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[#Reportage] Universités : des bâtiments flambant neufs, mais quelle dignité pour des enseignants sans salaires ?

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Transcription
00:05A quelques heures de l'inauguration, le visage de l'enseignement supérieur est en pleine transformation.
00:12Ici, à l'université Omar Bongo, les ouvriers s'affrêtent.
00:17Dernier coup de pinceau, dernier réglage, derniers travaux avant l'arrivée du chef de l'État.
00:23A l'université Omar Bongo, plusieurs bâtiments ont été réhabilités ou construits.
00:28Le restaurant universitaire est en pleine rénovation.
00:32Un nouveau pôle pédagogique vient renforcer les capacités d'accueil avec 8 amphithéâtres pouvant recevoir jusqu'à 1200 étudiants.
00:40Un peu plus loin, un auditorium flambant neuf a également vu le jour.
00:45Et au Cap Esterias, c'est une véritable cité universitaire qui sort de terre.
00:50Un vaste complexe appelé notamment à accueillir l'Université des sciences de l'éducation, ancien ENS,
00:56ainsi que l'Institut supérieur de technologie.
00:59Ces travaux s'inscrivent dans une volonté de rattraper plusieurs années de retard en matière d'infrastructures universitaires.
01:06À l'UOB comme au Cap Esterias, mais aussi à l'INSG, ainsi qu'à l'IST ou encore à
01:13Masuku, le décor change.
01:15Mais derrière ces murs neufs, derrière ces amphithéâtres flambant neufs et ces bureaux fraîchement emménagés,
01:21une autre réalité demeure, car une université, ce ne sont pas seulement des bâtiments.
01:27Ce sont aussi des femmes et des hommes, des enseignants devant les tableaux, des chercheurs dans les laboratoires, des encadreurs
01:34auprès des étudiants.
01:35Pourtant, plusieurs jeunes enseignants-chercheurs gabonais restent toujours dans l'attente d'un poste budgétaire, d'un matricule et surtout
01:44d'une véritable situation administrative.
01:46Une situation qui, pour certains, dure depuis près de trois ans.
01:51Comment construire l'université de demain lorsque ceux qui doivent la faire vivre sont eux-mêmes dans l'incertitude ?
01:58C'est le paradoxe que vivent aujourd'hui plusieurs jeunes enseignants-chercheurs auprès de qui nous sommes allés recueillir des
02:04témoignages.
02:05Nous qui avons été recrutés depuis 2024, toutes les personnes recrutées depuis l'année 2024, n'ont pas eu leur
02:11situation administrative réglée,
02:15comme ça devait se faire selon la commission tripartite que nous avons tenue en 2000, cette année, au courant de
02:22cette année, en février 2026.
02:24Et donc aujourd'hui, on se retrouve avec les recrutements des universités du Gabon de 2024, de 2025 et de
02:322026, dont les situations ne sont pas réglées.
02:35Le pire dans tout ça, c'est que nous exerçons depuis des années et nous ne percevons aucun revenu.
02:42En février 2026, une commission tripartite réunissant les ministères de l'économie, de l'enseignement supérieur et des représentants des
02:50enseignants
02:50avaient pourtant acté le versement des prêts salaires aux enseignants et enseignants-chercheurs en activité.
02:56Mais plusieurs d'entre eux affirment qu'à ce jour, la situation n'est toujours pas régularisée.
03:02Des dossiers auraient été égarés, des noms auraient disparu de certaines listes,
03:06certains candidats ont dû reconstituer leurs pièces.
03:09Pendant ce temps, les cours continuent.
03:12Les dossiers à l'avancement au niveau de la fonction publique n'est pas toujours effectifs
03:18et même les prêts salaires qui pourraient amener à ce que les enseignants-chercheurs qui exercent déjà
03:26et qui sont en attente de mise en solde puissent vivre de façon assez normale ne sont toujours pas effectifs.
03:34Et derrière les chiffres et les procédures administratives, il y a surtout des vies, des familles, des années d'études,
03:42des sacrifices.
03:44Le parcours du docteur Charlène Bivegué à Soumou en est une illustration particulièrement forte.
03:50Cette enseignante-chercheuse aurait pu poursuivre sa carrière en France.
03:54Elle y disposait d'un CDI.
03:56Mais elle a fait le choix de rentrer au Gabon, porté notamment par l'appel lancé aux compatriotes de l
04:02'étranger
04:02pour venir contribuer au développement du pays.
04:05Après l'obtention de mon doctorat, j'ai enseigné plusieurs années en France.
04:11J'ai pu obtenir un CDI dans l'enseignement.
04:14Et après le coup de la libération, le président de la République ayant demandé à tous les chercheurs,
04:20les enseignants, les docteurs de rentrée pour pouvoir venir au Gabon assurer la formation des jeunes Gabonais.
04:28À son retour, elle pensait pouvoir mettre son expertise au service de l'université gabonaise.
04:33Mais l'attente s'est installée.
04:37Mais depuis que je suis arrivée, la situation est assez compliquée.
04:42Et la lecture de la situation n'est pas aussi très claire.
04:45Malgré l'avis favorable, nous n'avions pas déjà la possibilité d'assurer des cours.
04:52Nous n'avions pas la possibilité non plus de faire réellement avancer nos dossiers au ministère de l'enseignement supérieur.
05:02Et on a eu même des difficultés pour signer, ne fût-ce que la prise de service et la présence
05:06au poste.
05:07Une attente qui finit par peser, car derrière le titre de docteur se cache une réalité beaucoup plus ordinaire.
05:15C'est une personne qui doit se loger, se déplacer, nourrir sa famille et préparer son avenir.
05:22Pourtant, malgré cette situation, ces enseignants-chercheurs ne parlent pas de renoncement.
05:28Ils parlent encore d'espoir.
05:30Pour un scientifique, ne pas pouvoir exercer, pour un enseignant, ne pas pouvoir exercer, c'est un peu comme mourir.
05:36Donc je ne pourrais pas dire que je me sens flouée, mais je dirais simplement que la situation est en
05:43train de nous tuer à petit feu.
05:45Ce que le monsieur le président fait actuellement montre clairement l'importance qu'a l'éducation de façon générale et
05:52donc l'enseignement supérieur de façon particulière dans son ambition et son projet pour la société.
06:01Cependant, comme on le disait tantôt, c'est que c'est bien les bâtiments, mais il faut des personnes qui
06:07font vivre ces bâtiments.
06:09Et notamment, on parlera ici d'étudiants, c'est bien, mais en même temps, ceux qui sont censés guider et
06:16encadrer ces étudiants-là, donc les enseignants-chercheurs.
06:18Ils espèrent toujours que la volonté affichée de réformer l'enseignement supérieur permettra aussi de régler définitivement la question des
06:26ressources humaines.
06:27Il faut dire aussi que le côté infrastructurel, s'il est bien pensé ou s'il y a autant d
06:35'énergie là-dedans, il faudrait pouvoir mettre aussi de l'énergie dans le capital humain.
06:40Je pense que le chef de l'État, ce qu'il fait pour la jeunesse gabonaise et pour l'école
06:45gabonaise et l'université gabonaise est très intéressant.
06:47Il faudrait bien entendu attirer son attention sur la gestion du personnel humain, la situation administrative des dossiers et bien
06:55entendu le caractère pécunier, donc la question des salaires.
06:59Je pense qu'à ce niveau, il y a beaucoup à faire et il faudrait peut-être écouter les acteurs
07:04de ce secteur, je pense.
07:15Docteur Herbert Mbahaki, Docteur Bojoncio Ono, Docteur Charlène Divegué, Docteur Yvan Tomba et tous ces jeunes docteurs qui attendent la
07:25régularisation ont finalement la même demande.
07:28Être reconnus à la hauteur du travail qu'ils accomplissent déjà.
07:32À la veille de l'inauguration de ces nouveaux édifices, la question revient avec insistance.
07:38Que deviendront ces amphithéâtres demain ?
07:41Qui enseignera ? Qui encadrera les étudiants ?
07:45Qui fera vivre les laboratoires, les filières et les programmes ?
07:48Ils ne demandent pas seulement un poste, ils demandent que leurs années d'études, leurs expertises et leur engagement soient
07:55considérés.
07:56Trois ans d'attente pour certains, trois ans à enseigner dans l'incertitude,
08:00Trois ans à construire l'avenir des autres, sans toujours savoir ce que sera le leur.
08:06Et cette inquiétude se résume en une phrase.
08:09Docteur à 30 ans, en service à 31 ans, intégré à 40 ans, qui leur rendra 16 années ?
08:16Mais l'université ne se résume pas au béton.
08:19Elle a besoin de professeurs, de chercheurs, d'encadreurs et de personnels qualifiés pour transmettre le savoir.
08:25À l'heure où des nouveaux bâtiments s'apprêtent à ouvrir leurs portes, le défi est donc désormais double.
08:32Construire les universités, mais aussi donner à ceux qui les font vivre les moyens d'y travailler dignement.
08:38Parce qu'un amphithéâtre peut être neuf, un auditorium peut être flambant neuf,
08:43un campus peut être entièrement rénové,
08:46mais sans enseignants pour transmettre le savoir, il reste simplement un bâtiment.
08:50Sous-titrage Société Radio-Canada

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