00:01Je pense que la stigmatisation de l'IVG dans notre pays, qui l'a constitutionnisé et qui est le premier
00:06au monde à l'avoir fait,
00:08n'est plus un souci, d'autant que les praticiens, les sages-femmes qui pratiquent les IVG ont toujours connu
00:15depuis leur naissance un pays qui avait légalisé depuis fort longtemps l'IVG.
00:19Donc la stigmatisation en dehors de cas particuliers, j'allais dire, de gens qui dérapent, qui sont exceptionnels, n'existe
00:29pas.
00:29Et je pense que la lutte contre la stigmatisation dans notre pays est terminée.
00:35Par contre, l'accès souffre également de la difficulté de fonctionnement des hôpitaux.
00:43Il y a moins de maternité, il y a moins d'hôpitaux.
00:46Ça ne nous a pas échappé que les hôpitaux vont mal.
00:48Et heureusement pour l'IVG, une bonne partie des IVG ont lieu de manière ambulatoire, sans avoir besoin d'un
00:56hôpital,
00:57auprès d'un médecin, auprès d'une sage-femme installée.
01:00Et ça, ça sauve un tout petit peu la mise de l'IVG.
01:03Je pense que ce qui serait bien au ministère de la Santé, c'est de donner les moyens aux hôpitaux
01:10de faire les IVG en urgence.
01:11Une femme qui demande le lundi, son IVG devrait pouvoir être faite dans la semaine.
01:15Et certains hôpitaux n'ont pas les moyens de faire cela.
01:18Il faut les repérer et leur donner des moyens.
01:20Ça, ce serait une bonne mesure.
01:22En revanche, allonger le délai, dire aux femmes, écoutez, on ne peut pas vous prendre tout de suite,
01:27mais on va vous prendre dans cinq semaines, rassurez-vous.
01:29On a rallongé le délai, c'est une vraie tromperie pour les femmes.
01:32Qu'est-ce que ça fait concrètement, professeur, d'allonger le délai ?
01:38Donc, ça veut dire que l'embryon, le fœtus, l'enfant, évidemment, grandit.
01:43Quelle est la différence, par exemple, entre 14 et 16 semaines ?
01:48Aujourd'hui, on est à 16 semaines d'aménorée.
01:51Et une IVG à 16 semaines, c'est un geste qui, quand il est fait de manière chirurgicale,
01:58est difficile et dangereux pour la femme, et difficile et dangereux pour celui qui réalise le geste.
02:04Et donc, plus la grossesse est avancée, plus il y a des risques.
02:09La littérature médicale est très claire là-dessus.
02:12Donc, je ne comprends pas la demande d'allongement du délai,
02:17d'autant que dans la loi de 1975, nous avons un alinéa qui s'appelle l'IMG.
02:24L'IMG n'a pas de délai.
02:26L'interruption médicale de grossesse.
02:29Interruption médicale de grossesse.
02:31Il n'y a pas de délai.
02:32Et donc, on peut faire, dans notre pays, et par chance,
02:36une interruption de grossesse après s'être concertée entre médecins,
02:41quel que soit l'âge gestationnel.
02:43Donc, je ne vois pas l'intérêt d'allonger le délai,
02:45si ce n'est d'entraîner un effet de marge,
02:48et de repousser pour plus loin un certain nombre d'IVG qui auraient pu être faits plus tôt.
02:54Ce n'est pas dans l'intérêt des femmes.
02:55Le ministère de la Santé pointe trois pays,
02:58les Pays-Bas, l'Espagne et le Royaume-Uni,
03:00comme étant des pays, j'allais dire, plus facilitateurs de l'IVG.
03:05Je crois savoir, professeur, mais je parle sous votre contrôle,
03:07qu'au Royaume-Uni, c'est 24 semaines.
03:09Est-ce que le but, c'est de se rapprocher de ce type de délai ici en France ?
03:16Je ne vais pas parler du but des militants,
03:18parce que les militants qui ont demandé 16 semaines,
03:22à peine 16 semaines obtenues, disaient qu'on va demander 18 semaines.
03:25Et donc, il s'agit d'une stratégie de militants.
03:29Je ne sais pas quel est leur but.
03:32Si l'intérêt, c'est de parler de la santé des femmes,
03:35et en particulier de la santé sexuelle,
03:38plus une IVG est faite tôt, mieux ça vaut.
03:41Plus l'accès aux structures qui réalisent des IVG est facile, mieux ça vaut.
03:48Moins les femmes ont de difficultés à être prises en charge, mieux ça vaut.
03:52Et donc, il faut aller dans ce sens, et non pas faire en sorte que la moyenne des IVG,
03:57la moyenne à laquelle on réalise les IVG, s'allonge, parce que ça, ce n'est pas dans l'intérêt
04:03des femmes.
04:03Et de même, cette volonté de suppression de la clause de conscience spécifique à l'IVG,
04:08qu'est-ce que vous dites ?
04:11Alors, cette clause de conscience spécifique a un alinéa qui prévoit que si un médecin ou une sage-femme
04:17fait valoir pour lui-même une clause de conscience,
04:20il est obligé, séance tenante, d'amener la femme vers quelqu'un qui réalisera l'IVG.
04:27Cette alinéa n'est pas dans la clause de conscience générale.
04:32Et bien sûr, si on supprimait la clause de conscience spécifique à l'IVG,
04:37il ne faudrait pas que ce soit au détriment des femmes.
04:41Dans le temps, certains médecins conduisaient les femmes, les faisaient attendre,
04:46et une fois qu'elles étaient hors du délai, leur disaient « maintenant, c'est trop tard ».
04:50Ceci n'existe plus, et la clause de conscience avait juste un intérêt,
04:56c'était d'éviter ce genre de choses.
04:59Si on supprime ce doublon de la clause de conscience pour banaliser encore plus l'IVG,
05:05il ne faut pas oublier l'intérêt des femmes,
05:08c'est-à-dire rajouter dans le Code de la santé publique l'alinéa.
05:12Quand on fait valoir la clause de conscience,
05:15on ne néglige pas le fait que la femme doit trouver une adresse
05:19où se rendre et où elle sera prise en charge.
05:21C'est parfaitement clair.
05:22Merci beaucoup, professeur Israël Nizan, d'avoir été.
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