut dire que vous rajoutez 10 jours minimum de transport,
04:38plus des coûts d'assurance, plus des coûts liés à toute la logistique
04:42qui est nécessaire pour parcourir de plus longues distances.
04:45Parce que ça veut dire aujourd'hui que les bateaux font le tour de l'Afrique
04:49pour pouvoir livrer les conteneurs.
04:52Il l'avait d'ailleurs déjà fait par le passé.
04:55Oui, tout à fait.
04:56Quand un bateau de conteneurs s'était effectivement bloqué,
05:01coincé dans le canal de Suez et bloqué le canal de Suez.
05:05Et aussi, quand les outils envoyaient des drones sur les bateaux
05:08après le 7 octobre, au début de la guerre à Gaza, c'est ça ?
05:11C'était entre 2023 et 2024, après Gaza.
05:16Et à l'occasion de Gaza, pour riposter contre les Israéliens,
05:21les outils se sont inscrits, là encore, dans une logique de proxy de l'Iran.
05:25Et ils ont attaqué des bateaux.
05:27Ils ont reçu d'ailleurs des missiles et des frappes américaines.
05:30Mais ensuite, les États-Unis ont, détranchement, transigé avec les outils.
05:36Je ne dirais pas qu'ils les ont épargnés,
05:37mais ils ont évité de les écraser davantage.
05:42Ce qui fait que...
05:42D'abord, ils ont commencé par les bombarder, quand même.
05:44Oui, ils ont commencé par les bombarder.
05:45Par protéger le trafic.
05:46Mais c'est ce que je disais tout à l'heure sur le manque de résolution.
05:49C'est que Donald Trump, sitôt arrivé, a bien fait comprendre à ses amis saoudiens
05:53qu'il ne souhaitait pas mettre la main, puis le coude, puis le bras
05:58dans un nouveau bourbis au Moyen-Orient.
06:00Donc, on a laissé faire les outils.
06:03Et aujourd'hui, comme on vient de le dire, ça fait deux des trois
06:07qui s'orientent vers le nord et vers l'Europe, qui sont fermés.
06:13Celui de Bab el-Mandeb, peut-être encore plus important pour la Chine,
06:17parce que ce sont des produits manufacturés.
06:20Et la Chine, véritable supermarché du monde, qui passe par là
06:24et qui ensuite franchissent le canal de Suez.
06:26C'est Bab el-Mandeb, en arabe, ça veut dire la porte des lamentations.
06:30En vérité, c'est la porte de l'Europe, la porte maritime de l'Europe
06:35en provenance d'Asie.
06:38Sylvie Matély, une fois que ces deux des trois sont coupés,
06:42qu'est-ce qu'il reste comme voie possible pour l'Arabie Saoudite
06:45pour sortir ces produits du pays ?
06:48Alors, l'Arabie Saoudite avait des oléoducs, bien évidemment,
06:52ou en tout cas, ils avaient intensifié le trafic par cette voie.
06:56C'est vrai que la situation devient extrêmement compliquée
06:59et que ça suppose d'allonger et surtout, ça renchérit le coût du transport maritime
07:04parce que vous avez des coûts supplémentaires d'assurance
07:08et forcément, beaucoup de difficultés.
07:11Alors justement, est-ce qu'il faut s'attendre à une nouvelle hausse,
07:14encore supérieure du pétrole notamment ?
07:17Alors, c'est difficile à dire à ce jour, très probablement,
07:20mais rappelez-vous, quand le détroit d'Hormuz a été bloqué,
07:23le directeur de l'Agence internationale de l'énergie
07:26avait expliqué que c'était le plus gros choc,
07:28et c'est clairement un choc d'offres,
07:30le plus gros choc qui ait jamais connu l'histoire récente du pétrole.
07:35Il expliquait que c'était beaucoup plus important
07:36que le choc pétrolier des années 70.
07:38En réalité, les économies ont été relativement résilientes.
07:42Et alors, faut-il y voir une explication aujourd'hui de la prudence
07:46de toutes les grandes organisations internationales
07:49dans les prévisions qu'elles font ?
07:50Puisque le FMI a révisé ces prévisions,
07:54mais en les maintenant assez stables
07:56et prévoit une croissance économique à 3% en 2026,
07:59donc des effets assez limités,
08:01et une augmentation du prix du pétrole
08:02qui ne dépasserait pas les 120 dollars.
08:04C'est énorme, c'est déjà énorme,
08:06mais ça reste relativement sous contrôle.
08:09En tout cas, on pourrait imaginer beaucoup plus.
08:12Et de la même manière,
08:13la Banque Centrale Européenne, la semaine passée,
08:15bien qu'ayant relevé ses taux,
08:17et d'ailleurs a relevé ses taux,
08:19en expliquant que l'inflation pouvait,
08:21effectivement, le risque était plus fort sur l'inflation
08:23que sur la croissance économique.
08:24Donc c'est difficile aujourd'hui de percevoir ce qu'il va se passer,
08:27parce que vraisemblablement,
08:28on avait été beaucoup trop pessimistes
08:31au moment du blocage du Détroit d'Hormuz.
08:33Il ne faudrait pas pêcher par excès d'optimisme aujourd'hui,
08:36mais en tout cas, les prévisions restent
08:38pas aussi catastrophiques qu'on pourrait l'attendre.
08:42Christian Margarian,
08:42malgré les attaques des derniers jours,
08:44il y a des compagnies de transport maritime
08:46qui ont fait passer leur navire
08:48en leur demandant d'éteindre leur transpondeur
08:51pour passer sous les radars,
08:53en fait, et ne pas se faire repérer.
08:54C'est très risqué.
08:56Ce n'est pas étonnant ?
08:57Alors, c'est très risqué,
08:59mais on voit bien qu'il y a une perversité
09:01dans la situation actuelle.
09:03C'est-à-dire que l'Iran fait pression sur les outils
09:06pour que le Détroit de Bab el-Mandeb
09:08soit modulable à souver,
09:11tantôt fermé, tantôt ouvert,
09:14pour continuer à faire avancer de l'autre côté
09:18les négociations sur le Détroit d'Hormuz.
09:20Je schématise et je caricature,
09:22mais pour qu'on comprenne mieux,
09:24si les Américains lâchaient un peu de lait
09:26sur le Détroit d'Hormuz,
09:27alors les Iraniens demanderaient aux outils
09:32d'être un peu plus compréhensifs
09:36ou coulants sur le Détroit de Bab el-Mandeb.
09:39Si, au contraire, les Américains sont intransigeants
09:42sur le Détroit d'Hormuz,
09:43alors on rajoutera la clôture ou la fermeture
09:46du Détroit de Bab el-Mandeb.
09:47C'est un élément de modulation
09:49que l'Iran essaie de manier
09:53selon une dialectique et une géopolitique
09:57tout à fait propre au régime de terre.
10:00Même si les prix n'atteignent pas
10:02des niveaux exceptionnels,
10:03qu'on aurait pu imaginer, Sylvie Matteli,
10:06les prix du pétrole grimpent quand même aux Etats-Unis,
10:08alors qu'on est à moins de deux mois
10:09des fameuses élections de mi-mandat,
10:11les mid-term.
10:13Trump, il peut se permettre d'attendre, vous pensez ?
10:16Depuis plusieurs mois, on explique
10:18que Trump ne peut pas se permettre
10:20de trop jouer et de trop parier
10:23sur le fait que l'Iran cède
10:27parce que les élections à mi-mandat,
10:29on s'aperçoit que les semaines passent
10:31et Trump reste tout aussi déterminé,
10:34voire tout aussi imprévisible.
10:36Je pense que le mot est mieux trouvé
10:38et sans vraiment se donner les moyens
10:41de trouver des solutions à cette affaire-là.
10:44Donc, quelque part, je serais tentée
10:46de vous répondre, on verra, on verra.
10:48C'est vrai que la situation devient
10:50extrêmement difficile aux Etats-Unis
10:51et pas que.
10:52En Europe aussi, on a une augmentation
10:54des prix à la pompe
10:56qui est quand même significative.
10:57C'est vrai que la situation devient
10:59assez compliquée
11:00et que l'inflation augmente
11:03aux Etats-Unis également
11:05et la colère d'une partie
11:07de la population, très clairement.
11:09Merci, Sylvie Matelier et Christian Macarian
11:11d'être venus débattre
11:13dont les grands esprits se rencontrent.
11:15A présent, je vous propose
11:16d'entendre le meilleur de nos invités,
11:17de nos humoristes, de nos auditeurs,
11:18le meilleur de la journée.
11:19C'est la story RTL de Florian Gazan.
11:21On va tout de suite.
11:22Bonne soirée sur RTL.
Commentaires