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  • il y a 16 minutes
Regardez le débat entre Judith Wisnewsky-Aron, médecin-chercheur, spécialiste de l'obésité et des maladies associées, Frédéric Bizard, économiste de la santé et président fondateur de l'Institut Santé, et Agathe Landais, journaliste en charge de la santé à RTL.
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 14 septembre 2026.

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Transcription
00:0218h, 20h, RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix
00:09Mounjarro et Wegovi, deux noms désormais bien connus des personnes qui luttent contre l'obésité.
00:15Ces médicaments se sont révélés très efficaces.
00:18En France, ils sont remboursés depuis le 15 juin et les prescriptions s'envolent.
00:23Est-ce une bonne nouvelle ? Est-on en train de gagner la bataille contre cette maladie ?
00:27Est-ce que ce succès risque de plomber un peu plus les comptes de la sécu ?
00:31On pose la question dans la preuve par trois.
00:33Bonsoir Agathe Landais.
00:34Bonsoir Anne-Sophie, bonsoir à tous.
00:35Vous êtes notre spécialiste santé à la rédaction d'RTL.
00:38Vous pouvez nous rappeler précisément ce que sont ces traitements, comment ils fonctionnent ?
00:42Alors en France, deux médicaments sont remboursés.
00:44Il y a le Wegovi du laboratoire danois Novo Nordisk et le Mounjarro du laboratoire américain Lily.
00:50Ces deux traitements qui se présentent sous la forme de piqûres que les patients s'administrent eux-mêmes
00:54dans le ventre, dans la cuisse ou encore dans le bras.
00:57Ces médicaments vont mimer une hormone intestinale qui stimule la sécrétion d'insuline
01:02et petit à petit, ils agissent comme des coupes faim.
01:04Ils provoquent une sensation de satiété.
01:06Selon les études qui sont réalisées par les laboratoires,
01:10ces médicaments permettent aux patients de perdre jusqu'à 20% de leur masse corporelle.
01:13Donc ils sont très efficaces pour la perte de poids,
01:16même s'ils ont quand même quelques effets indésirables,
01:18notamment des nausées, des vomissements et des troubles intestinaux.
01:21Alors 86 000 boîtes remboursées en un mois et demi,
01:25c'est les chiffres qu'on nous a donné, c'est vraiment beaucoup.
01:27Combien de patients sont éligibles ?
01:29Alors en France, on compte 8 millions de personnes obèses,
01:32mais seule une toute petite partie est éligible au remboursement de ces piqûres.
01:36Ça ne concerne en fait que les personnes qui sont atteintes d'une obésité dite massive,
01:40c'est-à-dire celles qui ont un IMC, un indice de masse corporelle supérieur à 40.
01:44Ces traitements peuvent aussi être remboursés pour des personnes
01:47qui ont un IMC un petit peu plus faible, supérieur à 35,
01:50mais uniquement si elles ont eu aussi au moins une maladie chronique liée à leur obésité.
01:55En tout, ça représente à peu près un million de personnes éligibles au remboursement,
01:59selon le ministère de la Santé.
02:00Donc aujourd'hui, 86 000 boîtes remboursées,
02:03ça veut dire qu'il n'y a qu'une toute toute toute petite partie des éligibles
02:05qui a bénéficié des traitements remboursés.
02:07Alors jusqu'à mi-juin, on pouvait se faire prescrire ces médicaments,
02:10mais ils n'étaient pas remboursés, or ils coûtent cher.
02:13Exactement, il faut compter environ 300 euros la boîte de piqûres pour un mois de traitement.
02:17Donc il faut payer 300 euros tous les mois,
02:20sans aucun remboursement du côté de la Sécurité sociale.
02:22Ce prix, c'était donc un frein important pour un très très grand nombre de patients obèses.
02:27Depuis mi-juin, le remboursement est donc possible,
02:29mais encore faut-il trouver un médecin pour obtenir une ordonnance.
02:33Très peu de spécialistes sont habilités à délivrer une prime aux prescriptions.
02:36Le plus souvent, ça doit se faire dans des centres spécialisés dans l'obésité,
02:40à l'hôpital, où les délais d'attente sont très longs,
02:42et encore plus depuis que les traitements se sont remboursés.
02:45Merci Agathe Landais.
02:46On va aller voir à l'hôpital de la Salle Pétrière,
02:48au centre spécialisé en obésité,
02:50s'il y a eu aussi un vaste engouement pour ces traitements.
02:53Et nous sommes en ligne avec Judith Wisnewski-Aron,
02:56professeure de nutrition.
02:57Bonsoir.
02:59Bonsoir.
02:59Vous avez constaté à l'hôpital de la Salle Pétrière une ruée vers ces nouveaux traitements ?
03:05Ruée, ce n'est peut-être pas le terme,
03:06mais on a eu un afflux assez massif de demandes,
03:09multipliées par cinq dans notre centre,
03:11et en pratique, on prendra trois fois plus de patients
03:15qu'à la même période de l'an dernier,
03:17parce qu'ils ont les critères de sévérité
03:20qui nécessitent d'être pris dans un centre de troisième recours.
03:23Est-ce que c'est vraiment le remède miracle ?
03:26Non, il n'y a rien de miraculeux en médecine.
03:29En revanche, c'est une nouvelle solution thérapeutique pour l'obésité
03:33qui a apporté un très haut niveau de preuve
03:35et pour la réduction pondérale,
03:37mais surtout, et c'est ça qui est très intéressant avec ces nouveaux médicaments,
03:41c'est une amélioration des comorbidités de l'obésité
03:44ou des complications associées.
03:47Donc, une amélioration de la maladie hépatique liée à l'obésité,
03:50de l'apnée du sommeil, du diabète, des douleurs articulaires
03:54qui permettent une amélioration de la qualité de vie
03:57et puis surtout, une réduction des autres thérapeutiques,
04:00des comorbidités, de l'obésité.
04:02On a l'impression qu'il n'a que des qualités, ce médicament ?
04:04S'il est bien prescrit,
04:06si on fait attention aux règles de prescription
04:10et surtout aux règles de suivi,
04:12les gens sont toujours très contents de perdre vite
04:14et beaucoup, ce n'est pas ce qu'on attend avec ces médicaments.
04:16La perte de poil est maximale au bout d'un an.
04:19Donc oui, ils ont plein de bénéfices,
04:21mais le suivi est absolument nécessaire
04:23pour s'assurer en effet que les patients arrivent
04:25quand même à manger suffisamment
04:27pour ne pas se démutrir,
04:28ne pas perdre trop de poids,
04:30ce qui signerait une perte de masse musculaire trop importante
04:33ou des carences en vitamines.
04:35Et donc ça, c'est vraiment le rôle des prescripteurs
04:37et des médecins généralistes
04:39que d'assurer le suivi régulier de ces patients.
04:42Il y a aussi parmi les patients beaucoup d'enfants.
04:44Le traitement n'est pas remboursé pour eux ?
04:46C'est une erreur ?
04:48Il n'y a pas encore eu de demande de remboursement
04:50des laboratoires,
04:51mais il n'y a pas encore de recommandation nationale
04:54pour la prise en charge de l'obésité infantile
04:56sous médicament.
04:59Ça va être remédié
05:00puisqu'il y a des recommandations
05:02qui vont sortir en novembre prochain,
05:04promues par le GCC
05:06qui coordonne les centres spécialisés obésité.
05:09Et l'AMM de ces médicaments,
05:10c'est-à-dire l'autorisation de mise sur le marché,
05:12est déjà acquise pour certaines molécules
05:14à partir de 6 ans pour certaines et 12 ans pour d'autres
05:17dans des obésités évidemment très sévères.
05:20Est-ce qu'on est bien sûr que ce médicament n'est pas détourné
05:22par des gens qui voudraient juste perdre quelques kilos ?
05:24Si, il est bien possible qu'ils soient détournés,
05:28mais en tout cas pour ce qui concerne les obésités les plus sévères,
05:33le fait qu'il y ait un formulaire à remplir
05:36en plus de la prescription
05:37pour pouvoir bénéficier du remboursement,
05:39on s'assure à minima que c'est prescrit pour les bonnes personnes,
05:42mais il n'est pas impossible qu'avec les réseaux sociaux
05:46et l'apanage encore de la maigreur
05:49malgré l'évolution des mœurs
05:50vers moins de grossophobie
05:52et l'acceptation de son corps,
05:53il y a quand même des gens qui utilisent ce traitement
05:55en dehors des indications.
05:58Merci Judith Wisniewski-Aron.
06:00Alors le remède fonctionne, il est plébiscité,
06:02mais il coûte cher, on le disait tout à l'heure avec Agathe Landais.
06:04Est-ce que la sécu a les moyens de le rembourser ?
06:06Est-ce qu'à terme ce sera rentable grâce au recul de l'obésité ?
06:10Nous sommes avec Frédéric Bizarre,
06:12économiste de la santé et président fondateur de l'Institut Santé.
06:16Bonsoir.
06:17Bonsoir.
06:17On estime déjà qu'il y a eu 2 300 000 euros remboursés pour le Wegovi
06:22et 13 millions pour le Mounjaro.
06:23En 3 mois, la facture est donc déjà supérieure à 15 millions d'euros.
06:27Est-ce que c'est un coût supportable pour la sécu ?
06:31Les études montrent que c'est difficile de répondre à votre question.
06:35On a besoin d'un peu plus de recul que l'on a.
06:37Ce que l'on sait, c'est qu'il faut qu'il y ait un ciblage
06:40extrêmement strict sur les patients avec une obésité la plus forte.
06:45Donc ça a été dit, un IMC supérieur à 40 ou un IMC supérieur à 35,
06:51c'est-à-dire une obésité sévère avec des comorbidités.
06:54Ce qu'il faut savoir, c'est que ça coûte à peu près 2 à 3 000 euros
06:56à la sécurité sociale par an.
06:59La question, c'est que si vous ne dépensez pas ces 2 à 3 000 euros
07:03et que vous laissez ces patients qui sont à très haut risque de développer,
07:06ça a été dit par la médecin des maladies cardiovasculaires, du diabète,
07:13par exemple, on dépense 11 milliards d'euros de soins de diabète en France.
07:17Alors ce n'est pas lié qu'à l'obésité,
07:19mais on sait bien que l'obésité est un facteur de risque majeur.
07:21On dépense 1 milliard d'euros juste pour le matériel contre l'apnée du sommeil.
07:25Là aussi, il n'y a pas que l'obésité,
07:27mais on sait que l'obésité est un facteur de risque très important.
07:30Donc il ne faut pas se dire, entre 0 et 2 000 euros,
07:33est-ce que ça coûte très cher ?
07:34Est-ce que véritablement c'est soutenable pour l'assurance maladie dans la durée ?
07:38Encore une fois, les études, notamment à la Haute Autorité de Santé,
07:42montrent que c'est difficile de répondre à cette question
07:44parce qu'on raisonne en économie de la santé
07:46en matière d'années de vie qualitatives de gagnés.
07:51Et on ne gagne pas tellement en durée de vie,
07:54mais par rapport à une approche nutritionnelle, environnementale,
08:01mais on gagne en qualité de vie.
08:03Donc la France prend le pari que cette innovation va être rentable.
08:09Ça n'a pas été le cas des autres pays comparables.
08:11Je rappelle que si on prend l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne,
08:14il n'y a pas de remboursement.
08:16L'Angleterre rembourse.
08:17L'Angleterre, c'est intéressant parce qu'eux,
08:19ils sont très basés sur la notion économique,
08:22beaucoup plus que nous.
08:24Et en fait, ils ont plafonné à deux ans de prescription.
08:27Vous n'êtes plus remboursés au bout de deux ans.
08:28Parce que c'est un traitement à vie.
08:30On n'est pas guéri au bout d'un an.
08:32Oui, alors il faut savoir que les données montrent qu'au bout de deux ans,
08:3570% des patients l'abandonnent.
08:39C'est à l'échelle mondiale.
08:40Il faut faire attention parce que le gros du marché est aux États-Unis.
08:42Aux États-Unis, c'est un problème aussi financier.
08:44Parce que ça augmente vos primes d'assurance.
08:46Et donc, il y a un moment où beaucoup sont obligés d'arrêter.
08:49Mais il faut savoir qu'il y a des effets secondaires nausées et vomissements.
08:51Parce qu'en fait, c'est une question que ça remplace votre hormone naturelle.
08:57Et donc, vous avez un sentiment de satiété en permanence.
09:00Ce qui n'est pas forcément très agréable.
09:02Mais en tout cas, ça a été dit avant vous.
09:03Ce qui est absolument indispensable,
09:05c'est que pour que ça fonctionne durablement,
09:08il faut qu'il y ait un accompagnement.
09:10Et il faut véritablement qu'il y ait une prévention non médicamenteuse
09:15qui soit développée.
09:17Parce qu'il y a un adulte sur cinq qui est en obésité.
09:19Et ça coûte une vingtaine de milliards d'euros
09:21en coûts directs et coûts indirects à la société.
09:24Merci beaucoup Frédéric Bizarre.
09:25Merci à vous trois.
09:26C'était La Preuve Parton.
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