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  • il y a 1 semaine
Serons-nous bientôt dépendants de la Chine et des Etats-Unis pour nous soigner ? Sommes-nous déjà dépassés dans la course à l'IA ? Le prix Nobel d'économie Jean Tirole détaille dans un livre les leviers que la France peut activer pour éviter le déclassement dans un monde en plein bouleversement. Il est l'invité de Céline Landreau à 7h40 dans RTL Matin.
Jean Tirole publie avec Karine Van der Straeten de "Économie du désordre mondial - Comment la géopolitique a tout changé" (Albin Michel)
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 10 septembre 2026.

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Transcription
00:04Et l'invité d'RTL Matin à 7h44, comment revenir dans la course ?
00:09C'est la question qui s'impose à une Europe qui semble aujourd'hui dépassée.
00:12Bonjour Jean Tirole.
00:13Bonjour.
00:14Après Nobel d'économie 2014, vous publiez avec Karine van der Straten
00:17« Économie du désordre mondial », c'est chez Albin Michel Puff.
00:21Et vous nous emmenez dans la savane.
00:24Savane où nous, les Européens, sommes des zèbres, cible idéale des lions
00:28que sont aujourd'hui les Etats-Unis et la Chine,
00:30et voué, vous nous le dites, si nous ne réagissons pas très vite, à être dévoré.
00:35Tout à fait.
00:36Dans ce livre avec Karine van der Straten, nous insistons sur la perte de compétitivité.
00:42On parlait de l'Allemagne il y a quelques minutes.
00:44La perte de compétitivité de l'Europe due à des choix technologiques qui n'étaient pas optimaux.
00:50Donc ce qui s'est passé, c'est qu'on a investi beaucoup dans ce qu'on appelle le mid
00:54-tech,
00:54c'est-à-dire des technologies intermédiaires, comme l'automobile.
00:58C'est ça, François Lambert en parlait à l'instant.
01:00On a misé sur la voiture, là où les autres prenaient des longueurs d'avance avec l'intelligence artificielle, par
01:04exemple.
01:05Exactement.
01:05Donc un tiers de l'ARD européenne, en fait, privée, concerne l'automobile.
01:12Alors que les Américains, c'est 85% dans la tech.
01:16Donc ça veut dire qu'on est en retard dans l'IA, très en retard.
01:21On espère que Mistral va rattraper ce retard.
01:24Dans les biotechs qui sont maintenant entièrement chinoises et américaines.
01:29Vous parlez de Mistral, entreprise trécolore.
01:31Le ministre de l'économie, Roland Lescure, dit
01:33« Si l'IA européenne se résume à Mistral, on est fichu ».
01:37C'est le même sentiment pour vous ?
01:39Oui, il y a une chaîne de valeur.
01:41Donc il faut être présent sur cette chaîne de valeur.
01:43Et nous sommes absents pratiquement partout.
01:45Dans les semi-conducteurs, par exemple.
01:47Il y a toute une série d'investissements à faire que nous n'avons pas fait.
01:51Donc on s'est concentré sur des emplois qui sont facilement remplaçables,
01:56où la concurrence se fait sur les coûts, les coûts salariaux, les coûts de l'énergie,
02:00où on n'a pas un grand avantage en Europe.
02:03Et on se trouve dans une situation où finalement,
02:05cette tech qui est très importante pour le pouvoir d'achat,
02:08mais aussi pour l'indépendance de nos pays, est manquante.
02:13L'intelligence artificielle, menace de mort pour l'humanité.
02:18C'est ce que disait Jacob Coxon,
02:20chercheur qui a travaillé dans les maisons-mères de Chajipiti et de Claude,
02:23qui assure que ces systèmes pourraient nous tuer demain, d'ici la fin de la décennie.
02:28Vous êtes inquiet ? Vous y croyez à cette menace-là ?
02:30Alors, la réponse est oui, mais attention.
02:34Ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas faire de l'IA.
02:37En fait, on doit la réguler.
02:38Et pour l'instant, on ne va pas la réguler,
02:40puisque l'IA se passe dans deux pays, la Chine et les Etats-Unis,
02:44qui n'ont pas d'intérêt à réguler l'IA.
02:46Et donc, si nous, on n'est pas à la table des négociations,
02:50il n'y a aucune régulation.
02:51Pour qu'on ait une régulation de l'IA,
02:53effectivement, il va y avoir des problèmes avec des dangers,
02:57que ce soit le bioterrorisme ou la manipulation des croyances des gens.
03:03On va être dans une situation difficile.
03:06Mais si c'est l'étranger qui nous contrôle, c'est très grave.
03:09Il faut que nous soyons présents dans l'IA.
03:11Un autre domaine dans lequel on est très dépendant de l'étranger,
03:15comme vous le qualifiez, c'est la santé, les biotechnologies.
03:18Là aussi, les Etats-Unis et la Chine sont loin devant.
03:20La Chine qui fait aujourd'hui 40% des nouveaux essais cliniques en oncologie.
03:24Ça veut dire que demain, dans nos pays européens,
03:27on risque de ne plus être capable de soigner nos ressortissants de manière autonome ?
03:32Oui, ça veut dire qu'effectivement, la Chine et les Etats-Unis pourront nous menacer,
03:36comme Trump l'a fait avec les droits de douane asymétriques,
03:40et avec notre politique intérieure et extérieure.
03:43La Chine pourra faire ça exactement.
03:46C'est-à-dire qu'elle pourrait très bien dire,
03:48vous n'aurez pas les derniers traitements contre le cancer,
03:51vous n'aurez pas les vaccins contre une pandémie,
03:54vous n'aurez pas les bons antibiotiques.
03:57Autrement, vous acceptez nos conditions.
03:59Et donc, nous vivons dans un monde de politique...
04:03On risque d'être soumis à un chantage face auquel on n'aura pas de réponse à apporter.
04:07Et on a besoin de monnaie d'échange.
04:09Et ces monnaies d'échange, c'est effectivement qu'on puisse dire à Donald Trump, par exemple,
04:13si vous mettez des droits de douane asymétriques, par exemple,
04:16on va vous priver de ça.
04:18Mais aujourd'hui, de quoi ?
04:20Pour ça, il faut qu'on puisse toucher leur appareil productif,
04:23ou alors toucher leur santé ou leur sécurité militaire.
04:27Et aujourd'hui, on n'est pas capable de faire ça.
04:28On a des très belles entreprises.
04:30Mais si on les prive de luxe, par exemple, ou de Blablacar ou de Spotify,
04:35ce n'est pas ça qui va les empêcher de continuer.
04:37Jean Tirole, vous, le prix Nobel d'économie, vous dressez un tableau assez noir,
04:41mais vous appelez aussi à un sursaut, sursaut européen.
04:44Avec quels moyens ?
04:45Regardez en France aujourd'hui la difficulté qu'on a pour boucler un budget,
04:49pour contenir le déficit public.
04:50Alors, c'est vrai qu'on a perdu des marges de manœuvre,
04:54puisqu'on a accumulé beaucoup de dettes.
04:56Et la dette, ce n'est pas seulement les 120%.
04:58Il ne faut pas oublier que la dette, c'est aussi l'éducation.
05:02Nos résultats à PISA, c'est-à-dire qu'on sacrifie la qualité.
05:06On n'en a pas cette semaine, oui.
05:06Oui, effectivement.
05:07Et la science, parce qu'on n'investit pas beaucoup dans la science de nos enfants.
05:12C'est les retraites, la réforme de retraite qui, honnêtement, n'a pas été faite.
05:17Et donc, beaucoup d'autres choses.
05:20L'université, donc on a toutes ces échéances,
05:23parce que nous avons créé ces bombes à retardement.
05:27Et maintenant, il va falloir investir.
05:28Ceci dit, on a des atouts.
05:30En Europe, on a quand même des valeurs.
05:34Ça, c'est très important.
05:35Ce ne sont pas ces valeurs qui vont nous protéger,
05:37mais elles sont importantes dans le long terme.
05:39Les valeurs de démocratie.
05:40De démocratie, de liberté, de droit de l'homme,
05:45de protection des salariés aussi, il faut bien le dire.
05:49Mais on a aussi de très bons scientifiques.
05:51Seulement, ces scientifiques...
05:52Ils s'en vont souvent.
05:52Ils s'en vont et quand ils restent, leur recherche est utilisée en Chine
05:57et aux Etats-Unis et pas en Europe.
05:59Donc, c'est très grave.
06:00Je reviens à ce sursaut que vous appelez de vos voeux.
06:02Il va falloir pour ça une adhésion des populations.
06:06Vous parlez des retraites.
06:08Quand vous voyez l'émotion que suscite dans le pays
06:09une possible désindexation des pensions les plus aisées,
06:13comment faire pour que la population soit prête à des sacrifices
06:16pour qu'on retrouve notre rang, nous, les Européens ?
06:18Alors, avec Karine van der Straten,
06:20on essaie d'avoir un appel aux armes, d'une certaine manière.
06:24Notre livre n'est pas un programme électoral.
06:26Non, vous n'êtes pas candidat, en précisant.
06:28Non, mais nous serons heureux, effectivement,
06:30si les politiques le lisent,
06:32et encore mieux, s'ils l'utilisent.
06:35Mais disons qu'il faut que les citoyens
06:37se rendent compte de la situation.
06:39Là, on vit depuis quelques années,
06:40même depuis beaucoup plus longtemps,
06:41dans le court terme.
06:42On essaie de...
06:44Enfin, ce qu'on a appelé...
06:46Déplacer les...
06:47On déplace les transats
06:48pendant que le Titanic est en train de couler.
06:50Vous avez l'impression que vous êtes face
06:50à des générations d'égoïstes
06:52qui refusent de penser aux enfants à naître,
06:55aux petits-enfants à naître ?
06:55Je pense qu'on est entré dans une négociation permanente
06:59où, finalement, le bien commun,
07:02l'investissement dans l'avenir de nos enfants
07:04a disparu.
07:05Quand on voit, par exemple, les dernières élections,
07:08c'était éventuellement...
07:08Est-ce qu'on va augmenter le salaire d'un tel,
07:10diminuer la retraite d'un tel ?
07:12C'est important.
07:14Mais ce n'est pas à la hauteur du moment.
07:16Aujourd'hui, on est dans une nouvelle économie.
07:19Le monde a changé.
07:21Nous sommes menacés.
07:22Il faut que nous changions.
07:24Et donc, notre rôle en tant qu'économiste
07:27et en tant qu'universitaire,
07:28c'est de faire prendre conscience aux gens
07:31que nous sommes dans un nouveau monde.
07:33Économie du désordre mondial,
07:36le constat, il est dans ce livre
07:38que vous publiez chez Albain Michel
07:39avec Karine Van der Straten.
07:40Merci beaucoup, Jean Tirole.
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