00:01RTL Matin, c'est Nélandreau.
00:047h43, l'invité d'RTL maintenant.
00:06Alors que les prix des carburants flambent,
00:08il défend les intérêts des industries pétrolières,
00:10les groupes Total Energy, Shell, BP ou encore Géopétrole.
00:13Le président de l'UFIP est donc l'invité d'RTL ce matin.
00:16Bonjour Philippe Casbas.
00:17Bonjour.
00:17Et merci d'être avec nous.
00:191900 euros, c'est ce qu'il faut compter en moyenne en ce moment,
00:22pour 1000 litres de fuel.
00:23C'était 800 euros de moins l'an dernier.
00:26Ça fait 70% de hausse.
00:28Nous sommes fin septembre, l'hiver approche.
00:29Qu'est-ce que vous dites ce matin aux plus de 2,5 millions de foyers français
00:32qui se chauffent au fuel ?
00:33Remplissez vos cuves maintenant, ce sera pire demain ?
00:36Ça, je ne peux pas vraiment le dire.
00:38La force est de constater que dans les 8 derniers mois,
00:40ça n'a pas eu tendance à s'améliorer.
00:42Donc, j'aurais mauvaise grâce à dire,
00:45attendez, ça va aller mieux demain.
00:48On n'a pas de prévision sur les prix du fuel à la baisse immédiatement.
00:53Je ne vois pas comment je pourrais faire ce genre d'annonce.
00:55Ça peut donc continuer à monter aussi ?
00:58Je ne peux pas vous dire que ça va baisser ?
01:00À l'heure actuelle, je ne pense pas qu'on s'achemine vers une hausse massive.
01:04Ça va faire un plateau comme les autres carburants, je pense.
01:07Juste pour que ceux qui ne se chauffent pas au fuel mesurent un petit peu le coût,
01:11pour une maison de 130 m², disons moyennement isolée,
01:13avec des tarifs pareils,
01:14il faut compter 2800 euros pour se chauffer,
01:17un minimum, si l'hiver n'est pas trop rude.
01:19Il va falloir s'habituer à dépenser autant pour son chauffage ?
01:22Peut-être pas s'habituer.
01:24On est parti quand même en début d'année à 1,10,
01:26on est aujourd'hui à 1,8, 1,9.
01:29Juste 1,10, 1,9 ?
01:30Pardon, excusez-moi, des euros par mètre cube.
01:35Donc c'est ça, 1100 euros les millilitres,
01:38et on est à 1800, 1900 euros ?
01:40C'est quasiment doublé.
01:42Il y a les événements qui ont lieu actuellement,
01:45il y a les effets de taxes dessus,
01:48il y a un certain nombre de choses,
01:49mais clairement, il n'y a pas de fatalité à rester à ce niveau-là.
01:55C'est-à-dire que si la situation se détend,
01:57les choses reviennent à la normale,
01:59il n'y a pas de raison que le fuel reste à ce niveau-là
02:01de façon permanente.
02:04Mais dans les semaines qui viennent,
02:05je ne vois pas comment est-ce qu'on pourrait annoncer une baisse.
02:07Bon, ceux qui ont du mal à remplir leur cube
02:09ont souvent aussi du mal à faire le plein.
02:11Philippe Casvas,
02:12le spectre d'un litre de carburant à 3 euros,
02:15on joue à se faire peur,
02:16ou c'est possible d'ici la fin de l'année, selon vous ?
02:19Je pense qu'il y a une partie de jouer à se faire peur,
02:21une partie de c'est possible aussi.
02:23La situation des prix à la pompe,
02:26concernant le diesel particulièrement,
02:27le sans-plomb aussi,
02:28mais le diesel en tout particulièrement,
02:30c'est réellement le résultat des tensions
02:32entre la capacité de raffinage
02:33et la demande qu'on peut voir se former.
02:37La capacité de raffinage,
02:38je dirais qu'elle peut se détériorer
02:41parce que nos raffineries tournent
02:44depuis 8 mois à plein régime
02:46et qu'il n'y a pas eu d'incident majeur.
02:48Donc il peut y en avoir un jour ?
02:50Il peut y en avoir un jour,
02:51mais il peut y avoir des opérations de maintenance.
02:53Bon, on n'est pas obligé non plus
02:54de choisir le pire en permanence.
02:55Mais 3 euros, vous ne l'excliez pas ?
02:573 euros, le litre de carburant,
02:58ça n'est pas exclu pour vous ?
02:59Je ne vois pas bien.
03:01À supposer qu'il n'y ait pas
03:02de phénomène majeur de panne
03:04au niveau mondial,
03:06le détroit d'Hermouz est bloqué,
03:08il est bloqué,
03:09la situation russe est ce qu'elle est.
03:11Je ne vois pas bien
03:12pourquoi ça irait se dégrader
03:14de façon massive.
03:15Mais pas s'améliorer non plus.
03:16Vous imaginez plutôt un plateau haut.
03:17Pour l'instant, la vérité,
03:18c'est un plateau haut.
03:20Philippe Casbaz,
03:20on rappelle que vous êtes
03:21le président de l'UFIP,
03:21l'UFIP qui compte
03:22parmi ses membres Total.
03:24C'est Total Énergie
03:25qui fixe aujourd'hui
03:26la politique énergétique de la France.
03:29Pourquoi ?
03:30Quand vous entendez
03:31le ministre du pouvoir d'achat,
03:31Serge Papin,
03:32expliquer ne pas vouloir
03:33embêter Total
03:33et pour ça,
03:35ne pas vouloir
03:37plafonner les prix,
03:39rajouter des taxes ?
03:40Il faut distinguer
03:41entre embêter Total
03:44et prendre des décisions
03:45qui pourraient avoir
03:46des conséquences assez graves.
03:47Embêter Total,
03:48je ne vois pas pourquoi
03:48est-ce qu'on embêterait
03:49une entreprise,
03:49d'une façon générale,
03:50je ne vois pas l'intérêt.
03:51Et plafonner les prix
03:52dans un marché contraint,
03:54la seule chose que ça fait,
03:56c'est de créer des pénuries.
03:57Parce que je n'ai jamais vu
03:58un commerçant
03:59qui achetait plus cher
03:59que ce qu'il pouvait vendre.
04:00Donc, à partir du moment
04:01où on achète
04:02sur un marché
04:03qui est international,
04:04si vous dites
04:05le prix sera fixé
04:06à, je ne sais pas,
04:07100, 200, je ne sais pas,
04:08mais si le commerçant
04:10n'a pas la perspective
04:10de vendre au-dessus,
04:12il n'achètera pas,
04:12il ne mettra pas à disposition.
04:14Quand Total plafonne
04:15les prix dans ses stations-service,
04:17mais fait beaucoup
04:18de bénéfices par ailleurs
04:20et menace le gouvernement
04:21d'arrêter de plafonner
04:22ses prix
04:22si la politique énergétique
04:23change.
04:24Ce n'est pas du chantage,
04:24ça, par exemple ?
04:25Ce n'est pas une menace,
04:26c'est juste un fait.
04:27Le groupe Total,
04:29pour lequel je ne suis pas
04:29censé parler,
04:31fait des bénéfices,
04:32paye des impôts,
04:34prend des décisions
04:34qui sont les siennes,
04:35il est légitime
04:37pour Total
04:37de dire
04:38si je paye d'un côté,
04:39je ne paye pas de l'autre.
04:40Ça lui appartient,
04:41ce n'est pas à moi
04:41de communiquer là-dessus.
04:42Vous comprenez
04:42qu'il peut y avoir
04:43quand même une incompréhension
04:44chez les consommateurs
04:45quand les Français lisent
04:46par exemple
04:46que les marges de raffinage
04:48sont passées
04:49de 33 euros la tonne
04:50en janvier
04:50à 256 euros la tonne
04:53en septembre.
04:54Là, il va falloir
04:55faire preuve de pédagogie.
04:56Qu'est-ce qui justifie
04:57une telle hausse ?
04:57Comment on l'explique
04:58si ce n'est pas simplement
04:59tirer profit de la guerre ?
05:01Alors, tout le monde
05:01tire profit de tout.
05:02Y compris nous qui parlons,
05:05on ne parle pas
05:06des trains qui arrivent à l'heure.
05:07Mais d'abord,
05:08d'une part,
05:09la marge que vous avez citée
05:10bizarrement,
05:11moi je l'ai atteinte
05:12mais je l'ai atteinte
05:13en début de mois,
05:14un jour.
05:15Tout le reste,
05:16actuellement,
05:17il est en 179,
05:18plus personne ne s'émeut
05:19de la baisse.
05:20La marge de raffinage,
05:21qu'est-ce que c'est ?
05:22C'est la différence
05:23entre un prix de marché
05:26qui s'appelle le Brent
05:27qui est visible,
05:28audité,
05:29contrôlé.
05:30Il y a à 107 dollars
05:32ce matin,
05:32le baril de Brent.
05:33Oui,
05:33c'est cela, oui.
05:35Donc,
05:35il y a un petit peu baissé.
05:36Donc,
05:36le prix du Brent,
05:38plus les transports,
05:39les assurances
05:39et les premiums,
05:40on l'oublie de dire.
05:41Alors,
05:41les premiums,
05:42vous pouvez juste
05:42réexpliquer ce que c'est ?
05:43C'est ce que paye un trader
05:44pour s'assurer
05:45que le pétrole arrive.
05:46Parce que sinon,
05:47le pétrole va au plus de francs
05:48à un moment donné.
05:49Donc,
05:49il y a le prix qui est coté
05:50et puis,
05:50il y a ce que rajoute
05:51le trader pour faire en sorte
05:52que le pétrole arrive
05:54à la raffinerie.
05:54Donc,
05:55il y a ce prix-là
05:56qui est un prix public
05:57et il y a un autre prix public
05:58qui s'appelle
05:59la cotation à Rotterdam
06:00sur les produits finis
06:01et artificiellement,
06:02on dit tout ce qui est au milieu,
06:03ça s'appelle
06:04la marge brute de raffinage.
06:05Mais ce n'est pas une marge
06:06à proprement parler.
06:06Ce n'est pas nécessairement
06:07une marge à proprement parler.
06:08Ça en est en grande partie,
06:09il ne faut pas se leurrer.
06:10Nos raffineries
06:11sont des outils performants
06:12et ça fait des années
06:13que les gens travaillent
06:14pour produire le carburant
06:15le moins cher possible.
06:16Ils ne vont pas devenir
06:17tout d'un coup inefficients
06:18parce que le prix augmente.
06:19Donc oui,
06:20il y a une marge
06:20qui est augmentée
06:21mais elle a augmenté
06:22dans les proportions
06:23qui sont fois 3,
06:24fois 4.
06:25Elle va redescendre aussi vite.
06:27Il n'y a pas de secret.
06:29Vous savez que c'est un sujet
06:30très politique aujourd'hui,
06:31les marges des pétroliers.
06:33Ça va être débattu largement
06:34lors de l'examen du budget.
06:36Qu'est-ce que vous souhaitez
06:37dire aux parlementaires aujourd'hui ?
06:39Tout le monde a des idées
06:40pour faire baisser
06:41le prix de l'essence
06:42et y compris réduire
06:42les marges des pétroliers.
06:44Je n'ai pas vraiment
06:45à m'exprimer vis-à-vis
06:46des parlementaires
06:47mais il y a deux choses
06:47qui sont claires.
06:50Un,
06:51ces sociétés
06:52qui ne sont pas
06:52que le groupe Total,
06:53il y a d'autres raffineries,
06:54il y a d'autres adhérents,
06:55d'autres raffineries en France,
06:57font des bénéfices
06:58et vont donc payer
06:59ce qu'on appelle les impôts.
07:00Donc c'est leur latitude
07:01complète et totale
07:02de déterminer le taux d'impôt
07:03qu'on paye sur des bénéfices.
07:05Point.
07:06Ce qui évitera
07:07quand les bénéfices
07:07tombent à zéro,
07:08qu'on se pose des questions
07:09sur savoir ce qu'on fait ou pas
07:10parce que là
07:10ça n'émeut plus personne.
07:12Ça c'est la grande chose
07:13que je dirais
07:14aux parlementaires.
07:15C'est trop facile
07:15de leur tomber dessus
07:16quand ça marche,
07:16c'est ça que vous êtes
07:17en train de dire en creux ?
07:18C'est surtout que,
07:19oui,
07:19c'est la solution de facilité,
07:21on cherche un coupable
07:21en pointe du doigt,
07:22bon c'est très bien,
07:23mais ça n'améliore rien du tout
07:24parce que si on regarde
07:25sur 2025 par exemple,
07:27la marge de l'affinerie
07:28elle était à zéro plus.
07:29Il faut en toutes choses
07:31savoir les en garder.
07:33Encore une fois,
07:34depuis huit mois,
07:35est-ce qu'ils gagnent leur vie
07:36beaucoup mieux
07:37que l'année dernière
07:37et à la même période ?
07:39Certainement.
07:40Sans aucun doute.
07:42Est-ce que c'est fait
07:42pour continuer ?
07:43J'en sais rien du tout.
07:44Et la preuve montre
07:45que sur les quelques années passées,
07:48ça n'a pas été le cas du tout.
07:49Sinon,
07:50tous ceux qui sont en train
07:51de tomber sur la raffinerie
07:52auraient acheté des raffineries
07:53et les feraient fonctionner.
07:54Et c'est moral ?
07:57Quoi ?
07:58D'en profiter autant,
07:59de faire de tels bénéfices.
08:01Est-ce qu'il y a une question
08:02de morale qui doit intervenir
08:03là-dedans ou pas du tout ?
08:04Là, ça m'échappe grandement
08:05parce que si vous voulez,
08:06ça s'applique
08:07à plein de domaines
08:08cette histoire de moralité.
08:09Est-ce qu'il est moral
08:10de vendre plus cher
08:11que ce qu'on produit ?
08:12J'en sais rien.
08:13Et vous avez l'impression
08:14qu'on exige plus des pétroliers
08:15que d'autres secteurs ?
08:17J'ai l'impression
08:18que c'est facile
08:19de pointer du doigt
08:20et de trouver quelqu'un
08:21à qui reprocher quelque chose.
08:24Merci Philippe Casbas,
08:25président de l'UFIP.
08:26Restez avec nous dans un instant.
08:27On passe aux vannes raffinées.
08:28Philippe Cavrévière
08:29entre dans ce studio.