00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:02L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Le classement PISA montre la dégringolade du niveau scolaire,
00:12mais plus largement de la capacité des élèves à comprendre ce qu'ils lisent et ce qu'ils entendent.
00:16Cette baisse de niveau, selon vous, Vincent, n'épargne pas le personnel politique.
00:19Oui, c'est le même effondrement, 40 ans après l'inoubliable film Les Soudoués passent le bac.
00:24Il serait temps de tourner la suite, Les Soudoués font de la politique.
00:27Cela mettrait au moins un peu d'humour potache dans un univers qui parvient,
00:30et c'est une performance, à se montrer grave, bien qu'inculte, emphatique et solennelle, malgré un niveau affligeant.
00:37L'illustration la plus récente de ce que je vous dis, c'est la réaction de Marine Tondelier.
00:41Lundi soir, sur LCI, la candidate était interrogée par Darius Rochebin sur les présidents de la Vème République.
00:47Pompidou, lui demande l'intervieweur.
00:49J'ai pas de souvenirs, répond Marine Tondelier.
00:51Pas de truc marquant à dire sur Pompidou, j'étais pas né.
00:54On comprend donc que pour la candidate écologiste, l'histoire politique commence avec sa naissance.
01:00C'est l'ignorance narcissique assumée.
01:02Alors, on ne lui demandait pas de réciter le chant de l'Iliade en grec, comme le fait Boris Johnson,
01:07les poèmes de Rilke en allemand, comme en écapat François-Xavier Bellamy,
01:10mais simplement d'avoir une chose à dire sur Georges Pompidou.
01:14Cet exemple n'est malheureusement pas une exception.
01:16C'est l'illustration d'un phénomène beaucoup plus large, la prétention à gouverner de gens
01:21qui croient sincèrement qu'ils ont le niveau pour juger, du haut de leur insuffisance,
01:25les millénaires de civilisations qui les précèdent.
01:28Et c'est un phénomène spécifique à la gauche radicale ?
01:30C'est ni de droite ni de gauche, Dimitri.
01:32Aucun camp n'y échappe.
01:33C'est un tour d'esprit.
01:34C'est une pensée réflexe, allergique au doute, à la véritable confrontation,
01:38à la recherche patiente et scrupuleuse de la vérité.
01:41En général, elle s'accompagne d'une très grande pauvreté de la langue,
01:44d'une incapacité aussi à saisir les nuances, le second degré, l'esprit de réparti.
01:49Aujourd'hui, Talranc, Clémenceau, Pompidou,
01:51qui pouvaient citer un poème avant de répondre à une question,
01:54seraient certainement cloués aux pylories numériques.
01:57Le principe de la barbarie, c'est de s'attaquer avec rage à ce qu'elle ne comprend pas.
02:02Puis à ceux qui profitent de l'extension de la bêtise,
02:04et le premier d'entre eux, c'est Jean-Luc Mélenchon.
02:06Le patron des Insoumis joue cyniquement sur l'ignorance de son public.
02:09Il a quand même été capable de comparer Ima Hassan,
02:13qui revenait de 24 heures de garde à vue en Israël,
02:15à Victor Hugo, qui a passé près de 20 ans d'exil à Guernesey.
02:20La première a écrit quelques tweets,
02:21le second l'oeuvre la plus phénoménale du 19e siècle français.
02:24Mais qu'importe, la foule a applaudi à tout rompre.
02:27Une foule qui ne sait rien devient une masse manipulable.
02:31Toute l'histoire du 20e siècle nous le rappelle.
02:32Mais vous avez aussi des hommes politiques cultivés.
02:34Vincent, le président de la République, par exemple, est un grand lecteur.
02:37Et oui, il subsiste une élite qui a profité du moule d'excellence à la française,
02:41mais qui s'évertue bizarrement à le briser.
02:45Emmanuel Macron a remplacé Jean-Michel Blanquer par Papendiaï,
02:47et a cru que le seul langage accessible à la jeunesse,
02:51c'était McFly et Carlito faisant des roulades sur les pelouses de l'Elysée.
02:55Pourquoi croyez-vous que les gens se pressent au cinéma pour voir les deux films sur De Gaulle ?
02:59Parce que la politique est traversée par l'histoire héroïque, c'est évident,
03:02mais surtout parce qu'elle est portée par la puissance et par la beauté du verbe.
03:07De Gaulle évoque Jeanne d'Arc,
03:08Churchill lit Cicéron avant de prendre la parole à la chambre des lords,
03:11et même Roosevelt accompagne son propos d'une profondeur historique.
03:14Notre langue politique contemporaine,
03:16à l'inverse, est maltraitée par le sabir techno-marinagérial,
03:20où elle tourne au kitsch quand elle veut être lyrique.
03:22Une ancienne plume du président de la République, Astrid Roucher,
03:25raconte tout cela avec talent dans un essai qui vient de sortir chez Albain Michel.
03:28Ça s'appelle « La plume et le prince »,
03:30et en cette rentrée, c'est ce qu'on peut lire de plus fin et de plus juste
03:33sur l'importance vitale de la culture générale en politique.
03:36L'édito politique sur Europe 1, merci Vincent Trémolet de Villers.
03:39À la lune du Figaro ce jour, lecture, maths,
03:42le niveau des élèves s'effondre en France.
03:44Merci Vincent Bonnet.
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