00:00Face à une université au Marbongo, au bord de la saturation, le Syndicat national des enseignants-chercheurs, section UOB, propose
00:08de porter les frais d'inscription entre 50 000 et 100 000 francs CFA afin de générer de nouvelles ressources
00:14propres.
00:14Dans un article consacré à cette proposition, Gabon Review rapporte que l'établissement accueille déjà quelques 18 000 étudiants pour
00:21seulement 8 000 places assises et pourrait franchir la barre de 30 000 inscrits en 2026-2027.
00:28Le diagnostic est préoccupant et d'urgence incontestable, mais la solution interroge, après des décennies de sous-investissement public, est
00:36-ce vraiment aux étudiants et à leurs familles de financer le rattrapage infrastructurel de la première université du pays ?
00:42Le constat dressé par le SNEC UOB et relayé par notre confrère Gabon Review est difficilement contestable.
00:48À quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, l'établissement pourrait devoir absorber un afflux considérable de nouveaux étudiants,
00:56alors même que ses capacités d'accueil sont déjà dépassées.
01:00Selon le syndicat, l'université Omar Bongo compterait actuellement 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises,
01:06soit un taux d'occupation théorique de 225%.
01:09Avec près de 15 000 nouveaux bacheliers susceptibles d'entrer dans l'enseignement supérieur et le retour annoncé de certains
01:16étudiants gabonais,
01:17jusque-là inscrits en France, la situation pourrait rapidement devenir intenable.
01:21Le SNEC UOB a donc raison lorsqu'il prévient, cité par Gabon Review, que l'heure n'est plus aux
01:27demi-mesures, mais à l'action d'urgence.
01:29Mais encore faut-il déterminer qui doit supporter financièrement cette urgence,
01:33car l'université publique n'est pas arrivée à saturation en quelques mois.
01:37Le même article rapporte qu'aucun nouveau bâtiment n'a été construit sur le campus depuis 1995.
01:43Si cette donnée est confirmée, elle change profondément la lecture du problème.
01:47Ce ne sont pas les étudiants qui ont sous-investi dans l'UOB pendant 30 ans.
01:51Ce ne sont pas davantage leurs parents qui ont laissé des amphithéâtres se dégrader ou des chantiers universitaires s'enliser.
01:58La proposition du SNEC UOB possède sur le papier une cohérence financière.
02:02En portant les droits d'inscription entre 50 000 et 100 000 francs CFA,
02:05et en retenant une moyenne de 70 000 francs CFA pour 30 000 étudiants,
02:09l'université pourrait mobiliser environ 2,1 milliards de francs CFA par an.
02:15Gabon Review souligne que cette somme représenterait plus de 55 % du budget actuel de l'établissement.
02:21Dans une université exsangue, une telle recette n'est évidemment pas négligeable.
02:25Mais la démonstration comptable ne suffit pas à épuiser le débat social.
02:30Une inscription à 70 000 francs CFA peut sembler relativement modeste,
02:33considérée depuis un bureau administratif.
02:36Elle l'est beaucoup moins pour une famille qui doit simultanément supporter le transport,
02:41le logement, la restauration, les fournitures, la connexion Internet et parfois plusieurs enfants scolarisés.
02:48Additionner ces dépenses constitue déjà une barrière silencieuse à l'accès aux études supérieures.
02:53Augmenter les frais sans disposer préalablement d'un mécanisme social robuste pourrait donc
02:58sélectionner les étudiants non sur leur capacité académique, mais sur les revenus de leurs parents.
03:04Le SNEC-UOB anticipe cette objection en proposant des bourses fondées sur des critères sociaux.
03:09L'idée mérite d'être étudiée, mais avant d'augmenter les frais, encore faudrait-il préciser
03:13qui bénéficiera de ces exonérations, selon quels critères, à partir de quels financements
03:17et avec quelle garantie de versement.
03:19Dans un pays où les difficultés liées aux bourses étudiantes alimentent régulièrement
03:23les tensions, la protection des plus modestes ne saurait être une promesse accessoire venant
03:28après l'augmentation.
03:29Elle doit constituer une condition préalable à toute réforme.
03:33Un autre élément rapporté par Gabon Review mérite davantage d'attention que la seule
03:38augmentation des inscriptions.
03:40Le SNEC-UOB évoque un bloc pédagogico-administratif financé à hauteur de 3 milliards de francs CFA,
03:47dont le chantier serait aujourd'hui à l'arrêt.
03:49Le syndicat réclame un audit et sa livraison dès septembre 2026, ce qui permettrait d'ajouter
03:54environ 800 places aux capacités existantes.
03:58Voilà précisément le type de dossier sur lequel les pouvoirs publics devraient commencer
04:01par rendre des comptes avant de demander plusieurs dizaines de milliers de francs CFA supplémentaires
04:07à chaque étudiant où sont passés les 3 milliards déjà mobilisés.
04:10Quel était le calendrier contractuel du chantier ? Quelle entreprise en avait la charge ? Combien
04:15a effectivement été décaissé ? Pourquoi ?
04:17Les travaux sont-ils arrêtés ? Existe-t-il des pénalités de retard ? Et surtout, qui
04:22répond de cette situation ? Ce sont ces questions que la transparence budgétaire impose.
04:27Car demander aux étudiants de financer demain les infrastructures que des investissements
04:31publics antérieurs n'ont pas réussi à livrer reviendraient à déplacer le problème
04:35plutôt qu'à le résoudre.
04:36Le SNEC-UOB réclame lui-même que chaque franc issu des inscriptions des étudiants fasse
04:41l'objet d'une traçabilité absolue.
04:43Excellente exigence, mais cette traçabilité devrait également s'appliquer aux milliards
04:47déjà engagés par l'État.
04:49La transparence ne peut commencer aux premiers francs payés par l'étudiant et s'arrêter
04:53devant les dépenses publiques antérieures.
04:55Le dispositif proposé prévoit que 75% des nouvelles recettes soient affectées aux
04:59infrastructures et laboratoires et 25% au fonctionnement.
05:04Le syndicat suggère également un compte d'affectation spécial placé sous le contrôle du conseil
05:08d'administration.
05:09Cette architecture traite une volonté de sécuriser les fonds, mais elle devra être accompagnée
05:14d'un mécanisme beaucoup plus exigeant.
05:16Publication annuelle des recettes, dépenses détaillées, marchés engagés, entreprises
05:21attributaires, taux d'exécution des travaux et audits indépendants.
05:25L'enjeu dépasse d'ailleurs les seuls frais d'inscription.
05:27Le SNEC-UOB propose de diversifier les ressources grâce aux mécénats, à la valorisation des
05:32espaces universitaires, aux études et aux audits réalisés pour l'État ou encore à
05:37des filières d'excellence financées par de grandes entreprises.
05:40C'est probablement là que réside la partie la plus intéressante de sa réflexion.
05:43Une université moderne doit effectivement être capable de générer des ressources
05:47propres sans transformer systématiquement ses étudiants en variables d'ajustement
05:51budgétaire.
05:52Recherche contractuelle, formation continue, partenariat industriel, expertise, valorisation
05:58scientifique et mécénat offrent des pistes autrement plus structurelles.
06:02Le débat doit surtout éviter un piège, faire de l'autonomie financière de l'UOB,
06:07le paravent d'un désengagement progressif de l'État.
06:09L'université Omar Bongo demeure un instrument stratégique de formation du capital humain
06:13gabonais.
06:14Former des juristes, économistes, sociologues, historiens, géographes ou spécialistes des
06:19sciences humaines n'est pas seulement rendre un service individuel à ceux qui
06:23s'inscrivent à l'université.
06:24C'est préparer les compétences dont l'administration, les entreprises et la nation auront besoin
06:30demain.
06:30Le gouvernement devrait donc répondre au SNEC UOB par davantage qu'un arbitrage sur
06:36le montant des inscriptions.
06:37Il lui revient de présenter un véritable plan pluriannuel de remise à niveau de l'UOB,
06:42capacité d'accueil nécessaire à 5 et 10 ans, nouveaux amphithéâtres, réhabilitation
06:47des bâtiments, laboratoire, bibliothèque, numérique, logement universitaire, restauration,
06:52sécurité et financement durable.
06:54Sans cela, les 2,1 milliards espérés grâce aux inscriptions ne feront que repousser une
06:59échéance devenue structurelle.
07:01La proposition du SNEC UOB a au moins un mérite.
07:03Elle oblige le Gabon à regarder en face l'état de sa principale université publique
07:08et son avertissement rapporté par Gabon Review est juste.
07:11Le redressement de l'université au Marbongo ne se fera pas avec des solutions de court terme.
07:16C'est précisément pourquoi l'augmentation des freins d'inscription ne peut constituer
07:20à elle seule une politique universitaire.
07:23Il faut donc renverser la question.
07:25Le problème n'est pas seulement de savoir combien un étudiant doit payer pour entrer
07:29à l'UOB, il est de savoir combien la République est prête à investir pour qu'il puisse y
07:34étudier dignement.
07:35Si 30 000 jeunes doivent demain se partager des infrastructures dimensionnées pour une
07:39fraction de cet effectif, aucune hausse tarifaire ne remplacera les décisions d'investissement
07:44que l'État aurait dû anticiper.
07:46Faire contribuer davantage les établissements, les entreprises et, dans certaines proportions
07:51socialement supportables, les usagers peuvent faire partie du débat.
07:55Mais commencer par la poche des étudiants sans solder la question des investissements
07:58publics, inachevé, reviendra à présenter la facture de sous-investissement à ceux qui
08:03en sont déjà les premières victimes.
08:05L'UOB a effectivement besoin d'argent, elle a surtout besoin que l'État assume
08:09enfin ce qu'une université publique représente.
08:12Non pas une charge budgétaire à répartir, mais un investissement national à protéger.
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