00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:04La suite à 13h32 d'Europe 1 Info avec Lélie Mathias et ses deux débatteurs avec nous ce vendredi.
00:09Gilles-William Golnadel, avocat et essayiste, et Raphaël Steinville, directeur adjoint de la rédaction du JDD.
00:15On va parler forcément d'économie.
00:17Vous avez vu que le ministre de l'économie a reconnu ce matin qu'on n'y arriverait pas, qu
00:21'on ne tiendrait pas les 5% du déficit.
00:24Les chiffres sont catastrophiques quasiment, que ce soit pour la croissance, pour le chômage, pour le pouvoir d'achat.
00:31Et évidemment à 8 mois d'une présidentielle, chaque candidat y va de ses propositions économiques.
00:36Vous avez vu Jean-Luc Mélenchon qui lui propose carrément d'annuler une partie de la dette française.
00:42Eh bien écoutez ce que le gouvernement de la Banque de France, Emmanuel Moulin, lui a répondu ce matin sur
00:47RTL.
00:47C'est une solution qui est à la fois illégale, qui est dangereuse et qui est inutile.
00:53Elle est illégale parce qu'elle est contraire au traité.
00:55Ce sont des traités que nous avons signés, que nous avons ratifiés, qui ont été ratifiés par référendum par le
01:01peuple français.
01:02La zone euro c'est une copropriété.
01:03Donc si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire « les amis, vous
01:07allez sortir ».
01:08Mais je pense qu'aujourd'hui c'est une solution dangereuse parce qu'elle crée évidemment de l'inflation.
01:15On va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés.
01:18On va payer des taux d'intérêt beaucoup plus forts et ça va être préjudiciable pour les Français.
01:22Et donc c'est dangereux et c'est inutile parce que vous réduisez de 500 milliards la dette de l
01:27'État,
01:28mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards.
01:30Est-ce que franchement on a beaucoup avancé ?
01:32Et ça ne libère pas des marges de manœuvre, ça ne réduit pas le déficit budgétaire.
01:36Raphaël Staville, je voulais en parler parce que c'est quand même assez rare que le patron d'une grande
01:39institution publique
01:40rentre dans le débat comme ça et fasse un commentaire sur une proposition d'un candidat.
01:46Oui mais je comprends votre étonnement, mais pour autant moi j'ai une lecture qui ne sera pas économique.
01:55Pourquoi Emmanuel Moulin a été nommé à la Banque de France sachant qu'il était jusqu'à présent à l
02:01'Élysée ?
02:02C'est précisément pour pouvoir s'inviter dans la campagne et donner des bons ou des mauvais points aux candidats
02:10et notamment à ceux qui déplaisent, à tous ceux qui voudraient s'inscrire dans la filiation d'Emmanuel Macron.
02:19C'est pour ça que, même s'il a probablement raison d'un point de vue économique,
02:23l'idée que d'un point de vue politique il puisse avoir un jugement sur ce que tel ou tel
02:28candidat préconise pour la France
02:30me semble délicat parce que c'était précisément les raisons, les réticences
02:37que de nombreuses personnalités à droite et à gauche ont émises
02:42lorsque ce poste lui a été proposé.
02:45Sa proximité avec Emmanuel Macron, sa proximité avec le bloc central
02:49finalement décrédibilise sa parole dans le débat public.
02:55Moi, c'est ce que je relève, c'est qu'il arrive sitôt dans la campagne à exprimer ses réserves
03:01et encore une fois, elles sont probablement justes, elles sont probablement exactes.
03:05Mais ce n'est pas lui de le dire, c'est ça, en fait, ce que vous dites ?
03:07En fait, je pense qu'elles perdent de leur effet parce que le soupçon de proximité avec le pouvoir
03:13rend presque inefficace son argumentaire.
03:15Alors, Christine Lagarde, aussi, la présidente de la BCE, la Banque Centrale Européenne, a réagi.
03:19Il a dit, annuler la dette française se constituerait une violation pure du traité sur l'Union Européenne.
03:25Et Jean-Luc Mélenchon a réagi, lui aussi, sur X.
03:28Il dit, le banquier central français ment en diffusant de fausses informations.
03:33J. William Golnadel.
03:35Écoutez, moi, je pense que c'est la réponse de M. Moulin,
03:40quelle que soit ses motivations, est évidente.
03:43C'est évidente.
03:44C'est une méthode de carambouilleur que de vouloir nier une dette d'État.
03:51Et les explications qu'il donne, moi qui ne suis pas un très grand économiste, j'aurais pu les donner.
03:57Moi, j'ai coutume de dire que la gauche aime tellement les pauvres qu'elle les multiplie.
04:03Voilà.
04:04Mais c'est vrai, quand vous regardez autour de vous, quand la gauche est au pouvoir,
04:11l'extrême-gauche, la gauche c'est encore autre chose, M. Hollande n'a pas ruiné le pays, il ne
04:18faut pas exagérer,
04:19mais l'extrême-gauche, à la manière de Chavez, à la manière de Fidel Castro,
04:25lorsqu'elle est au pouvoir, c'est une catastrophe terrible.
04:30Donc là, monsieur, c'est un procédé démagogique auquel il ne croit même pas lui-même,
04:38mais il pense avec raison qu'il y a des tas de Français qui ont été tellement décérébrés par le
04:46socialisme.
04:47Même les Français de droite ont quelquefois une attitude d'assister,
04:53comprend qu'on puisse faire la grève dans les transports publics,
04:56et puis marchent comme tout le monde, ces 30 ans ou 40 ans de décérébration socialiste
05:01fait que même les Français de droite ont accepté le quoi qu'il en coûte.
05:06Ce qui a permis à M. Macron d'être élu, d'ailleurs.
05:09Alors, pour continuer sur ce que disait Raphaël Steinville, Gilles-William-Golnadel,
05:13est-ce que c'est à Emmanuel Moulin de répondre et de commenter cette proposition de Jean-Luc Mélenchon ?
05:20Non mais attendez, je ne sais pas où il était quand il a répondu ça,
05:24j'ai ma signe qu'il était dans une maison.
05:26RTL ?
05:26Bon, il était à RTL, on lui pose une question,
05:28dès l'instant où on l'invite, il donne la réponse, ça ne me choque pas.
05:31Ça ne vous choque pas, contrairement à vous, Raphaël Steinville ?
05:33Non, mais il dit que ce n'est pas crédible, c'est tout.
05:36Non, mais moi, je ne dis pas...
05:37Il dit que c'est teinté d'une arrière-pensée politique.
05:40Oui, bien sûr qu'il y a une arrière-pensée politique.
05:42Et je dirais même, dans l'argumentaire développé par M. Boulin,
05:45il y a quelque chose qui me choque.
05:46C'est-à-dire qu'il y a une fétichisation des traités européens,
05:52comme si finalement, rien n'était possible que dans le cadre de ces traités.
05:57Moi, je pense que parfois, il faut pouvoir imaginer
06:00que d'autres solutions puissent exister.
06:03Encore une fois, je ne dis pas qu'il faut sortir de l'Europe,
06:05de l'Union européenne,
06:06mais le fait est que de brandir nos engagements européens
06:12pour rendre finalement impossible toute possibilité
06:15de peut-être imaginer une solution pour se désendetter.
06:18Je connais toutes les réponses qui me seront opposées.
06:21Le fait que la crédibilité de la parole de la France serait engagée.
06:25Mais le fait est...
06:26C'est technique, c'est pas politique.
06:28Encore une fois, je vous dis que...
06:29Mais on ne va pas sortir demain matin de l'Europe.
06:31Non, mais en fait, on ne doit pas s'interdire par ailleurs
06:33des solutions alternatives.
06:34Ça, c'est autre chose.
06:35On ne doit pas forcément être celles du cadre européen.
06:38Je ne sais pas, c'est autre chose.
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